A seulement 34 ans, Ryan Meinerding, concept artist de réputation internationale et co-superviseur du Département d’Art Visuel Marvel, est déjà un vétéran de nombreuses batailles super héroïques : après Iron Man, Iron Man 2, Thor et Captain America the First Avenger, son art a une nouvelle fois opéré sa magie si particulière et sera visible dans les productions Marvel à venir, notamment dans celle rassemblant les héros des précédents films dans la nouvelle épopée de super héros réalisée par Joss Whedon, Avengers. Marvel accorde une confiance rare à son jeune prodige en pleine ascension, puisque Ryan a pu inaugurer en France une magnifique exposition consacrée à ses œuvres. Après avoir inspiré des commentaires admiratifs aux professionnels comme aux néophytes du dernier Festival de Bande Dessinée d’Angoulême, l’expo a désormais pris ses quartiers de printemps dans le royaume de ses organisateurs, la Galerie Arludik située au cœur de notre capitale. Fans de tous pays: rassemblement!

Portrait de l’Artiste en jeune homme © Marvel / Galerie Arludik / RM

Paris Tonkar: Salut Ryan, c’est sympa de te revoir, après ta brillante master class à la FNAC ! Je voulais te féliciter pour ta superbe exposition ici chez Arludik à Paris, qui présente encore plus de toiles qu’il y en avait à Angoulême. Comment vis-tu cette aventure fantastique? Ryan Meinerding: Ca a vraiment été une aventure extraordinaire! Et oui, j’en profite à fond! Sincèrement, c’est génial que Marvel ait tout fait pour que ça arrive, me permettant de présenter mon art de cette façon. C’est une forme incroyable de reconnaissance, surtout pour un concept artist « maison » comme moi. La galerie Arludik, qui a accueilli par le passé tant de grands artistes, a également accompli un travail stupéfiant pour mettre mes œuvres en valeur, d’abord au Festival d’Angoulême, puis ici en plein cœur de Paris. La scénographie est fantastique, et je n’arrive toujours pas à croire qu’il s’agisse de ma propre expo. C’est dément! Je crois que je digère encore toutes les grandes choses qui me sont arrivées cette année…

PT: Parmi tes différentes sources d’inspiration, tu as un faible pour des peintres du début du XXème siècle, des artistes tels que JC Leyendecker, Dean Cornwell ou le plus célèbre des talents mis au service du Saturday Evening Post, Norman Rockwell. Peux-tu nous dire ce qui t’attire en premier lieu chez ces artistes très particuliers? RM: Ils possédaient tous un sens fabuleux de la composition classique et une attention portée aux détails de la vie de tous les jours, qui s’harmonisaient ensemble, ce qui leur permettait de créer des clichés élaborés mais chaleureux du mode de vie Américain. Ils ont été capables de conserver cette candeur jusque dans leurs affiches de recrutement, leurs tracts “soutenez les troupes” et autres supports de communication guerrière, lesquels m’ont considérablement inspirés pour les images de propagande de Captain America. Mon préféré est le célèbre poster de Norman Rockwell avec la mitrailleuse, mais chacun de ces trois artistes a fourni sur la seconde guerre mondiale une matière exceptionnelle.

Norman Rockwell Mitrailleurs © “Donnons-lui suffisamment et dans les temps”

Achetez tous des bons d’emprunts pour soutenir l’effort de guerre des Etats Unis, JC Leyendecker La version Cap vous Salue ! © Marvel / Ryan Meinerding

PT: Captain America, the First Avenger, était, à bien des aspects, une œuvre d’époque, un film historique. J’imagine, qu’au delà du character design lui-même, tu as porté une attention particulière à l’arrière plan, peut-être notamment dans les plans clé ? Comment as-tu utilise l’arrière-plan pour suggérer l’atmosphère retro de cette histoire? Et as-tu jamais eu recours à un graffiti typique de la deuxième guerre mondiale, comme le célèbre “Kilroy was here”? (Kilroy est passé, ndlr) RM: Avec les plans clés que j’ai fait pour Captain America, j’essayais vraiment autant d’évoquer le style d’illustration de la période que de trouver un ton qui communique l’atmosphère de cette période de la deuxième guerre mondiale. Tristement, cela impliquait généralement de s’attaquer à l’architecture, de la détruire, et de montrer une bonne partie de l’arrière-plan en ruines… J’ai effectué les recherches les plus poussées pour trouver la meilleure iconographie pour ces arrière-plans, mais je ne suis pas allé jusqu’au graffiti. Dommage ! Cela aurait été sacrément original.

PT: Un artiste, est par vocation, une antenne, toujours attentive à ce qui se passe dans le monde artistique, que ce soit dans les musées ou galeries, mais aussi dans des endroits moins prestigieux, comme de simples magasins de bd. As-tu jamais été inspiré par les arts urbains: graffiti, street art, pochoirs, fresques murales, tags ou autres, que ce soit au cours de ta jeunesse dans l’Ohio, ou plus tard, quand tu as déménagé en Californie? RM: En grandissant dans une petite ville de l’Ohio je n’étais pas vraiment confronté au street art. Je me rappelle être allé plus tard dans de plus grandes villes et avoir découvert cet art foisonnant et incroyable un peu partout. J’avais observé une démonstration d’art à la craie exécutée à Boston qui était vraiment impressionnante. Mais dans l’ensemble, une grande partie de mon inspiration vient des sources de la culture pop, principalement la télévision, les bd et l’illustration. PT: Depuis que Keith Haring a fait son entrée dans les musées et les galeries chics, le street art et le graffiti, plus souvent qu’à leur tour, sont invités à déserter les rues, afin qu’un public nouveau découvre cette forme d’art dans un environnement sécurisé. De même, les comics, avec les travaux d’Art Spiegelman ou Moebius, font aussi leur entrée dans les musées. Penses-tu que ce soit une bonne chose, ou penses-tu que des formes d’art dites populaires, telles que le street art, les bds ou ton propre travail de concept designer, ne devraient pas être sortis de leur habitat nature! (murs urbains, stands de bds ou conventions de cinéma)? RM: A la galerie Arludik, les gens qui ne seront peut-être pas allés voir les films sur lesquels j’ai travaillé, auront l’occasion d’examiner le concept art, et peut-être, en découvrant comment ces films sont faits, se sentiront l’envie d’aller voir les Avengers. De plus, je trouve fantastique que Spiegelman et Moebius aient reçu la reconnaissance que ces grands artistes méritaient. Pourquoi le concept art, la bd ou le street art n’auraient pas le droit d’entrer dans les musées et les galeries d’art? Ian McCaig à lui tout seul mériterait toute une expo.

PT: Les grapheurs doivent souvent travailler très vite (avant que la police n’investisse leurs spots). C’est quelque chose, (le facteur course vs la force publique mis à part) que tu as en commun avec eux, travaillant parfois pour tenir des échéances impossibles, étant censé réagir instantanément à la demande d’un réalisateur… Es-tu l’un de ces artistes qui travaillent mieux sous la pression, donnant ton meilleur quand l’adrénaline coule à flots dans tes veines, ou est-ce que ton travail est plutôt le résultat d’un processus plus long et continu? RM: Disons simplement que je n’ai pas envie de retourner à l’époque d’Iron Man2, quand j’étais en train de dessiner Transformers en même temps, et que j’ai dû rester une fois au studio pendant 3 jours et 3 nuits consécutifs, afin d’être en mesure de livrer à temps. A présent, Charlie Wen mon co-superviseur visuel et moi gérons une équipe. Nous avons pu recruter des artistes d’exception comme Adi Granov, Phil Sanders ou Andy Park, et nous nous partageons le travail dans une atmosphère bien moins tendue. Pour te donner un example, du fait que mon style est plus noir et réaliste, c’est moi qui prends en charge la majeure partie des dessins de Captain America, tandis que Thor représente un réel défi pour moi, comme tu peux en juger par mes tentatives de le cerner ci-dessous. C’est plutôt dur pour moi de ne pas tomber dans les clichés de la mythologie Nordique…

Thor etude de personnages Ryan © Marvel / Ryan Meinerding

En revanche, l’interprétation du super héros divin par Charlie Wen est vraiment ce qui a permis aux personnages de Thor de décoller, alors depuis, c’est lui qui se charge de l’évolution de ce personnage. Du coup, pour le film Avengers, nous avons tous les deux eu nos personnages principaux à développer côte à côte, tandis que les membres de notre équipe interviennent à leur tour pour contribuer à construire ce casting de groupe. PT: Après avoir été inspire par le travail de dessinateurs de comics tels Kevin Maguire, Bryan Hitch, et bien sûr Adi Granov, tu as eu l’opportunité de dessiner quelques couvertures de comics de ton cru... Qu’est-ce que cette expérience a représenté pour toi?

RM: La création d’une couverture de comics représente un travail entièrement différent pour moi, car il faut faire rentrer chaque élément dans un seul plan. J’ai encore beaucoup à apprendre avec cette technique. Le plaisir de l’avoir fait est immense, c’est certain, d’abord car j’ai eu la chance d’expérimenter cette forme d’art ultime, et ensuite parce que ce sont mon Captain America et mon Iron Man qui apparaissent tous deux sur cette couverture. Ce fut une réelle satisfaction, en effet, de réaliser que mon travail avait pu, à son tour, influer sur l’aspect des personnages dans leur medium d’origine.

PT: Dans le travail des grapheurs, la couleur joue vraiment un rôle essentiel. Beaucoup de tes pièces sont d’abord exécutées en noir et blanc, et certaines demeurent dans cet état. Quel rôle la couleur joue-t-elle dans ton concept art, et pourrais-tu nous donner un exemple de l’un de tes tableaux dans lequel le traitement de la couleur a été déterminant dans la représentation de ce que les scénaristes et toi aviez en tête?

Avengers étude de personnages © Marvel / Ryan Meinerding

RM: Mon tableau des Avengers exposé ici à la Galerie Arludik est demeuré en noir et blanc pendant plusieurs mois, parce que j’étais initialement totalement focalisé sur le fait d’obtenir les meilleures poses héroïques des personnages, et une première vision d’ensemble cohérente pour le groupe de super héros. Mais une partie de mon job consiste à fournir à la production et au réalisateur l’image la plus réaliste possible. Parfois cela signifie travailler très vite pour créer une image en noir et blanc, et parfois cela signifie prendre le temps d’ajouter de la couleur et faire ainsi en sorte que l’image paraisse la plus réaliste possible. J’adore le dessin en noir et blanc, mais la vérité est que les personnages de comics viennent d’une tradition ultra colorée, et si vous n’avez pas le rouge, bleu et blanc du costume de Cap qui vont briller de toute leur force colorée, vous ne rendez pas réellement justice au personnage. La couleur et l’ambiance qui se dégage de chaque toile sont des éléments extrêmement importants du concept art des films de super héros.

PT: On dit que la taille compte  Beaucoup de tes toiles sont de grands formats, offrant déjà une impression de “widescreen”. Comment joues-tu sur les différences d’échelle? Qu’est-ce qui va décider de la taille d’un plan? RM: Eh bien, généralement si je m’attaque à un character design, je m’efforce de rendre le personnage sur une sortie impression 13"X19" aussi large que possible. Si je m’attaque à une scène clé, l’échelle va changer et dépendre de la composition et de comment j’arriverai à insérer les éléments dans un plan. Je traite habituellement l’échelle comme un élément fluide de la toile; s’il faut en changer pour que l’image fonctionne mieux, je la change. Et plus une toile devient panoramique, plus elle se charge d’une force épique. Cela signifie habituellement que je pars d’entrée sur des échelles de format panoramique afin de représenter la “grandeur” d’un moment.


PT: Puisqu’on parle d’échelle, serais-tu tenté par le défi que représente un mur? Plusieurs grapheurs ont fait de la bd, de l’animation, du story board, mais aussi du concept art. Est-ce qu’inversement, toi, tu aimerais changer de discipline un jour et tenter de peindre à la bombe et créer du graffiti ? RM: Quand j’étais gamin, mes parents me laissaient peindre des persos le long de l’escalier qui menait à notre sous sol, et sur une bonne partie du sol aussi. J’ai peint un plateau géant de Monopoly sur le sol, et aussi ma version du poster iconique des Dents de la Mer. J’ai adoré faire ça, mais si jamais je devais recommencer à peindre un mur, je le ferais dans ma propre maison, pas ailleurs. Je n’ai jamais

été à l’aise avec la bombe comme outil artistique, par contre, j’ai fait beaucoup d’aérographe quand j’étais plus jeune. Et là, effectivement, il y a vraiment des chances que je m’y remette un jour et qu’à ce moment-là, je choisisse un mur de chez moi pour y réaliser une fresque murale. PT: Finalement, peux-tu nous dire dans quelles nouvelles aventures tu t’es embarqué à présent? RM: Je travaille actuellement sur Iron Man 3, et je profite pleinement de cette expérience. Je m’éclate. C’est vraiment très enthousiasmant de ressentir ce défi d’avoir à faire encore mieux que ce que j’ai fait dans les deux premiers films de la franchise.

Big Up à Aude Thomas de Disney France, Diane & Jean-Jacques de la Galerie Arludik, et bien sûr à Ryan et sa belle, Rachel ! Merci à tous !

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