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Maurice Harmel

PORTRAITS D'HIER
P.-J.

PROUDHON
No.
10

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140

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1909

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MIÈRE ANNÉE.

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Août 1909

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Portraits

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P.=J.

PROUDHON
Par

MAURICE HARMEL

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CENTIMES

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par A'ictor Méric PUVIS DE CHAVANNES. 6 3 1 fr. mais dont l'influence fut néanmoins en un mot. Trois >nois !6 numéros). > * Un an Six mois Trois mois 50 8 4 2 fr fr fr.30 Robin. et 131. DE Victor Méric François Crucy Francis Jourdain Elie Marmande Georges Pioch Hubert Lagardelle Gaston Syffert Amédée Dun'ois A. et m. par Léon Wertii par Georges Pioch Henrik IBSEN par François Crucy Honoré de BAXZAC. I^ue Saint-Honoré — (l"). par Henri Bachelin . de Vigny Verlaine : Karl Marx Blanqui Maupassant Gœthe Dickens Jules Vallès Edouard Manet Victor En Hugo faisant paraître cette nouvelle revue nous nous proposons un double but 1° Présenter à ceux qui les ignorent ou ne les connaissent qu'imparfaitement. Peintres. ^-L . hommes politiques et hommes d'action maîtres illustres consacrés par la renommée .. les Œuvres et l'Influence des Grands Morts de notre temps Publication bi-mensueile illustrée . introduire un ordre dans la multitude des sensations éveillées : en nous par . Silvestre Gustave Hervé Maurice Robin Manuel Devaldès Miguel Almereyda Faure Paul Signac l. Six mois (12 numéros). fr. PORTRAITS D'HIER Études sur la Vie. scientifique et politique . ly août COURBET. . o Adresser tout ec qui eoneerne " Portraits d'Hier " o PATOIS H. gloires plus obscures dont la notoriété ne dépassa jamais le cercle d'une élite. savants. le l'"" et le 15 de chaque mois coiuiité de i^édactiojsl LÉON Werth R. Delannoy Paul Cornu DiSPAN DE FlORAN Numéros partis : Emile ZOLA. Chaque numéro Paraîtra le : 25 : centimes franco — par Etranger ^LiURICE : 0. par Gaston Svffert Jules DALOU. CONDITIOflS D'ABONflEMENTS FRAN'CE.. Nietzsche Nuinéros en préparation ou prêts à paraître Elisée Reclus Daumier Michelet Seurat A.. BEETHOVEN. ALGÉRIE. 2° Mettre de l'Unité. tous ceux de nos aînés qui ont suscité les grands prépondérante mouvements d'idées de la fin du xix* siùcle et du commencement du xx*.. littéraire. bonneff Raymond Darsiles A. théoriciens. par Amédée Dunois BAUDELAIRE. fRBt^E. les hommes qui ont contribué à former la pensée moderne sous ses expressions artistique. littérateurs. ou enrichi d'un joyau nouveau la couronne de l'art.. prendront place dans celte galerie. par Manuel Devaldès BAKOUNINE. musiciens. TUNISIE 1 : ÉTRANGER & AUTRES COLONIES Un an (24 numéros) . les productions du génie humain. par Paul Cornu Gustave FLAUBERT. fr.. Rue du Uouvre. 20.

traduite . un éloge. Desjardins. polémiques exagérées d'un moment! Les passions ne se sont pas tues pour tout ce qui touche à Proudhon. tout style le réactionnaire et clérical Mirecourt. se plaît à le considérer comme le plus grand des socialistes et à croire que lorsqu'il aura critiqué son œuvre avec un parti- . jusqu'ici. de sophiste. Eugène Pelletan. On l'a traité d'épouvantail. Sur s'est plus que sur tout autre. Les journalistes de l'époque de longues tirades sur son orgueil extravagant et son amour-propre insensé. Son nom. — P' Août 1909 P. L'esprit de parti a ! même poussé certains jusqu'à lui et dénier Peu d'hommes ont Et ce été attaqués comme avec un tel ensemble. mais encore les politiciens de gauche l'injuriaient d'autant plus qu'il écrivain pauvre et probe dont paraissait plus près d'eux. N'est-il pas extraordinaire qu'on le prenne encore à partie? M.Portraits d^hicr N° 10. artisan ont écrit <( tantôt qu'il n'avait aucune originalité. défiant. l'a diffamé sans lui vergogne. d'individu farouche. le socialiste franc-comtois n'a pas de meilleurs avocats que ses adversaires présents. n'étaient pas seulement les bourgeois réactionnaires et les suppôts de sacristie qui se livraient à cette débauche d'injures contre un ils ne pouvaient attaquer la vie privée. de charlatan et de malade on a dit tantôt qu'il était incohérent. d'infamie ». des caricatures imbéciles ou des calomnies crapuleuses. d'utopiste et de sectaire. biographe pamphlétaire. après d'autres. pourrait-on dire. l'a une de les fortune étrange toute et On l'a parfois exaltée au-delà mesure a . qui a écrit sur lui deux gros volumes. l'hostilité de ses contemporains par des pamphlets passionnés. Proudhon eu.-J. cynique. Le vigoureux penseur et été butte lui. a dit de lui qu'il tirait des coups de pistolet dans la rue pour faire retourner les passants. suscite encore des controverses C'est : il est toujours actuel. L'œuvre de Proudhon a singulière. Un goujat de lettres. après im demi-siècle. Passions politiques. on en surtout dénigrée et méconnue. aux attaques les plus injustifiées plus haineuses.

on revient à ses thèses. écrivait-il en 1858. lui d'excessifs le pané- des auteurs se sont servis de dans but de combattre Marx et le livre sincère. avait donné du fil à retordre aux agents de l'ancien régime.-f. on commente avec faveur ses livres un peu oubliés naguère. de nos jours. comme mes vaches. dont il a conté l'histoire. Mais peut-être. mais rue du Petit-Battant déjà « la vieille ville espagnole » . Cependant. honnête mais d'intelligence bornée sa mère était vraiment une femme supérieure. et voici que l'œuvre du grand écrivain soulève toujours des discussions et se montre plus féconde que jamais. . et Pierre-Joseph abandonna cette vie ae pâtre. Le père était brasseur. On dispute sur le point de savoir s'il a ou non inspiré le syndicalisme. Peu après. en restituant sa physionomie sous un jour le faire connaître et aimer davan- Pierre. d'enfoncer mes jambes. pourra-t-elle contribuer à tage. On avait cru épuisée l'influence proudhonienne. et l'un de ses oncles était un farouche anticlérical. Oh avait . Beslay. D'un autre côté. dans la terre profonde et fraîche! Plus d'une fois.Joseph Proudhon naquit le 15 janvier 1809. Proudhon (1909). M. Droz l'a étudié dans un mais toujours plein de charme (2). de me rouler dans les hautes herbes que j'aurais voulu brouter. donné au socialisme le babouviste Momoro et Charles Fourier. non pas au faubourg de la Mouillière. gyristes : Proudhon a rencontré. Ed. il débitait lui-même la boisson qu'il fabriquait et son jeune fils lui servait de garçon de cave. à Besançon. il aura démoli le socialisme (i).292 • PORTRAITS D HIER pris évident. de courir pieds nus sur les sentiers unis. Le père du futur écrivain était un brave homme. on la tenait pour une chose historique. PierreJoseph avait de qui tenir: son grand-père maternel. Bakounine. le long des haies. comme l'ont écrit la plupart de ses historiens. comme il les tonneaux pour soigner le bétail. ! devait s'en souvenir plus tard « ! Quel plaisir autrefois. certains sont allés jusqu'à nier qu'il ait été socialiste! Enfin. en rechaussant [rebinant] les verts turquies. du proudhonisme. la famille s'en fut vivre à la campagne. Dro2 : P. et il y a incontestablement une renaissance la Cette brève étude n'a pas prétention de trancher les problèmes soulevés autour de ce prodigieux esprit qui a eu des disciples aussi divers dans leurs conceptions sociales que Chaudey. par les chaudes matinées de (i) A. achevée. Proudhon (1896). (2) Desjardins : E. parfois discutable et superficiel marxisme. Tolain et plus vrai.

p. en guise de complément à ses apprendre le métier de typographe. grillés. de Tout le jour. séché mon habit sur mon corps. il fut seul pour chercher ses récompenses ils . nous soupâmes tous au pain et Il fit cependant sa rhétorique. puis je faisais. au risque de rencontrer une affreuse salamandre. 90.. : pour avoir oublié mes jours de congé. trempé jusqu'aux os. je me gorgeais d'une masse de crudités à faire crever un petit bourgeois élevé gentiment. l'été dans la rivière. lambrusques. (i) » C'était alors même de « la chétif. me « j'ai donner . de santé médiocre. de pois verts. blessons. étudia les auteurs de philosophie. fruits sauvages. je me fourrais dans les cavernes. PROUDHON 293 juin. malgré la divergence de leurs A la fin de 1827. griller ma chasse sur les charbons. sans désemparer.. un « petit blondin fluet ». « J'ai subi cent punitions. Mais la employait aux travaux des champs et de la gêne se faisait plus dure un jour de distribution de les : prix. de rai- des prés. je me remplissais de mûres. l'hiver dans les sources Je grimpais sur les les arbres. Je retrouvai notre famille consternée. II.. alises.. Que d'ondées j'ai essuyées! Que de fois. c'était en 1826. les humiliations.. et qui ne produisaient d'autre effet sur mon estomac que de de maïs merises. car tribunal pour s'entendre le étaient à l'audience du condamner à perdre un procès qui « leur coûta champ dont dans ils vivaient. Proudhon fit de brillantes études. ses parents ne purent assister à ses succès. la famille obtint pour lui Mais qu'était-ce que où le vivre et le vêtir remise de cent vingt francs pour une famille étaient toujours un problème (2)? » Malgré la misère qui talonnait les siens.. l'ami études. mais le travail lui demeura carrières. ma mère à l'eau.. le soir un formidable appétit. sans doute faute d'argent pour payer les frais d'examen. Il allait en classe en sabots. d'épis de baies de toute sorte. disait-il encore. salsifis mes habits et de prendre sur la pelouse un bain de ponces. les écrevisses dans leurs trous. (2) Lettre à l'Académie de Besançon (31 mai 1837). à la bise ou au soleil Que de bains ! ! pris à toute heure. les rancœurs de ces années de collège n'influèrent point sur son esprit et il de ses condisciples riches. de graines de pavots. » les pleurs..-J. mais ne passa point son baccalauréat. il m'est arrivé de quitter rosée. plaisait : il il dut en avait déjà compris la noblesse qu'il devait plus tard célébrer «dans des (i) De la Justice..P. j'attrapais grenouilles à la course. . » Ses maison. Il achevait ses devoirs sur une borne après avoir emprunté les bouquins d'im condisciple plus fortuné. églantines. prunelles. La misère. t.. frêle et Ce fut pour le petit pâtre un déchirement lorsqu'un ami une bourse d'externe au collège royal. il livres c'est que je n'en avais point. et nu-tête parce qu'il n'avait pas de coiffure. Ce soir-là.

avec toute l'énergie de sa volonté puissance de son esprit. il y fut heureux grâce â son travail. il la remania ensuite sous le titre Recherches sur les catégories grammaticales (1838) Laissé sans ressources par la débâcle de son entreprise (qui ne fut liquidée qu'en 1843). cette première œuvre : était confuse et mal digérée. c'était une rente il de 1. Le travail se faisant rare. il dut quitter sa ville et son pays (1830). philosophie la toute et par la science. à Draguignan. « prendre le costume et le bâton du compagnon du tour de France. les travailleurs. qui mais ils ne pou- vaient prévoir que leur protégé allait devenir un terrible contempteur de l'ordre social. le génie et les habitudes. Fendant deux années. à l'affranchissement de ses frères ». puis s'en fut comme pion au collège de Gray durant quelques semaines. Il s'embaucha à Marseille. sa théorie du droit au travail. enfin. savant mort trop jeune. quelques lignes. qu'en l'honneur de cet académicien oublié l'Académie de Besançon décernait tous les trois ans à un jeune homme. subvenant aux besoins de sa famille. assimilant tant bien que mal de nombreux livres. à Toulon où il exposa au maire. assista à l'épidémie de choléra au cours de laquelle succomba son camarade. Proudhon décrocha sa peau d'âne. il devint patron d'une imprimerie avec deux associés. après quoi L'Académie l'agréa (1838). de ces grands hommes de méprise permit à Proudhon de devenir ce qu'il fut. En 1836. à composer. Dans par par et le sa lettre de candidature. surnommé Tripette. Il publia alors un Essai sur la grammaire générale à la suite d'une réimpression d'un livre de l'abbé Bergier. Eléments primitifs des iaur- gués. cœur. il de « travailler sans relâche. . » lî se rendit d'abord à Neufchâtel (Suisse) son ami Fallot. lui appartenant encore. la Ne province dont rions pas trop. d'imprimerie en imprimerie. Il fallait être il bachelier et fit acte de candidature. aujourd'hui s'efforcerait et à toujours. quelques épreuves à lire.»94 PORTRAITS D HIER ' pages admirables. mais l'entreprise périclita l'année suivante lorsqu'une maladie l'eut obligé à s'absenter quelques semaines. et chercher. mais la tâche quotidienne ne suffisait plus à l'ancien ^lauréat du collège qui lisait avec acharnement. un peu académiciens. toutefois. et surtout par communauté des intérêts et des la vœux ». Proudhon se mit sur les rangs pour obtenir la pension Suard. il put un instant se croire tranquille. sans causer quelque ahurissement au personnage. Il était malaisé de trouver du travail dans la panique et il repartit pour le Midi. Il revint ensuite à Arbois (Jura). avait déclaré que « né la et élevé dans la classe ouvrière. non . la lui et compagnons l^s Cette profession de foi effara bien firent retoucher.500 francs qui appartenait pour trois ans au jeune imprimeur. Il travailla dans trois imprimeries de Besançon. refusa l'offre de diriger nn journal bisontin que lui fit le phalanstérien Muiron. il revint dans sa ville natale en 1833. l'appela à Paris: il arriva dans la capitale en 1832.

avec les pensées qui tourbillonnaient dans sa tête sur ce sujet. c'est le un mal médiable.. sans doute en réponse à une lettre ni touchant son fouriériste. mais il médecine et se sentait davantage le l'avait flatté. 115. Il la voyait terrible et son imagination l'emportait: « Le style en sera irré! âpre et rude. et subversives. à cette autre demande. l'ironie et la colère s'y feront sentir.P. ouvrage plein d'idées confuses. a été recueillie par sa fille Catherine et publiée par son ami Langlois en 1874-1875. n'obtint pas Ce mémoire contient en germe presque toutes le ses idées le dit L'auteur venait de passer Rubicon. par la philosophie et l'économie politique. Malheur « à. cousin.) « On n'a vu là qu'un immense orgueil il y a immense espérance. Je n'aurais pas besoin d'un long discours pour montrer que le pouvoir d'ôter à l'homme la pensée. la volonté. il voulut écrire une nouvelle œuvre. comme il de l'avenir. par d'autres études moins accessibles. lui-même il : condamnait déjà la propriété. et écrivit des articles clopédic catholique Parent-Desbarres. ce fut la misère avec. est faire un pouvoir de vie ou de mort. » (24 début: « Si j'avais à répondre à l'esclavage? et que d'un seul la question suivante: Qu'est-ce que mot je répondisse: C'est l'assassinat. ni ni babouviste. léger d'argent. un suicide. de Le besoin d'écrire le tourmentait terribles désirs de l'Académie de Besançon la avait mis célébration au concours un sujet sur lequel il écrivit De l'Utilité de du dimanche. Quand lion a faim. c'est l'assassiner. puisqu'il ni déclare n'être saint-simonien. ouv. Quand : celle-ci pour VEncyeut suspendu sa publication. lequel il il fut correcteur à il VEpoque. livre. » Qu'est-ce que la propriété? ou recherches sur le principe du droit et du gouvernement parut en 1840. moment. la propriété Malédiction (i)! » A un. journal avec se brouilla sans tarder. mai 1840.. Elle forme quatorze — volumes. Pour carliste aider encore ses parents. excitée par les sentiments les plus hauts. (2) E. La correspondance de Proudhon. ». . il d'aucune entreprise ou congrégation réformiste dit: « moi-même. excusée par la conscience du génie (2). Voiei un passage caractéristique du diable. c'est le (i) Lettre à Ackermann (12 février 1840). et que un homme esclave. la responsabilité. Il suivit les cours de quelques professeurs réputés. Pourquoi donc. surtout une j'en sortirai brillant Je fais im ouvrage diabolique qui m'effraie comme un ange ou brûlé comme un . On entrevoir des distinctions officielles avait attiré peu de goût pour le droit et la nouveau pensionon lui avait fait et des honneurs faciles. originales le prix. sans beaucoup d'enthousiasme. naturellement. p. qui. PROUDHON 293 Riche d'espoir et d'enthousiasme. cité. et étudia les économistes. ma pensée serait d'abord comprise. Droz. naire arriva à Paris en novembre.-J. si intéressante pour l'étude de sa vie et de ses idées. Qu'est-ce la propriété? ne puis-je répondre de même. il rugit.

M. à et scientifique liste principe fondamental de l'économie politique. Je prétends que ni. qui avait hésité un moment sur la route à suivre. le 3 février. « un pâté d'économie politique si difficile à digérer et à saisir que tout tout cas..296 PORTRAITS d'hier vol^ sans avoir la certitude l'occupation. Qu'est-ce que la propriété? demeure un ouvrage considérable et qui fait date dans l'histoire du socialisme.. il le monde avoua n'y avoir Il rien compris ». le un examen en il même temps. et l'analyse. répréhensible? Que s'élèvent La propriété. et la se fondait sur leur enseignement même raison pour démontrer. sans ménagement L'auteur inaugurait la critique socia- moderne: avait appris l'économie chez les professeurs officiels il de l'école bourgeoise. En fut acquitté. furent effrayés d'avoir produit tel . fut traduit. ils ne persistèrent pas dans leur dessein dans deux volumes: Lettre à d'enlever sa bourse à Proudhon. pied. un cependant. qu'elle suis-je le un effet ! sans cause. disait Karl le Marx en 1845. Blanqui [frère de l'Enfermé]. U Avertissement (1842) ne fut pas du goût de la justice. et Avertissement aux propriétaires ou lettre à M. divers la place de l'écriture abstraite et molle il des réformateurs de son époque. pour sa défense. Là. soumet propriété. « Proudhon. la critique. robuste comme ! les chênes qui virent son enfance et tumultueux comme sa pensée On il imagine sans peine que pupille les académiciens de Besançon. met son merveilleux âpre et comme la vie. par l'examen propriété ne se justifie pas. » premier décisif. ni la loi de n'être pas entendu?. qu'en droit comme en Dès lors. c'est le vol ». ne peuvent créer la propriété. pendant cinq mois secrétaire d'un à Lyon où l'un de ses anciens condisciples tenait une entreprise de transports par eau. Proudhon fut un employé modèle. se révélait à lui-même et au public économiste et philosophe. Il publie bientôt des œuvres d'inspiration diverse De la Création revint à Paris à fut jnageau tribunal de commerce et se rendit ensuite : . c'est ! vol! Voici le tocsin de 93 de murmures Voici le ! branle-bas des révolutions » L'étudiant franc-comtois. apporte encore autre chose: à fort. mais il n'oubliait pas sa vocation d'écrivain. présenta aux jurés. Celui-ci réédita sa thèse désormais fameuse: « la propriété. devant la cour d'assises de Besançon. auxquels avait malicieusement dédié son livre. s'adressant ainsi à un professeur de l'école orthodoxe et à un des représentants qualifiés du socialisme et l'auteur il utopique. Victor Considérant. ni est le travail. c'en est fait des déclamations humanitaires des utopistes ! bâtissant dans les nuées de merveilleuses Salentes Le nouveau venu style. pendant deux heures.

Ce livre mérite qu'on s'y arrête et qu'on s'étende sur cette époque de la vie de son auteur. plus tard avec Grùn. d'assurance. il revenait aux questions d'économie. si on la compare au gracieux gazouillement un langage serré.P. dit son ami Darimon. « Fâcheux service. avec lequel il devait aller au Jardin des Plantes. Le lendemain matin. il . hésitante. mis à contribution. PROUDHON 297 Le Miserere ou de l'Ordre dans l'Humanité (1843). et sans doute aussi ces premières organisations d'ouvriers allemands qui devaient être prétexte du Manifeste coninnmiste. datée du 4 janvier 1845. nature montagneuse du Jura. il revint pour chercher Reichel. Grùn. Etonné d'entendre à cette heure matinale une conversation animée dans la chambre de Bakounine.-J. Avec Marx. de gaieté ! même Il beau et vaillant contre tout un monde » un peu trop poétique « un corps assez maigre. la pénitence d'un roi et De la concurrenee entre les '> chemins de fer et les voies navigables (1845) avec ce dernier ouvrage où il mettait à profit ses connaissances professionnelles. une prononciation énergique. un front merveilleusement plastique. dans leur appartement de la rue de Bourgogne. livre raté à son propre jugement. sa démarche était lourde. pleine. assez embarrassée et timide il se vêtait simplement et sans aucune recherche. il Son emploi l'amenait fréquemment à Paris où rapport avec Il se trouvait les principaux socialistes et participait à leur en propagande. qui demeurait aussi dans la rue de Bourgogne et rendait souvent visite à Reichel et à Bakounine. un homme faut corriger ce portrait : . . des yeux bruns admirablement beaux. un cœur plein de calme. pâles et fins son grand front méditatif surmontait deux yeux très clairs qui louchaient légèrement derrière ses lunettes. surtout parisien . nom le connut des réfugiés étrangers qui devaient plus tard se faire un dans l'action sociale. nous donne un portrait enthousiaste de Proudhon : « Un visage ouvert. concis. . Proudhon s'initia tant bien que mal à la philosophie de Hegel il le fit avec acharnement et un succès . avec un choix d'expressions d'une justesse mathématique. et Tannée suivante il donna au public les sophie de deux volumes du Système des contradictions économiques ou Philola misère. mais fort et osseux dans une grande redingote vert-bouteille qui lui descendait jusqu'aux talons » la figure du « petit blondin fluét » s'était un peu empâtée et alourdie ses cheveux étaient rares. « Un soir (c'était en 1847). lui aussi. Marx. médiocre. Karl Vogt. » Bakounine fut. le bas de la figure un peu massif et tout à fait en harmonie avec la forte volontiers rustique. disait ensuite le célèbre théoricien du Capital ! Je l'infectai d'hégélianisme. Hegel de Bakounine et la musique de son ami Reichel. . . parut ennuyé d'écouter les discussions éternelles sur la phénoménologie et s'en alla chez lui. Une jeune lettre et de Grùn. Herzen raconte que l'écrivain français allait le souvent entendre. en un mot. Bakounine.

et Proudhon ne l'était à aucun point. et la conclusion une synthèse qui s'efforçait de dégager le vrai des deux propositions contradictoires. sans y prendre garde. ! guère attendue logiquement. Fâcheux service. Pour le comprendre d'ailleurs. Ce livre. devenu plus tard son adversaire et son détracteur.298 PORTRAITS d'hier ouvre l^lace la porte et que voit-il il ? Proudhon et Bakounine assis à la même devant le feu éteint de la cheminée. par exemple. il fallait être Allemand ou Slave. le soir. Le raisonnement ne fut plus pour lui que l'exposé d'une thèse. il faut bien le croire puisque celui-ci n'avait pas été traduit et qu'il ne pouvait le lire dans la langue originale. tous les parallogismes dont Proudhon a farci le raisonnement des Contradictions économiques. raisonne et apprend. en vérité. terminant par quelques phrases brèves les débats qu'ils avaient entamés les avait laissés la veille. donc le travail doit être le mode universel de l'enseignement moderne. En veut-on une preuve ? Proudhon remarque que la division du travail est nécessaire c'est une analyse qui sépare les divers éléments de la production après cette division vient la tâche de la machine qui réunit à nouveau ce que la première avait dissocié: c'est une synthèse. Mais il faut remarquer que les oeuvres de Proudhon valent autant par leurs développements que par leur ordonnance: aussi sont-elles difficiles à analyser. Les abstractions hégéliennes ne représentaient rien à son esprit et. elle . ce sont les deux opérations essentielles de l'esprit qui cherche. que celui qui avait amené un esprit supérieur et original à se soumettre au joug d'une discipline pour laquelle il n'était pas fait! INIarx. est plein d'idées qui se sont fait jour en dehors de la logique. avec son imagination vive. On s'étonne Sans doute la conclusion est étrange et on ne l'aurait : . expérimente. Analyse. » où Nous avons peine à la comprendre maintenant l'engoûment de la jeunesse d'alors pour C'est philosophie hégélienne qui se prêtait aussi bien à la justification du présent qu'aux spéculations sur l'avenir. une preuve frappante de la relativité des opinions que la fortune de cette métaphysique dont nous avons perdu le sens. mais si bizarre qu'elle paraisse. réussit mal à s'assimiler un enseignement d'ailleurs défectueux. dans son livre Misère de la Philosophie. a eu beau jeu pour relever. Il l'a fait avec beaucoup de "raison et plus de méchanceté encore. La logique le séduisit pourtant au point de croire qu'un système de dialectique pouvait le conduire infailliblement à la vérité. toutes les erreurs. Son esprit puissant dépasse forcément les bornes qu'une dialectique étroite voudrait lui imposer. son intelligence toujours en bouillonnement mais assez peu apte aux théories transcendentales. Proudhon. Quand il déclare n'avoir pas lu Hegel. d'une antithèse contraire. synthèse. il les transformait en données plus concrètes.

49 (i"'^ édition). et cette idée qui le poursuivra toute sa vie que la con- de l'économiie politique. du travail. écofi. la concurrence. nous enseigne les premiers rudiments de cette organisation. d'autre part. la propriété. il se moque de ceux D'aucuns n'était s'en sont servi . . le monopole. I. leurs observations comme des vérités éternelles et se refusent à tout la divi- progrès. par opposition à l'école classique faite bourgeoisie et responsable. échange et le protectionnisme. demande qu'on s'y arrête un peu celle sur la communauté. sans doute les Déjà l'idée des autres. le crédit. L'économie politique. Il se tient à distance des uns et travail est en train de s'organiser depuis le commencement du monde.. pas socialiste 1(1) Contr. du nombre des Guidés par l'idée que nous nous sommes faits de la science nous affirmerons contre les socialistes et les économistes. comme le remarque déjà Proudhon. le machinisme. ni qu'il est organisé.. la population. non pas qu't7 faut organiser le travail. déclassés. de ses études. en établissant la théorie de la « vale libre leur constituée ». sion Proudhon examine tour à tour et avec un bonheur divers. Proudhon ne voulait être « d'aucune entreprise ou congrégation réformiste ». là des conceptions utopiques qui n'ont de commun qu'un mot avec le socialisme moderne? Nous l'avons déjà vu. clusion Une : pour déclarer que le penseur franc-comtois mais combien de fois faudra-t-il répéter qu'il s'agit.-J. il rencontre des effets contradictoires.. mais qu'on ne peut exposer et discuter utilement ici.. Partout. c'est la justice. Il ridiculise les imaginations qui avaient cours dans ce temps. souvent dénaturée pour les besoins d'une cause. en faisant ressortir et en opposant les avantages et les inconvénients de chaque système. mais qu'il sociale s'organise (i). les économistes ont tort quand ils considèrent socialistes sitoire.. dans laquelle Proudhon critique durement les socialistes de son temps. « . Laissons cette thèse.P. PROUDHOM 299 contient en germe une des par la idées directrices de notre syndicalisme: l'enseignement doit être professionnel. très intéressante à bien des points de vue. science d'observation. Le ont raison quand ils disent qu'elle est insuffisante et tranmais ils se trompent quand ils en veulent fonder une nouvelle sur des bases inconsistantes et quand ils abdiquent la tradition pour l'utopie. proportionnent dans la richesse sociale ». » de Proudhon se précise. des conflits qu'on ne pourra résoudre qu'après avoir déterminé « la loi suivant laquelle les produits se. la communauté. Il faut se borner à noter déjà la tendance de Proudhon à tout traduire par des concepts psychologiques. l'impôt. p. t.

avaient diminué l'encaisse des banques et rendaient difficile le crédit. les riches et les puissants firent bien quelque chose pour ne devait pas être les travailleurs: ils les fusillèrent en juin 48. La Révolution qui renversa le trône de LouisPhilippe le ramena bientôt aux problèmes politiques immédiats. La Révolution de Février n'était pas faite pour remédier à la crise. p.. pour organiser Je travail. Voici en deux mots. Les possédants. 298 (i'* édition). Il publia. ma profession de foi et mon critérium qui cf oient que « : : « Quiconque. Pour remédier aux effets de cette dépression économique. Les possesseurs s'affolèrent. n'étaient pas fâchés de créer des difficultés au nouveau régime.. Après la publication de ce livre. allons ! apologie de l'action directe. la seule fois. . t. Proudhon revint à Paris au commencement de 1847. II. fait appel au pouvoir et au capital a menti. les récoltes des années 1846 et 1847 avaient été désastreuses. la constitution des grandes compagnies industrielles et la construction des chemins de fer. sur toutes les utopies d'organisation passées. et surtout la France. (i) Contrad. son journal Le Représentant du Peuple. « Parce que l' organisation du travail doit être la déchéance du capital » ! et du pouvoir (i). a-t-on dit Proudhon le avait raison. dès le 27 février. et syndicalisme ne dit pas autre chose. les banques dépourvues de fonds cessèrent d'escompter les effets du commerce et de l'industrie et. Une bêtise. les charges budgétaires augmentaient avec une rapidité considérable. un grand nombre d'entreprises fermèrent leurs portes. Comte offrait à tous son positivisme. le gouvertions économiques. Il put alors dire librement sa pensée qui s'opposait avec vigueur à l'insuffisante phraséologie des Montagnards et plus encore à l'attitude réactionnaire de l'Assemblée. ccon. Fourier attendait le millionnaire qui voudrait réaliser ies potentats Phalanstère . qu'il avait déjà tenté de lancer un an auparavant. traversaient une grande crise financière. faute d'argent. présentes ou futures.. et ce Une programme de la classe ouvrière est le donc! mais tout le résumé dans ces lignes C'est une bêtise. jetant à la rue des milliers de travailleurs. et déclare « . Les événements placèrent tout de suite au premier plan les quesLes pays civilisés.300 PORTRAITS D HIER le jour approche où les riches et les puissants feront quelque chose pour le peuple ». l'or se cacha. d'ailleurs. Vagio formidable auquel se livraient les capitalistes sur ces valeurs.

sinon peut-être à s'emparer du pouvoir.-J. mais à tous les produits du la et Toute question se résume pour du crédit. du crédit. nécessaires. et Proudhon devait le reconnaître implicitement dans son projet de Banque du Peuple. 26 mars) et V Organisation du lui dans le problème de l'échange démontre que l'argent n'est rien. . Puisque les capitaux se cachent. appliquée non plus à des dépôts monétaires. Il est d'ailleurs douteux que son système aurait pu réussir à solutionner la question dans une heure où la classe ouvrière était malhabile. de se débarrasser de l'intermédiaire de la monnaie en transformant le mécanisme de l'échange. Mais.P. d'une Banque d'Echange donnant à tous les producteurs le crédit gratuit. connaît la triste histoire. il préconisait d'autres mesures il qui devaient être prises par voie d'autorité: proposait de réduire le loyer de l'argent. le mutuellismc On a dit avec raison que Proudhon s'était mépris sur la nature de la monnaie dans laquelle il ne voyait qu'un signe à l'exclusion de la valeur intrinsèque du métal. La crise travail qui pourraient s'échanger contre d'autres produits par l'inter- médiaire d'un organisme central. en généralisant l'usage de la lettre de change. et la circulation tout. du moins à l'organiser à son profit. On a justement remarqué que sa réforme était incomplète et vouée à l'échec parce qu'il croyait que tout le problème social est dans l'échange et qu'il ne cherchait pas à modifier la production. de proroger remboursements. Pressé par des ouvriers qui il demandaient de la écrivit deux brochures et Solution du problème social (deux livraisons du 22 crédit (31 mars). seule la chute du crédit lui : avait amené la suspension du travail. il demandait de réduire l'escompte de la Banque de France en supprimant son encaisse. et son idéal de liberté en se passant de l'Etat. L'origine de cette crise se trouve dans les abus de la propriété. que l'argent fait défaut. On a adressé de graves critiques à ce système. qu'il voyait dans la transformation de l'échange la révolution sociale tout entière. c'est-à-dire les intérêts et dividendes de toute nature. Plus tard. Ces critiques sont fondées. s'écriait Proudhon. traitements et les salaires. de ces ateliers nationaux dont on Proudhon comprit que régler la question sociale. le possesseur de l'or peut seul donner du crédit et détient ainsi une autorité sur ceux qui ont besoin d'or pour produire. les les loyers. Louis Blanc et la création les socialistes réclamaient l'intervention de l'Etat. il décrète des assignats res étaient « ! On » lui demande D'autres mesuautoritaires et. Proudhon parce essayait ainsi de satisfaire à la fois son besoin de justice. la monopolisation de la Banque pour parer au chômage. dans ce fait que l'or étant nécessaire à la production. par une contradiction assez explicable. PROUDHON 301 nement donna le cours forcé aux billets de banque. il est nécessaire de se passer d'argent. les les fermages et échéances et les .

étrange combinaison des électeurs. liberté du •commerce. le 5 juin. qui êtes-vous. alors ? » s'écrièrent de nombreuses voix. Par un manifeste publié le 30 mai. » Par 691 voix contre 2 (celles de Proudhon et de son ami Greppo). cependant son idéal reprenait le dessus pour affirmer que l'Etat doit « se réduire peu à peu pour ne représenter que lui-même. liberté de la presse. il eut l'occasion de les exposer encore lorsqu'il posa sa candidature à Paris. » Affirmation plus généreuse que logique puisqu'il faisait appel à l'intervention du pouvoir. liberté de l'enseignement. il exposa son programme qui était à peu de choses près celui de la solution. écrivait-il son journal. libre concurrence. il budget. Le 31 trois heures et demie. et vous dans la classe bourgeoise. lés Une terrible répression s'ensuivit. « Voilà tout mon sysliberté de conscience. l'utopie et les rêves de fraternité. Fusillés. la liberté partout et toujours. Dupin répondre « C'est assez clair la bourse ou la vie! » Le président demandant à l'orateur d'expliquer juillet. aux élections complémentaires du 4 juin. après avoir échoué aux élections générales du 23 avril. en même temps que Thiers et Louis-Napoléon Bonaparte La révolution de février. les bourgeois réac- (i) Un anonyme s'écria : «Au Moniteur le discours ! A Charenton l'orateur ! » . L'une d'elles: « Parlez-vous au nom de la guillotine? Quand j'emploie les mots moi et vous. Un article sur le terme suspendre Il s'adressa alors à l'Assemblée et lui soumit une proposition tendant à la réduction de toutes les soinmes dues par les particuliers et par l'Etat pour attribuer les remises par moitié aux individus et au développa sa thèse dans un long discours de l'établissement d'un impôt sur le revenu très lourd visant les grandes propriétés. n'y a que des fit victimes ». ajoutait-il : ! possédants. Il fut élu. libre disposition des fruits de son travail et de son industrie. commencée dans l'enthousiasme. : refus. déportés. Vous. mais il y avait ajouté la suppression de la grande propriété par voie d'amortissement. demandant encore : : ! Proudhon répondit « Je veux dire que s'il y avait un nous devrions nous-mêmes procéder à la liquidation en dépit de vous. liberté à l'infini.302 PORTRAITS D HIER Ses idées. eximille. je personnifie moi-même dans le peuple. aboutissait à l'insurrection de juin. la plus formidable attaque encore dirigée par la classe ouvrière contre les tème. « Il n'y a point au nombre de vingt vainement leur défense Proudhon il prit : de coupables. à rien ». L'ambassadeur anglais Normanby nous a gardé un souvenir de la scène dont il fut témoin « On entendit M.. l'Assemblée décida de stigmatiser la proposition et les doctrines. » ( Cns : « C'est la guerre civile! ses paroles.. — — c'est le 2^ juin à la tribune! (i) » Sans autre discussion. les ouvriers se turent. •liberté absolue.

Les statuts d'vme société en commandite furent passés devant notaire liter le 31 janvier 1849. aux socialistes autoritaires et aux amis de Blanqui Barbes. mutuel. saisi maintes fois et définitivement enterré en août. ils socialiste toute imprégnée. Mais . Plus tard. D'après son Proudhon reprenait les idées programme. la Banque devait qu'il faci- aux producteurs l'écoulement de leurs produits par l'échange la libération du travail. puis quotidien en novem. L'Assemblée était en grande majorité réactionnaire. étaient divisés en nombreuses fractions dont les pensées étaient bien ils allaient des républicains différentes sous une étiquette commune C'est le : moment modérés.-J. la lutte des classes en un mot. Aussitôt après l'élection de Bonaparte à la présidence. déclina une autre invitation que lui adressa Delescluze il s'absorbait dans sa besogne de journaliste. à tionnaires odieuse au principe de ! l'écart de tous la les groupes. les ((invitait à mettre au crochet leur défroque parlementaire. farouches partisans de l'ordre d-e et responsables des massacres et de formèrent cette démocratie juin. avait exposées déjà. Les démocrates-socialistes soulevèrent maintes disputes contre ce parlementaire qui ne croyait guère au suffrage universel et que les immortels principes ne réussissaient pas à hypnotiser. pendant d'expliquer l'attitude si mal comprise du penseur deuxième République. succéda Le Peuple. PROUDHON 303 ou républicains flétrirent copieusement cette « atteinte la morale publique » et cet « appel aux plus mauvaises passions » Les socialistes autoritaires et étatistes qui suivaient Louis Blanc se prononcèrent contre Proudhon qui affirmait pour la première fois à la tribune l'antagonisme irréductible de la bourgeoisie et du prolétariat. Une grande il idée et de chimériques espoirs s'étaient emparés de il voulait réaliser la « réforme banquière » dont avait entretenu ses électeurs. il s'absorba dans ce projet. Au Représentant du Peuple. Proudhon eut un duel avec Félix Pyat. à cesser leurs tirades révolutionnaires et tout leur tintamarre de Il démagogues ». Il les traitait de «pâtissiers» et de ((blagueurs». sortis amoindris des élections. alors emprisonnés. à défaut d'idées et d'esprit révolutionnaires. Le bon sens de Proudhon s'insurgeait contre ces gens qui masquaient leurs étroites conceptions sous des tirades empruntées au vocabulaire de 1793. à rengainer leur phraséologie. maintint en dépit du confusionnisme démocratique son attitude purement socialiste. bre. la fin de l'iniquité sociale. lui . de la grandiloquente idéologie jacobine la et qui se proposait de réduire l'antagonisme des classes par paix sociale. en fondant une Banque du Peuple. Les démocrates. d'abord hebdomadaire. les capitalistes. ne pouvait pas être atteint par ce seul moyen: qui donc aurait pu profiter du crédit de la banque sinon les producteurs.P. Le socialiste franc-comtois demeura dès lors seul avec son unique disciple.

La banque devait procurer à tou?. Les systèmes socialistes d'échange. la nécessité (i). Il employa encore la fin de cette année 1849 à écrire les Confessions d'un sance de Sainte-Pélagie révolutionnaire.304 PORTRAITS D HIER puisque les ouvriers ne possèdent pas les instruments de leur travail fut ? Aussi. de trois ou quatre jours de sortie par mois pendant lesquels il remisait chez le plus proche marchand de vins le gardien chargé de l'accompagner Ce fut le moment que choisit l'enfermé ponv prendre femme. a parfaitement démontré. les coopératives essaient de le résoudre par l'organisation des Wholesale ou des Bourses. il où il fut reconnu et arrêté se rendit en Belgique. a soulevé beaucoup de railleries qu'il ne mérite pas. il fonda La Voix du Peuple où il mena pendant trois mois une polémique érudite contre l'économiste Bastiat. Le problème dont il avait essayé de donner une solution générale. et l'enthousiasme du bon Proudhon l'illusionnaient il portée de son entreprise. Proudhon amené a prévoir en même temps l'organisation de la consommation et de la production par deux syndicats. 11 (1908). Comme il revint à Paris ne tenait guère au martyre. Proudhon bénéficiait. mais incomplet.de son système. pour obvier à cet ironique résultat. Ainsi le problème de la reprise se posait Proudhon avait voulu éviter la socialisation de la propriété en s'atet il taquant au seul échange. Ce que Proudhon voulait faire pour le produit du travail. deux articles irrespectueux prince-président condam- ner à trois mois de prison et quelques milliers de francs d'amende. mais par quel moyen c'était En les achetant aux capitalistes par des bons d'échange. ! (i) C'est ce que M. le mais 6 juin . Le Peuple étant mort. . ch. d'organiser la production. Cela suffit à montrer l'intérêt que présente cette partie de l'œuvre proudhonienne. En mars le firent 1849. qui a consacré au système une excellente étude. mais l'expérience dont merveilles ne put se promettait tant de même pour le pas être tentée. meubles ou immeubles. les instruments de production. ? consacrer par une œuvre d'émancipation ouvrière la puissance ! économique des possédants encore tout entier. Aucuy. comme la plupart des condamnés politiques. Le mutuellisme postule le socialisme Cet essai sincère. avait été amené peu à peu à reconnaître rinsuffisance. les clearing-houses le font en quelque sorte pour les valeurs de banques. si mal connue et si dédaigneusement L'imagination sur la critiquée. il fit la connais- oii les condamnés politiques jouissaient d'un régime relativement agréable et dont il s'accommoda assez bien.

publiait Vidée il générale de la Révolution au politi- donnait au problème révolutionnaire. par G. Blanqui. puis à Doullens où il retrouva Barbés. et réintégrer enfin Sainte-Pélagie le Une deuxième En même temps. jeune fille de ai- mœurs sévères. De nouvelles poursuites contre La Voix du Peuple firent transférer l'écrivain à la Conciergerie. non sa signification traditionnelle. peu instruite. Raspail. Oui.7J////0 ^î"m^ -%\v lit Proudlion sur son de mort. Martin Bernard et leurs compagnons de là. mais d'un esprit droit et d'un cœur mant. Pas plus que ses devanciers le nouveau journal de Proudhon n'avait les faveurs du pouvoir. Z/X" siècle. Il 15 septembre apparition du Peuple ne dura que quelques mois. il y a des . Courbet. dans son procès 1851. que mais sa signification économique. A la fin de l'année 1849 il épousa Eugénie Piégard. il fut ramené à Paris pour obtenir un acquittement . Leur mariage fut heureux.

à l'autorité la réciprocité. 259. « L'atelier.^me. Industrie^ Commerce. Idée générale.3o6 PORTRAITS d'hier raisons suffisantes de faire une Révolution. ce sont les place des anciennes classes de citoyens. fera disparaître le gouverremarquait que « l'idée de contrat est exclusive de celle ». Inconcevable mirage Il se prêta même à des entrevues avec de Morny. moins de fureur que ceux-ci il se laissait emporter par son imagination. non plus une hiérarchie des pouvoirs politiques. mais l'organisation des forces économiques. Agriculture. régime gouvernemental. C'est un moment de sa vie que l'on ne peut guère comprendre chez un révolutionnaire aussi clairvoyant. féodal et militaire (ces expresim régime administratif ou industriel. la Ce que nous mettons à Ce que nous mettons à Ce que nous mettons à place des lois.. Cet extraordinaire réaliser moment d'aberration ne trouve de circonstances et atténuantes que dans la passion de Proudhon — il son impatience à » « même en se lavant lui.. ce sont les catégories spécialités ( de fonctions. Il crut alors que l'état-major de canailles qui se disposait à régner au nom de Napoléon III allait se trouver obligé de réaliser le sociaîi. probe scrupules l'entraînèrent à refuser un'e compensation de vingt mille en vue de Il francs qu'on lui offrit en 1853 pour le dédommager de ses démarches la construction d'une voie ferrée de Besançon à Mulhouse. Il était écrivait et ses toujours pour subvenir à des besoins croissants. mais comment la faire ? En substituant au régime des lois le régime des contrats. Proudhon. ce sont les contrats. au sions sont de Saint-Simon). (i) p. fut bien vite dégrisé. . avait-il écrit nement. bourgeoisie et prolétariat. Il emmena sa nouvelle famille dans son pays natal. et de gouvernement développait ses idées anarchiques. n'avait pas cessé ses relations avec le pouvoir auprès duquel il s'en- tremettait en faveur des proscrits.. était justement de sortie le 3 décembre lorsque les députés républicains cherchaient vainement à persuader aux ouvriers de défendre la République meurtrière de leurs camarades en juin 1848. Sa prison finie. en constituant une société qui aurait pour base. il publia la Révolution sociale démontrée par ! le Coup d'Etat (1858). i) » Vint le Coup d'Etat. Il les mains avec du fumier — les réformes souhaitées par Libre. « « )) Il à Pierre Leroux. la place des pouvoirs politiques. Pendant que les soldats ivres fusil- laient les bourgeois des boulevards avec avaient massacré les insurgés du faubourg Antoine. etc. Cette attitude lui valut des inimitiés qui se traduisirent par d'acerbes critiques à l'égard de sa Philoso- phie du Progrès (1853). et forces économiques. « la noblesse et roture. Rencontrant Victor Hugo vers la place de la Bastille. il lui déconseilla la lutte.

de Mirecourt. PROUDHON 307 La même Bourse. l'aliénation de la personnalité. il expliqua longuement ses idées dans un livre admirable. du libre arbitre des citoyens. Anti-religieux. publia en 1856 une et diffamatoire. elle étude sur Proudhon. di- une issue ou le triomphe du système. Proudhon ne pouvait pas garder sur la question de Dieu et de l'Eglise l'attitude sereine et détachée des penseurs aristocrates et sceptiques comme Renan. Sinon. « ! Vienne la secousse finale s'écriait-il. Les qualités et les défauts de l'auteur s'y donnent éga: : ! lement libre cours. comme il se faisait recevoir franc-maçon par une loge bisontine. à la question traditionnelle « Que donnezvous à Dieu ? » le néophyte répondit « La guerre » Ce fut. » P. sa pensée subtile un peu procédurière. » Proudhon demandait au lateurs insatiables. Dans les Contradictions il avait écrit : « Dieu. sous toutes ses formes. paraitil. Venimeuse demeurera comme un chef-d'œuvre de calomnie indignons pas trop l'Eglise. qu'il se taise la . c'était la Justice sion d'écrire trois volumes De dans la Révolution la bataille. . la concentration des capitaux. faut. du travail. et cependant elle dut recon- naître la dignité de la vie privée du penseur socialiste (i). E. c'est le mal !» Le 8 janvier 1847. 50 (note). qu'il l'entreprenne. il l'était devenu surtout après avoir vu l'Eglise mettre sa force de domination et sa discipline au service des intérêts conservateurs. mettant en pratique son expérience financière. pouvoir s'il était capable de résoudre le problème dont il indiquait « Si oui. non seulement par sa thèse mais encore par les détails de la démonstration. Philosophe. Ses idées générales s'enchaînent avec logique. où cières tout sait-il.P. mais et son imagination. un beau scandale chez les chevaliers du triangle. il année. au profit d'une poignée de spécuou la liquidation. c'est-à-dire l'expropriation en grand du pays. Passionné et enthousiaste. ! jésuitique. et nous quelques solutions réformistes que cette situation — : sommes prêts à l'applaudir. Un biographe réactionnaire. il publia en collaboration avec se livrait à Duchêne un Manuel d'y mettre : dit Spéculateur à « Il la une critique véhémente des opérations finanle en cherchant moyen ait un terme. Ne nous l'occaet Cette brochure infâme donna à : Proudhon dans où il aborda enfin ses idées sur la religion (1858). la paix et l'ordre. Il habite rue d'Enfer (aujourd'hui rue Denfert-Rochereau) un modeste appartement au rez-de-chaussée. Son atmosphère. oii tout respire (i) Il est : est inattaquable. laissez parler le pro- cureur général de Révolution.-J. l'entraînè- bon d'invoquer de pareils témoignages « La vie privée de Proudhon Son intérieur est patriarcal.

c'est pour tromper plus sûrement. Proudhon attachait à l'idée pour l'établissement de rapports équitables entre les hommes est la raison d'être de la Société. la foi l'équité. Il n'y a d'autre révélateur de la : loi morale. l'indé- pendance et le progrès. La Justice est le pro- spontanément éprouvé et réciproquement garanti. et d'affirmer. la religion oppose la révélation. toute l'importance que lui. L'œuvre de la Révolution. de la dignité humaine. t. t. d'abord dans sans considération aucune de divinité ou tout ce qui nous est propre. : au besoin contre soi-même. sous ce rapport. l'Eglise cherche à abêtir pour dominer. Le droit canon contredit le droit civil. son identité avec duit de cette faculté : lui. la Justice est l'œuvre de la Révolution à laquelle s'oppose incessamment l'Eglise. sont admirables. en vertu de la raison dont il est doué. » soit possible à On peut nier qu'une pareille morale les la remarquer que maximes de Proudhon conviction nécessaire . Elle répugne à l'éducation. L'Eglise essaie de mettre la main. p. et cela sans retour d'égoïsme comme et de communauté dignité : voilà le droit. L'idée de justice se fonde sur le sentiment de la dignité humaine que le christianisme dégrade et nie. à la philosophie si elle feint d'enseigner. sur le mariage. I. mais imil puissantes à créer n'est pas permis de con- tester l'élévation et la noblesse d'une pareille règle de vie qui pose en principe la dignité humaine pour défendre le droit. p. la Justice. que l'Eglise ne posséda jamais et sans (i) (2) De De la Justice. la liberté. puis dans la personne du prochain. 182. que sa conscience « Sentir et affirmer la dignité humaine. A la raison. que nous cherchons partout en vain. par les prêtres et le confessionnal. I.308 PORTRAITS d'hier rent souvent à rattacher à l'argumentation principale des faits ou des conceptions qui n'ont avec elles qu'un rapport éloigné. qu'elle prétend révéler. Un tel livre se prête difficilement à l'analyse. on peut voilà la Justice (2). à la science. Nous avons vu de justice . Son action nie la loi morale c'est le respect . la défense de cette fonder. expression de la justice. & . » Proudhon n'a aucune peine à établir l'antagonisme de la Révolution et de l'Eglise. pour l'homme. c'est l'émancipation et le relèvement de la personnalité humaine. « Cette science du droit et du devoir. a la faculté de sentir sa dignité dans la personne de son semblable comme dans sa propre personne. Etre prêt en toute circonstance à prendre avec énergie. « L'homme. en quelque personne et dans quelque circonstance qu'elle se trouve compromise et à quelque risque que nous expose sa défense (i). Elle favorise l'injuste répartition entre quelques-uns de ces richesses qu'elle feint de considérer comme méprisables et qu'elle s'ingénie cependant à capter. 216.

. calomnié par l'esprit in- (i) (2) De la Justice. disait-il dans une préface postérieure. Tous les démocrates. après qu'il Proudhon ^ut condamné à trois mende (2). » L'hostilité acharnée de l'Eglise contre son Proudhon saisi le avait touché juste. De ta Justice. les juristes. et que c'est cette infidélité à laquelle il nous est impossible . » . Sa santé qui n'avait jamais été très forte ne s'était pas relevée d'une failli l'enlever en 1854. je dis que la Révolution en a que ces principes. nous régissent et nous soutiennent. p. fut eut adressé une Pétition au Sénat. En outre. il reproduit des attaques contre la religion.000 francs d'ajuillet. La misère entra dans la famille et le fier socialiste en fut réduit à accepter les services attaque de choléra qui avait de quelques amis. servirent à remettre tous les pacifistes s'indignèrent contre l'auteur qui ne put que s'étonner à son tour : « J'ai entrepris. ni qu'elle fût préférable en tout à l'intelligence.P.. tout en les affirmant du fond du cœur. à notre insu. 170. s'installa à Bruxelles sous nom de Durfort et ses et vécut à l'écart des proscrits républicains avec il lesquels.. PROUDHON 309 de vivre. dépourvue d'ordres juridiques. et articule que le maintien de la religion compromettrait aux yeux de la qu'il a dans pet esprit commis le délit société le gouvernement qui la tolérerait d'outrage à la morale publique et religieuse. en les résumant et en les précisant qu'en effet il persiste à représenter la religion comme extra-constitutionnelle. produit tous les principes nous-mêmes qui fait notre misère et notre servitude (i). C'est alors canton de obtint le qu'il participa au concours ouvert par le il Vaud (Suisse) pour le meilleur et les mille mémoire sur lui l'impôt : premier prix francs que rapporta son travail un peu d'ordre dans son budget compromis. nous y répugnons par préjugé. 28 le 2 juin. : Voici quelques considérants du jugement « Attendu que. ni qu'elle droit. I. n'ayant aucune doctrine morale et ne sachant rien du mariage et de la famille. . .-J. Sa femme rejoignirent à la fin de l'année et la famille s'installa dans une maisonnette d'Ixelles. ni le droit civil le n'ont de vraie et de solide base: ce droit est droit de la force. — . enfants le ne sympathisait pas extrêmement.. Il passa en Belgique le 17 le œuvre prouva bien que paru le 22 avril 1858. de réhabiliter un droit honteusement méconnu par tous sans lequel ni le droit des gens. ans de prison et 4. son épouse et ses fillettes revinrent malades de Paris. nous l'avons vu. fût tout le Mais je n'ai pas dit que la force fît le droit.. Le 21 mai 1861 paraissait La Guerre et la Paix. t. » J'ai rendu hommage à l'esprit guerrier. il lui fallait écrire. De tous les livres de Proudhon celui-ci a été le plus incompris. mais une maladie le terrassa. Cependant.. ni le droit politique. mais que.

dans son action que son dans sa forme présente.. comme ». la . mais je n'en ai pas moins reconnu que l'héroïsme doit désormais céder la place à l'industrie. le par exemple. connaître » n'est que travail et l'intelligence. un panégyrique qui était bien fait pour surprendre? Proudhon devait étonner bien davantage les pacifistes et les philosophes en leur apprenant que la guerre est un jugement rendu au nom de la force. Laissons-le préciser: « Droit ne sont pas choses identiques. » Vivre c'est agir. en certaines circonstances. écrit dans une langue toute particulière. on a crié au scandale. Son règne va-t-il donc durer tou- . justice )) : une « révélation de la crée le souv€rain comme aussi bien elle sert de base à . « sous une forme ou sous une autre. or « agir. de peur des coups et de la lutte! La guerre est un fait primordial. une « discipline de l'humanité ». Son livre est mal sans équilibre. dans la société. morale. la fierté. La Guerre et la Paix demeure une œuvre capitale. Contre l'intelligence. le priticipe elle est barbarie et cruauté. L'auteur. et par là elle fonde la notion du droit de l'idéal » et de l'art.. peuvent revendiquer des droits le aussi légitimes. Là-dessus. et qu'il y a un droit de la force « en vertu duquel le plus fort a le droit. indispensable à son développement et qui « communique à tout. mais elle surprit plutôt Malgré ses défauts qui en font le livre le plus mal composé de Proudhon. une « révélation la démocratie. célèbre la guerre comme Darwin exposait à la la lutte pour la vie. . loi vitale. est « divine » car elle est elle est une du monde. n'est-ce pas. travail. le droit. En réalité. elle est essentielle à notre humanité . tout il La force a son droit qui n'est pas le droit.310 PORTRAITS D HIER dustriel. et à côté de la force. on a déclaré que Voilà. l'honneur. dans un souvent outrancier. et disait de Maistre. Il ne faudrait pas en juger avec des sentiments pacifistes ou résignés. elle en est une condition ». elle une « révélation reUgieuse tous les peu- ples guerriers ont été des peuples religieux. vertu et le dévouement. elle. même époque à sa manière. et l'on foi. c'est combattre La guerre J. l'industrie aspirent passionnément à la paix. d'être préféré au plus faible ». Proudhon et force identifiait la justice et la force. » Il avait voulu démontrer la fin du règne de la guerre. de fades berquinades. mais qu'on ne saurait sans déraison mépremier en date. la elle exalte la personne humaine dans tout ce vie et la flamme » qu'elle a de noble et de généreux: la dignité. style l'aient méconnu de bonne comprend assez que ses contemporains Il s'était flatté de donner une « belle ! application » de sa doctrine de la justice. Mais « la guerre n'est point telle et sa fin la supposent ». et on l'accusait de la glorifier! La méprise était possible et l'auteur pouvait s'en fait et prendre à lui-même d'avoir été si mal compris. Plus de mièvreries sentimentales.

synonyme du droit au travail. mais mal construit encore. » « Si M. Cinq mois plus tard. à l'unité critiqua quelque temps après dans fit la l'Unité en Italie (1862). qu'aux luttes nationales succède la lutte des classes. « L'humanité travailleuse est pas d'ailleurs droit seule capable d'en finir avec la guerre. Rien n'était plus détracteurs. « La démocratie industrielle brisera au nom du droit de la force. » Il est certain qu'une conception comme celle que nous venons d'exposer n'a pas l'attrait des douces églogues pacifistes. il donna Du principe fédératif et de la nécessite de reconstituer le parti de la Révolution. par exemple. sous cette nouvelle forme. Dans l'état présent de la société. au lieu des immenses « nations qui achevaient de se créer.. car social est elle subit une évolution. s'inspirant des idées fédéralistes qu'il avait émises au sujet de l'unité italienne. Proudhon étranger à ce vigoureux penseur que il les jérémiades démocratiques. il mœurs (i). et de la force ne disparaîtra pas de sitôt. . les combattit l'émancipation des Polonais qui oubliaient d'accorder droits et à leurs malheureux serfs les libertés qu'ils revendi- quaient pour eux-mêmes. la suzeraineté de l'argent. la force. disait comiquement un de ses ne chercherait pas à faire du socialisme un épouvantail. PROUDHON 311 jours? Non. autonomes. une fois de plus. la guerre n'en aura pas moins son mot.. Il combattait les « hallucinations unitaires » il . obligeant à fuir en réalité opposé à cette annexion! .-J. c'est-à-dire le droit du peuple? Parce que « nous n'avons que faire pour cela de nous attaquer à la baïonnette et de nous tirer des coups de fusils ». de souscrire au prétendu droit des nationalités si alors en Il grande faveur. Beau livre. » Seul le régime de la justice pourra alors fonder la paix que tous désirent. p.P. et (i) De la Justice. aussi put-il revenir à Paris en septembre 1862. aura fait droit... Une détision Des manifestations Proudhon qui était impériale du 12 dé- cembre 1860 lui avait fait remise de sa peine. en créant l'équilibre écono- mique. Fédération et les Belges de conseiller l'annexion de leur pays à Napoléon hostiles éclatèrent à Bruxelles. refusa. italienne qu'il Il s'attaqua à Mazzini. Un article le accuser par III. Qu'est-ce à dire? Ceci. t. à Garibaldi. ces les questions économiques que le droit le l'emportent sur questions politiques. aurait préféré les un faisceau de souverainetés garanties les unes par autres ». » « L'état un état de guerre. II. Ce sera justice. mais elle est plus virile et plus vraie. N'est-il du nombre.. ce qui suppose une révolution radicale dans les les idées et dans aimait le peuple. il le rendrait attrayant. fait de pièces et de morceaux disparates. 381. une transformation.

tion La prospérité de l'Em- pire ne s'étendait pas à tous et les travailleurs se trouvaient dans une Le coût de la vie avait beaucoup plus forte que les salaires. Mais toutes les œuvres qu'il avait données depuis le début de l'Emprolétariat ce- pire l'avaient écarté de la cause populaire. augmenté dans une propor1'» hausmanni- sation » de Paris avait bouleversé la capitale. tant que leurs intérêts sont distincts de ceux de leurs maîtres formaient si bien une classe qu'ils étaient réduits à vivre à la part. Le pendant ne demandait qu'à pays. le élections de 1863. toujours écrire travaillait. était il malade. d'arrache-pied. l'échec partiel des canjoie. Le janvier 1864 fut gravement atteint de catarrhe et d'asthme et ne put guère recommencer à sortir qu'en Le peuple que les revenait à lui. jusqu'à la vie la il oublier dans son acharnement toutes ses autres préoccupations. des intérêts immédiats des travailleurs et des questions politiques de l'heure. la première affirmation de la classe ouvrière était essentiellement proudhonienne. « Est-ce que nous ne les citoyens au même titre? » demandaient républicains . loin d'adhérer à un vague socialisme césarien. didatures officielles fut pour Proudhon une grande ! mais il se des trente-six députés qui formaient une opposition bigarrée. mais. février. transformant les rues dans lesquelles vivaient côte à côte les ouvriers et les patrons en quartiers exclusivement bourgeois. faisant chaque lecture de livres comme le Rohiiison suisse. Au moment même o\i l'on pouvait croire ouvriers l'avaient oublié. lui rendre sa confiance. Ainsi les faits appre- naient aux salariés que la prospérité générale n'est pas s'en faut. et qu'ils la leur. refoulant la partie laborieuse de la population vers les arrondissements extérieurs. aux Pour parer à sourde excitation des ateliers travailleurs de l'opposition bourgeoise. un certain nombre d'entre eux présentèrent à Paris. Ecrire. situation précaire. d'autre part. L'Empire déclinait visiblement malgré la prospérité économique du Les élections de 1863 avaient révélé une masse considérable les d'opposants dans toutes défiait Il grandes villes . il Au principe de nationalité qu'il déclarait insaisissable préférait la justice.PORTRAITS D HIER dans chacune desquelles pourraient se développer librement les aspirations de chaque groupe humain. et pour détacher les gouvernement impérial fit mine de les favoriser. c'était tout Il s'épuisait à cette tâche. libéré de la néfaste centralisation administrative. des candidats ouvriers qui réussirent seulement à soulever un sommes pas toile dans la presse d'opposition. se délassait de cette hantise que par et à soir à sa femme ses i"^ deux filles Il ne de famille. Quand d'une pièce.

enfin. se résigna à abandonner momentané- travaux pour revenir dans son pays natal. Revenu à Paris. le dirai-je. et leurs idées prolongent leur existence au-delà de la tombe. ils laissent après eux leurs œuvres. filles immortelles. ». Sa mort fut simple. la signification » au vieux monde de sa prochaine déchéance. de faire comprendre à la plèbe française que de gagner pour le compte de ses patrons une a gagnée en 1863-64 [en élisant des son émancipation peut être retardée d'un bataille comme celle qu'elle leur républicains bourgeois]. fondée le 28 septembre 1864 au meeting célèbre de Saint-Martin's Hall. très faible et très las.. Thuriet. Ce stoïque veto. quoi qu'on en ait dit. enfin lancé par nous contre de présomp- tueuses candidatures. Dernier voyage de Proudhon à Besançon. l'acte solennel de notre entrée dans la vie si politique. La maladie ment ses l'accablait encore. elle s'avise « Il s'agit. frustre et digne comme sa vie. Je m'en retourne pour finir en paix chez moi (i). l'air natal. Il est certain. des rechutes successives se produiil sirent. n'était rien moins que l'annonce d'un nouvel ordre de choses. Mais de tels hommes ne meurent pas tout entiers. Il put voir cependant la naissance de l'Association internationale des Travailleurs. Jamais l'influence )) (i) Ch. il dit dans une suprême . » Il était usé par le surmenage et l'intensité de sa pensée. Je suis en train de mourir. à Londres.-J. mais celui-ci représentait bien sa doctrine qu'il et l'approuva par une Lettre adressée « aux ouvriers de Paris de Rouen si. ÏOpinion nationale publia le Manifeste des soixante pour patroner de nouvelles candidatures. que Proudhon ne collabora pas si à ce Manifeste. L'année suivante.P. Mes jours sont comptés. dans son modeste logement de Passy. PROUDHON 313 bourgeois. Proudhon disparut trop tôt pour applaudir aux grands efforts d'émancipation de la classe laborieuse. en 1869. Sa villégiature n'améliora pas son état et il en avait conscience au vieux bibliothécaire Weiss qui l'avait connu tout jeune. . en aoCit 1864. J'étais vous faire mes adieux. le 8 mars. dernier espoir. il traina quelques mois encore puis s'éteignit le 19 janvier. la prise de possession de nous-mêmes comme parti du droit et de la liberté. demi-siècle.. jour anniversaire de sa naissance. visite : « Je viens venu. le 14 septembre. et j'ose le dire. respirer Tué par son travail et son dévouement envers « ses frères et compagnons ouvriers. mais l'oxygène de nos montagnes n'a -pu changer mon état.

[Mais] sûres d'elles-mêmes et déjà à moitié éclai- composent leur foi nouvelle. Oui. citons Poriiocratie.. parle de son émancipation et de son avenir». Ses premiers disciples se souvinrent seulement de ce second caractère. ouvrières jjossèdent une idée qui correspond à la cons- cience qu'elles ont d'elles-mêmes et qui est en parfait contraste avec l'idée bourgeoise. se partagea entre deux tefidances. Marx le voyait bien lorsqu'il écrivait avec aigreur à son ami Kugel- enseignements de Proudélégués français firent adopter les (i) Parmi ces livres. celle du Conseil général où dominait l'influence de celle Marx. mais pas bousculeur ». etc.. de Proudhon vivant ne fut comparable à celle qu'il exerça après sa Il laissait d'ailleurs de nombreux travaux inédits qui furent publiés coup sur coup. témoin les préjugés politiques de toute sorte auxquels rées sur les principes qui elles obéissent. De des classes ouvrières (1865). les ouvriers français qui participèrent à la fondation de l'Internationale. de réclamer encore et surtout l'égalité économique. La Bible annotée. . C'étaient des proudhoniens. c'est qu'ils ne viennent que de naître à vie politique et qu'ils manquent d'expérience. témoin leur vote en commun avec la bourgeoisie. « Oui.314 PORTRAITS D HIER mort. « enfant né dans les ateliers de Paris et élevé à Londres ». «Je suis révolutionnaire. La célèbre association. mais ils ne l'ont pas développée entièrement. Cette conscience s'opposera de plus en plus à celle de la bourgeoisie. expliquait-il. Césarisme encore: Théorie de la Propriété. sans laquelle la première n'est qu'un mot. qui se dissout pendant que la classe ouvrière cette affirmation hardie « se pose. semi-libérale. une politique appropriée.. France et Rhin. les leur mémoire qui constituait tm résumé assez exact de ses doctrines. et des groupes parisiens qui suivaient dhon: au congrès de Genève (1868). « conscience équivoque. Pourquoi faut-il que de l'antagonisme de deux classes soit gâtée la par des allusions à line entente possible entre la classe ouvrière et petite bourgeoisie?. s'affirme.. Proudhon ne s'attarda pas à réfuter le sophisme voulu des bourgeois de toute école qui reprochaient aux ouvriers de n'être pas satisfaits de l'égalité politique. » Les travailleurs ont donc une conscience de la classe... disait Proudhon. qui n'a rien à dire d'elle-même». La et Christianisme. La plus importante de ces œuvres posthumes. [elles] ne sont pas encore parvenues à déduire de ces principes une pratique générale conforme. arriva juste à point pour donner au prolétariat en voie d'organisation un commenla capacité politique taire au Manifeste des soixante Citoyens au (i). c'est l'année 1848. les classes ouvrières ont pris conscience d'elles-mêmes et nous pouvons assigner les classes la date de cette éclosion. Du Principe de l'Art. semi-féodale. « même titre! » avaient déclaré les journaux de l'opposition.

Ils avaient pleine confiance dans le mutuellisme et se défiaient de toute action violente. une création. accepté par prolétariat des pays latins. la mo- proclamation de leur infériorité les comme caste. Bakounine avait beaucoup appris de Proudhon comme de Marx. le 9 octobre ils : « Messieurs les Parisiens avaient la tête pleine des ils phrases de Proudhon savent rien. la liberté n'était qu'un postulat abstrait. ses proudhonisme largement développé jusqu'à le dernières conséquences. prônent maintenant uniquement la société bourgeoise. » Comment les fédéralistes furent exclus de l'Internaitonale aa^oni- . moyens et Sous prétexte de le d'antigouvemementalisme d'individualisme anti-autoritaire. deux partis se retrou- vèrent . c'était une vie. » Une longue expérience nous a appris que réformistes proudhoniens avaient raison à ce sujet contre Blanqui. politique et civique. C'est leur dégradation intellectuelle rale. le [Tolain] de n'admettre que l'abdication c'est de toute idée et parquement des travailleurs dans une existence privée purement matérielle. et l'on assista à ce spectacle lo- gique et inattendu : les socialistes étaient les proudhoniens . mais ils possédaient. mais la bataille se livrait moins entre deux doctrines qu'entre deux façons de comprendre une doctrine. Les partisans de les celui-ci ne manifestaient aucune tendresse pour les internationaux. ces mes- sieurs.P. qui représentait dans l'association les tendances du conseil. Pour l'auteur du Capital. Bakounine définissait ainsi la lutte: « C'est la contradiction. classiques. fédéralistes contre la centralisation autoritaire qui existe entre le communisme le scientifiquement développé par l'école les socialistes allemande d'un côté. Blanqui écrivait « La proposition des ouvriers dans l'Internationale. PROUDHON 315 mann. et — accepté en partie par et américains et anglais. tirent tuels.-J. ceux qui n'apportaient dans ce pouvoir éphémère que des conceptions jacobines étaient leurs critiques intransigeants. social concentré. tout dire réalisable par des mouvement politiques.. mais entre La chute de le celui-ci et Bakounine. la lutte n'était plus entre les Parisiens et Marx. mais proudhonisme révolutionnaire entrait en scène. en aucune façon. ils combat- vivement proposition d'ouvrir l'Internationale aux intellecfut Cette attitude : mal vue des révolutionnaires T. parlent de science et ils ne repoussent toute action révolutionnaire. Dans l'Internationale. devenue déjà historique. pour le révolutionnaire russe comme pour l'écrivain du Principe fédératif. qui depuis seize ans endurent et ont enduré despotisme le plus misérable.. les plus vides. » Les délégués français n'étaient.. Longtemps adversaires. en efïe'L-. id est résul- tant de la lutte des classes. c'est-àliberté. en se contentant de l'idéaliser à la Proudhon.mélangés dans la Commune. malgré ce .. la Commune fut la fin du proudlionisme modéré. révolutionnaires. un sens la très net de la vie ouvrière à Genève. modé- rantisme.

remplacées par des institutions lédératives et les mœurs communales. parce que son cerveau était trop riche et trop fécond. un tri nécessaire. comme il s'appelait. » Jugement trop littéraire. l'impôt. il aurait fallu que le temps fit dans son oeuvre. l'intuition au plus haut point (i) Lettre (2) du 20 août 1864. le fonctionnarisme. » ».. formée par le développement de la science et du droit. . Nous le jugeons malaisément. les moyens de prévention ou de ré- pression. c'est à le « père de l'anarchie ressemblance est assez contestable le Si la sa doc- proprement parler l'autorité. ne fut à sa manière qu'un grand tribun. il ne nous sait est pas possible de le dire dans le cadre de cette étude. à plus forte raison. Pour que nous puissions l'apprécier avec justice. comme dans celle de tous les génies. et dit Sainte-Beuve table. qu'il avait Sans doute. avec et s'armant en toute rencontre de passion et de de fortes parties de science. donnant une part à l'oubli. la On a souvent appelé Proudhon parenté est certaine. Sainte-Bkuve: Proudhon (1872). penseur et souvent logicien vigoureux intrai- s'emportant colère. mais de fréquents sursauts il d'indignation. On que la fraction exclue donna naissance à l'anarchisme. le principe d'autorité. par conséquent. « C'est une forme de gouvernement ou constitution dans laquelle la conscience publique et privée. se trouvent réduits à leur expression simple.3l6 PORTRAITS d'hier santé. fédéralisme. il fut incomplet: son extraordinaire imagination manquait d'équilibre. i'emportement de sa pensée l'amenait à soutenir parfois des idées outrancières. une autre à l'immortalité. Nous aimons Proudhon parce de la vie. et la difficulté s'accroît étrangement en ce qui touche à Proules bruits dhon. suffit seule au maintien et à la garantie de toutes les libertés. sa science très réelle avait été amassée trop précipitamment pour qu'il l'ait pu bien digérer toute. la plus etc. et il n'est pas indifférent de citer une définition que Proudhon donnait de son anarchie. son intelligence profonde avait trop de fougue. mais s'il eut des défauts intellectuels. les institutions de police. car ses idées justement sont loin d'être systématiques. un grand révolutionnaire. où les formes monardisparaissent (i). la haute centralisation. du dehors. où. : chiques. une dispersion plutôt qu'une suppression de Dégager des livres d'un auteur son système n'est jamais chose facile. « Philosophe sans cesse interrompu par (2). ce fut par l'excès même de ses facultés. trine.

Le « règne des contrats qu'il appelle et qu'il prophétise. c'est donc sur l'échange que doivent se porter les efforts des Elle se manifeste par l'argent. mais dont il remarque le caractère croissant d'impersonnalité. et son système l'y ramenait infailliblement. Doit-on dire qu'il est socialiste? il Il s'en défend dans du moins au sens que présentaient les conceptions des utopistes qu'il combat et pour lesquels il n'a pas assez de sarcasmes. mais dans les abus de la propriété qu'il justifierait volontiers si elle était personnelle. C'est parce qu'il capitaliste peut réformateurs. Comment. non dans la propriété ellemême. Elle n'est plus qu'un pur privilège juridique imposant de lourdes redevances aux producteurs. s'arrêtait à une fausse voie lorsqu'il rapportait tout mi-chemin dans son analyse et s'engageait sur au régime d'inégalité causé critique demeurait imparfaite. c'est . le possède que le rançonner ceux qui produisent. la a dit que l'on pouvait agir sur l'échange sans attenter Cela est vrai. Il avait voulu éviter la socialisation. reculer devant le problème de la reprise des instruments de travail. sont-ils demeurés une tentative in- industrie. nisation sociale autoritaire dont le résultat le plus certain serait d'annihiler l'individu. et Marx avait raison en dénonçant la disconvenance duction devenu collectif de la propriété du mode de prodemeurée individuelle. le projet de Banque du Peuple. la « réforme banquière ». Aussi peut-on affirmer que Proudhon est socialiste. Nous l'avons vu obligé de recourir dans son projet de Banque du Peuple à un essai d'organisation de la consommation et de la production. Aussi. et aussitôt s'arrêter court. Proudhon à la liberté. Proudhon par l'or.P. peler. Pour bien comprendre les thèses proudhoniennes. et complète et précaire de socialisation. sortir de cette contradiction? Le principe du mal. mais il a méconnu ou mal connu le mène de néral la production parce qu'il n'était pas familier avec la phénogrande il a laissé à Marx le mérite de proclamer qu' « en géforme de l'échange des produits correspond à la forme de la production ». dès lors. C'est par l'échange que se traduisent la puissance des possédants et l'injustice économique. ne l'est pas. Nous l'avons vu débuter par une attaque vivante et poussée à fond contre la propriété. Proudhon le trouve. Il veut la liberté et répugne à une orgales Contradictions. le mutuellisme que des esprits rétrécis prétendent opposer au socialisme contemporain. qu'il rapporte tout au contrat. il faut se rap- comme nous l'avons remarqué. au risque Sa de déplaire à quelques esprits encroûtés. ». Mais la justice veut la fin de l'iniquité sociale. PROUDHON 3 17 Proudhoii a toujours été dominé par un idéal de justice et un immense besoin de liberté.-J.

glorifia la lutte. Il était l'adversaire du suffrage universel parce qu'il trouvait absurde de donner brusquement le droit de vote à dix millions d'individus que leur ignorance livrait à toutes les pressions réactionnaires. Il s'est beaucoup trop attaché à la petite bourgeoisie. il n'a pas compris que le fait économique essentiel c'est la production. Que ferait-on de l'Etat dans ce système? Proudhon s'oppose à toutes les formes de gouvernement. il a émis des idées qui s'écartent visiblement de ses thèses essentielles. ce que nous appelons aujourd'hui proudhonisme. le contrat n'a pas pour but d'établir un pouvoir. c'est un échange de services qui n'engage les parties que pour un temps et un objet déterminés. son œuvre prête à bien des critiques. anti-autori- taire. Elle n'a rien de commun avec celle que Rousseau développait dans le Contrat social. anarchique en un mot. Nous ne cherchons pas chez lui un système puisqu'il n'a pas cherché à nous en léguer un. les laissant pour tout le reste indépendantes l'une de l'autre. Ses idées morales sont admirables. de restreindre la liberté. Les exemples d'incapacité et d'égoïsme donnés par les républicains de 1848 aidèrent à le détourner de leurs « pauvretés politiques ». la vanité des révolutions politiques et des changements de régime lui avaient inspiré cette leçon que nous commençons à peine à comprendre.. les tient toutes pour indifférentes. il s'est montré l'adversaire des grèves. une relation de dominant à dominé. et revendiqua pour le droit de la force une place que niait un imbécile pharisaïsme. mais il a trop souvent mêlé des préoccupations éthiques à des considérations économiques où elles n'avaient que faire.PORTRAITS D HIER l'exclusion de l'idée d'autorité remplacée par celle de réciprocité. Par contre. Sollicité par son imagination et par un impérieux besoin d'écrire. Sans doute. leurs A celles-ci d'ail- on a pu faire beaucoup de reproches. Il faut l'avouer. « chef-d'œuvre de jonglerie oratoire ». il s'est laissé emporter par des illusions et des espérances excessives dans ses projets de réforme. sociale ou universelle. Il n'est pas surprenant dès lors que sa doctrine soit anti-étatiste. L'expérience de son temps. de supérieur à inférieur. Contre les agneaux bêlants du pacifisme. ce n'est pas tant la doctrine du socialiste bisontin qu'une projection de cette doctrine dans nos préoccupations actuelles. il affirma la guerre. L'avortement misérable des grands espoirs que février avait fait naître dans toute l'Europe lui apprit ce que valaient les déclamations platoniques de fraternité. Il a mal vu ou même complètement méconnu des faits sociaux très importants. Il aura enfin la gloire d'avoir compris et affirmé l'existence de ce prolétariat en tant que classe opposée à la classe bourgeoise. Pour lui. Il n'était pas dupe des mots et ne se laissait pas piper au mirage des grands principes. mais des idées qui nous permettent d'en découvrir à notre .

un jour: « On dit qu'il y a quelque part des proudhoniens. pour l'émancipation de ses frères. demeurera l'homme le qui écrivait à Pierre Leroux: « L'atelier fera disparaître gouverdoit nement être la )). Fidèle à son serment. ce n'est pas une leçon définitive. qui revendiquait les droits du prolétariat révolutionnaire purement ouvrier? Il et essayait de former un parti eut raison contre son temps. ce doit être des imbéciles.P. qui déclarait encore que et « l'organisation ». . Il mit à leur service sa science et son génie.-J. L'histoire et l'expérience quotidienne ont illustré par d'éclatantes démonstrations ses thèses qui nous passionnent tou- Nous nisent jours et qui gardent toute leur vie. il demeure un des plus grands parmi ceux qui travaillèrent à l'œuvre de le ne libération ! Maurice Harmel. passer à la bourgeoisie. avec passion. connaître Il honneurs la gloire premier jour. du travail déchéance du capital toute chose la dignité et la du pouvoir qui mettait par dessus lui. avant son heure. » disait Bakounine. Proudhon serait heureux. Il vécut pour eux et mourut à la tâche. mieux adaptées aux conditions de la lutte présente. mvmTm^C^p\iM\mïtnn ^^ Gérant: Ernest Reynauu. avec colère. Pourquoi pas la Un contagion de ce souffle révolutionnaire et de ce sentiment de Il la vie qu'il possédait au suprême degré est bien ! Car Proudhon un révolutionnaire. Ce que nous trouvons en elle. le comprenons mieux. avec enthousiasme. lui Le moment est venu de rendre justice. Pauvre et probe. justice. comme et tant d'autres. celle de ce paysan franc- Admirablement doué. c'est conséquences. il lutta de toutes ses forces. N'est-ce pas d'ailleurs. Bien des idées qui paraissaient obscures et paradoxales en son temps sont pour nous plus claires et de plus en plus pleiitps de sens. toute leur originalité. qui refusait de se laisser embrigader dans les groupes démocratiques. « » proudhonisme largement développé jusqu'à ses dernières ? Ce que nous demandons à Proudhon. Vraiment. j'imagine. ce fut une belle figure que comtois. Son œuvre demeurera encore longtemps une mine inépuisable pour les amateurs d'exégèses et les collectionneurs de défauts. lui qui se refusait à former école et qui disait dédaigneusement . c'est' moins un enseignement total que des suggestions. dès le il aurait les pu. maintenant que les travailleurs s'orgapour la conquête de leurs droits en dehors de toute préoccupation politique. voulut pas. Loin de s'en plaindre. facile. d'une droiture et d'une dignité que ses ennemis n'ont pu salir. PROUDHON 319 tour (le nouvelles.

c iTiiruir ucs uegenaes par Alueri c Soupes par LuciEX Descaves par Bernard Lazare La Croyante Les Florifères par Jean Psich Littérature sociale par M. — Uî- SX2.-C. adresses que nos lecteurs voudront bien nous envover.La Bibliothèque Université d'Ottawa Echéance The Library University of Ottawa Date Due t L. joinJ 25 centimes par volume pour le port. afin de faire connaître notre pub l cation. Pour recevoir gratuitement les voliunes primes. . Notis nous ferons un plaisir. Les abonnements peuvent partir de n'importe quel numéro par. de faire parvenir gratuitement un numéro spécimen ai. PoiNsoT La Camarade En Anarchie Leur Égale En Marche Notes d'une Frondeus* De la Vie et du Rêve idée et Réalité par Amant par Camille Pert Vers la Lumière par Séveri Henry Bauer Nota.

P65 VOOlû 1909 HARMEL.639003 00282 1881b CT P* 140 «PôS VIO 19 9 HORDELi noURICE PROUDHON J* CT 0140 CE . MAURICE P. PROUDHON 1536197 . J.

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