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Bernard PARANQUE - Paris1 Panthéon – Sorbonne - UFR 12, tél: 01-49-32-08-47 NAGE 2003 - 2004

Nouvelles approches des gestions des entreprises.

INTRODUCTION

1

IG.1. TRANSFORMATIONS DE L'ENVIRONNEMENT ÉCONOMIQUE ET FINANCIER

1

IG.2. LA DYNAMIQUE INTERNE DE L'ANALYSE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

2

IG.3. LA SPÉCIFICITÉ DES PME

4

IG.4. LA GESTION DE LA SOLVABILITÉ

6

IG.4.1. Les préoccupations majeures de l'analyse économique et financière

6

IG.4.2. La contrainte de solvabilité : "équilibres financiers" et risque de faillite

7

IG.4.2.1. La notion de solvabilité et ses enjeux

8

IG.4.2.2. Principes d'analyse de la solvabilité

8

IG.4.3. L'appréciation des performances économiques et financières

10

IG.4.3.1. Les performances économiques et financières contraintes subies ou choix discrétionnaires pour l'organisation ?

10

IG.4.3.2. Principes d'analyse des performances

11

IG.4.3.2.1.

Révision comptable

12

IG.4.3.2.2. Le choix des indicateurs de résultat 12

12

IG.4.3.2.3. Les indicateurs relatifs aux moyens engagés

CHAPITRE I: LES DÉMARCHES DE L’ANALYSE ÉCONOMIQUE D’ENTREPRISE14

I.1 .CONTEXTE DU DIAGNOSTIC ET ORIENTATION DE L'ANALYSE

14

I.2. LA FINALITÉ DE L'ANALYSE

15

I.2.1. En premier lieu, les indications fournies par l'analyse financière interviennent couramment dans les processus d'élaboration, d'évaluation et de contrôle des décisions de

15

I.2.2. En deuxième lieu, l'analyse financière fournit des indicateurs ou des documents synthétiques qui permettent le suivi et le contrôle interne de certaines

15

I.3. INFORMATION, COMMUNICATION ET DIAGNOSTIC

16

I.4. LES DÉMARCHES DU DIAGNOSTIC ÉCONOMIQUE ET FINANCIER

17

I.5. SYSTÈME COMPTABLE ET ANALYSE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

20

I.6. L'INFORMATION COMPTABLE ET FINANCIÈRE

22

CHAPITRE II LES EXIGENCES D’UNE THÉORIE DE L’ACTION ÉCONOMIQUE24

II.1. EXEMPLE DE CADRE DANALYSES « LES MONDES DE PRODUCTION »

24

II.2. LES CHOIX THÉORIQUES SOUS-JACENT

28

II.2.1. L’analyse en

28

II.2.2. La non-détermination a priori des actions

29

II.2.3. Comprendre et reproduire la dynamique interne des processsus

30

II.2.4. Comprendre l’enchaînement et les interactions du

30

II.3. LES CATÉGORIES DE L'ACTION ÉCONOMIQUE

30

II.4. LE TRAVAIL ET SES CONVENTIONS

31

CHAPITRE III: FINANCEMENT, INVESTISSEMENT, ET PERFORMANCES DES ENTREPRISES

33

III.1. UNE MISE EN PERSPECTIVE DYNAMIQUE

34

III.1.1. Les grands types de profils économiques

34

III.1.2. Les trajectoires

35

III.2. DES LOGIQUES DIFFÉRENTES ENTRE PME ET GRANDES ENTREPRISES

37

III.2.1. Les fonds propres en question

37

III.2.2. Une mise en perspective européenne

39

III.2.2.1. Une amélioration de l’indépendance financière d’intensité inégale selon le pays et

la taille de l’entreprise

39

III.2.2.2. Un renforcement de l’effet taille au sein de chaque pays III.2.2.3. Une tendance vers une homogénéisation de la situation financière des grandes

41

entreprises

42

III.2.2.4. Une accentuation des différences inter pays dans la population des PME 45

III.2.3. Le constat : des PME plus efficaces, plus rentables mais plus endettées que les

grandes

47

III.2.3.1. La combinaison productive 47

49

III.2.3.2. Les décisions de financement

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III.3. VALORISATION VERSUS ACCUMULATION

51

III.4. LES MODES DE CROISSANCE DES ENTREPRISES INDUSTRI ELLES : UNE ACCUMULATION SOUMISE À LA CONTRAINTE FINANCIÈRE

54

III.4.1. Vers une nouvelle convention de rentabilité

55

III.4.2. Les comportements

56

III.4.3. La définition des comportements

57

III.4.4. Les

58

III.5. DES ÉLÉMENTS DE PROBLÉMATIQUES

60

III.5.2. À propos

de l'effet d'éviction

61

III.5.3. Sphère financière et

sphère réelle

63

III.5.4. Quelques réflexions sur la croissance

65

CHAPITRE IV: PROFITABILITÉ ET ÉPREUVES DE RÉALITÉ ÉCONOMIQUE

68

IV.1. PRODUITS, FIRMES ET MODÈLES DE PRODUCTION

68

IV.1.1. Qu'est-ce qu'un produit?

68

IV.1.2. Qu'est-ce qu'une firme et son modèle de production ?

69

IV.1.3. Modèles de production et racines conventionnelles de la flexibilité

70

IV.2. LA PROFITABILITÉ

72

IV.2.1. La variété des contraintes selon les modèles

73

IV.2.2. La profitabilité n'est pas un guide

74

IV.3. PRODUCTIVITÉ, COMPÉTITIVITÉ ET RENTABILITÉ

75

IV.3.1. Évaluation et mesure

76

IV.3.2. La rentabilité financière

84

IV.3.3. De la productivité à la rentabilité : la situation des

86

IV.3.3.1. Des productivités et compétitivités différentes selon la taille des entreprises

86

IV.3.3.2. Repli des rentabilités, mais des PME toujours plus rentables

87

IV.4. UNE TENTATIVE DE SYNTHÈSE: LA GESTION DE LA FLEXIBILITÉ FINANCIÈRE

88

IV.4.1. Les

89

IV.4.2. La flexibilité financière

91

IV.4.3. Les conventions de

92

IV.4.4. Les régimes de

94

IV.4.4.1. Les régimes de financement empiriques

94

IIV.4.4.2. Performances et régimes de financement

97

CHAPITRE V : LES NOUVEAUX CRITÈRES DE GESTION DÉVELOPPÉS PAR

PAUL

102

V.1. EFFICACITÉ DES CAPITAUX POUR FAIRE RECULER LA RENTABILITÉ CAPITALISTE: VA/CMF.

 

103

V.1.1. Le capital matériel et

104

V.1.2. Valeur ajoutée ou richesse nouvelle, produite réellement

104

V.1.3. VA/CMF : Valeur Ajoutée / Capital Matériel et Financier

104

V.2. EFFICACITÉ SOCIALE: VALEUR AJOUTÉE DISPONIBLE (V AD) ( POUR LES TRAVAILLEURS ET

LA POPULATION)

105

V.3. CRITÈRES DE PRODUCTIVITÉ GLOBALE ET UTILISATION DU BÉNÉFICE VA DISPONIBLE NÉCESSAIRE (VA DN ) ET VA DISPONIBLE SUPPLÉMENTAIRE (VA DS)

106

V.4. CRITÈRES DE COOPÉRATION SOCIALE

108

CONCLUSION: DIVERSITÉ ÉCONOMIQUE ET MODES DE FINANCEMENT DES

PME

110

 

C.1. LA PME NEST PAS UNE « GRANDE ENTREPRISE » EN DEVENIR

110

C.2. SORTIR DE LA TAUTOLOGIE ET RECONNAÎTRE LA DIVERSITÉ DES SITUATIONS

111

C.3. DIVERSITÉ DES MODALITÉS DE GESTION DE LA CONTRAINTE DE RENTABILITÉ

112

C.4. LA GESTION DE LA FLEXIBILITÉ FINANCIÈRE, EXPRESSION DES SPÉCIFICITÉS DES PETITE ET

MOYENNE ENTREPRISES

114

C.4.1 Une définition de la PME selon la gestion des besoins de financements

114

C.4.2 La problématique : passer d’une logique de conviction à priori à une logique de

production de connaissances partageables

116

C.4.2.1. La diversité des situations se heurte à l’unicité des méthodes d’évaluation

C.4.2.2. La nécessité d’un concept de gestion de la diversité 117 C.4.2.3. Un outil opérationnel d’intermédiation informationnelle 118

117

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C.4.4 Retour sur l’exigence de profit ou la réalisation d’un surplus

C.4.5 Une entreprise se définit selon la distance à laquelle elle se situe par rapport à ses

119

 

121

BIBLIOGRAPHIE

122

ENCADRÉ 1 CONTEXTE D'ANALYSE ET ORIENTATION DU DIAGNOSTIC FINANCIER

18

ENCADRÉ 2 LA DÉMARCHE DU DIAGNOSTIC FINANCIER

20

ENCADRÉ 3 LES MONDES DE PRODUCTION (PRÉSENTATION EN COURS PUIS REPRIS EN TD)

25

ENCADRÉ 4 CROISSANCE INTERNE ET CROISSANCE EXTERNE : DEFINITIONS ET MESURES

58

ENCADRÉ 5 CONVENTIONS ET MONDES DE PRODUCTION 68

ENCADRÉ 6 L'EFFET DE LEVIER

85

ÉQUATION 1 TROIS NIVEAUX DE PERFORMANCES

77

ÉQUATION 2 RENTABILITÉ SELON LES MONDES 78

ÉQUATION 3 PREMIÈRE FORMULE

79

ÉQUATION 4 DEUXIÈMES FORMULES - 2A

80

ÉQUATION 5 DEUXIÈMES FORMULES - 2B

83

ÉQUATION 6 LA RENTABILITÉ FINANCIÈRE 84

FIGURE 1 PASSAGE DU BILAN AUX INDICATEURS D’EFFICACITÉ

103

FIGURE 2 DÉFINITION DES INDICATEURS D’EFFICACITÉ

103

GRAPHIQUE 1 FONDS PROPRES EUROPE

41

GRAPHIQUE 2 FONDS PROPRES TAILLE EUROPE

43

GRAPHIQUE 3 EFFICACITÉ DU CAPITAL

48

GRAPHIQUE 4 BFRE

49

GRAPHIQUE 5 FONDS PROPRES

50

GRAPHIQUE 6 FLEXIBILITÉ FINANCIÈRE EN EUROPE

93

TABLEAU 1 1990 1992 – PME ET GE

51

TABLEAU 2 FLEXIBILITÉ ET CONVENTIONS DE FINANCEMENT 92

TABLEAU 3 RÉGIME DE FINANCEMENT

96

TABLEAU 4 DESCRIPTION DES RÉGIMES

97

TABLEAU 5 STATISTIQUES PAR RÉGIME

100

TABLEAU 6 RÉCAPITULATIF DES INDICATEURS D’EFFICACITÉ

105

TABLEAU 7 CORRESPONDANCE DES SIG ET DES NOUVEAUX CRITÈRES DE GESTION 106

TABLEAU 8 GESTION DE L’INFORMATION ET RÉGIME DE FINANCEMENT 114

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INTRODUCTION GÉNÉRALE.

L’économie d’entreprise est le plus souvent réduite à l'analyse financière voire à la gestion d’entreprise. Ceci s’explique à la fois par des raisons idéologiques et historiques liées au développement des marchés, y compris financiers et donc de la grande entreprise cotée (Cohen,

1995) 1 .

Or, si les méthodes et problématiques de l’analyse financière sont, a priori, mieux adaptées aux entreprises cotées, elles doivent s’insérer dans un corpus plus large, l’économie d’entreprise dont le champ est celui de l’ensemble des entreprises, c’est à dire y compris celles non cotées et les PME. Ce corpus est en fait celui de l’analyse économique d’une organisation spécifique, celle qui crée des richesses et permet à l’homme de satisfaire ses besoins, du moins en partie.

IG.1. Transformations de l'environnement économique et financier.

Le développement de l’économie d’entreprise a suivi celui de l’analyse financière qui a été indiscutablement stimulé par la mutation financière des années quatre-vingt (Lire Aglietta : « Macroéconomie financière », La Découverte). Cette dernière se traduit en effet par la multiplication des occasions qui appellent la formulation d'un diagnostic d'entreprise. Même partielle, voire partisane, cette évolution tient à l'effet convergent de quatre ensembles de facteurs.

1. les entreprises, en particulier les entreprises financières et les grandes entreprises non

financières ( généralement cotées), sont confrontées à une montée des risques financiers qui affectant leurs partenaires proches ou lointains font planer une menace indirecte sur leur situation ou leurs résultats propres.

2. les émissions de titres ont acquis une importance croissante dans le financement des

entreprises. Cette affirmation de la finance directe face aux mécanismes d'intermédiation – assurée par les banques et établissement de crédit - favorise une remarquable expansion des marchés nationaux et internationaux de capitaux. Dès lors, les investisseurs, acquéreurs potentiels d'actions, d'obligations, de billets de trésorerie, de notes ou d'autres titres financiers se voient confrontés à la nécessité de soumettre la situation et les performances des entreprises émettrices à un examen vigilant et permanent ( évaluation).

3. les transactions portant sur ces titres représentent des flux considérables et affectent en

profondeur la gestion de la trésorerie et du patrimoine des épargnants individuels, des organismes de placement collectif en valeurs mobilières, des entreprises et des organisations en général.

1 Cette introduction ainsi que le chapitre suivant s’appuient sur l’ouvrage d’Elie Cohen « Analy se financière » Economica, 1995.

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4. l'influence des variables financières s'est accrue dans les processus d'élaboration et d'évaluation des politiques développées par les entreprises. Cette évolution confère une place essentielle au diagnostic financier dans l'évaluation de projets particuliers comme dans l'appréciation globale des entreprises, y compris et surtout peut être dans ses conséquences sociales bien qu’elles soient surtout assumées par la collectivité.

Toutefois, on le voit bien de part les facteurs explicatifs avancés, l’entreprise en tant qu’organisation et sa gestion n’existent que par défaut, en contre point de l’analyse financière des entreprises cotées.

IG.2. La dynamique interne de l'analyse économique et financière

Outre l'impulsion exercée par une conjoncture historique particulièrement favorable, le développement de l'analyse financière procède également d'une dynamique interne. Cette évolution s’est traduite par la réaffirmation d’une autre orthodoxie considérant la création de valeur pour l’actionnaire comme l’alpha et l’oméga de la finalité et de la raison d’être de l’entreprise ( voir le texte de JM Harribey sur http://ced.montesquieu.u-

bordeaux.fr/ceddt45.pdf).

Grâce à un ensemble de débats, on assiste depuis une vingtaine d'années à un mouvement de contestation des instruments d'analyse traditionnels. On peut évoquer les débats sur des nouveaux critères de gestion ou encore les réflexions sur des indicateurs de performances globales. Par exemple, deux ouvrages en présentent les enjeux et les dépassements possibles, l’un de Paul Boccara « Intervenir dans les Gestions avec de nouveaux critères » Editions Sociales, l’autre « Entreprise et Performance Globale », Commissariat Général du Plan, Economica. Les débats engagés ont permis la diversification des approches analytiques, la formulation et l'expérimentation de nouveaux outils, une meilleure préparation des données comptables qui font désormais l'objet de retraitements plus méthodiques et mieux justifiés ; ils ont conduit à améliorer la pertinence et la rigueur des méthodes de diagnostic. Il faut néanmoins relativiser cette évolution dans la mesure où le primat de l’actionnaire a conduit à une diversification toute relative de ces outils autour de la problématique de la création de valeur pour l’actionnaire.

Ainsi, alors que l'analyse économique et financière s’intéresse aux ressources, la question des conditions de créations des ressources, c’est à dire des richesses et de la finalité sociale des activités, est peu en débat, de même que la question de la finalité des outils développés est rarement débattue. Or, un article paru dans le numéro hors série du 2 e trimestre 2003 de la revue Alternative Économique titrait « La croissance menacée par la finance ». Cette appréciation se voyait justifier par le fait qu’en France les écarts d’acquisition inscrits au bilan des sociétés cotées équivaudraient à la valeur de leurs fonds propres. De ce fait, les politiques de provisionnement pour couvrir les dépréciations potentielles de valeurs de titres pèsent lourdement sur les résultats, les politiques d’investissement de ces sociétés et donc sur la croissance compte tenu de leurs poids économique. Tout ceci exerce une contrainte forte sur l’emploi et la formation.

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Ainsi c’est toute la question de l’analyse économique et sociale qui est en cause à travers celle de l’origine et de l’affectation des ressources mobilisées par l’entreprise.

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IG.3. La spécificité des PME.

Il est courant, comme on le verra, de comparer les PME aux grandes entreprises 2 . Mais, préalablement et plus fondamentalement, est-ce qu'une opposition selon la taille est pertinente ? Ne doit-on pas au contraire identifier ce qui, du point de vue économique, peut caractériser une PME et la rend irréductible aux critères d'évaluation des grandes entreprises ? Plus largement ne doit-on pas d'abord analyser les entreprises du point de vue de leur logique de création/développement ? L'arbre de la taille ne cache-t-il pas la forêt de la spécificité des modes de croissance et de développement territorial ?

Autrement dit, qu'est ce qui fonde une relation de financement ? Comment se construit-elle, que celle-ci implique les banques, les actionnaires, les fournisseurs, les clients (au travers des avances et acomptes ou des délais de paiements) ou encore les collectivités locales par le biais de leurs aides ?

La définition d’une PME se fait usuellement selon des critères purement quantitatifs, comme les effectifs, le chiffre d’affaires ou encore le bilan, voire par une combinaison des plusieurs critères. Ainsi la Commission Européenne (96280/CE) qualifie de PME une entreprise de moins de 250 salariés sous réserve qu’elle soit indépendante.

DEFINITION COMMUNAUTAIRE DE LA PETITE OU MOYENNE ENTREPRISE

(PME) 3

COMMUNAUTAIRE DE LA PETITE OU MOYENNE ENTREPRISE (PME) 3 En France, la Direction des entreprises commerciales,

En France, la Direction des entreprises commerciales, artisanales et de services (DEcas) du Secrétariat d’État aux PME retient également la notion de "très petites entreprises" mais pour les unités de moins de 20 salariés (DEcas, 2002). Ce seuil correspond en effet à celui utilisé en France pour les TPI (très petites entreprises de l'industrie) et pour la définition

2 Ici une PME est, en première approximation, une entreprise de moins de 500 salariés. 3 JO L 107 du 30.4.1996, p. 4. Actuellement est en cours une révision de cette recommandation. Il est prévu de revoir les seuils : une PME serait alors définit comme une entreprise employ ant moins de 250 personnes et dont le chiffre d’affaires n’excéderait pas 50 M€ ou le total de bilan serait inférieur à 43 M€ ; pour une petite entreprise les seuils seraient respectivement de 50 personnes et 10 M€ pour le chiffre d’affaires ou le total de bilan ; pour une micro entreprise on aurait 10 personnes et 2M€. Ces entreprises devront toujours être « autonome » , c’est à dire dont le capital est, le cas échéant, détenu par une autre entreprise à moins de 25%.

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économique des entreprises artisanales ainsi que des entreprises libérales appartenant à des secteurs non réglementés. Mais l’entreprise artisanale est aussi définie réglementairement comme une entreprise de moins de 10 salariés.

Non seulement ces définitions peuvent différer d’un pays à l’autre 4 mais en outre la réalité économique sous-jacente est très diverse.

Comme on le voit, la PME est une catégorie statistique difficile à saisir. N’est ce pas dû au fait que l’on veuille inscrire dans un seul et même cadre des réalités économiques et sociales diverses, voire différentes, et irréductibles à une vision linéaire de l’entreprises ?

Une PME n’est pas une grande entreprise en devenir ou, dit autrement, une grande entreprise n’est pas forcément une PME qui a réussi (Belletante, Levratto, Paranque ; 2001). En effet, une entreprise peut être « créée grande » ( filialisation d’un établissement occupant plus de 500 personnes par exemple) ou « devenir une petite » suite à une restructuration ou à l’arrêt d’une activité ou encore la filialisation d’une partie de celle-ci.

Fondamentalement, nous considérons que la réalité économique sous-tendue par cette catégorie d’entreprise, renvoie à des modes d’organisation entre acteurs confrontés aux exigences du marché et devant répondre à une demande solvable qui, par construction, est sociale, c’est à dire à construire.

Si l’on doit comparer, voire opposer les entreprises entre elles, cela doit être selon les principes de cohérence qui conditionne leur pérennité, c’est à dire selon la logique d’action(s) organisant leurs relations et leur adéquation avec leurs environnements.

de caractériser une organisation au travers d'un seul indicateur, a

fortiori quantitatif, tel la taille, même s'il est plus opérationnel pour des fins statistiques ou de

politiques économiques. Il n'en reste pas moins qu'il occulte la diversité des comportements

économiques à l'œuvre et donc celles des contraintes et des leviers de la performance 5 . Ce qui fonde, selon nous, la pertinence du concept de taille, et donc la spécificité de la PME c'est la nature du traitement de l'information nécessaire à son fonctionnement, au regard de ses relations avec ses environnements. Selon cette approche, une PME est une organisation engagée dans une logique de conviction dont le résultat est chaque fois remis en cause, alors que la grande entreprise est une organisation inscrite dans une logique de production de connaissances partagées, c'est à dire de production d'informations standardisées susceptibles de permettre des

arbitrages sur la base de règles communes ( Belletante, Levratto, Paranque ; 2001) 6 .

Il est difficile

4 BACH database UserGuide. http://europa.eu.int/comm/economy _finance/indicators/bachdatabase/2001/guide2en.pdf

5 A ce sujet, le seul critère de taille ne nous renseigne pas sur les modes d’organisation du tissu économique. Ainsi, les groupes échappent le plus souvent à l’observation alors même qu’ils constituent un élément important des modes de coordination de l’action économique des entreprises, en particulier dans le champ des PME ( Boccara F., 1998 ; Belletante, Paranque, 1998).

6 De telles règles sont celles édictées, par exemple, par la Commission des Opérations en Bourse.

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IG.4. La gestion de la solvabilité.

L'approche en terme de bilan permet de mettre avant l'impératif de solvabilité pesant sur les entreprises et procède principalement d'une confrontation entre la liquidité des actifs et l'exigibilité des dettes.

Dans cette perspective, les analystes s'intéressent en premier lieu à une évaluation du risque de faillite affectant les entreprises qu'ils étudient. Dans la mesure où la contrainte de solvabilité présente un caractère commun à tous les acteurs, elle constitue une bonne clef d’entrée pour évaluer la qualité d’une entreprise. En revanche, la question de son niveau et de son degré d’intensité peut varier selon la préoccupation, même si la capacité, in fine, à honorer les engagements reste le point commun à toutes les parties, ce qui renvoie à la capacité de l’entreprise à dégager un excédent pour assurer son développement.

Toutefois, cette appréciation est aussi affaire de point de vue, c’est à dire de débats sur les finalités et les moyens à mobiliser et organiser pour obtenir ces performances. Les débats sur la domination de la rentabilité financière corresp ondent en fait à un débat de fond sur la fonction sociale de l’entreprise comme lieu de création de richesses. Depuis le début des années 80 et, en particulier, depuis le années 90 cette fonction sociale est celle de la rémunération des actionnaires, c’est à dire des propriétaires du capital. Or le capital est d’abord du travail

accumulé dans les machines et outils de production, les connaissances etc

claire explicitation des objectifs poursuivis pour apprécier les performance et de l’identification

du rôle et de la place des différents acteurs dont les salariés et les populations.

D’où l’enjeu d’une

IG.4.1. Les préoccupations majeures de l'analyse économique et financière

L'analyse financière adopte un point de vue normatif et cherche à exprimer un jugement sur la situation et les performances des entités qu'elle étudie (Cohen, 1995).

Les finalités ou les contraintes majeures qui orientent la gestion de l'entreprise donnent lieu à des formulations divergentes dans la littérature économique en générale et financière en particulier. La plupart des énoncés à caractère théorique adoptent une orientation univoque et privilégient la prise en compte d'une contrainte ou d'un objectif jugés majeurs.

Selon la théorie financière dominante, l'objectif général de la gestion consiste dans la recherche d'une maximisation de la valeur de la firme sous la contrainte d'une maîtrise des risques. Cette notion de valeur doit être comprise dans le sens que lui confère la théorie néo-classique. Elle correspond alors à la valeur actuelle des flux de revenus procurés par l'entreprise à l’actionnaire. Or cette valeur actuelle résulte de deux séries de variables. Elle dépend tout d'abord des anticipations des flux de résultat que l'on peut associer à l'activité future. Elle dépend ensuite de l'actualisation de ces flux à l'aide d'un taux qui tient compte à la fois des possibilités de rendement offertes par le marché financier sur des placements sans risque à long terme (par exemple des placements en bons du trésor à moyen et long terme) et d'une appréciation du risque associé à l'entreprise. La question qui se pose

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néanmoins est de savoir si l’objectif de maximisation de la valeur peut être faite indépendamment des moyens mobilisés, c’est à dire des choix d’organisation ( emploi,

formation, conditions de travail, R&D…) 7 .

En effet, la formulation suggérée par la théorie financière conduit à juger une entreprise selon :

- sa capacité bénéficiaire durable,

- les perspectives de progression de ses activités et de ses résultats,

- le risque financier que l'on peut lui associer.

Une telle formulation rencontre un écho significatif dans la pratique de l'analyse financière et boursière puisqu'elle inspire toutes les appréciations formulées en termes de "rapport cours bénéfice' (Price Earning Ratio) ou de "capitalisation de bénéfices" mais la dimension « sociale » reste hors du champ considéré comme pertinent par la théorie et les pratiques dominantes, à quelque rares exceptions près, alors même qu’elle en constitue le moyen central.

Cependant, cette approche en termes de capitalisation des bénéfices anticipés à long terme semble plus adaptée à l'évaluation du cours des actions par des opérateurs intervenant sur le marché qu'à un diagnostic financier tenant compte, par exemple, des préoccupations d'un banquier prêteur à court terme ou d'un fournisseur. Pour la plupart des partenaires susceptibles de conduire une analyse économique et financière, le problème du diagnostic se pose non pas à l'occasion d'une entrée dans le capital de l'entreprise, mais à l'occasion de relations d'affaires qui mettent en cause la capacité de l'entreprise à respecter ses engagements de façon permanente, à un horizon de court terme comme dans la longue durée. C'est la raison pour laquelle ces partenaires privilégient généralement l’appréciation de la solvabilité immédiate de l'entreprise, même s'ils ne peuvent négliger le lien qui existe entre ses performances, sa capacité bénéficiaire présente et future et le maintien de sa solvabilité.

Plus

fondamentalement,

cette

approche

ignore

l’enjeu

de

cohérence

dans

l’organisation de l’entreprise et les modalités de celle-ci. Elle réduit le résultat à un simple flux à générer / actualiser hors les conditions « matérielles » de son obtention.

IG.4.2. La contrainte de solvabilité : "équilibres financiers" et risque de

faillite

7 Toutefois l'affirmation de maximisation de la valeur comme condition du bien être collectif pose un certain nombre de questions du fait des difficultés rencontrées pour gérer les relations manager/actionnaires et des autres parties prenantes de l'entreprise, comme le montre les affaires du ty pe Enron, Vivendi, Alstom. Autrement dit le seul bénéfice pour l'actionnaire n'est peut être pas le bon indicateur pour assurer cette maximisation entendue au plan sociale. Cette interrogation émerge des travaux récents dans le domaine y compris au "coeur" de la théorie financière dominante comme en témoigne le texte de Michael Jensen "Value maximization, stakeholder theory ans the corporate objective fonction" octobre 2001 Bank of America Journal of Apllied Corporate Finance, vol 14 n°3 fall 2001, téléchargeable sur :

http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=220671

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En termes pratiques, la contrainte d'équilibre financier s'exprime dans la règle impérative suivant laquelle une unité économique doit maintenir sa solvabilité immédiate et à terme si elle désire assurer sa survie ou, à tout le moins, se maintenir comme entité autonome.

IG.4.2.1. La notion de solvabilité et ses enjeux

La solvabilité d'une entreprise ou de tout autre agent économique se définit comme son aptitude à assurer le règlement de ses dettes lorsque celles-ci viennent à échéance.

Les engagements à prendre en compte concernent

1. le remboursement et le règlement d'intérêts concernant des dettes antérieurement souscrites et parvenant à leur terme,

2. le règlement des dépenses qui conditionnent la continuité de l'activité et qui procèdent soit d'une obligation juridique précédemment contractée soit d'un impératif économique ( dettes commerciales, crédit clients, investissement…),

3. le règlement des prélèvements obligatoires de caractère fiscal, parafiscal ou social.

Le caractère permanent de l'impératif de solvabilité explique l'importance stratégique que les contraintes financières revêtent, non seulement par rapport à la gestion financière proprement dite, mais également par rapport à l'ensemble des fonctions de gestion. Quelles que soient les qualités de ses réalisations et de son potentiel au plan technique et au plan commercial, une entreprise peut en effet voir sa survie ou son autonomie compromises par une phase d'insolvabilité, même transitoire. C'est le cas d'entreprises en expansion commerciale rapide mais qui doivent pourtant être liquidées ou faire l'objet d'un transfert du contrôle à cause d'un assèchement des liquidités, alors même que leur carnet de commandes permettrait de prévoir une exploitation excédentaire et des rentrées de fonds favorables à court terme.

Dans une économie monétaire, la contrainte de solvabilité affecte l'ensemble des unités économiques : les entreprises privées individuelles ou sociétaires, mais également les associations, les mutuelles, les établissements publics, les administrations publiques ou privées et les individus (ou, plus précisément, les "ménages" tels qu'ils sont définis par la comptabilité nationale). On peut ainsi parler d'une certaine universalité de la contrainte de solvabilité. Cependant malgré son universalité, la contrainte d'équilibre financier ne s'exprime pas de la même façon et ne comporte pas les mêmes enjeux pour toutes les unités économiques qu'elle affecte.

IG.4.2.2. Principes d'analyse de la solvabilité

Compte tenu de la définition précédemment proposée pour la notion de solvabilité, l'appréciation de la situation d'une entreprise en termes d'équilibre financier requiert la confrontation entre un échéancier prévisionnel de recettes et un échéancier prévisionnel de dépenses concernant la période à venir.

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Dans la mesure où les analystes financiers ne disposent généralement pas des données nécessaires à une confrontation directe des recettes et des dépenses prévisionnelles, leur appréciation procède principalement d'une confrontation indirecte permise par l'étude du bilan et du tableau de financement ou de tableaux de flux de fonds.

Bien sûr, l'amélioration de la qualité des informations accessibles permet à l'analyste de disposer dans certains cas d'éléments prévisionnels. Ainsi la loi du ler mars 1984 et le décret du ler mars 1985 prévoient l'établissement d'un compte de résultat et d'un plan de financement prévisionnels. Mais d'une part, ces indications ne permettent pas de conduire une analyse "fine" des mouvements de trésorerie échelonnés selon une périodicité resserrée. D'autre part, ils ne sont pas soumis à une diffusion externe mais réservés à certains partenaires "internes" à l'entreprise (comité d'entreprise, commissaires aux comptes).

En termes opératoires, l'analyse de la solvabilité continue donc de s'appuyer principalement sur l'étude des incidents prévisibles que les encours du bilan ou les flux du tableau de financement pourront comporter dans la période à venir.

Dans le bilan, le passif regroupe en effet les engagements contractés ou subis par l'entreprise. Or ces éléments présentent une exigibilité inégale compte tenu de la proximité de leurs échéances respectives. Certains comportent des échéances très éloignées (dettes à long et moyen terme). D'autres ne comportent aucune échéance ferme, parce qu'ils correspondent à des ressources mises à la disposition de l'entreprise sans aucune limitation de durée (capitaux propres), ou à des ressources dont l'affectation est incertaine (provisions). Les dettes dont l'échéance est fixée à moins d'un an exercent seules une pression directe sur la solvabilité à court terme de l'entreprise. Conformément aux normes établies par le plan comptable, ces éléments sont classés au passif en raison de leur origine et, à titre secondaire, en raison de leur exigibilité. L'analyste cherchera donc à reclasser ces éléments du passif selon un ordre d'exigibilité croissante. Un tel reclassement lui permet en effet d'associer au passif du bilan un échéancier prévisionnel des dépenses liées au règlement futur des dettes.

Quant à l'actif, ses éléments sont classés d'emblée au bilan dans un ordre qui tient partiellement compte de leur liquidité, c'est-à-dire de leur aptitude à être transformés en monnaie. Ainsi, les actifs immobilisés correspondent à des éléments destinés à être normalement détenus de façon durable, alors que les actifs circulants devraient en principe être transformés en monnaie dans un délai restreint.

L'application méthodique de cette démarche permet ainsi d'associer de façon globale, et sans doute assez sommaire :

- un échéancier de recettes potentielles aux éléments de l'actif,

- un échéancier de dépenses prévisibles aux éléments du passif.

Malgré son caractère global et imprécis, cette confrontation entre liquidité de l'actif et exigibilité du passif constitue le principe traditionnel d'analyse de la solvabilité à partir du bilan.

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IG.4.3. L'appréciation des performances économiques et financières

IG.4.3.1. Les performances économiques et financières contraintes subies ou choix discrétionnaires pour l'organisation ?

1) A première vue, la notion de performance financière apparaît non comme la traduction d'une contrainte mais comme l'expression de finalités qu'une organisation se fixe à elle-même, à condition de définir le modes d’explicitation et de formalisation de ces finalités : à ce jour la finalité dominante est celle de l’actionnaire, en tout cas dans les grandes entreprises. Si une entreprise subit l'impératif de solvabilité comme une contrainte absolue et permanente, en revanche, elle semble bénéficier d'une réelle latitude dans la détermination des performances dont elle se propose la réalisation ; cette latitude porte aussi bien sur la nature qualitative des performances recherchées à titre privilégié que sur le niveau des réalisations souhaitées.

2) Cependant, deux observations permettent de relativiser les degré de liberté dont dispose l'entreprise quant à la détermination du niveau des performances souhaitables. D'une part, l'entreprise doit assurer la rémunération et le renouvellement des ressources qu'elle met en oeuvre. D'autre part, la croissance engendre des obligations auxquelles l'entreprise doit faire face. Dans ces deux cas, cela ne sera possible que si elle dégage un flux de résultats suffisamment abondant. Ainsi, l'aptitude à rembourser les emprunts requis par des investissements additionnels qui suscitent des besoins de financement élargis ne pourra être assurée que si l'entreprise dégage des ressources adéquates. Enfin, compte tenu des obligations que l'entreprise souscrit à moyen et long terme, il apparaît que la solvabilité future est largement déterminée par les performances économiques et financières, définies ici comme la capacité à dégager un excédent lui permettant d’honorer ses engagements ( économiques et / ou sociaux) et d’assurer son développement ( investissement, formation, emploi, R&D…). Cette observation fait également ressortir les limites de l'opposition précédemment suggérée entre la solvabilité perçue comme une contrainte absolue et permanente, et le niveau de performances perçu comme l'enjeu de choix discrétionnaires.

Ces constats restent pertinent quelque soit le contexte : une association à but non lucratif doit rendre des comptes à ses adhérents et justifier de l’utilisation des ressources mises à sa disposition au regard des objectifs fixés par l’AG.

Plus globalement, dans le cadre de sociétés privées, ces obligations peuvent s’analyser comme l’expression d’une contrainte d’accumulation ( choix d’investissement au regard des objectifs de développement) sous contrainte de valorisation ( capacité à créer de la valeur supplémentaire quelque soit le mode d’appropriation du surplus) sous contrainte de

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réalisation ( c’est à dire la satisfaction effective d’un besoin solvable, c’est à dire la vente, ou à solvabiliser dans le cadre de coopération). Ceci peut être présenté à l’aide de différents indicateurs qui « parlent » de la même chose :

le taux d’accumulation exprime l’accroissement

du capital « productif » par

rapport au capital existant ; il exprime une hausse des capacités de production sous l’angle « physique ».

Mais cette hausse des moyens de production correspond à la mobilisation de ressources c’est à dire à l’évolution de la dette financières ( d’origine interne, réserves, ou externes, apports des actionnaires, prêts des banques…). Cette hausse doit permettre à l’entreprise d’augmenter son CA, développer son marché, faire face à la concurrence, pour se financer et créer une valeur ajoutée pour continuer son développement. Autrement dit cela renvoie au montant de VA générée par son effort d’accumulation, son effort d’investissement (VA/C).

Mais cela doit aussi lui permettre de produire un excédent pour faire face à ses engagements (EBE/C).

On a alors une séquence d’indicateurs qui appréhende une réalité similaire selon des perspectives propres : taux d’accumulation – efficacité - taux d’intérêts / rentabilité, c’est à dire des indicateurs d’accroissement des ressources / du capital selon les besoins de développement, de création de richesses, de réalisation d’excédent et de rémunération des capitaux.

Au total, la recherche de performances minimales par rapport aux conditions du marché ( références sociales ) apparaît comme une contrainte aussi impérieuse pour une organisation que le maintien de sa solvabilité . Ce n'est donc pas par référence à leur inégale importance que l'on peut différencier ces deux contraintes ; ce sont plutôt les conditions dans lesquelles elles doivent être assumées qui sont perçues de façon différente par les entreprises auxquelles elles s'imposent et leurs partenaires. La contrainte d'équilibre financier doit être gérée en continu et de façon rigide. L'entreprise ou l'organisation doivent maintenir leur solvabilité à tout instant. Pour sa part, la gestion de la contrainte d'efficacité - et la définition de celle-ci et donc des indicateurs - permet plus de souplesse puisqu'elle autorise une certaine latitude quant au choix des indicateurs de performance qui serviront de référence pour apprécier les résultats effectifs et quant à l'échelonnement dans le temps des réalisations souhaitées.

Cette souplesse donnant alors plus de rigueur à l’évaluation puisque tenant compte des différents « point de vue » , c’est à dire des différents critères de gestion / évaluation et objectifs possibles.

IG.4.3.2. Principes d'analyse des performances

Le principe général d'appréciation des performances financières consiste dans la comparaison entre un indicateur monétaire exprimant les résultats dégagés par l'entreprise, soit

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dans un de ses domaines d'activité, soit sur l'ensemble de ses opérations et un indicateur monétaire relatif aux moyens engagés pour obtenir ces résultats (Cohen, 1995).

théoriques

l'évaluation des performances concernent à la fois :

Dès

lors,

les

problèmes

et

opératoires

rencontrés,

à

propos

de

- le choix des indicateurs de résultat les plus adéquats pour traduire l'efficacité de

l'entreprise,

- le choix des indicateurs relatifs au stock de moyens mise en oeuvre.

IG.4.3.2.1. Révision comptable

Solde intermédiaire de gestion, tableau de financement et bilan (rappel).

IG.4.3.2.2. Le choix des indicateurs de résultat

Le problème du choix des indicateurs de résultat utilisables en analyse financière semble largement résolu en pratique dans la mesure où la comptabilité générale fournit un ensemble de "soldes de gestion" ( voir en TD ou le polycopié le « lexique »). En effet, ces derniers permettent d'apprécier le surplus résultant de la comparaison entre les produits de l'activité et les charges consommées à l'occasion de cette activité.

Il ne faut toutefois pas oublier que le résultat comptable est dégagé à partir d'une confrontation entre produits constatés et charges engagées, même lorsque ces flux n'ont pas donné lieu à circulation de monnaie, c’est à dire qu’il n’y a pas eu « paiement ». Le résultat obtenu est donc un indicateur traduisant une optique d'analyse "réelle" et non une optique de flux monétaires, même s'il est libellé en monnaie.

Ce constat a conduit les financiers à proposer des indicateurs de performance susceptibles à la fois de neutraliser (totalement ou partiellement) les biais introduits du fait des incidences fiscales du calcul des résultats comptables et d'introduire une dimension monétaire dans la mesure du résultat. Ces nouveaux indicateurs dérivés de la notion de « cashflow » ont déjà bénéficié d'une consécration par le plan comptable de 1982 au travers des notions d'excédent brut d'exploitation (EBE) et de capacité d'autofinancement (CAF). Cependant, de nouvelles propositions continuent d'être avancées depuis lors et apportent des possibilités élargies pour l'analyse des performances, en recourant notamment à la mesure d'excédents de trésorerie d'exploitation (ETE) ou globaux (ETG), c’est à dire un EBE tenant compte des écarts de trésorerie.

IG.4.3.2.3. Les indicateurs relatifs aux moyens engagés

Quant aux problèmes posés par la mesure des moyens engagés pour obtenir les résultats engendrés par l'entreprise, ils tiennent d'une part à l'identification des éléments constituant l'avance en capital et d'autre part à l'évaluation du montant de cette avance.

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La question relative à l'identification des éléments constituant l'avance en capital donne lieu à des réponses disparates. Une première réponse, apportée traditionnellement à cette question par l'analyse financière et la comptabilité, présente un caractère restrictif :

l'appréciation des résultats s'effectue par référence au seul montant des capitaux propres. La rentabilité de l'entreprise s'apprécie donc par la confrontation entre les fonds apportés par les propriétaires et le résultat qui est mis à leur disposition aux fins de distribution ou de mise en réserve. Une deuxième réponse adopte au contraire un point de vue extensif et prend en compte l'ensemble du capital économique mis en oeuvre par l'entreprise, c'est-à-dire l'ensemble de ses actifs.

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Chapitre I: Les démarches de l’analyse économique d’entreprise 8

L'analyse économique et financière propose une gamme d'instruments et de méthodes dont l'application ne prend sont sens que par référence à un contexte dans lequel leurs utilisateurs se trouvent placés. Ce contexte détermine en effet les objectifs de l'analyste, influence largement l'orientation de ses investigations et spécifie la gamme des instruments qu'il cherchera à mettre en œuvre (Cohen, 1995).

Or les développements récents de la pratique des entreprises, des banques et des marchés de capitaux ont multiplié les occasions dans lesquelles un recours aux démarches de l'analyse économique et financière s'avère utile voire indispensable.

Dans une approche nouvelle des gestions, les objectifs d’une organisation doivent être mis en perspective à partir de deux questions : quels sont les besoins satisfaits au regard des populations ? quels sont les besoins en terme d’emplois pour les satisfaire et accroître la création de richesses, avec plus d’efficacité des ressources engagées, du capital ? Cela veut dire qu’il faut expliciter les relations entre finance et emploi et les effets de la première sur le second au regard de ce double questionnement. C'est pourquoi il est nécessaire, avant même de présenter ses instruments, de passer en revue les principales situations justifiant le recours à un diagnostic financier.

I.1 .Contexte du diagnostic et orientation de l'analyse

Les établissements de crédit ont conçu et expérimenté les premiers outils et les premières méthodes de diagnostic financier. Soucieux de se doter de critères susceptibles de guider leurs décisions en matière d'octroi de crédits, les banquiers ont ainsi cherché à élaborer des instruments d'analyse principalement orientés vers l'étude de la solvabilité des emprunteurs. On peut distinguer les démarches selon plusieurs critères complémentaires.

1) Le contexte interne du diagnostic. On peut repérer deux cas de figures. Par exemple , l'analyste intervient dans un contexte de crise ; le diagnostic vise alors à identifier les causes des difficultés rencontrées et à préparer des décisions et des actions correctives, s'il est encore temps de les engager. Dans d'autres cas, le diagnostic intervient dans le cadre d'une procédure de contrôle requise par la réalisation de certaines opérations de montage d'un financement, la préparation d'une restructuration par exemple ou simplement prévue dans le cadre d'un suivi régulier des activités.

2) Les circonstances de l'analyse. L'analyse économique et financière peut constituer un élément, un volet partiel dans une démarche de diagnostic global portant sur l'ensemble des aspects de l'entreprise et de son activité. Elle peut également s'inscrire dans une perspective de diagnostic financier extensif, comportant l'examen de toutes les dimensions

8 Tiré de l’ouvrage d’Elie Cohen « Analy se financière » Economica, 1995.

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financières de l'activité et de la situation de l'entreprise par un CE par exemple. Enfin, elle peut traduire une démarche de diagnostic financier thématique, orientée vers l'étude d'un aspect particulier de la situation de l’entreprise ( l'appréciation des performances par un investisseur, l'étude de la solvabilité par un créancier, l’évolution de l’emploi, les perspectives commerciales …).

3) La position de l'analyste . Dans certains cas, le problème du diagnostic est posé à l'intérieur même de l'entreprise. Dans d'autres cas, c'est un partenaire externe qui cherche à se forger une opinion sur les caractères financiers d'une unité économique.

I.2. La finalité de l'analyse.

I.2.1. En premier lieu, les indications fournies par l'analyse financière interviennent couramment dans les processus d'élaboration, d'évaluation et de contrôle des décisions de gestion.

Il s’agit donc d’une optique décisionnelle. Trois exemples peuvent illustrer une telle contribution.

1) A l'occasion de la préparation d'un important projet d'investissement ou, de façon plus large, lors de l'élaboration du plan financier, l'étude de la capacité de financement de l'entreprise permet d'apprécier la compatibilité des besoins liés aux projets envisagés avec le montant de ressources déjà disponibles ou susceptibles d'être obtenues par emprunt ou augmentation de capital.

2) Dans l'étude des opérations courantes, la mise en évidence de la relation entre la progression des ventes, l'autofinancement et les besoins de financement liés aux cycle d'exploitation permet d'apprécier les effets qu'un plan de développement commercial peut avoir sur l'équilibre financier de l'entreprise.

3) Enfin, dans l'élaboration des projets et des prévisions relatives aux plans d'investissement et de financement, l'analyse rétrospective des emplois et ressources déjà constitués par l'entreprise sert de point de départ pour la préparation des opérations projetées.

I.2.2. En deuxième lieu, l'analyse financière fournit des indicateurs ou des documents synthétiques qui permettent le suivi et le contrôle interne de certaines opérations.

Il s’agit dans ce cas d’une démarche d’observation contribuant à l’anticipation des

crises.

L’analyse financière contribue notamment à l'établissement des tableaux de bord qui comportent le plus souvent des ratios financiers. Ses indications permettent alors un rapprochement entre les réalisations observables de l'entreprise sur une période ou une date

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donnée et les objectifs que les dirigeants avaient arrêtés a priori. Ainsi peut-on mettre en parallèle les valeurs prévues et les valeurs obtenues pour certains ratios, les prévisions

d'emplois et de ressources apparaissant dans le budget d'investissement avec les emplois et les

ressources effectivement constatés

financiers significatifs et leur analyse permet de déceler d'éventuels dérapages de gestion, des défaillances ou des erreurs ; elle constitue une condition préalable aux interventions destinées à corriger la trajectoire de l'entreprise ou à modifier ses projets.

La mise en lumière des écarts affectant des indicateurs

I.3. Information, communication et diagnostic

Si elle contribue à la préparation et au suivi des décisions de gestion prises (ou à prendre) par l'entreprise et ses partenaires, l'analyse économique et financière joue également un double rôle dans les processus de communication interne et de communication externe de l'entreprise. D'une part, elle constitue la source d'indications élaborées à partir de l'information comptable et économique établie par l'entreprise. D'autre part, elle permet aux destinataires de l'information d'en assurer l'interprétation.

- En premier lieu , l'analyse économique et financière fournit des indications qui concernent des enjeux essentiels pour la communication et, éventuellement, pour des négociations ou des confrontations internes à l'entreprise. Ainsi, la diffusion d'informations financières significatives à destination des salariés par le canal de journaux d'entreprise ou de supports audiovisuels constitue une pratique fréquente relevant de l'initiative de la direction. Elle s'inscrit alors le plus souvent dans le cadre d'un projet d'aménagement du climat de l'entreprise.

- En deuxième lieu , la politique de communication financière participe de la constitution d'une culture d'entreprise ; même si elle intègre des dimensions socio- économiques et culturelles ainsi que des valeurs éthiques, cette "culture" qui doit être prise avec le recul critique nécessaire, doit alors favoriser la perception des impératifs financiers fondamentaux, entre autre ceux des actionnaires et des prêteurs, qui s'imposent à l'organisation. Dans cette optique, l’enjeu est aussi l’explicitation d’autres impératifs alternatifs ou complémentaires des précédents, expression d’une autre appréciation et définitions des objectifs de l’organisation, en lien avec la satisfaction des besoins des populations et l’amélioration de l’efficacité économique et sociale du capital.

- En troisième et dernier lieu , les textes réglementant les droits des salariés dans l'entreprise prévoient la communication d'informations financières aux représentants des salariés et donnent à ces derniers la possibilité de se faire assister par un expert dont l'intervention peut déboucher sur la formulation d'un véritable diagnostic. Celui-ci permet d’intervenir sur la culture d’entreprise et les choix de gestion proposés/imposés. Ainsi, la loi du 28 octobre 1982 relative aux institutions représentatives du personnel, approfondissant les possibilités ouvertes par l’ordonnance du 22 février 1945 instituant les comités d'entreprise, prévoit la possibilité de l'intervention d'un expert-comptable chargé d'assister le comité

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d'entreprise et précise que "la mission de l'expert-comptable porte sur tous les éléments d'ordre économique, financier ou social nécessaires à l'intelligence des comptes et à l'appréciation de la situation de l'entreprise" (article 434-6). Dans le cadre de la législation antérieure, l'intervention de l'expert se limitait à "expliquer la logique d'articulation des comptes et la signification de ceux-ci" alors que les nouvelles dispositions lui confèrent un rôle qui comporte la formulation d'une appréciation, d'un diagnostic relatif notamment à la situation financière de l'entreprise.

Par ailleurs, alors que cette mission était antérieurement limitée à l'examen des comptes annuels, la loi de 1982 élargit à des situations nouvelles les possibilités d'intervention de l'expert : procédure de consultation préalable à un licenciement économique, procédure d'information et de consultation sur 'les modifications de l'organisation économique ou juridique de l'entreprise, notamment en cas de fusion, de cession, de modification importante des structures de production de l'entreprise" (article 432-4). On constate ainsi que la modification de la législation relative aux institutions représentatives du personnel suscite à elle seule un notable élargissement du champ d'application du diagnostic financier en l'ouvrant sur les préoccupations de nouveaux utilisateurs de l'information comptable et financière. Mais surtout, elle oriente l'analyse dans une direction qui avait été jusque-là peu explorée puisqu'elle montre l'importance que l'appréciation de cette information peut comporter pour les salariés intéressés par les perspectives de croissance de leur entreprise, l’évolution de l'emploi, des conditions de travail et les possibilités de progression des rémunérations qu'elle permet de prévoir ou de négocier. L'information comptable et financière et son appréciation deviennent donc des enjeux dans les rapports internes à l'entreprise, tels qu'ils sont façonnés par les dispositions juridiques en vigueur, par le style de management adopté par les dirigeants et par le "climat" qui traverse les relations formelles et informelles entre les membres de l'organisation.

I.4. Les démarches du diagnostic économique et financier

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Encadré 1 Contexte d'analyse et orientation du diagnostic financier

Déclenchement du diagnostic

Investiga tions approfondies

Enoncé du diagnostic et des recommandations

Diagnostic dans un contexte de crise

Observations de s symptômes, ex: ba isse du CA, dé tériorations de s résulta s, retard de pa ie ments

Ana lyse adapatée en fonction de s difficulté s:

- position sur le marché - solvabilité

Identification de s causes de s difficultés ( politique de prix, ressources, ma itrise de s BFRE…) Perspe ctives

Diagnostic de contrôle

Observation exte nsive de s indicateurs relatifs à l'activité, à la position sur le marché etc

à l'activité, à la position sur le marché etc Ana lyse extensive de stinée à appréc

Ana lyse extensive de stinée à appréc ier la situation

Ana lyse extensive de stinée à appréc ier la situation Identification de s forces et de

Identification de s forces et de s faiblesses, préconisations d'actions hié rarchisé es

Le diagnostic économique et financier comporte des limites tenant à la fois à la complexité des organisations, aux carences en matière de production d’information, elle mêmes liées aux capacités cognitives des acteurs, et aux lacunes ou imprécisions qui continuent d'affecter l'analyse explicative du comportement des acteurs. Il faut alors se garder des généralisations hâtives conduisant à ériger certaines « règles » empiriques au rang de normes absolues, par référence à une conception "orthodoxe" de l'équilibre ou des performances financières. Les prescriptions normatives de ce type présentent généralement un caractère circonstanciel ou transitoire et ne sauraient prétendre ni au statut de règles universelles, ni à la permanence.

Il importe alors de s'interroger sur les conditions dans lesquelles ces démarches peuvent parvenir à des résultats fiables et crédibles. Pour cela il y a deux voies.

D'une part, l'amélioration de la connaissance empirique des comportements financiers des entreprises grâce à des travaux statistiques ou monographiques permet de disposer de repères concrets, sinon de normes absolues, pour formuler des jugements plus étayés.

D'autre part, l'application de la théorie financière à l'étude concrète de ces comportements fournit aux analystes des cadres conceptuels plus adéquats pour élaborer leurs appréciations.

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Cependant, le diagnostic financier comporte une dernière limitation tenant à son objet même puisqu'il ne fournit qu'une appréciation partielle de la situation et des performances de l'entreprise.

Le diagnostic financier ne constitue qu'un des volets du diagnostic économique d'entreprise. Une appréciation globale de la situation et des performances exige un diagnostic multidimensionnel portant sur

- le potentiel technologique,

- le potentiel commercial,

- les rapports humains,

- l'organisation et le système de gestion,

- la situation et les performances financières.

En ce sens, le diagnostic réduit à sa dimension strictement financière ( par opposition au cycle du capital A-M-A) ne peut donner qu'une vision partielle et spécialisée de la situation et de l'activité. Centrée sur les préoccupations spécifiques généralement exprimées par les analystes financiers, son approche s'attache de façon particulière à étudier :

- l'aptitude de l'entreprise à gérer sa solvabilité immédiate et à terme (soit son aptitude à gérer le risque de faillite),

- l'aptitude à réaliser des performances suffisantes compte tenu de l'ampleur des moyens engagés et du niveau de son activité,

- l'aptitude à agencer les ressources obtenues pour constituer un financement adapté

à la nature des emplois réalisés ou prévus, tout en maîtrisant le coût de ces ressources et le risque financier qu'elles engendrent.

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Encadré 2 La démarche du diagnostic financier

Etape du diagnostic

Préparation et traitement des sources d'informations informations comptables externes informations extracomptables internes et externes

Mise en évidence des faits significatifs

Mise en évidence des faits significatifs

sypmtômes des difficultés, syndrômes de problémes ( diagnostic de crise), points forts et points faibles ( diagnostic de crise

Analyse explicative causes des difficultés ( diagnostic de crise) atouts et handicaps
Analyse explicative causes des difficultés ( diagnostic de crise) atouts et handicaps

Analyse explicative causes des difficultés ( diagnostic de crise) atouts et handicaps

Analyse explicative causes des difficultés ( diagnostic de crise) atouts et handicaps
Analyse explicative causes des difficultés ( diagnostic de crise) atouts et handicaps

Pronostic et recommandations

Opérations d' analyse

Application des outils et méthodes de l'économie d'entreprise ( analyse financière, marketing, stratégique…) calcul d'indicateurs, retraitements comptables, développement d' outils (

tableau de bord…)

développement d' outils ( tableau de bord…) Interprétations et appréciations position sur le marché

Interprétations et appréciations position sur le marché ( politique de prix, nature de la concurrence…), besoins d'investissement (

modernisation, compétitivité…),

besoins de financement ( moyen long terme, trésorerie…)

besoins de financement ( moyen long terme, trésorerie…) Sytnthèses Définitions des actions à engager
Sytnthèses

Sytnthèses

Sytnthèses
Sytnthèses

Définitions des actions à engager

Dès lors, les démarches du diagnostic financier peuvent être représentées par un schéma qui fait ressortir à la fois les étapes qu'elles devraient respecter et les opérations d'analyse qu'elles devraient conduire à chacun de ces stades (Encadré 2).

Dans ces conditions, même si l’analyse financière ne propose qu’une vision partielle et spécialisée de la situation et de l’activité, elle revêt un caractère synthétique et fournit une des visions les plus intégrées et cohérents qu’il soit possible de proposer de l’entreprise et de ses activités. Mais ce trait ne doit pas faire oublier son incomplétude et donc l’enjeu que représente l’intégration et ou la présentation, éventuellement contradictoire, d’autres points comme celui de l’efficacité économique et sociale et de ce qui en découle pour apprécier les choix de gestion en œuvre.

I.5. Système comptable et analyse économique et financière

L'analyste financier travaille à partir des documents comptables, il doit donc savoir comment les comptes et les documents de synthèse ont été produits. Si l'analyse économique et financière n'est pas soumise aux même contraintes juridiques et réglementaires que la comptabilité, pour autant il importe d’en comprendre les principes de base.

La comptabilité générale est fondée sur une méthode et sur une logique.

La méthode est

celle dite de la "partie double".

Deux hypothèses

simples

permettent de bâtir tout le système des comptes. Il suffit à cet effet :

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- de poser que toute opération donne lieu à une écriture pour un même montant à gauche et à droite d'un ou plusieurs comptes ;

- de fixer le sens d'imputation des augmentations et des diminutions d'un seul

compte.

De ces deux règles, découle le sens d'imputation de tous les autres comptes.

Le système d'information comptable est donc organisé autour d'un principe de cohérence et de contrôle. Sur une période, on doit vérifier la double égalité

Débits = Crédits

Actif = Passif

Soldes débiteurs = Soldes créditeurs

La logique comptable est de nature juridique. Les droits de propriété confèrent une orientation patrimoniale aux documents de synthèse. La transcription comptable des opérations ne fait que s'adapter au droit dans ses diverses branches : le droit du travail détermine l'enregistrement des frais de personnel, la nature du contrat de crédit-bail (location) conduit à écarter du bilan les équipements acquis selon cette modalité, etc.

L'analyse financière doit transformer les documents comptables de synthèse pour en tirer des informations pertinentes. Il s'agit donc dans un premier temps de produire de l'information, avant d'effectuer le travail d'interprétation et d'analyse stricto sensu.

Pour produire l'information dont elle a besoin, l'analyse financière retraite les postes de quatre manières, résumées en quatre mots sous l’acronyme ARER: Agrégations, Reclassements, Eliminations, Réintégrations.

1) Agrégations

Qu'elle travaille en diagnostic ou en prévision, l'analyse financière saisit les grandes tendances au regard desquelles certaines variations dont dépend l'équilibre des comptes paraissent dérisoires. Les documents de synthèse réalisent un premier niveau d'agrégation :

L'analyse financière opère d'autres "massifications" qui répondent à ses propres critères. Faut-il, par exemple, "découper" le passif en fonction du degré d'exigibilité des postes, ou en fonction de l'origine des ressources ?

2) Reclassements

L'affectation des charges et produits dans les documents comptables reflète les règles de droit qui divergent parfois de la logique économique : par exemple, les charges de

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personnel intérimaire sont enregistrées comme la facturation d'un service, alors que l'analyste peut souhaiter additionner ces charges aux rémunérations des salariés internes de l'entreprise.

3) Eliminations

Des postes inscrits en comptabilité peuvent être supprimés par l'analyste financier, en particulier si celui-ci estime que ces postes sont des non-valeurs : tel peut être le cas des frais d'établissement.

4) Réintégrations

A l'inverse, des postes ignorés de la comptabilité ou inscrits hors des documents de

synthèse peuvent être réintégrés à ceux-ci. Le crédit-bail en offre un exemple.

Le travail d'interprétation de l'analyse financière ne s'appuie pas seulement sur les

Il recourt à l'élaboration de documents et d'outils

documents comptables même "retraités". originaux.

- Le

tableau

des

soldes

intermédiaires

de

gestion

(TSIG)

présente

une

décomposition de la formation du résultat, en fonction de la nature des produits et des charges ;

- Le tableau de financement ou de flux, rend compte de l'évolution des postes de

bilan ,

- Les ratios mettent en relation des grandeurs extraites des documents de synthèse.

I.6. L'information comptable et financière

Les sociétés de capitaux (SA, SARL, EURL) sont tenues de rendre publics leurs comptes annuels, par dépôt auprès du greffe du tribunal de commerce de la circonscription du siège social de l'entreprise. Les sociétés de personne ne sont pas tenues de le faire (elles ne communiquent leurs états qu'à l'administration fiscale). Cette obligation de publicité permet à tout particulier d'accéder librement aux comptes de n'importe quelle société de capitaux, sous réserve de supporter le coût de l'information. Des structures existent tant pour les petites SARL que pour les entreprises individuelles (EI), destinées à aider ces entreprises à tenir leur comptabilité et faire leur déclaration fiscale (CGA).

Des bases de données informatiques commerciales vendent cette information sur supports informatiques (CD-Rom ou ligne). La qualité de leur prestation est souvent entachée par le fait qu'elles ne fournissent pas le contenu de l'annexe. Celle-ci est cependant accessible :

par exemple, l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) commercialise la reproduction de la liasse fiscale intégrale des sociétés de capitaux.

Il existe des Centrales de bilans de comptes sociaux. La Banque de France collecte

les données comptables fournies par les entreprises adhérentes, et les retraite selon une

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méthodologie qui lui est propre. Le Crédit national opère de la même manière. Ces deux Centrales offrent donc des données rectifiées et homogènes. En outre, l'INSEE et la Direction de la prévision du Ministère des Finances gèrent chacune une base de données comptables. Mais ces organismes préservent strictement la confidentialité de leurs bases.

Les sociétés faisant appel public à l'épargne (cotées en bourse pour la quasi-totalité d'entre elles) sont soumises à des obligations d'information plus contraignantes, dans leur contenu et dans leur fréquence.

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Chapitre II Les exigences d’une théorie de l’action économique 9

Il est essentiel d’identifier et donc de pouvoir traiter la diversité économique des organisations. Cette diversité est celle des différentes réponses apporter à satisfaire certains besoins s’exprimant à travers une demande solvable. La question est alors tout autant de contribuer à l’expression, c’est à dire la formalisation, de ces besoins que de pouvoir solvabiliser la demande. Cela implique alors de disposer d’une « représentation » du monde dans lequel nous vivons et donc des mondes qui coexistent et se complètent pour faire que nous pouvons vivre en société.

II.1. Exemple de cadre d’analyses « Les mondes de production ».

Il existe des voies diverses de développement économique, fondées sur des trajectoires multiples selon lesquelles s'engendrent des mondes réels de production, c’est à dire des organisations - entreprises, territoires, pays etc. Les produits, biens ou services, correspondants sont multiples, de même les actions individuelles se font selon plusieurs mondes possibles. La dynamique possible de développement des mondes réels est fondée sur une certaine stabilité dans le temps, dans l'espace et au sein d'une population, des structures d'accessibilité aux mondes possibles. Les innovations (de technologie, d'organisation, de conventions, d'institutions, ou de produits) ont aussi pour effet de modifier les structures d'accessibilité aux mondes possibles. Elles peuvent ou non ouvrir des perspectives

Le monde marchand est le monde des produits standard, mais dédiés à un demandeur particulier. Le désir du demandeur coordonne dans l’instant les activités. Il s’adresse aux producteurs selon un langage de la standardisation, qui objective son désir aux yeux des autres et lui permet d’échapper à tout engagement envers eux. La concurrence entre les producteurs qui, souvent en petit nombre, peuvent répondre à cette demande porte sur le prix et le délai de satisfaction. Les conventions réduisent chaque individu à être pour l’autre un intérêt objectif visant à être satisfait au mieux. Chaque individu est ainsi constitué comme rationnel et opportuniste au sens habituel de la théorie économique. La firme restructurée et flexibilisée en vue d’une réponse immédiate au marché s’oriente vers les registres d’action de ce monde, tout comme l’industriel marchand du XIX e siècle entouré de son réseau de travailleurs à domicile. L'individu tend, dans ce monde possible, à être identifié au sous-traitant responsable d'une tâche précise, à l'intérieur de la liste des tâches. Il doit être disponible immédiatement et rép ondre rapidement aux sollicitations du demandeur. La situation marchande fait apparaître l'autonomie individuelle. Elle évalue l'individu au temps disponible pour une tâche particulière. Aussi la distinction n’est-elle pas toujours nette entre le salarié d'une firme ou le sous traitant indépendant. Les firmes elles- mêmes étant très peu intégrées ont a priori des contours fluctuants, pas toujours bien délimités. Les conventions de productivité portent ainsi sur la disponibilité des personnes. L'identité que chacun revêt pour les autres dans une situation de production marchande est

9 Tiré de l’ouvrage de Robert Salais et Michael Storper « Les Mondes de Production » Ed de l’École des Hautes Études en Sciences sociales, Paris, 1993.

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celle d'un individu disponible, autonome et compétent dans sa tâche. C'est tout ce que l'on a à savoir de lui. C'est ce qu'il doit satisfaire. Les conventions de chômage ajustent étroitement et immédiatement le revenu du travail aux fluctuations de la demande. La méconnaissance du futur, principe de coordination du monde marchand, n'offre à chaque individu que deux positions possibles instantanées: une tâche en cours de réalisation ou aucune. Le volume de travail est assimilé à une somme de temps variable en prix et en quantité, en temps de travail et en salaires individuels. La forme du salaire à laquelle on pourrait se référer est la rémunération à la tâche pour un temps déterminé. On se rapproche d'un pur échange quantitatif: temps contre salaire. La standardisation entraîne une intensité capitalistique plus importante que la moyenne ainsi qu’une productivité apparente du travail plus élevée ; c’est un monde d’incertitude et d’économie d’échelle. La concurrence s’effectue sur les prix puis la qualité.

Encadré 3 Les Mondes de Production (présentation en cours puis repris en TD)

de Production (présentation en cours puis repris en TD) • Le monde industriel nous est fa

Le monde industriel nous est familier comme étant celui de la production de masse destinée à des marchés étendus et composés de demandeurs considérés comme anonymes. Ses produits standard et génériques sont congruents avec un développement économique guidé par la maximisation d’un taux de croissance macro-économique, avec un salariat reposant sur une description objective du travail et avec une consommation

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de masse . La standardisation industrielle et la prévisibilité du marché permettent de planifier, d’objectiver dans des équipements matériels le risque économique, autrement dit de concevoir une coordination économique fondée sur la médiation des objets.

Dans ce monde, la firme optimise l'usage de ses ressources en capital et en main-d'oeuvre le long d'une prévision de trajectoire à moyen terme: celle-ci prend en compte la demande anticipée et la rentabilité anticipée de ses capitaux. Elle se tient à cette prévision d'autant plus fortement qu'elle est incorporée dans des investissements matériels générateurs d'économies d'échelle et que le retour d'investissement implique que ceux-ci soient mis en oeuvre, conformément à la trajectoire prévue, pendant un temps assez long. L'avantage de s'en tenir à cette règle invariable est qu'elle autorise le producteur à interpréter les aléas économiques qui surgissent (par exemple dans le flux des commandes) comme des écarts à la tendance. Ces écarts peuvent être considérés comme justifiant simplement une action correctrice de court terme. Le risque implique des choix irréversibles, exprimés dans des équipements spécialisés sur un produit peu évolutif, fondés sur la réduction prioritaire des coûts unitaires et l'allongement des séries. La standardisation est complète (actes de travail, situation de production, technologies, produits) et s'applique ainsi en série. La description du travail a une vocation à l'exhaustivité « l'analyse du travail ») il énumère les tâches élé- mentaires, les classe, et ordonne leur séquence de réalisation et le temps maximum qu'on doit y mettre pour toucher le salaire correspondant. La qualité des personnes disparaît pour être remplacée par une qualification des tâches et leur distribution selon une hiérarchie. Les tâches sont regroupées, pour des niveaux hiérarchiques donnés, en postes de travail distribués à des personnes. La forme type du salaire est un salaire au temps selon la valeur des temps attribués aux tâches. Si les comportements des personnes sont incertains, les tâches sont prévisibles.

L'ancienneté dans l'entreprise exerce un effet bénéfique d'apprentissage des routines de travail par la main-d'oeuvre: elle devient, associée à des chaînes de mobilité et de promotion interne, un paramètre essentiel des gestions du personnel et des politiques salariales. L'entrée dans l'entreprise se fait pour des personnes à qui il est possible d'attribuer une mesure « industrielle » de la qualité de son travail, d'où l'importance en France, par exemple, des niveaux standard de formation explicitement reconnus par des diplômes. Mais un individu, pour entrer dans ce monde possible, n'a besoin ni d'un passé ni d'un enracinement local préalable comme il le faut pour entrer dans le monde interpersonnel. L'ensemble tend à constituer le paradigme des marchés internes, spécifiques des grandes entreprises intégrées du monde industriel.

Le monde interpersonnel est le monde des produits spécialisés et dédiés : ceux-ci sont fabriqués selon des compétences et savoirs spécialisés propres à des personnes ou des firmes données et accordés aux besoins de demandeurs spécifiés. Les conventions construisent des relations personnalisées entre agents économiques disposant d’une identité connue de part et d’autre. Les rapports entre demandeurs et producteurs, ainsi qu’au sein de la firme, reposent sur la confiance, la réputation, le partage de valeurs communes, la particularité d’individualités partageant une même appartenance ou

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histoire ; la concurrence entre producteurs est centrée sur la qualité du produit. Les registres d’action de ce monde sont les activités fondées sur le métier ; plus généralement, les entreprises fabriquant des produits à forte composante de services personnels ou des équipements spécialisés correspondant aux besoins d’un autre producteur. Des réalisations anciennes qui revivent parfois aujourd’hui en étaient les communautés de métiers urbaines. Les entreprises sont extrêmement sensibles à l’évolution de la demande du fait de sa grande incertitude. Les produits fabriqués et échangés sont spécialisés (fondés sur un patrimoine de savoir-faire) et dédiés (ajustés aux besoins, particuliers, d'un demandeur). Le problème de la firme porte non pas sur le volume de la demande, mais sur les qualités de produit dont elle est composée. Son personnel et les équipements dont il dispose doivent être tels qu'ils traitent avec sécurité une variété de qualité des produits. En l'absence de toute consolidation et standardisation, chacun traite l'action de travail ou la demande de l'autre comme particulière à ce qu'il est. Les situations productives se déroulent dans un cadre de familiarité entre les personnes. Chacun développe une capacité de compréhension des autres, fondée sur des situations précédentes. La qualité de son travail, fruit de la situation, est directement évaluée par la satisfaction du demandeur, autrement dit, par le prix du produit. C'est en ce sens que ce travail peut être désigné du nom de « mar- chand ». Pour toutes ces raisons, la firme peut difficilement être constituée autrement que d'un groupe de personnes qui demeurent ensemble parce que chacune l'a décidé ainsi, y trouvant une dimension constitutive de son identité. La taille n’est pas un critère déterminant: la firme peut être grande ou petite. Ce qui est essentiel est le maintien des personnes dans leur statut d'autonomie et de responsabilité dans un domaine de savoir, l'activation (et le respect dans la vie quotidienne) de l'appartenance à une histoire partagée - qui se constitue ainsi en tradition. Ce serait une erreur que de limiter la zone d'existence des conventions interpersonnelles aux activités de service, notamment dans ce qu'elles ont de plus domestique, ou à des activités d'artisanat ou de petites entreprises hautement spécialisées sur des niches. Il y a tout lieu de penser que la firme japonaise typée emprunte certaines de ses caractéristiques à ces conventions (contrairement à la firme américaine type, plus proche des conventions industrielles). C'est leur influence qui est exprimée, souvent indirectement, dans la littérature sous les termes de réseaux d'entreprise ou de districts industriels. La rentabilité sera donc extrêmement dépendante du taux de marge ainsi que de la maîtrise de la combinaison productive (productivité et coût de la main-d’oeuvre et efficacité du capital). La concurrence se joue sur la qualité et donc sur la politique d’investissement. C’est un monde d’incertitude et d’économie de variété .

Le monde immatériel est celui de la création, de l’innovation : de nouvelles technologies et de nouvelles familles de produits, de leur conception ainsi que de la définition des besoins qu’ils satisfont. Ce monde trouve de nouvelles propriétés et usages aux objets existants. Ce faisant, il développe des connaissances générales et non des connaissances spécialisées qui seraient bornées à un domaine appliqué particulier. La tension entre la nouveauté et son acceptation en tant que nouveauté est centrale. La coordination repose sur des règles de méthodologie de nature scientifique. Les communautés de scientifiques ou de créateurs coordonnés selon une éthique s’approchent d’une réalisation

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de ce monde possible. L'incertitude à laquelle s'adressent ces conventions du travail immatériel est complète, puisque la visée est celle de la nouveauté. Elle n'est ni mesurable en risque, ni soluble par un simple échange d'informations. Les personnes sont le support d'investissements immatériels; elles sont un facteur fixe, une ressource a gérer comme telle. Le salaire a le caractère d'un investissement. La qualité du travail d'une personne, ne pouvant être évaluée par la vente d'un produit, ni par la satisfaction d'une autre personne, n'est soumise à aucune sanction marchande. Ce monde se caractérise donc, comme le monde “ interpersonnel ” par un coût du travail élevé correspondant aux qualifications importantes requises, une efficacité du capital élevée mais, rejoignant en cela le “ monde industriel ”, par une contrainte liée au risque d’alourdissement des délais de rotation des besoins en fonds de roulement (mise au point des nouveaux produits) et la nécessité d’avoir un taux de rotation des équipements productifs élevé . C’est un monde où l’incertitude rejoint la certitude : l’entreprise “ n’a d’autre choix que de faire comme si elle produisait pour un marché existant et déjà connu d’elle ”.

Les deux derniers modèles de production, « interpersonnel et immatériel », reposent sur des économies de variété . Mais le modèle « interpersonnel » repose principalement sur des économies de variété statiques, autrement dit sur la capacité de produire à un instant donné beaucoup de choses, en utilisant le même équipement; l'effet additif porte sur l'échelle praticable de la production. Dans le modèle de l'innovation, en revanche, les économies de variété sont dynamiques. Elles portent sur un changement régulier des produits, résultant d'un processus d'apprentissage et d'innovation ; à un instant donné, en revanche, l'économie de variété peut être faible, mais l'échelle de production possible relativement élevée.

II.2. Les choix théoriques sous-jacent.

Les propriétés essentielles d’une théorie sont d'une nature particulière: elles sont, à la fois, celles que possèdent les processus étudiés (et qu'une théorie doit respecter) et celles aux quelles la théorie doit elle-même adapter sa méthode. Elles sont au nombre de quatre : une analyse en compréhension de manière à assurer, autant que faire se peut, un réalisme des hypothèses théoriques; un principe de non détermination a priori des actions; une endogénéisation des objets, conventions et institutions au sein du développement des mondes réels; une analyse diachronique fondée sur l'historicité de ces mondes.

II.2.1. L’analyse en compréhension.

Habituellement, la formulation d'hypothèses en économie choisit entre deux démarches opposées: 1) la déduction dans laquelle un modèle est posé a priori, développé dans ses conséquences logiques et, dans le meilleur des cas, testé empiriquement grâce à des données disponibles; 2) l'induction par laquelle, à l'issue d'une observation empirique rigoureuse, on pose les hypothèses que l'on juge les plus proches de la réalité ainsi observée. L'analyse en compréhension participe des deux : 1) cherchant à se placer au même niveau que les acteurs et dans la situation d'action particulière à laquelle ils participent, l'analyse est inductive en ce sens qu'elle veut produire une hypothèse qui soit en homologie étroite avec l'action telle que la vivent, la perçoivent et l'interprètent les acteurs (cf les mondes

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possibles) ; 2) cherchant à déduire de ses prémisses des conséquences qui soient empiriquement observables dans des situations diverses, l’analyse est déductive au même titre que celui qui agit se place, pour agir, dans un monde possible, observe ce qui se passe ensuite et ajuste ultérieurement, le cas échéant, son action.

II.2.2. La non-détermination a priori des actions

La non-détermination a priori des actions s'impose théoriquement, car elle s'impose par la force des choses à celui qui agit dans une situation donnée. Elle est à relier à l’incertitude. Celui qui agit peut certes faire appel à une routine qui lui évite de se poser le problème de la détermination de son action. C'est ainsi que l'on agit le plus souvent dans les situations justement qualifiées de « routinières » et le théoricien pourrait se limiter à formaliser cette routine. Mais nombreuses sont les situations où l'incertitude s'empare de l'acteur, par exemple en présence de tensions entre plusieurs analyses de la situation ou mondes possibles, ou face à des incohérences de comportement des autres par rapport à ses propres attentes. Il existe alors pour l'acteur une non-détermination de ses actes (qui peut d'ailleurs se prolonger). Elle n'est levée pour lui que progressivement (et toujours conditionnellement à l'expérience passée) dans une démarche simultanée d'action et de déduction. C'est ce complexe simultané d'ouverture et de fermeture de l'action que nous avons tenté de prendre en compte par la plura- lité, pour l'acteur et pour le théoricien, des mondes possibles.

Nombreux sont les phénomènes économiques contemporains qui appellent ce réalisme et cette non-détermination : la différenciation des produits, la variété des signaux et des incitations asymétriques, l'innovation technologique. Tous ouvrent de multiples trajectoires dépendantes du chemin parcouru : leurs résultats sont au départ imprévisibles (car ils ont créé des mondes réels ou infléchis des trajectoires) et, néanmoins, sont marqués après coup de certaines irréversibilités.

Dans ces conditions, un rôle décisif est ouvert aux acteurs eux-mêmes pour la coordination: mobilisation des ressources, traitement des signaux, réponse aux incitations, choix d'action, de travail ou de demande qui s'appuient sur les objets et institutions économiques pertinents, tout en les transformant. On retrouve différentes problématiques : le risque et

l'incertitude, la rationalité limitée et l'information incomplète, les relations « principal-agent», les

Mais alors que ces théories insistent sur la structure a priori des intérêts

individuels, réalisme et indétermination exigent de placer ces derniers dans des contextes d’« interactions/expériences », en lien avec les personnes dans les situations concrètes dans lesquelles elles agissent. Il en résulte que les intérêts, tout en participant aux choix, en sont aussi les résultats, pris qu'ils sont en retour dans des cercles d'anticipations et de vérifications en devenir permanent. Les intérêts (les préférences) sont donc eux-mêmes fortement endogènes et ouverts à une transformation continue.

coûts de transaction

L'expérience ou, plus exactement, l'apprentissage que les acteurs ont été capables de faire sont donc centraux pour la manière dont ils interprètent les données. Mais là aussi cet apprentissage n'existe pas a priori: il se révèle ou non, au pied du mur en quelque sorte, dans la

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situation concrète et s'appuie sur elle (autrement dits sur les objets, personnes et institutions présents).

II.2.3. Comprendre et reproduire la dynamique interne des processsus

Troisièmement, ce cadre d'analyse doit être capable de comprendre et de reproduire l'endogénéité, propre aux processus de répétition, d'évolution ou de transformation qui touchent, à la fois, à la sphère classiquement considérée comme économique (objets, technologies) et à celle des comportements (actions et coordination) : les choix d'ordre économique sont interdépendants et cumulatifs, pour la même personne ou entre personnes ; ils sont imprévisibles. Les objets ne possèdent ni fixité de long terme, ni caractéristiques intrinsèques. Il existe une dépendance de fait entre les trajectoires et le chemin déjà parcouru. Mais elle n'est ni absolue ni définitive. Car cette dépendance est affaire de degrés, relatifs à la routinisation ou au questionnement des conventions, à la fixité des objets, à la rigidité des institutions.

II.2.4. Comprendre l’enchaînement et les interactions du développement.

Ce cadre d'analyse doit, quatrièmement, comprendre la nature de la diachronie qui saisit une trajectoire de développement économique dans un contexte d'action économique et de coordination entre les acteurs. L'analyse économique prend habituellement l'histoire du développement économique en le considérant comme le résultat des séquences antérieures d'accumulation: le « capital physique et humain» et les structures formelles d'organisation de la production et des marchés ; c'est cette accumulation qui déterminerait à chaque instant les capacités de l'économie considérée et ses éventuelles inflexions. Or, la chose est plus complexe. Il est clair, en effet, que les conventions et les institutions ont des effets significatifs sur les performances économiques. Elles modèlent les comportements des acteurs et ceux-ci agissent selon leurs propres capacités de coordinations.

On pourrait dire qu'il existe, dans un monde réel et à un moment donné, des coûts d'accessibilité à d'autres mondes possibles. Quand les acteurs anticipent que ces coûts sont très élevés (ou qu'ils les croient tels), il se créerait à moyen terme des processus d'autosélection négative s'enfermant dans le monde existant. L'éventail des processus d'auto-sélection de la trajectoire de développement serait élargi, en négatif (la sclérose), mais aussi en positif (l'innovation).

II.3. Les catégories de l'action économique

Trois catégories de l'action selon un monde possible émergent alors.

1) L'activité interprétative est le fondement de l'action propre d'une personne en interactions qui lui permet de « construire » son monde possible. L'interaction, cellules élémentaire de la coordination entre les personnes, est fondamentale puisque tout produit, pour être porté à réalité, implique deux personnes au moins, un producteur et un demandeur; d'elle

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naissent les conventions qui conduisent tant à la production et à l'échange qu'à l'établissement des règles et routines selon lesquelles ceux-ci se font.

2) A l'insistance classique en économie sur le « choix » et à celle de l'analyses institutionnelle sur l'« intérêt », nous substituons l'activité interprétatives et nous substituons sa contrepartie, l'action raisonnable. L'analyse empirique s’intéresse à la compréhension des configurations de sens, à la détermination de leurs fondements et importance dans les situations d'action, autrement dit à ce qui définit, dans des situations données, pour les acteurs, le « peuplement» pertinent (en individus et objets diversement identifiés) des différents mondes possibles et lui donne sens.

3) La troisième catégorie est l'activité de travail et d'échange dans sa réalité immédiate, telle qu'elle se définit en rapport avec des normes de qualité et de performance liées au produit. L’activité de travail et d'échange, faite dans ce même contexte, réalise le produit:

elle est fondée sur le respect de normes des qualité et de performances, autrement dit définie par rapport à l'attentes de l'épreuve de réalité que doit réussir le produit face aux demandes. On y trouve, notamment, les normes économiques couramment utilisées dans les économies décentralisées. Ces normes sont (mais non exclusivement) fondées sur des indicateurs de compétitivité des firmes, des secteurs, des économies régionales et nationales. Il en existe une grande variété: les tolérances de prix et les standards sur les marchés des produits ; les indicateurs (taux de profit, taux de croissance, parts de marché) selon le secteur ou le pays utilisés par les marchés financiers.

II.4. Le travail et ses conventions 10

L'activité de travail revêt pour les personnes qui la déploient en situation de production un caractère d'incertitudes de même nature que celle concernant les produits auxquels elle aboutit. Chaque travailleur fait face à une incertitude quant à l'interprétation des actes des autres qui lui permette d'agir d'une façon appropriée au cours de l'action collective. Le but est la fabrication d'un produit susceptible de trouver acquéreur et qui soit donc, dans sa valeur d'usage et dans sa valeur d'échange, conforme à ce qu'attendent les demandeurs. En ce sens, le travail ne peut être séparé des épreuves de réalisation de ses produits, c’est à dire de leur vente sur un marché.

Or, le déploiement des capacités nécessaires pour faire face à ces incertitudes est rien moins qu'évident. Cinq éléments sont identifiables:

(1) la capacité à former des jugements corrects sur le cours futur des événements (un facteur important de cette capacité étant la faculté de prévoir la conduite des autres) ; (2) la capacité à juger des moyens, à discerner et planifier les étapes et les ajustements nécessaires pour aller au-devant de la situation anticipée;

10 repris de Salais et Storper ouvrage cité, pages 75 et suivantes

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(3) la capacité à exécuter les plans et ajustements que l'on croit requis par la situation et que l’on estime souhaitables; (4) le degré de confiance que les individus ont envers leur propre jugement et leurs capacités d'exécution; (5) l'attitude envers la situation que choisit l'individu, une fois pris en compte son jugement et le degré de confiance qu'il lui porte.

Certaines personnes veulent être absolument « sûres» avant d'agir « et ne prendront que rarement un risque », alors que d'autres préfèrent agir selon des hypothèses originales, même si elles demeurent incertaines, y compris à leurs propres yeux. Tous ces éléments sont d'autant plus incontournables que c'est l'opinion que les personnes ont de leurs « vraies» capacités qui contrôle leur action.

Les compétences nécessaires à dégager les repères pertinents pour une action de travail efficace selon les différents mondes possibles et leur combinaison précise varie selon ces derniers. Cette qualification précise, liée aux types de produit, résulte, pour chaque monde possible, des conventions du travail. Celles-ci permettent aux personnes engagées dans une situation de production de faire des anticipations correctes et coordonnées sur les actions parallèles ou futures des autres personnes avec qui elles travaillent. Les conventions, c’est à dire les conditions et les modalités de la coordination des actions, forment aussi la base à partir de laquelle l'information peut être produite et circuler entre les personnes qui travaillent.

La notion d'incertitude n'est pas circonscrite à celle qui porte sur les états futurs du monde, mais s'élargit à celle qui s'attache pour les autres (pour ceux qui travaillent avec lui comme pour ceux qui ont besoin du produit de son travail) à la qualité de la prestation de travail d'un travailleur et à son effort. Cette incertitude est dite « sur la qualité ».

Tout individu comporte, jusque dans le domaine du travail, une zone d'imprévisibilité et d'autonomie personnelle par laquelle il crée sa singularité. Cette zone

d'autonomie invalide toute stratégie d'instrumentalisation radicale du travailleur 11 .

Dans un contexte de relations aux autres dont on ne peut faire abstraction, l'incertitude tenant à la personne doit être comprise comme une incertitude communicationnelle. Cependant, cette désignation est elle-même ambiguë, car elle pourrait laisser penser que l'incertitude se résume à un problème de circulation de l'information, à une imperfection. Or une information ne peut circuler que si elle a été au préalable élaborée dans un langage commun et que si, par conséquent, elle peut s'ajuster de part et d'autre dans un dispositif qui lui soit congruent (par exemple, la présence de codes identiques).

11 L’approche néo-classique, qui consiste à réduire celui qui travaille à un instrument prévisible car manipulé de l'extérieur par des stimulis rationnels, n’est donc pas recevable.

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Chapitre III: Financement, investissement, et performances des entreprises

Nous abordons maintenant l’économie d’entreprise à partir de travaux conduits sur le base des documents comptables ( liasse fiscale) établis par les entreprises. Ils permettent, d’une part, de manipuler les ratios et autres indicateurs évoqués précédemment, d’autre part, de revenir sur les problèmes de l’évaluation.

Au-delà de l’identification de comportements économiques et financiers particuliers, il importe d’identifier les vecteurs par lesquels les conditions de financement modèlent les structures de production.

Ces vecteurs sont de quatre ordres, liés de manière systémique, qui renvoient à l’organisation des entreprises au sens des mondes de production:

- 1) les choix de marché, à savoir l’identification d’un besoin solvable susceptible

d’être satisfait dans des conditions rentables, c’est-à-dire en fonction du mode et des conditions

de financement obtenues ( ce qui concerne autant les prêteurs bancaires que les conditions de crédit obtenues / imposées des / par les partenaires commerciaux, clients et fournisseurs); ces choix posent des questions de sociétés sur la finalité de l’action économique au travers de la notion de « solvabilité », et donc des besoins que l’on satisfera ou pas, et de la nécessité de dégager un excédent afin de satisfaire les besoins futurs tout en faisant face aux engagements passés.

- 2) les choix d’investissements, autrement dit la définition d’une combinaison

productive intégrant à la fois de la technologie et du marché, qui soient intelligibles aux tiers,

dont les prêteurs, c’est à dire leur permettent une évaluation de leur décision d’engagement d’une relation commerciale ou de financement ;

- 3) les choix en matière d’emploi qui déterminent les conditions de maîtrise des

délais de retour sur investissement et, plus largement, de la mise en oeuvre de l’organisation (combinaison productive) et qui sont une “assurance” quant à la maîtrise de la cohérence des décisions évoquées ci-avant. Ces choix « bouclent » sur le premier vecteur dans la mesure où ils déterminent la capacité effective à dégager des richesses ( efficacité économique) et la solvabilité de la demande via les revenus ainsi distribués.

- 4) le risque de réalisation, c’est à dire la vente et le paiement effectif du produit, nécessite l’identification des contraintes spécifiques à chacun de ces choix et la maîtrise de la cohérence d’ensemble. En effet, si du point de vue, par exemple du prêteur, la nécessité pour lui d’améliorer la gestion du risque du crédit est une condition sine qua non au bon fonctionnement du système financier, elle peut entraîner un effet pervers de réduction de l’offre de crédit et des facilités accordées et donc de rationnement/sélectivité du crédit accru si, dans le même temps, elle ne s’accompagne pas de l’amélioration de la gestion du risque de réalisation, c’est à dire du risque d’entreprise, de la part de l’entreprise elle-même. Cette amélioration passe forcément par

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la production d’une information, en particulier prévisionnelle, d’une plus grande rigueur, destinée à crédibiliser les choix réels. En effet, la production d’informations par le réel à destination du financier est une nécessité à la fois pour rapprocher les horizons respectifs mais aussi pour favoriser l’investissement productif et justifier, voire réduire, d’éventuels écarts de rendement par rapport aux marchés financiers. En outre, c’est une nécessité pour réduire l’incertitude temporelle et l’incertitude sur les comportements des autres acteurs.

La question est alors celle des moyens pour réduire cette incertitude, c’est à dire transformer celle-ci en une situation analysable. Pour ce faire, on abordera cette question par une présentation des principaux profils économiques identifiables. Ceci nous conduira à nous intéresser aux différences entre PME et grandes entreprises avant d’en venir à une présentation des comportements de croissance qui seront illustrés sur les années 1981 – 2001 .

III.1. Une mise en perspective dynamique 12

La diversité des situations évoquées est illustrée dans un premier temps par une typologie du tissu industriel qui a été réalisée afin de mettre en évidence les comportements d’entreprise dominants de la décennie 80. Celle-ci se caractérise, en effet, par quatre périodes particulières.

La première correspond à l'année 1981 avec la chute de la production industrielle et le point bas des taux de marge ; la seconde est celle de la restauration des taux de marge à compter de 1983 ; en 1986, on assiste à un développement des politiques de croissance externe et de la reprise de la production industrielle ; enfin, la fin de cette décennie entérine l'amélioration de la situation financière des entreprises avec, en particulier, un certain allégement de la contrainte de solvabilité et corresp ond à la fin de la phase de croissance antérieure.

Cette transformation du système productif se réalise à travers des itinéraires d'entreprises où surviennent différents événements subis ou choisis ( Bardos M., Paranque B.,

1992a).

III.1.1. Les grands types de profils économiques

À chacune des quatre dates retenues ( 1981, 1983, 1986 et 1989), des profils économiques et financiers d'entreprises similaires sont apparus. Ils révèlent une stabilité du système productif au delà du développement propre des entreprises.

* « Les rentables » : entreprises dont les caractéristiques productives les situent dans la moyenne de l'échantillon mais à forte rentabilité ; en 1981, elles sont toutefois soit très rentables mais peu investisseuses, soit un peu moins rentables car investissant un peu plus.

12 étude présentée lors de la XVI° Journée des Centrales de Bilans, Paris 1991.

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* « Les besoins en fonds de roulements forts », sociétés particulièrement contraintes par le poids du cycle d'exploitation.

* « Les peu capitalistiques », PME rentables, avec un taux d'équipement par salarié

et des besoins en fonds de roulement faibles.

* « Les en difficulté », entreprises dont la contrainte de solvabilité est extrêmement

élevée.

* « Les investisseuses » avec, en 1986, une distinction entre celles orientées vers la croissance externe et celles réalisant des investissements productifs importants.

À chacun de ces profils correspondent des modalités spécifiques de gestion de la contrainte de rentabilité.

On constate que la rentabilité des « rentables » a pour origine une forte productivité apparente du travail et une faible efficacité du capital. Les « en difficulté » subissent une contrainte de solvabilité élevée dont l'origine structurelle est à rechercher dans une intensité capitalistique importante et une efficacité du capital insuffisante. Pour chaque classe, il est ainsi possible d'analyser la formation du profil général. L'étude des trajectoires permet alors de préciser les situations constatées.

III.1.2. Les trajectoires d’entreprises.

Si plus de 60 % des entreprises « rentables » en 1981 et en 1983 le seront encore en, respectivement, 1983 et 1986, il apparaît une rupture sur la deuxième moitié de la décennie 80 coïncidant avec la croissance de l'économie : moins de 20 % des « rentables » de 1986 le seront encore en 1989. Dans leur grande majorité, elles subiront une hausse de leurs besoins en fonds de roulement, conséquence peut-être de la faiblesse de l'investissement antérieur.

Les entreprises à « BFRE forts » restent généralement dans cette situation.

Certaines peuvent se retrouver « investisseuses », soulignant une politique de rationalisation du cycle de production, mais le plus souvent elles sont en « difficulté », surtout celles de 1986 en

1989.

Les « peu capitalistiques » ont autant de chances de le rester que de devenir « rentables », sauf pour celles de 1986 qui peuvent aussi connaître en 1989 une hausse du poids de leurs BFRE.

Les « en difficulté » sortent le plus souvent de l'échantillon ou restent avec ce profil. Certaines toutefois peuvent retrouver leur rentabilité, voire engager une politique d'investissement.

Les « investisseuses » ont un comportement relativement stable mais certaines perdent la maîtrise de leur contrainte de solvabilité ou bénéficient, parfois, des délais de retour sur investissements et deviennent « rentables ».

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L'origine des trajectoires est aussi intéressante dans la mesure où elle met l'accent sur la maîtrise des contraintes. Ainsi, les « rentables » sont rarement d'anciennes investisseuses alors que plus du quart des firmes « en difficulté » en 1986 sont des « rentables » de 1983 et près de 7 % de celles de 1986 en 1989.

Il s’avère ainsi que l’identification de comportements économiques « type » est plus riche qu’une simple opposition quantitative selon la taille. Elle souligne que sont en œuvre des logiques économiques différentes d’une entreprise à l’autre et donc d’une catégorie d’entreprises à l’autre.

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III.2. Des logiques différentes entre PME et grandes entreprises

Les interrogations sur la situation des PME en restent généralement à un constat d'insuffisance de fonds propre, confondant ainsi problème de financement et nature de celui-ci. En outre, elles trouvent leur origine dans une comparaison abusive avec les grandes entreprises, ignorant des traits distinctifs déterminants liés à l'effort d'accumulation et à la nature des contraintes selon la taille des entreprises. Or l'efficacité puis les rentabilités des PME sont supérieures à celles des grandes entreprises même si l'hétérogénéité des situations est plus grande pour les premières. Si ces entreprises sont comptablement plus endettées, l'interprétation qui en sera faite ici diverge de celle faite couramment.

Globalement, face à un environnement difficilement prévisible, et donc générant des

), les firmes

contraintes externes lourdes (débouchés solvables limités, accès au crédit difficile

jouent sur des variables internes. Parmi celles-ci, l'emploi et les salaires sont les moins complexes à manipuler et à gérer (en particulier avec le développement de la désindexation des salaires sur les prix et des négociations de branche), permettant, en outre, de plus ou moins compenser le repli de l'efficacité du capital engagé. Toutefois, ce mode d'accumulation de substitution du capital au travail ne parvient plus à compenser les baisses d'efficacité du premier par des gains de productivité apparente du second. « Ce n'est pas simplement un prolongement de la tendance vers toujours plus de capital, c'est une mise en question des méthodes de travail, des structures de coûts et des avantages dans l'industrie, les services et la

banque qui est à l'oeuvre » 13 .

III.2.1. Les fonds propres en question

Pour consolider ou accroître son autonomie financière, une entreprise peut faire appel à ses actionnaires et/ou dégager un résultat qui sera capitalisé. Ceci implique, pour être réalisable, que la firme ait accès facilement au marché financier (ou que ses principaux actionnaires puissent lever aisément des fonds) et/ou que ses performances économique et financière soient suffisamment élevées. Toutefois, l'intensité de l'autonomie financière d'une entreprise, mesurée par l'importance de ses fonds propres, n'est pas pour autant synonyme de performances économiques supérieures et, par voie de conséquence, n'est pas totalement pertinente pour évaluer la santé de la firme (Paranque B., 1994a).

Si l'appréciation bilantielle de la situation financière des PME peut inciter à croire à une insuffisante capitalisation de leur part, l'analyse de leur comportement économique et financier indique, quant à elle, des rentabilités économiques et financières comparables, voire supérieures à celles des grandes entreprises, comme on le verra plus loin. Autrement dit, le gain potentiel escompté d'une participation au capital d'une PME paraît aussi élevé que celui obtenu dans une entreprise de taille plus importante. Toutefois, la matérialisation, l’obtention de ce gain et l'importance de la capitalisation vont dépendre, d'une part, de l’effort

13 Vivien Levy -Garboua , l'Expansion, 4/17 mars 1993, p. 98.

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d’investissement engagé qui détermine le niveau des amortissements à effectuer et, d'autre part, de la politique de distribution de dividendes suivie.

S'intéresser

à

l'autonomie

financière

d'une

entreprise

relève

aussi

d'un

souci

d'anticiper le mieux possible les difficultés sources de défaillance.

Comptablement, selon l'indicateur retenu, l'appréciation pourra varier et oblige donc à définir l'objet de la mesure.

Économiquement, cette autonomie financière a-t-elle un sens si on ne la relativise pas au regard de la dynamique de l'entreprise, particulièrement son taux d'accumulation, et de ses performances économiques ?

Si difficultés et insuffisance de fonds propres peuvent aller de pair, la relation est loin d'être biunivoque. Les entreprises dans une situation critique peuvent y être pour des raisons qui sont souvent fort éloignées d'une insuffisance de fonds propres en tant que telle. Il peut s'agir, par exemple, d'investissements mal ciblés ou dont les délais de retour sont trop longs (ou plus longs que prévu), ce qui entraîne un alourdissement du taux d'endettement (pour financer le retard) et une incapacité à assurer la charge de la dette (par insuffisance de richesses créées). La perte d'un ou plusieurs marchés peut aussi provoquer de graves difficultés.

Les fonds propres ont donc pour fonction cardinale de garantir la solvabilité de l'entreprise en ce sens qu’ils peuvent constituer, pour une firme et pour les agents économiques qui y sont engagés, une « réserve » de sécurité permettant de faire face aux accidents d'origine interne ou externe. Par exemple, en période de ralentissement conjoncturel, les entreprises peu endettées sont avantagées par rapport à celles qui ont privilégié l'emprunt au détriment des fonds propres. Les premières peuvent étaler dans le temps la rémunération de leurs apporteurs en capitaux externes alors que les secondes doivent faire face à des échéances obligatoires ( en revanche en cas de reprise, les premières peuvent être handicapées par une insuffisante compétitivité ou par des capacités de production limitée liées à des investissements réduits sur la période antérieurs).

Autrement dit, les fonds propres se caractérisent par une triple qualité (Manceau

B., 1992) :

! il s'agit de capitaux à exigibilité nulle,

! ils ne peuvent prétendre à une rémunération fixe,

! ils ont pour fonction ultime de couvrir le risque.

Si la détention par une entreprise d'un minimum de fonds propres apparaît donc vitale, il est, par contre, difficile de définir dans l'absolu un partage optimal entre fonds propres

et endettement 14 . En fait, chaque entreprise, en fonction de sa situation économique et

14 A ce sujet voir Modigliani et Miller ( 1958 et après).

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commerciale, cherchera à optimiser le recours au financement externe selon le coût de celui-ci mais aussi en fonction du degré d'autonomie qu'elle veut / peut sauvegarder et de ses projets de développement.

À toute stratégie industrielle, qu'elle soit de croissance interne ou de croissance externe, correspond donc une stratégie financière. Celle-ci traduit le mode de financement choisi, c'est-à-dire le choix entre autofinancement, recours à l'endettement ou appel aux actionnaires. La multitude des arbitrages possibles entre ces différentes sources de financement induit des comportements qui varient d'une firme à l'autre.

Dans ce contexte, les fonds propres des entreprises sont étroitement liés à la rentabilité financière de l’entreprise puisque les bénéfices dégagés peuvent être capitalisés pour, le cas échéant, permettre l’autofinancement des investissements futurs, et/ou distribués.

III.2.2. Une mise en perspective européenne

Il a été mis en évidence par Gilbert Cette et Daniel Szpiro (1991) que les entreprises françaises occupent une place intermédiaire, par rapport à leurs concurrentes européennes, en ce qui concerne leur dimensionnement. Ce dernier a été mesuré en comparant les performances des firmes en fonction de leur taille, de leur secteur d'activité et de leur nationalité. Cette position moyenne sur l'efficacité des structures de production se retrouve dans une certaine mesure quand on étudie les prélèvements fiscaux et sociaux supportés par l'industrie manufacturière.

Une étude réalisée par la Communauté Économique Européenne en 1992 a montré

que:

- « les PME appartenant à des groupes ont bénéficié de la désintermédiation par le

tandis que les PME indépendantes sont restées très liées au

système bancaire », - les structures financières des grandes entreprises se sont rapprochées de celles

canal de leur société-mère (

)

des PME

Il apparaît alors que les différences portent surtout sur l'importance du rôle du système bancaire et sur l'intensité de l'activité financière.

III.2.2.1. Une amélioration de l’indépendance financière d’intensité inégale selon le pays et la taille de l’entreprise

Une analyse globale, macro-économique en quelque sorte, de l’évolution du rapport « fonds propres / ressources financières » montre que la situation financière des entreprises s’est globalement améliorée en Europe au cours de la période analysée. Le ratio a, en effet, progressé dans tous les pays étudiés à l’exception de l’Italie.

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L’intensité de l’amélioration a cependant été différente selon les nations. La hausse a été forte en Espagne et surtout en France où le ratio « fonds propres / ressources financières » a gagné trente points de 42 % à 72 % entre 1986 et 1996. Cependant, alors que pour les entreprises françaises le redressement a été continu quelle que soit la phase conjoncturelle, pour les firmes espagnoles l’évolution a été reliée au cycle économique. En effet, si une hausse du ratio a été observée jusqu’à la fin des années 1980, un fléchissement s’est produit de 1989 à 1994 en liaison avec le ralentissement de l’activité économique. Une nouvelle progression s’est manifestée en 1995 et 1996 suite à l’amélioration de la conjoncture mais aussi en raison des effets de la réévaluation légale des bilans opérée dans cette période.

moyenne pondérée

%

fonds propres / ressources financières

70,0

63,0

56,0

49,0

42,0

35,0

28,0

21,0

14,0

7,0

0,0

 

 

 

 

 

 

 

 

1985

1986

1987

1988

1989

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

 
  Austria France Germany Italy Spain

Austria

  Austria France Germany Italy Spain

France

  Austria France Germany Italy Spain

Germany

Italy

  Austria France Germany Italy Spain

Spain

Bien que réelle, l’amélioration de la situation financière a été nettement moins sensible que dans les pays précités en Autriche et en Allemagne où, entre la fin et le début de période, un gain limité à 6 points a été constaté sur le ratio « fonds propres / ressources financières ». Ces évolutions n’ont pas été sans conséquence sur la hiérarchie entre les pays : en début de période, ce sont les entreprises allemandes qui, sur le ratio moyen, apparaissent les mieux capitalisées ; en fin de période, trois pays sont dans la position la plus favorable :

l’Allemagne d’une part, la France et l’Espagne, d’autre part.

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Graphique 1 Fonds propres Europe

médiane

fonds propres / ressources financières

%

70,0

63,0

56,0

49,0

42,0

35,0

28,0

21,0

14,0

7,0

0,0

 

 

   

   

 

 

 

 

 

 

 

1985

1986

1987

1988

1989

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

 
  Austria France Germany Italy Spain

Austria

  Austria France Germany Italy Spain

France

  Austria France Germany Italy Spain

Germany

Italy

  Austria France Germany Italy Spain

Spain

En fait, au niveau des situations individuelles, seules les entreprise de deux pays connaissent une hausse vraiment significative : l’Espagne et surtout la France. Pour les autres pays, on constate soit une hausse de faible ampleur comme en Autriche, soit une quasi-stabilité comme en Allemagne, ou encore une baisse comme en Italie.

Aussi, les modifications de la hiérarchie entre pays apparaissent moins importantes au niveau des entreprises que celles observées à partir des données globalisées. En début comme en fin de période, ce sont les entreprises allemandes qui apparaissent les moins capitalisées, les entreprises espagnoles les plus capitalisées. La seule exception concerne la France dont les entreprises apparaissent en situation intermédiaire en tout début de période et en position favorable en fin de période, proche de celle de leurs homologues espagnoles.

III.2.2.2. Un renforcement de l’effet taille au sein de chaque pays

Le fait que les améliorations aient été plus fortes sur le plan macro-économique que sur le plan des situations individuelles, confirme une évolution plus favorable de la situation financière dans les grandes et très grandes entreprises que dans les PME. En France et en Espagne, par exemple, si une hausse du rapport fonds propres sur ressources financières a été observée quelle que soit la taille de l’entreprise, la hausse a été particulièrement forte pour les sociétés réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros. En Autriche et en Allemagne, si l’autonomie financière des grandes et très grandes entreprises s’est renforcée, celle des PME s’est simplement maintenue ou s’est légèrement dégradée.

En France, cette hiérarchie entre entreprises est un résultat relativement récent.

Au début des années 80 (c’est d’ailleurs encore le cas en 1986), la structure financière des PME était plus solide que celle des grandes entreprises. Par la suite, en liaison avec la

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diminution de l’inflation, l’amélioration des profits, les exigences accrues de solvabilité en lien avec le développement des marchés financiers, les grandes entreprises ont, de façon spectaculaire, amélioré leurs structures financières.

En Espagne, une évolution assez similaire a été constatée. Bien qu’irrégulière, la hausse du ratio « fonds propres / ressources financières » a été forte dans les grandes et très grandes entreprises. Aussi, en fin de période, ces dernières disposent d’une autonomie financière nettement plus forte que leurs homologues de plus petite taille. Cet avantage peut être, il est vrai, dû partiellement au fait que les firmes de grande taille ont plus largement utilisé que les petites des dispositions de la loi de 1996 sur la réévaluation des bilans.

En Allemagne, s’opère une véritable polarisation entre les PME et les grandes entreprises : le rapport « fonds propres / ressources financières » des très grandes entreprises (si l’on observe la médiane) vaut trois fois celui des plus petites. Les PME allemandes paraissent de plus en plus sous capitalisées tandis que les grandes entreprises disposent d’une très forte autonomie financière.

III.2.2.3. Une tendance vers une homogénéisation de la situation financière des grandes entreprises

Dans la population des grandes et très grandes entreprises, on observe, si on excepte l’Italie, que le redressement de la situation financière a été particulièrement fort dans les pays, comme la France, où cette situation était en 1986 la plus fragile. Dans ces conditions, en fin de période la dotation en fonds propres des entreprises les plus importantes marque relativement peu de différence d’un pays à l’autre, le rapport fonds propres sur ressources financières s’élevant, par exemple en ratio moyen, pour les entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros, à 76 % en Allemagne, à 75 % en Espagne et en France, à 64 % en Autriche. Se retrouve ici le constat selon lequel l’influence des marchés aboutit à une certaine harmonisation des structures de financement dans chaque pays.

Le cas des grandes et très grandes entreprises italiennes pour lequel le ratio précité ne s’élevait en 1986 qu’à 53 % (52 % en début de période) est atypique et difficile à expliquer. Il peut trouver son origine tout à la fois dans un développement relativement plus important des actifs, un autofinancement plus faible, une insuffisante modernisation des marchés financiers.

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Graphique 2 Fonds propres taille Europe

Ratio Moyen

% Fonds propres / Ressources financières 80 72 64 56 48 40 32 24 16
% Fonds propres / Ressources financières
80
72
64
56
48
40
32
24
16
8
0
Allemagne
Allemagne
Autriche
Autriche
Espagne
Espagne
France
France
Italie
Italie
1987
1995
1987
1996
1987
1996
1987
1996
1987
1996
<
5m Euros
5m - 20m Euros
20m - 50m Euros
50m - 100m Euros
>
100m Euros

Médiane

% Fonds propres / Ressources financières 90 81 72 63 54 45 36 27 18
% Fonds propres / Ressources financières
90
81
72
63
54
45
36
27
18
9
0
Allemagne
Allemagne
Autriche
Autriche
Espagne
Espagne
France
France
Italie
Italie
1987
1995
1987
1996
1987
1996
1987
1996
1987
1996
<
5m Euros
5m - 20m Euros
20m - 50m Euros
50m - 100m Euros
>
100m Euros

L’influence des marchés financiers semble par ailleurs s’être manifestée sur la structure des actifs des grandes sociétés industrielles.

En effet, dans tous les pays pour les grandes et très grandes sociétés, on observe :

- une forte augmentation de la part des immobilisations financières dans le total du bilan. Ainsi en moyenne pondérée le rapport immobilisations financières / total du bilan est passé, au cours de la période, pour les firmes de plus de 100 millions d’euros de chiffres d’affaires, de 14 % à 25 % en Allemagne, de 9 % à 17 % en France, de 3 % à 14 % en Autriche. La hausse, qui s’est également manifestée en Italie et en Espagne, même si le phénomène a une ampleur moindre, est la conséquence évidente des opérations de croissance externe

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effectuées par quelques très grandes firmes. Ces opérations répondent à plusieurs motifs. Elles constituent en partie une alternative à l’investissement physique. La concurrence, les limites d’une croissance purement quantitative, le besoin d’obtenir dans de courts délais des parts de marché significatives et la nécessité d’un retour sur investissement rapide semblent, en effet, avoir encouragé les grandes entreprises à acquérir des capacités de production existantes plutôt qu’à étendre leurs propres capacités.

- une augmentation importante, liée à la première, de prêts aux groupes et associés qui représentent, par exemple, en fin de période, en Allemagne sur la moyenne pondérée 17 % du total du bilan en fin de période (8 % en début) pour les très grandes entreprises.

- une baisse sensible des stocks qui représentent en fin de période dans la quasi-totalité des pays moins de 20 % du total du bilan en moyenne pondérée. Cet allègement est lié aux nouvelles approches d’organisation de la production, en particulier le juste à temps. Des recherches montrent d’ailleurs que les stocks (étant donné la rapidité et la faiblesse des coûts d’ajustements de leur gestion) constituent une des variables clefs de la capacité d’adaptation des entreprises aux cycles conjoncturels (Demingüç-Kunt A./ Maksimovic V., 1996). Ils constituent, en tout état de cause, un levier sur lequel elles peuvent agir pour réduire les besoins de financement.

- Une diminution d’une intensité variable selon les pays, des créances clients, mouvement qui est le reflet de la position de force que possèdent les firmes importantes sur leur clientèle.

La baisse simultanée des stocks et des créances clients a eu pour conséquence une diminution quasi générale des besoins en fonds de roulement dont le poids apparaît en fin de période peu différent d’un pays à l’autre. Ainsi, pour les firmes réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros la médiane du ratio « besoins en fonds de roulement / chiffre d’affaires » varie entre 10 % (France) et 14 % (Autriche).

La contraction des besoins en fonds de roulement n’est pas évidemment étrangère à la politique de désendettement voulue par les grandes et très grandes entreprises. Quelle que soit son ampleur (très forte en France et en Espagne, d’une ampleur relativement limitée en Allemagne et en Italie), ce désendettement a porté en priorité sur les concours bancaires. De ce fait, en fin de période ce type de concours apparaît marginal non seulement en Allemagne –où il est structurellement faible, mais également en France et en Espagne-. Il continue à avoir une certaine importance pour les autres catégories d’entreprises (entre 15 % et 20 % du total du bilan en Autriche et en Allemagne).

En fait, en fin de période la seule différence vraiment significative entre pays concernant les grandes et très grandes entreprises, réside dans le rôle joué par les provisions pour risques et charges en Allemagne, en Autriche et en Italie.

L’importance des provisions en Allemagne et en Autriche s’explique par l’existence dans ces deux pays de régimes d’assurances complémentaires par capitalisation gérés directement par

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l’employeur. Dans ce régime, l’entreprise joue le rôle d’assureur retraite auprès de son personnel et s’engage par contrat à verser au bénéficiaire une prestation de retraite. Pendant la durée de ce contrat, l’employeur doit constituer des provisions (depuis la quatrième directive, c’est obligatoire alors que c’était optionnel avant) qui lui permettront d’honorer sa dette au départ du salarié. Les provisions ainsi constituées, qui sous certaines conditions sont déductibles fiscalement, doivent figurer au bilan sous une valeur déterminée selon les principes actuariels.

On a observé toutefois en Allemagne depuis le début des années 90, une hésitation des firmes à s’engager dans de nouveaux contrats de pension.

En Italie, une part importante de ce type de ressources est constituée de provisions pour indemnités de licenciement (Trattamento Fine Rapporto – TFR) ; annuellement les entreprises mettent de coté un certain pourcentage de la masse salariale. La part accumulée par chaque employé lui est versée au moment où il quitte l’entreprise.

III.2.2.4. Une accentuation des différences inter pays dans la population des PME

Si les structures de financement se sont rapprochées d’un pays à l’autre chez les grandes et surtout les très grandes entreprises, la hiérarchie entre pays s’est, par contre, accentuée dans la population des PME. En effet, ce sont souvent dans les pays comme la France où la situation des PME apparaissait en début de période la meilleure, que le ratio « Fonds propres / ressources financières » a progressé. A l’opposé, ce sont dans les nations où la capitalisation des PME était la plus faible comme l’Allemagne que ce ratio s’est stabilisé ou a même légèrement diminué.

De ce fait, en fin de période s’opposent clairement deux catégories de pays :

- d’une part la France et l’Espagne où les PME sont assez largement dotées en fonds propres (en ratio moyen le rapport « Fonds propres / ressources financières pour les firmes réalisant un chiffre d’affaires compris entre 5 et 10 millions d’euros s’élève à 64 % pour le premier pays cité, à 65 % pour le second) ;

- d’autre part l’Allemagne et l’Italie où cette dotation apparaît particulièrement faible (valeur respective du ratio « Fonds propres / ressources financières » par les firmes entre 50 et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires 36 % et 39 %.

La même opposition apparaît sur l’endettement financier qui a diminué en France et en Espagne dans la population des PME (moins nettement toutefois que dans les grandes entreprises) et apparaît en fin de période relativement faible par rapport aux autres ressources engagées. L’endettement, déjà élevé en début de période, a eu par contre tendance à se stabiliser voire à légèrement progresser en Autriche, en Allemagne et en Italie. Ainsi, par exemple, sur les années 1995-1996, le ratio endettement financier sur ressources financières s’élevait en médiane

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pour les firmes réalisant moins de 5 millions de chiffre d’affaires à 17 % en France, 22 % en Espagne, 34 % en Italie, 38 % en Autriche et 42 % en Allemagne.

L’accentuation des différences entre pays quant aux modalités de financement des PME ne semble pas liée à l’évolution ou à la structure des actifs (c’est-à-dire des besoins). En premier lieu, tout le long de la période, la rotation des actifs est demeurée rapide en France et surtout en Allemagne, lente en Autriche et encore plus en Italie. Par ailleurs, en structure, on observe en début comme en fin de période :

- une part plus élevée des actifs immobilisés dans le total du bilan en Autriche et en Espagne qu’en Allemagne et surtout en France,

- un poids relativement plus lourd de stocks en Allemagne que dans les autres pays ; ce désavantage est dû, en partie, à la répartition sectorielle des entreprises contenues dans la base de données et aux réglementations comptables existant dans chaque pays. Il s’explique également par le montant relativement faible des actifs des sociétés allemandes. Ainsi ces dernières, sur le ratio « stocks / chiffre d’affaires » qui mesure la vitesse de rotation des stocks, présentent des chiffres proches de ceux de leurs homologues des autres pays,

- une importance nettement plus forte des créances clients en Italie, en France et en Espagne qu’en Autriche et en Allemagne, cette situation étant liée bien sûr au phénomène du crédit

inter-entreprises nettement plus développé dans les trois premiers pays cités 15 .

Le maintien au sein de la population des PME des spécificités nationales à l’actif et l’accentuation au contraire des différences entres pays concernant le passif ne doivent évidemment pas conduire à la conclusion de l’absence d’influence des emplois sur les ressources mobilisées par les entreprises.

Tout d’abord, l’analyse de l’actif précédemment effectuée permet d’ores et déjà de mieux comprendre certaines différences dans les structures de financement d’un pays à l’autre. Ainsi, il est indéniable que le fort recours des PME italiennes et autrichiennes à l’endettement s’explique au moins partiellement par la lourdeur des actifs à financer, lourdeur reflétée par le niveau élevé du ratio « Actif / chiffre d’affaires ». De même, l’importance des dettes à court terme chez les firmes italiennes de petite taille est à relier à la lourdeur des besoins en fonds de roulement qu’elles sont contraintes de supporter.

Par ailleurs, il convient de considérer que les décisions de financement sont souvent déterminées par des besoins qu’il n’est pas possible d’appréhender à partir de données

15 Il est à noter que pour être correctement bien évalué, le phénomène du crédit inter-entreprises ne doit pas être étudié uniquement à partir des créances commerciales. Les dettes commerciales doivent également être prises en compte. L’examen de la différence entre le montant des dettes et des créances commerciales est indispensable. Dans tous les pay s participant à l’étude, cette différence est positive en moy enne pondérée et en médiane, ce qui indique que globalement et pour la majorité des firmes industrielles le crédit inter-entreprises se traduit par des charges de financement. Ces charges de financement sont les plus importantes dans les pay s où les délais de paiement sont les plus longs, mais les écarts sont sensiblement moins importants que ceux observés sur les créances et les dettes commerciales.

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bilantielles mais nécessitent pour être évalués la disposition d’informations qualitatives (distinction, par exemple, entre actif dédié et actif correspondant à des ressources spécialisées pour reprendre la terminologie de Dosi, Teece, Winter, 1990).

Il est toutefois indéniable que les caractéristiques de l’actif ne peuvent, à elles toutes seules, expliquer celles du passif. Parallèlement, d’autres facteurs doivent incontestablement être pris en compte qui permettraient de comprendre pourquoi, par exemple, les PME allemandes recourent plus fortement aux concours bancaires que leurs homologues françaises et pour quelles raisons les PME espagnoles et françaises ont des dotations en fonds propres assez

proches alors que leur structure d’actif diffère assez fortement 16 .

III.2.3. Le constat

: des PME plus efficaces, plus rentables mais plus

endettées que les grandes entreprises.

Les résultats des comparaisons internationales montre des différences liées tant aux systèmes productifs nationaux qu’à l’organisation institutionnelle de chaque pays Il s’agit alors d’identifier des indicateurs clés, significatifs de différences structurelles dans les contraintes qui s’imposent aux entreprises et / ou résultent de leur choix de gestion. Pour ce faire nous nous appuierons sur le cas français en étudiant successivement la diversité des combinaisons productives puis celles des résultats des décisions de financement.

III.2.3.1. La combinaison productive

1. Le constat. L'intensité capitalistique ( capital engagé / frais de personnel) est

supérieure dans les grandes entreprises à ce qu’elle est dans les PME. L’efficacité du capital ( valeur ajoutée / capital engagé) y est moindre mais la productivité apparente de la main-d'œuvre ( valeur ajoutée / effectif) est plus élevés. De ce fait, si le coût apparent unitaire de la main- d'oeuvre ( frais de personnel / effectif) est plus faible chez les PME, le rendement apparent moindre de celle-ci a pour conséquence une part des frais de personnel dans la valeur ajoutée plus forte que dans les grandes entreprises (et donc un taux de marge moindre). Ainsi, même si l'efficacité du capital engagé recule, celle-ci est généralement plus que compensée par une restauration du partage de la valeur ajoutée favorable aux profits (O.F.C.E, 1993),

particulièrement dans les entreprises de plus de 500 salariés 17 . Ce constat renvoie à des

16 Parmi ces facteurs, les facteurs institutionnels paraissent jouer un rôle très important ( Delbreil et alii, 2000).

17 La mesure de l'efficacité du capital est délicate. Dans un article paru dans "Economie Appliquée" (tome XLVI, 1993, n°1). G. CETTE

compare différentes méthodes pour montrer que "l'efficacité du capital n'a pas connu de dégradations structurelles susceptible d'altérer la

rentabilité des entreprises

concerne la durée de vie des équipements, le degré d'utilisation de ceux-ci et leur amortissement. Cela aboutit à mesurer l'efficacité du capital effectivement utilisé, correspondant à ses caractéristiques techniques (durée de vie, utilisation, etc.), qui peut fortement différer de celle du capital engagé en tant que tel. Or, d'une part, c'est sur ce capital engagé que porte l'exigence de rentabilité, d'autre part les conditions de sa mise en oeuvre ne font qu'exprimer les réponses aux contraintes de valorisations auxquelles il est soumis, réponses qui concernent en particulier l'organisation du travail. Il est par conséquent dommageable d'ignorer l'influence déterminante de la hausse des marges sur la restauration de la rentabilité qui démontre à contrario l'existence d'une efficacité du capital insuffisante, com pte tenu du développement des marchés financiers et de la pression court-termiste que ces marchés exercent sur l'activité réelle, Voir aussi J.

".

Nous ne partageons pas entièrement son avis. En effet les corrections qu'il apporte à la mesure de l'efficacité

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modalités spécifiques d'organisation de la production (automatisation, flux tendu, etc

dernières ainsi qu'à une structure de l'emploi différente de celle des PME 18 .

Graphique 3 Efficacité du capital

) chez ces

Efficacité du capital ( Valeur ajoutée globale / Capital engagé ) % 90 80 70
Efficacité du capital
( Valeur ajoutée globale / Capital engagé )
%
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
Source :Banque de France - 02/2003
ajoutée globale / Capital engagé ) % 90 80 70 60 50 40 30 20 10
ajoutée globale / Capital engagé ) % 90 80 70 60 50 40 30 20 10

PMI

GE

ajoutée globale / Capital engagé ) % 90 80 70 60 50 40 30 20 10

2. Une interrogation sur l’effet taille. Il apparaît donc des différences qui ont sans

doute des causes spécifiques selon la taille des entreprises. Les PME sont certainement plus contraintes par l'évolution de leurs débouchés et par les exigences de rentabilité des prêteurs alors que les grandes entreprises sont plus contraintes par leur mode de financement sur les marchés financiers qui pousse à une rationnalisation de leur capacité de production au delà de ce qui est compatible avec l’amélioration de l’efficacité du capital. Dans ce dernier cas, les contraintes à gérer conduisent à des organisations du travail et une gestion de la main-d'oeuvre axées sur la recherche quasi-exclusive de productivité apparente du travail ignorant ou refusant de reconnaître la sous-efficacité d'ensemble que cela peut provoquer.

3. L’identification de logiques propres. Il ne s’agit pas que d’un problème

d’investissement qui se ferait contre l’emploi,. En effet, l’effort d'accroissement du potentiel productif, mesuré par le taux d'accumulation, a été plus élevé chez les PME que chez les grandes entreprises et y a été moins défavorable aux salariés (part des salaires dans la valeur ajoutée). Il s’agit aussi d’un problème d’efficacité au sens que lui donne Paul Boccara ( voir polycopié) car sil a substitution capital/travail a été moins forte dans les PME, ce qui, toutes choses égales par ailleurs, est cohérent avec la moindre intensité capitalistique qui y est relevée, pour autant l’efficacité décline aussi sur la période. Par conséquent, si le taux d'investissement est supérieur dans les entreprises de plus de 500 salariés à celui des PME, les conclusions qu'on

doit en tirer sont trompeuses 19 en terme de dynamisme. Le taux d'investissement est d'autant

FAYOLLE "Cy cles et trends d'épargne et d'investissement dans une économie moy enne et ouverte : le cas de la France" Observations et Diagnostics Economiques, Revue de l'OFCE n°45 juin 1993.

18 Cf. "Dy namique de développement des petites et moy ennes entreprises : transfert de compétence, réseaux de PME et politique de formation" colloque TETRA. La PME objet de recherche pertinent - Ly on 30 / 31 mai 1990.

19 Comptablement I/VA = I/C x (VA/C) -1