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Mensuel OJD : 20884 Surface approx. (cm²) : 2773 N° de page : 104-109
3/5 RUE SAINT GEORGES 75009 PARIS - 01 40 54 11 00

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L'ordre et l'harmonie

Charles Maurras
versaire de sa mort. Le premier, un Cahier de L'Herne publié sous la direction de Stéphane Giocanti et Axel Tisserand, bien qu'inégal et prudent, se révèle incontournable pour certains textes : « La poésie méditerranéenne de Charles Maurras », par Stéphane Giocanti lui-même ; « Charles Maurras : un itinéraire spirituel ? », par Jean-Marc Joubert ; ou encore « Maurras fédéraliste », par Frédéric Rouvillois. A quoi s'ajoutent des textes captivants et oubliés de Gustave Thibon, « Maurras, homme de l'esprit » (1967), et d'Henri Massis, « Maurras et le sentiment de la mort ». Sans oublier les lettres émouvantes de Georges Bernanos et de Pierre Drieu La Rochelle ni la bouleversante et inédite correspondance amoureuse de Maurras. Petite monographie due au jeune historien Tony Kunter, le second livre est une claire introduction, assez originale et équilibrée, à son itinéraire existentiel, intellectuel et spirituel. La pensée et l'action de Charles Maurras sont aussi complexes que sa personnalité. Pétries, comme elle, de riches contradictions. Avocat très actif d'un ordre social et politique stable, chantre de la mesure - qu'il ne confondait pas avec la tiédeur -, vitupérant l'égalitarisme et l'individualisme, il s'inspirait à la fois des penseurs contre-révolutionnaires (Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Frédéric Le Play...) et des positivistes (Auguste Comte et Hippolyte Taine). Défenseur du classicisme grec et du Grand Siècle contre le romantisme, il s'engagea d'autant plus dans cette défense que sa nature cédait parfois à ce même romantisme.

Hy aura soixante ans cet automne, disparaissait Charles Maurras. En prévision de cet anniversaire, deux nouveaux ouvrages lui sont consacrés. Radioscopie d'un vieux lutteur épris de sa Provence natale et en quête d'une France royale.

PAR ARNAUD GUYOT-JEANNIN

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PRÈS AVOIR EXERCÉ UNE INFLUENCE CONSIdérable, en France et à l'étranger, et sous des formes diverses, au cours de la première moitié du xxc siècle, la pensée et l'action de Charles Maurras sont, de nos jours, largement ignorées. Quand elles ne sont pas caricaturées, ostracisées, reléguées aux enfers. Il paraît loin le temps - c'était il y a quarante ans - où le président Georges Pompidou se permettait de citer un de ses plus célèbres ouvrages, Kiel et Tanger (1910) - portant sur la politique étrangère -, devant un parterre d'étudiants de Sciences-Pô. Maurras n'a jamais cessé, toutefois, d'intéresser les historiens des idées politiques, les chercheurs ou, tout simplement, les esprits curieux. En témoignent les deux nouveaux ouvrages qui lui sont consacrés en cette année du soixantième anni-

Eléments de recherche : Passages significatifs : - L'HERNE ou EDITIONS DE L'HERNE - CAHIERS DE L'HERNE : collection

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Amoureux de la vie, des femmes, de la Provence et de la France, Maurras a pourtant connu la tentation du suicide, une misogynie certaine après des ruptures déchirantes et la difficulté d'articuler le fédéralisme, le royalisme et le nationalisme intégral. Païen antichrétien tout en défendant l'Eglise de l'ordre, il se convertit au catholicisme à la route fin de son existence. Probablement conscient de certaines de ces contradictions, il tenta toujours de les surmonter. Non sans douleur ! Et avec plus ou moins de bonheur ! Emprisonné à Clairvaux, en juin 1950, il laisse ce poignant testament spirituel empreint d'inquiétude et d'une foi paradoxale -, rédigé sous une forme poétique : « Seigneur, endormez-moi dans votre paix certaine /Entre les bras de l'Espérance et de l'Amour. I Ce vieux coeur de soldat n'a point connu la haine I Et pour vos seuls vrais biens a battu sans retour [...] Et je ne comprends rien à l'être de mon être I Tant de Dieux ennemis se le sont disputé !/Mes os vont soulever la dalle des ancêtres, I Je cherche en y tombant la même vérité. [ . . . } Comment croire, Seigneur, pour une âme que traîne /Son obscur appétit des lumières du jour ? I Seigneur, endormez-la dans votre paix certaine I Entre les bras de l'Espérance et de l'Amour. » (La Prière de la fin).

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É le 20 avril 1868 à Martigues, en Provence, Charles Marie Photius Maurras est le deuxième fils de Jean Maurras, un percepteur aux convictions libérales, et de Marie, profondément catholique. Quèlques mois auparavant, Jean et Marie ont perdu leur premier fils, Romain, âgé de deux ans. Quatre ans plus tard, François Joseph Emile vient, toutefois, agrandir la famille, mais peu de temps après, le père meurt foudroyé. Charles a six ans lorsqu'il part vivre avec sa mère et son petit frère à Aix-enProvence. Il en a quatorze lorsqu'il est, soudain, atteint de surdité. Doutant de lui-même, il traverse alors une intense crise morale et religieuse et tente de se suicider. Raccroché progressivement à la vie, il est reçu - avec mention — à son premier baccalauréat, en 1884, puis au baccalauréat final, en 1885. A la fin de cette même année, la mère et les deux fils moment s'installer à Paris. Charles Maurras s'inscrit à la Sorbonne,

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en histoire, et, en février 1886, il publie nom créée neuf ans plus son premier article dans les Annales de tôt. Maurras publie, philosophie chrétienne. Obtenant, en ensuite, une deuxième 1888, ïe prix du Félibrige pour un Eloge édition de sa célèbre du poète provençal Théodore Aubanel, Enquête sur la monarchie il devient, en 1888, membre de cette (1909), dans laquelle il se académie qui s'est fixée comme objecp r o n o n c e en f a v e u r tif la restauration de la langue et de la d'« une monarchie tradiculture d'oc. Durant l'été de la même tionnelle, héréditaire, antiannée, il fait la connaissance de son parlementaire et décentracompatriote Frédéric Mistral, puis, en lisée ». décembre, du Lorrain Maurice Barrès. En 1911, il préside le Pétri de culture classique (Racine, Cercle Proudhon, lancé Virgile et Lucrèce) et moderne (Muspar de jeunes monarset, Lamartine, Mistral), le jeune Maurchistes hostiles au capitaras éprouve également un amour infini lisme libéral et appelant à pour sa Provence natale. En 1889, il l'union avec le courant rencontre Frédéric Amouretti lors des syndicaliste révolutionFêtes félibréennes de Sceaux et devient naire inspire par Georges le secrétaire du Félibrige de Paris. Il Sorel. Il reste, cependant, publie son premier ouvrage, consacré à davantage influence par Aubanel. L'année suivante, il collabore les conceptions corporaau quotidien royaliste la Gazette de tistes et associationnistes France et fait la connaisdu catholique social René La patrie latine et la Grèce Charles Maurras vers 1900 (page de la Tour du Pin. sance d'Anatole France, dont il devient l'ami. Jusde gauche) et, ci-dessus, Frédéric Mistral (1830-1914), Son n a t i o n a l i s m e Alphonse Daudet (1840-1897) et Mlle Ginaud, vers 1892. c o n d u i t le r o y a l i s t e qu'à la mort de France, en 1924, les deux hommes resPétri de culture classique, Maurras approfondit, à travers Charles Maurras à teront liés en dépit de leur Mistral, son sens de la patrie latine, la Provence, bien sûr, défendre, dès le début de mais aussi la Grèce et l'Italie. Le considérant comme son opposition au moment de la Première Guerre monl'affaire Dreyfus. père spirituel, il devait écrire : « Mistral est le plus grand diale, la p o l i t i q u e des poètes politiques... Comme il pensait pour un peuple d'Union sacrée de la En 1891, il consacre son deuxième essai critique au entier, il nous a enseigne à concevoir historiquement. » III e République, exprimant, à cette occasion, poète Jean Moréas, le chef de file de l'école romane, qui lui a été publie l'Idée de la décentralisation et Trois son antigermanisme radical. Après la présente l'année précédente. Au début Idées politiques (sur Chateaubriand, guerre, il publie, en 1921, la Démocrade 1892, il rédige la déclaration des Michelet et Sainte-Beuve). Le 3 janvier tie religieuse, (contenant le Dilemme de Jeunes Félibres fédéralistes qui, soute- 1899, Jules Lemaître fonde la Ligue de Marc Sanglier) et I'Action française et la nue par Mistral, est lue par Amouretti. la patrie française à laquelle Maurras Religion catholique, qui se veulent une Il ne s'agit plus seulement de défendre adhère. Le 20 juin, il rejoint le Comité clarification des positions du mouveculturellement la Provence, mais d'en- d'action française, créé l'année précé- ment sur la question religieuse, en gager une politique de haute lutte qui dente par Henri Vaugeois et Maurice même temps qu'une critique doctrinale vise à donner un destin à cette terre et Pujo. Il y est, alors, le seul à se revendi- des orientations de Marc Sangnier - qui quer « royaliste ». A cet égard, il mène, allaient inspirer la démocratie chréà son peuple. En 1894, Maurras publie le Chemin en 1900, « Une campagne royaliste » au tienne. Dénoncé, dès avant 1914, par cerde paradis, mythes et fabliaux. Puis, du Figaro, puis publie Anthinéa (1901). tains catholiques pour son «paganisme » 8 avril au 3 mai 1896, la Gazette de N 1905, alors qu'est fondée la Ligue antichrétien, défendu, au contraire, par France le charge de couvrir comme d'action francaise - dont Henri Vau- d'autres, Maurras voit sept de ses livres reporter les premiers jeux Olympiques modernes, à Athènes. Il en revient tout geois est le président et Léon de Mon- mis à l'index par le Vatican, en même tesquiou le secrétaire général -, Maur- temps que le quotidien l'Action Franébloui. En 1897, l'affaire Dreyfus éclate. ras publie l'Avenir de l'intelligence, qui çaise, le 29 décembre 1926. Il s'ensuit Convaincu de la culpabilité du capi- met en garde contre le règne de l'argent, une grave crise (de nombreux cathotaine alsacien de confession juive, L'année suivante, l'Institut d'action liques membres de l'Action française se Maurras devient l'une des plumes du française voit le jour et, le 21 mars 1908, voient refuser les sacrements) qui se tracamp antidreyfusard. Son antisémi- paraît le premier numéro du quotidien duit par de nombreuses défections. tisme d'Etat fait rage dans plusieurs l'Action Française, né de la transforma- D'autant que l'un des philosophes périodiques. Dans le même temps, il tion de la revue mensuelle du même catholiques les plus prestigieux, le tho-

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miste Jacques Maritain, jusque-là proche de l'Action française, donne raison au Vatican. Cela alors même qu'il avait publié, trois mois auparavant, Une opinion sur Charles Maurras et le devoir des catholiques, favorable au théoricien monarchiste. A l'inverse, l'écrivain et ancien militant d'Action française Georges Bernanos, dont le catholicisme irrigue toute l'œuvre, considère qu'il s'agit là d'une odieuse injustice et se réconcilie avec Maurras, avec qui il s'était auparavant brouillé (avant de s'en détourner une nouvelle fois peu après). 'ÉTANT soldée dans un premier temps par une saignée, la crise de 1926 a été suivie d'un renouvellement. Ainsi, les années 1930 voient fleurir de nouveaux jeunes penseurs maurrassiens : Thierry Maulnier, Jean-Pierre Maxence, Jean de Fabrègues... Ceuxci n'hésitent pas, cependant, à prendre du recul par rapport au vieux maître, critiquant notamment son nationalisme — qu'ils jugent étroit - et son évolution conservatrice - qu'ils estiment inadaptée aux nouveaux enjeux sociaux. Globalement favorable au fascisme italien, mais vivement hostile au national-socialisme allemand, Charles Maurras s'oppose aux sanctions contre l'Italie lors de la crise éthiopienne, en 1935. Craignant de voir basculer Mussolini, jusqu'alors hostile à Hitler, dans le camp de celui-ci, il traite les députés français favorables aux sanctions Le journaliste Ici, en 1941, relisant des morasses à l'imprimerie de Lyon-Soir, d'« assassins de la paix ». où était alors composée et imprimée l'Action française. Repliée à Lyon après la Le 13 février 1936, passant défaite de juin 1940, l'Action française y parut jusqu'au 24 août 1944. Durant toute en automobile à proximité cette période, rallies au maréchal Pétain, le journal et le mouvement adoptèrent du cortège des funérailles pour ligne, arborée en manchette du journal : « La France, la France seule ». de l'historien et journaliste Jacques Sainville (le troisième pilier de l'Action Française, avec Maurras et Léon Daudet), boulevard SaintGermain, à Paris, Léon Blum est violemment pris à partie par d'anciens camelots du roi. Le chef en exercice des camelots, Pierre Juhel, lui sauve la mise, sinon la vie. Cependant, la Ligue d'action française, les camelots et la Fédération nationale des étudiants d'action francaise sont dissous. Fulminant contre la police politique et contre les députés favorables aux sanctions contre l'Italie, Maurras est condamné à quatre mois Charles Maurras, de prison ferme. Il en rajoute en menala Prière de la fin (1950). çant de mort Léon Blum pour « k jour

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Seigneur, endormez-moi dans votre paix certaine / Entre les bras de l'Espérance et de l'Amour / Ce vieux cœur de soldat n'a point connu la haine

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oil sa politique nous aura amené la guerre impie qu'il rêve contre nos compagnons d'armes italiens (NDLR : rappel du fait que l'Italie a combattu au côté de l'Entente durant la Première Guerre mondiale). Ce jour-là, il ne faudra pas le manquer. » Le 21 juillet, il est définitivement condamné à huit mois de prison ferme. Il effectue sa peine à la Santé. Durant sa captivité, Charles Maurras rédige quotidiennement son article politique pour l'Action Française, sous le pseudonyme de Pellisson, et prend le temps d'écrire plusieurs ouvrages essentiels : les Vergers sur la mer, Dans Arles aux temps des fées, Devant l'Allemagne eternelle, la Dentelle du rempart et Mes idées politiques. Ce dernier ouvrage doctrinal compose la synthèse politique, économique et sociale dè sa pensée. La préface, intitulée « La politique naturelle », est un superbe manifeste anthropologique qui envisage l'homme comme un être naissant et grandissant au sein de structures d'appartenance qui le relient à la société (famille, métier, commune, paroisse, région, nation) et lui permettent d'accéder à des libertés réelles. La politique considérée comme « naturelle » est celle qui met en œuvre « l'empirisme organisateur », lequel déduit des lois du passé les enseignements de l'avenir. Profond, ce corpus demeure, toutefois, impuissant à évaluer les grands changements paradigmatiques du temps et les nouveaux rapports de force. Sorti de prison le 6 juillet 1937, Maurras se rend en pèlerinage à Lisieux. En effet, la vénération de cet agnostique pour sainte Thérèse est ancienne. Les carmélites prient pour sa conversion et servent d'intermédiaires avec Rome. Deux ans plus tard, le nouveau pape, Pie XII, lève la condamnation de 1926. Entre-temps, proposé pour le prix Nobel de la paix, Maurras a été élu à l'Académie française au fauteuil de l'avocat Henri-Robert et a pris position en faveur des accords de Munich. Non qu'il soit devenu, subitement, favorable à un rapprochement avec l'Allemagne, mais parce qu'il estimait - à l'instar de la plupart des « munichois » - que la France, alors, n'était pas prête militairement à s'engager dans un nouveau conflit.
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Dissidence Des militants du Faisceau, éphémère mouvement dissident de l'Action française, attaquent le siège parisien de cette dernière, rue de Rome (couverture du Petit Journal illustré du 28 novembre 1926). Le Faisceau fut le seul mouvement français à se réclamer ouvertement du fascisme italien. Son fondateur, Georges Valois (1878-1945), sera arrêté par la Gestapo en 1944 et finira ses jours au camp de Bergen-Belsen.

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En revanche, dès que celui-ci est déclaré, le 3 septembre 1939, il retrouve les accents de l'Union sacrée. Apportant, jusqu'aux derniers combats dè juin 1940, un soutien sans faille à l'effort de guerre, il approuve, comme la quasi-totalité des Français, l'armistice. Rallié au gouvernement de Vichy, il pense que le maréchal Pétain est le mieux à même de défendre les intérêts de la France face à l'occupant et de la redresser au moyen d'une « révolution nationale » inspirée en partie de sa propre doctrine. Replié à Lyon avec le journal et le mouvement, il renvoie dos à dos les collaborationnistes (le « clan desja ») et la résistance de Londres (le « clan des y es »), entendant défendre une hypothétique « ligne de crête » qu'il résume d'une formule : « La France, la France seule ». De 1940 à 1944, les militants de l'Action française se répartissent en parts à peu près égales entre la Résistance (dans sa diversité), la Collaboration (également dans sa diversité) et la ligne

« orthodoxe » définie par Maurras.Apartirde 1942, tout en restant farouchement antiallemand, celuici réserve en priorité ses attaques, de plus en plus furieuses, aux seuls résistants, qu'il accuse de briser l'unité nationale. Le 24 août 1944, paraît le '* dernier numéro de l'Action Française. Le 7 septembre, il est arrêté avec Maurice Pujo et conduit avec lui à la prison Saint-Paul, à Lyon. Le 27 janvier 1945, il est condamné par la cour de justice du Rhône à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale pour... « intelligence avec l'ennemi » (Pujo s'en tire avec cinq ans). Une condamnation qui ne manque pas de piquant pour ce germanophobe patenté. Emprisonné, avec Pujo, à Riom, puis à Clairvaux, il collabore, dès sa fondation, en 1947, à l'hebdomadaire Aspects de la France (qui a pris la relève de l'Action Française interdite), sous le pseudonyme d'Octave Martin. Le IO août 1951, Charles Maurras est transféré à l'hôtel-Dieu de Troyes. La même année et au début de l'année suivante, il publie Jarres de Biot- où il redit sa fidélité au fédéralisme, revendiquant même la qualité de plus ancien fédéraliste de France -, A mes vieux oliviers et Tragi-comédie de ma surdité. Le 16 novembre 1952, il meurt à la clinique de Saint-Symphorien-lès-Tours, après savoir reçu les derniers sacrements. La veille, tenant un chapelet entre ses mains, il avait murmuré d'une voix douce : « Pour la premiere fois, j'entends Quelqu'un venir. » «
A lire Cahier Maurras, sous /a direction de Stéphane Giocanti et Axel Tisserand, L'Herne, 392 pages, 39 € ; Maurras, de Tony Kanter, Pardès (collection « Qui su/s-je ? "), 132 pages, 12 €.

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