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Edition Bruxelles / Jeudi 5 avril 2007 / Quotidien / No 81 / EUR 1,00 / 02 225 55 55

JEUDI FOOTBALL
UN MODE D’EMPLOI DE 16 PAGES
L’adieu
Jeudi 5 avril 2007
Supplément du journal « Le Soir »

L’IMMO Van Moer et Van Himst Titres


au porteur des Belges
La légende s’invite La fin d’une idylle
La Belgique s’apprête à tourner la page des
titres au porteur. Par étapes. Jusqu’au 31 décembre 2013,
où la dématérialisation devra être achevée. La fin d’une
époque pour les épargnants qui avaient entretenu avec
les «titres papier» une histoire d’amour sans nuage.
Comment cela va-t-il se passer ? Que faut-il faire ?
Les réponses dans ce supplément.
aux titres
à Anderlecht-Standard au porteur
sommaire
Introduction Page 2
Le compte titres Page 4
Le don manuel Page 6
Les préparatifs des banques Page 8
Les titres étrangers Page 10
Le cadastre des fortunes Page 12
La scriptophilie Page 14
Les titres russes Page 15

1NL

03/04/07 15:37 - EXTRAS du 05/04/07 - p. 1

p. 32 & 33
lesoir.be

LE VISITEUR
LE DERNIER JOUR LE FACE-À-FACE NORD-SUD

DE NOS PARAS La régularisation est une loterie P.4

AU RWANDA La politique d’asile : deux


communautés, deux politiques P.16
La Wallonie, terre d’accueil ? P.17
LE RÉCIT INÉDIT de deux témoins directs.
PHOTO ROGER MILUTIN. Ils ont passé la journée du 6 avril 1994 avec
P.18
Yann Arthus-Ber-
les soldats qui seront assassinés le lendemain.
씰 P.2 LE RÉCIT DE DEUX
L’évêque de Namur
provoque un tollé
e treizième anniversaire, douloureuses. Au procès, la dé-
trand était le « vi-
siteur du Soir »,
L ce vendredi 6 avril, du dé-
but du génocide ainsi que
la perspective du procès à Bruxel-
fense affirmera que, la veille du
drame, le peloton « Mortier » a
effectué « une mystérieuse mis- 씰
TÉMOINS DIRECTS

P.3 UN TÉMOIN CLÉ DU JUGE


les, dès le 19 avril, du major sion ». Mais Le Soir a retrouvé BRUGUIÈRE SE RÉTRACTE. ndré-Mutien Léonard, gistrement de l’entretien con-
ce mercredi. Le
photographe de
Ntuyahaga ravivent le souvenir
du drame rwandais.
Devant les assises, le militaire
deux témoins directs de cette
journée qui précède le 7 avril fati-
dique : Didier Lefèvre et Deus 씰
IL S’EXPLIQUE

P.19 CARTE BLANCHE :


A l’évêque de Namur, a fond le prélat namurois.
beau se livrer à l’exégèse Mais en réalité, si l’on connaît
des propos tenus à TéléMousti- un peu l’évêque et ses écrits, ces
devra répondre de la mort de dix Kagiraneza racontent la banale « ENSEMBLE, PARTAGER que, rien n’y fait : les réactions prises de position n’ont pas de
la Terre vue du paras belges, le 7 avril 1994 à Ki- patrouille du lieutenant Lotin et LA MÉMOIRE » outrées se multiplient, notam- quoi étonner. ■
ciel évoque ses gali. La lumière ne s’est pas com- de ses hommes au parc de l’Aka- ment sur l’« anormalité » de l’ho-
plètement faite sur ces heures gera. Heure par heure. ■ 씰 P.20 L’ÉDITO mosexualité. Sur ce point, l’enre- 씰 P.5 ANALYSE DE TEXTE
engagements.
SPORTS
Le « cadeau » d’Ahmadinejad aux Britanniques Un ministre
P.31
VAN BUYTEN du Climat ?
SUPERSTAR
« Big Dan » a été
Accueil tiède
P.6 Les réactions à
fantastique contre
la proposition de
Milan. Le Bayern
Guy Verhofstadt
et Beckenbauer
sont plus critiques
sont à ses pieds.
qu’enthousiastes.
RÉGION
P.8 Des acomptes
SAINT-GILLES
SOUS PERFUSION à la carte
La commune pour votre gaz
est dans le rouge.
P.21 Luminus et
Le collège a décidé
d’augmenter Nuon remettent en
P.9 ORCHESTRÉE de main de maître par le président iranien, la libération des quinze militaires britanniques retenus à Téhé- cause le principe du
les taxes. ran a donné lieu à une incroyable mise en scène. Ils rentrent à Londres et Ahmadinejad triomphe. PHOTO AP.
lissage des factures.
MARCHÉS 24-26
Jeanne d’Arc 9808470

ANNONCES
NÉCROLOGIE
SPECTACLES
29
30
40 n’a pas fait  
   
HOROSCOPE
MOTS CROISÉS ET SUDOKU 41
41
de vieux os 
  
  
 

TÉLÉVISION 43-45 P.37 Les reliques  


 
  

  
 
   
     
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À LA UNE DU « STANDAARD » : LES PATRONS VOTENT LETERME.


4BX
Le Soir Jeudi 5 avril 2007

2 tempsfort
Génocide rwandais / Deux témoins qui y ont assisté directement racontent

La dernière journée
des dix Casques bleus belges
LE 6 AVRIL 1994, le peloton
Mortier se réjouissait d’une
sortie dans le parc de
l’Akagera. Tout était calme…
’enchaînement des heures avait déjà accompagnés. »

L tragiques est connu, où Didier Lefèvre, qui conduisait


l’on voit le lieutenant Lo- la voiture de tête, se souvient.
tin et ses hommes prendre posi- « Le rendez-vous était fixé de-
tion, à l’aube du 7 avril, devant la vant l’enceinte du CND (le Parle-
maison du Premier ministre Aga- ment rwandais, où logeaient les
the Uwilingiyimanale, y être me- 600 hommes du FPR). Ayant dû
nacés, désarmés et enfin emme- attendre les deux représentants
nés au camp Kigali où ils trouve- du gouvernement, puis ceux du
ront la mort, sauvagement assas- FPR, nous avons démarré plus
sinés par des militaires qui les ac- tard que prévu. Durant la jour-
cusent d’avoir abattu l’avion dans née, nous avons patrouillé dans
lequel se trouvait le président. le parc, et nous nous sommes arrê-
Mais que s’était-il passé dans tés devant le refuge de Gabiro, où
les heures précédentes ? Lors du les Rwandais sont descendus du-
procès qui commencera le 19 rant une demi-heure. » Kagirane-
avril, la défense du major Ntuya- za confirme : « Allant d’un point
haga avancera que le « peloton à l’autre sur des pistes, nous
Mortier » avait effectué une avons évidemment fait plus de ki-
« mystérieuse mission » dans le lomètres que si nous avions suivi
parc de l’Akagera, au point d’être une ligne droite à vol d’oiseau !
soupçonné de s’être rendu sur la Le parc fait 2.850 km2 et nous
frontière ougandaise et d’en avons longé la frontière ougan-
avoir ramené… les missiles ayant daise, jusqu’au poste de Kagitum-
permis d’abattre l’avion ! ba. Je voulais voir une zone humi-
Nous avons retrouvé deux té- de, où se trouvaient 500 espèces
moins clés de cette expédition : d’oiseaux, des carnassiers, des
l’adjudant Didier Lefèvre, qui primates… » Lefèvre acquiesce :
conduisait ’une jeep, et Deus Ka- « Lorsqu’on s’arrêtait, on faisait
giraneza, qui dirigeait la mission. des photos, on roulait en zigzag,
Tous deux rappellent un point es- pas très vite, car c’était de la pis-
sentiel : le matin du 6 avril, veille
du drame, tout était calme. Les « Lotin me dit qu’il va prendre
« Mortiers » se réjouissaient de l’essence, ajoutant qu’au
d’une sortie dans le parc, espé- retour, il se rendra au briefing
raient y faire des photos – ne leur du bataillon. De la routine… »
avait-on pas dit, avant le départ,
que « le Rwanda, ce sera le club te. C’est pour cela que nous som-
Méditerranée » ? mes arrivés la nuit tombée. »
Membre du comité central du Pour Kagiraneza, « il n’était pas
Front patriotique rwandais, le si tard que ça. J’étais à temps
sergent Kagiraneza, à l’époque, pour le repas, puis j’ai discuté
espérait devenir député. Il faisait avec Philippe Gaillard, le repré-
partie de l’« équipe technique », sentant du CICR et nous étions
chargée de la reconstruction et sur la terrasse lorsque nous
du budget. « Puisque nous nous avons entendu l’explosion.
préparions à intégrer un gouver- Gaillard a passé la nuit avec
nement d’union nationale, je de- nous dans les abris. »
vais établir l’état des lieux des bâ- Lorsque Lefèvre et ses compa-
timents scolaires et celui de l’envi- gnons rentrent, le soir est tombé,
ronnement. Soutenus par un bud- ils vont manger. Puis, se souvient
get du Programme des nations l’adjudant, « Lotin se lève et me
unies pour le développement, dit qu’il va prendre de l’essence,
nous menions des missions d’ins- ajoutant qu’au retour, il va se ren-
pection conjointes – deux repré- dre au briefing du bataillon. De
sentants du FPR, deux collègues la routine, dit-il, ce n’est pas la
du gouvernement – qui nous me- peine de m’accompagner… »
naient dans tout le pays. A Nya- Il laisse lui ses armes lourdes,
mata où je suis né, cela m’avait ne prend que le minimum. A ce
d’ailleurs permis de revoir ma fa- souvenir, le regard du petit adju-
mille… Cette mission dans l’Aka- dant, seul survivant de l’escorte
gera était la dernière de la série. Akagera, s’embue et il murmu-
Il s’agissait de faire l’inventaire re : « Je l’ai lassé partir, je ne l’ai
des ressources du parc : constater plus revu. » Car dans les minutes
les destructions de la guerre, véri- qui suivent, le Rwanda bascule :
fier s’il restait du gibier, voir si à 20 h 22, l’avion est abattu, les
des déplacés avaient squatté cer- soldats rwandais qui se trouvent
LE 6 AVRIL 1994, l’attentat contre l’avion du président Habyarimana déclenche le génocide rwandais. PHOTO BRENNAN LINSLEY/AP. taines zones, si des réfugiés pou- à l’aéroport mettent les Belges en
vaient éventuellement y être cause, des barrières se dressent
REPÈRES réinstallés… Délimiter les zones dans la ville et empêchent le pas-
de chasse et celles qui étaient ou- sage des jeeps de la Minuar. Aler-
Août 1993. Les ac- côtés des partisans lonne vertébrale. tus de l’opposition d’avoir abattu aux mains du Front vertes à la population. Pour cette te rouge. Vers minuit, Lotin et les
cords conclus à du président Habya- 6 avril 1994. Alors et les Tutsis. l’avion, ils seront patriotique rwan- mission conjointe, nous dispo- Mortiers apprennent qu’ils sont
Arusha prévoient la rimana. Une force qu’il revient de Tan- 7 avril 1994. Un pe- exécutés au Camp dais, deux millions sions, comme d’habitude, d’une chargés d’aller protéger le Pre-
mise en place d’un de l’ONU, la Mis- zanie, l’avion rame- loton de dix Cas- Kigali. Ce meurtre de Hutus fuient escorte de deux jeeps fournie par mier ministre qui veut pronon-
gouvernement sion des Nations nant le président ques bleus belges incitera la Belgique vers les pays voi- la Mission des nations unies au cer un discours à la radio. Une ul-
d’union nationale, unies au Rwanda, Habyarimana est tente de protéger le à retirer son contin- sins. En cent jours, Rwanda. Il est normal que Ballis time mission qu’ils ne rempliront
où les ex-rebelles veillera au respect abattu au-dessus de Premier ministre gent, paralysant ain- un million de Tutsis ne s’en souvienne pas, pour les jamais. ■ COLETTE BRAECKMAN
tutsis du Front pa- de ces accords. 600 Kigali. Les tueries Agathe Uwilingyi- si la force de l’ONU. ont été assassinés. Casques bleus, c’était une mis-
triotique rwandais Casques bleus bel- commencent, vi- mana qui sera assas- Juillet 1994. La ca- C’est le troisième gé- sion de pure routine. Je connais- 씰 P.19 CARTE BLANCHE
se retrouveront aux ges en forment la co- sant d’abord les Hu- sinée. Accusés pitale Kigali tombe nocide du siècle. sais de vue le lieutenant Lotin,
un grand blond sympa qui nous 씰 P.20 L’EDITO
1NL
Le Soir Jeudi 5 avril 2007

tempsfort 3

L’un des témoins clés du juge Bruguière se rétracte


ENTRETIEN commando de la mort et ne pou- Alors que je ne parle pas français, la guerre. Dans nos rangs aussi, dans le rapport du juge, les pro- mes qui l’ont rédigé ! Ce n’est pas
vec Abdul Ruzibiza, transfu- vait donc y avoir appartenu. Il il n’y avait pas de traducteur, seu- il y a eu des morts… pos qu’il m’attribue sont bien lui qui a écrit, c’est une journalis-
A ge du Front patriotique
rwandais et auteur d’un livre
précise aussi qu’« au moment du
drame, il ne se trouvait même
lement une secrétaire. Je compre-
nais plus ou moins les questions
Au fil de la conversation, je me
suis fâché car quand je donnais
plus longs… En fait, il avait déjà
toutes les réponses à propos de ces
te française (NDLR Claudine Vi-
dal, chercheuse au CNRS, a rédi-
choc (Rwanda, l’histoire secrète, pas à Kigali, mais dans un camp et tentais de m’expliquer. Le ma- une réponse qui ne lui convenait dossiers… Si j’ai décidé de témoi- gé la longue préface de l’ouvrage
éditions Panama), Emmanuel militaire dans le nord-est du gistrat m’a demandé d’où je ve- pas, il disait que cela ne corres- gner aujourd’hui, même en sa- de Ruzibiza, donnant plusieurs
Ruzigana est l’un des témoins Rwanda ». Etrange… Dans la dé- nais, combien de temps j’avais pondait pas à ce qu’on lui avait chant que ces gens pourraient me clés de lecture)… Elle a tout fait.
clés invoqués par le juge d’ins- position retenue par le juge anti- passé dans l’armée. En enchaî- raconté. C’est alors que j’ai pensé tuer, c’est parce que le juge a fait Lui, il s’est contenté de donner
truction français Jean-Louis Bru- terroriste, ces propos figurent nant, il m’a demandé si je faisais que j’avais été piégé… Par chance du mal, par rapport à ma réputa- son nom et ses informations…
guière. Ce dernier, rappelons-le, pourtant, dûment enregistrés. partie des escadrons de la mort. l’ami qui m’attendait à l’aéro- tion, par rapport à mon pays… Le juge dit que vous avez con-
a lancé en décembre dernier un J’ai répondu que cela n’avait pas port m’avait suivi. A peine sorti Comment jugez-vous le témoi- duit un taxi jusque Masaka en
mandat d’arrêt contre le prési- Décrivez-nous votre parcours. existé au Rwanda. Il m’a ensuite gnage d’Abdul Ruzibiza ? avril 1994. Cela aurait-il été pos-
dent Kagame et plusieurs de ses C’est grâce à mon ex-ami Abdoul interrogé à propos de l’attentat. « Oui, j’ai signé, mais mes Dans l’armée, au vu de sa fonc- sible à cette époque ?
proches, les accusant d’être mem- Ruzibiza que je suis arrivé en Comme je n’avais rien à répon- déclarations ne faisaient pas tion, Abdul ne pouvait pas obte- Je ne suis allé à Kigali qu’une an-
bres d’un groupe d’élite tenu France. Démobilisé après la guer- dre, il a insisté en disant que je cinq lignes. Quand je ne savais nir de telles informations, c’était née après la fin de la guerre…
pour responsable de l’attentat re, j’avais été affecté à la police. faisais partie du service de rensei- pas répondre, je ne disais rien » impossible. Il était aide soignant. Mais je savais qu’en 1994, il était
qui, le 6 avril 1994, coûta la vie au Mais je voulais vivre autre chose, gnements du FPR. Je lui ai dit Vous croyez vraiment qu’avec ce exclu pour un Tutsi d’aller là-
président Habyarimana et à son aller à l’étranger. Ruzibiza m’a que j’avais fait partie de ce servi- de chez le juge, très fâché, je n’ai grade, il aurait pu assister à tou- bas, on n’aurait même pas pu y
collègue du Burundi. alors conseillé de partir sur la ce mais que, chez nous, on a les in- même pas voulu passer une nuit tes ces réunions ? Même des offi- passer à pied tellement les lieux
D’après le juge, Ruzigana au- Tanzanie. A l’ambassade de Fran- formations à propos du service en France ; nous sommes tout de ciers supérieurs ne sont pas ad- étaient bien gardés…
rait, dans son véhicule, amené le ce, on m’a donné un visa pour Pa- auquel on appartient, sans plus. suite allés en Belgique et de là, j’ai mis à toutes les réunions… Abdul Pourquoi avoir quitté l’armée ?
groupe jusqu’au site de Masaka, ris. A mon arrivée, des policiers Il m’a ensuite interrogé à propos gagné la Norvège. a rompu avec le régime car on lui Après la guerre, j’ai été versé dans
d’où partit le tir fatal. Mais Ruzi- m’attendaient à l’aéroport et des officiers supérieurs, afin que A la fin de votre audition, vous reprochait d’avoir détourné de la police. Si j’ai quitté, c’est parce
gana, aujourd’hui réfugié en Nor- m’ont emmené chez le juge. Tout j’explique comment ils avaient avez tout de même signé votre l’argent de l’armée. Après avoir que je n’étais pas d’accord avec le
vège et de passage à Bruxelles ré- allait si vite que je leur ai dit : “je procédé pour massacrer les gens. déposition après l’avoir lue ? quitté le pays, il a été pris en fait qu’on libérait aussi facile-
cemment, a nié les assertions qui suis arrêté ?” Heureusement, C’est là que l’entretien a mal tour- Oui, j’ai signé, mais en réalité, mains par les services de rensei- ment des gens que nous avions ar-
lui ont été attribuées devant Le j’avais demandé à un ami qui né, car je lui ai dit qu’aucun offi- mes déclarations ne faisaient mê- gnement français. rêtés après avoir mené des investi-
Soir et les caméras de la RTBF. m’attendait de me suivre. cier supérieur n’avait tué ainsi ; me pas cinq lignes car quand il Comment a-t-il pu écrire un tel gations sérieuses à leur sujet. ■
Ce grand gaillard maigre a décla- Comment s’est passée votre au- certes, j’ai précisé qu’il y avait eu m’interrogeait et que je ne savais livre ? Propos recueillis par
ré qu’il ignorait l’existence d’un dition avec le juge ? des morts, mais dans le cadre de pas répondre, je ne disais rien. Or Mais ce sont les Français eux-mê- COLETTE BRAECKMAN

Les heures poignantes du colonel


Ballis au parlement rwandais
e colonel Walter Ballis coule voir ce qui s‘y passait. » le. » Ses souvenirs sont formels :
L aujourd’hui des jours paisi-
bles dans sa ravissante maison
Des hommes du FPR auraient-
ils pu gagner la colline de Masa-
« Dans la nuit du 6 au 7 avril, je
n’ai constaté aucun mouvement
de Campine. Depuis sa véranda ka pour abattre l’avion, ainsi que de troupes. Dans le courant de
fleurie, il nous relate d’autres l’affirme le juge Bruguière ? l’après-midi du 7, quelque 120
heures, bien plus dramatiques, « Dans la soirée, il est possible hommes sont sortis, pour occu-
qu’il passa en avril 1994 au CND, que des hommes ont pu sortir du per des positions défensives à l’ex-
le Parlement rwandais, qui abri- CND, mais ils ont dû le faire à térieur et tenir à l’œil la garde
tait à l’époque les 600 militaires pied, pas en voiture… Quant à présidentielle. »
du Front patriotique rwandais. porter des missiles sur leurs épau- Aux côtés des officiels du FPR,
À l’époque, le colonel Ballis fai- les, c’est inimaginable, ils au- Ballis suit les échanges téléphoni-
sait partie du contingent belge raient été repérés tout de suite. » ques entre le général Dallaire et
de la Mission des Nations unies « Cette nuit-là, au CND, tout Kagame : « Le premier demande
au Congo, détaché à l’état-major était calme, les soldats ne bou- au second de maintenir ses trou-
auprès du général Dallaire. Il y geaient pas. Tout le monde sem- pes à Mulindi, de ne pas bouger.
remplissait des fonctions d’ad- blait attendre des ordres. Des per- Transmise par Jacques Bihoza-
joint à l’officier chargé des opéra- sonnalités politiques importan- gara, la réponse de Kagame est
tions. À ce titre, il organisait les tes se trouvaient au milieu des simple : “Je n’entreprendrai rien
escortes que la Minuar fournis- soldats, Seth Sendashonga, le nu- sans vous tenir informé. Comme
sait aux personnalités politiques. première démarche, j’envoie un
Des escortes souvent confiées au « Dans la soirée, il est possible bataillon supplémentaire à Kiga-
peloton Mortier, une trentaine que des hommes ont pu sortir li.” »
d’hommes qui disposaient en du CND, mais ils ont dû le faire Dans la nuit du 8 au 9, Ballis LE JUGE BRUGUIÈRE a lancé un mandat d’arrêt contre le président rwandais. Mais l’un de ses témoins clés affirme au
permanence de jeeps et de ra- à pied, pas en voiture… » voit arriver des hommes qui, à « Soir » qu’il a été abusé. PHOTO BERTRAND LANGLOIS/AFP.
dios en ordre de fonctionne- marche forcée, sont arrivés à
ment. méro deux du FPR, Tito Rutare- pied depuis Mulindi, à plus de
Où était Ballis le soir du mera, Jacques Bihozagara, le por- 100 kilomètres. Après un bref re-
6 avril ? « Vers 20 heures, por-
tant une tenue civile, je me diri-
geais vers l’aéroport, dans l’inten-
te-parole du Front en Belgique, le
major Rose Kabuye… Par la sui-
te, tous devaient répéter le même
pos, ils repartent immédiate-
ment et se dispersent dans la vil-
le pour tenter de sauver ceux qui
Le mystère des uniformes
tion d’y accueillir l’équipage et et unique message : “Arrêtez les peuvent encore l’être. omme tous les hauts gradés Bien plus tard, Ballis eut la sur- message, parvenu à la rédaction
les hommes qu’amenait le C130
belge, dont l’arrivée était annon-
tueries.” Dans la soirée, le géné-
ral Dallaire m’a localisé par ra-
Alors qu’il se trouve au CND,
Ballis apprend que des massa-
C de la Minuar, le colonel Bal-
lis avait une chambre à l’hôtel Me-
prise d’entendre l’ancien attaché
de presse de la Minuar lui décla-
du Soir en juin 1994. Accusant
« deux militaires français mem-
cée pour 20 h 30. Lorsque j’enten- dio et demandé de rester sur pla- cres ont commencé, que des Bel- ridien. Lorsqu’il y revint le 9 rer que certains extrémistes le bres du Dami (département d’as-
dis le bruit de l’explosion à l’aéro- ce, afin de servir d’agent de ges sont en danger. « Soudain, avril, il fut surpris par un fait au- considéraient comme le tireur sistance militaire à l’étranger)
port, j’ai essayé d’avancer pour liaison entre lui, les autorités du vers 13 heures, j’ai entendu sur le quel, dans un premier temps, il d’élite qui avait abattu l’avion du d’avoir abattu l’avion dans le but
aller voir, mais au rond-point si- FPR présentes au CND et le géné- réseau Force de la Minuar que n’attacha pas d’importance : sa président Habyarimana ! Depuis de déclencher le carnage ». Il ajou-
tué devant l’hôtel Méridien, j’ai ral Kagame depuis Mulindi. » treize Belges avaient été tués, un tenue militaire belge, qu’il se sou- lors, Ballis s’interroge : « le ti- tait : « Les Français ont mis des
été barré par des jeeps de l’armée Jusqu’au 11 avril, le colonel Bal- chiffre qui fut plus tard ramené venait avoir soigneusement ran- reur n’aurait-il pas été un hom- uniformes belges pour quitter
rwandaise et j’ai essuyé un coup lis est donc resté aux côtés de la à dix. De là où j’étais, je ne pou- gée dans la garde-robe de sa me blanc, portant mon unifor- l’endroit et être vus de loin par
de feu. Après m’être replié vers délégation du FPR et, avec le re- vais rien faire et je n’ai donc pas chambre, avait disparu, ainsi que me ? Ceux qui réussirent à lire des soldats de la garde nationa-
l’hôtel, j’ai songé, vers 21 h 30, à cul, il s’en félicite : « J’étais beau- bougé. » le béret bleu de l’ONU et ses botti- mon nom sur le revers de ma ves- le. » Dans la matinée du 7 avril,
me rendre au CND, qui abritait coup plus en sécurité que mes col- Pour lui, une chose est certai- nes ! Sur le coup, il ne s’émut pas te et qui s’en rappelaient long- les dix Casques bleus belges fu-
le détachement du FPR, afin de lègues qui se trouvaient en vil- ne : la mort des soldats belges est outre mesure, d’autant moins temps après devaient être bien rent présentés aux militaires du
un assassinat froidement prémé- que le personnel de l’hôtel lui ex- près et bien proches de l’indivi- camp Kigali comme les responsa-
LE SOIR - 05.04.07 dité. « Nous savions que les Bel- pliqua qu’à la blanchisserie aussi, du… » bles de l’attentat contre l’avion
RÉPUBLIQUE OUGANDA ges étaient en danger. Que les ex- des effets militaires appartenant Ces souvenirs du colonel Ballis présidentiel et assassinés dans
trémistes hutus spéculaient sur aux Belges avaient disparu. nous ont rappelé un mystérieux les heures qui suivirent. ■ C.B.
DÉMOCRATIQUE le fait que, si certains mouraient,
DU CONGO Bruxelles allait rappeler le con-
Ka
ge
ra

tingent. C’est d’ailleurs exacte-


Byumba Parc national ment ce qui s’est passé. Et je crois Un « Dossier noir », dimanche, à la RTBF
de la Kagera que celui qui est venu chercher
les Belges pour les conduire au
Lac Kivu
Kigali camp Kigali effectuait une mis- Treize ans après l’attentat contre ont retrouvé des témoins impor- présent : Emmanuel Ruzigana,
sion bien précise : s’emparer de l’avion présidentiel, qui marqua tants et amené les grands déci- l’un des transfuges rwandais pré-
Gitarama quelques Belges et les mener à la le début du génocide, la vérité deurs de l’époque, dont le secré- sentés par le juge Bruguière
mort. Rien n’a été improvisé… » tarde toujours à être complète- taire général des Nations unies pour accuser le président Kaga-
RWANDA Un autre témoin, Paul Henrion, ment débusquée. A la veille du d’alors, Boutros Boutros Ghali, à me d’avoir fait abattre l’avion de
rentré chez lui dans la matinée procès qui verra comparaître en s’exprimer en toute franchise sur Habyarimana, le colonel Walter
du 7, se souvient que le minibus cour d’assisses le major Ntuhaya- cette tragédie. Ballis, Deus Kagiraneza qui fut es-
des Casques bleus est passé de- ga, inculpé de l’assassinat des L’émission « Dossier noir » qui se- corté par les Casques bleus bel-
Butare vant sa maison : « Ils étaient cou- dix Casques bleus belges, Frédé- ra diffusée dimanche à 22 h 30, ges lors de leur dernière mission
BURUNDI chés en désordre, leur véhicule ric François, qui était à Kigali en donne aussi la parole à des té- dans l’Akagera. Une enquête mi-
était suivi par une Toyota rouge avril 1994, et Frédéric Lorsignol moins qui s’étaient tus jusqu’à nutieuse et émouvante.
TANZANIE de la gendarmerie… » ■ C.B.
1NL