Les Eglises et le Génocide dans la région des Grands Lacs est-africains

Charles de Lespinay (1)

Au Nom de Dieu? Non, le génocide de 1994 au Rwanda, les crimes contre l'humanité et autres actes génocidaires dans la région des Grands Lacs depuis plus de 30 ans, n'ont pas été commis au nom de Dieu. Cependant, la propagande des criminels a insisté pendant toute la durée du génocide au Rwanda sur le fait que Dieu était avec le peuple.(2) Est-ce pour cela que les meurtriers se sont cru autorisés d'utiliser les églises, lieux de refuge pour les Tutsi exclus du peuple et traqués, comme abattoirs humains? Depuis l'indépendance du Rwanda et du Burundi, des massacres touchant des civils - dont femmes, enfants, bébés - n'ont cessé de se répéter à l'intérieur de ces deux pays selon des processus différents, obligeant une partie de la population à fuir. Ils touchent principalement une catégorie de citoyens considérée comme une ethnie étrangère, les Tutsi, et se sont souvent accompagnés au Burundi d'une répression sanglante contre une autre catégorie de citoyens considérée comme autochtone, les Hutu (il existe d'autres catégories oubliées par tout le monde mais prises elles aussi dans les massacres). Un seul de ces massacres, celui de 1994, ayant pour but de faire disparaître complètement les Tutsi, a été qualifié de génocide par l'O.N.U., probablement à cause de son étendue: près d'un million de personnes. Les autres massacres, dont certains (au Burundi en particulier) qui touchent systématiquement les cadres hutu sont nettement des actes de génocide, peuvent être qualifiés de crimes contre l'humanité. Pour la plupart, ces massacres sont restés impunis, consacrant ainsi en quelque sorte leur légitimité. Le Rwanda et le Burundi étant christianisés à 90 %, beaucoup de personnes se sont interrogées sur le rôle des églises chrétiennes dans la propagation des idéologies d'exclusion et dans l'explosion génocidaire qui en est aujourd'hui la conséquence à travers toute la région des Grands Lacs est-africains. Mais il ne faut pas négliger pour autant l'action courageuse de nombreux hommes d'église (dont plusieurs ont été massacrés) et de chrétiens au cours des massacres et après ceux-ci. Divers travaux de spécialistes (entre autres les Français J.P. Chrétien, D. Franche, Cl. Vidal) montrent bien la part principale prise par les missionnaires chrétiens dans l'officialisation et l'enseignement de mythes raciaux d'origine biblique, ceci tout au long de l'époque coloniale et de la période de l'indépendance, sans parler de la participation directe de certains prêtres à des actes de génocide. Il apparaît d'entrée que, s'il ne faut pas rendre globalement les institutions religieuses responsables au même titre que les pouvoirs politiques en place des actes de génocide et des massacres, par contre de nombreux cadres des églises chrétiennes appuyés par leur institution ont une responsabilité directe, soit par complicité, soit par incompétence, en propageant des idéologies criminelles. Cependant, on est toujours en attente d'une condamnation claire par les églises chrétiennes, en particulier par l'église catholique, de tous les massacres quels qu'ils soient et sans l'amalgame trop répandu entre les assassins et les victimes. La publication récente de plusieurs livres par des chrétiens engagés nous amène à reposer la question pour le temps présent du rôle des hommes d'église dans la situation catastrophique de

cette région et de l'éventuelle responsabilité juridique de certains d'entre eux comme propagateurs, peut-être involontaires, d'informations tendancieuses entretenant un climat de peur, de méfiance et de haine, niant la réalité d'un génocide et pouvant conduire à de nouveaux massacres. Au préalable, il est nécessaire de résumer l'implication passée des missionnaires dans les conflits actuels.

I - Le passé missionnaire de pays massacrés
Dès les premiers contacts des missionnaires européens avec la région des Grands Lacs, à la fin du 19e siècle, ceux-ci reprennent à leur compte l'interprétation toute biblique du peuplement local faite par les premiers explorateurs des décennies précédentes (comme J.H. Speke en 1863). Pour leur politique de conversion, il leur fallait déterminer qui étaient les peuples, puis qui étaient les chefs de ces peuples afin de les convertir avec l'espoir d'entraîner à leur suite tous leurs administrés. Pour cela, ils avaient une grille de lecture toute simple, inspirée à la fois de la Bible et de l'histoire de l'Europe de l'Ouest.(3) Déterminer qui sont les chefs pour convertir leurs sujets Pour eux, les Tutsi, catégorie de population dont une minorité détient alors le pouvoir au Rwanda central (mais pas au Burundi), sont des Hamites, éleveurs nilotiques à la peau «claire»,(4) «arrivés» au 15e siècle, aristocrates, êtres supérieurs, parents des Juifs et cousins des Blancs. On les reconnaît, parait-il, à leur grande taille! Joseph-Arthur de Gobineau, dans son Essai sur l'inégalité des races humaines, en 1853-1855, livre qui inspira Hitler, ne parlait-il pas de la migration des Chamites (les Hamites), descendants de Cham et de Noé, peuples blancs venus d'Asie septentrionale par l'Arabie jusque dans l'Est de l'Afrique. Tous les peuples de pasteurs d'Afrique devaient être les descendants un peu africanisés de ces Hamites. A côté d'eux, la catégorie des Twa serait composée d'artisans et de chasseurs pygmées (de «petite taille», malgré leur moyenne anthropométrique de 1m 59), autochtones, dont les Hutu, catégorie de population dite «bantu» arrivée il y a 2000 ans, auraient hérité de la légitimité sur le sol. Ces Hutu, les plus nombreux, seraient uniquement agriculteurs, de taille «moyenne», à la peau «sombre», de vrais Africains. On attend toujours aujourd'hui un commencement de preuve sur ces mythes forgés de toutes pièces. Les missionnaires (Français et Belges surtout), imprégnés d'une théorie des invasions successives comme celles des Gaulois puis des Francs dans l'histoire franco-belge, ne pouvaient envisager l'histoire de la région des Grands Lacs qu'à travers des migrations dont celle des Hamites tutsi aurait été le couronnement civilisateur. De même que le colonisateur allemand, insuffisant en nombre et en moyens, le colonisateur belge(5) qui lui succède à la fin de la première guerre mondiale laissa les missionnaires plus nombreux prendre en charge l'enseignement et les services de santé, en s'appuyant de plus en plus exclusivement sur les supérieurs des missionnaires catholiques (Mgr. Hirth, Classe, Gorju). Ceux-ci vont se charger tout d'abord de la conversion et de la formation de ceux qu'ils appellent les «élites», c'est-à-dire l'aristocratie tutsi. Leur enseignement va insister sur l'identification des catégories de populations en terme raciaux.(6) Ils ajouteront à cela une lecture féodalisante des phénomènes socio-politiques: tous les Tutsi, des plus grands aux plus petits de l'échelle sociale, sont des «seigneurs féodaux», alors que tous les Hutu, y compris les chefs et les descendants d'anciens rois, sont des «serfs» voués à la domination. Ce sera par la suite une des causes de l'introduction de la lutte des classes dans la compétition pour le pouvoir. Cette analyse, d'influence européenne, des royaumes rwandais et burundais comme entités féodales est anachronique, non transposable, et en outre fausse puisque le terme «féodalité» implique un

pouvoir faible et divisé, ce qui n'est pas le cas ici. Elle permettait d'insister sur le «retard» des populations locales par rapport aux pays européens et sur la mission «civilisatrice» conjointe de la colonisation et du christianisme. Tous les missionnaires n'étaient pas dupes. Bien informés des réalités locales, de l'existence de rois «hutu» au début du 20e siècle à la périphérie du Rwanda central, de principautés «hutu» et d'une monarchie non tutsi au Burundi, mais aussi des exactions de certains grands chefs et princes de la cour royale et de leur résistance à la conversion, certains Pères Blancs s'opposèrent au mythe idyllique du Tutsi hamite civilisateur et à l'alliance avec les Tutsi. Mais ils ne remirent pas en cause la réalité des distinctions raciales instaurées, acceptant ainsi le regroupement arbitraire de toute la population en deux ethnies vouées à une haine réciproque. élevage catégorie culture chasse pêche poterie forge pouvoir bovin Twa H F Hutu H F non H Tutsi F Tutsi H F Ganwa H F ** * * * * * * * religion, politique ** ** * * religion, politique * (*) ... prestige, politique ** ... politique gestion gestion rituel (H= homme, F= femme) (in: Mageza & Lespinay,1990) Les catégories du Burundi et leurs activités au début du XXe siècle (les rares distinctions se sont estompées aujourd'hui) * *** * *** * *** * *** (*) * * *** -

L'affaiblissement de la religion locale et du pouvoir royal sacré Les bami (rois) du Rwanda et du Burundi, voyant le risque que peut engendrer l'expansion de la nouvelle religion sur leur royauté sacrée, fondement de la société et des institutions politicofoncières, garante de l'équilibre politique et social, se méfient des missionnaires et du nouveau pouvoir qu'ils sont en train d'installer. Ceux-ci ne se privent pas d'ailleurs de défier le pouvoir royal et la religion des habitants, en s'installant sans autorisation près ou sur des sites sacrés ou royaux. N'étant pas jugée digne de respect, la religion locale du kubandwa est considérée comme une superstition à extirper et non comme une religion. En 1931, les «Pères blancs» entreprennent l'évangélisation massive de la région. C'est une véritable conquête religieuse qui commence. L'église catholique conquérante ne va pas supporter la concurrence, que ce soit de la part de la religion locale ou des autres confessions chrétiennes. Elle ira jusqu'à encourager par voie d'affiche la dénonciation des mauvais convertis (c'était encore le cas au Burundi, à Mpinga dans le Nkoma, en 1980), faisant aussi des autodafés d'instruments du culte du kubandwa. Les Pères blancs jettent leur dévolu au Rwanda sur Rudahigwa, fils du mwami (roi) Musinga, le convertissent, puis obtiennent du pouvoir colonial la destitution du roi, à l'instigation de Monseigneur Classe, et la nomination de chefs de l'aristocratie tutsi à la place des chefs hutu en poste. Leur pupille sera intronisé mwami, sous le nom de Mutara III et, après une très longue

instruction religieuse, il sera baptisé solennellement en 1943, le Rwanda étant ensuite consacré au Christ-roi (1946). La nouvelle monarchie, devenue chrétienne, n'a plus la légitimité sacrée de celle de Musinga, parti en exil. En outre, les cadres provenant de la haute aristocratie tutsi et dont la mise en place systématique, sur les conseils des missionnaires, avait déjà commencé sous la colonisation allemande, commettent de nombreuses exactions, créant un fossé entre eux et le reste de la population. C'est alors l'effondrement de l'ancien système de valeurs qui assurait l'équilibre entre les diverses couches de la société depuis des siècles. Les prêtres catholiques poursuivent la formation d'une nouvelle élite (ceux que l'on appelle aujourd'hui les «intellectuels») prise parmi les Tutsi, à qui l'on apprend toujours qu'elle est de race supérieure, et dont les Hutu sont exclus. Cependant, les Hutu accèdent au monde des Blancs en entrant dans les ordres et profitent du même endoctrinement idéologique avec les rancoeurs correspondantes. Une situation identique se retrouve au Burundi, où les missionnaires catholiques obtiennent du colonisateur la suppression de la fête religieuse nationale du Muganuro et la destitution de l'aristocratie religieuse hutu, tout en affaiblissant le pouvoir royal ganwa (non Tutsi) au profit de familles princières ganwa et de familles tutsi de l'aristocratie placées à la tête des postes d'encadrement occupés auparavant par beaucoup de Hutu.(7) Le même schéma idéologique qu'au Rwanda est enseigné aux «élites» considérées comme Tutsi (même lorsqu'elles ne l'étaient pas) et, à travers les séminaires, aux Hutu «inférieurs» (tout ce qui n'est pas Tutsi ne pouvant qu'être Hutu, à l'image du modèle rwandais immuable).(8) La réforme administrative des années 19251933 dont les objectifs sont illustrés par une enquête de 1929 «fait de l'appartenance ou de la sympathie envers la religion catholique un critère et une condition suffisants pour rester dans la fonction de chef... Beaucoup de chefs alors païens se tournent vers la religion chrétienne.» (9) L'entreprise de conversion suivie étant exactement la même qu'au Rwanda, le revirement brutal de la politique missionnaire et coloniale qui se produit dans les années 1950 sera identique dans les deux pays. La rupture avec "la race tutsi dominatrice" Un premier évêque rwandais, Monseigneur Bigirumwami, sera consacré en 1952 et consacrera à son tour en 1956 Monseigneur Perraudin. Celui-ci est opposé à la politique pro-tutsi de l'église et favorable aux Hutu. Il devient archevêque et chef de l'église du Rwanda. Le roi Mutara prenant ses distances avec le pouvoir colonial, Mgr Perraudin rompt les liens privilégiés de l'église avec l'aristocratie tutsi, suivi par l'administration coloniale. Les Tutsi (l'aristocratie et la masse des autres tutsi, pourtant dominée comme tout le peuple par cette aristocratie) sont désormais considérés comme des ennemis. A partir de ce moment, l'église catholique, qui détient le monopole de l'enseignement, encourage la formation d'une élite contestataire hutu, dont Grégoire Kayibanda, futur premier président du Rwanda indépendant, est le chef de file. Avec la collaboration des Pères Blancs, semble-t-il,(10) il rédige avec plusieurs Hutu «évolués» en mars 1957 le Manifeste des Bahutu, demandant un partage du pouvoir aux autorités tutsi, ce que celles-ci refusent. Le manifeste présentait explicitement le problème social comme un problème racial, celui de la race hamite, réclamant en outre une politique de quotas raciaux dans l'enseignement à l'aide des livrets d'identité «ethnique» créés par le pouvoir colonial. La lettre pastorale de Monseigneur Perraudin du 11 février 1959, d'aspect très modéré, mais à l'origine directe de la révolution qui va suivre, est une bonne illustration de ce qui se prépare en fait. Extraits: «Nous ne croyons pas exagérer en disant qu'il n'y a pas assez de charité dans notre cher

Ruanda, même entre chrétiens...» «Il y a aussi dans notre cher Ruanda, comme dans beaucoup d'autres pays du monde, divers groupe sociaux. La distinction de ces groupes provient en grande partie de la race mais aussi d'autres facteurs comme la fortune... Parmi les Africains il y a les Batutsi, les Bahutu et les Batwa; il y a des riches et des pauvres; il y a des pasteurs et des cultivateurs; il y a des commerçants et des artisans...; il y a des gouvernants et des gouvernés.» Notons que le parallélisme n'est pas involontaire, entre les Batutsi (= Tutsi): riches, pasteurs, commerçants, gouvernants, et les Bahutu (et Batwa): pauvres, cultivateurs, artisans, gouvernés. C'est le point de vue encore actuel de beaucoup de prêtres et de pasteurs à propos du Rwanda, après 34 ans de pouvoir «hutu» sans partage, et du Burundi, toujours entre les mains d'une minorité issue du groupe «minoritaire» tutsi. «Constatons tout d'abord qu'il y a réellement au Ruanda plusieurs races assez nettement caractérisées ...» «Toutes les races sont également respectables et aimables devant Dieu. Chaque race a ses qualités et ses défauts...» «Dans notre Ruanda les différences et les inégalités sociales sont pour une grande partie liées aux différences de race...» «Mais il est certain que cette situation de fait ne répond pas aux normes d'une organisation saine de la société ruandaise et pose aux Responsables de la chose publique des problèmes délicats et inéluctables.» «L'Eglise est contre la lutte des classes entre elles, que l'origine de ces classes soit la richesse ou la race..., mais elle admet qu'une classe sociale lutte pour ses intérêts légitimes par des moyens honnêtes...». Prêchant l'union et refusant la haine, bien que Mgr Perraudin ait oublié la participation passée des missionnaires à 60 années de manipulations qui sont à l'origine même de cette situation d'inégalité, sa lettre paraît conciliante alors qu'en réalité elle consacre la nécessité de lutter contre les inégalités en se fondant sur le critère racial! En 1959, peu d'années après la condamnation, internationale et unanime, des crimes nazis, les hommes d'église ne semblent pas conscients des implications racistes de leur discours, imprégnés qu'ils sont de la conception biblique de «race» qui est essentiellement généalogique et dont l'utilisation est cependant périlleuse. C'est là toute l'ambiguïté des positions toujours actuelles des églises chrétiennes en matière de réconciliation, comme nous allons le voir ensuite. En 1959, le mwami Mutara décède et son successeur, Kigeri V, est proclamé sans l'accord préalable du gouverneur belge Harroy. Des troubles éclatent alors entre contestataires hutu et chefs tutsi. Le colonel Logiest envoyé pour rétablir l'ordre destitue les chefs et sous-chefs tutsi et les remplace par des Hutu, avec l'appui de l'archevêque monseigneur Perraudin. Un nouvel ordre hutu est installé, dont les Tutsi sont exclus. Ce fut le début, ainsi que pendant toute la durée de la république indépendante qui est instaurée, de heurts avec des réfugiés contestataires sur les frontières, suivis de massacres génocidaires contre les Tutsi. Les nouveaux dirigeants ont repris à leur compte l'idéologie des trois races apprise auprès des missionnaires... Tout au long des présidences de Kayibanda puis de Habyarimana, les dirigeants de l'église catholique rwandaise, qui est devenue la principale force économique du pays, appuieront le pouvoir «hutu», jusqu'à sa chute en 1994. Au Burundi, la position de l'église catholique n'est pas différente, à ceci près que les cadres hutu formés dans les séminaires n'auront pas la possibilité de prendre le pouvoir lors de l'indépendance. Certains milieux tutsi, inquiets de la situation au Rwanda où les massacres se multiplient et d'où les réfugiés affluent, prennent les devants et, mettant fin à la monarchie, accaparent le pouvoir en croyant ainsi échapper à un massacre inéluctable. Ne pouvant éviter les nombreuses provocations d'extrémistes suivies de massacres de Tutsi, les dirigeants se laissent entraîner à plusieurs reprises dans la spirale de la répression sanglante et aveugle.

Sous le régime du président Bagaza (1976-1987), celui-ci rompt avec les églises qu'il estime trop puissantes et trop proches du peuple et des Hutu en particulier. Bien que l'histoire politique et sociale de ce pays soit tout-à-fait différente de celle du Rwanda, les mêmes mythes raciaux y sont enseignés par les églises catholiques et protestantes jusqu'aujourd'hui, avec les mêmes manipulations idéologiques à propos de la nécessaire prise de pouvoir par le «peuple majoritaire hutu», et les deux camps artificiellement créés y souffrent des mêmes peurs réciproques.(11) L'exacerbation des rivalités actuelles reste uniquement le fait des intellectuels, ces «élites» formées par les missionnaires.

II - Un enseignement «chrétien» de la haine
Une partie importante de la littérature publiée après le génocide au Rwanda par des religieux catholiques et des pasteurs protestants, à propos du Rwanda, du Burundi et de l'Est de l'ex-Zaïre, montre très nettement qu'il y a continuité d'implication des hommes d'église dans la manipulation des consciences avant, pendant et après le génocide. Ils ne semblent pas capables d'analyser froidement leur échec, l'impact de leur enseignement idéologique dans les massacres, leurs erreurs, le non respect de leurs lieux sacrés en tant que refuges au cours des massacres, leur complicité dans l'établissement d'un climat de peur. Certaines positions sont scandaleuses et vont jusqu'à encourager les conflits entre les parties, opposées chacune dans un camp. C'est en particulier là que les églises paraissent montrer qu'elles ont failli à leur mission, qu'elles s'avèrent, à preuve du contraire, dangereuses pour les populations qui leur sont culturellement étrangères, et que faute d'examen de conscience suffisant elles ne sont pas prêtes à s'arrêter en si mauvais chemin. La responsabilité du diable, pas des Hutu Le témoignage en 1995 d'un prêtre français, le R.P. Gabriel Maindron, originaire de Vendée,(12) formé dans un séminaire rwandais au moment de l'indépendance, est très révélateur des nombreux parallélismes que font les Européens entre leur propre passé et celui de la région des Grands Lacs (le passé mérovingien de la France, la féodalité, la révolution française, la lutte des classes, les guerres de religion en France, etc). Il montre aussi la compromission de l'Eglise avec le régime rwandais coupable de génocide. Le père Maindron explique la violence au Rwanda par une responsabilité réciproque des racistes et des démocrates, des Tutsi et des Hutu, dont le physique différent se reconnaîtrait facilement. De ce prêtre dépassé par les événements, on voit les incertitudes ou les compromissions, selon l'interprétation. Par exemple lors d'une messe en plein génocide devant des femmes hutu, pendant que leurs maris font la chasse aux Tutsi cachés près de son église; ou par l'invitation aux mourants et aux rescapés provisoires de pardonner à l'avance aux meurtriers qui vont revenir les achever (les prêtres, lors des massacres de la révolution française demandaient bien la même choses aux mourants et aux condamnés en sursis, souvent avant d'être eux-mêmes exécutés). En plein génocide, il fait toujours confiance aux gendarmes du régime qui a condamné à mort les Tutsi, leur confiant 200 réfugiés qu'il a pu cacher! Pour lui comme pour beaucoup de prêtres, le responsable de ces massacres inhumains, de cet enfer, ne peut être que le diable, pas les hommes du gouvernement.(13) La faillite des Eglises ?

Quelques écrits, moins connus semble-t-il, font état d'une faillite des Eglises au Rwanda et au Burundi, où les massacres continuent, au compte-goutte, comme a pu l'écrire à propos des Hutu burundais P.S. Pinheiro, rapporteur spécial de l'O.N.U. De nombreux témoignages de prêtres et de pasteurs rappellent la réalité et l'horreur du génocide commis au Rwanda contre les Tutsi et les Hutu de l'opposition, de même que les massacres commis au Burundi contre des Tutsi et des Hutu. La participation au génocide du père Wenceslas Munyeshyaka dans sa propre église (église de la Sainte Famille), aujourd'hui réfugié en France, est tristement illustrée par de nombreux témoignages, avec le tri qu'il fit entre les Tutsi et les Hutu, livrant les premiers à la mort fournée après fournée. Est aussi révélé au grand jour l'isolement des églises de l'Est du Zaïre(14) faisant face à la détresse des réfugiés rwandais avec peu de moyens comparativement avec les diverses ONG oeuvrant dans la région. Selon H. Mac Cullum (1995), «la hiérarchie ecclésiastique recevait un appui et des prodigalités considérables de la part du parti au pouvoir: elle est restée trop souvent silencieuse face à l'injustice, réticente à faire usage de sa position d'autorité face au vide moral de la société rwandaise dans les dernières années d'Habyarimana.» «... en tout état de cause l'Eglise, au niveau international, n'a pas pu ou n'a pas voulu fournir ce qu'elle a offert pendant 25 ans aux victimes de l'apartheid en Afrique du Sud : son soutien inconditionnel et sa solidarité.» Il faut noter aussi les profanations systématiques commises dans les églises en même temps qu'elles étaient devenues lieux d'abattoir humain, comme exemple du délabrement moral de la société. Un certain nombre d'autorités catholiques et protestantes se refuse toujours à condamner les responsables des massacres et à qualifier les tueries de génocide. Mais beaucoup d'autres écrits défendent la thèse du double génocide, certainement dans un objectif de conciliation et de réconciliation. C'est le cas en particulier du groupe Jérémie, association chrétienne zaïroise des droits de l'homme. Celui-ci a édité en 1996 sous la direction d'un Père blanc, Philippe de Dorlodot, un recueil de lettres, tracts et déclarations émanant d'organisations et de personnalités hutu, ainsi que de leurs partenaires zaïrois et européens. On y assiste à la récupération d'un crime contre l'humanité transformé en «crise humanitaire» en faveur des réfugiés hutu ayant fui avec les responsables et encadreurs des massacres de 1994. Le fait que le régime rwandais ait produit plus de 600.000 réfugiés tutsi, raison de leur tentative de retour armé à partir de 1990, est complètement ignoré par ces responsables chrétiens. Pour eux, l'armée des envahisseurs tutsi du FPR est responsable de tous les maux actuels de la région, car leur exil est justifié (ce sont des monarchistes exploiteurs du peuple).(15) Le recueil de textes commence par la biographie de l'un des rédacteurs Mgr Munzihirwa dont il est dit: «il connaît le Rwanda de l'intérieur et il a vu alors les humiliations qu'avaient à subir les Hutu...» en oubliant que cela fait plus de 30 ans qu'ils ne sont plus humiliés, contrairement aux Tutsi rwandais. On devine déjà quel va être l'objectif des textes présentés: la diabolisation des Tutsi. Dès la première page d'introduction, les arrestations effectuées au Rwanda sont présentées comme arbitraires et les prisons, «véritables mouroirs», «révèlent l'ampleur de la purification ethnique entreprise par le FPR» (front de libération composé de réfugiés Tutsi) contre les Hutu. Les réfugiés (hutu) rwandais et burundais au Zaïre «dans leur très grande majorité sont victimes d'une politique d'exclusion» qui pèserait plus lourd selon la morale chrétienne que le génocide de centaines de milliers de Tutsi. La manipulation des réfugiés par des membres des forces du gouvernement rwandais génocidaire serait une invention (elle a cependant été démontrée en 1997). Plus loin, P. de Dorlodot signe un texte où il écrit que les causes des massacres sont les deux races: «les différences entre eux sont très profondes. Et pendant des siècles de royauté tutsi, les Hutu furent les serfs, les esclaves. Ils étaient méprisés.» Il y justifie aussi la politique des quotas, parle de «guerre civile» et de «résistance de l'armée rwandaise» pour décrire le massacre organisé de populations sans défense composées de femmes, de vieillards, d'enfants, de bébés,

puis accepte le terme «génocide». Enfin, un texte résume le souci de rééquilibrage du groupe Jérémie, écrit par P. de Dorlodot: «Il y a deux génocides au Rwanda qui est détruit par les extrémistes des deux bords. Il y a le génocide perpétré (...) à l'encontre des Tutsi... Et il y a aussi le génocide - dont on ne parle pas celui perpétré par le FPR dans les zones occupées. On sait qu'il y a eu des massacres massifs et les témoignages précis qui manquaient commencent à arriver. On est sans nouvelles de 400 à 500.000 déplacés... Par ailleurs, il y a deux camps au moins de déplacés Hutu qui ont disparu... Plus d'un million de réfugiés ont afflué à Goma et environs parce que paniqués par le FPR... C'est un génocide!» Le FPR est présenté comme ayant provoqué volontairement le départ des réfugiés hutu. Les actes de vengeance sur des personnes présumées coupables de massacres, certes répréhensibles, sont qualifiés de génocide sélectif sur les Hutu. Le génocide contre les Tutsi est minimisé et les morts de 1994 sont revendiqués comme essentiellement Hutu, «preuve» de l'existence d'un génocide contre les Hutu. Ces écrits, forme de négation du génocide de 1994 à l'égard des Tutsi, sont identiques à ceux produits par les penseurs du génocide avant et après celui-ci. Ce n'est pas un hasard, leurs auteurs ont suivi le même enseignement dans les écoles tenues par les missionnaires et leurs successeurs africains. Néanmoins, on peut comprendre que beaucoup de prêtres, au Rwanda comme au Burundi, en s'exprimant de façon plus mesurée, essayent d'éviter que les massacres de Tutsi occultent les autres massacres qui ont touché beaucoup de Hutu innocents ces dernières années dans les deux pays, et depuis 30 ans au Burundi. Un chrétien burundais rappelle que «le "génocide Tutsi" est devenu une idée fixe très rentable politiquement mais qui fait oublier les milliers de hutu massacrés régulièrement par l'armée et les milices tutsi» au Burundi.(16) On ne peut oublier en particulier les massacres massifs de 1972 au Burundi, impunis à ce jour, contre les cadres et intellectuels hutu. Mais il ne faudrait pas non plus que les massacres de Hutu occultent le génocide des Tutsi, actuellement inachevé. Que les coupables victimes demandent pardon aux innocents assassins La position la plus extrême provenant d'un homme d'église est celle d'un pasteur néerlandais qui a vécu longtemps au Rwanda, C.M. Overdulve. Celui-ci reprend à son compte la haine de la propagande génocidaire à l'égard des Tutsi (Rwanda. Un peuple avec une histoire, 1997). Pensant que, pour réconcilier les Rwandais, il faut établir la vérité historique et les responsabilités des Tutsi, il en arrive à un raisonnement scandaleux qui lui permet de justifier les crimes commis contre les Tutsi selon une fausse loi du talion. Selon lui, la situation actuelle est due à la domination sur les Hutu des envahisseurs tutsi depuis leur «arrivée» au 14e siècle jusqu'en 1959 et, depuis cette date, aux persécutions à partir de l'étranger par les «royalistes» tutsi du Front Patriotique Rwandais (FPR): ce sont les véritables coupables des massacres car ils les ont provoqués sciemment, les vraies victimes étant les Hutu (les tués et les assassins confondus). Cette accusation est maladroite, démesurée et peu propice à instaurer un climat de réconciliation. C'est l'illustration de ce que peut donner l'utilisation de la Bible, ainsi que des ouvrages scientifiques sur la région des Grands Lacs, entre les mains de personnes incompétentes. Comment peut-on accuser entre autres des enfants, des bébés, d'être coupables de leur propre mort ? C.M. Overdulve veut faire une «histoire de la pauvreté, de la lutte pour la survie». Il reprend le mythe de l'existence multi-séculaire d'une «opposition entre vainqueurs [Tutsi] et vaincus [Hutu]». Tous les Tutsi sans exception auraient formé une caste militaire dont les Hutu étaient exclus (ce qui est faux). Ils seraient des «seigneurs», les contrats fonciers ayant été élaborés par

eux pour dominer les Hutu. La corvée (uburetwa) aurait été créée à la fin du 19e siècle par le roi Kigeri Rwabugiri pour réduire les Hutu en esclavage au profit de tous les Tutsi, riches et pauvres... «Par rapport aux Hutu, le Tutsi pauvre [noter le singulier] n'était pas vraiment pauvre.» Etc. La colonisation ne serait pour rien dans la systématisation de l'opposition entre «majorité» hutu et «minorité» tutsi, bien qu'elle ait cependant aggravé la pauvreté des Hutu. D'après Overdulve, la politique des quotas, ayant obligé beaucoup de Tutsi sans travail à se lancer dans le commerce, activité étrangère à la culture locale, aurait permis à ceux-ci de s'enrichir: il leur reproche d'avoir ainsi contourné la règle d'exclusion des quotas, ce qui semble les rendre à ses yeux encore plus odieux! Il assure qu'il est difficile «de savoir qui étaient les coupables et qui étaient les victimes» lors de la «guerre civile» de 1994 à laquelle il consacre 6 lignes seulement. C.M. Overdulve connaît les intentions cachées du F.P.R., ces aristocrates Tutsi qui veulent restaurer la monarchie. Outre l'opposition habituelle entre les termes «Tutsi» et «peuple» ou «population» [= Hutu], il écrit que «Une des aspirations dissimulées mais généralement connues du FPR était de détruire les acquis de la République [Overdulve est pourtant citoyen d'une monarchie], pour se venger ainsi, sur le peuple [= Hutu], de la Révolution de 1959-1961.» «Les Tutsi dans le pays, dont on aurait pu supposer qu'ils accueilleraient le régime FPR, ont été assassinés pour la plupart.» «Ne faudrait-il donc pas faire comparaître les coupables du génocide ? Sans aucun doute ! Cependant, on les trouve dans les deux camps.» Les massacres du FPR contre les Hutu «présentent le même caractère de génocide» (le FPR, dès 1990, aurait fait des «carnages» parmi la population civile), aussi «Le génocide des Tutsi dans le pays a été appelé sur eux par les Tutsi du FPR-Inkotanyi, qui ne pouvaient pas ne pas le savoir. S'ils n'avaient pas envahi le Rwanda, il n'y aurait pas eu de génocide parmi les Tutsi.» Cela «montre la complexité du drame rwandais». Tous ces textes sont identiques aux textes de la propagande génocidaire du Rwanda et de ceux qui aujourd'hui nient le génocide en parlant plutôt de légitime défense en situation de guerre (jusqu'à tuer préventivement des bébés ?). Cet homme d'église s'intéresse en particulier à la réconciliation et à la justice, tâche importante pour les églises. Il rappelle que, selon la Bible et la Torah, la réconciliation n'est possible qu'avec Dieu. Elle implique préalablement «la réparation des relations interhumaines», c'est-à-dire «la libération du peuple assujetti». Les Prophètes n'appellent pas à la réconcilation nationale mais «critiquent l'injustice qu'on fait aux pauvres», exploités par les riches. «Dans ces relations, il s'agit de justice et d'équité. Mais en réalité, on parle de réconciliation afin de se procurer un alibi permettant de faire durer l'injustice et l'oppression.» C.M. Overdulve affirme à plusieurs reprises, à l'encontre de toutes les évidences, que «Ce n'est pas contre le régime de Juvénal Habyarimana en soi, mais contre le peuple [= Hutu] que le FPR déclencha la guerre en octobre 1990.» Il mentionne «la répugnance invétérée qu'on ressent envers le régime tutsi, envers tout régime tutsi qui rappelle celui dont on s'est débarrassé en 1961.» Il n'y a pas de répugnance envers le régime hutu qui a conduit le Rwanda au génocide, puisqu'il y a été obligé par les Tutsi. «Le FPR, lui, tue en silence, fait disparaître immédiatement les cadavres et efface toute les traces ou bien il interdit aux observateurs une aire suspecte.» C'est en effet la méthode que semblent avoir suivi les troupes «tutsi» de Kabila au Zaïre oriental contre les réfugiés hutu restés là-bas; il n'y a pas eu d'enquêtes au Rwanda sur les probables exactions et massacres commis par le FPR lors de sa conquête du Rwanda. Cette accusation qui porterait sur près de 500.000 morts Hutu, si elle est fondée, n'absout pas pour autant les génocideurs hutu. Mais pour Overdulve, les Tutsi sont une ethnie «criminelle»... Selon lui, avant d'exercer la justice, il faut se rappeler «que le massacre des Tutsi a été décidé

après et par suite de l'invasion du FPR, et après qu'on avait appris les nouvelles des tueries parmi les Hutu du nord par les Inkotanyi [ce qui est inexact]. Sans l'invasion du FPR, il n'y aurait pas eu de génocide, il n'y aurait eu aucune raison d'en venir là.» [mais le génocide avait commencé bien avant, au compte-goutte]. Pour C.M. Overdulve, et malgré ses observations antérieures qui vont dans le sens contraire, il ne s'est rien passé avant 1990 qui ait pu provoquer un génocide des Tutsi. En conclusion, il remarque que «les Eglises devraient se convertir, en prenant (...) la défense de la population expulsée et opprimée [= les Hutu]», gommant la période 1959-1994 de pouvoir hutu! On peut se demander si la responsabilité juridique de ce pasteur honorablement connu au Rwanda et en Europe, entre autre à propos de ses travaux sur la langue kinyarwanda, n'est pas engagée par de tels écrits qui sont bien loin de prôner la réconciliation. C'est le cas par exemple lorsqu'il soutient que la réconciliation avec Dieu n'est possible qu'après la libération du peuple assujetti, après réparation de l'injustice commise envers les pauvres, les humiliés que sont les Hutu, c'est-à-dire en fait après que les coupables victimes tutsi aient demandé pardon aux meurtriers de les avoir obligés à tuer. Il serait souhaitable que son cas, avec celui hélas de beaucoup d'autres, soit étudié par sa hiérarchie religieuse de même que par les tribunaux compétents, afin de juger s'il est normal de proposer, tout en niant un génocide, la réconciliation par la promotion d'une histoire (fausse) et d'idéologies de la haine.(17)

En conclusion
Les informations présentées ici sont l'illustration de l'aveuglement d'hommes d'église, derrière des paroles de conciliation, bien loin des préceptes de la chrétienté qui prônent la paix, la charité, l'amour, la compréhension entre les humains. Beaucoup excusent les meurtriers d'origine hutu, au nom de la révolution, au nom de ce que leurs ancêtres auraient subi de la part des Tutsi avant la révolution hutu, rendant ceux-ci responsables de leur génocide ainsi que les extrémistes de tous bords. Le maintien aujourd'hui, en 1998, de telles positions, représentatives de ce que croit la plus grande partie des populations de la région des Grands Lacs, et qui sont nées de l'enseignement des églises depuis plusieurs générations, ne laisse rien présager de bon pour l'avenir. Une autre inquiétude peut apparaître. Selon plusieurs prêtres rwandais et burundais, parmi les prières faites dans leur jeunesse au séminaire, il y avait celle-ci: «Mon Dieu, délivre-nous des Juifs». C'est, semble-t-il, une très mauvaise traduction de la véritable prière chrétienne: «Mon Dieu, prions pour la conversion des Juifs» qui, loin de chercher à les exclure du monde, appelle au rassemblement dans la chrétienté de tous ceux qui croient en Dieu. On sait que, dans l'idéologie raciste répandue par les missionnaires, les Tutsi hamites sont cousins des Juifs et des autres Blancs, c'est-à-dire qu'ils sont considérés comme des Juifs d'Afrique, ce classement racial positif jusqu'en 1950 devenant négatif ensuite. Le titre du livre publié par le Père de Dorlodot est-il alors innocent lorsqu'il décrit les réfugiés Hutu de l'ex-Zaïre comme des «nouveaux Palestiniens», face aux Tutsi du FPR qui, tels les Juifs d'Israël, seraient en train de créer leur propre Etat sur les ruines de l'Etat hutu, condamnant le peuple à survivre au loin dans des camps de réfugiés ? N'y aurait-il pas, greffé sur la négation du génocide et l'exclusion des Tutsi maudits, l'allusion étonnante dans le monde chrétien actuel à l'anormale survie d'un autre «peuple maudit»: celui d'Israël ?

Bibliographie citée

1. Philippe de Dorlodot, Les réfugiés rwandais à Bukavu au Zaïre. De nouveaux Palestiniens ? Paris: L'Harmattan, 1996, 253p. 2. Dominique Franche, Rwanda, Généalogie d'un génocide. Paris: Editions Mille et Une Nuits, 1997, 95p.. 3. Joseph Gahama, Le Burundi sous administration belge. Paris: Karthala, 1983, 465p. 4. Joseph Gahama, "Le jeu ethnique de la politique coloniale au Burundi", in Les Ethnies ont une histoire (J.P. Chrétien, G. Prunier, éd.), Paris: Karthala, 1989, p.302-313. 5. Monseigneur J. Gorju, Face au Royaume hamite du Ruanda, Le Royaume frère de l'Urundi. Essai de reconstitution historique, moeurs pastorales, folklore. Bruxelles: Vromant & Co., 1938, 118p. + 8p.planches. 6. McCullum, The Angels have left us. The Rwanda Tragedy and the Churches, with a foreword by Mgr. Desmond Tutu. Genève, 1995 [trad. française, Paris: L'Harmattan, 1996, 175p.]. 7. Bonaventure Mageza, Charles de Lespinay, "Les droits de l'homme et l'ethnologie: l'exemple du Burundi", Droit et Cultures n.19, 1990, p.192-214. 8. Augustin Mvuyekure, "Idéologie missionnaire et classification ethnique en Afrique Centrale", in Les Ethnies ont une histoire (J.P. Chrétien, G. Prunier, éd.), Paris: Karthala, 1989, p.314-324. 9. M. Overdulve, Rwanda. Un peuple avec une histoire. Paris: L'Harmattan, 1997, 271p. 10. Nicolas Poincaré, Rwanda. Gabriel Maindron. Un prêtre dans la tragédie. Paris: Ed. de l'Atelier, 1995, 128p. 11. Rumiya, Le Rwanda sous le régime du mandat belge (1916-1931). Paris: L'Harmattan, 1992, 249p. 12. H. Speke, Journal of the Discovery of the Source of the Nile. Edinburgh: Blackwood, 1863, XXI + 658p. Sommaire

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