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EPIREM 4

BULLETIN ÉPIDÉMIOLOGIQUE DE LA RÉUNION ET MAYOTTE DÉCEMBRE 2008

CE NUMÉRO D'EPIREM EST DÉDIÉ À LA MÉMOIRE DE VINCENT PIERRE, QUI AVAIT ACTIVEMENT CONTRIBUÉ À SA
CONCEPTION. DISPARU LE12 OCTOBRE 2008 À LA RÉUNION, VINCENT ÉTAIT LE COORDONNATEUR SCIENTIFIQUE DE
LA CIRE RÉUNION-MAYOTTE. L'ÉQUIPE DE LA CIRE LUI REND HOMMAGE À L'OCCASION DE LA SORTIE DE CE NUMÉRO.

SOMMAIRE

ÉPIDÉMIOLOGIE DU CHIKUNGUNYA À LA RÉUNION


BILAN D’UNE ANNÉE DE SURVEILLANCE 3

LES INTOXICATIONS AU MONOXYDE DE CARBONE


À LA RÉUNION 8

INVESTIGATION AUTOUR D’UN CAS SUSPECT


DE FIÈVRE DE LA VALLÉE DU RIFT À LA RÉUNION 11

LA FIÈVRE TYPHOÏDE À MAYOTTE EN 2007 14

CELLULE INTERRÉGIONALE D’ÉPIDÉMIOLOGIE


DE LA RÉUNION ET MAYOTTE
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ÉDITORIAL

À Vincent

L’épidémie réunionnaise de chikungunya de 2005- importante d’activité habituellement non publiée


2006, aussi inattendue qu’exceptionnelle, a conduit consacrée aux alertes de tous ordres. Cette investigation
à la mise en place d’un système de surveillance a été réalisée conjointement par la Cire, la Drass, la
extrêmement sensible et réactif en période inter- Direction des Services Vétérinaires, le CIRAD et les
épidémique. Dans ce numéro, nous faisons le bilan cliniciens du service de pneumologie et de maladies
d’une année de surveillance épidémiologique de infectieuses du CHR de la Réunion (Pôle de Saint-
cette arbovirose dans l’île depuis la fin officielle de Pierre). Cette enquête a ainsi permis de renforcer les
l’épidémie en avril 2007. L’absence de cas confirmé liens entre ces différents acteurs et de tester leur
biologiquement, la très faible proportion de cas capacité à travailler en étroite collaboration ainsi que
probables et l’absence de cas secondaire dans leur réactivité. Les résultats de cette investigation
l’entourage des cas signalés ne sont pas en faveur n’ont pas mis en évidence une circulation du virus
d’une circulation actuelle du virus chikungunya à la de la FVR dans l’île, confirmant ainsi qu’il est très
Réunion sans que l’on puisse formellement écarter peu probable que la FVR soit actuellement présente
un très faible niveau de transmission sporadique. à la Réunion.

La thématique « Santé-Environnementale » est Enfin, un point épidémiologique sur la fièvre


également abordée au travers d’un article sur les typhoïde à Mayotte en 2007, confirme le caractère
intoxications au monoxyde de carbone à la Réunion. endémique de cette maladie sur ce territoire. Les
Ces intoxications potentiellement graves voire fatales, maladies liées au péril fécal constituent toujours un
sont peu connues et probablement sous estimées à la problème important de santé publique sur cette île
Réunion, puisque le travail présenté ici met en évidence qui s’explique, notamment, par des problèmes de
une différence notable entre le nombre de cas signalés promiscuité et d’assainissement des eaux dans certains
et le nombre de cas hospitalisés. Il convient donc de quartiers.
rester vigilant, d’évoquer le diagnostic de façon
systématique en présence de symptômes généraux Ce bulletin est probablement le dernier sous son
compatibles et de signaler les cas confirmés à la appellation « EPIREM » (bulletin épidémiologique
Drass afin qu’elle puisse mettre en œuvre des de la Réunion et Mayotte). En effet, une harmonisation
actions de prévention. nationale des bulletins des Cires est prévue en 2009
et devrait donner naissance à un « Bulletin de Veille
L’investigation d’un cas suspect de fièvre de la vallée Sanitaire ».
du Rift (FVR) à la Réunion dont les résultats sont Dr Eric D’Ortenzio
négatifs est présentée ici pour illustrer cette part très Cire Réunion-Mayotte
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EPIDÉMIOLOGIE DU CHIKUNGUNYA À LA RÉUNION


BILAN D’UNE ANNÉE DE SURVEILLANCE
19 AVRIL 2007 – 18 AVRIL 2008
Cire Réunion Mayotte

le ministère de la santé annonçait dans un communiqué


de presse que l’île de la Réunion était désormais en
INTRODUCTION

Le chikungunya est un Alphavirus de la famille des situation inter-épidémique de chikungunya .


Togaviridae [1] transmis à l’homme par des moustiques À ce jour, l’île de la Réunion est toujours en phase
femelles du genre Aedes (Ae. aegypti, Ae. albopictus). d’inter-épidémie pour le chikungunya. Cependant,
L’infection par le virus chikungunya associe une fièvre l’épidémie majeure de 2005-2006 [4], les épidémies
de dengue de 1977-1978 et de 2004 [6], l’augmenta-
d’apparition brutale, des arthralgies et éventuelle-
tion du nombre de voyageurs en provenance de
ment des céphalées, des myalgies, des éruptions
zones d’endémie arbovirale et la présence de vecteurs
cutanées [2]. Le virus a été isolé la première fois en
compétents sur l’ensemble de l’île [7] imposent une
1953 en Tanzanie [3]. La transmission s’effectue sur
surveillance épidémiologique et entomologique
un mode endémo-épidémique dans les zones rurales
rigoureuse dans le but de détecter et localiser précoce-
d’Afrique tropicale, les zones urbaines d’Asie et sur
ment les éventuels foyers de transmission d’arbovirus.
le sous-continent Indien et les Philippines [2], où la
L’objectif de ce travail est de présenter le dispositif
maladie peut réapparaître après des années ou même
de surveillance du chikungunya mis en place à la
des décennies d'absence [4]. Le 16 Mars 2005,
Réunion depuis le passage en phase inter-épidémique,
l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) alerte
et d’en exposer les résultats à l’issue de la première
les autorités sanitaires qu’une épidémie de chikun-
année pleine d’inter-épidémie.
gunya sévit aux Comores. Il s’agit de la première
émergence du virus dans la zone Sud Ouest de
l’Océan Indien. À la Réunion, la première confirmation
MÉTHODE
biologique d’infection par le virus chikungunya est
réalisée le 29 avril 2005 et le premier cas identifié
2.1. SYSTÈME DE SURVEILLANCE DU CHIKUN-

rétrospectivement est survenu le 22 février 2005. La


GUNYA À LA RÉUNION EN INTER-ÉPIDÉMIE

dynamique de l’épidémie a connu deux grandes


périodes. Après un pic d’ampleur modérée (450 cas La Cellule interrégionale d’épidémiologie de la
2.1.1. LA SURVEILLANCE BIOLOGIQUE

hebdomadaires en mai 2005), l’incidence s’est Réunion et Mayotte (Cire RM) et la Cellule de veille
stabilisée autour de 100 cas par semaine pendant sanitaire (CVS) de la Drass ont mis en place une
l’hiver austral avant d’augmenter brutalement à la surveillance biologique du chikungunya à la Réunion
fin du mois de décembre avec des conditions depuis le 19 avril 2007 à l’entrée en phase inter-
climatiques favorables aux vecteurs. Le pic épidémi- épidémique. Pour cela, les médecins de l’île ont été
que a été atteint au cours de la 5e semaine de 2006 et incités à prescrire une confirmation biologique
évalué à plus de 45 000 cas hebdomadaires. Au 2 chikungunya et dengue devant tout patient présentant
avril 2006, près de 244 000 personnes (soit 35 % de un syndrome «dengue like» (cf. définitions de cas 2.3).
la population réunionnaise [4]) avait été touchée par Le principe retenu est de prescrire dans tous les cas une
le chikungunya. A posteriori, une étude de séropré- sérologie IgM et IgG chikungunya et dengue (renou-
valence a documenté 38.2 % de personnes porteuses velée si besoin 15 jours plus tard) et si les symptômes
d’anticorps contre le virus du chikungunya [5]. évoluent depuis moins de 5 jours de prescrire également
L’incidence hebdomadaire a ensuite diminué et il une RT-PCR chikungunya et dengue.
n’a pas été observé de reprise épidémique lors du La surveillance du chikungunya à la Réunion repose
retour de l’été austral à la fin de l’année 2006. sur le signalement des IgM chikungunya limites ou
Le dernier cas autochtone biologiquement confirmé positives ou d’une RT-PCR chikungunya positive ou
a été rapporté en décembre 2006. Le 19 avril 2007, d’un isolement viral chikungunya positif.
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Ces signalements sont transmis par les laboratoires de un ou plusieurs symptômes non spécifiques
d’analyse de biologie médicale (LABM) métropolitains suivants: douleurs musculo-articulaires, manifestations
Cerba et Mérieux qui réalisent les sérologies transmises hémorragiques, céphalées frontales, asthénie, signes
par les laboratoires d’analyse de biologie médicale digestifs, douleur rétro-orbitaire, éruption maculo-
de l’île et par les laboratoires hospitaliers du Centre papuleuse ET en l’absence de tout autre point
Hospitalier Régional (CHR) de la Réunion (Pôle de d’appel infectieux.
Saint-Denis et Pôle de Saint-Pierre) qui réalisent éga- Pour rappel tout syndrome dengue like doit faire
lement les RT-PCR. l’objet d’une confirmation chikungunya et dengue
C’est le bilan de cette surveillance biologique qui est (cf. chapitre 2.1.1).
présenté dans les résultats de ce rapport.

Patient présentant un syndrome « dengue like » avec


• Cas probable de chikungunya

une date de début des signes (DDS) récente (≤ 2


2.2. RECHERCHE ACTIVE

En complément du dispositif précédent, les équipes mois) ET des IgM chikungunya limites ou positives1.
de lutte anti-vectorielle procèdent sur le terrain à une
recherche active de personnes présentant des symp-
Présence d’un des critères virologiques ou sérologiques
• Cas confirmé de chikungunya
tômes évocateurs du chikungunya afin d’identifier
d’éventuels foyers de transmission. Cette recherche suivants :
est effectuée dans l’entourage de chaque cas signalé - isolement viral,
par les laboratoires ainsi que dans les zones de - mise en évidence du génome viral par RT-PCR,
prospection entomologique (zones à risque identifié - séroconversion ou augmentation récente du titre
ou signalées par des particuliers à un numéro des IgG chikungunya 4 fois ou plus sur 2 sérums
d’appel gratuit mis en place par la Drass depuis prélevés à 2 semaines d'intervalle minimum.
l’épidémie de chikungunya). Les situations suspectes
éventuellement repérées par ce dispositif sont inves-
Tout cas ayant voyagé dans une zone d’endémie de
• Cas de chikungunya importé
tiguées par la Cire.
Le cas échéant, si l’investigation épidémiologique chikungunya connue et dont le délai entre la date de
confirmait l’existence d’un foyer suspect, des retour à la Réunion et la DDS est ≤ 7 jours est
confirmations biologiques seraient demandées aux considéré comme un cas possiblement importé.
médecins traitants dans le but d’identifier formellement
le virus responsable du foyer. 2.4. INVESTIGATION ÉPIDÉMIOLOGIQUE

Chaque signalement donne lieu à un appel au médecin


prescripteur. Cet appel au médecin permet d’exclure
2.3. DÉFINITIONS DE CAS UTILISÉES POUR LA

les rechutes, les demandes pour information sur statut


SURVEILLANCE DU CHIKUNGUNYA À LA

immunitaire (beaucoup de personnes souhaitent a


RÉUNION

Les définitions utilisées pour la surveillance ont été posteriori connaître leur statut vis-à-vis du chikun-
validées par un groupe d’experts comprenant des gunya) pour lesquelles une intervention des agents
cliniciens, biologistes, épidémiologistes, entomolo- de la lutte anti-vectorielle (LAV) de la Drass et une
gistes, sociologues, vétérinaires qui composent le enquête épidémiologique n’est pas nécessaire.
Comité des Maladies Infectieuses et Emergentes En cas de suspicion d’infection récente ou en cas de
(CMIE) de la Réunion créé par arrêté préfectoral en non réponse du médecin, une enquête épidémiologique
novembre 2007 et rattaché au Groupement Régional avec recueil de données à l’aide d’une fiche standar-
de Santé Publique (GRSP) de la Réunion. disée accompagnée de mesures de lutte intégrée
(élimination des gîtes et éducation sanitaire) est assu-
rée au domicile des cas signalés par les agents du
Les définitions suivantes ont été retenues :

Tout patient présentant les symptômes suivants: fièvre service de LAV. Cette enquête permet de documenter
• Syndrome « dengue like »

d’apparition brutale (>38,5 °C) AVEC association la date d’apparition des premiers signes cliniques,

1 - Les cas qui ne présentent pas de syndrome « dengue like » ou pour lesquels il n’est pas retrouvé de DDS récente sont considérés comme des cas « pos-
sibles » mais ne sont pas pris en compte dans l’analyse de la situation épidémiologique.
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la nature de ces signes et la localisation géographique Ces investigations ont permis de classer ces signale-
du domicile des cas avec un pointage GPS. Ces ments selon les définitions validées par le CMIE
renseignements permettent le classement des cas sui- (tableau 1). Seulement 6 cas sur 123 cas enquêtés
vant les définitions retenues. L’investigation inclut (4,9 %) répondaient à la définition de cas probables.
également un volet de recherche active dans le Aucun cas ne correspondait à la définition de cas
voisinage de chaque signalement afin de détecter confirmé.
d’éventuels cas groupés. Les signalements et données
Les 6 cas probables se répartissent tout au long de cette
Distribution temporo-spatiale des cas probables :
ainsi recueillies entre le 19 avril 2007 et le 18 avril
année d’étude (avril 2007-avril 2008) comme suit:
2008 ont été enregistrés dans une base de données
- 3 cas en 2007 (1 en août, 1 en octobre et 1 en novembre)
Epidata Entry® et analysées par la Cire RM.
- 3 cas en 2008 (1 en janvier, 1 en février et 1 en avril ).
Bien que respectivement 2 et 3 cas de chikungunya
probables soient survenus sur les communes de
RÉSULTATS
Saint-Denis et Saint-Paul, aucun regroupement spatial
Au total entre le 19 avril 2007 et le 18 avril 2008, ni temporel n’a été mis en évidence dans ces communes.
• Les sérologies chikungunya :

215 signalements correspondant à la mise en évidence Le 6e cas est survenu dans le sud à Petite Ile.
d’un taux d’IgM chikungunya positifs ou limites ont Aucun cas secondaire n’a été retrouvé par la recherche
été transmis à la CVS de la Drass. Après entretien active et aucun foyer de transmission virale active
avec le médecin prescripteur, 132 signalements ont n’a été identifié.
été retenus et ont donné lieu à des investigations Aucun de ces cas n’avait voyagé dans les 7 jours
épidémiologiques par le service de LAV sur le terrain. précédant la survenue des premiers signes cliniques.
Seules 9 personnes sur 132 (6,8 %) n’ont pu être Les enquêtes réalisées par les agents de la lutte anti-
interrogées (8 personnes introuvables ou absentes aux vectorielle n’ont pas permis d’identifier de formes
3 différents passages de la LAV, et 1 personne décé- graves de chikungunya ou de formes ayant nécessité
dée d’une cause sans lien avec le chikungunya). une hospitalisation.

Tableau 1: Résultats de l’investigation des signalements biologiques (IgM) adressés à la CVS dans le cadre de la surveillance
du chikungunya, la Réunion, 19 avril 2007-18 avril 2008

19/04/07 au 18/04/08
Résultats de l’investigation des signalements d’IgM chikungunya N (%)

Nombre de signalements biologique enquêtés 123 (93)

- signalements ne répondant pas aux définitions de cas 117

- signalements répondant aux définitions de cas 6

• dont signalements répondant à la définition de cas confirmés 0

• dont signalements répondant à la définition de cas probables 6

Nombre total de signalements biologiques non enquêtés 9 (7)

Total des signalements biologiques de chikungunya retenus pour investigation 132 (100)
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60 % de la population réunionnaise restait immuno-


Le nombre de RT-PCR chikungunya réalisées au logiquement naïve [8]. Il est possible que le taux de
• Les RT-PCR chikungunya.

CHR de la Réunion (Pôle Saint-denis et Pôle Saint- séroprévalence soit plus élevé dans les zones où les
Pierre) est présenté dans le tableau 2. personnes ont été le plus exposées en 2005 et 2006
qu’en population générale (38 %), ce qui pourrait
Tableau 2 : Répartition du nombre de RT-PCR
chikungunya réalisées et positives au CHR de la Réunion expliquer, avec une politique active de lutte anti-vec-
(Pôle Saint-denis et Pôle Saint-Pierre), la Réunion torielle collective et individuelle, l’absence de reprise
19/04/2007 au 18/04/2008. épidémique pendant l’été austral en 2007 et en 2008.
La proportion des cas probables de chikungunya par
RT-PCR CHIKUNGUNYA rapport au nombre de signalement (2,8 %) est très
Effectuées Positives faible et traduit une très grande sensibilité du dispo-
n (%) sitif de surveillance. En outre, la prescription de
sérologie chikungunya est souvent réalisée par excès
Pôle Saint-Denis 1006 0 (0) dans la mesure où la demande faite aux médecins est
Pôle Saint-Pierre 650 0 (0) de prescrire une recherche biologique de chikungunya
Total 1656 0 (0) et de dengue devant tout syndrome dengue-like.
De plus, il est actuellement très difficile de dater une
infection par le virus chikungunya car les IgM sont
DISCUSSION très persistants. Ainsi une étude récente montre que
chez 55 % des personnes étudiées des IgM chikun-
Depuis le passage en inter épidémie, et pendant une gunya étaient retrouvés entre 13 et 18 mois après
année complète de surveillance, 215 signalements l’infection initiale [9].
biologiques de chikungunya ont été reçus à la CVS de Bien qu’un résultat positif en IgM chikungunya ne
la Drass grâce au dispositif de surveillance biologique témoigne donc pas nécessairement d’une infection
mis en place à la Réunion. récente par ce virus, tout résultat IgM limite ou posi-
tif fait, par précaution, l’objet d’une investigation.
Parmi ces 215 signalements, sur les 123 sujets retenus Cette précaution permettrait, le cas échéant, de
comme correspondant à une suspicion d’infection détecter les éventuels cas de chikungunya débutants
récente et ayant été enquêtés par les services de la pour lesquels le délai entre la piqûre infectante et la
LAV, seuls 6 cas correspondaient à la définition de prise de sang, serait trop court pour que le taux
cas probables de chikungunya (4,9 %). Parmi ces cas, d’IgM soit supérieur au seuil.
les enquêtes réalisées n’ont pas rapporté de forme
grave ou de forme ayant nécessité une hospitalisation. Aujourd’hui les raisons avancées pour la mise à
Aucune confirmation d’infection récente, ni aucun déclaration obligatoire (DO) de la dengue sont toutes
regroupement temporo-spatial de cas n’a été détecté à réunies pour une DO chikungunya étant entendu que
la Réunion au cours de cette année d’inter épidémie. l’objet de la DO est le signalement en urgence pour
L’absence de cas confirmés biologiquement, la très contrôler un début d’épidémie. Si la DO pour le
faible proportion de cas probables (4,9 % des cas chikungunya était un jour étendu à la Réunion, il
enquêtés) et l’absence de cas secondaire dans l’en- serait quand même probablement nécessaire de
tourage des cas signalés ne sont pas en faveur de la maintenir le dispositif de surveillance actuel basé
poursuite d’une circulation du virus chikungunya sur les LABM, à l’instar du dispositif en vigueur
sur l’île de la Réunion sans, cependant, que l’on pour la surveillance de la dengue, en raison des faibles
puisse aujourd’hui écarter une transmission sporadique performances de la DO en termes d’exhaustivité des
à faible niveau. déclarations [10].

Le taux de reproduction (R0) de 3,5 (2 à 11) calculé La surveillance biologique du chikungunya mise en
pendant l’épidémie de 2005-2006 indiquait qu’on ne œuvre à la Réunion depuis le 19 avril 2007 apparaît
pouvait pas exclure une reprise épidémique à la donc comme le moyen de surveillance épidémiologi-
Réunion si le virus continuait à circuler alors que que le plus adapté à une situation inter-épidémique.
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Le signalement biologique précoce des cas et cipation active des laboratoires réunionnais et
l’investigation épidémiologique qui en découle métropolitains aux signalements des cas. En amont,
permettent de localiser précisément les patients et il est important que l’ensemble des médecins soit
d’appliquer des mesures de lutte anti vectorielle
sensibilisé aux bonnes pratiques de prescription de
ciblées.
RT-PCR chikungunya et de sérologie (IgM et IgG)
L’objectif de cette surveillance biologique est de
détecter le plus précocement possible des cas groupés chikungunya devant tout patient présentant un
afin de prévenir une éventuelle reprise épidémique. syndrome dengue-like, conformément aux recom-
Cette surveillance ne peut être réalisée sans la parti- mandations du CMIE.

RÉFÉRENCES

[1] Fauquet CM, Mayo MA, Maniloff J, Desselberger U, Ball LA, editors. Virus Taxonomy : 8th Report of the
International Committee on Taxonomy of virus. Academic Press, Elsevier; 2005. p. 1162.

[2] David L. Heymann, MD Editor, 2004. Control of Communicable Diseases Manual. Washington, DC: American
Public Health Association, 35-36.

[3] Robinson MC, 1955. An epidemic of virus disease in Southern Province, Tanganyika Territory in 1952-1953. I.
Clinical features. Trans R Soc Trop Med Hyg 49: 28-32.

[4] Renault P, Solet JL, Sissoko D, Balleydier E, Larrieu S, Filleul L, Lassalle C, Thiria J, Rachou E, de Valk H, Ilef D,
Ledrans M, Quatresous I, Quenel P, Pierre V. À major epidemic of chikungunya virus infection on Reunion Island,
France, 2005-2006. Am J Trop Med Hyg. 2007;77:727-31.

[5] Gerardin P, Perrau J, Fianu A, Favier F. Déterminants de l’infection à virus chikungunya à la Réunion : résultats de
l’enquête Sérochik de séroprévalence en population, août-octobre 2006. Bull Epidemiol Hebd. 2008; 38-39-40:361-3.

[6] Pierre V, Thiria J, Rachou E, Lassalle C, Sissoko D, Renault P. Dengue fever outbreak in La Réunion Island in 2004.
Poster International congress “Medicine and health in the tropics” Marseille, France, 2006.

[7] Delatte H, Dehecq JS, Thiria J, Domerg C, Paupy C, Fontenille D. Geographic Distribution and Developmental Sites of
Aedes albopictus (Diptera: Culicidae) During a Chikungunya Epidemic Event. Vector Borne Zoonotic Dis. 2008;8:25-34.

[8] Boëlle P.Y, Thomas G, Vergu E, Renault P, Valleron, Flahault Investigating transmission in a two wave epidemic of
Chikungunya fever, Réunion Island. Vector borne and zoonootic diseases Volume 8, Number 1, 2008.

[9] Grivard P, Le Roux K, Laurent P, Fianu A, Perrau J, Gigan J, Hoarau G, Grondin N, Staikowsky F, Favier F, Michault
Molecular and serological diagnosis of chikungunya virus infection. Pathologie Biologie 55 (2007) 490-494.

[10] Epirem N°3, Cellule Interrégionale d’épidémiologie Réunion-Mayotte, juillet 2008. Disponible sur :
http://invs.sante.fr/publications/epirem/epirem_3.pdf
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LES INTOXICATIONS AU MONOXYDE DE CARBONE


À LA RÉUNION
Cire Réunion Mayotte

La susceptibilité au CO est plus grande chez les per-


sonnes souffrant d’un déficit en oxygène (maladies
CONTEXTE
Le monoxyde de carbone (CO) est un gaz indétectable cardiaques et pulmonaires, anémie, hémoglobine
sans appareillage, incolore et inodore. Il est le résultat anormale) ou dont le besoin en oxygène est accru
d’une combustion incomplète quelle que soit la (hyperthyroïdie, grossesse).
source d’énergie : bois, gaz (naturel, butane, propane Le fœtus est particulièrement sensible à ce gaz.
ou pétrole liquéfié), charbon ou essence par manque Lors de l’intoxication, on constate une diminution
d’oxygène. Sa densité est voisine de celle de l’air et immédiate de la quantité d’oxygène qui lui parvient
alors que ses besoins sont très élevés, ses organes et
il se diffuse très vite dans l’environnement. Le
surtout son cerveau étant en phase de croissance.
monoxyde de carbone agit comme un gaz
L’intoxication est responsable de troubles du
asphyxiant très toxique prenant la place de l’oxygène
développement, de retard de croissance voire de
dans le sang. Il peut s’avérer mortel en moins d’une
mort in utero. Des troubles neurologiques peuvent
heure. En France, le nombre annuel d’hospitalisations
apparaître immédiatement après l’intoxication ou
dues à une intoxication au monoxyde de carbone est
après un intervalle libre variant de quelques jours à
estimé à 6000 et ce gaz représente la première cause de 3 à 4 semaines (syndrome post intervallaire). Ces
mortalité accidentelle par intoxication. Il tue encore accidents peuvent laisser des séquelles à vie, de type
chaque année plus de 300 personnes (intoxications neurologiques (syndrome parkinsonien, surdité de
domestiques, professionnelles, émanations d’incendie, perception, polynévrites, troubles du comportement)
de véhicules à moteur, suicides). La moitié de ces et cardiaques (troubles de la repolarisation, infarctus
décès (environ 150 décès annuels) sont consécutifs à du myocarde). De rares études longitudinales de
des intoxications accidentelles survenues dans l’habitat. victimes d’intoxications au CO ont estimé la
fréquence de ces séquelles de 1 à 4 % pour les effets
LES EFFETS SUR LA SANTÉ secondaires graves1, les manifestations mineures2
atteignant 4 à 40 % des patients intoxiqués.
L’intoxication au monoxyde de carbone est heureu-
sement réversible et l’apport de fortes concentrations
Le monoxyde de carbone provoque 2 types d’in-

• L’intoxication faible ou chronique: elle se manifeste d’oxygène à haut débit (oxygénothérapie) est le premier
toxication :

par des maux de tête, des nausées, une confusion traitement à mettre en œuvre dans les meilleurs
mentale et de la fatigue. Elle est lente et les symptômes délais afin d’en limiter les conséquences.
de cette intoxication peuvent ne pas se manifester
immédiatement. LES SOURCES
• L’intoxication grave : plus rapide, elle entraîne
des vertiges, des troubles du comportement, des pertes
Les sources de monoxyde de carbone dans l'habitat

de connaissance, le coma ou le décès. - les chaudières (bois, charbon, gaz, fioul),


sont les différents appareils à combustion :

Le monoxyde de carbone est absorbé exclusivement - les chauffe-eau et chauffe-bains,


et rapidement par les poumons. Il pénètre dans les - les groupes électrogènes utilisés en intérieur,
globules rouges, se fixe sur l’hémoglobine du sang à - les inserts de cheminées, poêles,
la place de l’oxygène, et empêche ainsi l’oxygénation - les chauffages mobiles d’appoint utilisés en continu,
des cellules. Il peut s’avérer mortel en moins d’1 - les cuisinières (bois, charbon, gaz),
heure : 0,1 % de CO dans l’air tue en 1 heure, 1 % - les décolleuses à papier peint,
de CO dans l’air tue en 15 minutes, 10 % de CO - les moteurs automobiles dans les garages,
dans l’air tuent immédiatement. - des appareils détournés de leur usage normal en
Les organes les plus sensibles au défaut d’oxygénation vue de servir de chauffage : réchauds de camping,
sont le système nerveux central et le cœur. panneaux radiants, fours,…
1 - Effets considérés comme grave: altérations majeures des fonctions cognitives associées à diverses manifestations neurologiques (syndrome pyramidal,
déficit moteur, manifestations extrapyramidales).
2 - Manifestations mineures: asthénie, troubles de la vision, de l’audition, de la mémoire, céphalées, manifestations dépressives, modifications du comportement.
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Les indications thérapeutiques dépendent quant à


- la mauvaise évacuation des produits de combustion ; elles essentiellement de l’état clinique des patients :
Dans la majorité des cas, les accidents résultent de:

- le défaut de ventilation dans la pièce où est installé Ils peuvent bénéficier d'oxygénothérapie hyperbare
l’appareil (pièces calfeutrées, sorties d’air bouchées) ; (90 mn en caisson hyperbare) dans les cas suivants :
- le défaut d’entretien ou la vétusté des appareils perte de connaissance initiale, atteinte neurologique
susceptibles de produire du CO ; patente (coma, syndrome pyramidal, femme
- la mauvaise utilisation de certains appareils (appareils enceinte, atteinte cardiaque clinique ou électrique).
de chauffage d’appoint utilisés en continu par exemple, Pour les autres situations, 12 heures d'oxygène nor-
appareils de fortune, groupes électrogènes…). mobare au masque à haute concentration et fort
débit (12 à 15 L/min) sont alors recommandées.
Parfois deux ou plusieurs facteurs interviennent Pour tous renseignements complémentaires sur la
dans l’accident. prise en charge thérapeutique, se reporter au rapport
Dans l’habitat, les appareils et installations à l’ori- du Conseil supérieur d’hygiène publique de France
gine des intoxications sont avant tout les appareils du 18 mars 2005 : repérer et traiter les intoxications
de chauffage, de production d’eau chaude et moins oxycarbonées.
fréquemment les appareils de cuisson. En métropole
les accidents surviennent donc préférentiellement LA RÉGLEMENTATION
durant les périodes froides lorsque se chauffer
devient nécessaire (d’octobre à avril). Suite à l’avis du Conseil Supérieur d’Hygiène
Le risque d’intoxication est accentué par les condi- Publique de France du 12 décembre 2002, la
tions sociales (habitat vétuste, défaut d’entretien des Direction Générale de la Santé a décidé de mettre en
appareils, chauffages d’appoint, défaut d’évacuation place un dispositif national de surveillance des
des gaz), les conditions météorologiques (froid, intoxications au monoxyde de carbone. Ce disposi-
brouillard) et les habitudes locales. Au-delà des chif- tif de surveillance a été retenu en 2004 comme l’un
fres relevés et du fait du peu de spécificité des symp- des 3 axes d’action adoptés par le plan national santé
tômes associés, l’intoxication par le CO est vraisem- – environnement, pour répondre à l’objectif n°23 de
blablement sous estimée. la loi relative à la politique de santé publique du 9
À la Réunion, bien que les conditions météorologi- août 2004 : « réduire de 30 % la mortalité par intoxi-
ques soient moins propices qu’en métropole un ris- cation oxycarbonée à l’horizon 2008 ».
que potentiel existe du fait de l’existence de chauffe- La description complète du dispositif figure dans la
eaux non raccordés à un conduit d’évacuation des circulaire interministérielle n°DGS/SD7C/
gaz ; il existe en outre une petite proportion d’habi- 2004/540 du 16 novembre 2004 relative à la surveil-
tations, situées dans les hauts de l’île, qui ont lance des intoxications au monoxyde de carbone et
recours, temporairement en hiver austral, à des aux mesures à mettre en œuvre ainsi que dans la cir-
appareils de chauffage d’appoint. culaire interministérielle n°DGS/SD7C/2005/552 du
14 décembre 2005 qui modifie la précédente.
LE DIAGNOSTIC ET LE TRAITEMENT
Le dispositif prévoit non seulement un signalement
La symptomatologie de l’intoxication au CO est des intoxications avérées ou soupçonnées par
variable et peu spécifique, ce qui explique la diffi- monoxyde de carbone quelle que soit la cause de
culté de poser le diagnostic en l’absence de contexte l’intoxication : domestique ou professionnelle, véhi-
évocateur ou de mesure systématique du gaz. Les cule, suicide, mais également des situations d’expo-
signes cliniques sont essentiellement généraux, car- sition donc de danger potentiel. Il vise un double
diovasculaires, neurologiques et sensoriels. objectif : alerter sur les cas d’intoxications afin de
Le polymorphisme de la symptomatologie (cépha- repérer les sources d’intoxications et prendre les
lées, vertiges, nausées, asthénie, faiblesse muscu- mesures préventives nécessaires pour éviter la réci-
laire…), surtout en cas d'intoxications non massives dive, et recueillir les informations nécessaires pour
peut donner lieu à des diagnostics erronés par défaut une analyse épidémiologique.
(hypoglycémie, épilepsie, intolérance alimentaire et
pathologie digestive, migraines, pathologies psy- auprès de la Cellule de veille sanitaire (CVS) de la
À la Réunion ces signalements doivent être faits

chiatriques...). Le diagnostic est posé sur l’associa- Drass (tél. : 02.62.93.94.15, fax : 02.62.93.94.56,
tion d’arguments cliniques, biologiques (oxycarbo- DR974-alerte@sante.gouv.fr) afin que des enquêtes
némie), environnementaux (mesures dans l’air techniques (médicales et environnementales) puissent
ambiant) et technologiques. avoir lieu et que des mesures de prévention soient prises.
EPIREM BULLETIN ÉPIDÉMIOLOGIQUE DE LA RÉUNION ET MAYOTTE DECEMBRE 2008 PAGE 10

Figure 1 : Nombre d’hospitalisations pour intoxication par le monoxyde de carbone, 2003-2007, la Réunion

LA SITUATION À LA RÉUNION CONCLUSION


L'intoxication au monoxyde de carbone est une
Au cours des années 2004 à 2007, 6 signalements
1 • DISPOSITIF DE SURVEILLANCE
intoxication potentiellement grave. Elle nécessite une
d’intoxications au monoxyde de carbone sont parvenus prise en charge rapide et spécifique bien codifiée
à la Drass de la Réunion. Ces intoxications ont concerné actuellement. Il convient de rester vigilant et d’évoquer
au total 18 personnes (10 adultes et 8 enfants). Tous les le diagnostic de façon systématique en présence de
cas ont été hospitalisés et parmi ceux-ci 4 cas (1 adulte symptômes généraux compatibles puisque qu’aucun
et 3 enfants) ont fait l’objet d’un traitement hyperbare. signe clinique n’est spécifique de l'intoxication oxy-
Un chauffe-eau a été mis en cause à 5 reprises et carbonée.
dans le dernier cas l’accident provenait de l’installation
d’un brasero au charbon dans une pièce fermée.
Un large appel est fait aux praticiens libéraux et hos-
À L’ATTENTION DES PROFESSIONNELS

pitaliers, urgentistes, laboratoires d’analyses médicales,


Une autre source d’information est constituée par les
2 • DONNÉES DU PMSI
services départementaux d’incendie et de secours,
données issues du programme de médicalisation des
chauffagistes et travailleurs sociaux pour qu’ils
systèmes d’information qui permet de comptabiliser
déclarent tous cas avérés ou soupçonnés et toutes
le nombre de résumé de séjour anonymisé (RSA) où
situations à risque d’intoxication oxycarbonée afin
le code T58 (effet toxique du monoxyde de carbone)
de permettre une investigation rapide et la prise de
de la classification internationale des maladies, 10e
mesures de prévention. Les signalements doivent
révision (CIM10) a été inscrit en diagnostic principal.
On recense sur la période 2003-2007 un total de 92
(CVS) de la Drass (tel : 02.62.93.94.15, fax :
être adressés à la Cellule de veille sanitaire
hospitalisations pour intoxication oxycarbonée :
mini: 11, maxi: 24, moyenne annuelle: 18,4 (figure 1). 02.62.93.94.56, DR974-alerte@sante.gouv.fr).

Bien que ces chiffres soient d’interprétation discutable


• Faites vérifier chaque année vos installations par un
INFORMATIONS ET CONSEILS
(causes possibles d’erreurs par excès ou par défaut
inhérentes aux règles de codage) et ne concernent professionnel: chauffe-eau et chauffe-bains, chaudières,
que les cas hospitalisés, ils permettent néanmoins de cheminées, inserts et poêles, conduits d’aération ;
mettre en évidence un ordre de grandeur de l’importance • Aérez votre logement et ne bouchez jamais les
du phénomène à la Réunion et de souligner le manque entrées d’air ;
de sensibilité actuel du dispositif de surveillance qui • Faites effectuer un ramonage mécanique de vos
repose sur le signalement à la Drass des intoxications conduits et cheminées au moins une fois par an ;
oxycarbonées. En effet, en se basant uniquement sur les • N’utilisez pas en intérieur un groupe électrogène ;
cas hospitalisés, il apparaît que moins d’un cas sur 4 • N’utilisez pas pour vous chauffer des appareils non
(18/81) a fait l’objet d’un signalement sur la période destinés à cet usage : réchauds de camping, fours,
2004-2007. braseros…
EPIREM BULLETIN ÉPIDÉMIOLOGIQUE DE LA RÉUNION ET MAYOTTE DECEMBRE 2008 PAGE 11

INVESTIGATION AUTOUR D’UN CAS SUSPECT


DE FIÈVRE DE LA VALLÉE DU RIFT À LA RÉUNION
N. Baroux1, P. Renault1, D. Sissoko1, G. Borgherini2, C Lassalle3, A. Martrenchar4, V. Pierre1
1/ Cellule interrégionale d’épidémiologie Réunion-Mayotte, InVS, St Denis, La Réunion. 2/ Groupe Hospitalier Sud Réunion de Saint
Pierre, la Réunion. 3/ Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales de la Réunion, Saint-Denis. 4/ Direction des services
vétérinaires de la Réunion.

fébrile après consultation chez son médecin traitant.


Après interrogatoire et examen clinique complet, le
INTRODUCTION
La fièvre de la vallée du Rift (FVR) est une zoonose patient a bénéficié d’un bilan biologique comprenant
virale touchant principalement le bétail mais pouvant un hémogramme, les paramètres biochimiques
aussi infecter l'homme. La transmission à l’homme inflammatoires, hydroélectrolytiques, et hépatorénaux.
s’effectue dans la grande majorité des cas par Puis, sur la base de l’orientation diagnostique, un
contact avec des animaux infectés (sang, secrétions, bilan microbiologique (RT-PCR et sérologie) ciblant
produits d’avortement, lait cru ou viande). Les piqûres certaines pathologies virales et bactériennes (dengue,
par des insectes infectés sont considérées comme un chikungunya, hépatites A, B et C, cytomégalovirus,
autre mode de transmission possible[1]. leptospirose) et des hémocultures ont été effectués
La résurgence épidémique de la FVR dans les pays localement.
côtiers d’Afrique de l’Est en 2006-2007 [2] a Suite aux propositions de la réunion indiquée ci-dessus,
conduit à la mise en place d’une veille à la Réunion et de la négativité du premier bilan biologique, il a
et à Mayotte dans le but de détecter son introduction été décidé dans un deuxième temps de rechercher
et sa propagation éventuelles. Ainsi, dès mars 2008, des pathologies inhabituelles à la Réunion notamment
la circulation animale et humaine de la FVR a été le West Nile et la FVR.
documentée à Mayotte [3], alors que l’Organisation Les recherches sérologiques de ces deux arboviroses
Mondiale de la Santé (OMS) rendait publique la par le CNR ont été effectuées sur des sérums
notification par les autorités malgaches d’une épidémie séquentiels prélevés le 25 mars 2008 (hospitalisa-
de FVR ayant causé 418 cas dont 59 biologiquement tion), le 15 avril et 5 juin 2008 (consultations). Il est
confirmés et 17 décès à la date du 17 avril 2008 [4] . à souligner que les sérologies dengue, chikungunya
C’est dans ce contexte de circulation régionale de la et leptospirose avaient été contrôlées à nouveau sur
FVR qu’étaient signalés à la Réunion en mars 2008 le prélèvement du 15 avril 2008.
plusieurs cas de syndromes fébriles inexpliqués
après un premier bilan clinique et microbiologique.
À l’issue d’une réunion organisée le 5 mai 2008 par L’enquête épidémiologique a reposé sur un ques-
INVESTIGATION ÉPIDÉMIOLOGIQUE

la Cellule de veille sanitaire de la Drass (CVS-Drass) tionnaire administré en face à face au domicile du cas
et en présence des cliniciens et biologistes hospitaliers par un épidémiologiste de la Cire accompagné d’une
et des épidémiologistes de la Cellule interrégionale infirmière de la CVS-Drass et d’une technicienne
d’épidémiologie Réunion-Mayotte (Cire), il a été des services vétérinaires. Le questionnaire a été réalisé
décidé de demander au centre national de référence à partir d’un questionnaire conçu pour l’investigation
(CNR) des arbovirus de compléter l’investigation des fièvres hémorragiques virales [5] et adapté à la
biologique des cas. Alors que cet épisode de fièvres situation locale à partir du modèle utilisé en cas de
inexpliquées avait cessé spontanément, le CNR des suspicion de paludisme autochtone (maladie à trans-
arbovirus signalait le 3 juin 2008 qu’un prélèvement mission vectorielle). Il était composé d’items permettant
sanguin précédemment soumis à leur analyse présen- le recueil des caractéristiques démographiques et
tait un profil biologique potentiellement compatible des habitudes de vie en ciblant tout particulièrement
avec une infection récente par le virus de la FVR. celles susceptibles d’avoir exposé la personne à la FVR
L’objectif de cet article est de décrire les résultats durant les deux semaines précédant les premiers
des investigations menées face à cette situation. symptômes : proximité avec des animaux lors de
l’activité professionnelle ou de loisirs, en particulier
bétail; fréquentation de personnes ayant des symptômes
évocateurs de FVR, contacts avec du sang de bovins ou
MÉTHODE
caprins, par exemple lors de cérémonies rituelles,
Le patient a été hospitalisé dans le service de pneu- exposition de l’entourage à la FVR, notion de
INVESTIGATION CLINIQUE ET BIOLOGIQUE

mologie et maladies infectieuses du CHR de la voyage hors de l’île, fréquentation de zones aéropor-
Réunion (Pôle de Saint Pierre) du 25 au 27 mars tuaires, habitudes alimentaires, notion de piqûres
2008 pour prise en charge d’un tableau clinique d’insectes ou de morsures de tiques, réception de colis
EPIREM BULLETIN ÉPIDÉMIOLOGIQUE DE LA RÉUNION ET MAYOTTE DECEMBRE 2008 PAGE 12

en provenance de zone de circulation connue de la FVR. du patient était satisfaisant en dehors d’une fatigue
Ces activités ont été considérées demi-journée par modérée. La biologie de contrôle montrait un retour
demi-journée sur l’ensemble de la période concernée à la normale des paramètres biochimiques. Les séro-
en s’appuyant sur l’agenda personnel de la personne. logies de contrôle de la dengue, du chikungunya et
de la leptospirose prescrites à cette occasion et
réalisées le 15 avril étaient négatives, permettant
L’investigation vétérinaire a été menée par la direction
INVESTIGATION VÉTÉRINAIRE
ainsi d’écarter formellement ces diagnostics.
des services vétérinaires (DSV) de la Réunion. Elle a
En l’absence de cause identifiée, devant un syndrome
simultanément inclus deux études. Une analyse d’un
échantillon a été conduite sur 100 sérums issus de la fébrile inexpliqué et dans le contexte décrit ci-dessus,
dernière campagne de prophylaxies obligatoires des une recherche secondaire du West Nile et de la FVR
bovins autochtones (sérothèque du laboratoire vétérinaire a été effectuée sur le prélèvement du 15 avril adressé
départemental de la Réunion). Afin d’améliorer la au CNR des arbovirus. Les résultats transmis le 3
sensibilité de la détection, les recherches ont été juin montraient : IgM et IgG négatives pour le virus
ciblées pour moitié sur des animaux ayant avorté au West Nile ; IgG anti-FVR négatives mais IgM
cours de la période étudiée. Une 2e analyse portant sur anti-FVR faiblement positives. Ce dernier résultat
des sérums prélevés sur le bétail considéré comme à pouvant être compatible avec une infection récente
risque suite à l’enquête épidémiologique a également FVR, il a été aussitôt signalé à la Drass et une
été menée. L’ensemble des sérums a été investigué par enquête épidémiologique conjointe Cire/Drass et
technique immuno-enzymatique (ELISA) au labora- des services vétérinaires a été réalisée sans attendre
toire du centre de coopération internationale en recherche
les résultats des investigations virologiques complé-
agronomique pour le développement (Cirad) à
mentaires réalisées en parallèle pour la confirmation
Montpellier.
biologique de ce diagnostic.
L’investigation épidémiologique a eu lieu le 4 juin
2008. Elle n’a pas permis de relever d’activité
RÉSULTATS
Il s’agissait d’un réunionnais âgé de 34 ans, exerçant professionnelle ou de loisir comportant un risque
une fonction commerciale dans le domaine technique, d’exposition à la FVR dans les 2 semaines précédant
n’ayant jamais résidé ou voyagé dans un autre pays la date de début des signes : la personne n’a pas
tropical. Les signes cliniques associant un syndrome voyagé en zone où la circulation de la FVR est
fébrile avec céphalée et courbatures diffuses ont connue, ne consomme ni lait cru, ni viande peu
débuté le 16 mars 2008. La persistance du tableau cuite, ne fréquente pas les zones aéroportuaires de
clinique sous paracétamol auto-administré a motivé l’île et n’a reçu aucun colis récemment. De plus le
une consultation auprès de son médecin traitant. Le sujet n’a connaissance d’aucune personne de son
bilan biologique sanguin réalisé au décours de cette entourage ayant présenté une symptomatologie se
consultation du 25 mars a révélé d’importantes
rapportant à la FVR. Les seules sources possibles
anomalies biologiques (thrombopénie à 113 000/mm3,
d’infection identifiées à l’issue de l’entretien étaient
des enzymes hépatiques élevées à 4 fois la valeur
normale, une CRP augmentée à 137 mg/l). Ces des contacts indirects avec un troupeau auprès
anomalies biologiques ont immédiatement motivé duquel le cas fait son jogging régulièrement et, dans
l’envoi du patient au CHR (Pôle St Pierre) où celles-ci une moindre mesure, avec des chèvres divaguant
ont été confirmées tandis que l’évaluation clinique dans sa commune de résidence. Les résultats des
complète orientait vers une affection d’origine investigations virologiques séquentielles complé-
virale. Sous surveillance clinique hospitalière, l’évo- mentaires montraient l’absence de séroconversion
lution était spontanément favorable avec disparition IgG et une faible positivité en IgM stable sur trois
rapide de la fièvre et des signes cliniques. Le patient prélèvements réalisés sur un intervalle de 11 semai-
est donc rentré à son domicile le 27 mars. Les résultats nes, dont un prélèvement effectué le 25 mars, pen-
microbiologiques n’étaient pas concluants. En effet, dant l’hospitalisation du malade et testé rétrospecti-
les hémocultures étaient stériles et les sérologies et vement (Tableau 1). Devant ces résultats, le CNR
RT-PCR dengue, leptospirose et chikungunya
excluait le diagnostic de FVR dans son compte-
étaient négatives de même que la sérologie de l’hé-
rendu du 23 juin 2008. Les résultats d’analyse des
patite C. Les sérologies de l’hépatite A et du cyto-
mégalovirus étaient en faveur d’une infection prélèvements réalisés sur le cheptel réunionnais ont
ancienne. Enfin, la sérologie de l’hépatite B était en tous été négatifs pour la FVR, qu’il s’agisse des 100
faveur d’une vaccination efficace. La radiographie sérums de la sérothèque ou des 69 bovins du troupeau
standard du thorax n’a pas montré d’anomalie. identifié lors de l’enquête épidémiologique, prélevés
Lors de la consultation de suivi du 7 avril, l’état clinique le 1er juillet 2008.
EPIREM BULLETIN ÉPIDÉMIOLOGIQUE DE LA RÉUNION ET MAYOTTE DECEMBRE 2008 PAGE 13

qu’il convient de se garder des conclusions prématu-


rées au vu d’un unique résultat positif en IgM. C’est
DISCUSSION
Le bon déroulement de ce type d’investigation la raison pour laquelle la confirmation biologique
dépend de la qualité de la communication entre les nécessite un diagnostic sérologique complet, c'est-à-
intervenants des nombreuses institutions concernées dire comportant les résultats quantitatifs du titrage
(Drass, établissements de santé, Cire, CNR, DSV, des IgM et des IgG sur deux prélèvements réalisés à
Cirad). En l’occurrence, l’enquête a permis de ren- au moins 15 jours d’intervalle.
forcer les liens entre ces différents acteurs et de tes-
ter leur capacité à travailler en étroite collaboration
ainsi que leur réactivité. Dans cet esprit, la réalisa- Nous tenons à remercier le personnel de la DSV qui a
REMERCIEMENTS

tion conjointe de l’entretien au domicile du sujet est effectué l'enquête sur le terrain, a réalisé la collecte ou
une première en terme de coopération entre la DSV, la sélection des prélèvements, en a assuré le condition-
la Drass et la Cire. nement et l’expédition, en particulier M. Louis
Les résultats de cette investigation n’ont pas mis en Trouboul, Mlles Sylvie Bansière et Nathalie Guerrero,
évidence une circulation du virus de la FVR dans ainsi que le Dr Nicolas Léoville du laboratoire vétéri-
l’île, confirmant ainsi qu’il est très peu probable que naire départemental. Nous remercions également
la FVR soit actuellement présente à la Réunion. l’équipe du Centre national de référence des
Le contexte d’échanges et de voyages fréquents avec Arboviroses qui a assuré l’expertise biologique de
des zones endémiques de l’océan indien, et la présence cette situation.
des vecteurs sur l’île conduisent tout de même à rester
vigilant quant au risque d’introduction de la FVR à la
Réunion. Contrairement au chikungunya où l’homme [1] World Health Organization. WHO report 2006.
REFERENCES

est le principal réservoir de virus, c’est le cheptel qu’il Global tuberculosis control. Surveillance, planning,
convient de surveiller en priorité en matière de FVR. financing. 2008. 2008.
Les services de la DSV sont donc en première ligne
pour veiller à l’absence d’introduction dans l’île d’ani- [2] Outbreaks of Rift Valley fever in Kenya, Somalia and
maux porteurs du virus afin d’éviter l’infection des United Republic of Tanzania, December 2006-April
troupeaux réunionnais et la transmission de la maladie 2007. Wkly Epidemiol Rec 2007; 82(20):169-178.
aux personnes en contact avec le bétail. L’autre intérêt
de ce travail a été la rédaction d’un questionnaire [3] Sissoko D, Giry C, Gabrie P, Tarantola A, Pettinelli
d’évaluation des circonstances d’exposition et de F, Collet L et al. Emergence de la Fièvre de la vallée de
recueil des facteurs de risque ainsi que des éléments Rift à Mayotte. Bull.Epidemiol.Hebd. 2008.
d’anamnèse contributifs à la caractérisation des cas
suspects de FVR. Ce questionnaire, qui pourra servir [4] Outbreak news. Rift Valley fever, Madagascar.
à l’avenir, a d’ores et déjà été utilisé lors de l’investi- Wkly Epidemiol Rec 2008; 83(18):157.
gation des cas de FVR à Mayotte. Enfin, ce cas est
l’occasion de rappeler que les résultats de tout test [5] Viral hemorrhagic Fever. Infectious Disease
biologique peuvent comporter des faux positifs, Epidemiology Section . 2005. Louisiana Departement
d’autant plus fréquents que la maladie est rare, et of Health and Hospitals. 6-3-2008.

Tableau 1 : Résultats des sérologies FVR séquentielles réalisées par le CNR des arbovirus

Date Type Ig. Densité optique Densité optique Interprétation


Ag. FVR positif Ag. FVR négatif prélèvement isolé
25/03/2008 IgM 0,247 0,137 Négatif
IgG 0,077 0,092 Négatif
15/04/2008 IgM 0,502 0,061 Positif
IgG 0,08 0,048 Négatif
05/06/2008 IgM 0,312 0,100 Indéterminé
IgG 0,05 0,058 Négatif
23/06/2008 «Cette fixation persistante à un taux faible sur plusieurs sérums des IgM sur l’antigène Rift et l’absence
d’apparition d’IgG permettent d’exclure une infection par le virus de la Fièvre de la Vallée du Rift »
EPIREM BULLETIN ÉPIDÉMIOLOGIQUE DE LA RÉUNION ET MAYOTTE DECEMBRE 2008 PAGE 14

LA FIÈVRE TYPHOÏDE À MAYOTTE EN 2007


P. Gabrié1, T. Benoit-Cattin2, M.A. Sanquer3, S. Durand1, D. Sissoko4, V. Pierre4
1 / Cellule de veille épidémiologique du Centre hospitalier de Mayotte . 2 / Laboratoire du Centre hospitalier de Mayotte.
3 / Dass de Mayotte. 4 / Cellule interrégionale d’épidémiologie de la Réunion-Mayotte.

chirurgical ou une transfusion sanguine ont pu être


relevés. Il s’agissait de :
CONTEXTE

La cellule de veille épidémiologique mise en place - un cas de thrombose veineuse profonde avec
au centre hospitalier de Mayotte, opérationnelle embolie pulmonaire,
depuis le 1er janvier 2007, a permis de recueillir des - une cholécystite perforée,
données sur un certain nombre de maladies infec- - deux cas de sepsis grave,
- un cas de déshydratation sévère avec cytolyse
tieuses et parasitaires.
importante,
L’objectif de ce travail était de recenser et caractériser
- deux cas d’hémorragie digestive,
les cas de fièvre typhoïde identifiés à Mayotte en
- un cas de myocardite.
2007.
Aucun décès lié à la typhoïde n’a été noté à Mayotte
Il s’agit d’une étude rétrospective par investigation
en 2007.
des dossiers hospitaliers des cas de typhoïde
Concernant la prise en charge de ces personnes par
diagnostiqués au CHM en 2007, recueillis de
le centre hospitalier de Mayotte, le délai moyen
manière passive (déclarations à la Dass ou à la cel-
entre la date de début des signes et celle du diagnostic
lule de veille) ou active (analyse systématique des
était de 8 jours environ, le premier contact se situant
résultats au laboratoire du CHM).
au 7e jour. Le délai moyen entre le début des signes
et le début d’une antibiothérapie appropriée était de
RÉSULTATS 7 jours. La prise en charge la plus tardive a été
effectuée à J 31. Vingt-six patients ont été hospitalisés
Trente-cinq cas de fièvre typhoïde, répondant à la en première intention. Parmi les 9 patients non
définition habituellement admise (tableau clinique hospitalisés initialement, 2 l’ont été secondairement
compatible et isolement bactériologique quel que en raison d’un nouveau contact avec l’établissement
soit le site d’isolement) ont été relevés à Mayotte en pour persistance de leur symptomatologie. Les souches
2007. Le plus grand nombre de cas a été relevé au identifiées étaient toutes sensibles aux antibiotiques.
mois de juin. Ce nombre de cas était très faible en L’incidence annuelle des cas de typhoïde à Mayotte
juillet et en août (figure 1). Le sexe ratio était de se chiffre à 20 pour 100 000, ce qui est largement
0,94. Les personnes âgées de 20 à 24 ans et celles supérieur à celle des autres régions françaises et
entre 15 et 19 ans étaient les plus touchées quel que révèle une endémie moyenne. L’incidence spécifique
soit le genre. Seize cas (45 %) provenaient de la dans la commune de Koungou s’élevait à
seule commune de Koungou, parmi lesquels 11 rési- 95/100 000, et dans celle de Mamoudzou à
daient dans un même village. Vingt-deux patients 25/100000; les personnes résidant dans ces communes
n’étaient pas nés sur l’île, ce qui doit être considéré provenaient de quartiers d’habitat précaire avec
comme un indicateur de précarité. promiscuité des populations.
Toutes les souches mises en évidence étaient des
Salmonella Typhi sensibles à l’ensemble des DISCUSSION
antibiotiques testés. Vingt-huit dossiers cliniques ont
pu être analysés complètement. Les principaux Un résultat marquant est la fréquence élevée de cas
signes présentés par les patients étaient une fièvre graves, qui pourrait être en rapport avec un délai de
(93 %), une diarrhée (39 %), des douleurs abdomi- recours aux soins relativement tardif.
nales et des vomissements. Huit cas compliqués graves Cependant, l’exhaustivité du décompte des cas est
(28 %) définis comme des patients pris en charge en difficile à évaluer.
service de réanimation ou ayant nécessité un geste En effet, un certain nombre de cas pourraient ne pas
EPIREM BULLETIN ÉPIDÉMIOLOGIQUE DE LA RÉUNION ET MAYOTTE DECEMBRE 2008 PAGE 15

avoir été comptabilisés soit par défaut de recours Ce bilan illustre une circulation endémique de cette
aux soins, soit parce qu’ils ont été l’objet d’une prise affection à Mayotte. Le contrôle effectif de cette
maladie nécessite la mise en place urgente de
en charge probabiliste. Peuvent en témoigner d’une
conseils d’hygiène à la population, l’amélioration de
part la surreprésentation des formes graves, d’autre
l’accès à l’eau potable ainsi que d’importants travaux
part une sous-représentation de cas issus des zones d’assainissement.
éloignées de Mamoudzou.

Figure 1 : Répartition mensuelle des cas de fièvre typhoïde à Mayotte en 2007


(n = 35, date du premier prélèvement positif)

JAN FEV MARS AVR MAI JUIN JUIL AOUT SEPT OCT NOV DEC

Dr Françoise Weber,
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : POUR TOUT RENSEIGNEMENT

Directrice Générale de l’Institut de Veille Sanitaire CELLULE INTERRÉGIONNALE D’ÉPIDÉMIOLOGIE


RÉUNION-MAYOTTE

Vincent Pierre (coordonnateur scientifique - Cire RM)


RÉDACTEURS EN CHEF :

Eric D’Ortenzio (Cire RM) 2 bis, avenue Georges Brassens - BP 50


DRASS DE LA RÉUNION

97408 Saint Denis Messag Cedex 9


Tél. : 02 62 93 94 24
Elsa Balleydier, Noémie Baroux, Agnès Cadivel, Eric D’Ortenzio, Fax : 02 62 93 94 57
COMITÉ DE RÉDACTION (CIRE RM) :

Vincent Pierre, Philippe Renault, Daouda Sissoko,


Jean Louis Solet.
dr974-cire@sante.gouv.fr
EMAIL

Yasmine Hafizou (Cire RM)


SECRÉTARIAT :

http://invs.sante.fr/
SITE INTERNET

http://www.reunion.sante.gouv.fr/accueil_epidemiologie.htm
Elsa Lauret
GRAPHISME :

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