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Le triptyque de l'appartenance territoriale

Savoir dire pour savoir vivre

Par Jean de LEGGE, directeur de TMO Régions

« Le sens de la vie publique, c’est un monde commun mais vu de places différentes »


Hanna Arendt,

L’imaginaire national est en berne. D’où l’importance prise par le local. Mais le local
est ambigu : ce peut être le lieu du repli et des nostalgies ou celui de la rencontre et
de l’ouverture. Il faut dès lors être capable de proposer de la perspective, et d’offrir un
récit en partage. Si bien que la communication des collectivités ne consiste pas à
vendre des politiques, mais à fabriquer de la culture locale. Le savoir dire est une
condition du savoir vivre.

L’importance sociale et politique de la communication territoriale s’inscrit dans un contexte


de vieillissement accéléré des référents identitaires nationaux. La place prise par les
appartenances locales est sans doute à mettre en rapport avec les difficultés de nos mythes
nationaux : l’Ancien Régime est loin, les relectures de la Révolution ont fissuré les
fondations, Saint Just et Robespierre sont devenus un peu violents pour nos mémoires,
Napoléon est désormais identifié à ses positions esclavagistes et à ses expéditions
sanglantes, les grands noms fondateurs de la Troisième République ont trempé dans
l’histoire coloniale, la France de Michelet ne peut plus être mise en scène et l’emphase des
valeurs de la République ne fonctionne plus. Les scènes farces du plombier polonais, la
musique décliniste, le chantage à la réforme, la création d’un ministère de l’Immigration et de
l’Identité nationale n’offrent guère de sujets de fierté. La mobilisation de la présidentielle n’a
pas dégagé de chemins d’avenir. La rhétorique politique nationale, qui se nourrit de
menaces collectives et de compassions individuelles, enterre le désir de partager un destin
commun.
Bien sûr, face au monde, se dire français n’est pas complètement rien et le spectacle
fonctionne encore, celui de la télé et du sport, du patrimoine et de la gastronomie, des
people et de la culture. Mais la scène nationale ordinaire répète surtout les faits et gestes
divers de publics éclatés, nous rappelant davantage l’ironie d’être ensemble que la réalité
d’une force collective.
L’équilibre entre les systèmes d’appartenance nationale et locale semble modifié. Au
national la crainte de l’avenir, au local la réussite de la vie réelle ; au national la dérision de
la grandeur perdue, au local les marques de la modernité.
Ce retournement local n’est pas sans dangers lorsqu’il est nourri par des rhétoriques
identitaires et des promesses de protections contre les vents mauvais du monde. Mais, il
s’agit moins de s’interroger sur les identités locales que de trouver les moyens d’intégrer les
territoires et leurs habitants dans les flux nécessaires à leur vie sociale, culturelle et
économique. Cette exigence est inséparable de la construction d’une appartenance
territoriale dynamique et ouverte sur le monde.

1
Enrichir les réseaux sociaux des habitants
Il s’agit d’abord de la richesse sociale de chacun1. Cette richesse, comme on sait, est mal
partagée. La pauvreté économique s’associe aux faiblesses des relations sociales. La
spirale de l’isolement est un phénomène qui touche une part sans cesse plus élevée de la
population. Vivre seul n’est pas synonyme de solitude mais en augmente le risque. Ainsi
dans les grandes villes, environ un tiers de la population vit seule2. Les mises en couple
tardives dues aux études longues et aux difficultés d’entrée sur le marché du travail, la
fréquence des divorces et des séparations, l’allongement de la durée de la vie multiplient les
célibats de faits. La sociabilité analysée au prisme du logement met en évidence que hors
population étudiante, les personnes qui reçoivent le moins de famille ou d’amis sont les
occupants de petits logements et les locataires. Lors d’une enquête récente, un habitant sur
cinq déclare éprouver des sentiments de solitude et d’isolement.3 Ce sentiment s’inscrit dans
un processus de désaffiliation sociale4 plus large, c’est-à-dire dans une crise des
appartenances collectives susceptibles de protéger de l’inquiétude et du ressentiment.
Dès lors le local prend un statut ambigu. Il est le lieu de l’attache, l’endroit dont on ne peut
pas partir, le chez soi qui protège et enferme. Le rapport au local est d’évidence :
l’expression « je suis de là » résume un rapport charnel à l’environnement. Quitter le
territoire est impensable, c’est un risque d’anéantissement de ses repères et de soi-même.
Cette attache territoriale forcée s’associe souvent à un ressentiment envers les groupes
sociaux venus d’ailleurs, plus mobiles et plus aisés, choyés par les pouvoirs locaux qui font
tout pour les attirer. La vie locale est alors le refuge d’une vie économe de dépenses et de
relations sociales.
L’enjeu est de changer le contenu de la relation au local en développant du lien et de la
multi-appartenance. La richesse sociale exprime la capacité de conjuguer des réseaux et
des lieux. Réseaux familiaux, réseaux de formation, réseaux professionnels, réseaux des
sports et des loisirs, réseaux de vacances et de résidences secondaires, tissent une multi
appartenance sociale et territoriale qui caractérisent les classes aisées. A l’extrême, les
cadres de l’économie globalisée se reconnaissent entre eux par la déterritorialisation de
leurs réseaux et leur fierté de nomades branchés, capables de vivre dans n’importe quelle
grande ville.
La grande ville se définit par ses ressources de services mais aussi par son ouverture
économique et culturelle au monde. Elle est, pour ses habitants, une métaphore de la
modernité par sa propre insertion dans des réseaux nationaux et internationaux. Travailler le
lien social dans la ville, c’est travailler à la production de la diversité des réseaux de chacun,
ce qui nécessite de dépasser la vie de quartier et les relations avec son double.
Les collectivités ont en charge la lutte contre l’immobilité, qu’elle soit physique, sociale ou
culturelle. « Sortir, c’est s’en sortir », dit-on. Les fêtes de quartiers, les pique-niques de
voisins, les événements populaires et rituels rencontrent des succès qui témoignent des
attentes d’aides à la socialisation. Mais ces réussites ne doivent pas occulter que
manifestations et vie associative laissent de côté ceux qui n’osent pas ou n’ont plus envie
d’affronter des relations nouvelles. La « fatigue d’être soi »5 gagne de nombreux habitants,
perdus face à la nécessité d’inventer, seuls, leur vie. Cela interpelle la capacité des
associations à être plus proactive vers les populations réfugiées chez elles. L’ambition de
faire partager à tous la richesse de la ville souligne la continuité à établir entre
communication de proximité et stratégie métropolitaine.

1
Au sens du capital social de Pierre Bourdieu
2
A Nantes, 47% des ménages sont constitués d’une seule personne et 30% des habitants de plus de 20 ans vivent seuls.
(RP99)
3
Enquête réalisée en février 2006 dans le cadre des Carrefours des Citoyens auprès d’un échantillon de 500 personnes
représentatives des habitants de Nantes de 18 ans et plus
4
Décrite par Marcel Gauchet et Robert Castell notamment.
5
Selon le titre du livre d’Alain Ehrenberg publié en 1998

2
La force du local, c’est qu’il s’agit de lieux : lieux des services et des commerces de la vie
quotidienne, lieux de la rue et des espaces publics, du centre ville et des salles de
spectacles, des cafés et des constructions nouvelles, des bureaux et des gares, des
universités et des institutions. Bref, les habitants entretiennent une relation corporelle à la
ville et même un cadre nomade ne peut se débarrasser de son corps et du plaisir charnel
des lieux6. La ville, d’une certaine façon, est un corps à corps avec le monde, dont elle
témoigne et auquel elle donne accès.
Ce corps à corps doit prendre sens, il s’agit de faire parler l’urbain, de l’insérer dans un récit
qui propose une place réelle et symbolique à tous. Il s’agit d’histoire et d’avenir, de limites et
d’ouverture, d’ici et de ses connexions cosmopolites. Ce récit est à organiser.

Un récit en partage
Les stratégies d’évitement des groupes sociaux les uns par rapport aux autres, la force des
logiques d’entre soi, l’éclatement des habitants en juxtapositions de tribus volatiles,
rappellent que la cohésion sociale nécessite une prise en charge d’une vision collective du
territoire. Cette vision collective, c’est le sens d’un lieu et la possibilité pour chacun de s’y
retrouver.
Le marketing n’a pas inventé le storytelling7, les politiques et les architectes en sont, chacun
dans leur registre, des maîtres depuis longtemps. Les uns manient l’historiographie à leur
guise, les autres expliquent la sémiologie cachée de leur œuvre. Mais les débordements des
propagandes identitaires et les justifications cultivées des errements urbains n’empêchent
pas qu’un territoire s’invente à travers un récit et que vivre ensemble nécessite des référents
communs.
Le rapport au temps est la clé du récit à construire, il s’agit de proposer une histoire et un
horizon afin de sortir de la tyrannie du présent ceux qui ne peuvent penser demain et que la
précarité enferme dans la répétition des jours. Marc Augé avance l’idée que « le sens ne
nécessite pas l’immortalité ou le paradis, mais l’existence du lendemain, associée à des
relations humaines suffisamment consistantes pour conjurer l’absurdité d’une vie sans
fins…8 ».
Régis Debray rappelle qu’une communauté tient sa cohésion d’un point d’inactualité, que
« seul l’irréel fédère » et pose la question provocatrice : « Que deviendrions-nous sans le
secours de ce qui n’existe pas ? »9. Il s’agit en effet de construire un imaginaire local, c'est-à-
dire une culture en partage.
En matière d’histoire, ce que la nation ne sait plus faire, c’est le local qui le fait. Les villes ont
compris que le passé ne s’enterre pas, il participe au présent, même quand il s’agit des
marques du commerce triangulaire. L’incapacité nationale à traiter de son passé colonial et
post colonial est emblématique du travail de culture et d’histoire dévolue désormais aux
collectivités.
L’enjeu du passé n’est pas la nostalgie mais au contraire la possibilité de se penser dans
une histoire et donc dans l’avenir.
Il s’agit d’abord de lecture de la ville. La préservation patrimoniale et, notamment, désormais,
du petit patrimoine vernaculaire, participe au plaisir de voir le temps que contient la ville et de
comprendre l’histoire sociale dont elle témoigne. Ce passé accueille les constructions
d’aujourd’hui qui, si elles sont vraiment de leur temps, enrichissent et dynamisent le « tissu
narratif » de la ville. Elles sont alors la preuve que l’histoire continue, pourvu que ce qui se
construit puisse, à son tour, faire signe et patrimoine. Pour cela en effet la ville doit lutter
contre la banalité et la standardisation du bâti et continuer d’apparaître unique. La qualité du

6
Voir La condition Urbaine, Olivier Mongin, Points, le Seuil, pp. 222 et 229
7
Voir le livre de Christian Salmon, Storrytelling, La Découverte 2007
8
Marc Augé, Où est passé l’avenir ? Editions du Panama 2008. p. 109
9
Régis Debray, L’obscénité démocratique. Flammarion 2007, p. 40

3
récit tenable n’est pas indépendante de la qualité du lieu. Il n’est pas interchangeable, il a
une histoire qui lui permet « de faire lieu comme on fait société »10 C’est dans ce lieu qu’il
s’agit de tisser un fil rouge entre le passé, le présent et l’avenir, c’est dans ce lieu que sera
proposée une façon particulière de vivre ensemble. Le rôle du communicant sera d’insérer
ce que la ville dit d’elle-même dans le récit d’une société en mouvement.
L’histoire à raconter est donc une histoire d’hommages et d’avenir, une histoire qui n’exclut
personne. C’est dire que le discours de marketing territorial, associant de façon exclusive
modernité et tertiarisation de l’économie, économie de l’intelligence et développement
économique, fonctions internationales et rayonnement urbain, prend le risque de rejeter une
bonne partie de la population, celle notamment qui travaille encore avec ses mains, celle qui
consomme des CDD, celle qui est occupée à joindre les deux bouts. Cette population peut
avoir le sentiment que la production de la ville métropolitaine ou touristique n’est pas pour
elle. Elle le fait souvent savoir par son vote ou son abstention aux élections municipales. La
question des contenus permettant à chaque groupe social de se projeter dans le récit que la
ville tient sur elle-même est centrale et constitue une clé d’analyse politique des municipales.
Moins que le catalogue des bilans et des promesses, c’est la capacité à raconter une histoire
locale exprimant une cohérence et une proximité aux valeurs des différents groupes sociaux
qui détermine la confiance. L’échec est celui de l’assemblage. La réussite raconte la
composition d’un monde commun.11.
Stratégie événementielle, politique culturelle, animations festives, compétitions d’équipes
sportives contribuent à réinscrire chacun dans une aventure collective. Malgré les difficultés,
c’est dans les villes et agglomérations que se noue le fil d’un récit c'est-à-dire d’une idée du
progrès proposant une représentation sociale où il n’y a pas ceux qui sont dans le coup et
les autres, mais une entrée collective et solidaire dans les flux économiques et culturels
d’aujourd’hui.
Loin de la quête impossible de racines, il s’agit de produire de la perspective et de s’ouvrir au
cosmopolitisme et au métissage des métropoles modernes. Le récit urbain à proposer doit,
pour fonctionner, faire connaître la ville d’hier et l’histoire sociale passée, précisément parce
qu’il s’agit de partager les affaires d’avenir.
Le paradoxe du récit à construire, c’est qu’il s’agit d’une historiographie pratique dans un jeu,
en définitive assez ouvert, tant il est vrai que l’identité d’un territoire, pour une bonne part, se
forme par les questions qui sont prises en charge et autour desquelles s’organise une
mobilisation.

Faire vivre la scène locale


La commune12 est un espace politique privilégié au regard de la possibilité d’intéresser les
habitants aux enjeux du fonctionnement des services et à l’avenir de la ville.
Le fait de connaître le maire ou de connaître quelqu’un qui le connaît crée une familiarité
avec le territoire. En tout cas le pouvoir apparaît localisé et compréhensible puisque, pour les
habitants, tout ou presque dépend de la mairie. Nombre d’entre eux croient d’ailleurs savoir
quels sont les gens qui comptent parmi les élus ou leurs proches, ou parmi les responsables
d’associations, ou parmi les acteurs économiques. L’appropriation locale se nourrit du « faire
semblant de savoir » et du plaisir de la rumeur. Cependant, faire état des bruits de la vie
locale n’est pas y participer.
Le fonctionnement municipal est parfois un spectacle flou, l’essentiel des débats ne sont pas
publics, ils sont souvent cantonnés aux élus de la majorité et dépassent rarement les
réunions appelées, par abus de langage, réunions de municipalité. La visibilité de l’ordre
démocratique est réduite au minimum. La gestion secrète des tactiques politiques rentre en
contradiction tant avec la rhétorique de transparence qu’avec les injonctions participatives.
10
Olivier Mongin, La Condition urbaine, p 222
11
Sur la notion d’assemblage, voir Bruno Latour, Changer de société-Refaire de la sociologie, La Découverte, 2006, p. 373
12
Ce qui vaut pour les communes vaut pour les agglomérations.

4
L’appartenance territoriale se construit par la familiarité avec la scène des acteurs locaux et
la proximité aux réseaux de pouvoirs, mais il s’agit de faire vivre autrement cette scène et de
l’ouvrir aux habitants.
- La confusion entretenue entre le fait de demander aux usagers leurs besoins et l’annonce
d’un nouvel ordre démocratique est dommageable aux deux champs, celui du management
public et celui de la rénovation de la démocratie. Les collectivités, dans leur dimension de
société de services, sont assez souvent en deçà de l’univers marchand qui sait interroger les
consommateurs sur leurs attentes et utiliser leur expertise concrète des produits et services.
La collecte de témoignages personnels et l’analyse de ces témoignages posent des
questions de méthode et de savoir faire, mais sont utiles à tous les champs de compétence
de la ville. Cette démarche d’écoute et d’attention contribue non seulement à la qualité des
services rendus mais aussi à la production d’un espace de proximité renforçant satisfaction
et attachement local. La démarche est moins banale qu’il n’y paraît car la prise en compte de
l’imaginaire des habitants, de leurs représentations et de leurs attentes peut faire
contrepoids aux logiques bureaucratiques et réinterroger les certitudes des experts. Le point
de vue des habitants constitue une grille d’interrogation de la rationalité des pouvoirs, de ses
procédures et de ses projets. Il peut aussi être source d’idées utiles et de solutions
pratiques.
- Mais l’enjeu démocratique principal est la capacité à intervenir dans le débat public en se
déprenant de ses propres intérêts. Au delà du témoignage qui fait sens, la participation des
citoyens passe par la construction d’une réflexion collective. Il s’agit d’une invitation au
décentrage, c'est-à-dire au passage de l’expression de ses besoins à une compréhension de
ceux des autres, au passage des confrontations d’intérêts à l’élaboration de règles du jeu.
L’invitation au décentrage est aussi invitation au futur, c'est-à-dire à une rupture avec la
logique consumériste qui est une logique du présent.
Avec la densification du lien social et l’entretien d’un imaginaire de la ville, l’animation de la
scène démocratique locale est le troisième défi auquel s’appliquer. Ce défi nécessite
d’élaborer des méthodologies et de risquer des démarches. Il n’y a pas une méthode, mais
tout un ensemble de dispositifs qui, chacun, peuvent remplir une fonction, ou répondre à un
objectif. Certains de ces dispositifs existent, d’autres sont à créer, certains doivent être
éphémères, d’autres sont à institutionnaliser, les uns doivent être simples d’autres, au
contraire, doivent être mis en scène pour donner valeur et solennité à la parole qui y circule.
- Ces mises en débat, leur ambition, leur intérêt et leur utilité sont liés à l’autorité du maire.
Dans un monde désabusé de la politique, cette autorité est intacte, voire renforcée. Les
premiers magistrats, comme on dit, héritent des habits vacants de la dignité républicaine.
Les habitants les apprécient parce qu’ils sont proches et accessibles mais aussi parce que
leur verbe exprime la ville, parce qu’ils les voient dans de nombreuses petites pompes
locales, micros, estrades, réceptions, ouvertures de conseils et d’assemblées, qui font d’eux
moins des notables d’antan que la figure symbolique d’un territoire de vie et d’avenir.
La réflexion nationale de Pierre Rosanvallon13 montrant que la resymbolisation du pouvoir
est un enjeu décisif vaut pour le local. De même le commentaire de Stéphane Rozes14
expliquant la chute de popularité de Nicolas Sarkozy par sa difficulté à porter la symbolique
du pouvoir laquelle est dépassement de soi, condition du politique et fondement de la nation.
Il ne s’agit pas de tomber dans le ridicule et l’emphase mais de faire vivre un espace
républicain. Le maire ne peut se limiter à être le gentil animateur des réseaux locaux, son
statut politique dépasse le rôle d’organisateur de procédures ou d’animateur de débats, il est
le porteur d’une légitimité démocratique, il incarne une institution municipale républicaine qui
le dépasse, il est le garant de l’intérêt général de la ville, au-delà même de la perspective de

13
Pierre Rosanvallon, La démocratie inachevée, Gallimard 2000, p.409.
14
Stéphane Rozès, Études, mai 2008, n° 4085, « La symbolique présidentielle à l’épreuve de Nicolas Sarkozy ».

5
son mandat car il est porteur à la fois d’un principe de responsabilité et de succession15, son
verbe engage.
L’appartenance territoriale est une appartenance à un ordre démocratique qui doit se donner
en spectacle pour faire muter les habitants en citoyens.

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Le savoir dire est une condition du savoir vivre. La communication des collectivités ne
consiste pas à vendre des politiques, mais à fabriquer de la culture locale. La communication
en définitive a un mandat social, il s’agit d’intégration territoriale et de cohésion sociale. Le
travail consiste à produire du consensus et de la perspective.
Cette nécessité n’annule pas que l’espace civique ait besoin d’indignations, de
contradictions, de débats et de luttes. Aux citoyens d’identifier les failles des stéréotypes, les
expertises paresseuses, et les oubliés de la scène publique. A eux de prendre les moyens
de la contestation et de veiller aux risques des vérités officielles et des discours dominants.

Jean de LEGGE
Directeur de TMO Régions

15
Le principe de succession comme responsabilité politique est développé par Zaki Laïdi dans Le Sacre du présent
Flammarion 2000,, p.242.