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LES AUTEUNS

MD. CLAUDI[ttE itASSON /Les

ricdpfeuts sensoriets)

€st Chargée de rechsrcho au laboratoire de ôurologie hautôs-études (Paris).

sensorielle de l'Eéole pratiqu€ des

Mrr. YVELllilE LEROY (Les signaux

de communication)

est Directeur de laborStoir€ à l'Ecol€ p.atique

des hôutes-étud€s.

M. JEAII-MARIE VID^L

lL'amprcinte et sês mècanismesl

est Chargé dè rgcherche au CNRS et travaillne au

Laboratoire d'éthotog'e dé l'Université de

MM. JACOUES COULO .t CLAUDE BAUDOTN

(Jeune mammtfèê et

compo ementl

d'éthologre

Sont,.rosp€ctivemeôt, Maître-assistant âu laboratoire

Lyon l, ot Assistônt de psychophysrologie

des communicatio.ns de

à la Facutté de sliences de B6sançon.

Url. lf^nlE-FiA CE BOUISSOU (Gônds mammifèes et orcanisation soêielel

est Chsrgée de rrchsrchs

à l'lnstitut natiqnal de lâ rechrche

agrono'mique (INRA), stâtion

de physiologis ds la .€production de Tou.s-Nouzilly.

M, JEA -WES GAUTIER et MICHEL VA[I|CASSEL

( M eca n i s me s n e u rc - e ndocri n i e n s )

appartiennent à la station biologique d9 Paimpont (Laboratojre d'éthologie de Rênnes).

M. JEAt{-CHARLES GUYOMARC'H lLa tèDonse êùx sionauxl

est Maître-assistanl au Laboratoire diétholàgie de Renn-es.

M. PASCAL POlNDeoll (La rclation parents-ieunes)

est Attaché de r6cherche au CNRS et travaille à la station INRA de Tours-Nouzilly.

M. FLOAIANO PAPI

lL animat dans t'espace)

eËt p.ofesseur à l'Université d pise.

JEAt{-PlEnRE sr ANillE GAUTIER

/Le comportemdnt des ptiûates)

sont Chargés de rêcherche au CNRS et appartrenneôt à la station biologrque de i,aimponl.

M. PHILIPPE ROPARIZ (L'agrcssion)

dirigs l€ Laborstoiro de psychophysiologie de t'Univeraité

Louis pastur à Strasbourg.

M. JACOUES COSNIER

(Ethologie

êt sciences da I'homûe)

'l).

est profess€ur à l'Univsrsité Cl.ud BErnard de Lyon (Lyon

M, HUBERT MO f AcNEe (L'éthotosie

l'anfant)

st responsable du Laboratoirê de psychophysiologi6 de la Faculté des scisnces de Besançon.

M. JEAttl-PlEnnE SlGllOâEf (Comportements

sexuets)

dirige le Laborstoire de recherche sur l€ componement de la statio; INRA de

Tou.s-Nouzilly.

llotro couveÉur6 :

1E

SOMMilNE

De Béaumur à Lotenz et au delà.-.

p.4

A la tin du siècle dernier, on a commencé à étudiêr

l€ compon€ment objective. Mais l'

que beaucoup plus

animal de façon quelque peu

éthologie n'a vrâiment ( décollé D tard.

par Sêrga Caudrcû

Coûment I'animal est infomé sur Io milieu

  • p. l2

Avant do parvenir

âux centr€s nsryeux, toute

stimulation sensori€ll€ 6st transtormée, au niveu

dga récopteurs coraqspondants, en signaux

6lectnques.

par Claudind Messon

Les signaux de cofimunication

  • p. 24

Un stimulus sensorièl n'entraîns pôs iouiours de réponsc spécitiqu€ de la part de l'animal. A ca titre,

s€uls cartains stimuli

mérit€nt, pour l'éthologu6,

l'âppellation de siOnsux.

Abeillas I Winner

- Jaçand ;

 

par yveline Leroy

L'empteinte et ses mécênismes

  • p. 36

Sajou brun:

Jacques Six

;

panlhère noiro : Bed-Jaeana

;

Msnchots 6mporôur I Suinot-Jacana.

Dans ls cours

dgs années trentg, Konrad Lo.enz

Dot dc couverturc :

Pete Tuner - fhe image bank

 

introduisait ls

d'impràgnâtion,

concepts d'omprgints 6t considérés comme sources das

componemônts filial, social et sexuel. Dos trsvâux modernes sont vsnus aftin€r, €t psrfois corriger, los conclusions du Prix Nobsl 73.

HORS.SÉRIE

Di

..

cllon,

?ublia plr

EXCELStOn

PUS|-ICATIONS, S.A.

.u. d. 8.un.

5.

?5382

P.i! C.d.t 08

Tér.

563.01 .02

lad.cilo.r, AdÊlnlnr. on

Prélid.nt :

Oi cr.ur

..

J.cqu!. Dupuy

gônô

l : P.ul Oupuy

MÈ.

Fédâct6ur .n Ch.f : S.ro. C.udrcn

.n p.g.

I Louir

Aou3lrns.; Abin Lrcin.t

: Cbud. Roi.3.

F.chlrch. iconoc.ârhiqu.

S.tuic.

photo

: Milto.

ro!c!r, J,-P Aonnin

H.ucom.t

D.lrifi : Bob.d

Dir.cl.ur ldmani.ù.tif .ttinrnci.r:

J.-P. 8.!uvrl.t

Promotion

.t.bonn.man$ i

bôih

P.sl Câr.ôâw, !s.i.té d'Êli

..

Drou.t

oifiuaion vô.ràs : ^ri.n. C!ruyon

par Jean-Maie Wdal

Jeune mammifère et comportement p. ltg

Chez l€ jeune mammiJère, Et en particulior chsz les

rongerirs, lss phénomènes

d'imprégnation précocô

semblont jour un rôle moins crucialque ch6z ls oiseaux.

pat Claude Bâudoin

et Jacques Coulon

Grands maûûifères et organisation sociate

p.52

Les sspèces horbivorgs

manif€stgnt un6 extrâmô

variété de l€urs structurgs socialos. A l'intérieur

môme

d'un6.aspèca, la struciuration

pgut changer

€n fonction

des saisons, du milieu et ds

ressource8 alimgntaires.

par M a ri a- Frc nca Bou i sSou

DÉCEMBBE Ig78

ENIANITTIA1

\.

Mécanismesneuro-endocriniens

o.64

D€rrièr€ toute

Orssrmule une (

manifestation comportem€ntale se

machineri€ r n€rveuse,

êndocrinienne et musculair d'une oxtrême

complexité. C6s rouag€s ne sont, à l,heure ôctu6lie,

élucidés que dans un nombr€ très ljmité de cas.

par Jean_yves Gautier

et Michel Vancassel

La réponse aux signaux

p. 74

Au-.delà d une

progrâmmâtion génétique plus ou

de maturation et

Deuvenr

morns tine, les phénomènes

Iexpérience de l'individu animat

considérablement moduler l'expiession des

comportements.

par Jêan-Cha es Guyotharc,h

Enc.tc abonnemcnt Science et Vio La ralation parents-jeunes

p. 8'

p. 84

Le parasiiisme du jgung coucou

éclôi16tout un pan

dès conduitss par€ntales ch€z l'animal : pour l6s

ois€aur, lE nid lui-môme joue un rôle 9luè

déterminôht que son contenu.

pat pascal poindron

De I'exploration à la migration

Très répandus dans l

anhropodes aux grands

monde animal, des

mammifères,

les

phénomànes de migration commencent à être

ass€z bien connus

espèces

navrgatron

-du

point

-

au moins pour quelques

d6 vue des systèmes d

mts ên @uva€.

p. 92

par Floriano papi

Le comportement

La

des primates

p. ,02

complexité de leur or9ânisâtion

capâcité des primates

capâcrtè des

sociale, la

primates d'inveôter dê nouvâr

de nouveaur

comportemonts.(€t de les

transmeft re) f oni !u'on

peut parler d véritables ptotoculturcs.

par Jean_piefte

et Annie Gautier

L'agression

Dans.une

sévérité des

p.,rz

espèce donnée, Ia tréquenc€ et lâ

componements

agiessiÀ

varient en

lonctron de muttiples facteLrrs :

socraux,

l'organisation

génétiqu6s,

endocrinologiqUes, etc. La qUôlité de

sociale

joue

souvent

dàns

le sens

c|une diminutioô des échangas sgressils.

pat Philippe Ropaftz

Les insectes sociaut

p. r22

La cohésion des sociétés d

de tourmis est surtout assurée

srgnâux

I intérieurde

la

exErcer plusi6urs sa (bràve) carrière.

termites, d,abeill€s ou

oar l,échsn06 dê

n,est,

individu pÉut

chimiques. La division du trav.ilà-

ruch€ ou de la fourmilière

quant à elle, pas statique : un mâme

fonctions successiv€s au cours dê

pat J6an-Pietê lcikovics

n 7j

ii

Êthologie et sciences de I'homme

i

p.

t32

Mieux définir ce que

l'llomme et I animal ont

 

vrôrment €n commun

est,

au.d6là

des modes, lâ

 

basê d'un6 véritable éthologie humaine.

 
 

par Jacque, Cosniet

L'éthologie de I'enfant

L'observation ( sur le traâin ), (ou ôu moins en

  • p. t4t

milieu libre trés enrichi) des co;duites sociales du

ieune enlant constitue un des aspecls les pluè

captivanls de l'érhologie moderne.

pat Hubeft Montagner

Comportements sexuels

p. t46

Une composante héréditaire du niveau d'activité

sexuelle a pu être mise en évidence chez divers

animsux, mais celle-ci semble sunout se ma.quer

au niv6au des formations nervôuses supéaieurâs.

pat Jean-pierrc Signorct

A la tibraiie Science ct We

p. r59

DT. RE.AI.]MT]RA

Ln .apnr unirersLl : Rué-.lnninL,fenhaulr de Rtiannrt!6,t.l,lij7,

NZ ETAT]DELA ...

En ce millénaire hnissant, le grand trouble

des sociétés technologiques s'accompagne de

multiples tentatives de retour

(

aux sources )).

Mère-Nature est en vedette et, s'échappant de

son vaste giron, plus particulièrement I'animal. Selon un courant très voisin, < instinct >,

agression, ou sexualité supposée délivrée des

L'étude

du comportement animal

a d'abord consisté

dans l'observation,

de plus en plus détaillée.

Ce n'est qu'à la fin

du siècle dernier

que les scientifiques ont commencé à expérimenter et à émettre des théories (dont certaines peuvent

aujourd'hui faire sourire).

La véritable naissance de I'éthologie

est cependant facile

à déterminer :

le début des années trente

ou un peu en deçà.

contraintes sociales et religieuses ou des

contentions imposées par l'(Edipe, ont été

jetés en pâture au public, souvent dans le désordre, à travers le livre à gros tirage, la presse à grand spectacle, et bien entendu la télévision. A I'heure actuelle, la fièvre semble un peu

retombée. Peut-être est-il temps, alors, de

passer aux choses sérieuses. D'évoquer

quelques aspects de la science du

comportement animal, de l' ëthologie : ses

grands domaines de recherche, sa

méthodologie, les différents niveaux par

lesquels elle approche les manières d'être des

animaux et, aussi, quelle forme d'intérêt elle

peut présenter quant à la connaissance de

I'Homme et des sociétés humaines.

Étude des manières d'être des animaux. C'est bien ainsi qu'il faut entendre le terme

d'éthologie dans son sens moderne (Isidore

Geoffroy Saint-Hilaire, 1854), dérivé d'un

sens plus ancien (1). Quelles sont ses origines lointaines, ses avatars historiques, son émergence (encore proche de nous) comme

discipline scientifique autonome ; c'est ce que

nous allons tenter de dire brièvement. Comme de bien entendu, I'affaire remonte

à Aristote (né vers

manifestations des

384). Parmi les

  • - êtres vivants, le courant

péripatéticien distingue des actes dits

instinctifs et des actes intelligents. Les premiers

-f iiElËiiâq",

d,, .n,B.

d.s Jaits notdt

( x vt t.

siètt j

DE

RÉAUMUR

A

I,ORENZ

sont ( mécaniques )> et, même s'ils tendent

vers un but global, leur déroulement est

indépendant des résultats atteints. Les

impliquent, en quelque sorte, une projection

consciente du but à atteindre ; ils sont

nettement plus modifiables en fonction des effets de I'acte lui-même. Pour les Péripatéticiens, donc, les actes instinctifs sont

essentiellement ceux de I'animal, les actes

intelligents I'apanage de l'Homme.

Dans la pure tradition d'Aristote se

développera I'anthropocentrisme à la vie dure et, à l'opposé, les < animaux-machines > de

Descartes. L'Homme, doué du Cogito, se vout

radicalement séparé de I'animal. A propos d'un monde animal de plus en

plus, et de mieux en mieux, observé, on n'aura

d'autre recours, pendant longtemps, que de parler d'instinct. A travers le XVIII" siècle,

celui du formidable essor des sciences de la

Nature, et tout le XIXe, va donc traîner le débat philosophique in s t inc t -in t ell ig e nc e.

Ainsi, Frédéric Cuvier, frère du paléontologue, évoque avec lyrisme, I'instinct

comme < une sorte de rêve ...

que les animaux

poursuivent toujours, qui les fait agir à la

manière de somnambules ...

>

L'observation précise, méticuleuse de

l'animal (surtout de I'insecte) était née avec Ferchault de Réaumur dans la première

moitié du XVIIIe siècle. Elle culmine

peut-être, à la fin du siècle dernier, dans les

Souvenirs entomologiques de Jean-Henri Fabre (mort à 92 ans en l9l5). Fabre voit la vie de

I'insecte n'être que le reflet d'une <r

...

activitë

innëe, spéciJique, immuable, aveugle

manifes-

... tation de I'Esprit universel, du Créateur de la

nature ... Dans le temps de la carrière de Fabre se

,

place tout de même une révolution scientifique, la théorie de l'Évolution de Darwin. En faisant des cousins dç I'Homme et

des anthropoïdes actuels (des descendants

d'un ancêtre commun), des mammifères les

héritiers des reptiles, ou de I'ensemble des

vertébrés un puissant rameau parti d'une souche ayant donné naissance aussi aux

invertébrés, le darwinisme implique l'unité, la

continuité du monde animal. Dès lors, même les conduites humaines pourraient trouver

leurs bases dans les manifestations comportementales ou les mécanismes

élémentaires rencontrés chez des espèces moins évoluées. De plus, Darwin et ses élèves

lont entrer les comportements dans l'éventail

des < moyens )

pouvant lavoriser la

survivance du plus apte.

On va donc s'intéresser de plus près au

comportement, mais surtout pour tenter

d'expliquer I'Homme par I'animal. Ainsi

apparaît, vers I'extrême fin du siècle dernier, cette < psychologie animale > qui a

:.:1, ( !\jt t' - \lrD

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,l(,. r/lrlrlrrrr

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probablement retardé l'éclosion de l'éthologie en tant que telle. Jacques Loeb, biologiste

germano-américain, consacre de vastes études

expérimentales aux tropismes des animaux inférieurs. Vers 1900, phototropisme,

thermotropisme, rhéotropisme, etc. sont

considérés comme le type même de I'activité

élémentaire à I'intérieur du monde vivant.

Leurs mécanismes propres, une fois élucidés,

seront certainement

applicables à tous les

niveaux de I'arbre de l'Évolution, Homme

compris. Loeb a eu, en tout cas, le mérite de dégager clairement les notions de stimulus et de rëponse et, selon Gaston Richard,

d'intégrer aux études de comportement les

facteurs non biologiques du milieu.

Avec Pavlov et les réflexes conditionnés, les

méthodes objectives de la physiologie sont pour la première fois appliquées à l'étude des processus psychiques supérieurs. Parmi les

premiers utilisateurs de méthodes

< objectives >>, on peut évoquer les psychophysiologistes du siècle précédent, tel

Hans Heinrich Weber pour l'étude quantitative de la sensation.

Présentés pour la première fois lors d'un

congrès médical tenu à Madrid en 1903, les travaux d'Ivan P. Pavlov rejettent, tant au niveau de la théorie que de la méthodologie,

toute référence anthropomorphique. Ils

DL,

Rt:1t.'.\lLiR

.1

l,oItr,N/

braquent le projecteur (un peu aveuglant) sur les mécanismes humoraux, musculaires, et surtout nerveux, qui sous-tendent les activités des êtres vivants. Il s'agit là, comme pour Loeb ou pour le behaviorisme américain, d'une conception toute < mécaniste > du comportement animal. La < psychologie animale > des premières

décennies de ce siècle, de Loeb à Watson en

passant par Pavlov, Piéron ou Rabaud,

condamne la notion d'instinct, considérée

comme < vitaliste >, métaphysique, et

parfaitement non scientifique. En ce sens, l'éthologie lui doit beaucoup. Pas trop

cependant car, à l'époque, on se préoccupe surtout d'établir, sur du matériel animal, des lois propres à être appliquées au psychisme humain. L'observation patiente des

comportements animaux dans la Nature,

l'ceuvre colossale d,es naturalistes des XVIII"

et XIXe siècles, n'intéresse pas.

Le behaviorisme est héritier de Pavlov. Conquis par la théorie des réflexes

conditionnés, Conwy Lloyd Morgan et

surtout John Broadus Watson partir de

l9l2) veulent étudier (

...

|'ensemble

des

rép on s e s ad apt a tiv es, obj e ctiv ement

observables, que I'organisme pris comme un

Iout exécute en réponse à des stimuli

...

pro-

venant du milieu physique ou du milieu social >.

Ce qui, en fait, intéresse les behavioristes, ce

sont conditionnement et apprentissage. Ce

faisant, ils marquent I'impbitance du-passd de

I'animal et de ses effets sur un comportement

donné.

Watson et son école sont, comme Pavlov, rigoureusement mécanistes. Mais, à I'opposé

du chercheur russe, les rouages internes du

comportement ne les intéressent pas. Ils

tiul! t,)t!

t.ti\(h

Pti\.\'t)h!l

lt)

dtntt,

i.l

t! lt dù ttt lu "

Jts ahttllL:

DE

RÉAUMUR

A

LORENZ

I'a dit, ( entre

mettent, comme on

parenthèses ) ce qui se passe entre stimulus et

réponse. Cette tendance synthétique fut, avant la dernière guerre, renforcée par les apports de la Gestaltpsychologie germanique. Les

successeurs de Watson, entre autres, vont dès

lors admettre que le comportement peut être

autre chose que la somme de ses maillons

< physiologiques > et que le milieu joue un

rôle important dans la définition des

conduites (t). Tirant parti des matériaux divers accumulés

pour leurs besoins propres par les diverses

écoles de < psychologues animaux >,

l'ëthologie-ëtude des manières d'être des

animaux ne connaît son véritable développement qu'à partir de ces mêmes

annêes trente. L'Autrichien Konrad Lorenz,

suivi du Hollandais Tinbergen, va revaloriser I'examen des conduites spontanées de

I'animal dans son milieu.

Lorenz met au premier plan le concept de stimulus déclencheur (déclencheurs sociaux

en particulier), lequel vient activer, chez

I'animal, des mécanismes de réponse innés, fixés dans le patrimoine génétique. Tinbergen

insiste plus particulièrement sur une liaison

étroite, univoque, entre stimulus et réponse de I'organisme animal. Ce qu'il faut remarquer,

c'est que cette éthologie-là est véritablement

scientifique. Elle ne se contente pas d'accumuler des observations ; elle émet des

hypothèses, des a priori théoriques qu'elle

\iAt) l inbùs|.

Pti\ ,\oht! I97l: un dc: ttiurcu^

lr I\;tholt)sit.

cherche à vériher par I'expérimentation.

Cependant, une réaction contre

< I'innéisme > des deux Prix Nobel 73 devait

fatalement se produire. Ainsi que l'écrit

Gaston Richard, < les

d'innëité, de spécificité ...

caractères de fixitë,

attribuës à beaucoup

de comportements n'ont pas rësisté à l'analyse

critique entreprise par les diverses écoles. Ces

études ont conduit à une conception qui rend

.,11)voir f. Le Te iet.t 6. Simondon. Hbtoit

..

ta s.idce, Etu!.lopëtti. de ta ptëiade,

mieux compte des multiples interactions se manifestanî dans le système intëgré constitué

par I'être vivant et le milieu dans lequel il vit. >

Il y a près de vingt-cinq ans, d'ailleurs, Pierre-Paul Grassé, véritable fondateur en France de l'éthologie en tant que discipline à

part entière, contestait la notion de liaison

rigide entre stimulus et réponse. Avec Grassé et quelques autres se constituait ainsi

l'éthologie contemporaine, au carrelour des

t\ttrc

I'tri

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t'ta',t

\ . \r , //fi\/r/r,i !

û1 lt,tlt,.

!r tiù,1,',t, trrrttrtlit

ttnt

événements physiologiques,

écologiques et du

< substrat ) génétique de I'animal. Cette

tendance tend à reléguer la querelle

inné-acquis au magasin des accessoires

historiques. Autre querelle, sans doute d'un peu

moindre envergure, celle de I'opposition

observation sur le lerrain

au laboratoire

..

travail sur I'animal

(

les

-

Rémy Chauvin note que

situations simplifiées du laboratoire mettent en évidence des relations de cause à eflet qu'on a pariois bien du mal à retrouver dans la Nature >. Il n'en reste pas moins que les

deux lormes d'investigation sont certainement plus complémentaires qu'elles ne sont

opposables. D'autant plus que les solutions

intermédiaires ne manquent pas. Les

éthologues modernes en ont lait la preuve.

Venons-en à ce numéro

(

Comportement

animal >. Dans son Éthologie, ëtude biologique

du comportemenl, Chauvin distingue, pour la

clarté de I'exposé : l) les comportements de

I'animal isolé ; 2) les comportements sexuels

et familiaux ;3) les comportements sociaux.

Ce découpage reflète, en somme, un

éloignement et une abstraction progressifs par

rapport aux mécanismes < élémentaires >

(rouages neuro-endocriniens, composantes

génétiques, liaison stimulus-réponse

...

).

Dans

le présent numéro, les divisions ne sont pas

aussi marquées, mais peut-être percevra-t-on

mieux, ainsi, I'intrication des problèmes et le

loisonnement des travaux u"tutti;"o.

"ouo"on

IES RECEPTEURS

SEruSORIELS

A l'interface entre le milieu

extérieur et I'organisme vivant,

les récepteurs sensoriels

c o n stitu e nt d es fi ltre s

spécialisés qui laissent passer

certaines informations et les traduisent en signaux électriques

exploitables par les centres nerveux. Les phénomènes de

transduction qui règlent la

tra n sfo rmati o n d es d i ve rs es

formes d'énergie émanant du

milieu (lumineuse, chimique,

mécanique, etc.

)

se déroulent en

plusieurs étapes dont toutes ne

sont pas encore bien connues.

PrnLl.rnl lonqtemp:. 1c: reehcrchcs

,. \cnsrri(rn

),

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rtr.t'r",ir' rc

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q!re dc 1! ps\ch.)phrsiologic.

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.\ r,r lu. ct.i nre.iu.c

quc crs recher chcs .e sonl élcnducr llLl\ ltulrc\

cspecc' clu rcg e rnirrllll rl quc. d.rulr. prrt. lc\

mcth,-rdcs m,.rdcrncs cl

u ll ftr.t nrct

u rr lt-.

.,ppl q.rcu. r

rIrestiglrlron

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lr notion de

neu roplr r sioloriq

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ll:roeielion :uhlrctirc lrLite cntre

*

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\cn:iltion c1 lc aorcept cle co:r.cicnce a peu l

n.'u été ecr rt ec

l)l)ur ll\s!rter slt rurric.

lorrl oagi' ,i.ùtr rnimill

d()i1 r:trc clp.rblt d lr(lrplrr l cnrcmblc dc ses

conrporterrcnt\ ru\

cLrndition'.

mulliplc\ r'lrri.rtiLùs du:.

clt sor cnrironnement A ccs lin:. il

po'scdc dcs \lrLlctLrrc\. lcs réccptcur' sensorltl:.

propre:

.r clétcctcr lcs rr3narlr Lui indiqutnt lu

ncrurriturc- lui

locelrs.rlion ct La nrturc de ll

fj!'rûleltirrrt

dc renco trer le

perlenuirt:crucl

ct

ci a:surcr ll rùproduction dc Jcspi'cc. dc recon

nirilre Ir pré.ence dc prédeteurs ou d un <llnger

qLrelconque. .

lion se:irnl

l-es rècepteur: \cn.r)riels rn quc\

dercloppc. drns lr paroi du corps i

12

3

,i

i

î

I

I

I

I

I

I

1

Complèment âu documeot cn page de d.oie

tacttves des antenncs d un leptdoptete

soies ot

(pdpittoô) obsêt

vecs âu ûtctos.ope elecltonique ê balavage

on les appelle des extérocepteurs

(r)t ce sont

quelques-uns d'entre eux qui retiendront ici no-

tre attention. ll est possible de classer les récepleurs senso- riels en fonction de la nature du stimulus capa-

ble d'exciter Ieurs cellules nerveuses : on pourra

-l7i

4.r

ià.na

o*lii*,t,'.

t", ,cn.ton\

4!,2?nene"t

pruo'.oleBeJr\.

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lunre.^ et 1., ùd\ilusq

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Nt.vnpte

Jait

rctatront nottatei aeet

pgotcù.4t d

..

t),tnuy.at.

tntetîLeot.ut

ta Ntot du tuh" d,pe!4

donc parfer de mécanorécepleurs, de photorécep-

teurs, de thermoftcepteurs, de chemorécepteu;s,

d ëlectorëcepteurs ...

A noter cependant que cer-

tarnes structures réceptrices peuvent capter plu-

sieurs stimulations de

par

des

natures différentes, telles

exemple les soies (ou sensilles) gustatives

insectes: situées sur les pièces buccales et

sur les pattes. elles possèdent également, dans

bien des cas. une sensibilité mécanique.

A travers le règne animal, tous les récepteurs

,

d'une mêrne modalité sensorielle fonctionnent

sur des bases fondamentales identiques,

et la

comparaison des modes de fonctionnèment des divers types de récepteurs montre également de

nombreuses propriétés communes.

Silués à I'interface entre le monde extérieur et

le cerveau, les organes

sensoriels constituent

des

" filtres ), qui laissent passer cenaines informa-

tions de l'unive.rs extérieur et les traduisent en

un langage utilliable par le cerveau, c'est-à-dire

er_une série de signaux électriques ou poaen-

tiels d'rction. Ils consriruent en niveau d'analyse des événements

outre le piemier

sensoriels, qui

sont ensuire traités puis inrégrés par les difié-

rents étages du cerveau.

La configuration externe

de chaque type de

pour rééevoir

" piéger

".

(pour

aàéquat. Lei ter-

spécialisées

strucrure réceptrice est adaptée

avec le maximum d'efficacité

en quelque

sone)

le stimulus

mlnalsons nerveuses sont à la fois

dans

propriétés

specrtrquement

leurs propriétés structurales et àans leuri

physiologiques. de laçon

à

un seul type

à répondre

ex-

d'énerÀie

VV

VVV

Chms.m.nt loê.1 .L pMé.UliU m.mb.'.n i

..

Stimulu.

Pobnnd

.ac.ptcu.

Pot nti.l 9énant u.

I4

Pot rni.L .tTctioD

- ittlom.aion t.n.oi.tt

terne : leurs caractéristiques propres définissent

les limites de sensibiliré de tel ou

tel système rè-

cepteur yis-à-vis du stimulus adéquat.

Le técepteur et I'adtesae

Quelle que soit sa nature, tout stimulus adé-

appliqué sur la structure spécialisée dans

quat

sa réception entraîne toujours (pourvu qu'il soit

appliqué dans les limites de sensibilité du

sys-

tème impliqué) la naissance d'un signal élecrri-

que. Ce signal constitue une des dimensions

fondamentales

du langage

que comprend

et uti-

lise le système neryeux

;

la frêquence d'érnis-

sion des signaux et leur synchronisation consti-

tuent d'autres paramètres essentiels de ce lan-

gage.

A chaque fois qu'une information sensorielle

est traduite en un signal

électrique, on dit qu'il y

a eu phénomène de transduction.

Bien qu'à I'origine soient mises en jeu des

énergies différentes. et que la transduction im-

plique

des inreractions membranaires de na-

tures différentes, un çode <universel)), en pro-

venance de tous Ies systèmes sensoriels périphé-

riques. circule donc â l'inrérieur du sysrème ner-

veux. Tous les messages mis en forme simulta-

nément au niveau d'entrées sensorielles diffé-

rentes atteignent

pendantes.

le cerveau

par des voies

indé-

C'est la fréquence, c'est-à-dire le

nombre de potentiels d'action émis par unitê de

temps, qui constitue la clé de I'interprétation du

signal du récopteur à I'intéricur du système.

Toutes les informations ainsi véhiculées jus-

qu'au cerveau sont interprétées en fonction du

type de cellules

qui

rie et en fonction

ont êté excitées

à la périphé-

f in-

de la région qui reçoit

flux.

Si tous les messages

convergeaient, à la li-

mite toutes les informations représentées par

une mème frèquence pourraieni

èrre confàn-

ducs.

S'il existç un langage commun dans le cer-

reau. linterprétation du message

de l'adresse

à laquelle

dépend aussi

il est enroyè. De plus. le

message sensoriel mis en forme

par

le

système

récepteur doit conrenir toutes les donnèes né-

cessaires

à sa complète

identification, tant sur le

plan de la qualitè

que sur le plan de la quanrilé

{intensilé) du

de son

stimulus reçu.

En

plus

du'codage

ve.ie

inrcnsite d de sa specificiie qualira

stimulus est

ainsi ègalemenr codé dans l'espace

et daîs le temps.

Chaque stimulation

spécifique entraîne la ré-

neurones

sensoriels qui

potentiels d'action plus

{le

(

pattern )))

ponse d'un ou plusieurs

émettent des trains de

caractèristiques propres

ou moins slnchrones : la forme

de la réponse de

...

).

chaque neurone dépend de ses

(seuil,

spectre de sensi-

Selon

qu'ils

bilité. pouvoir de discrimination

détectenr

ou selon qu'ils

de neurones phasiques

l'instant ou le stimulus esr appliquè

enregistrent sa durée, on iariera

ou de neurones toniques

(il existe également des neurones dits phasico- toniques).

Chaque

stimulation reçue est le plus souvent

l'identifier, le système récep-

lui

aussi des

performancès

complexe. Afin de

teur

doit

posséder

complexes pour qu'arrive au cerveau un mes-

sage contenant suffisamment

de données quali-

déèrire,

tatives et quantitatives permettant de

avec le maximum de fidélité et dans un code dê-

chiffrable, une partie

de I'univers sensoriel

de

l'animal. L'ensemble des neurones sensoriels

sÉs

vrstoN

tENTaÉÊ)

!UMIEFE

I

d

Ë

|9.

{aDR!SSEI

--+

AUDITION

S€NSIBILITE

culatrÉE.

( TOUCHEA D

orFActrôN

soNs

EXCITATIONS

TÉGUMENTAIREs

fË'

o

z

)

ODEUBS

2

o

t2

)â- eE

g+

);

zl

Él

l-

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---+

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)Ê- 3

ô

3

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GUSÎATION

SAVEUAS

)

?b'

2

---+

SÊOUENCE

COMPOATEMÊNTAIE

(soRTtÊl

COMMENT UNE INFORMATION soN RECEpTÊua

EN PROVENANCE

DE L'UNIVEBS

Er GRAIE a LA nrcrcu ou

ciaièÂù

SENSORIEL EST

BECONNUE,

A LA

ôùî àicorr

rc utssect

FOIS GRACE A

t6

-r*

,'

d'un orsane

de me';ees

réceDteur dessine des successions

codés (intensitif", qualitalif!. spa-

qui rendent

compte

des-\a'

riaux et témporels)

riations

de'l'environnement sensoriel indivi-

duel.

Ainsi. chaque organe

tion. toucher. olfaciion,

instant donné. une sorte

(

sen\oriel lrision. audi'

gustation.l élabore. à un

d'.image

sensorielle >

situalion en\iron-

qui lui est propre. Et chaque

nementale nouvelle entraine Ia conlergence sur

l'orsanisme de " situation: hetérosensorielle. "

.o.ï1.*

...

t

nrècèdente.

'

différentes de celles de la situation

Le stockase de ce: informations multiples se

faisant dans-des canaux indèpendants pour cha-

oue modalrrè senlorielte, on comprend qu apres

lLurs oroiection' dans des zones:pècialisee' du cerueiu. ce" images :en.orielles )oient en pre-

mier lieu traitéeslndépendamment

et

les messages traités par les divers étages

intégrés

:ubiront une ultime

enlrainera. oar

Finalement

successivement

et

qul

centraux con\ergeront

intègrallon

commune

l'intermèdiaire de réactions

neuro-hurnoiales complexe'. des série' de

ouences

molrices.

Celles-ci

aboutiront