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HISTOIRE UNIVERSELLE

L'ÉGLISE CATHOLIQUE

TOME QUATORZIÈME.

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paopaiETE.

CET OUVRAGE SE TROUVE AUSSI

A Besançon,

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HISTOIRE UNIVERSELLE

L'ÉGLISE CATHOLIQUE

l'abbé rohrbacher

PRÉCÉDÉE D'ONE NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE PAR CHARLES SAINTE-FOI

AUGMENTÉE DE NOTES INÉDITES DE L'AUTEUR

COLLIGÉES PAR A. MURCIER, ANCIEN ÉLÈVE DE L'ÉCOLE DES CHARTES

BT suivie d'un atlas GEOGRAPHIQUE SPÉCIALEMENT DRESSÉ POUR L'OUVRAGE

PAR A. H. DUFOUB

S. ÉpiPHANE, 1. 1, c. 5, Contre les hérésies.

Ubi Petrus , ibi Ecclesia.

s. AuBRos., in psalm. 40, n. 30.

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HISTOIRE UNIVEUSELLE

L'ÉGLISE CATHOLIQUE

LIVRE SOIXANTE-QUATRIÈME.

DE 1054 A 1073.

lies papes Victor II, Etienne IX, iVicolas II, Alexandre II,

et le cardinal Ilildebrand.

Le saint pape Léon IX était mort le 19"" d'avril 1054. n'ayant en- core que cinquante ans; il était mort au milieu de ses projets et de ses travaux pour restaurer les mœurs du clergé et du peuple chré- tien ; il avait rencontré des obstacles dans le clergé de Lombardie et d'Allemagne : ces obstacles, la simonie et l'incontinence, grandiront

encore par l'appui que leur prêtera la puissance politique ; les suc-

cesseurs de Léon IX n'auront pas le temps d'assurer cette restaura- tion si nécessaire et si difficile. Cependant cette restauration s'ac-

complira malgré tous les obstacles, grâce à Celui qui a dit à saint

Pierre et aux apôtres, au Pape et aux évêques qui lui sont unis :

Voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation

des siècles. Telle est la source mystérieuse et intarissable de cette vie, de cette santé, de cette force toujours nouvelle que l'Eglise ca-

tholique ne cesse de déployer au milieu des combats de tout genre

que le monde et l'enfer ne cessent de lui livrer de toutes parts : vie,

santé et force auxquelles la politique humaine ne comprend rien,

parce qu'elle n'en connaît point la source, mais que le Chrétien fidèle

sent couler dans ses propres veines, pour faire autour de lui ce que

l'Église fait dans l'univers entier. De là, dans certains hommes, pour

le service de Dieu et de son Église, une pénétration, une prudence,

XIV.

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IIlSTOir.K UNIVERSELLE

[Liv. LXIV. De 1054

une vigueur, un calme, une fermeté au-dessus de l'homme. Le car-

dinal Ilildebrand, qui sera le pape saint Grégoire VII, était de ce

nombre.

A la mort de saint Léon IX, qui Pavait emmené de Lorraine, il

n'était encore que sous-diacre de l'Église romaine. Mais telle était la

confiance publique en ses lumières et en sa vertu, que le clergé et le

peuple de Rome l'envoyèrent à la tête d'une ambassade à l'empe-

reur Henri le Noir, pour choisir en leur nom tel Pape qu'il jugerait

à propos, attendu que, dans l'Église romaine, il ne se trouvait point

de personne en état de remplir cette haute fonction. Voilà comment

parle Léon d'Ostie. Il ne dit pas, comme Fleury le lui fait dire, qu'il

n'y avait dans l'Église romaine aucune personne digne d'être Pape,

mais propre, mais idoine à l'être, sans doute à cause des circon-

stances. Il fallait un homme capable d'obtenir de l'empereur la res-

titution à l'Église des biens usurpés par l'Empire; il fallait un homme

capable d'en obtenir au besoin des troupes suffisantes pour n'avoir

rien à craindre des Normands d'Apulie, qui pouvaient se croire dé-

gagés de leur serment par la mort du dernier Pape. Nous avons vu les suites funestes de la parcimonie que l'empereur avait mise dans

l'envoi des troupes allemandes, par le conseil peu réfléchi de Gueb-

hard, évêque d'Eichstaedt, son conseiller le plus intime. On conçoit

que, dans de pareilles circonstances, le plus digne d'être Pape pût

n'être pas le plus convenable.

Hildebrand exécuta admirablement sa commission. Ayant obtenu le consentement de l'empereur pour choisir un Pape au nom du clergé et du peuple romains, il demanda, expressément et de leur avis, l'é-

vêque Guebhard d'Eichstaedt. Grande fut la surprise de l'empereur

et de l'évêque. L'affliction de l'empereur ne fut pas moindre que sa

surprise; car il aimait tendrement Guebhard, qui était son proche

parent et son bras droit dans le gouvernement de l'Empire. Il disait

donc qu'il lui était absolument nécessaire, et en proposait d'autres qu'il jugeait plus propres à cette dignité; mais jamais il ne put per-

suader à Hildebrand de changer d'avis. Guebhard lui-même ne vou-

lait point être Pape ; car, outre sa grande capacité, il était, après

l'empereur, le plus puissant et le plus riche du royaume germanique.

Mais, comme à ces avantages naturels il joignait une vie édifiante,

ce fut une raison de plus pour Hildebrand de persister dans son

choix. La diète de Mayence, se traitait cette affaire, au mois de

novembre 1054, fut congédiée par l'empereur sans rien conclure. L'évêque Guebhard, voyant que les moyens ordinaires ne pouvaient faire changer d'avis aux légats romains, envoya secrètement à Rome

répandre de mauvais bruits sur son propre compte, afin que les lé-

à 1073 de l'ère chr.]

DE L'ÉGLISK CATHOLIQOE.

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gats reçussent ordre d'en choisir un autre ; il fit même dresser un

mémoire pour prouver que lui ne pouvait être élu. Tout fut inutile.

Dans une nouvelle diète tenue à Augsbourg dans les premiers mois

de l'an 1055, Tempereur lui-même le pressa d'acquiescer à son

élection. Guebhard ne résista plus, et dit à l'empereur : Quoique je

me sente souverainement indigne du Siège apostolique, j'obéirai à

vos ordres et me consacrerai corps et âme à saint Pierre, mais à la condition que, vous aussi, vous rendrez à saint Pierre ce qui lui

appartient. L'empereur l'ayant promis, l'évêque accepta. Hildebrand

l'emmena ainsi d'Allemagne, malgré l'empereur et malgré lui-

même. Il fut reçu à Rome avec un grand honneur, reconnu Pape d'un consentement unanime, et intronisé le jeudi saint IS""® d'avril,

sous le nom de Victor II, près d'un an après la mort de Léon IX *. Comme il avait été un grand obstacle à son saint prédécesseur

pour son expédition contre les Normands, il avait coutume de dire,

quand il éprouvait quelque chagrin : Je mérite bien de souffrir tout

cela, puisque j'ai péché contre mon Seigneur; il est juste que Paul

expie ce que Saul a fait ^.

Dans cette légation d'Allemagne pour l'élection d'un Pape, le car-

dinal Hildebrand était accompagné du cardinal Humbert, autrefois

abbé de Moyen-3Ioutier en Lorraine, et alors évêque de la Forêt- Blanche ou de Sainte-Rufine. Il revenait de Constantinople, où il

avait été envoyé en légation avec Pierre, archevêque d'Amalfi, et le

diacre Frédéric, frère du duc Godefroi de Lorraine et chancelier de

l'Eglise romaine, que nous verrons Pape sous le nom d'Etienne IX.

Ces trois légats avaient pour commission de prévenir ou d'apaiser le schisme de Michel Cérulaire, et de réfuter ses reproches contre

les Latins. Ils arrivèrent à Constantinople au commencement de

l'an 1054, étant partis de Rome sur la fin de l'année précédente.

L'empereur Constantin Monomaque les reçut avec honneur et les lo-

gea dans son palais. Humbert y travailla à une ample réponse à la

lettre de Michel Cérulaire et de Léon d'Acride. Il la divisa par articles,

avec sa réponse à chacun. C'est une espèce de dialogue, où le Constantinopohtain fait les objections, et le Romain en donne la

solution.

Le patriarche Michel disait, dans sa lettre, que la charité et la com-

passion l'avaient engagé à l'écrire pour retirer les Latins de leurs er-

reurs sur les azymes et l'observation du sabbat. Pourquoi donc, lui

dit Humbert, négligez-vous ceux qui sont à votre charge, souffrant

Chronic. Cassùi., 1. 2, c. 89. Vita Victor. Il apud Gretzer., t. 10. ^ Chron. Cass., ibid.

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HISTOIRE UNIVERSELLE

[Liv. LXIV, De 1054

chez VOUS des jacobites et autres hérétiques, conversant et mangeant avec eux ? L'Apôtre ne dit-ii p^s ; Évitez cehii qui est hérétique après

ravoir averti une ou deux fois ? Il vient ensuite aux reproches tou- chant les azymes et l'observation du sabbat; et, après avoir rapporté

les passages de l'Ecriture qui établissent l'usage des azymes, il dit

que la loi de Dieu, à cet égard, n'ayant eu lieu que pour un temps,

les Latins ne l'observaient plus ; qu'ils mangeaient du pain levé pen- dant les sept jours de la Pâque, comme dans tout le reste de l'année, et que, s'ils fêtaient ces sept jours, les Grecs en usaient de même;

que, pour ce qui est du samedi, les Latins jeûnaient ce jour-là comme le vendredi ; mais qu'en cela on ne pouvait les accuser de

judaïsme ; que ce reproche tombait plutôt sur les Grecs, qui fai-

saient bonne chère ce jour-là et le passaient dans l'oisiveté, comme les Juifs. Il ajoute que si, comme le voulaient les Grecs, on ne doit

jeûner qu'un seul samedi de l'année, en mémoire de la sépulture du Sauveur, il ne faut donc aussi jeûner qu'un vendredi en mémoire de

sa passion, et ne célébrer qu'un dimanche en mémoire de sa résur-

rection. Nous ne rejetons pas le jeûne du vendredi, et nous jeûnons même le samedi pour imiter la tristesse des apôtres en ces deux

jours ; en nous conformant à ce qu'ils ont ordonné pour la célébra-

tion du dimanche, nous fêtons ce jour pendant toute l'année.

Humbert convient avec les Grecs que Jésus-Christ est la Pâque vé-

ritable et qu'il l'a célébrée le quatorzième de la lune au soir ; mais

parce que les Grecs soutenaient que le pain que Jésus- Christ prit à la Cène était du pain levé, et qu'ils s'appuyaient en cela de l'étymologie du mot artos, qui signifie pain levé et enflé par la fermentation, il

fait voir par divers endroits de l'Ecriture que artos marque indis-

tinctement le pain levé ou le pain sans levain, comme le terme hé-

breu léchem signifie tout sorte de pain. En effet, l'Écriture, parlant du pain que l'ange apporta à Élie et des pains de proposition, qui

devaient être sans levain, se sert du mot artos. Il donne pour preuve

que Jésus-Christ institua l'eucharistie avec du pain azyme, l'usage

établi chez les Juifs de n'en point avoir d'autre dès que les jours de

la Pâque étaient commencés. La loi ordonnait de punir de mort ce-

lui qui en aurait eu de fermenté dans sa maison. Les Grecs ne té- moignaient que du mépris pour le pain azyme, le comparant à une

pierre, à de la boue sèche. Humbert ne s'arrête

à cette compa-

raison que pour en faire sentir l'indécence, et pour montrer aux

Grecs que leur pain levé n'était pas plus pur que les azymes des La-

tins, il rapporte les différents ingrédients qui servaient à la fermen-

tation du pain. Chez les Gaulois, on employait la lie de la bière, ou

du jus de pois ou d'orge, ou du lait de figue; d'autres se servaient

à 1073 de l'ère chr.]

DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.

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du lait aigri d'animaux ; et, de quelque nature que fut le ferment^ il

corrompait toujours la masse de farine dans laquelle on le jetait^

comme le dit saint Paul. Les azymes, chez les Latins, n'avaient rien

que de très-pur. Nous ne mettons point sur la table du Seigneur, dit

Humbert, des aliments communs aux hommes et aux bêtes, mais

seulement du pain tiré de la sacristie, dans laquelle les diacres avec

les sous-diacres ou même les prêtres, revêtus d'habits sacrés, Font

pétri et préparé dans un fer, en chantant des psaumes; et ce pain est

composé de grains de froment et d'une eau très-limpide. Mais quelles

sont vos précautions à l'égard d'un si grand mystère ? Vous achetez

souvent du pain fermenté sans distinction de personnes, soit qu'il ait été préparé par des hommes ou par des femmes ; vous en achetez

même quelquefois de ceux qui tiennent des tavernes publiques.

Quoique vous ne puissiez nier que ces sorles de pains n'aient été ma-

niés par des mains sales et non lavées, vous les otîrez sur la table du

Seigneur.

Il demande aux Grecs quelle raison ils avaient de prendre avec une cuillère le pain sacré mis en miettes dans le calice ? Jésus-Christ

n'en usa pas ainsi : il bénit un pain entier, et, l'ayant rompu, le dis-

tribua par morceaux à ses disciples, comme l'EgUse romaine l'ob-

serve. L'église de Jérusalem conserve à cetégard la discipline qu'elle a reçue des apôtres. On n'y offre que des hosties entières, que l'on met sur des patènes, sans employer, connue les Grées, une lance de

fer pour couper l'hostie en forme de croix; elle est mince et de fleur

de farine; on en communie le peuple sans la tremper dans le calice.

sainte eucharistie, on ne le brûle

S'il reste quelque chose de la

point, on ne le jette pas dans une fosse ; mais on le réserve dans

une boîte bien nette, pour en communier le peuple le lendemain ;

car on y communie tous les jours, à cause du grand concours de

Chrétiens qui y viennent de toutes les provinces visiter les saints

lieux. Tel est l'usage de l'église de Jérusalem et de toutes celles qui en dépendent, grandes et petites. Tel est aussi l'usage de l'Eglise

romaine. On y met sur l'autel des hosties minces faites de fleur de

farine, saines et entières, et, les ayant rompues après la consécration,

le prêtre en communie avec le peuple; ensuite il prend le sang tout pur dans le calice. On y met de même en réserve ce qui est resté de

la sainte eucharistie. Les Grecs, en quelques endroits, n'en usaient

pas ainsi : ou ils enterraient les restes, ou ils les mettaient dans une

bouteille, ou ils les répandaient. C'est, dit Humbert, une grande né-

gligence, et n'avoir point la crainte de Dieu. Sur ce qu'ils insistaient

que les azymes étaient ordonnés par la loi de Moïse, il répond qu'elle

ordonnait aussi des offrandes de pain levé; d'où il suivait qu'elle

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HISTOIRE UNIVERSELLE

[Liv. LXIV. - De 1054

n'était pas plus favorable à la pratique des Grecs qu'à celle des

Latins.

Aux reproches des Grecs sur l'observation du sabbat, Hunnbert ré-

pond que les Latins ne le fêtaient pas comme les Juifs; qu'en ce jour ils travaillaient et faisaient des voyages, au lieu que les Grecs

ne s'y occupaient que du boire et du manger, même en carême. Il

fait voir que, en reprochant aux Latins de manger du sang et des

viandes suffoquées, ils se déclaraient pour l'observation de la loi

ancienne, qu'ils méprisaient lorsqu'il s'agissait des azymes. Ce

n'est pas, ajoute-t-il, que nous voulions soutenir contre vous l'usage

du sang et des viandes suffoquées; nous les avons en horreur, sui-

vante tradition de nos p^res, et nous mettons en pénitence quicon-

que en mange, si ce n'est pour éviter le danger de mourir de faim ;

car nous tenons pour lois apostoliques toutes les anciennes cou-

tumes qui ne sont point contre la foi. A l'égard de VAlléluia, c'est à

tort que vous nous accusez de ne le chanter qu'à Pâques : nous le

chantons tous les jours de l'année à l'exception des neuf semaines

qui précèdent la fête de Pâques. Nous nous conformons en cela à la tradition de nos Pères, C'est un temps de pénitence auquel un chant

de joie ne convient pas. Humbert, après avoir justifié les Latins,

reproche aux Grecs divers abus : de rebaptiser les Latins, contre

l'usage général de l'Église catholique, qui n'a jamais permis de re- baptiser au nom de la sainte Trinité; d'enterrer les restes de l'eu- charistie et de les fouler aux pieds; de permettre aux prêtres l'usage du mariage, même dans les jours qu'ils servent à l'autel; de refuser

le baptême on la communion aux femmes en péril pendant leurs

couches ou leurs incommodités ordinaires; de ne point baptiser les

enfants avant le huitième jour après leur naissance, fussent-ils en

danger de mort; de condamner les moines qui portent des caleçons ou qui mangent de la viande étant malades, avec plus de sévérité

que s'ils étaient tombés dans la fornication. Le cardinal Humbert

composa en latin cette réponse, qui fut traduite en grec et publiée par ordre de l'empereur Constantin Monomaque ^.

Humbert répondit aussi à un écrit composé contre les Latins par

un moine de Stude qui était en grande réputation chez les Grecs,

nommé Nicétas et surnommé Stethatos, que les Latins avaient tra-

duit par Pectorat. Cet écrit contenait les mêmes reproches que celui

de Michel Cérulaire, et sur les mêmes preuves ; mais Nicétas ajoutait

que les Latins rompaient le jeûne en célébrant la messe tous les jours de carême, parce que, la disant à l'heure de tierce, suivant la

1 Apud Baron, in AppcnrK, t. 17, et apud Canis., t. 4, in fine.

à 1073 de l'ère chr.]

DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.

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règle, ils ne jeûnaient pas jusqu'à none; au lieu que les Grecs, les

jours de jeûne, ne célébraient que la messe des présanctifiés, sans consacrer, et à l'heure de none, comme ils font encore. Nicétas sou- tient ensuite le mariage des prêtres, attribuant le canon qui les au-

torise au sixième concile, où il dit que présidait le pape Agathon ; et

il se fonde partout sur des pièces apocryphes, comme les canons et

les constitutions attribués aux apôtres. Il y avait beaucoup de hau- teur et d'aigreur dans cet écrit de Nicétas. Le cardinal Hiimbert en prit occasion de l'humilier dans sa ré-

ponse, en le chargeant de reproches et d'injures. H trouve mauvais surtout qu'au lieu de vaquer aux exercices de la vie monastique,

conformément aux décrets du concile de Chalcédoine, il se soit

ingéré dans les disputes ecclésiastiques, et que, de son propre mou-

vement, il ait osé attaquer l'Église romaine. Il rejette avec méprisée

qu'il avait dit de la consubstanlialité du pain levé avec nous, et l'ap-

plication du passage de saint Jean, touchant l'esprit, l'eau et le sang,

et fait voir que cet endroit n'a aucun rapport à l'eucharistie, mais

seulement au baptême, où l'esprit sanctifie, l'eau purifie, le sang ra-

chète l'homme baptisé. Il lui fait un crime d'avoir dit que l'esprit vivifiant était demeuré dans Jésus-Christ après sa mort, parce qu'il

suivait de que Jésus-Christ n'était point mort réellement, ni con-

séquemment ressuscité. Il s'arrête peu à ses objections contre les

azymes, disant qu'il y avait suffisamment répondu dans son écrit

contre Michel Cériilaire; mais il remarque qu'on ne pouvait dire,

comme faisait Nicétas, que le Sauveur eût fait la Pâque le treizième

de la lune : premièrement, parce que, selon la loi, on ne devait la

commencer que le quatorze au soir; en second lieu, parce qu'il

l'aurait faite avec du pain fermenté, ce qui était également défendu

par la loi. Il rejette comme apocryphes les constitutions qui portent

le nom des apôtres et leurs prétendus canons, ne reconnaissant que

l'autorité des cinquante premiers. Or, Nicétas avait objecté le soixante-dixième : encore Humbert soutient-il qu'il ne fait rien

contre les Latins, parce qu'en etfet leurs jeûnes et leurs fêtes n'a-

vaient rien de commun avec les Juifs. Ensuite il relève cet écrivain sur ce qu'il avait dit plus d'une fois, que le pape Agathon présida au sixième concile général. Il n'y fut

présent que par ses légats. Ce concile s'assembla pouT la condam- nation des monothélites, et non pour introduire des nouveautés

parmi les Romains. Les canons que l'on objecte sous son nom ont

été ou fabriqués ou altérés par les Grecs. Le Siège apost-^'îque ne les

a jamais reçus, ni ceux de Trulle, que les Grecs attribuent à ce

sixième concile. Si le pape Agathon avait voulu toucher aux tradi-

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HISTOIRE UNIVERSELLE

[Liv. LXIV. De 1054

tions de ses prédécesseurs, les Romains ne l'auraient point écouté. Le cardinal Hnmbert rapporte un fait qu'on ne lit point ailleurs,

savoir, qu'après le concile, l'empereur Constantin Pogonat, étant

dans son palais avec les légats du Saint-Siège, leur demanda com-

ment l'Eglise romaine offrait le saint sacrifice. Ils répondirent : Dans

le calice du Seigneur on ne doit point offrir devin pur, mais du vin

mêlé d'eau : si l'on offre le vin pur, le sang de Jésus-Christ est sans

nous; et si l'on n'offre que de l'eau, le peuple est sans Jésus-Christ; mais quand on mêle le vin et l'eau, le sacrement spirituel devient parfait. Au contraire, l'hostie que l'on offre sur l'autel ne doit avoir

aucun mélange de levain, comme la sainte Vierge a conçu et enfanté

Jésus-Christ sans aucune corruption. Il est d'usage, dans l'Eglise,

de ne point célébrer le sacrifice sur de

la soie ou sur

une étoffe

teinte, mais sur un linge blanc, comme le corps du Seigneur fut en-

seveli dans un linceul blanc. Par cette raison, l'hostie doit être exempte de levain, ainsi qu'il a été ordonné par saint Sylvestre.

Cette tradition de l'Eglise romaine plut à ce prince. On voit ici que,

dans le grand nombre de ses autorités, Humbert citait lui-même des

écrits apocryphes, tels que sont les Gestes pontificaux du pape

Sylvestre.

En répondant à l'objection sur le jeûne du samedi, il dit : Nous

jeûnons exactement tous les jours du carême, et quelquefois nous

faisons jeûner avec nous les enfants qui ont atteint l'âge de dix ans. Nous n'en exceptons pas le samedi, que Jésus-Christ n'a point

excepté dans son jeûne de quarante jours; et nous ne romprions pas même le jeûne du dimanche, comme il ne l'a pas rompu, si les

saints Pères catholiques n'eussent unanimement défendu le jeûne en

ce jour, à cause de la joie de la résurrection du Seigneur : pratique

qui a été autorisée par les évêques du concile de Gangres. Il ap-

pelle Nicétas perfide stercoraniste, comme s'il eût été dans le sen-

timent de ceux à qui l'on imputait de croire que l'eucharistie était

sujette aux mêmes suites que les autres aliments; ce qui ne paraît

par aucun endroit de ses écrits. Mais Humbert ne le nomme appa-

remment ainsi qu'en conséquence de ce qu'il disait que l'eucharistie

rompait le jeûne, ce que le cardinal réfute en disant : Celui qui mange la chair de Jésus-Christ et boit son sang, reçoit la vie éter-

nelle; comment pouvez-vous croire que, mangeant la vie incorrup-

tible, nous corrompions l'intégrité de nos jeûnes, comme si nous

nous repaissions de viandes corruptibles? Jésus-Christ a-t-il dit

qu'en mangeant sa chair et en buvant son sang l'on romprait le

jeûne? Nous prenons l'eucharistie en très-petite quantité, pour n'en

pas dégoûter les hommes charnels, mais aussi nous ne doutons pas

à 1073 de l'ère dir.j

DE L'EGLISE CATHOLIQUE.

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qu'on ne reçoive, dans la moindre particule, la vie tout entière, c'est-

à-dire Jésus-Christ. Chaque jour, soit à tierce, soit à none, ou à

quelque autre heure, nous célébrons la messe parfaite; et nous ne

réservons point une partie de l'oblation pour célébrer, cinq jours de

suite, une messe imparfaite, parce que nous ne lisons point que les

apôtres aient rien réservé de Thostie qu'ils reçurent à la première

Cène ; et il ne paraît point, parleurs actes, qu'ils aient, dans la suite,

fait ou ordonné quelque chose de semblable. Il cite la fausse décré-

tale du pape Alexandre, et ajoute : Nous n'ignorons pas que vos

saints Pères ont établi l'usage de célébrer la messe à l'heure de

les dimanches et les fêtes solennelles, à cause de la des-

cente du Saint-Esprit à cette heure-là, et qu'ils ont ordonné qu'on la célébrerait de même à l'avenir ; mais il n'en est pas des jours de jeûne

comme des dimanches et des fêtes solennelles. On peut, sans péché,

célébrer des messes parfaites les jours de jeûne, à l'heure de none ou de vêpres, puisque Jésus-Christ a institué ce sacrement le soir, et qu'il a consommé son sacrifice sur la croix à l'heure de none. En-

core donc que les heures de tierce et de none soient les plus conve-

nables, on peut, à cause d'un voyage ou par quelque autre nécessité,

célébrer la messe en d'autres heures, sans préjudicier à l'intégrité

du jeûne, comme on ne le rompt pas e