Droit de vote : la parole aux étrangers

Reportage photos en pages 8 et 9
L e Q uo t i d i e n d e la pré si d e n t i ell e 2 0 1 2 r é a l i s é p a r l e s é t ud i a n t s d e l ’ É c o l e s u p é r i e ur e d e jo u r n al i s m e d e L i l l e Nu m é r o 7 Sam ed i 2 8 av ri l 2 0 1 2

Thème de campagne Deux candidats, deux visions de l’Union européenne
page 16

Débat Deux jeunes militants UMP et PS défendent les programmes de leur candidat à l’ESJ Lille page 11

ÉDITO
Chère Martine, Alors, tu veux ou tu veux pas ? Si tu veux, c’est bien, si tu veux pas, tant pis. Martine au gouvernement ? On en parle, on en parle mais le bruit court qu’un ministère, ça te branche moyen. Certains t’imaginent à la Culture, d’autres soufflent Matignon. Alors évidemment te connaissant un peu, on t’imagine mal en “Fillon bis” de François Hollande. C’est vrai, expédier les affaires courantes, te contenter de ce que monsieur le président ne veut pas traiter, très peu pour toi. Subir un mâle dominant, et puis quoi encore ? Non, décidément, on ne te voit pas en couple avec François. Vous devrez en passer du temps ensemble. Des chaudes nuits de négociations à Bruxelles, aux petits déjeuners officiels, en passant par des dîners en tête à tête à l’Élysée pour définir la politique du gouvernement. Entre vous, Martine, c’est pas le coup de foudre en plus. Tu l’as dit toi même, « FH », c’est l’incarnation de « la gauche molle ». Tu te vois vraiment avec lui ? Rappelle-toi de tes propos pendant la primaire : « Quand c’est flou, il y a un loup ». Réfléchis bien avant de t’engager, t’es encore jeune. Accepter des responsabilités parisiennes t’obligerait aussi à quitter Lille. Ah Lille ! La capitale des Flandres que tu diriges si bien depuis 11 ans. Même Lionel Jospin l’avait dit : « Tu es la femme politique la plus brillante d’aujourd’hui ». Bon, Chirac avait dit la même chose à Juppé : « le meilleur d’entre nous » et ça ne lui pas porté bonheur. Premier ministre de 1995 à 1997, putain deux ans ! Sa cote de popularité était passée de 63 % à 37 % en cinq mois. Ben ouais, c’est pas toujours simple premier ministre. Si on te propose le job, penses-y à deux fois. Nico et Juju PS : tu vas nous manquer ici.

Axiom
ÉCHOS
Par Lucas Roxo

et la politique qui dérap’

La campagne est un « spectacle » qu’Axiom analyse avec ses mots à lui. Le rappeur issu de Lille-Sud, porte-parole d’AC-Le Feu, accuse les deux candidats d’asphyxier le vrai débat républicain.
Quel est ton point de vue par rapport à la campagne de l’entre-deux tours ?

Déjà, il faut voir qu’on assiste à des attaques très virulentes de Nicolas Sarkozy, avec énormément d’agressivité. Il essaie de tourner en ridicule l’autre candidat, un peu comme on fait aux États-Unis. Après, si on était dans un cadre républicain absolu, ça irait. Mais là, il s’agit du candidat sortant. Ça pose problème. C’était la même chose pendant son mandat : il est absolument libéral, il va vers tout et son contraire. Je plains les gens de droite.

Et pour François Hollande ?

Paradoxalement, je trouve qu’Hollande est parti tardivement en campagne, notamment par rapport aux thématiques de l’immigration et des quartiers populaires. La position de la gauche, on la connaît. Mais le problème du PS là, c’est qu’étant donné que l’UMP s’est rapproché du FN pour former une extrême droite très puissante, il n’y a plus de droite modérée. C’est le PS qui doit remplir lui-même ce rôle, et c’est problématique. Il y a un brouillage des codes.

Au fond, l’un ou l’autre, ça ne change rien ?

En fait, on ne dirait pas une campagne mais un référendum pour ou contre Sarkozy. Mais pour moi, la Que penses-tu du fait que les candidats usent vraie question, c’est « le président peut-il vraiment et abusent de l’expression « les Français » ? changer les choses ? ». Il faut se poser la question de Cela montre qu’un mot a disparu de l’espace public : changer de système. C’est un celui de « citoyen ». Contrairement au climat de défiance bizarre. mot « français », le mot « citoyen » n’a « LE PRÉSIDENT Comme si l’alternance avait aspas de nationalité. J’organise des atephyxié la République. des gamins autour de la PEUT-IL VRAIMENT liers aveccitoyenneté, et pour moi le notion de Tu te situes comment ? problème, c’est l’absence de savoir CHANGER LES En tant que personne de gauche, commun. C’est quoi la République, CHOSES ? » j’ai vraiment l’impression d’être au fond ? La République, c’est un pris en otage.Je pense sincèrement cadre qui permet aux gens de vivre qu’un nouveau modèle social nous attend. Mais d’un leurs particularismes, pas un fourre-tout. Aujourd’hui, autre côté,il y a des gens d’extrême droite qui utilisent la il y a une incompréhension complète des fondepeur. Et nous à gauche, on se doit de proposer quelque ments de notre « vivre ensemble », et c’est pour moi ce qui nuit à cette campagne. chose en échange. Pour l’instant, on n’y arrive pas.

Axiom profite du rap pour parler politique.

Nicolas Richaud & Justine Weyl

Sarkozy soutenu (ironiquement) par Tariq Ramadan

Nicolas Sarkozy avait affirmé que l’intellectuel suisse Tariq Ramadan avait appelé à voter pour François Hollande. Après avoir exprimé sa déception vis-à-vis des deux candidats finalistes, Tariq Ramadan a mis en ligne aujourd’hui sur son blog un texte très ironique, appelant à voter... Nicolas Sarkozy ! « L’actuel Président français est la chance, la gloire et la bénédiction ultime de la France et de l’Europe », proclame Ramadan. Pas sûr que le chef de l’État apprécie ce soutien.

LA PRESSION
Quotidien réalisé par les étudiants de l’ESJ, de première année (presse écrite) et de PHR. Refermentation et maturation - Directeur de la publication : Marc Capelle Fermentation - Directeurs adjoints de la publication : Yves Sécher, Corinne Vanmerris, Pierre Savary, Christian Roudaut Houblonnage - Rédacteurs en chef : Justine Weyl, Nicolas Richaud Embouteillage - Rédacteurs en chef techniques : Julien Momont, Julie Hamez, Marine Forestier, Alizée Golfier Sur le blog des municipales de l’ESJ www.campagneennord.fr École supérieure de journalisme de Lille, 50 rue Gauthier-de-Châtillon, 59046 Lille Cedex. Tel : 03.20.30.44.00. www.esj-lille.fr

C’est l’âge de Madeleine Mieze, la doyenne du Nord-Pas-de-Calais. Il s’agit de la cinquantième femme la plus âgée du monde

111 ans

Erratum

Le chiffre d’hier, l’augmentation de 7,6 % du chômage, est en fait de 7,2 % sur un an.

Morano refuse deux débats en Lorraine

Une invention prometteuse

Le concours Lépine, qui récompense les inventeurs, s’ouvre aujourd’hui à Paris. Au programme, le “Fixacouette”, qui facilite l’enfilage de couettes. Né de la flemme de Philippe Dubois, qui explique au micro de France Inter comment lui était venue cette idée : « Un dimanche matin, ma femme m’a demandé de lui filer un petit coup de main alors que j’étais devant mon émission de télé favorite…elle m’a dit :“au lieu de ronchonner, tu ferais bien de trouver une astuce pour mettre une couette tout seul” ». Une invention qui réjouira les étudiants solitaires.

Invitée par France 3 et France 3 Lorraine, Nadine Morano a refusé de participer à deux débats contre un adversaire socialiste de la région. La ministre de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle, soutien indéfectible de Nicolas Sarkozy, a ainsi déclaré : « je ne suis pas l’esclave des médias ». François Hollande pourra donc s’en inspirer pour répondre au président-candidat qui l’accuse de se défiler en refusant les trois débats qu’il lui propose.

La Pression

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Samedi 28 avril 2012

© ESJ / Lille en quartiers

Valentine Umansky est la porte-parole de Young&Poor, “l’agence” qui note le programme des candidats pour les 16-34 ans. Elle se dit déçue par les propositions des politiques, et regrette que l’emploi des jeunes n’ait pas été plus au centre du débat.
Par Nicolas Raffin

Pourquoi avoir décidé de créer une agence de notation des programmes [voir article ci-dessous] ?
C’était par humour : on s’inscrit dans la lignée des collectifs qui font partie de Young&Poor comme Jeudi noir (pour le logement) ou Génération précaire, voire Sauvons les riches. C’est du militantisme satyrique : au moment où on a créé le collectif, tous les médias parlaient des vraies agences de notation et du triple A de la France. C’était devenu un marronnier.

Nicolas Sarkozy l’avait pourtant évoqué dans son programme…

prentissage, personne n’en a parlé, alors que c’est pourtant une thématique essentielle de l’emploi. candidats avaient à nous dire. Et ils nous ont déçus, très clairement.
Young&Poor a évalué les programmes des candidats sur la jeunesse.

C’est vrai, on a rencontré son équipe de campagne et on a pu en discuter. Mais ça n’a pas dépassé le stade de la discussion privée. On regrette que le thème n’ait pas été porté dans le débat public.

Vous avez été repris par les médias internationaux, beaucoup moins par les médias nationaux. Comment l’expliquez-vous ?
Les médias français ont été accaparés par différents thèmes peu intéressants et ont laissé de côté des thèmes qui nous paraissaient importants. Par exemple, l’ap-

Pourquoi ne pas avoir fait des propositions en plus de la notation ?
Ça fait cinq ans, avec Génération précaire [dont est issu Young&Poor] qu’on propose, qu’on fait du lobbying au Sénat, avec les parlementaires. On a eu un débat là-dessus et on a décidé que pour une fois il fallait plutôt écouter ce que tous les

Votre grille de notation parle d’un « emploi durable » et d’une « insertion humaniste » des jeunes. Pouvez-vous ex- Comme les agences de notations que vous avez copiées, pliquer ces deux termes ? ne craignez-vous pas d’être L’emploi durable, c’est la vous aussi critiqués pour sécurité dans l’emploi. Ce n’est pas nécessairement un CDI, mais votre manque d’objectivité ?
c’est un travail qui doit permettre de se loger, d’avoir accès aux soins. Aujourd’hui quand on veut un logement, on nous demande de payer trois fois le loyer en garantie : sans emploi durable, c’est impossible. L’insertion humaniste, ça veut dire que ni les Nous ne sommes pas partisans, nous ne soutenons aucun parti. Pour éviter les problèmes, les personnes qui se disent proches d’un candidat ne sont pas chargées de son évaluation. La notation se décide en groupe, jamais individuellement.

immigrés, ni les étrangers, ne doivent être exclus de la réflexion sur l’emploi. On ne doit laisser personne derrière nous. L’UMP et le FN sont plutôt à la traîne sur ce thème.

Hollande valorisé, Sarkozy dégradé
Si les jeunes électeurs étaient des investisseurs, ils feraient mieux d’investir sur le Hollande plutôt que sur le Sarkozy. C’est l’analyse que fait Young&Poor après avoir étudié les propositions pour la jeunesse.

F

D’après Young&Poor, François Hollande obtient un “B” (qualité moyenne faible) et Nicolas Sarkozy, un “D” (sous surveillance).

rançois Hollande est le candidat qui s’en sort le mieux. Il n’obtient pourtant qu’un “B”, correspondant à une « qualité moyenne faible ». Son point fort : ses propositions pour les étudiants. Avec l’encadrement des loyers et l’allocation d’études, il obtient un “A” dans ce domaine. Sur tous les autres thèmes (chômage, réinsertion, stages…), il n’obtient que “BB” ou “C”. Nicolas Sarkozy est, quant à lui, placé sous surveillance. Sa note générale est “D”, qui équivaut à un « risque élevé et contre-productif ». L’absence de propositions sur les étudiants et sur les stages lui vaut un “E” dans ces catégories. Seules ses propositions sur l’emploi (faciliter la création de très petites entreprises) lui valent un “A”. L’agence a élaboré une grille de notation pour évaluer le programme des candidats sur la jeunesse. Elle se concentre sur dix thématiques (chômage, emploi, réinsertion des délinquants…) qui sont analysées avec sept critères (cohérence avec le reste du programme, précision, pertinence…). Les auditeurs analysent les programmes et les déclarations des candidats et proposent une note. Celle-ci est validée après discussion par un comité de notation qui regroupe des sociologues, un chef d’entreprise, une syndicaliste et d’autres personnalités proches du monde du travail. Comme pour les vraies agences de notations, la note peut aller de “AAA” à “E” (propositions inexistantes).

©Alex E. Proimos

N.R.

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Samedi 28 avril 2012

©Alain Bachellier

Pas de triple A pour les candidats
JEUNESSE

« La France a besoin de François Hollande »
PERSPECTIVES
Accompagnée par le maire PS de la ville, Jean-Pierre Allossery, Martine Aubry s'est rendue vendredi dans le quartier populaire du Nouveau-Monde à Hazebrouck. À la rencontre des habitants, elle a prêché la bonne parole pour François Hollande.
Par Annabelle Maugé
este rouge et pantalon bleu, c’est une Martine Aubry souriante et patriotique qui est venue militer dans la capitale de la Flandre intérieure pour le second tour de la présidentielle. « Nous devons tous être derrière François Hollande, c’est le candidat du rassemblement », a commencé la première secrétaire du Parti socialiste. À J-8 du second tour, Martine Aubry s’est présentée comme un soutien inconditionnel du candidat socialiste. Venue à la rencontre des habitants dans un quartier à fort taux de chômage, la maire de Lille a insisté sur l’importance d’être sur le terrain « afin d’expliquer aux gens qu’ils font fausse route ». La patronne du PS a ainsi auréolé le projet de François Hollande de toutes les qualités : « Il s’adresse à vous tous, à ceux qui se sentent exclus, humiliés, oubliés et qui ont l’impression que la politique ne peut rien pour eux. Il faut que son projet vous parvienne, vous avez les mêmes droits que les autres. Vos réponses se trouvent dans le cœur du projet de François Hollande. » Avec un fort taux d’abstention (18 %), le quartier du NouveauMonde s’est prononcé en grande partie pour Marine Le Pen : 21 % des suffrages le 22 avril.

V

Le FN, une échappatoire pour les Français

Jean-Pierre Allossery, maire d’Hazebrouck (à gauche) et Michel Gilloen, maire de Bailleul ( à droite) ont, comme Martine Aubry, milité pour le candidat François Hollande durant la présidentielle.

« Une personne sur quatre a voté pour l’extrême-droite et une sur trois n’a pas voté, ce sont des chiffres importants, a martelé la première secrétaire. Cela n'a jamais été la solution, chaque voix compte, votre voix compte. » Elle voit également dans la montée du FN « un ras-le-bol des gens qui ne croient plus en la politique ». La raison : « La politique de Sarkozy a beaucoup fui ces quartiers. Il n’a rien fait pour le pouvoir d’achat, les Français n’en peuvent plus. » Et pour accentuer son propos, Martine

Aubry n’hésite pas à tacler le président sortant. L'heure était venue de railler Nicolas Sarkozy. « Le président sortant est sur un terrain vaseux. Il a franchi la ligne en disant que le FN avait sa place dans la République », soutient Martine Aubry. Ses propos sont virulents : « Il a sa propre responsabilité dans l’échec de la France. Sa politique se termine comme elle a commencé. La droite se refuse à avoir un débat démocratique. » La première secrétaire en a profité pour aborder un sujet sen© Annabelle Maugé

Indispensable pour Matignon ?

sible dans ce quartier populaire, le chômage. « François Hollande va redresser notre pays et remettre la justice partout. Nicolas Sarkozy n’est pas le candidat du vrai travail, mais celui du vrai chômage. »

Valentin Belleval (au milieu) a mis en avant l'atout d'une alliance entre « la dynamique des jeunes et l'expérience » de ses aînés durant cette campagne.

Martine Aubry y croit plus que jamais et voit déjà François Hollande président. Mais elle sait bien qu'il reste une forte abstention potentielle, beaucoup d'indécis et de nombreux électeurs nomades. Elle a donc répondu aux inquiétudes des habitants. « L’objectif est de redresser économiquement notre pays, de redonner des moyens à l’Éducation nationale, un meilleur accès aux soins mais aussi l’égalité des salaires. On attend un grand changement pour la France et l’Europe. François Hollande ne s’est pas contenté de présenter un projet, il a annoncé son financement. Nous avons envie d’un pays apaisé où chacun trouve sa place. La France a besoin de François Hollande ! », a-t-elle finalement clamé, convaincue. Vis-à-vis des électeurs, la première secrétaire du PS aura été loyale de bout en bout avec le candidat PS. Elle a assuré l’unité et la mobilisation des troupes. Jamais une campagne présidentielle n'aura vu les socialistes aussi unis. Alors on se pose la question, Aubry serait-telle aussi indispensable pour Matignon?

LE PRÉSIDENT SORTANT EST SUR UN TERRAIN VASEUX.

Comme un air de protestation

Les Jeunes populaires attendaient de pied ferme Martine Aubry. Tracts à la main, Valentin Belleval, délégué des Jeunes Populaires de la 15ème circonscription, a fait entendre sa voix : « Le PS n’a pas le monopole en France, tout le monde n’est pas d’accord avec François Hollande ». Calmes et blagueurs, les jeunes militants n’étaient pas dans la provocation, mais promouvaient les couleurs de l’UMP. « On veut seulement montrer que le Nord n’est pas que PS. On joue le jeu de la démocratie », avoue, souriant, Valentin. Martine Aubry, bonne joueuse, n’a pas hésité à les saluer.

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Samedi 28 avril 2012

© Annabelle Maugé

Madame la ministre ?
PERSPECTIVES
Martine Aubry peut-elle refuser un poste au gouvernement ? Dans le milieu politique lillois on n’exclut pas cette hypothèse car avec la règle du non-cumul des mandats, la première secrétaire du PS devra choisir entre la municipalité et un ministère. Quatre scénarios (au moins) se dessinent.
Par Manon Rescan

Scénario n°1 : Elle démissionne de son poste de maire et reste conseillère municipale

C’est ce qu’impose la nouvelle règle du PS. François Hollande l’a rappelé sur France 2 jeudi soir : aucun ministre ne pourra cumuler cette fonction avec un mandat exécutif local. Martine Aubry devrait alors démissionner et un nouveau maire serait élu au sein du conseil municipal. Pour lui succéder, beaucoup s’accordent sur l’actuel premier adjoint Pierre de Saintignon qui a déjà largement suppléé Martine Aubry ces derniers mois. « Il a prouvé que ça tournait avec lui », note Michelle Demessine, adjointe communiste aux sports à Lille. « Mais ça pourrait lui poser problème puisqu’il brigue la présidence de la Région », précise le chef de l’opposition municipale Christian Decocq. Audrey Linkenheld, adjointe au logement, souvent présentée comme sa dauphine, ne peut briguer le poste. Elle serait empêchée « parce qu’elle se présente aux législatives dans la 2e circonscription », rappelle Gilles Pargneaux, premier secrétaire fédéral de la fédération du Nord. Contacté par la rédaction, Pierre de Saintignon n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. Pour Martine Aubry, ce scénario est confortable. Si M. De Saintignon est maire, elle peut continuer à l’épauler : « elle restera la tête pensante de Lille », assure Yves Durand, maire de Lomme. « Dans ces cas-là, l’ancien maire devient une sorte de maire virtuel. Aucune décision importante n’est prise sans son accord », note Gil Desmoulins, maître de conférence en droit public à l’Institut d’études politiques de Rennes. Une situation que Gilles Pargneaux n’imagine cependant pas. Autre avantage : si elle devait quitter la fonction de ministre après un remaniement, elle pourrait alors retrouver son fauteuil de maire par la même procédure qui a conduit à l’élection de son successeur. Seul risque pour la première secrétaire du PS : s’éloigner d’une ville dont elle est devenue une figure emblématique. « C’est peut-être ce qui ferait qu’elle ne sera pas au gouvernement », confie Gilles Pargneaux.

Scénario 3 : Martine Aubry reste maire de Lille épaulée par son Premier adjoint

crétaire du PS. Elle précise : « mais après tout, au départ, elle ne voulait pas non plus être candidate à la primaire socialiste… » Autre possibilité : Matignon ou rien. « Franchement, je ne la vois pas abandonner Lille pour le ministère de la culture. Elle ne partira que si elle est nommée Premier ministre », analyse Christian Decocq. Pour Eric Quiquet, conseiller municipal, EELV, l’hypothèse du refus d’un ministère est crédible « sauf si on lui propose un poste intéressant : premier ministre ou ministre de la culture par exemple. »

Un scénario assez inenvisageable. On imagine mal la première secrétaire du PS enfreindre une règle qu’elle a largement contribué à imposer au sein du parti, notamment au moment des universités d’été du PS à La Rochelle. C’est néanmoins ce que fait actuellement Alain Juppé à Bordeaux. « Dans ce cas, le maire assure une simple fonction de représentation, il est présent le weekend », explique Gil Desmoulin. Les ministres-maires de grande ville sont toujours suppléés par leur premier adjoint. Si Martine Aubry faisait ce choix, Christian Decocq promet que l’opposition mettrait « le feu à la maison en bloquant le travail municipal. »

Scénario 4 : Elle démissionne de la mairie et garde la direction de la communauté urbaine

Scénario 2 : Elle refuse un poste de ministre

Une hypothèse qui se dessine dans la bouche de nombreux politiques lillois : « J’ai entendu dans son entourage qu’elle ne voulait pas entrer au gouvernement », affirme Michelle Demessine, en citant des proches de la première se-

Gilles Pargneaux est ferme, selon les nouvelles règles du PS, les ministres ne pourront pas non plus garder leurs mandats exécutifs dans les intercommunalités. Pour Christian Decocq, il ne fait pas de doute que Michel-François Delannoy, maire de Tourcoing et vice président de Lille Métropole Communauté Urbaine, prendra la tête de la LMCU si Martine Aubry doit changer de fonction. « Mais parfois, certains ministres annoncent qu’ils quittent la mairie mais, stratégiquement, gardent l’intercommunalité », indique Gil Desmoulin. C’est ce qu’avait fait Jean-Louis Borloo en 2002. Nommé ministre délégué à la rénovation urbaine de JeanPierre Raffarin, il avait laissé son fauteuil de maire de Valenciennes mais était resté président de la communauté d’agglomération de Valenciennes Métropole. Quoiqu’il en soit, Martine Aubry ne se détachera pas complètement du Nord. Sauf énorme surprise.

Martine Aubry, 2012 et après ?

Les autres maires “ministrables” concernés par le non-cumul à gauche

•Jean-Marc Ayrault, (pressenti au poste de Premier ministre) : Nantes •Manuel Valls (Sécurité intérieure) : Evry •François Rebsmanen (Sécurité intérieure) : Dijon •Michel Sapin (Justice – Premier minsitre) : Argenton-sur-Creuse •Jérôme Cahuzac (Economie ou budget) :Villeneuve-sur-Lot •Vincent Feltesse (Logement) : Blanquefort (Gironde) •Valérie Fourneyron (Sport) : Rouen (D’après le gouvernement imaginé par Frédéric Martel auteur du blog “Sarkozysme culturel” sur Lexpress.fr)

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Samedi 28 avril 2012

© Fanette Hourt

« Il existe des cumuls déguisés »
©DR

DÉCRYPTAGE

Les vacances scolaires risquent d’aller de paire avec une hausse du taux d’abstention. Pour éviter de perdre des soutiens, les partis des deux finalistes ont mis en place un système simple de procuration. En quelques clics, un militant du parti s’occupe de tout.
Par Barbara Schaal
Gil Desmoulin.

Quand les partis font leur B.A.

Trois questions à... Gil Desmoulin, maître de conférence en droit public à l’IEP de Rennes

Un simple récepissé permet d’effectuer un vote par procuration.

Par Manon Rescan

Jusqu’ici, quelle était la règle appliquée pour les maires en matière de cumul des mandats ?
Il n’y a pas d’interdiction. Jospin a lancé le principe du non-cumul de la fonction de ministre avec un mandat exécutif local. Mais sous Sarkozy, ça n’a pas été appliqué. En fait, la pertinence de la règle dépend de la taille de la collectivité. S’il est maire d’une commune de 2 000 habitants, un ministre peut garder son mandat municipal. La charge de travail est moins importante. C’est pour les collectivités les plus importantes que c’est problématique (grandes villes, département, régions, conseils d’agglo). Aujourd’hui, avec la décentralisation, c’est difficile d’exercer ces fonctions de façon complète et correcte en plus d’une fonction de ministre.

Comment s’en arrangent les ministres ?

Ils s’appuient sur une équipe municipale professionnelle, une équipe administrative faite de hauts-fonctionnaires territoriaux. Du point de vue de la gestion de la ville, cela ne pose pas de problème. Cela pose surtout des questions éthiques car le cumul des mandats n’est pas bien vu. Le moyen le plus légal de garder une place est de démissionner. On procède alors à une nouvelle élection de maire au sein même du conseil municipal. Le nouveau ministre peut rester un conseiller. Ministre, c’est une fonction “précaire”, qui peut ne durer qu’un temps. Une fois qu’il quitte son ministère un ancien maire peut le redevenir en se faisant élire à nouveau par son conseil.

arah David, 21 ans, aurait dû voter à son ancien domicile, à 200 kilomètres de chez elle. Plutôt que de se déplacer, elle a choisi de déléguer son vote. Mais comme elle n’avait plus ni ami, ni famille sur place, elle s’est lancée à la recherche d’une alternative. En se rendant sur le site du PS, elle découvre que l’on peut donner sa voix à un militant du parti, votant dans la même commune. Ni une ni deux, elle décide de donner sa voix à un militant du PS, non seulement pour les deux tours de la présidentielle, mais aussi pour les élections législatives, à venir. « Tout est allé très vite, c’est très pratique », se réjouit la jeune femme.

S

Garder l’anonymat de son vote

Y-a-t-il des moyens de garder une fonction exécutive malgré tout ?

Ils peuvent garder la présidence de leur intercommunalité s’ils ont ce mandat. C’est stratégique. Ça leur permet de soigner leur image en ne cumulant pas, mais de garder un exécutif local. C’est ce qui s’est passé pour Philippe Douste-Blazy [ resté président de la communauté d’agglomération du Grand Toulouse alors qu’il était ministre de la santé en 2004 ] C’est aussi ce que pourrait faire Martine Aubry. C’est un cumul un peu déguisé et une manière de se mettre en conformité sur le non-cumul des mandats.

Sarah David reconnaît toutefois s’être posé quelques questions avant de se lancer. « C’est vrai que je ne connais pas la personne qui a voté pour moi. Nous avons simplement eu un contact par téléphone. Mais comme j’étais sûre de vouloir voter François Hollande aux deux tours, je ne me suis pas fait trop de soucis. Si j’avais eu la moindre hésitation, je me serais déplacée pour voter »

ou ne veuillent pas dévoiler leurs opinions politiques ». Ce n’est pas la première fois que le Parti socialiste et l’UMP mettent un tel dispositif sur pied. « Mais cette année, nous avons mieux communiqué là-dessus. Avec les vacances scolaires, c’était nécessaire », explique une militante à la fédération Nord du PS. À la fédération Nord de l’UMP, le téléphone n’arrête pas de sonner, « toujours pour des procurations, les gens s’y prennent à la dernière minute », soupire Monique Loosen. D’après elle entre 500 et 600 personnes ont donné leur voix à un militant de la fédération, pour chacun des deux tours. Même engouement à la fédération PS du Pas-de-Calais. Ici, plus de 800 procurations ont été enregistrées pour le premier tour et 400 pour le deuxième.

LES GENS S’Y PRENNENT À LA DERNIÈRE MINUTE

Des centaines de demandes

Certaines personnes donnent procuration à leur parti de cœur car elles sont en déplacement ou ne peuvent pas se rendre au bureau de vote. Mais pourquoi ne pas se tourner vers un ami ou un membre de la famille ? D’après Monique Loosen, de la fédération Nord de l’UMP, « Parfois les gens ne connaissent tout simplement personne. Mais il arrive aussi, qu’ils n’aient pas confiance dans le vote de leurs proches

« Mais on s’attend à avoir encore beaucoup d’appels », explique une militante. Au Parti socialiste, on reconnaît qu’il n’est pas aisé de répondre à toutes les demandes. « Malheureusement, on arrive à saturation. On n’a pas assez de militants pour répondre à toutes les demandes. On a dû refuser beaucoup de monde, surtout à Lille », explique la militante de la fédération du Nord. Car c’est à Lille que la formule rencontre le plus de succès : on évoque un chiffre 4 000 demandes pour le premier tour, tous partis confondus.

La Pression

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Samedi 28 avril 2012

© Photomontage Barbara Schaal

Le vote blanc en voit de toutes les couleurs
SOUS ENVELOPPE
Le vote blanc dans l’actualité à neuf jours du second tour de la présidentielle. Marine Le Pen, la 3e femme du scrutin, devrait appeler le 1er mai à glisser un bulletin blanc dans l’urne. Boycott des institutions pour les uns, vote contestataire pour les autres. Le vote blanc se vit tout en nuance.
Par Audrey Radondy
n détourne l’usage du vote blanc au second tour », explique Pierre Charet. « Ça n’a pas du tout la même connotation » précise cet ancien cadre du MoDem. Toujours proche des idées de son parti, Pierre Charet alias Pierre Jean André est aussi l’auteur d’Election 2012 mode d’emploi (éditions Arjo Production, 2011). Le centriste a démissionné de ses fonctions au sein du MoDem pour mener « une campagne pour la reconnaissance du vote blanc ». Ses trois bonnes raisons : « redonner la voix au peuple, faire barrage aux extrêmes et sanctionner la classe politique ». L’annonce imminente de la candidate frontiste en faveur du vote blanc ne l’enchante pas. « Je trouve opportuniste de sa part de donner cette consigne de vote. Au premier tour elle s’était prononcée contre ». « Elle récupère les votes blancs, comme si c’était une fin politique, comme s’ils lui appartenaient ».

O

d’ordre de sa chef de file et fera la même chose aux législatives. « Je suis un soldat, je suivrai les consignes de Marine » s’exclame t-il.

« Je suis un soldat, je suivrai les consignes de Marine »
Un revirement de situation sans explication. « On a le droit de ne pas choisir » affirme Guy Cannie, secrétaire départemental FN du Nord- Hainaut. Pour lui aucun doute, « Marine va appeler à voter blanc le 1er mai ». Le cadre frontiste va suivre sans sourciller le mot

Au premier tour, Pierre Charet a demandé à l’ensemble des habitants de sa commune de Puymaurin (31) de glisser dans l’urne un bulletin blanc. Il leur a envoyé une lettre à laquelle il a joint un papier blanc aux dimensions légales. Résultat au soir du 22 avril : sur 187 votants, 28 ont voté blanc ou nul soit 10,7 %, « le meilleur score national » clame t-il. Au second tour, pas question de réitérer l’opération : « les gens feront comme ils veulent ». Ce dernier se bat pour faire triompher le vote blanc au premier tour, synonyme de fronde contre les institutions et la classe politique. Le centriste impute son insuccès à la méconnaissance de la démarche par les électeurs. Une difficulté saisie par le parti du Vote blanc présidé par Stéphane Guyot. Derrière le slogan « Je vote blanc, j’existe ! », le Parisien pur beurre a créé ce parti en novembre 2010. Objectif : porter à la présidentielle un candidat qui incarne l’insatisfaction des électeurs. Une démarche pour aller audelà du simple lobbying associatif, qui s’est révélée inefficace. Tout comme l’abstention, « premier parti de France depuis dix ans, qui n’a rien changé et qui es

Le bulletin blanc a trouvé ses défenseurs avec le Parti du vote blanc (PVB)
une grande supercherie ». Pour lui, pas question de laisser passer la présidentielle, véritable occasion pour poser un débat. Lui même avoue que cette question « est un marronnier des élections ». les institutions», précise Stéphane Guyot. Dernière proposition en date, celle du député UMP alsacien Jean-Philippe Maurer, enregistrée à l’Assemblée nationale le 3 avril 2012 : « Certains de nos électeurs peuvent ne pas trouver d’intérêt à voter pour l’un des candidats qui se présentent à leurs suffrages et feront le choix de déposer dans l’urne une enveloppe qui ne contient aucun bulletin ou qui contient un papier blanc. (…) Aussi convient-il de préve-

La peur du blocage des institutions

Le deuxième objectif du parti est de pousser les députés à se prononcer sur le sujet. Un but qui aurait pu être atteint en 2002. « Il y a eu beaucoup de propositions de loi quand Jean-Marie Le Pen a accédé au second tour. » Eclair de lucidité pour les députés qui y voient le moyen de freiner l’engouement pour l’extrême droite. Rien n’en sortira. Ces vingt dernières années, une trentaine de propositions de loi ont systématiquement été rejetées. « Les hommes politiques ont peur que le vote blanc bloque

©Infographie Romain Fonsegrives

Histoire du VOTE BLANC à la PRÉSIDENTIELLE sous la Ve RÉPUBLIQUE
6,4%
1969 9

5,9%
1995

5,3%
2002 02

4,2% 3,6% 2,7%
196 1965 2007 07

2,8%
198 1981

198 1988

1,3%
1974
Pour chaque élection, les chi res présentés sont ceux du second tour.

1er tour 2012 : 1,9%

nir et d’organiser la reconnaissance du vote blanc aux élections, dans le souci de lutter contre l’abstention. C’est le sens de ma proposition de loi. » Le président du parti du Vote blanc est persuadé que rien ne va aboutir. Aux détracteurs qui font rimer lâcheté et vote blanc, Pierre Charet précise : « C’est lâche si on ne comprend pas la finalité ». Une critique qu’il adresse à Marine Le Pen, l’accusant de vouloir se présenter comme un « sauveur de la France ». A l’inverse, Guy Cannie n’y voit en aucun cas un acte de lâcheté. « C’est une position », précise t-il. Il imagine trois scénarios possibles pour le 6 mai : « ceux qui ont peur de la gauche et du Parti communiste voteront Nicolas Sarkozy, ceux qui en ont tellement marre du chef de l’Etat choisiront François Hollande et les autres voteront blanc ». Le chevalier Stéphane Guyot sur son cheval blanc, a désormais pour cible les législatives. Il prévoit une armée de près de cent candidats pour partir à l’assaut de toute la France. Dans sa ligne de mire : les échéances à venir avant 2017.

« C’EST LÂCHE SI ON NE COMPREND PAS LA FINALITÉ »

Source : www.france-politique.fr

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©Marine Forestier

©Photos Elena Fusco

L’isoloir contre l’isolement
TÉMOIGNAGE

« LA FRANCE C’EST CHEZ MOI, LE BRÉSIL N’EST PLUS QU’UN PAYS POUR LES VACANCES. »

« IL EST DIFFICILE DE DÉFINIR UN ÉTRANGER… QUELQU’UN COMME MOI. »

Miriam Santos a 40 ans. Elle est brésilienne.

Arrivée en France il y a vingt-deux ans, elle a suivi les pas de sa sœur ainée. Miriam a un diplôme d’infirmière, mais ne trouve aucun débouché. Elle se lance dans le secteur de la restauration et finit par ouvrir son propre restaurant. Le Chiquita Bacana. Elle participe activement à la vie française : « Je devrais pouvoir voter, je donne du travail aux gens ! ».

André Adams a 35 ans. Il est américain.

Arrivé en France en Janvier 2009, il fuit la crise économique et vient s’installer avec sa femme et ses deux enfants à Marcq-en-Barœul.

Miriam ouvrira son deuxième restaurant début juin. Elle s’apprête à demander la nationalité française. Les papiers sont prêts.

La politique française l’intéresse : « J’espérais que Ségolène Royal gagne en 2007 ! ». Pourtant, il n’irait pas forcément voter s’il en avait le droit. En tout cas pas aveuglément. À ses yeux, le vote d’un étranger devient légitime lorsqu’il a vécu longtemps dans une ville. Lorsqu’il est intégré. André ne se considère pas comme tel. Il souhaite avant tout convaincre sa femme de rentrer en Californie.

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TÉMOIGNAGE

Le droit de vote pour les étrangers revient sur le devant de la scène. Les deux candidats s’opposent frontalement sur un sujet qui divise depuis trente ans. François Hollande souhaite permettre aux immigrés de voter aux municipales après cinq ans de présence sur le territoire. Nicolas Sarkozy ne veut plus en entendre parler, et revient sur sa promesse faite en 2007. Les étrangers, qu’ils soient brésiliens, guinéens, américains ou pakistanais, donnent leur avis.
Par Elena Fusco et Lucas Roxo

« LE PRÉSIDENT FRANÇAIS, C’EST NOTRE PRÉSIDENT AUSSI ! »

« ÇA NE ME DÉRANGE PAS DE NE PAS CHOISIR MON MAIRE. »

Abdul Khaliq a 53 ans. Il est pakistanais.

Arrivé en France en 1979, il a commencé à travailler comme cuisinier quelques années plus tard dans un restaurant libanais. Il ne sort pas beaucoup, il regarde rarement la télé. La politique ? Ce sont surtout ses enfants qui lui en parlent. Abdul pense demander la nationalité française. Il est en train de préparer un dossier. « Je fais tout comme les Français, je vis comme les Français, je paie tout comme les Français. » Abdul n’a pas le droit de vote.

Keita Fatoumata a 38 ans. Elle est guinéenne.

Arrivée en France il y a quatorze ans, elle est venue retrouver son mari. Elle vit à Roubaix depuis 2000. « Je ne connais pas la vie politique française », dit-elle.

Même si elle ne se sent pas Française, la France est un peu son pays. Ses cinq enfants ont la double nationalité.

Miriam souhaite qu’ils fassent leurs études en France. Ensuite, elle rentrera en Guinée avec son mari. Elle sourit. « Ils viendront me visiter souvent. »

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Bilan du chômage sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy : 747 000 demandeurs d’emploi supplémentaires, soit une hausse de 35 %. Une tendance confirmée au mois de mars au niveau national, et encore plus prégnante dans le Nord-Pas-de-Calais, avec une hausse de 5,4 % en un an.
Par Laura Placide
t de onze ! Pour le onzième mois consécutif, le chômage est en augmentation en France. Les chiffres sont tombés hier : +0,6 % au mois de mars 2012. On est loin de la promesse faite par Nicolas Sarkozy en 2007, « 5 % de chômeurs à la fin de mon quinquennat. » L’UMP peut bien considérer que la crise est passée par là, la situation sur le front de l’emploi n’est guère brillante. À l’annonce des chiffres, le ministre du Travail, Xavier Bertrand a estimé que les socialistes n’avaient pas de « recette miracle » dans ce domaine. Il cite en exemple le Nord-Pas de Calais, « deuxième région de France par le chômage et où [les socialistes] dirigent quasiment tout ». Une façon de tacler le candidat Hollande. L’excuse ne parle guère aux Nordistes dans une région, où les chiffres dépassent la moyenne nationale. « Il est gonflé le ministre du Travail de critiquer les socialistes, alors que lui et son entourage mènent une politique de précarité et d’exclusion depuis leur accession au pouvoir », réagit Serge Havet, président national de l’association Agir ensemble contre le chômage.
© FlickR /Julien

E

Nord-Pas de Calais : la marée noire du chomâge
EMPLOI

Voter massivement contre Nicolas Sarkozy

10%

« CE SONT TOUS LES MÊMES. ILS NE SE PRÉOCCUPENT PAS DE NOUS »

Moyenne nationale

320 600 inscrits à Pôle emploi

Lille

12,7% de chômeurs *
Arras

18% des moins de 25 ans au chômage

* Ce chi re ne prend en compte que les catégories A,B, et C.

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© Infographie Romain Fonsegrives

Créée en 1993, AC contre le chômage lance aujourd’hui un appel régional à voter contre Nicolas Sarkozy. « Les chômeurs, les précaires, les handicapés, les jeunes… Tous les exclus doivent se mobiliser et voter massivement contre le président sortant. On ne peut plus supporter cette politique! », s’exclame M. Havet, au bord de l’explosion. Même si les chiffres ne sont pas bons, chez nos voisins, ils sont encore plus mauvais. Le nombre de demandeurs d’emplois en Espagne atteint un niveau record avec 5,7 millions de chômeurs, soit 24,4 % de la population active. Avec la crise, le chômage est en augmentation dans la plupart des pays européens. Un François Hollande président feraitil mieux ? Pour Serge Havet, rien de changera vraiment mais « la situation actuelle est invivable, on ne peut que faire

autrement. » Mensonges, inutilité, oubli, amitié avec le patronat… Ces mots reviennent dans la bouche de tous les chômeurs rencontrés dans les différents Pôle emploi de Lille.

Un sentiment d’abandon

« Ma situation a modifié mon vote »

Mère célibataire de 45 ans, au chômage depuis un peu plus d’un an, Régine semble résignée. « C’est une galère sans nom et j’ai l’impression que je ne m’en sortirai pas. » Interrogée sur un changement de président, elle répond qu’elle ne connaît pas « le programme en matière d’emploi de François Hollande mais ça ne peut pas être pire que ce qui s’est passé depuis cinq ans. » Électrice de droite depuis toujours, cette année, elle a déposé un bulletin socialiste dans l’urne, une façon pour elle d’exprimer son ras-le-bol. Alexandre, lui aussi est désabusé. À 26 ans, il fait partie de ces jeunes sans diplôme comme on en trouve tant dans le Nord. En 2007, il avait voté pour Ségolène Royal. Cette année, il a décidé de bouder les urnes au premier comme au second tour. « Ça ne sert à rien. Ce sont tous les mêmes. Ils ne se préoccupent pas de nous. En plus de m’avoir fait perdre mon emploi, ils ont réussi à me dégouter de la politique. »

Dans le Nord-Pas de Calais, les jeunes sont très touchés par le chômage, plus encore que la moyenne nationale. Ils constituent 18 % des demandeurs d’emploi de la région, le taux le plus élevé de France. A l’UMP, Xavier Bertrand se console comme il peut. Il note que la onzième hausse consécutive du nombre de chômeurs est « la plus faible ». Et de promettre « une stabilisation du chômage. » Des paroles qui ne convainquent pas Sami, un chômeur de 30 ans, rencon-

tré au Pôle emploi de Lille Fives. De père algérien, il a voté Marine Le Pen cette année, pour « envoyer un message fort. » Complètement en désaccord avec les idées de la candidate frontiste, il a senti qu’il n’avait pas le choix « pour [se] faire entendre. » Le 6 mai, il choisira François Hollande car il en a assez « des mensonges de Nicolas Sarkozy, qui ne s’intéresse pas à nous. » Mais peu importe le futur président, Sami se voit toujours au chômage dans un an.

Le CHÔMAGE dans le NORD-PAS-DE-CALAIS

Entre-deux-tours : place aux jeunes
DÉBAT
Antoine Sillani et Martin David-Brochen marchent dans les traces de leurs aînés. Respectivement responsable adjoint des Jeunes pop’ du Nord (UMP) et animateur nordiste du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), ils ont profité d’un débat organisé jeudi à l’ESJ Lille pour défendre les propositions de Nicolas Sarkozy et de François Hollande.
Par Maxime Vaudano
© Marine Forestier

ÉDUCATION

François Hollande propose de créer 60 000 postes dans l’éducation nationale sur le quinquennat : un chiffre inférieur au nombre de postes supprimés depuis 2007 par Nicolas Sarkozy.

Les deux jeunes intervenants ont débattu pendant une heure.

Martin David-Brochen : Les 60 000 postes, c’est symbolique. Et leur coût est équivalent à celui du bouclier fiscal de Sarkozy… Antoine Sillani : Le PS ne marche que dans le symbolique. Sarkozy est plus concret : il propose aux enseignants de donner 26 heures de cours par semaine, contre 18 actuellement. M.D.-B. : Travailler 45 % de temps en plus pour être payé seulement 25 % de plus, c’est injuste ! A.S. : Cela représente quand même 500 euros en plus : ils seront bien utiles aux professeurs.

IMMIGRATION

débat au sein de l’UMP : nous pensons en tout cas qu’il faut plus de discipline et de psychologie dans cette formation.

Nicolas Sarkozy propose de diviser par deux l’immigration légale. Pourtant, selon une étude réalisée en 2009 sous la direction du Pr. Xavier Chojnicki, les immigrés rapportent plus que ce qu’ils nous coûtent.

François Hollande propose de rétablir l’année de formation pratique en alternance des professeurs, supprimée par Nicolas Sarkozy.

M.D.-B. : L’UMP considère l’enseignement comme un don divin ! A.S. : Ce thème continue de faire

A.S. : On peut contester les résultats de telles études. Quoiqu’il en soit, l’immigration n’est pas qu’un problème économique : la machine à intégrer ne fonctionne plus en France.
© Marine Forestier

L’IMMIGRATION N’EST PAS UN PROBLÈME ÉCONOMIQUE

LE DROIT DE VOTE DES ETRANGERS
François Hollande souhaite que les étrangers puissent voter aux élections locales.

M.D.-B. : Non, le repli identitaire n’est pas généralisé : nous avons le taux de mariage mixte le plus élevé en Europe. Nous devons accueillir les immigrés sur des critères objectifs : temps de présence sur le territoire, travail, enfants scolarisés… A.S. : Il faut aussi que les immigrés se sentent français, et adoptent la culture et la langue française. M.D.-B. : Cela n’est pas nécessaire pour les immigrés qui ne demandent pas la nationalité française. On peut bien aller étudier en Angleterre sans se sentir Anglais !

CROISSANCE

pris connaissance de problématiques qu’il ne connaissait pas

François Hollande souhaite renégocier le pacte budgétaire conclu par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, afin d’y ajouter des mesures de croissance.

A.S. : Cette proposition va encourager le communautarisme et pourrait nous mener à la guerre civile. M.D.-B. : Pourquoi Nicolas Sarkozy avait-il alors déclaré en 2005 ne pas y être opposé ? A.S. : Il a changé d’avis : depuis, il a

M.D.-B. : Il n’y aura pas de redressement économique sans croissance : il faut par exemple renégocier le statut de la Banque centrale européenne ou instaurer une taxe sur les transactions financières pour financer des grands investissements européens. Mario Draghi, le président de la BCE, nous a d’ailleurs rejoint sur la nécessité d’ajouter un volet de croissance au traité. A.S. : Nous sommes d’accord sur le fait qu’il faille relancer la croissance, mais pas sur les moyens de le faire. On ne peut pas dépenser l’argent qu’on a pas, sous peine de finir comme la Grèce. Pour recréer de l’emploi, il faut baisser les charges patronales, et non pas créer de nouvelles dépenses.
© Marine Forestier

Martin David-Brochen.

Antoine Sillani.

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Nicolas Reynès, trop extrême pour le FN ?
PORTRAIT
Le jeune responsable des Jeunesses frontistes et candidat aux législatives Nicolas Reynès vient d’être suspendu par sa hiérarchie. En cause, les liens supposés du jeune homme avec un site au contenu porno-eugéniste et raciste. Le Front national, en quête de respectabilité, fait le ménage dans ses rangs.
u FN, on ne flirte pas avec le scandale. Nicolas Reynès, 21 ans, candidat FN du Nord aux législatives et responsable du FNJ, l’a appris à ses dépens. Au cœur d’une polémique, il vient d’être suspendu par sa hiérarchie. À l’origine de la controverse, le blog d’extrême gauche, Lutte en Nord. Mi-avril, ce site a accusé le jeune frontiste de régulièrement promouvoir sur sa page Facebook des photos issues du site Les Elégances. Le hic, c’est l’idéologie du site en question, aujourd’hui fermé. Galeries de photos de jeunes femmes blondes et rousses censées illustrer la pureté de la race blanche, articles à la gloire du IIIe Reich ou encore représentation héroïque du tueur norvégien Anders Breivik. Entre racisme, nazisme et porno-eugénisme, la direction régionale du Front national n’a pas apprécié. Le jeune homme de 21 ans, d’apparence réservée, presque timide, se défend cependant vigoureusement de toute volonté de provocation, mais reconnaît une « imprudence » : « Je n'ai fait que partager des goûts artistiques et esthétiques, et j’ai eu la naïveté de croire qu'on ne me reprocherait jamais le reste du contenu. » Bien que « certain » de ne pas être exclu du parti, le jeune homme se montre en revanche moins confiant sur la question du maintien de sa candidature : « De ce que je sais aujourd'hui, c'est plutôt mort. » Il est à ce jour en attente d’une convocation devant les instances du parti pour s’expliquer sur les faits qu’on lui reproche.

A

Par Lénaïg Le Mouël

« Le FN, c’est chouette »

Côté pile, Nicolas est un étudiant ordinaire : en master de philosophie à Lille III, il dort en Cité U, est féru de littérature grecque antique et de poprock. Côté face, il est responsable des Jeunesses frontistes, conseiller de quartier à Villeneuve d’Ascq et candidat du Front national aux législatives de juin prochain. Avec un père routier, trotskiste de la première heure, et une mère assistante juridique rangée du côté du mitterrandisme, rien ne présageait de l’engagement de Nicolas Reynès pour l’extrême-droite. Il s’intéresse pourtant aux idées du FN dès l’âge de 14 ans, trouve que « c'est plutôt chouette ». Il n’avait que 11 ans en 2002, lorsque Le Pen s’est retrouvé au second tour de l’élection présidentielle. « Trop jeune pour comprendre », il se souvient néanmoins « des profs qui prenaient les élèves par la main pour les emmener aux manifs ». « C'était délirant », juge-t-il avec le recul. C’est “naturellement” qu’il prend sa carte au Front national à sa majorité en 2009, en pleine campagne pour les élections européennes. Éric Dillies, secrétaire départemental du FN, qui perçoit en lui beaucoup de détermination, lui confie les rênes du FN jeunes Nord-Pas-de-Calais. Le moteur de cet engagement politique précoce ? La défense des classes défavorisées et la déception des politiques de gauche. « Mes parents ont toujours pensé, à tort, que la gauche améliorerait le sort des gens modestes. » Le père de Nicolas, d’abord inquiet, a ensuite rapidement soutenu son fils. Le jeune homme se targue d’avoir réussi à faire virer sa famille de bord : « J’ai ouvert la voie, ma famille a suivi. Désormais, mes parents

Le responsable du FN Jeunes vient d’être suspendu de ses fonctions par la direction régionale du parti.

votent FN. » Ses idées politiques lui valent des altercations régulières avec les autres étudiants de la fac de Lille III, « une université à l’esprit très baba-cool de gauche ». « Le collage d’affiches, c’était comme un viol de

leur territoire. J’ai reçu des appels masqués la nuit, des messages d’intimidation, je me suis déjà fait rouer de coups », raconte-t-il d’un air détaché. Mais ce genre d’expédition punitive ne semble pas impressionner ce militant déterminé, pas plus que les nombreuses insultes et menaces qui fleurissent au quotidien sur sa page Facebook : « La seule humiliation possible serait qu’on me retire mon investiture », déclaret-il. Quelle que soit l’issue de l’affaire, le jeune militant est catégorique : ses convictions politiques « ne changeront pas d’un iota, c’est clair ». Pour lui, les idées de Marine Le Pen ont de l’avenir : « Ce n’est pas radical, c’est juste du bon sens ! » D’ailleurs, le score du FN

IL FAUT QUE SARKOZY FASSE LE PIRE SCORE POSSIBLE

(17,9 %), qui a fait bondir plus d’un politologue le soir du premier tour, n’était pas une surprise pour lui. Alors que les sondages pronostiquaient un Front national dépassé, relégué derrière un Mélenchon éloquent et enflammé, il a toujours cru à la troisième place frontiste.

« Hollande, ce Sarkozy de gauche élu au rabais »

À quelques jours du second tour, il espère une débâcle mémorable dans le camp Sarkozy, qui ferait selon lui imploser l’UMP et laisserait la place à une droite nouvelle, organisée autour du Front national. « Il faut que Sarkozy fasse le pire score possible pour que la droite soit complètement déboussolée. À force de miser sur un cheval toujours perdant, les électeurs UMP finiront par passer à autre chose. » La France bleue Marine, il y croit dur comme fer. François Holande, ce « Sarkozy de gauche », ne sera élu que “par défaut”. Et selon lui, cette victoire au rabais instaurera le cadre idéal au développement des idées populistes et d'extrême droite durant le prochain quinquennat. « Le remède que la gauche prépare pour la France va tout empirer, prédit-il. Et c’est pourquoi Marine a toutes les chances de l’emporter en 2017 ».

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© Nicolas Reynès

L’article de l’hebdomadaire Marianne paru le 20 avril et selon lequel des responsables musulmans avaient appelé à voter pour François Hollande, relance le débat sur le vote communautaire. À Lille, les fidèles accusent les politiques de vouloir simplifier le débat et de stigmatiser encore une fois une population en évoquant “un vote musulman”.
Par Zoé Leroy
© Zoé Leroy

Le fantasme du « vote musulman »
PORTRAIT

Un vote « aligné sur les moyennes nationales »

ON VOTE POUR NOS IDÉES COMME TOUT CITOYEN FRANÇAIS

Sur un vote qui serait traditionnellement à gauche chez les musulmans, Rachid Lamaarti, chargé de dialogue interculturel à la mosquée de Lille, nuance et donne ses explications. « Par le passé, on a pu constater un vote à gauche, mais aujourd’hui les fidèles commencent à se répartir et à s’aligner sur les moyennes nationales. C’est davantage un diagramme sociologique que religieux. La gauche a fait l’erreur de penser qu’il s’agissait d’un électorat acquis. Aujourd’hui, il y a même une minorité estimée à 2 % qui vote Marine Le Pen. » Le fidèle, tout comme Yamina Sedjerari, représentante de l’association musulmane d’entraide et de solidarité à Roubaix, dément l’appel aux 600 mosquées de France d’aller voter François Hollande. « Il s’agit encore une fois d’une polémique inutile, on nous stigmatise pour racoler des voix. On vote pour nos idées comme tout citoyen français », dit Yasmina. Pour Rachid Lamaarti, c’est « une intox ». Ce dernier souhaite voir tous les tampons sur les cartes électorales. « Il ne doit manquer aucune voix de la part des fidèles, ne pas voter c’est être défaillant au titre de l’éthique civique et religieuse. Mais un appel au vote pour un candidat, non. On encourage les jeunes à réfléchir pour désigner un candidat le plus proche de leurs idées. » L’hebdomadaire Marianne affirmait que « c’est un réseau de quelques 700 mosquées qui devrait se mobiliser en faveur du candidat socialiste. » La polémique a ensuite enflé suite aux déclarations sur TF1 mercredi puis sur France Inter jeudi du président candidat. Il affirmait que Tariq Ramadan, intellectuel suisse controversé, s’était prononcé pour un vote en faveur de François Hollande. Ce que dément formellement l’intéressé. « Jamais de ma vie, je n’ai appelé à voter François Hollande. Je ne suis pas français, je n’ai pas donné de consigne de vote (…) J’ai simplement appelé les citoyens français, de confession musulmane ou autre, à voter en conscience et à faire le bilan de la politique de Nicolas Sarkozy, qui est très mauvais » déclarait-il à l’AFP. Vincent Geisser, chercheur au CNRS, dans une interview au Monde expliquait qu’il n’existait aucun lien entre l’appartenance religieuse et le vote. « Sur le plan statistique, toutes les études sérieuses ont montré qu'il n'existait pas d'électorat ou de vote musulman », déclarait-il au quotidien.

Le minaret de la mosquée de Paris.

La Pression de mars

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Mercredi 10 mars 2010

© John Althouse Cohen/Flickr/CC

Sur place, deux idées ressortent clairement. Premièrement, non il n’y a pas d’appel à voter pour qui que se soit. « Jamais, jamais, jamais on nous a désigné quelqu’un. On nous a invités à aller aux urnes mais aucun nom n’a été cité, ni même sous entendu. Puis même si c’était le cas, on n’est pas des moutons ! » clame Mohammed. Et deuxièmement non, il n’existe pas dans la communauté religieuse un consensus autour d’un candidat. « Mes amis fidèles sont de tous les bords politiques, il n’y a pas de vote musulman au même titre qu’il n’y a pas de vote français », ajoute le Lillois. Par exemple pour Walid ce sera Hollande. « Sarkozy a balayé cinquante ans de gaullisme, avec des discours simplistes et stigmatisants, c’est la porte ouverte à la haine et au racisme. Même si tout ce qu’il fait est stratégique pour être élu, comment reconstruire un pays après ça ? », questionne Walid en s’emportant. Alors que pour Medhi, étudiant en physique, se sera Sarkozy car « avec Hollande ce sera pire ». « On est pas une entité indivisible et uniforme, on essaie parfois de nous toucher avec certain sujet comme le vote des étrangers, nous sommes globalement pour, mais comme tous les Français, ce n’est pas notre principale préoccupation », ajoute Medhi.

D

Ni d’appel au vote, ni de candidat favori

es gouttes fines tombaient hier après midi sur la mosquée El-Imane de Lille Sud. Il est 13h58 et 2000 fidèles s’apprêtent à entamer leur troisième prière de la journée. Ici, 20 % d’entre eux ne peuvent pas voter car ils ne possèdent pas la nationalité française. Mais cela ne les empêche pas d’avoir suivi la campagne présidentielle très scrupuleusement. « C’est la moindre des choses, on est l’un de leurs sujets préférés » concède ironiquement Medhi, un pratiquant. « Je juge cette campagne comme, je pense, pas mal de Français. C’est-à-dire à dix mille lieux de nos préoccupations. Une campagne où on débat sur la viande hallal ? J’ai cru à un moment qu’on élisait un boucher », rigole avec ses amis, Sofiane, devant la mosquée.

Rachid Lamaarti contredit l’idée que les musulmans votent traditionnellement à gauche.

HUMOUR

Gagnera bien qui rira le dernier
ors de la campagne de 1995, les Guignols de l’Info l’avaient rendu sympathique et attachant. Le « Chi », alias Jacques Chirac, était présenté sous les traits d’un candidat guévariste, répétant jusqu’à plus soif son slogan « Mangez des pommes ». Il se dit que dans son duel fratricide avec Edouard Balladur, sa marionnette lui aurait donné un sérieux coup de pouce pour arriver jusqu’à l’Elysée. « En 95, les Guignols de l’info jouaient un rôle considérable et exerçait une grande influence sur les téléspectateurs mais aussi dans toutes les rédactions », ana-

L

Les humoristes ont-ils une influence sur les électeurs ? En 1995, l’ascension de Jacques Chirac a été facilitée par sa marionnette des Guignols. Aujourd’hui la donne a changé.
Par Géraldine Ruiz
tard, les Guignols n’ont plus le même impact. « Aujourd’hui, de tels grands rendez-vous n’existent plus. Mise à part peut-être Canteloup sur Europe 1 le matin [3 124 000 auditeurs en 2012]. Mais il semble beaucoup moins politisé. Son but n’est pas militant mais de faire marrer les gens ». Pour Bertrand Thiriet, dessinateur de presse indépendant, les humoristes n’influencent pas le public, et particulièrement dans la presse écrite. « Des journalistes comme Plantu [le Monde] ou Charb [Charlie Hebdo] sont lus par ceux qui partagent déjà leurs points de vue. Un dessin de presse est éphémère, on le regarde et dans l’heure d’après, on l’oublie. Un croquis politique au jour le jour ne change pas grand chose ».

© DR

lyse Yves Derai, auteur de l’ouvrage Le pouvoir des guignols publié en 1998. « Les auteurs [Benoit Delepine, Bruno Gaccio et JeanFrançois Halin] avaient choisi leur camp. Ils détestaient Balladur et donc soutenaient Chirac. Lui, qui était perçu comme un homme dur et cassant, le “bulldozer” devenait un type sympathique et marrant ». Yves Derai et Laurent Guez voient un lien entre le succès électoral de Jacques Chirac auprès des jeunes en 1995 et la popularité de l’émission satirique de Canal plus. Autre temps, autres mœurs, dix-sept ans plus

LES HUMORISTES SONT DEVENUS UNE FACETTE DU POUVOIR

« Dérision généralisée »

Aujourd’hui, caricatures et postiches fleurissent dans les médias. Inévitablement elles sont aussitôt reprises en boucle sur les réseaux sociaux. Cette prolifération de la vanne politique n’est pas du goût de tout le monde. François L’Yvonnet, professeur de philosophie et éditeur aux éditions de l’Herne et chez Albin Michel, publie un pamphlet intitulé Homo comicus, ou l’intégrisme de la rigolade. Il s’insurge de la « dérision généralisée ». Dans une interview pour Le Monde, il déclare que « les humoristes sont devenues l’une des facettes du pouvoir. Leur positionnement relève à la fois de la satire, de l’humour, du divertissement et de la chronique journalistique (…) Lorsqu’on y regarde de plus près, on s’aperçoit qu’ils ne nous apprennent rien ».

G Q u a i d ’ O r s a y, c h r o n i q u e s d i p l o m a t i q u e s , d e C h r i s t o p h e B l a i n e t A b d e l L a n z a c a u x é d i t i o n s D a r g a u d G S é g o , Fr a n ç o i s , p a p a e t m o i , d ’ O l i v i e r Fa u r e a u x é d i t i o n s H a c h e t t e . G S o i g n e t a g a u c h e , d e J e a n -Y v e s D u h o o c o l l e c t i o n C a r r é m e n t ! a u x é d i t i o n s d u s e u i l

Pistes de lecture, dessinées et politisées

G Obj ect i f Ely s ée , de Guy Bi re nba um e t Sa mue l Ro be r ts , co ll e cti on Ca r ré me nt ! aux édi tio ns du Se ui l G L a f a c e k a r c h é e d e S a r k o z y , d e P h i l i p p e C o h e n , R i c h a r d M a l k a e t R i s s , é d i t i o n s Fa y a r d

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Samedi 28 avril 2012

© DR

HUMEUR

Le rire en rase campagne
ous la Vème République, la plaisanterie penser qu’après son quinquennat, les gens peuvent apest une arme à manier avec d’infinies pré- précier un peu d’humour et d’autodérision. Tous les cautions. Et c’est pour faire mentir sa ré- grands présidents ont fait preuve d’esprit. Comme Mitputation de “Monsieur petites blagues”, terrand avec ses petites vannes au troisième degré. Derque François Hollande a pris deux enga- nièrement, François Hollande lors d’un débat face à gements avant de se lancer dans la campagne pré- François Copé [UMP] a pris l’avantage après une résidentielle : perdre du partie bien placée. Et ça, ce n’est pas négligeable ». poids et cesser les bons L’humour n’est pas ce qui caractérise le plus la mots. « On a tendance à classe politique franconsidérer que ceux qui font çaise. Bertrand Thiriet, de l’humour manquent de dessinateur de presse, LES HOMMES POLIsérieux. Il faut trouver le ne trouve pas nos élus juste milieu », affirme Berdrôles mais risibles. « Je TIQUES VONT FINIR trand Thiriet, dessinateur de ne dois pas partager leur PAR NOUS FOUTRE AU presse indépendant. « L’esprit sens de l’humour. On dépeut porter préjudice à celui qui crit souvent François HolCHÔMAGE en fait trop comme à celui qui lande comme quelqu’un n’en fait pas assez. Mais si on de drôle. Certes, il a de la met côte à côte Poutine et répartie. Mais je ne pense Obama, franchement on a plus de sympathie pour pas qu’ils soient nombreux dans ce cas. Quand je vois Obama. Etre drôle prouve que l’individu est assez à l’aise certains politiques se réjouir de leurs blagues, j’ai soudans ses baskets pour oser plaisanter ». vent du mal à les comprendre. Ils sont déjà des caricaLe quinquennat sarkoziste n’aura pas franchement tures d’eux-mêmes et nous on rame comme des malheuété marqué par la rigolade. Et même si le climat reux pour trouver un angle différent ». La profession actuel ne prête pas forcément à rire, un soupçon des humoristes et des caricaturistes crient à la d’humour en politique ne peut pas faire de mal concurrence déloyale. « Je suis d’accord avec mon juge le journaliste et écrivain Yves Derai. « Quand confrère Charb lorsqu’il soutient que « les hommes polion voit Sarkozy qui ne crée aucune empathie, on peut tiques vont finir par nous foutre au chômage. »

S

La présidentielle de 2012 a été dure et pas franchement drôle. Même François Hollande, réputé pour son sens de la répartie, a bridé ses penchants comiques. Ca fait pas très sérieux l’humour en politique.
Par Géraldine Ruiz

Prix créé en 1988 par le Club de l’humour politique et repris à partir de 2002 par le Press Club de France, il récompense l’humour des hommes et des femmes politiques sous toutes ses formes. « La Pression » a réalisé son classement du LOL N°1 : Nicolas Sarkozy : « Mourir, c’est pas facile ». Il y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes… N°2 : Nadine Morano fait un cours de sciences : « Je suis sarkozyste jusqu’au bout des globules ». Voilà une déclaration qui

Top 5 du prix de l’humour politique

n’est pas tombée sur l’orteil d’un sourd. N°3 : Valéry Giscard d’Estaing, sur le référendum pour la Constitution européenne en 2005 : « C’est une bonne idée d’avoir choisi le référendum, à condition que la réponse soit oui ». Il faut voter oui, c’est ton d’Estaing ! N°4 : Hervé de Charrette : « Ce n’est pas parce que nous sommes un parti charnière qu’il faut nous prendre pour des gonds ». Charrette ne voulait pas être la cinquième roue du carrosse. N°5 : Laurent Fabius tacle Ségolène Royal en 2006 : « Je préfère dire voici mon projet, que mon projet c’est Voici ». Pour les primaires, Fabius ne voulait pas que ce soit Elle. Nicolas Raffin

La Pression

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Samedi 28 avril 2012

Deux candidats, deux visions de l’Europe
T H È M E D E C A M PA G N E
e combat d’idées Sarkozy/Hollande se poursuit au-delà des frontières de l’Hexagone. L’affrontement sur les solutions pour l’avenir de l’Europe arrive tard dans le débat. Pour François Foret, spécialiste de la politique de l’Union européenne, rien d’illogique : « L’Europe est un sujet mineur, ce n’est pas là dessus que se gagne la présidentielle française, qui s’apparente à une confrontation de personne à personne ». Un thème européen fort se dégage pour chaque candidat : l’immigration pour Nicolas Sarkozy, l’économie pour François Hollande. Pour ce professeur à l’université libre de Bruxelles, « François Hollande est parti avec un discours plus eurosceptique pour finalement évoluer vers un discours en faveur d’une UE plus solidaire. Alors que Nicolas Sarkozy a fait la démarche opposée. »

L

La question de l’Europe prend de l’ampleur dans le débat de l’entre-deux tours. François Hollande et Nicolas Sarkozy évoquent plus clairement leurs visions de l’UE à l’approche du 6 mai.
Par Nicolas Richaud et Elena Fusco
dans les tuyaux depuis plusieurs semaines. François Foret ne cache pas son étonnement. « Je suis frappé par le discours de Nicolas Sarkozy. Il ne se rend pas compte de la politique et de la réalité juridique européenne. Il remet en cause des choses qui ne tiennent pas la route. Un discours qui sert surtout à grappiller les votes des électeurs du Front national ».

« Une Europe passoire » selon Sarkozy

« Les Français ne veulent plus d’une Europe passoire. C’est ce que j’ai entendu. Si l’Europe ne peut pas défendre ses frontières, la France le fera », a affirmé Nicolas Sarkozy au lendemain du premier tour. Mercredi, Claude Guéant a enfoncé le clou. Selon lui, les accords de Schengen doivent être révisés. Le ministre de l’Intérieur souhaite qu’il soit possible de « sanctionner, suspendre, ou exclure un État défaillant, c’est-à-dire un pays qui ne parvient pas à maîtriser son flux d’immigration ».Tenant de la droite dure, Claude Guéant va même plus loin. Il proclame que la France sortira des accords de Schengen si « aucun progrès n’est fait dans les douze mois à venir ». Un coup électoral qui n’a pas été du goût des partenaires européens de la France. La révision des accords de Schengen est déjà

Leur projet pour l’Europe

Dans sa profession de foi publiée mercredi, François Hollande certifie vouloir « relever » une France « abaissée ». Selon lui, l’Europe « n’est pas condamnée à la récession ». La solution ? Une renégociation du pacte budgétaire élaboré par Nicolas Sarkozy et Angela Sachs et le candidat socialiste ne parlaient pas Merkel en décembre 2011 et qui doit être ratifié exactement de la même chose. après la présidentielle française. Ce pacte est axé Aux yeux de Draghi, l’Europe ne peut pas se sur la rigueur. Le terme de “croissance” n’y ap- contenter d’adopter des mesures d’austérité paraît pas une seule fois. François Hollande a pour sortir de la crise. La rigueur doit s’accomprécisé qu’il aurait une discussion « amicale et pagner selon lui de mesures permettant égaleferme » sur le sujet avec Anment aux pays européens de gela Merkel s’il est élu présirenouer avec la croissance. UNE DISCUSSION dent de la République. À Mais il évoquait une relance Berlin, on lui a répondu par de la l’activité par l’offre, ce « AMICALE ET un « nein » ferme : « Il n’y auqui se traduirait par des rérait pas renégociation du pacte formes structurelles, telles FERME » budgétaire européen ». De que la dérèglementation du belles disputes en perspecmarché du travail, comme tive pour le couple franco-allemand si la France c’est déjà le cas en Espagne. Une potion libérale vire au rose le 6 mai prochain. amère peu au goût du social-démocrate qu’est Sur cette question, le candidat socialiste a pensé François Hollande. pendant quelques heures avoir reçu le soutien Ce dernier souhaite également élargir les préroinvolontaire du président de la Banque centrale gatives de la Banque centrale européenne. Dans européenne (BCE), Mario Draghi. Lui aussi ses statuts, l’institution de Francfort a pour s’est déclaré favorable à la réforme du pacte bud- unique objectif la limitation de l’inflation. Le gétaire, ce qui apportait de l’eau au moulin “hol- candidat PS souhaite y ajouter la croissance, sur landais”. Mais l’ancien banquier de Goldman le modèle de la réserve fédérale américaine (FED). Ses propositions ne s’arrêtent pas là. François Hollande souhaite créer des “eurobonds”. Ces obligations européennes permettraient de centraliser les sources de financement des États européens avec un produit garanti par les 17 membres de la zone euro. Les “mauvais élèves” bénéficieraient de la caution de pays à la réputation sûre comme l’Allemagne. Ces derniers paieraient eux plus cher leur refinancement. Ce qui déplait fortement de l’autre coté du Rhin, où cette réputation a été acquise aux forceps pendant que les États du sud de l’Europe laissaient courir leurs déficits. Une manière selon François Hollande de renouer avec la solidarité européenne et d’en terminer avec le « chacun pour soi ». Keynésien dans l’âme et dans les lignes de son programme, le candidat PS défend également un budget européen au service de programmes de grands travaux. Une sorte de “New deal” version 2012 à la sauce européenne.

Hollande : un keynésien isolé ?

Le changement, c’est demain ?

Infographie Pierre Le Baud

Depuis des mois, les plans de rigueur se succèdent en Europe. Mais les déficits continuent de se creuser et les dettes publiques d’augmenter. Dans le même temps, la croissance ne parvient pas à reprendre du poil de la bête. L’Espagne a adopté le 30 mars un énième plan d’austérité. Ce qui n’a pas empêché hier l’agence de notation Standard&Poors d’abaisser la note du pays de “A” à “BBB”. Encore peu écouté, notamment par Angela Merkel, taulière de l’Europe, François Hollande a laissé entendre que le changement, ça pourrait être demain. S’il est élu le 6 mai, il espère qu’en endossant le costume de président de la République, ses propositions seront entendues par les grands pays d’Europe.

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