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Droit de vote : la parole aux étrangers Reportage photos en pages 8 et 9

Droit de vote :

la parole aux étrangers

Reportage photos en pages 8 et 9

: la parole aux étrangers Reportage photos en pages 8 et 9 L L e e

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Thème de campagne Deux candidats, deux visions de l’Union européenne Débat Deux jeunes militants UMP
Thème de campagne
Deux candidats, deux
visions de l’Union
européenne
Débat
Deux jeunes militants UMP
et PS défendent les
programmes de leur
candidat à l’ESJ Lille
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É C H O S

É C H O S

É C H O S

É D ITO

Chère Martine,

Alors, tu veux ou tu veux pas ? Si tu veux, c’est bien, si tu veux pas, tant pis. Martine au gouvernement ? On en parle, on en parle mais le bruit court qu’un ministère, ça te branche moyen. Certains t’imaginent à la Culture, d’autres soufflent Matignon. Alors évidemment te connaissant un peu, on t’imagine mal en “Fillon bis” de François Hollande. C’est vrai, expédier les affaires courantes, te conten- ter de ce que monsieur le président ne veut pas traiter, très peu pour toi. Subir un mâle dominant, et puis quoi encore ? Non, décidément, on ne te voit pas en couple avec François. Vous devrez en passer du temps ensemble. Des chaudes nuits de négociations à Bruxelles, aux petits déjeuners officiels, en passant par des dîners en tête à tête à l’Élysée pour définir la politique du gouvernement. Entre vous, Martine, c’est pas le coup de foudre en plus. Tu l’as dit toi même, « FH », c’est l’in- carnation de « la gauche molle ». Tu te vois vraiment avec lui ? Rappelle-toi de tes propos pen- dant la primaire : « Quand c’est flou, il y a un loup ». Réfléchis bien avant de t’engager, t’es encore jeune. Accepter des responsabilités parisiennes t’obligerait aussi à quitter Lille. Ah Lille ! La capitale des Flandres que tu diriges si bien depuis 11 ans. Même Lionel Jospin l’avait dit :

« Tu es la femme politique la plus brillante d’aujourd’hui ». Bon, Chirac avait dit la même chose à Juppé : « le meilleur d’entre nous » et ça ne lui pas porté bonheur. Premier ministre de 1995 à 1997, putain deux ans ! Sa cote de popularité était passée de 63 % à 37 % en cinq mois. Ben ouais, c’est pas toujours simple premier ministre. Si on te propose le job, penses-y à deux fois. Nico et Juju PS : tu vas nous manquer ici.

Nicolas Richaud & Justine Weyl

LA PRESSION

Quotidien réalisé par les étudiants de l’ESJ, de première année (presse écrite) et de PHR. Refermentation et maturation - Directeur de la publication :

Marc Capelle Fermentation - Directeurs adjoints de la publication :

Yves Sécher, Corinne Vanmerris, Pierre Savary, Christian Roudaut Houblonnage - Rédacteurs en chef :

Justine Weyl, Nicolas Richaud Embouteillage - Rédacteurs en chef techniques :

Julien Momont, Julie Hamez, Marine Forestier, Alizée Golfier Sur le blog des municipales de l’ESJ www.campagneennord.fr École supérieure de journalisme de Lille, 50 rue Gauthier-de-Châtillon, 59046 Lille Cedex. Tel : 03.20.30.44.00. www.esj-lille.fr

Axiom

et la politique qui dérap’

Axiom profite du rap pour parler politique. © ESJ / Lille en quartiers
Axiom profite du rap pour parler politique.
© ESJ / Lille en quartiers

Que penses-tu du fait que les candidats usent et abusent de l’expression « les Français » ?

Cela montre qu’un mot a disparu de l’espace public :

celui de « citoyen». Contrairement au

mot « français », le mot « citoyen » n’a pas de nationalité. J’organise des ate- liers avec des gamins autour de la notion de citoyenneté, et pour moi le problème, c’est l’absence de savoir commun. C’est quoi la République, au fond ? La République, c’est un

cadre qui permet aux gens de vivre leurs particularismes,pas un fourre-tout. Aujourd’hui, il y a une incompréhension complète des fonde- ments de notre « vivre ensemble », et c’est pour moi ce qui nuit à cette campagne.

La campagne est un « spectacle » qu’Axiom analyse avec ses mots à lui. Le rappeur issu de Lille-Sud, porte-parole d’AC-Le Feu, accuse les deux candidats d’asphyxier le vrai débat républicain.

Par Lucas Roxo

Quel est ton point de vue par rapport à la campagne de l’entre-deux tours ?

Déjà, il faut voir qu’on assiste à des attaques très vi- rulentes de Nicolas Sarkozy, avec énormément d’agressivité. Il essaie de tourner en ridicule l’autre candidat, un peu comme on fait aux États-Unis. Après, si on était dans un cadre républicain absolu, ça irait. Mais là, il s’agit du candidat sortant. Ça pose pro- blème. C’était la même chose pendant son mandat: il est absolument libéral, il va vers tout et son contraire. Je plains les gens de droite.

Et pour François Hollande ?

Paradoxalement, je trouve qu’Hollande est parti tardivement en campagne, notamment par rapport aux thématiques de l’immigration et des quartiers populaires. La position de la gauche, on la connaît. Mais le problème du PS là, c’est qu’étant donné que l’UMP s’est rapproché du FN pour former une ex- trême droite très puissante, il n’y a plus de droite mo- dérée. C’est le PS qui doit remplir lui-même ce rôle, et c’est problématique. Il y a un brouillage des codes.

Au fond, l’un ou l’autre, ça ne change rien ?

En fait, on ne dirait pas une campagne mais un réfé- rendum pour ou contre Sarkozy. Mais pour moi, la vraie question, c’est « le président peut-il vraiment

changer les choses ? ». Il faut se poser la question de changer de système. C’est un

climat de défiance bizarre. Comme si l’alternance avait as- phyxié la République.

Tu te situes comment ?

En tant que personne de gauche, j’ai vraiment l’impression d’être

pris en otage.Je pense sincèrement qu’un nouveau modèle social nous attend. Mais d’un autre côté,il y a des gens d’extrême droite qui utilisent la peur. Et nous à gauche, on se doit de proposer quelque

chose en échange. Pour l’instant, on n’y arrive pas.

chose en échange. Pour l’instant, on n’y arrive pas. « LE PRÉSIDENT PEUT-IL VRAIMENT CHANGER LES

« LE PRÉSIDENT PEUT-IL VRAIMENT CHANGER LES CHOSES ? »

Sarkozy soutenu (ironiquement) par Tariq Ramadan

Nicolas Sarkozy avait affirmé que l’intellectuel suisse Tariq Ramadan avait appelé à voter pour François Hollande. Après avoir exprimé

sa déception vis-à-vis des deux candidats finalistes, Tariq Ramadan a mis en ligne aujourd’hui sur son blog un texte très ironique, ap-

pelant à voter

proclame Ramadan. Pas sûr que le chef de l’État apprécie ce soutien.

Nicolas Sarkozy ! « L’actuel Président français est la chance, la gloire et la bénédiction ultime de la France et de l’Europe»,

111 ans

C’est l’âge de Madeleine Mieze, la doyenne du Nord-Pas-de-Calais. Il s’agit de la cinquantième femme la plus âgée du monde

Erratum

Le chiffre d’hier, l’augmentation de 7,6 % du chômage, est en fait de 7,2 % sur un an.

Une invention prometteuse

Le concours Lépine, qui récompense les inventeurs, s’ouvre au- jourd’hui à Paris. Au programme, le “Fixacouette”, qui facilite l’enfilage de couettes. Né de la flemme de Philippe Dubois, qui explique au micro de France Inter comment lui était venue cette idée : « Un dimanche matin,ma femme m’a demandé de lui filer un petit coup de main alors que j’étais devant mon émission de télé fa- vorite…elle m’a dit :“au lieu de ronchonner,tu ferais bien de trou- ver une astuce pour mettre une couette tout seul”». Une invention qui réjouira les étudiants solitaires.

Morano refuse deux débats en Lorraine Invitée par France 3 et France 3 Lorraine, Nadine
Morano refuse
deux débats
en Lorraine
Invitée par France 3 et
France 3 Lorraine, Nadine
Morano a refusé de partici-
per à deux débats contre
un adversaire socialiste de
la région. La ministre de
l’Apprentissage et de la
Formation professionnelle,
soutien indéfectible de
Nicolas Sarkozy, a ainsi dé-
claré : « je ne suis pas l’es-
clave des médias ». François
Hollande pourra donc s’en
inspirer pour répondre au
président-candidat qui
l’accuse de se défiler en
refusant les trois débats
qu’il lui propose.

La Pression

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Samedi 28 avril 2012

J E U N E S S E

J E U N E S S E

J E U N E S S E

Pas de triple A pour les candidats

Valentine Umansky est la porte-parole de Young&Poor, “l’agence” qui note le programme des candidats pour les 16-34 ans. Elle se dit déçue par les propositions des politiques, et regrette que l’emploi des jeunes n’ait pas été plus au centre du débat.

Par Nicolas Raffin

Pourquoi avoir décidé de créer une agence de notation des programmes [voir article ci-dessous] ?

C’était par humour : on s’inscrit dans la lignée des collectifs qui font partie de Young&Poor comme Jeudi noir (pour le loge- ment) ou Génération précaire, voire Sauvons les riches. C’est du militantisme satyrique : au moment où on a créé le collectif, tous les médias parlaient des vraies agences de notation et du triple A de la France. C’était de- venu un marronnier.

Vous avez été repris par les médias internationaux, beaucoup moins par les médias nationaux. Comment l’expliquez-vous ?

Les médias français ont été acca- parés par différents thèmes peu intéressants et ont laissé de côté des thèmes qui nous paraissaient importants. Par exemple, l’ap-

prentissage, personne n’en a parlé, alors que c’est pourtant une thématique essentielle de l’emploi.

Nicolas Sarkozy l’avait pourtant évoqué dans son programme…

C’est vrai, on a rencontré son équipe de campagne et on a pu en discuter. Mais ça n’a pas dé- passé le stade de la discussion privée. On regrette que le thème n’ait pas été porté dans le débat public.

Pourquoi ne pas avoir fait des propositions en plus de la notation ?

Ça fait cinq ans, avec Génération précaire [dont est issu Young&Poor] qu’on propose, qu’on fait du lobbying au Sénat, avec les parlementaires. On a eu un débat là-dessus et on a dé- cidé que pour une fois il fallait plutôt écouter ce que tous les

Young&Poor a évalué les programmes des candidats sur la jeunesse. ©Alain Bachellier
Young&Poor a évalué les programmes
des candidats sur la jeunesse.
©Alain Bachellier

candidats avaient à nous dire. Et ils nous ont déçus, très claire- ment.

Votre grille de notation parle d’un « emploi durable » et d’une « insertion humaniste » des jeunes. Pouvez-vous ex- pliquer ces deux termes ?

L’emploi durable, c’est la sécurité dans l’emploi. Ce n’est pas nécessairement un CDI, mais c’est un travail qui doit permettre de se loger, d’avoir accès aux soins. Aujourd’hui quand on veut un logement, on nous demande de payer trois fois le loyer en ga- rantie : sans emploi durable, c’est impossible. L’insertion hu- maniste, ça veut dire que ni les

immigrés, ni les étrangers, ne doivent être exclus de la ré- flexion sur l’emploi. On ne doit laisser personne derrière nous. L’UMP et le FN sont plutôt à la traîne sur ce thème.

Comme les agences de nota- tions que vous avez copiées, ne craignez-vous pas d’être vous aussi critiqués pour votre manque d’objectivité ?

Nous ne sommes pas partisans, nous ne soutenons aucun parti. Pour éviter les problèmes, les personnes qui se disent proches d’un candidat ne sont pas char- gées de son évaluation. La nota- tion se décide en groupe, jamais individuellement.

Hollande valorisé, Sarkozy dégradé

Si les jeunes électeurs étaient des investisseurs, ils feraient mieux d’investir sur le Hollande plutôt que sur le Sarkozy. C’est l’analyse que fait Young&Poor après avoir étudié les propositions pour la jeunesse.

D’après Young&Poor, François Hollande obtient un “B” (qualité moyenne faible) et Nicolas Sarkozy, un “D”
D’après Young&Poor, François Hollande obtient un “B” (qualité moyenne faible) et Nicolas Sarkozy, un
“D” (sous surveillance).
©Alex E. Proimos

F rançois Hollande est le candidat qui s’en

“B”, correspondant à une « qualité moyenne

faible ». Son point fort : ses propositions pour les étudiants. Avec l’encadrement des loyers et l’al- location d’études, il obtient un “A” dans ce do- maine. Sur tous les autres thèmes (chômage, ré- insertion, stages…), il n’obtient que “BB” ou “C”. Nicolas Sarkozy est, quant à lui, placé sous surveillance. Sa note générale est “D”, qui équi- vaut à un « risque élevé et contre-productif ». L’ab- sence de propositions sur les étudiants et sur les stages lui vaut un “E” dans ces catégories. Seules ses propositions sur l’emploi (faciliter la création de très petites entreprises) lui valent un “A”. L’agence a élaboré une grille de notation pour évaluer le programme des candidats sur la jeu- nesse. Elle se concentre sur dix thématiques (chômage, emploi, réinsertion des délin- quants…) qui sont analysées avec sept critères (cohérence avec le reste du programme, préci- sion, pertinence…). Les auditeurs analysent les programmes et les déclarations des candidats et proposent une note. Celle-ci est validée après discussion par un comité de notation qui regroupe des sociologues, un chef d’entreprise, une syndicaliste et d’autres personnalités proches du monde du travail. Comme pour les vraies agences de notations, la note peut aller de “AAA” à “E” (propositions inexistantes).

sort le mieux. Il n’obtient pourtant qu’un

N.R.

La Pression

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P E R S P E C T I V E S

P E R S P E C T I V E S

P E R S P E C T I V E S

« La France a besoin de François Hollande »

Accompagnée par le maire PS de la ville, Jean-Pierre Allossery, Martine Aubry s'est rendue vendredi dans le quartier populaire du Nouveau-Monde à Hazebrouck. À la rencontre des habitants, elle a prêché la bonne parole pour François Hollande.

Par Annabelle Maugé

V este rouge et pantalon bleu, c’est une Martine Aubry souriante et patrio- tique qui est venue militer dans la capitale de la Flan-

dre intérieure pour le second tour de la présidentielle. « Nous devons tous être derrière François Hollande, c’est le candi- dat du rassemblement », a commencé la première secrétaire du Parti socialiste. À J-8 du second tour, Martine Aubry s’est présentée comme un soutien in- conditionnel du candidat socialiste. Venue à la rencontre des habitants dans un quartier à fort taux de chô- mage, la maire de Lille a insisté sur l’importance d’être sur le terrain « afin d’expliquer aux gens qu’ils font fausse route ». La patronne du PS a ainsi auréolé le projet de François Hollande de toutes les qualités : « Il s’adresse à vous tous, à ceux qui se sentent exclus, humiliés, ou- bliés et qui ont l’impression que la poli- tique ne peut rien pour eux. Il faut que son projet vous parvienne, vous avez les mêmes droits que les autres. Vos réponses se trou- vent dans le cœur du projet de François Hollande. » Avec un fort taux d’absten- tion (18 %), le quartier du Nouveau- Monde s’est prononcé en grande par- tie pour Marine Le Pen : 21 % des suffrages le 22 avril.

Le FN, une échappatoire pour les Français

« Une personne sur quatre a voté pour l’ex- trême-droite et une sur trois n’a pas voté, ce sont des chiffres importants, a martelé la première secrétaire. Cela n'a jamais été la solution, chaque voix compte, votre voix compte. » Elle voit également dans la montée du FN « un ras-le-bol des gens qui ne croient plus en la politique ». La raison:

« La politique de Sarkozy a beaucoup fui ces quartiers. Il n’a rien fait pour le pouvoir d’achat, les Français n’en peuvent plus. » Et pour accentuer son propos, Martine

Jean-Pierre Allossery, maire d’Hazebrouck (à gauche) et Michel Gilloen, maire de Bailleul ( à droite)
Jean-Pierre Allossery, maire d’Hazebrouck (à gauche) et Michel Gilloen, maire de Bailleul ( à droite)
ont, comme Martine Aubry, milité pour le candidat François Hollande durant la présidentielle.
© Annabelle Maugé

Aubry n’hésite pas à tacler le président sortant. L'heure était venue de railler Nicolas Sarkozy. « Le président sortant est sur un terrain vaseux. Il a franchi la ligne en disant que le FN avait sa place dans la République », soutient Martine Aubry. Ses propos sont virulents: « Il a sa propre responsabilité dans l’échec de la France. Sa politique se termine comme elle a com- mencé. La droite se refuse à avoir un débat démocratique. » La première secrétaire en a profité pour aborder un sujet sen-

sible dans ce quartier populaire, le chô- mage. « François Hollande va redresser notre pays et remettre la justice partout. Ni- colas Sarkozy n’est pas le candidat du vrai travail, mais celui du vrai chômage. »

Indispensable pour Matignon ?

Martine Aubry y croit plus que jamais et voit déjà François Hollande prési- dent. Mais elle sait bien qu'il reste une forte abstention potentielle, beaucoup d'indécis et de nombreux électeurs no- mades. Elle a donc répondu aux inquiétudes des habitants. « L’objectif est de redresser économiquement notre pays, de redonner des moyens à l’Éducation nationale, un meilleur accès aux soins mais aussi l’éga- lité des salaires. On attend un grand chan- gement pour la France et l’Europe. Fran- çois Hollande ne s’est pas contenté de présenter un projet, il a annoncé son fi- nancement. Nous avons envie d’un pays apaisé où chacun trouve sa place. La France a besoin de François Hollande ! », a-t-elle finalement clamé, convaincue. Vis-à-vis des électeurs, la première se- crétaire du PS aura été loyale de bout en bout avec le candidat PS. Elle a assuré l’unité et la mobilisation des troupes. Ja- mais une campagne présidentielle n'aura vu les socialistes aussi unis. Alors on se pose la question, Aubry serait-t- elle aussi indispensable pour Matignon?

Aubry serait-t- elle aussi indispensable pour Matignon? LE PRÉSIDENT SORTANT EST SUR UN TERRAIN VASEUX. Comme

LE PRÉSIDENT SORTANT EST SUR UN TERRAIN VASEUX.

Comme un air de protestation

Les Jeunes populaires attendaient de pied ferme Martine Aubry. Tracts à la main, Valentin Belleval, délégué des Jeunes Populaires de la 15ème circons- cription, a fait entendre sa voix : « Le PS n’a pas le monopole en France, tout le monde n’est pas d’accord avec François Hollande ». Calmes et blagueurs, les jeunes militants n’étaient pas dans la provocation, mais promouvaient les couleurs de l’UMP. « On veut seulement montrer que le Nord n’est pas que PS. On joue le jeu de la démocratie», avoue, souriant, Valentin. Martine Aubry, bonne joueuse, n’a pas hésité à les sa- luer.

Valentin Belleval (au milieu) a mis en avant l'atout d'une alliance entre « la dynamique
Valentin Belleval (au milieu) a mis en avant l'atout d'une alliance
entre « la dynamique des jeunes et l'expérience » de ses aînés
durant cette campagne.
© Annabelle Maugé

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P E R S P E C T I V E S

P E R S P E C T I V E S

P E R S P E C T I V E S

Madame la ministre ?

Martine Aubry peut-elle refuser un poste au gouvernement ? Dans le milieu politique lillois on n’exclut pas cette hypothèse car avec la règle du non-cumul des mandats, la première secrétaire du PS devra choisir entre la municipalité et un ministère. Quatre scénarios (au moins) se dessinent.

Par Manon Rescan

Scénario n°1 :

Elle démissionne de son poste de maire et reste conseillère municipale

crétaire du PS. Elle précise : « mais après tout, au départ, elle ne voulait pas non plus être candidate à la primaire socialiste… » Autre possibilité : Matignon ou rien. « Franchement, je ne la vois pas abandon- ner Lille pour le ministère de la culture. Elle ne partira que si elle est nommée Premier ministre », analyse Christian Decocq. Pour Eric Quiquet, conseiller munici- pal, EELV, l’hypothèse du refus d’un ministère est crédible « sauf si on lui pro- pose un poste intéressant : premier ministre ou ministre de la culture par exemple. »

Scénario 3 :

Martine Aubry reste maire de Lille épaulée par son Premier adjoint

Un scénario assez inenvisageable. On imagine mal la première secrétaire du PS enfreindre une règle qu’elle a lar- gement contribué à imposer au sein du parti, notamment au moment des universités d’été du PS à La Rochelle. C’est néanmoins ce que fait actuelle- ment Alain Juppé à Bordeaux. « Dans ce cas, le maire assure une simple fonction de représentation, il est présent le week- end », explique Gil Desmoulin. Les ministres-maires de grande ville sont toujours suppléés par leur pre- mier adjoint. Si Martine Aubry faisait ce choix, Christian Decocq promet que l’opposition mettrait « le feu à la maison en bloquant le travail municipal. »

Scénario 4 :

Elle démissionne de la mairie et garde la direction de la communauté urbaine

Gilles Pargneaux est ferme, selon les nouvelles règles du PS, les ministres ne pourront pas non plus garder leurs mandats exécutifs dans les intercommunalités. Pour Christian Decocq, il ne fait pas de doute que Michel-François Delan- noy, maire de Tourcoing et vice prési- dent de Lille Métropole Communauté Urbaine, prendra la tête de la LMCU si Martine Aubry doit changer de fonction. « Mais parfois, certains minis- tres annoncent qu’ils quittent la mairie mais, stratégiquement, gardent l’inter- communalité », indique Gil Desmoulin. C’est ce qu’avait fait Jean-Louis Borloo en 2002. Nommé ministre dé- légué à la rénovation urbaine de Jean- Pierre Raffarin, il avait laissé son fau- teuil de maire de Valenciennes mais était resté président de la commu- nauté d’agglomération de Valen- ciennes Métropole. Quoiqu’il en soit, Martine Aubry ne se détachera pas complètement du Nord. Sauf énorme surprise.

Martine Aubry, 2012 et après ? © Fanette Hourt
Martine Aubry, 2012 et après ?
© Fanette Hourt

Les autres maires “ministrables” concernés par le non-cumul à gauche

•Jean-Marc Ayrault, (pressenti au poste de Premier ministre) : Nantes •Manuel Valls (Sécurité intérieure) : Evry •François Rebsmanen (Sécurité intérieure) : Dijon •Michel Sapin (Justice – Premier minsitre) : Argenton-sur-Creuse •Jérôme Cahuzac (Economie ou budget) :Villeneuve-sur-Lot •Vincent Feltesse (Logement) : Blanquefort (Gironde) •Valérie Fourneyron (Sport) : Rouen

(D’après le gouvernement imaginé par Frédéric Martel auteur du blog “Sarkozysme culturel” sur Lexpress.fr)

C’est ce qu’impose la nouvelle règle du PS. François Hollande l’a rappelé sur France 2 jeudi soir:aucun ministre ne pourra cumuler cette fonction avec un mandat exécutif local. MartineAubry devrait alors démissionner et un nou- veau maire serait élu au sein du conseil municipal. Pour lui succéder, beaucoup s’accor- dent sur l’actuel premier adjoint Pierre de Saintignon qui a déjà large- ment suppléé Martine Aubry ces der- niers mois. « Il a prouvé que ça tournait avec lui », note Michelle Demessine, adjointe communiste aux sports à Lille. « Mais ça pourrait lui poser pro- blème puisqu’il brigue la présidence de la Région », précise le chef de l’opposi- tion municipale Christian Decocq. Audrey Linkenheld, adjointe au loge- ment, souvent présentée comme sa dauphine, ne peut briguer le poste. Elle serait empêchée « parce qu’elle se présente aux législatives dans la 2 e circons- cription », rappelle Gilles Pargneaux, premier secrétaire fédéral de la fédéra- tion du Nord. Contacté par la rédac- tion, Pierre de Saintignon n’a pas sou- haité s’exprimer sur le sujet. Pour Martine Aubry, ce scénario est confortable. Si M. De Saintignon est maire, elle peut continuer à l’épau- ler : « elle restera la tête pensante de Lille », assure Yves Durand, maire de Lomme. « Dans ces cas-là, l’ancien maire devient une sorte de maire virtuel. Aucune décision importante n’est prise sans son ac- cord », note Gil Desmoulins, maître de conférence en droit public à l’Institut d’études politiques de Rennes. Une situation que Gilles Pargneaux n’imagine cependant pas. Autre avantage : si elle devait quitter la fonction de ministre après un re- maniement, elle pourrait alors re- trouver son fauteuil de maire par la même procédure qui a conduit à l’élection de son successeur. Seul risque pour la première secré- taire du PS : s’éloigner d’une ville dont elle est devenue une figure em- blématique. « C’est peut-être ce qui ferait qu’elle ne sera pas au gouvernement », confie Gilles Pargneaux.

Scénario 2 :

Elle refuse un poste de ministre

Une hypothèse qui se dessine dans la bouche de nombreux politiques lillois : « J’ai entendu dans son entourage qu’elle ne voulait pas entrer au gouverne- ment », affirme MichelleDemessine, en citant des proches de la première se-

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D É C R Y P T A G E

D É C R Y P T A G E

D É C R Y P T A G E

« Il existe des cumuls déguisés »

Gil Desmoulin. ©DR
Gil Desmoulin.
©DR

Trois questions à Gil Desmoulin, maître de conférence en droit public à l’IEP de Rennes

Par Manon Rescan

Jusqu’ici, quelle était la règle appliquée pour les maires en matière de cumul des mandats ?

Il n’y a pas d’interdiction. Jospin a lancé le principe du non-cumul de la fonction de ministre avec un mandat exécutif local. Mais sous Sarkozy, ça n’a pas été appliqué. En fait, la pertinence de la règle dépend de la taille de la collectivité. S’il est maire d’une commune de 2 000 habitants, un ministre peut garder son mandat municipal. La charge de travail est moins importante. C’est pour les collectivités les plus impor- tantes que c’est problématique (grandes villes, département, régions, conseils d’agglo). Au- jourd’hui, avec la décentralisation, c’est diffi- cile d’exercer ces fonctions de façon complète et correcte en plus d’une fonction de ministre.

Comment s’en arrangent les ministres ?

Ils s’appuient sur une équipe municipale pro- fessionnelle, une équipe administrative faite de hauts-fonctionnaires territoriaux. Du point de vue de la gestion de la ville, cela ne pose pas de problème. Cela pose surtout des ques- tions éthiques car le cumul des mandats n’est pas bien vu. Le moyen le plus légal de garder une place est de démissionner. On procède alors à une nouvelle élection de maire au sein même du conseil municipal. Le nouveau ministre peut rester un conseiller. Mi- nistre, c’est une fonction “précaire”, qui peut ne durer qu’un temps. Une fois qu’il quitte son ministère un ancien maire peut le redevenir en se faisant élire à nouveau par son conseil.

Y-a-t-il des moyens de garder une fonction exécutive malgré tout ?

Ils peuvent garder la présidence de leur inter- communalité s’ils ont ce mandat. C’est straté- gique. Ça leur permet de soigner leur image en ne cumulant pas, mais de garder un exécutif local. C’est ce qui s’est passé pour Philippe Douste-Blazy [ resté président de la commu- nauté d’agglomération du Grand Toulouse alors qu’il était ministre de la santé en 2004 ] C’est aussi ce que pourrait faire Martine Aubry. C’est un cumul un peu déguisé et une manière de se mettre en conformité sur le non-cumul des mandats.

Quand les partis font leur B.A.

Les vacances scolaires risquent d’aller de paire avec une hausse du taux d’abstention. Pour éviter de perdre des soutiens, les partis des deux finalistes ont mis en place un système simple de procuration. En quelques clics, un militant du parti s’occupe de tout.

Par Barbara Schaal

Un simple récepissé permet d’effectuer un vote par procuration. © Photomontage Barbara Schaal
Un simple récepissé permet
d’effectuer un vote par procuration.
© Photomontage Barbara Schaal

S arah David, 21 ans, aurait dû voter à son ancien domicile, à 200 kilomè- tres de chez elle. Plutôt que de se dé- placer, elle a choisi de déléguer son vote. Mais comme elle n’avait plus ni

ami, ni famille sur place, elle s’est lancée à la recherche d’une alternative. En se rendant sur le site du PS, elle découvre que l’on peut donner sa voix à un militant du parti, votant dans la même commune. Ni une ni deux, elle décide de donner sa voix à un militant du PS, non seulement pour les deux tours de la présidentielle, mais aussi pour les élections législatives, à venir. « Tout est allé très vite, c’est très pratique », se réjouit la jeune femme.

Garder l’anonymat de son vote

Sarah David reconnaît toutefois s’être posé quelques questions avant de se lancer. « C’est vrai que je ne connais pas la personne qui a voté pour moi. Nous avons simplement eu un contact par téléphone. Mais comme j’étais sûre de vouloir voter François Hollande aux deux tours, je ne me suis pas fait trop de soucis. Si j’avais eu la moindre hésitation, je me serais déplacée pour voter »

Des centaines de demandes

Certaines personnes donnent procuration à leur parti de cœur car elles sont en déplace- ment ou ne peuvent pas se rendre au bureau de vote. Mais pourquoi ne pas se tourner vers un ami ou un membre de la famille ? D’après Monique Loosen, de la fédération Nord de l’UMP, « Parfois les gens ne connaissent tout sim- plement personne. Mais il arrive aussi, qu’ils n’aient pas confiance dans le vote de leurs proches

ou ne veuillent pas dévoiler leurs opinions poli- tiques ». Ce n’est pas la première fois que le Parti so- cialiste et l’UMP mettent un tel dispositif sur pied. « Mais cette année, nous avons mieux com- muniqué là-dessus. Avec les vacances scolaires, c’était nécessaire », explique une militante à la fédération Nord du PS. À la fédération Nord de l’UMP, le téléphone n’arrête pas de sonner, « toujours pour des pro- curations, les gens s’y prennent à la dernière mi- nute », soupire Monique Loosen. D’après elle entre 500 et 600 personnes ont donné leur voix à un militant de la fédération, pour chacun des deux tours. Même engoue- ment à la fédération PS du Pas-de-Calais. Ici, plus de 800 procurations ont été enregistrées pour le premier tour et 400 pour le deuxième.

enregistrées pour le premier tour et 400 pour le deuxième. LES GENS S’Y PRENNENT À LA

LES GENS S’Y PRENNENT À LA DERNIÈRE MINUTE

« Mais on s’attend à avoir encore beaucoup d’ap-

pels », explique une militante. Au Parti socia- liste, on reconnaît qu’il n’est pas aisé de répondre à toutes les demandes. « Malheureu-

sement, on arrive à saturation. On n’a pas assez de militants pour répondre à toutes les demandes. On

a dû refuser beaucoup de monde, surtout à Lille », explique la militante de la fédération du Nord. Car c’est à Lille que la formule ren- contre le plus de succès : on évoque un chiffre 4 000 demandes pour le premier tour, tous partis confondus.

La Pression

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S O U S E N V E L O P P E

S O U S

E N V E L O P P E

S O U S E N V E L O P P E

Le vote blanc en voit de toutes les couleurs

Le vote blanc dans l’actualité à neuf jours du second tour de la présidentielle. Marine Le Pen, la 3e femme du scrutin, devrait appeler le 1er mai à glisser un bulletin blanc dans l’urne. Boycott des institutions pour les uns, vote contestataire pour les autres. Le vote blanc se vit tout en nuance.

Par Audrey Radondy

Le bulletin blanc a trouvé ses défenseurs avec le Parti du vote blanc (PVB) ©Marine
Le bulletin blanc a trouvé ses défenseurs avec
le Parti du vote blanc (PVB)
©Marine Forestier

une grande supercherie ». Pour lui, pas question de laisser passer la présiden- tielle, véritable occasion pour poser un débat. Lui même avoue que cette ques- tion « est un marronnier des élections ».

La peur du blocage des institutions

Le deuxième objectif du parti est de pousser les députés à se prononcer sur le sujet. Un but qui aurait pu être atteint en 2002. « Il y a eu beaucoup de proposi- tions de loi quand Jean-Marie Le Pen a ac- cédé au second tour. » Eclair de lucidité pour les députés qui y voient le moyen de freiner l’engouement pour l’extrême droite. Rien n’en sortira. Ces vingt dernières années, une tren- taine de propositions de loi ont systé- matiquement été rejetées. « Les hommes politiques ont peur que le vote blanc bloque

les institutions », précise Stéphane Guyot. Dernière proposition en date, celle du député UMP alsacien Jean-Philippe Maurer, enregistrée à l’Assemblée na- tionale le 3 avril 2012 : « Certains de nos électeurs peuvent ne pas trouver d’intérêt à voter pour l’un des candidats qui se présen- tent à leurs suffrages et feront le choix de dé- poser dans l’urne une enveloppe qui ne contient aucun bulletin ou qui contient un papier blanc. (…) Aussi convient-il de préve-

« C’EST LÂCHE SI ON NE COMPREND PAS LA FINALITÉ»

« C’EST LÂCHE SI ON NE COMPREND PAS LA FINALITÉ» nir et d’organiser la reconnaissance du

nir et d’organiser la reconnaissance du vote blanc aux élections, dans le souci de lutter

contre l’abstention. C’est le sens de ma pro- position de loi. » Le président du parti du Vote blanc est persuadé que rien ne va aboutir. Aux détracteurs qui font rimer lâcheté

et vote blanc, Pierre Charet précise :

« C’est lâche si on ne comprend pas la fina- lité ». Une critique qu’il adresse à Ma- rine Le Pen, l’accusant de vouloir se présenter comme un « sauveur de la France ».

A l’inverse, Guy Cannie n’y voit en

aucun cas un acte de lâcheté. « C’est une position », précise t-il. Il imagine trois scénarios possibles pour le 6 mai : « ceux qui ont peur de la gauche et du Parti com- muniste voteront Nicolas Sarkozy, ceux qui en ont tellement marre du chef de l’Etat choi- siront François Hollande et les autres vote- ront blanc ». Le chevalier Stéphane Guyot sur son cheval blanc, a désor- mais pour cible les législatives. Il prévoit une armée de près de cent candidats pour partir à l’assaut de toute la France. Dans sa ligne de mire : les échéances à venir avant 2017.

O n détourne l’usage du vote blanc au second tour », explique Pierre Charet. « Ça n’a pas du tout la

même connotation » précise cet ancien cadre du MoDem. Toujours proche des idées de son parti, Pierre Charet alias Pierre Jean André est aussi l’auteur d’Election 2012 mode d’emploi (éditions Arjo Production, 2011). Le centriste a démissionné de ses fonctions au sein du MoDem pour mener « une campagne pour la reconnais- sance du vote blanc ». Ses trois bonnes raisons : « redonner la voix au peuple, faire barrage aux extrêmes et sanctionner la classe politique ». L’annonce imminente de la candidate frontiste en faveur du vote blanc ne l’enchante pas. « Je trouve opportuniste de sa part de donner cette consigne de vote. Au premier tour elle s’était prononcée contre ». « Elle récupère les votes blancs, comme si c’était une fin politique, comme s’ils lui ap- partenaient ».

« Je suis un soldat, je sui- vrai les consignes de Ma- rine »

Un revirement de situation sans expli- cation. « On a le droit de ne pas choisir » affirme Guy Cannie, secrétaire dépar- temental FN du Nord- Hainaut. Pour lui aucun doute, « Marine va appe- ler à voter blanc le 1er mai ». Le cadre frontiste va suivre sans sourciller le mot

d’ordre de sa chef de file et fera la même chose aux législatives. « Je suis un soldat, je suivrai les consignes de Ma- rine » s’exclame t-il.

Au premier tour, Pierre Charet a de- mandé à l’ensemble des habitants de sa commune de Puymaurin (31) de glis-

ser dans l’urne un bulletin blanc. Il leur

a envoyé une lettre à laquelle il a joint

un papier blanc aux dimensions lé- gales. Résultat au soir du 22avril : sur 187 votants, 28 ont voté blanc ou nul soit 10,7 %, « le meilleur score national » clame t-il. Au second tour, pas ques-

tion de réitérer l’opération : « les gens fe- ront comme ils veulent ». Ce dernier se bat pour faire triompher le vote blanc au premier tour, synonyme de fronde contre les institutions et la classe poli- tique. Le centriste impute son insuccès

à la méconnaissance de la démarche

par les électeurs. Une difficulté saisie par le parti du Vote blanc présidé par Stéphane Guyot. Derrière le slogan « Je vote blanc, j’existe !», le Parisien pur beurre a créé ce parti en novembre 2010. Objectif :

porter à la présidentielle un candidat qui incarne l’insatisfaction des élec- teurs. Une démarche pour aller au- delà du simple lobbying associatif, qui s’est révélée inefficace. Tout comme l’abstention, « premier parti de France de- puis dix ans, qui n’a rien changé et qui es

de France de- puis dix ans, qui n’a rien changé et qui es H i s

HistoireHistoire dudu VOTEVOTE BLANCBLANC

àà lala PRÉSIDENTIELLEPRÉSIDENTIELLE

soussous lala

VV ee RÉPUBLIQUERÉPUBLIQUE

4,2%
4,2%
6,4% 5,9% 1969 99 5,3% 19951995 2002 2 3,6% 2007 07 2,8% 1988 2,7% 1981
6,4%
5,9%
1969 99
5,3%
19951995
2002 2
3,6%
2007 07
2,8%
1988
2,7%
1981
1965
1 er tour 2012 : 1,9%
1,3%

19741974

Pour chaque élection, les chi res présentés sont ceux du second tour.

Source : www.france-politique.fr

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T É M O I G N A G E

T É M O I G N A G E

T É M O I G N A G E

L’isoloir contre l’isolement

« LA FRANCE C’EST CHEZ MOI, LE BRÉSIL N’EST PLUS QU’UN PAYS POUR LES VACANCES.
« LA FRANCE C’EST CHEZ MOI,
LE BRÉSIL N’EST PLUS QU’UN PAYS
POUR LES VACANCES. »
©Photos Elena Fusco
QU’UN PAYS POUR LES VACANCES. » ©Photos Elena Fusco Miriam Santos a 40 ans. Elle est

Miriam Santos a 40 ans. Elle est brésilienne.

Arrivée en France il y a vingt-deux

ans, elle a ainée.

Miriam a un diplôme d’infirmière, mais ne trouve aucun débouché. Elle se lance dans le secteur de la restaura- tion et finit par ouvrir son propre res- taurant. Le Chiquita Bacana.

suivi les pas de sa sœur

Elle participe activement à la vie fran- çaise : « Je devrais pouvoir voter, je donne du travail aux gens ! ».

Miriam ouvrira son deuxième restau- rant début juin. Elle s’apprête à demander la nationalité française. Les papiers sont prêts.

« IL EST DIFFICILE DE DÉFINIR UN ÉTRANGER… QUELQU’UN COMME MOI. »
« IL EST DIFFICILE DE DÉFINIR
UN ÉTRANGER… QUELQU’UN
COMME MOI. »
DE DÉFINIR UN ÉTRANGER… QUELQU’UN COMME MOI. » André Adams a 35 ans. Il est américain.

André Adams a 35 ans. Il est américain.

Arrivé en France en Janvier 2009, il fuit la crise économique et vient s’installer avec sa femme et ses deux enfants à Marcq-en-Barœul.

La politique française l’intéresse :

« J’espérais que Ségolène Royal gagne en 2007 ! ». Pourtant, il n’irait pas forcé- ment voter s’il en avait le droit. En tout cas pas aveuglément. À ses yeux, le vote d’un étranger devient légitime lorsqu’il a vécu longtemps dans une ville. Lorsqu’il est intégré.

André ne se considère pas comme tel. Il souhaite avant tout convaincre sa femme de rentrer en Californie.

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T É M O I G N A G E

T É M O I G N A G E

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Le droit de vote pour les étrangers revient sur le devant de la scène. Les deux candidats s’opposent frontalement sur un sujet qui divise depuis trente ans. François Hollande souhaite permettre aux immigrés de voter aux municipales après cinq ans de présence sur le territoire. Nicolas Sarkozy ne veut plus en entendre parler, et revient sur sa promesse faite en 2007. Les étrangers, qu’ils soient brésiliens, guinéens, américains ou pakistanais, donnent leur avis.

Par Elena Fusco et Lucas Roxo

« LE PRÉSIDENT FRANÇAIS, C’EST NOTRE PRÉSIDENT AUSSI ! »
« LE PRÉSIDENT FRANÇAIS,
C’EST NOTRE PRÉSIDENT
AUSSI ! »
PRÉSIDENT FRANÇAIS, C’EST NOTRE PRÉSIDENT AUSSI ! » Abdul Khaliq a 53 ans. Il est pakistanais.

Abdul Khaliq a 53 ans. Il est pakistanais.

Arrivé en France en 1979, il a com- mencé à travailler comme cuisinier quelques années plus tard dans un res- taurant libanais.

Il ne sort pas beaucoup, il regarde ra- rement la télé. La politique ? Ce sont surtout ses enfants qui lui en parlent. Abdul pense demander la nationalité française. Il est en train de préparer un dossier.

« Je fais tout comme les Français, je vis comme les Français, je paie tout comme les Français. »

Abdul n’a pas le droit de vote.

« ÇA NE ME DÉRANGE PAS DE NE PAS CHOISIR MON MAIRE. »
« ÇA NE ME DÉRANGE PAS DE
NE PAS CHOISIR MON MAIRE. »
« ÇA NE ME DÉRANGE PAS DE NE PAS CHOISIR MON MAIRE. » Keita Fatoumata a

Keita Fatoumata a 38 ans. Elle est guinéenne.

Arrivée en France il y a quatorzeans, elle est venue retrouver son mari. Elle vit à Roubaix depuis 2000.

« Je ne connais pas la vie politique fran- çaise », dit-elle.

Même si elle ne se sent pas Française, la France est un peu son pays. Ses cinq enfants ont la double nationalité.

Miriam souhaite qu’ils fassent leurs études en France. Ensuite, elle rentrera en Guinée avec son mari.

Elle sourit. « Ils viendront me visiter souvent. »

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E M P L O I

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Nord-Pas de Calais :

la marée noire du chomâge

Bilan du chômage sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy : 747 000 demandeurs d’emploi supplémentaires, soit une hausse de 35 %. Une tendance confirmée au mois de mars au niveau national, et encore plus prégnante dans le Nord-Pas-de-Calais, avec une hausse de 5,4 % en un an.

Par Laura Placide

E t de onze ! Pour le onzième

mois consécutif, le chô-

mage est en augmentation

en France. Les chiffres sont

tombés hier : +0,6 % au

mois de mars 2012. On est loin de la promesse faite par Nicolas Sarkozy en 2007, « 5 % de chômeurs à la fin de mon quinquennat. » L’UMP peut bien considérer que la crise est passée par là, la situation sur le front de l’emploi n’est guère brillante. À l’annonce des chiffres, le ministre du Travail, Xavier Bertrand a estimé que les socialistes n’avaient pas de « recette miracle » dans ce domaine. Il cite en exemple le Nord-Pas de Calais, « deuxième région de France par le chômage et où [les socia- listes] dirigent quasiment tout ». Une façon de tacler le candidat Hollande. L’excuse ne parle guère aux Nordistes dans une région, où les chiffres dé- passent la moyenne nationale. « Il est gonflé le ministre du Travail de critiquer les socialistes, alors que lui et son entou- rage mènent une politique de précarité et d’exclusion depuis leur accession au pou- voir », réagit Serge Havet, président national de l’association Agir ensem- ble contre le chômage.

Voter massivement contre Nicolas Sarkozy

Créée en 1993, AC contre le chômage lance aujourd’hui un appel régional à voter contre Nicolas Sarkozy. « Les chô- meurs, les précaires, les handicapés, les jeunes… Tous les exclus doivent se mobili- ser et voter massivement contre le président sortant. On ne peut plus supporter cette po- litique! », s’exclame M. Havet, au bord de l’explosion. Même si les chiffres ne sont pas bons, chez nos voisins, ils sont encore plus mauvais. Le nombre de demandeurs d’emplois en Espagne atteint un niveau record avec 5,7 mil- lions de chômeurs, soit 24,4 % de la population active. Avec la crise, le chô- mage est en augmentation dans la plu- part des pays européens. Un François Hollande président ferait- il mieux ? Pour Serge Havet, rien de changera vraiment mais « la situation actuelle est invivable, on ne peut que faire

« la situation actuelle est invivable, on ne peut que faire « CE SONT TOUS LES

« CE SONT TOUS LES MÊMES. ILS NE SE PRÉOCCUPENT PAS DE NOUS»

© FlickR /Julien
© FlickR /Julien

autrement. » Mensonges, inutilité, oubli, amitié avec le patronat… Ces mots reviennent dans la bouche de tous les chômeurs rencontrés dans les différents Pôle emploi de Lille.

« Ma situation a modifié mon vote »

Mère célibataire de 45 ans, au chô- mage depuis un peu plus d’un an, Ré- gine semble résignée. « C’est une galère sans nom et j’ai l’impression que je ne m’en sortirai pas. » Interrogée sur un change- ment de président, elle répond qu’elle ne connaît pas « le programme en matière d’emploi de François Hollande mais ça ne peut pas être pire que ce qui s’est passé de- puis cinq ans. » Électrice de droite de- puis toujours, cette année, elle a dé- posé un bulletin socialiste dans l’urne, une façon pour elle d’exprimer son ras-le-bol. Alexandre, lui aussi est désabusé. À 26 ans, il fait partie de ces jeunes sans diplôme comme on en trouve tant dans le Nord. En 2007, il avait voté pour Ségolène Royal. Cette année, il a décidé de bouder les urnes au premier comme au second tour. « Ça ne sert à rien. Ce sont tous les mêmes. Ils ne se préoccupent pas de nous. En plus de m’avoir fait perdre mon em- ploi, ils ont réussi à me dégouter de la po- litique. »

Un sentiment d’abandon

Dans le Nord-Pas de Calais, les jeunes sont très touchés par le chômage, plus encore que la moyenne nationale. Ils constituent 18 % des demandeurs d’emploi de la région, le taux le plus élevé de France. A l’UMP, Xavier Bertrand se console comme il peut. Il note que la onzième hausse consécutive du nombre de chô-

meurs est « la plus faible ». Et de pro-

mettre « une

Des paroles qui ne convainquent pas Sami, un chômeur de 30 ans, rencon-

stabilisation du chômage. »

tré au Pôle emploi de Lille Fives. De père algérien, il a voté Marine Le Pen cette année, pour « envoyer un message fort. » Complètement en désaccord avec les idées de la candidate frontiste, il a senti qu’il n’avait pas le choix « pour [se] faire entendre. » Le 6 mai, il choisira François Hol- lande car il en a assez « des mensonges de Nicolas Sarkozy, qui ne s’intéresse pas à nous. » Mais peu importe le futur président, Sami se voit toujours au chômage dans un an.

LeLe CHÔMAGECHÔMAGE dansdans lele NORD-PAS-DE-CALAISNORD-PAS-DE-CALAIS 10% Moyenne nationale 320 600 inscrits à
LeLe CHÔMAGECHÔMAGE dansdans lele NORD-PAS-DE-CALAISNORD-PAS-DE-CALAIS
10%
Moyenne nationale
320 600 inscrits
à Pôle emploi
Lille
12,7% de chômeurs *
Arras
18% des moins de
25 ans au chômage

* Ce chi re ne prend en compte que les catégories A,B, et C.

au chômage * Ce chi re ne prend en compte que les catégories A,B, et C.

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D É B A T

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Entre-deux-tours :

place aux jeunes

Antoine Sillani et Martin David-Brochen marchent dans les traces de leurs aînés. Respectivement responsable adjoint des Jeunes pop’ du Nord (UMP) et animateur nordiste du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), ils ont profité d’un débat organisé jeudi à l’ESJ Lille pour défendre les propositions de Nicolas Sarkozy et de François Hollande.

Par Maxime Vaudano

ÉDUCATION

François Hollande propose de créer 60000 postes dans l’édu- cation nationale sur le quin- quennat : un chiffre inférieur au nombre de postes suppri- més depuis 2007 par Nicolas Sarkozy.

Martin David-Brochen : Les 60 000 postes, c’est symbolique. Et leur coût est équivalent à celui du bouclier fis- cal de Sarkozy… Antoine Sillani : Le PS ne marche que dans le symbolique. Sarkozy est plus concret : il propose aux ensei- gnants de donner 26 heures de cours par semaine, contre 18 actuellement. M.D.-B. : Travailler 45 % de temps en plus pour être payé seulement 25 % de plus, c’est injuste ! A.S. : Cela représente quand même 500 euros en plus : ils seront bien utiles aux professeurs.

François Hollande propose de rétablir l’année de formation pratique en alternance des professeurs, supprimée par Nicolas Sarkozy.

M.D.-B. : L’UMP considère l’ensei- gnement comme un don divin ! A.S. : Ce thème continue de faire

Les deux jeunes intervenants ont débattu pendant une heure. © Marine Forestier
Les deux jeunes intervenants ont débattu pendant une heure.
© Marine Forestier

débat au sein de l’UMP : nous pen- sons en tout cas qu’il faut plus de discipline et de psychologie dans cette formation.

IMMIGRATION

Nicolas Sarkozy propose de di- viser par deux l’immigration légale. Pourtant, selon une étude réalisée en 2009 sous la direction du Pr. Xavier Choj- nicki, les immigrés rappor- tent plus que ce qu’ils nous coûtent.

immigrés rappor- tent plus que ce qu’ils nous coûtent. L’IMMIGRA- TION N’EST PAS UN PROBLÈME ÉCONOMIQUE

L’IMMIGRA-

TION N’EST PAS

UN PROBLÈME ÉCONOMIQUE

A.S.: On peut contester les résultats de telles études. Quoiqu’il en soit, l’immi- gration n’est pas qu’un problème éco- nomique : la machine à intégrer ne fonctionne plus en France.

M.D.-B.: Non, le repli identitaire n’est pas généralisé : nous avons le taux de mariage mixte le plus élevé en Europe. Nous devons accueillir les immigrés sur des critères objectifs: temps de pré- sence sur le territoire, travail, enfants scolarisés… A.S. : Il faut aussi que les immigrés se sentent français, et adoptent la culture et la langue française. M.D.-B. : Cela n’est pas nécessaire pour les immigrés qui ne demandent pas la nationalité française. On peut bien aller étudier en Angleterre sans se sentir Anglais!

LE DROIT DE VOTE DES ETRANGERS

François Hollande souhaite que les étrangers puissent voter aux élections locales.

A.S.: Cette proposition va encourager le communautarisme et pourrait nous mener à la guerre civile. M.D.-B. : Pourquoi Nicolas Sarkozy avait-il alors déclaré en 2005 ne pas y être opposé ? A.S. : Il a changé d’avis : depuis, il a

pris connaissance de problématiques qu’il ne connaissait pas

CROISSANCE

François Hollande souhaite re- négocier le pacte budgétaire conclu par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, afin d’y ajou- ter des mesures de crois- sance.

M.D.-B.: Il n’y aura pas de redresse- ment économique sans croissance: il faut par exemple renégocier le statut de la Banque centrale européenne ou ins- taurer une taxe sur les transactions fi- nancières pour financer des grands in- vestissements européens. Mario Draghi, le président de la BCE, nous a d’ailleurs rejoint sur la nécessité d’ajouter un volet de croissance au traité. A.S. : Nous sommes d’accord sur le fait qu’il faille relancer la croissance, mais pas sur les moyens de le faire. On ne peut pas dépenser l’argent qu’on a pas, sous peine de finir comme la Grèce. Pour recréer de l’emploi, il faut baisser les charges patronales, et non pas créer de nouvelles dépenses.

Martin David-Brochen. © Marine Forestier
Martin David-Brochen.
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Antoine Sillani. © Marine Forestier
Antoine Sillani.
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Nicolas Reynès, trop extrême pour le FN ?

Le jeune responsable des Jeunesses frontistes et candidat aux législatives Nicolas Reynès vient d’être suspendu par sa hiérarchie. En cause, les liens supposés du jeune homme avec un site au contenu porno-eugéniste et raciste. Le Front national, en quête de respectabilité, fait le ménage dans ses rangs.

Par Lénaïg Le Mouël

A u FN, on ne flirte pas avec le scandale. Nicolas Reynès, 21 ans, candidat FN du Nord aux législatives et responsable du FNJ, l’a appris à ses dépens. Au cœur d’une polémique, il vient d’être sus-

pendu par sa hiérarchie. À l’origine de la controverse, le blog d’extrême gauche, Lutte en Nord. Mi-avril, ce site a accusé le jeune fron- tiste de régulièrement promouvoir sur sa page Facebook des photos issues du site Les Elégances. Le hic, c’est l’idéologie du site en question, aujourd’hui fermé. Galeries de photos de jeunes femmes blondes et rousses censées illustrer la pureté de la race blanche, articles à la gloire du III e Reich ou encore représenta- tion héroïque du tueur norvégien Anders Breivik. Entre racisme, nazisme et porno-eugénisme, la direc- tion régionale du Front national n’a pas apprécié. Le jeune homme de 21 ans, d’apparence réservée, presque timide, se défend cependant vigoureusement de toute volonté de provocation, mais reconnaît une « imprudence » : « Je n'ai fait que partager des goûts artis- tiques et esthétiques, et j’ai eu la naïveté de croire qu'on ne me reprocherait jamais le reste du contenu. » Bien que « certain » de ne pas être exclu du parti, le jeune homme se montre en revanche moins confiant sur la question du maintien de sa candidature : « De ce que je sais aujourd'hui, c'est plutôt mort. » Il est à ce jour en attente d’une convocation devant les instances du parti pour s’expliquer sur les faits qu’on lui reproche.

« Le FN, c’est chouette »

Côté pile, Nicolas est un étudiant ordinaire : en master de philosophie à Lille III, il dort en Cité U, est féru de littérature grecque antique et de pop- rock. Côté face, il est responsable des Jeunesses frontistes, conseiller de quartier à Villeneuve d’Ascq et candidat du Front national aux législa- tives de juin prochain. Avec un père routier, trotskiste de la première heure, et une mère assistante juridique rangée du côté du mitterrandisme, rien ne présageait de l’engagement de Nicolas Reynès pour l’extrême-droite. Il s’inté- resse pourtant aux idées du FN dès l’âge de 14 ans, trouve que « c'est plutôt chouette ». Il n’avait que 11 ans en 2002, lorsque Le Pen s’est retrouvé au second tour de l’élection présidentielle. « Trop jeune pour com- prendre », il se souvient néanmoins « des profs qui pre- naient les élèves par la main pour les emmener aux ma- nifs ». « C'était délirant », juge-t-il avec le recul. C’est “naturellement” qu’il prend sa carte au Front national à sa majorité en 2009, en pleine campagne pour les élections européennes. Éric Dillies, secré- taire départemental du FN, qui perçoit en lui beau- coup de détermination, lui confie les rênes du FN jeunes Nord-Pas-de-Calais. Le moteur de cet enga- gement politique précoce? La défense des classes dé- favorisées et la déception des politiques de gauche. « Mes parents ont toujours pensé, à tort, que la gauche amé- liorerait le sort des gens modestes. » Le père de Nicolas, d’abord inquiet, a ensuite rapi- dement soutenu son fils. Le jeune homme se targue d’avoir réussi à faire virer sa famille de bord: « J’ai ouvert la voie, ma famille a suivi. Désormais, mes parents

Le responsable du FN Jeunes vient d’être suspendu de ses fonctions par la direction régionale
Le responsable du FN Jeunes vient d’être suspendu
de ses fonctions par la direction régionale du parti.
© Nicolas Reynès

votent FN. » Ses idées politiques lui valent des alter- cations régulières avec les autres étudiants de la fac de Lille III, « une université à l’esprit très baba-cool de gauche ». « Le collage d’affiches, c’était comme un viol de

. « Le collage d’affiches, c’était comme un viol de IL FAUT QUE SARKOZY FASSE LE

IL FAUT QUE SARKOZY FASSE LE PIRE SCORE POSSIBLE

leur territoire. J’ai reçu des appels masqués la nuit, des mes- sages d’intimidation, je me suis déjà fait rouer de coups », raconte-t-il d’un air détaché. Mais ce genre d’expédition punitive ne semble pas impressionner ce militant déterminé, pas plus que les nombreuses insultes et menaces qui fleurissent au quotidien sur sa page Facebook: « La seule humiliation possible serait qu’on me retire mon investiture », déclare- t-il. Quelle que soit l’issue de l’affaire, le jeune mili- tant est catégorique : ses convictions politiques « ne changeront pas d’un iota, c’est clair ». Pour lui, les idées de Marine Le Pen ont de l’avenir: « Ce n’est pas radi- cal, c’est juste du bon sens ! » D’ailleurs, le score du FN

(17,9 %), qui a fait bondir plus d’un politologue le soir du premier tour, n’était pas une surprise pour lui. Alors que les sondages pronostiquaient un Front national dépassé, relégué derrière un Mélenchon élo- quent et enflammé, il a toujours cru à la troisième place frontiste.

« Hollande, ce Sarkozy de gauche élu au rabais »

À quelques jours du second tour, il espère une dé- bâcle mémorable dans le camp Sarkozy, qui ferait selon lui imploser l’UMP et laisserait la place à une droite nouvelle, organisée autour du Front national. « Il faut que Sarkozy fasse le pire score possible pour que la droite soit complètement déboussolée. À force de miser sur un cheval toujours perdant, les électeurs UMP finiront par passer à autre chose. » La France bleue Marine, il y croit dur comme fer. François Holande, ce « Sarkozy de gauche », ne sera élu que “par défaut”. Et selon lui, cette victoire au rabais instaurera le cadre idéal au développement des idées populistes et d'extrême droite durant le prochain quinquennat. « Le remède que la gauche prépare pour la France va tout empirer, pré- dit-il. Et c’est pourquoi Marine a toutes les chances de l’emporter en 2017 ».

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P O R T R A I T

P O R T R A I T

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Le fantasme du « vote musulman »

L’article de l’hebdomadaire Marianne paru le 20 avril et selon lequel des responsables musulmans avaient appelé à voter pour François Hollande, relance le débat sur le vote communautaire. À Lille, les fidèles accusent les politiques de vouloir simplifier le débat et de stigmatiser encore une fois une population en évoquant “un vote musulman”.

Par Zoé Leroy

D es gouttes fines tombaient hier après midi sur la mosquée El-Imane de Lille Sud. Il est 13h58 et 2000 fidèles s’apprêtent à entamer leur troisième prière de la journée. Ici, 20% d’entre eux ne peuvent pas voter car ils ne possèdent pas la nationalité fran- çaise. Mais cela ne les empêche pas d’avoir suivi la campagne présidentielle très scrupuleusement. « C’est la moindre des choses, on est l’un de leurs sujets

préférés » concède ironiquement Medhi, un pratiquant. « Je juge cette cam- pagne comme, je pense, pas mal de Français. C’est-à-dire à dix mille lieux de nos préoccupations. Une campagne où on débat sur la viande hallal ? J’ai cru à un moment qu’on élisait un boucher », rigole avec ses amis, Sofiane, devant la mosquée.

Ni d’appel au vote, ni de candidat favori

Sur place, deux idées ressortent clairement. Premièrement, non il n’y a pas d’appel à voter pour qui que se soit. « Jamais, jamais, jamais on nous a désigné quelqu’un. On nous a invités à aller aux urnes mais aucun nom n’a été cité, ni même sous entendu. Puis même si c’était le cas, on n’est pas des mou- tons ! » clame Mohammed. Et deuxièmement non, il n’existe pas dans la communauté religieuse un consensus autour d’un candidat. « Mes amis fidèles sont de tous les bords politiques, il n’y a pas de vote musulman au même titre qu’il n’y a pas de vote français », ajoute le Lillois. Par exemple pour Walid ce sera Hollande. « Sarkozy a balayé cinquante ans de gaullisme, avec des discours simplistes et stigmatisants, c’est la porte ou- verte à la haine et au racisme. Même si tout ce qu’il fait est stratégique pour être élu, comment reconstruire un pays après ça ? », questionne Walid en s’em- portant. Alors que pour Medhi, étudiant en physique, se sera Sarkozy car « avec Hollande ce sera pire ». « On est pas une entité indivisible et uniforme, on essaie parfois de nous toucher avec certain sujet comme le vote des étrangers, nous sommes globalement pour, mais comme tous les Français, ce n’est pas notre principale préoccupation », ajoute Medhi.

Un vote « aligné sur les moyennes nationales »

Sur un vote qui serait traditionnellement à gauche chez les musulmans, Rachid Lamaarti, chargé de dialogue interculturel à la mosquée de Lille, nuance et donne ses explications. « Par le passé, on a pu constater un vote à gauche, mais aujourd’hui les fidèles commencent à se répartir et à s’ali- gner sur les moyennes nationales. C’est davantage un diagramme sociologique

que religieux. La gauche a fait l’erreur de penser qu’il s’agissait d’un électorat acquis. Aujourd’hui, il y a même une minorité es-

timée à 2 % qui vote Marine Le Pen. » Le fidèle, tout comme Yamina Sedjerari, re- présentante de l’association musulmane d’en- traide et de solidarité à Roubaix, dément l’ap- pel aux 600 mosquées de France d’aller voter François Hollande. « Il s’agit encore une fois d’une polémique inutile, on nous stigmatise pour racoler des voix. On vote pour nos idées comme tout

citoyen français », dit Yasmina. Pour Rachid Lamaarti, c’est « une intox ». Ce dernier souhaite voir tous les tampons sur les cartes électorales. « Il ne doit manquer aucune voix de la part des fi- dèles, ne pas voter c’est être défaillant au titre de l’éthique civique et religieuse. Mais un appel au vote pour un candidat, non. On encourage les jeunes à réflé- chir pour désigner un candidat le plus proche de leurs idées. » L’hebdomadaire Marianne affirmait que « c’est un réseau de quelques 700 mosquées qui devrait se mobiliser en faveur du candidat socialiste. » La polé- mique a ensuite enflé suite aux déclarations sur TF1 mercredi puis sur France Inter jeudi du président candidat. Il affirmait que Tariq Ramadan, intellectuel suisse controversé, s’était prononcé pour un vote en faveur de François Hollande. Ce que dément formellement l’intéressé. « Jamais de ma vie, je n’ai appelé à voter François Hollande. Je ne suis pas français, je n’ai pas donné de consigne de vote (…) J’ai simplement ap- pelé les citoyens français, de confession musulmane ou autre, à voter en conscience et à faire le bilan de la politique de Nicolas Sarkozy, qui est très mau- vais » déclarait-il à l’AFP. Vincent Geisser, chercheur au CNRS, dans une interview au Monde ex- pliquait qu’il n’existait aucun lien entre l’appartenance religieuse et le vote. « Sur le plan statistique, toutes les études sérieuses ont montré qu'il n'exis- tait pas d'électorat ou de vote musulman », déclarait-il au quotidien.

ONVOTE POUR NOS IDÉES COMME TOUT CITOYEN FRANÇAIS

ONVOTE POUR NOS IDÉES COMME TOUT CITOYEN FRANÇAIS Rachid Lamaarti contredit l’idée que les musulmans votent
Rachid Lamaarti contredit l’idée que les musulmans votent traditionnellement à gauche. © Zoé Leroy
Rachid Lamaarti contredit l’idée que les musulmans votent
traditionnellement à gauche.
© Zoé Leroy
Le minaret de la mosquée de Paris. © John Althouse Cohen/Flickr/CC
Le minaret de la mosquée de Paris.
© John Althouse Cohen/Flickr/CC

La Pression de mars

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Mercredi 10 mars 2010

H U M O U R

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© DR
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Gagnera bien qui rira le dernier
Gagnera bien qui rira le dernier

Les humoristes ont-ils une influence sur les électeurs ? En 1995, l’ascension de Jacques Chirac a été facilitée par sa marionnette des Guignols. Aujourd’hui la donne a changé.

Par Géraldine Ruiz

L ors de la campagne de 1995, les Guignols de l’Info l’avaient rendu sympathique et attachant. Le « Chi », alias Jacques Chirac, était présenté sous les traits d’un candi-

dat guévariste, répétant jusqu’à plus soif son slogan « Mangez des pommes ». Il se dit que dans son duel fratricide avec Edouard Balladur, sa marionnette lui aurait donné un sérieux coup de pouce pour arriver jusqu’à l’Elysée. « En 95, les Guignols de l’info jouaient un rôle considérable et exerçait une grande influence sur les téléspecta- teurs mais aussi dans toutes les rédactions », ana-

LES HUMORISTES SONT DEVENUS UNE FACETTE DU POUVOIR

» , ana- LES HUMORISTES SONT DEVENUS UNE FACETTE DU POUVOIR lyse Yves Derai, auteur de

lyse Yves Derai, auteur de l’ouvrage Le pou- voir des guignols publié en 1998. « Les auteurs [Benoit Delepine, Bruno Gaccio et Jean- François Halin] avaient choisi leur camp. Ils dé- testaient Balladur et donc soutenaient Chirac. Lui, qui était perçu comme un homme dur et cassant, le “bulldozer” devenait un type sympathique et mar- rant ». Yves Derai et Laurent Guez voient un lien entre le succès électoral de Jacques Chi- rac auprès des jeunes en 1995 et la popularité de l’émission satirique de Canal plus. Autre temps, autres mœurs, dix-sept ans plus

tard, les Guignols n’ont plus le même impact. « Aujourd’hui, de tels grands rendez-vous n’existent plus. Mise à part peut-être Canteloup sur Europe 1 le matin [3 124 000 auditeurs en 2012]. Mais il semble beaucoup moins politisé. Son but n’est pas militant mais de faire marrer les gens ». Pour Bertrand Thiriet, dessinateur de presse indépendant, les humoristes n’influencent pas le public, et particulièrement dans la presse écrite. « Des journalistes comme Plantu [le Monde] ou Charb [Charlie Hebdo] sont lus par ceux qui partagent déjà leurs points de vue. Un des- sin de presse est éphémère, on le regarde et dans l’heure d’après, on l’oublie. Un croquis politique au jour le jour ne change pas grand chose ».

« Dérision généralisée »

Aujourd’hui, caricatures et postiches fleuris- sent dans les médias. Inévitablement elles sont aussitôt reprises en boucle sur les réseaux sociaux. Cette prolifération de la vanne poli- tique n’est pas du goût de tout le monde. François L’Yvonnet, professeur de philoso- phie et éditeur aux éditions de l’Herne et chez Albin Michel, publie un pamphlet intitulé Homo comicus, ou l’intégrisme de la rigolade. Il s’insurge de la « dérision généralisée ». Dans une interview pour Le Monde, il déclare que « les humoristes sont devenues l’une des facettes du pou- voir. Leur positionnement relève à la fois de la sa- tire, de l’humour, du divertissement et de la chro- nique journalistique (…) Lorsqu’on y regarde de plus près, on s’aperçoit qu’ils ne nous apprennent rien ».

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Pistes de lecture, dessinées et politisées

QQuuaaii ddOOrrssaayy,, cchhrroonniiqquueess ddiipplloommaattiiqquueess,, ddee CChhrriissttoopphhee BBllaaiinn eett AAbbddeell LLaannzzaacc aauuxx ééddiittiioonnss DDaarrggaauudd SSééggoo,, FFrraannççooiiss,, ppaappaa eett mmooii,, ddOOlliivviieerr FFaauurree aauuxx ééddiittiioonnss HHaacchheettttee SSooiiggnnee ttaa ggaauucchhee,, ddee JJeeaann--YYvveess DDuuhhoooo ccoolllleeccttiioonn CCaarrrréémmeenntt !! aauuxx ééddiittiioonnss dduu sseeuuiill OObbjjeeccttiiff EEllyyssééee,, ddee GGuuyy BBiirreennbbaauumm eett SSaammuueell RRoobbeerrttss,, ccoolllleeccttiioonn CCaarrrréémmeenntt !! aauuxx ééddiittiioonnss dduu SSeeuuiill LLaa ffaaccee kkaarrcchhééee ddee SSaarrkkoozzyy,, ddee PPhhiilliippppee CCoohheenn,, RRiicchhaarrdd MMaallkkaa eett RRiissss,, ééddiittiioonnss FFaayyaarrdd

La Pression

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Samedi 28 avril 2012

H U M E U R

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H U M E U R Le rire en rase campagne La présidentielle de 2012 a
H U M E U R Le rire en rase campagne La présidentielle de 2012 a
H U M E U R Le rire en rase campagne La présidentielle de 2012 a

Le rire en rase campagne

La présidentielle de 2012 a été dure et pas franchement drôle. Même François Hollande, réputé pour son sens de la répartie, a bridé ses penchants comiques. Ca fait pas très sérieux l’humour en politique.

Par Géraldine Ruiz

S ous la Vème République, la plaisanterie est une arme à manier avec d’infinies pré- cautions. Et c’est pour faire mentir sa ré- putation de “Monsieur petites blagues”, que François Hollande a pris deux enga-

gements avant de se lancer dans la campagne pré- sidentielle : perdre du poids et cesser les bons mots. « On a tendance à considérer que ceux qui font

de l’humour manquent de sérieux. Il faut trouver le juste milieu », affirme Ber- trand Thiriet, dessinateur de presse indépendant. « L’esprit peut porter préjudice à celui qui

en fait trop comme à celui qui n’en fait pas assez. Mais si on met côte à côte Poutine et Obama, franchement on a plus de sympathie pour Obama. Etre drôle prouve que l’individu est assez à l’aise dans ses baskets pour oser plaisanter ». Le quinquennat sarkoziste n’aura pas franchement été marqué par la rigolade. Et même si le climat actuel ne prête pas forcément à rire, un soupçon d’humour en politique ne peut pas faire de mal juge le journaliste et écrivain Yves Derai. « Quand on voit Sarkozy qui ne crée aucune empathie, on peut

Quand on voit Sarkozy qui ne crée aucune empathie, on peut penser qu’après son quinquennat, les

penser qu’après son quinquennat, les gens peuvent ap- précier un peu d’humour et d’autodérision. Tous les grands présidents ont fait preuve d’esprit. Comme Mit-

terrand avec ses petites vannes au troisième degré. Der- nièrement, François Hollande lors d’un débat face à François Copé [UMP] a pris l’avantage après une ré- partie bien placée. Et ça, ce n’est pas négligeable ». L’humour n’est pas ce qui caractérise le plus la classe politique fran- çaise. Bertrand Thiriet,

dessinateur de presse, ne trouve pas nos élus drôles mais risibles. « Je ne dois pas partager leur sens de l’humour. On dé- crit souvent François Hol-

lande comme quelqu’un de drôle. Certes, il a de la répartie. Mais je ne pense pas qu’ils soient nombreux dans ce cas. Quand je vois certains politiques se réjouir de leurs blagues, j’ai sou- vent du mal à les comprendre. Ils sont déjà des carica- tures d’eux-mêmes et nous on rame comme des malheu- reux pour trouver un angle différent ». La profession des humoristes et des caricaturistes crient à la concurrence déloyale. « Je suis d’accord avec mon confrère Charb lorsqu’il soutient que « les hommes poli- tiques vont finir par nous foutre au chômage. »

LES HOMMES POLI- TIQUES VONT FINIR PAR NOUS FOUTRE AU CHÔMAGE

HOMMES POLI- TIQUES VONT FINIR PAR NOUS FOUTRE AU CHÔMAGE Top 5 du prix de l’humour

Top 5 du prix de l’humour politique

Prix créé en 1988 par le Club de l’humour politique et repris à partir de 2002 par le Press Club de France, il récompense l’humour des hommes et des femmes politiques sous toutes ses formes. « La Pression » a réalisé son classement du LOL N°1 : Nicolas Sarkozy : « Mourir, c’est pas facile ». Il y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes… N°2 : Nadine Morano fait un cours de sciences : « Je suis sarkozyste jusqu’au bout des globules ». Voilà une déclaration qui

n’est pas tombée sur l’orteil d’un sourd. N°3 : Valéry Giscard d’Estaing, sur le référendum pour la Constitution européenne en 2005 : « C’est une bonne idée d’avoir choisi le référendum, à condition que la réponse soit oui ». Il faut voter oui, c’est ton d’Estaing ! N°4 : Hervé de Charrette : « Ce n’est pas parce que nous sommes un parti charnière qu’il faut nous prendre pour des gonds ». Charrette ne voulait pas être la cinquième roue du carrosse. N°5 : Laurent Fabius tacle Ségolène Royal en 2006 : « Je préfère dire voici mon projet, que mon projet c’est Voici ». Pour les primaires, Fabius ne voulait pas que ce soit Elle. Nicolas Raffin

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Samedi 28 avril 2012

T H È M E D E C A M PA G N E

T H È M E

D E C A M PA G N E

T H È M E D E C A M PA G N E

Deux candidats, deux visions de l’Europe

La question de l’Europe prend de l’ampleur dans le débat de l’entre-deux tours. François Hollande et Nicolas Sarkozy évoquent plus clairement leurs visions de l’UE à l’approche du 6 mai.

Par Nicolas Richaud et Elena Fusco

L e combat d’idées Sarkozy/Hollande se poursuit au-delà des frontières de l’Hexagone. L’affrontement sur les solutions pour l’avenir de l’Europe ar- rive tard dans le débat. Pour François

Foret, spécialiste de la politique de l’Union eu- ropéenne, rien d’illogique: « L’Europe est un sujet mineur, ce n’est pas là dessus que se gagne la prési- dentielle française, qui s’apparente à une confronta- tion de personne à personne ». Un thème européen fort se dégage pour chaque candidat: l’immigration pour Nicolas Sarkozy, l’économie pour François Hollande. Pour ce professeur à l’université libre de Bruxelles, « François Hollande est parti avec un dis- cours plus eurosceptique pour finalement évoluer vers un discours en faveur d’une UE plus solidaire. Alors que Nicolas Sarkozy a fait la démarche opposée. »

« Une Europe passoire » selon Sarkozy

« Les Français ne veulent plus d’une Europe passoire. C’est ce que j’ai entendu. Si l’Europe ne peut pas dé- fendre ses frontières, la France le fera », a affirmé Nicolas Sarkozy au lendemain du premier tour. Mercredi, Claude Guéant a enfoncé le clou. Selon lui, les accords de Schengen doivent être révisés. Le ministre de l’Intérieur souhaite qu’il soit possible de « sanctionner, suspendre, ou exclure un État défaillant, c’est-à-dire un pays qui ne parvient pas à maîtriser son flux d’immigration».Tenant de la droite dure, Claude Guéant va même plus loin. Il proclame que la France sortira des accords de Schengen si « aucun progrès n’est fait dans les douze mois à venir ». Un coup électoral qui n’a pas été du goût des partenaires européens de la France. La révision des accords de Schengen est déjà

dans les tuyaux depuis plusieurs semaines. Fran- çois Foret ne cache pas son étonnement. « Je suis frappé par le discours de Nicolas Sarkozy. Il ne se rend pas compte de la politique et de la réalité juridique eu- ropéenne. Il remet en cause des choses qui ne tiennent pas la route. Un discours qui sert surtout à grappiller les votes des électeurs du Front national ».

Hollande : un keynésien isolé ?

Dans sa profession de foi publiée mercredi, François Hollande certifie vouloir « relever » une

France « abaissée ». Selon lui, l’Europe « n’est pas condamnée à la récession ». La solution? Une renégociation du pacte bud- gétaire élaboré par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel en décembre 2011 et qui doit être ratifié après la présidentielle française. Ce pacte est axé sur la rigueur. Le terme de “croissance” n’y ap- paraît pas une seule fois. François Hollande a précisé qu’il aurait une discussion « amicale et ferme » sur le sujet avec An- gela Merkel s’il est élu prési-

sur le sujet avec An- gela Merkel s’il est élu prési- Sachs et le candidat socialiste
sur le sujet avec An- gela Merkel s’il est élu prési- Sachs et le candidat socialiste
sur le sujet avec An- gela Merkel s’il est élu prési- Sachs et le candidat socialiste

Sachs et le candidat socialiste ne parlaient pas exactement de la même chose. Aux yeux de Draghi, l’Europe ne peut pas se contenter d’adopter des mesures d’austérité

pour sortir de la crise. La rigueur doit s’accom- pagner selon lui de mesures permettant égale- ment aux pays européens de renouer avec la croissance.

Mais il évoquait une relance de la l’activité par l’offre, ce qui se traduirait par des ré- formes structurelles, telles

que la dérèglementation du marché du travail, comme c’est déjà le cas en Espagne. Une potion libérale amère peu au goût du social-démocrate qu’est François Hollande. Ce dernier souhaite également élargir les préro- gatives de la Banque centrale européenne. Dans ses statuts, l’institution de Francfort a pour unique objectif la limitation de l’inflation. Le candidat PS souhaite y ajouter la croissance, sur le modèle de la réserve fédérale américaine (FED). Ses propositions ne s’arrêtent pas là. François Hollande souhaite créer des “eurobonds”. Ces obligations européennes permettraient de cen- traliser les sources de financement des États eu- ropéens avec un produit garanti par les 17 mem- bres de la zone euro. Les “mauvais élèves” bénéficieraient de la caution de pays à la répu- tation sûre comme l’Allemagne. Ces derniers paieraient eux plus cher leur refinancement. Ce qui déplait fortement de l’autre coté du Rhin, où cette réputation a été acquise aux forceps pen- dant que les États du sud de l’Europe laissaient courir leurs déficits. Une manière selon François Hollande de renouer avec la solidarité euro- péenne et d’en terminer avec le « chacun pour soi ». Keynésien dans l’âme et dans les lignes de son programme, le candidat PS défend également un budget européen au service de programmes de grands travaux. Une sorte de “New deal” ver- sion 2012 à la sauce européenne.

Le changement, c’est demain ?

Depuis des mois, les plans de rigueur se succè- dent en Europe. Mais les déficits continuent de se creuser et les dettes publiques d’augmenter. Dans le même temps, la croissance ne parvient pas à reprendre du poil de la bête. L’Espagne a adopté le 30 mars un énième plan d’austérité. Ce qui n’a pas empêché hier l’agence de nota- tion Standard&Poors d’abaisser la note du pays de “A” à “BBB”. Encore peu écouté, notam- ment par Angela Merkel, taulière de l’Europe, François Hollande a laissé entendre que le chan- gement, ça pourrait être demain. S’il est élu le 6 mai, il espère qu’en endossant le costume de président de la République, ses propositions se- ront entendues par les grands pays d’Europe.

dent de la République. À Berlin, on lui a répondu par un « nein » ferme : « Il n’y au- rait pas renégociation du pacte

budgétaire européen ». De belles disputes en perspec- tive pour le couple franco-allemand si la France vire au rose le 6 mai prochain. Sur cette question, le candidat socialiste a pensé pendant quelques heures avoir reçu le soutien involontaire du président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi. Lui aussi s’est déclaré favorable à la réforme du pacte bud- gétaire, ce qui apportait de l’eau au moulin “hol- landais”. Mais l’ancien banquier de Goldman

UNE DISCUSSION « AMICALE ET FERME »

Leur projet pour l’Europe Infographie Pierre Le Baud
Leur projet
pour l’Europe
Infographie Pierre Le Baud

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