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L'Etat et la société

www.dextra.fr Conférence donnée le 16-03-2012

Table des matières
1 2 Introduction Les lumières ou l'avènement de l'individualisme 1 2

2.1 L'inversion de la logique réaliste . . . . . . . . . 2.2 Un nouvel individu . . . . . . . . . . . . . . . . 2.3 Conséquences politiques . . . . . . . . . . . . . 2.3.1 Le libéralisme . . . . . . . . . . . . . . . 2.3.2 Des libertés formelles aux libertés réelles

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La technocratisation L'unidimensionalité

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4.1 Dans la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4.2 Dans la communication . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Comment sortir de ce système ?

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Introduction

Cette conférence est un condensé de quelques réexions sur la question du rapport de la société à l'État, et présente un diagnostique des présupposés qui gouvernent la société dans laquelle nous vivons et leur retombée sur l'État. La société est par dénition l'ensemble des relations entre les individus. Le rapport de la société à l'État nait de la nécessité de l'intervention d'un tiers pour accomplir les fonctions dont elle a besoin, et qu'elle ne peut exercer. L'État remplit donc ces fonctions tierces, que l'on appelle régaliennes, telles que l'exercice de la justice, la garantie de la sécurité et la battue de la monnaie. Cette dénition de l'État est réaliste. L'État dans ce cadre ne doit s'occuper que de ce que la société est inapte à accomplir, en articulant ces fonctions nécessaires. En considérant que les individus, les groupes d'individus, les familles et les corps intermédiaires susent pour remplir bon nombre de fonctions, la raison de l'État à cet égard relève d'une logique de subsidiarité. En ce sens la politique ne doit pas s'occuper de ce qui va de soi, à partir du moment où l'on reconnaît qu'il y a une nature humaine qui se caractérise par la notion de loi naturelle. Il y a une évidence rationnelle de cette loi. Le réalisme politique impose donc de rester dans le champ de l'État et de ne pas aller au-delà de ses frontières.

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sans enracinement complémentaire de l'individu. Ces quatre principes en soi ne sont pas illégitimes. Là où il y a les libertés en bas il y a besoin d'une autorité en haut. Cette approche réaliste du rapport de l'État à la société peut prendre corps dans des institutions telles que la monarchie par exemple. La souveraineté est une propriété de l'individu. En prônant qu'il appartient à l'individu le pouvoir de décréter toute chose.2 Un nouvel individu L'individu devient autonome et absolu. et de faire en sorte qu'il y ait une synergie qui fasse que le bien du tout s'accomplisse et que le bien de l'individu s'accomplisse dans le bien du tout. Nous pouvons d'ailleurs remarquer que le principe central de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 est l'individu. À partir du fait que l'on supprime ces deux fondements. De là l'inversion des Lumières transforme le pouvoir en un attribut de l'individu. 2. Mais il n'y a pas besoin de faire faire là où les choses se font d'elles-mêmes.L'Etat et la société dans un texte intitulé Des Lois insiste sur ce point lorsqu'il dit que c'est de la tyrannie que d'excéder le domaine des lois. Ceci est la thèse principale de notre propos. En eet le pouvoir est par dénition la capacité à faire faire. L'individu vient ainsi de nulle part et n'est pas enraciné : il est absolument souverain. à travers quatre grands principes :  Liberté  Propriété  Sécurité  Résistance à l'oppression. où l'on a une délimitation claire du politique avec ces deux fondements. 2. Cicéron 2 Les lumières ou l'avènement de l'individualisme La pensée des Lumières supprime ces deux fondements du réalisme politique. le domaine de la politique s'élargit considérablement. Il y a donc une délimitation du politique à partir de deux critères :  L'idée du subsidiarité de la société. 1. fondement de tout et sans relation. Les trois derniers termes commentent le premier. et a pour mission d'orienter vers le bien commun. Le tyran est celui qui va instaurer des lois qui n'ont aucun rapport avec l'ordre du réel. Au sens institutionnel 2 . Cela n'apporte pas encore l'ination du politique que nous rencontrons actuellement. et il n'y a pas besoin d'inverser cette verticalité. Or ces deux fondements sont comme gommés voire même supprimés par la pensée des Lumières et par ce qui en découle. mais nous avons aaire à leur absolutisation. il arrive l'eet induit que le politique prend de plus en plus de place : il y a une  ination du politique 1 proportionnelle à la négation de l'ordre des choses.1 L'inversion de la logique réaliste Les Lumières reposent sur une inversion de la logique réaliste. et paradoxalement réduit les libertés puisque l'État se met à tout régenter. et le lie à la souveraineté de ce dernier. mais ces principes portent déjà en eux l'annonce de ce qui va arriver plus tard.  L'idée de loi naturelle.

3 Conséquences politiques Ceci pose dès lors des problèmes au politique :  Garantir la coexistence des individus  Permettre à chacun d'exprimer sa souveraineté totale.L'Etat et la société 2. Compte-tenu du statut de l'individu. Il s'ensuit une croissance des eets pervers de cette logique.  Ce pouvoir est minimal. 3 La technocratisation Saint-Simon. Pourquoi est-ce insusant ? 2. Il faut donc des libertés réelles que l'Etat doit se charger de réaliser. sous l'égide de l'État maternant. puisqu'il n'est pas prestataire de services.3. Cela se concrétise par exemple par la mise en place des Ateliers Nationaux en 1848 : l'État fournit le travail. tout en laissant un champ de libertés considérable. En conséquence il n'y a rien qui soit donné objectivement. Tout va devenir alors technique et scientique : la politique devient 3 . Foucault remarque qu'après cette période. c'est-à-dire que le politique est au service de l'individu. Cependant dans cette logique cela ne sut pas et ne peut sur : les individus par leur statuts d'absolus. Avec cette logique on passe du plan de la liberté et de l'égalité formelle à la liberté et à la l'égalité réelle. C'est ce qu'on retrouve dans la formule de Max Weber :  L'État a le monopole de la violence physique légitime. il n'y a alors aucune raison de refuser quoi que ce soit à quiconque. Il s'ensuit que tout va être appréhendé en terme de droits. en changeant de politique et en passant du  droit de  au  droit à  qui est la garantie de la réalité. Ce paradoxe peut conduire à deux logiques :  La logique libérale : on met la limite à tous an qu'au sein de cette limite chacun puisse déployer son indépendance. qui n'est pas pour lui péjoratif. puisque l'État va devoir sans cesse corriger les disparités et les inégalités concrètes. ce qu'il appelle des libertés formelles. d'autonomes et d'égaux vont réclamer du politique la garantie d'assurer la garantie de ce statut.3.  La logique contractualiste : la société elle-même est le produit de l'accord des individus. à l'origine du saint-simonisme dans son ouvrage Le nouveau christianisme développe l'idée selon laquelle l'homme n'a plus besoin de Sauveur et va se sauver lui-même grâce à la science et la technique. On en arrive facilement à la discrimination positive. C'est ce que remarque Michel Foucault : jusqu'au tournant des Lumières le pouvoir est symbolisé par le glaive. ce qui montre que le propre du pouvoir est d'arrêter l'ennemi intérieur et extérieur. régalien et assignable. omniprésent. Cela implique une neutralié de l'État vis à vis de ce que les individus font de leur liberté. dont la version minimale est le libéralisme. son indépendance radicale. Le  droit de  est la garantie de la possibilité. absolu et égal à chacun de ses semblables. Il invente le mot  technocratique  . l'État prend en charge la vie. considéré comme autonome.1 Le libéralisme Le libéralisme donne des  droits de . Mais dans tous les cas le politique est au service de l'individu. ce qui est diérent du  droit à . 2. Par exemple le droit de circuler consiste à empêcher les individus de barrer la route aux autres.2 Des libertés formelles aux libertés réelles Selon Marx ces  droits de  sont purement abstraits.

an qu'elle devienne moi-même. de repos possible. donc hostile : tout se doit d'être transparent. qui voyant bon nombre de personnes dans la rue suite à sa réforme sur les retraites nit par dire que c'est de sa faute. Le sacré se trouve vidé de sa substance par la logique de l'accessibilité de tous à tout. Cette gestion de la vie implique une gestion de la mort. À cela s'ajoute une banalisation de tout. se fait le centre de tout. qui n'a d'ailleurs également pas droit de cîté. assurant de plus en plus une gestion de la vie rationalisée. donc moyen de pouvoir. Cela est aussi en parfaite cohésion avec l'idée de démocratie selon laquelle tout est accessible à tous. la consommation suit une logique d'abolition de l'altérité pour assimiler la chose.Cela promet une nouvelle ère ou tout sera de plus en plus technocratisé. que rien n'empêche d'exiger l'euthanasie et l'avortement par exemple. que quelque chose soit secret. or la société devient spectacle mais 4 . 4 4. puisque le sacré est par dénition le Tout-autre. ce qui ne peut être touché. Tout devient donc possible. de santé publique . puisque l'on pense que tout se règle par la communication. il n'y a plus de retrait.2 Dans la communication Autre foyer convergent : la logique de communication : il n'y a aucune raison que quelque chose soit caché. Le paradoxe de la société du spectacle est qu'il n'y a plus de spectacle . assimilé. Conséquence : on retrouve là l'uni-dimensionalité. c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'au-delà du communicable. Cet individu ingurgite. En eet. et ce qui n'est pas digeste est diabolisé.L'Etat et la société une question de redistributions. ce qui les amènera à en redemander encore et toujours.1 L'unidimensionalité Dans la consommation Tout cela converge très bien avec une société de marché et de consommation. Tout cela est très bien décrit dans un ouvrage intitulé L'homme unidimensionnel par Herbert Marcuse : la société de consommation n'admet aucune altérité. Le Tout-communicable suppose qu'il ne peut pas y avoir des réalités qui résiste à la communication. Ce paradoxe s'explique très bien par le fait que le pouvoir est partout : il dépend d'individus revendicants. demande. Cela a une grande retombée sur le sacré. Cela est contraire à la logique de l'individu évoquée précédemment. 4. Étant donné que rien ne peut être caché. On a aaire à ce que montre Guy Debord : à savoir que ce sont les messages qui deviennent la société. consommé. qu'il a mal communiqué. Ce qui est caché devient même suspect car rétention d'informations. Cette gestion de la vie est subordonée aux désirs de l'individu. Nous sommes dans une société de communication. Une autre logique de résistance à la consommation que celle du sacré est celle de la contemplation. . Cela produira l'ination du pouvoir maternant de l'État. La communication devient elle-même une idéologie : ce qui n'est pas communicable est diabolisé. . en eet le spectacle suppose un regard. d'aménagement du territoire. à partir du moment où tout s'équivaut. Cette logique est parfaitement cohérente avec le statut de l'individu évoqué précédemment. et que s'il s'y était mieux pris les gens auraient compris. parce que personne ne doit cacher ses revendications et que l'État est là pour les réaliser. Cela conrme ce dont nous parlions précédemment : il n'y a plus de choc possible des contraires. On en a un exemple avec Juppé en 1995. garantissant ainsi une capacité de l'État à satisfaire de plus en plus les individus. Michel Foucault montre qu'au moment de la suppression de la peine de mort on a un État qui n'a jamais autant tué. qui soit soluble dans la communication.

Il faut donc résister. La liberté a progressivement disparu à partir d'un discours ultra-libéral et ultra-libertaire. L'image n'est plus un signe d'un au-delà : l'image devient la chose. L'individu devient atomisé et en appelle à l'État pour s'occuper de tout. d'où le piège. comme renvoyant à autre chose.L'Etat et la société sans spectateur. . 5 . . Nous sommes ainsi envahis de messages qui n'apparaissent plus comme tel. 5 Comment sortir de ce système ? En bonne logique la manière d'en nir est de tout détruire : l'ultra-violence. Par conséquent un discours allant à l'encontre des messages devenus société est ipso facto diabolisé. C'est en n de compte la plus grande liberté dans la plus grande totalisation totalitaire. qui de ce fait s'avère aller dans le sens du système. Il va de soi que la démocratie apparaît alors comme le paradis sur Terre. La société contraint à choisir ce mode d'opération. On a en plus de cela une logique ultra-libérale : tout devient possible et tout nira par être remboursé par la sécurié sociale. ce qui laisse de l'espoir. l'État s'occupe de tout. éclairer son entourage et s'enraciner dans le réel. La vraie solution réside dans tout ce qui est  de terrain  : c'est à partir de la réalité concrète que l'on peut invertir la logique du système et agir. L'être humain est complexe et ne correspond pas à une logique systématique. C'est une totale transparence. Cette société de communication est donc nalement à l'opposé de la communication et du débat public. C'est ce que Tocqueville décrivait avec beaucoup de lucidité dans ce qu'il appelait  le nouveau despotisme  : vous n'avez qu'à jouir.