Vous êtes sur la page 1sur 9

Dossier n° 2

La notion de société

Points sensibles

Les éléments constitutifs du contrat de société

La société et les autres groupements de droit privé

Les différentes personnes morales

La société : institution, contrat ?

La liberté contractuelle en droit des sociétés

Documents

Document n° 1 : Les rédactions de l'article 1832 du Code civil depuis 1804.

Document n° 2 : Le but de la société comparé aux buts respectifs des autres groupements du droit privé (art. 1 er , loi du 1 er juillet 1901 ; art. L. 251-1, c. com. ; art. 1 er , loi du 10 sept. 1947).

Document n° 3 : Cass. Ch. réunies, 11 mars 1914, « Caisse rurale de Manigod ».

Document n° 4 : Cass. soc., 8 juillet 1992 - ADMR (premier moyen).

Commentaire d’arrêt

Commentaire du document 4.

Lectures conseillées

- C. Lapeyre, « La nature de la société depuis la loi sur les nouvelles régulations économiques », BMIS

2004, § 2, p. 21.

- Jean-Pierre Bertrel, « La société, contrat ou institution ? », Diplôme (revue des étudiants en droit), févr. 1998, n° 22, p. 14.

- Les groupements, Travaux de l'Association Henri Capitant, tome 45, 1994.

- J. Paillusseau, « La modernisation du droit des sociétés commerciales "une reconception du droit des sociétés" » : D. 1996, p.288.

- P. Didier, « Le consentement avec l’échange : le contrat de société », RJ com ., novembre 1995, n° spécial, L’échange des consentements, p. 75

- P. Didier, « Brèves notes sur le contrat-organisation » in Mélanges en l’honneur de François Terré, Dalloz, 1999, p. 635.

- Y. Guyon, Droit des affaires, tome 1, 12 e éd., n° 96.

Questions

Les rapprochements et divergences entre société et fiducie. Quelques point de comparaison :

- Qu’est ce que la fiducie ? Sa définition a-t-elle des points communs avec celle de la société ?

- Quelles sont les formalités et modalités de constitution de la fiducie?

- Quelles sont les éléments caractéristiques de la fiducie ? Retrouve-t-on les mêmes que pour la société ?

- Quelle est la durée de la fiducie ?

- Quelles sont les fonctions de la fiducie ?

- Qu’en est-il des intervenants à l’opération fiduciaire ? Les pouvoirs et responsabilité du fiduciaire à l’égard du constituant ? et à l’égard des tiers ?

- Le "patrimoine" fiduciaire ressemble-t-il au patrimoine social?

- Quelles sont les modalités d’action des créanciers du constituant sur les biens fiduciés ? et des

créanciers du fiduciaire ? Retrouve-t-on des éléments de la distinction entre créanciers de la société et créanciers des associés ?

- Les causes d’extinction de la fiducie sont-elles les mêmes que les causes de dissolution d'une société ?

Principaux textes :

Loi n° 2007-211 du 19 février 2007 instituant la fiducie ; Loi n° 2008-776 du 4 août 2008 de modernisation de l’économie ; Ordonnance n° 2009-112 du 30 janvier 2009 portant diverses mesures relatives à la fiducie. Code civil : articles 2011 à 2030 ; 445 ; 468 ; 2372-1 à 2372-4 ; 2488-1 à 2488-3. Code de commerce : articles L. 233-10 ; L. 622-13 ; L. 626-30 ; L. 632-1 ; L. 641-11-1…

A.

De Bissy, « Aspects fiscaux de la fiducie, loi du 19 février 2007 », JCP E 2007, 1516.

M.

Cozian, A. Viandier, F. Deboissy, Droit des sociétés, Litec, coll. Manuels, 20 e édition, p. 36.

R.

Dammann et G. Podeur, « Fiducie et sauvegarde : deux réformes complémentaires », BMIS, n°2,

février 2008, p. 88.

A. Prum, « L’arrivée annoncée de la fiducie », RDBF, janv-févr. 2007, p.1.

Extrait du Code civil : Titre XIV : De la fiducie.

Article 2011

La fiducie est l'opération par laquelle un ou plusieurs constituants transfèrent des biens, des droits ou des sûretés, ou un ensemble de biens, de droits ou de sûretés, présents ou futurs, à un ou plusieurs fiduciaires qui, les tenant séparés de leur patrimoine propre, agissent dans un but déterminé au profit d'un ou plusieurs bénéficiaires.

Article 2012

La fiducie est établie par la loi ou par contrat. Elle doit être expresse. Si les biens, droits ou sûretés transférés dans le patrimoine fiduciaire dépendent de la communauté existant entre les époux ou d'une indivision, le contrat de fiducie est établi par acte notarié à peine de nullité.

Article 2013

Le contrat de fiducie est nul s'il procède d'une intention libérale au profit du bénéficiaire. Cette nullité est d'ordre public.

Article 2015

Seuls peuvent avoir la qualité de fiduciaires les établissements de crédit mentionnés à l'article L. 511-1 du code monétaire et financier, les institutions et services énumérés à l'article L. 518-1 du même code, les entreprises d'investissement mentionnées à l'articleL. 531-4 du même code ainsi que les entreprises d'assurance régies par l'article L. 310-1 du code des assurances. Les membres de la profession d'avocat peuvent également avoir la qualité de fiduciaire.

Article 2016

Le constituant ou le fiduciaire peut être le bénéficiaire ou l'un des bénéficiaires du contrat de fiducie.

Article 2017

Sauf stipulation contraire du contrat de fiducie, le constituant peut, à tout moment, désigner un tiers chargé de s'assurer de la préservation de ses intérêts dans le cadre de l'exécution du contrat et qui peut disposer des pouvoirs que la loi accorde au constituant. Lorsque le constituant est une personne physique, il ne peut renoncer à cette faculté.

Article 2018

Le contrat de fiducie détermine, à peine de nullité :

1° Les biens, droits ou sûretés transférés. S'ils sont futurs, ils doivent être déterminables ; 2° La durée du transfert, qui ne peut excéder quatre-vingt-dix-neuf ans à compter de la signature du contrat ; 3° L'identité du ou des constituants ; 4° L'identité du ou des fiduciaires ; 5° L'identité du ou des bénéficiaires ou, à défaut, les règles permettant leur désignation ; 6° La mission du ou des fiduciaires et l'étendue de leurs pouvoirs d'administration et de disposition.

Article 2018-1

Lorsque le contrat de fiducie prévoit que le constituant conserve l'usage ou la jouissance d'un fonds de commerce ou d'un immeuble à usage professionnel transféré dans le patrimoine fiduciaire, la convention conclue à cette fin n'est pas soumise aux chapitres IV et V du titre IV du livre Ier du code de commerce, sauf stipulation contraire.

Article 2018-2

La cession de créances réalisée dans le cadre d'une fiducie est opposable aux tiers à la date du contrat de fiducie ou de l'avenant qui la constate. Elle ne devient opposable au débiteur de la créance cédée que par la notification qui lui en est faite par le cédant ou le fiduciaire.

Article 2019

A peine de nullité, le contrat de fiducie et ses avenants sont enregistrés dans le délai d'un mois à

compter de leur date au service des impôts du siège du fiduciaire ou au service des impôts des non- résidents si le fiduciaire n'est pas domicilié en France. Lorsqu'ils portent sur des immeubles ou des droits réels immobiliers, ils sont, sous la même sanction, publiés dans les conditions prévues aux articles 647 et 657 du code général des impôts.

La transmission des droits résultant du contrat de fiducie et, si le bénéficiaire n'est pas désigné dans

le contrat de fiducie, sa désignation ultérieure doivent, à peine de nullité, donner lieu à un acte écrit

enregistré dans les mêmes conditions.

Article 2020

Un registre national des fiducies est constitué selon des modalités précisées par décret en Conseil d'Etat.

Article 2021

Lorsque le fiduciaire agit pour le compte de la fiducie, il doit en faire expressément mention. De même, lorsque le patrimoine fiduciaire comprend des biens ou des droits dont la mutation est soumise à publicité, celle-ci doit mentionner le nom du fiduciaire ès qualités.

Article 2022

Le contrat de fiducie définit les conditions dans lesquelles le fiduciaire rend compte de sa mission au constituant. Toutefois, lorsque pendant l'exécution du contrat le constituant fait l'objet d'une mesure de tutelle, le fiduciaire rend compte de sa mission au tuteur à la demande de ce dernier au moins une fois par an, sans préjudice de la périodicité fixée par le contrat. Lorsque pendant l'exécution du contrat le constituant fait l'objet d'une mesure de curatelle, le fiduciaire rend compte de sa mission, dans les mêmes conditions, au constituant et à son curateur. Le fiduciaire rend compte de sa mission au bénéficiaire et au tiers désigné en application de l'article 2017, à leur demande, selon la périodicité fixée par le contrat.

Article 2023

Dans ses rapports avec les tiers, le fiduciaire est réputé disposer des pouvoirs les plus étendus sur le patrimoine fiduciaire, à moins qu'il ne soit démontré que les tiers avaient connaissance de la limitation de ses pouvoirs.

Article 2024

L'ouverture d'une procédure de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire

au profit du fiduciaire n'affecte pas le patrimoine fiduciaire.

Article 2025

Sans préjudice des droits des créanciers du constituant titulaires d'un droit de suite attaché à une sûreté publiée antérieurement au contrat de fiducie et hors les cas de fraude aux droits des créanciers du constituant, le patrimoine fiduciaire ne peut être saisi que par les titulaires de créances nées de la conservation ou de la gestion de ce patrimoine. En cas d'insuffisance du patrimoine fiduciaire, le patrimoine du constituant constitue le gage commun de ces créanciers, sauf stipulation contraire du contrat de fiducie mettant tout ou partie du passif à la charge du fiduciaire. Le contrat de fiducie peut également limiter l'obligation au passif fiduciaire au seul patrimoine fiduciaire. Une telle clause n'est opposable qu'aux créanciers qui l'ont expressément acceptée.

Article 2026

Le fiduciaire est responsable, sur son patrimoine propre, des fautes qu'il commet dans l'exercice de sa mission.

Article 2027

En l'absence de stipulations contractuelles prévoyant les conditions de son remplacement, si le fiduciaire manque à ses devoirs ou met en péril les intérêts qui lui sont confiés ou encore s'il fait l'objet d'une procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire, le constituant, le bénéficiaire ou le tiers désigné en application de l'article 2017 peut demander en justice la nomination d'un fiduciaire provisoire ou solliciter le remplacement du fiduciaire. La décision judiciaire faisant droit à la demande emporte de plein droit dessaisissement du fiduciaire originaire et transfert du patrimoine fiduciaire en faveur de son remplaçant.

Article 2028

Le contrat de fiducie peut être révoqué par le constituant tant qu'il n'a pas été accepté par le bénéficiaire. Après acceptation par le bénéficiaire, le contrat ne peut être modifié ou révoqué qu'avec son accord ou par décision de justice.

Article 2029

Le contrat de fiducie prend fin par le décès du constituant personne physique, par la survenance du terme ou par la réalisation du but poursuivi quand celle-ci a lieu avant le terme. Lorsque la totalité des bénéficiaires renonce à la fiducie, il prend également fin de plein droit, sauf stipulations du contrat prévoyant les conditions dans lesquelles il se poursuit. Sous la même réserve, il prend fin lorsque le fiduciaire fait l'objet d'une liquidation judiciaire ou d'une dissolution ou disparaît par suite d'une cession ou d'une absorption et, s'il est avocat, en cas d'interdiction temporaire, de radiation ou d'omission du tableau.

Article 2030

Lorsque le contrat de fiducie prend fin en l'absence de bénéficiaire, les droits, biens ou sûretés présents dans le patrimoine fiduciaire font de plein droit retour au constituant. Lorsqu'il prend fin par le décès du constituant, le patrimoine fiduciaire fait de plein droit retour à la succession.

D2, Document n° 1 : Les principales versions de l’article 1832 du Code civil depuis 1804

Version de 1804:

« La société est un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes conviennent de mettre quelque chose en commun dans la vue de partager le bénéfice qui pourra en résulter.»

Rédaction issue de la loi n° 78-9 du 4 janvier 1978:

« La société est un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes conviennent de mettre en commun

des biens ou leur industrie, en vue de partager les bénéfices ou de profiter de l’économie qui pourra en

résulter. Les associés s’engagent à contribuer aux pertes. »

Rédaction issue de la loi nº 85-697 du 11 juillet 1985:

« La société est instituée par deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrat d'affecter à une entreprise commune des biens ou leur industrie en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l'économie qui pourra en résulter.

Elle peut être instituée, dans les cas prévus par la loi, par l'acte de volonté d'une seule personne.

Les associés s'engagent à contribuer aux pertes. »

D2, Document n° 2 : Art. 1 er L. 1 er juil. 1901 ; art. L. 251-1

1947

Article 1 er , loi du 1 er juillet 1901

c. com. ; art. 1 er L. 10 sept.

« L'association est la convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun, d'une

façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices. Elle est régie, quant à sa validité, par les principes généraux du droit applicables aux contrats et

obligations. »

Article 1 er , loi du 10 septembre 1947

« Les coopératives sont des sociétés dont les objets essentiels sont :

1° De réduire, au bénéfice de leurs membres et par l'effort commun de ceux-ci, le prix de revient et, le cas échéant, le prix de vente de certains produits ou de certains services, en assumant les fonctions des entrepreneurs ou intermédiaires dont la rémunération grèverait ce prix de revient ;

2° D'améliorer la qualité marchande des produits fournis à leurs membres ou de ceux produits par ces derniers et livrés aux consommateurs.

3° Et plus généralement de contribuer à la satisfaction des besoins et à la promotion des activités économiques et sociales de leurs membres ainsi qu'à leur formation.

Les coopératives exercent leur action dans toutes les branches de l'activité humaine.»

Article L. 251-1 du Code de commerce

« Deux ou plusieurs personnes physiques ou morales peuvent constituer entre elles un groupement d'intérêt économique pour une durée déterminée.

Le but du groupement est de faciliter ou de développer l'activité économique de ses membres, d'améliorer ou d'accroître les résultats de cette activité. Il n'est pas de réaliser des bénéfices pour lui- même.

Son activité doit se rattacher à l'activité économique de ses membres et ne peut avoir qu'un caractère auxiliaire par rapport à celle-ci. »

D2, Document n° 3 : Cass. Ch. réunies, 11 mars 1914, « Caisse rurale de Manigod »

LA COUR. - Statuant, toutes chambres réunies, et vidant le renvoi qui lui a été fait par arrêt de la chambre civile du 29 avril 1913 ;

Sur le moyen unique du pourvoi :

Vu les articles 1832 du Code civil et 1er de la loi du 1er juillet 1901 ;

Attendu qu’aux termes de l’article 1832 du Code civil, la société est un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes conviennent de mettre quelque chose en commun dans la vue de partager le bénéfice qui pourra en résulter ;

Et que, suivant l’article 1er de la loi du 1er juillet 1901, l’association est la convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices ;

Attendu que l’expression “bénéfices” a le même sens dans les deux textes et s’entend d’un gain pécuniaire ou d’un gain matériel qui ajouterait à la fortune des associés ; que, dès lors, la différence qui distingue la société de l’association consiste en ce que la première comporte essentiellement, comme condition de son existence, la répartition entre associés des bénéfices faits en commun, tandis que la seconde l’exclut nécessairement ;

Attendu que la Caisse rurale de Manigod, société coopérative de crédit à capital variable, constitue non une société, mais une association ;

Attendu, en effet, que des qualités du jugement attaqué et de l’acte du 26 mars 1905, qui y est visé, il résulte que cette Caisse n’a été créée que pour procurer à ses adhérents le crédit qui leur est nécessaire pour leurs exploitations ; que les associés ne possèdent pas d’actions, ne font aucun versement et ne reçoivent pas de dividendes (article 14 des statuts) ; que la société emprunte soit à ses membres, soit à des étrangers, les capitaux strictement nécessaires à la réalisation des emprunts contractés par ses membres (art. 15) et qu’elle prête des capitaux à ces derniers à l’exclusion de tous autres, mais seulement en vue d’un usage déterminé et jugé utile par le conseil d’administration, qui est tenu d’en surveiller l’emploi (art. 16) ;

Attendu que cet ensemble de dispositions démontre que le seul avantage, ainsi assuré aux associés de la Caisse, consiste dans la faculté de lui emprunter des capitaux moyennant un taux d’intérêt aussi

réduit que possible ;

Attendu, il est vrai, que d’après l’article 21 des statuts :

”En cas de dissolution de la société, fondée d’ailleurs pour un temps illimité, la réserve qui compose le seul capital social et qui est constituée par l’accumulation de tous les bénéfices réalisés par la Caisse sur ses opérations, est employée à rembourser aux associés les intérêts payés par chacun d’eux, en commençant par les plus récents et en remontant jusqu’à épuisement complet de la réserve” ;

Mais attendu que cette distribution éventuelle des réserves qui pourraient exister au jour de la liquidation, ne présenterait pas les caractères légaux d’un partage de bénéfices au sens de l’article 1832 du Code civil, puisque, d’une part, elle ne serait pas nécessairement faite au profit de tous les adhérents et pourrait se trouver limitée à quelques uns, et que, d’autre part, elle aurait pour base, non la seule qualité des associés, mais la quotité et la date des prêts faits à chacun d’eux ;

Qu’elle constituerait, en réalité, le remboursement, suivant un mode particulier, défini par les statuts, d’une partie des sommes qui auraient été perçues exclusivement en vue d’assurer le fonctionnement de l’association et qui, en fait, auraient été supérieures à ses besoins ;

D’où il suit que le jugement attaqué a déclaré à tort que la Caisse rurale de Manigod étant une société et non une association, l’acte constitutif de cette société était assujetti au droit établi par l’article 68, par. 3, n° 4 de la loi du 22 frimaire an VII et l’article 1er de la loi du 28 février 1872 converti par l’article 19 de la loi du 28 avril 1893, en une taxe proportionnelle de 20 centimes pour 100 francs ;

Par ces motifs, CASSE et annule (…).

D2, Document n° 4 : Cass. soc., 8 juillet 1992 – ADMR (premier moyen )

LA COUR. - Attendu, selon les arrêts attaqués (Montpellier, 14 février 1991) que l'Association d'aide à domicile en milieu rural (ADMR) qui exerce son activité dans les communes de Port-Vendres et Collioures, a engagé en qualité d'infirmières Mme Buschiazzo le 1er février 1984, Mme Dufrène le 1er mai 1984 et Melle Julia le 1er juillet 1985 ; que leur contrat de travail comportait une clause de non concurrence par laquelle les salariées s'engageaient à ne pas s'installer à leur compte dans les limites géographiques de l'association ni dans une zone de 10 kms au delà de ces limites pendant cinq ans ; que les trois salariées ont démissionné par lettres du 12 juin 1989 ; que l'association les a attrait devant la juridiction prud'homale pour violation de la clause de non concurrence ;

Attendu que les anciennes salariées font grief aux arrêts d'avoir déclaré valables les clauses de non concurrence alors, selon les moyens, d'une part, que le droit au travail étant un droit reconnu tant par la Constitution française que par la Convention européenne des droits de l'homme, les clauses de non- concurrence sont par principe nulles sauf à l'employeur de démontrer leur utilité sous le contrôle du juge ; qu'en affirmant la validité de principe des clauses de non-concurrence et en refusant de contrôler l'utilité et la légitimité de ces clauses, la cour d'appel a violé l'article 6 du Code civil et les articles 6, 8, 11 et 14 de la Convention européenne des droits de l'homme ; alors, d'autre part, qu'une association caritative créée par des religieuses aux fins de porter secours et assistance à des personnes démunies ou âgées habitant en milieu rural, et dont l'action est entièrement désintéressée, ne peut prétendre exercer une activité à caractère commercial, ni disposer d'une "clientèle" dont elle pourrait légitimement craindre un risque de détournement ; qu'il s'ensuit que la clause de non-concurrence que cette association impose à ses anciens salariés tels que les infirmières, outre qu'elle est contraire à l'esprit même de cette association, est nécessairement dépourvue d'objet et porte dès lors, atteinte de façon illégitime à la liberté du travail ; qu'en déclarant qu'était valable la clause de non-concurrence figurant dans les contrats de travail des infirmières et leur interdisant pendant cinq ans toute activité

professionnelle dans le secteur géographique correspondant à la zone d'intervention de cette association, la cour d'appel a violé l'article 6 du Code civil ;

Mais attendu d'une part, qu'aucune disposition légale n'interdisant à une association qui a une activité économique de faire des bénéfices, dès lors, que ces bénéfices ne sont pas répartis entre les sociétaires, l'activité d'une entreprise exerçant sous forme associative peut être l'objet d'une concurrence ;

Attendu, d'autre part, que la cour d'appel a relevé que les clauses de non-concurrence, insérées dans le contrat de travail des salariées, protégeaient les intérêts certains et légitimes de l'employeur, étaient limitées dans le temps et dans l'espace, et qu'elles n'interdisaient pas aux salariées d'exercer une activité professionnelle conforme à leur formation ; Attendu qu'en l'état de ces constatations, la cour d'appel a pu déclarer valables ces clauses qui ne portaient pas atteinte à la liberté du travail ; que le moyen n'est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS : REJETTE les pourvois ; (…)