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LA FEMME DU PERVERS NARCISSIQUE

MEMOIRE REALISE EN 2009 PAR

SARAH CARRY

« Les gens n'ont sur vous aucun pouvoir, sauf celui que vous leur accordez.»

Sommaire

Introduction

I - Cadre théorique

1.

Qu’est-ce que le narcissisme ?

2.

Les processus en jeu dans la formation d’un couple

3.

Qu’est-ce que la personnalité perverse narcissique ?

a.

La personnalité narcissique

b.

La perversion narcissique versus la perversion sexuelle

c.

La perversion narcissique versus la psychopathie

4.

La femme du pervers narcissique

a. Tableau clinique de la femme du pervers narcissique

b. Lorsqu’elle vient consulter

c. Ya-t-il répétition d’un traumatisme antérieur ?

d. Le masochisme

e.

Le masochisme et la femme

f. Le masochisme et la femme du pervers narcissique

g.

Identification à la mère

5.

Problématique et hypothèses théoriques

a. Problématique

b. Hypothèses théoriques

II – Méthodologie de la recherche

1. Hypothèses opérationnelles

2. Méthodologie

III – Analyse des données

-

Le cas de Me. P.

-

Le cas de Me. I.

-

Le cas de Me. E.

-

Le cas de Me. F.

2.

Discussion des résultats

3.

Critiques, limites et perspective

Conclusion

Bibliographie

INTRODUCTION

S’il est vrai que le nombre de divorces n’a de cesse d’augmenter, J.-G. Lemaire dans son ouvrage Le couple : sa vie, sa mort (1979), nous révèle que les jeunes forment néanmoins couple « très tôt et de plus en plus tôt » p.291. Le couple d’aujourd’hui est préféré et devient le lieu d’un certain nombre d’exigences. Il doit être « objet de désir sur le plan affectif, l’amour passion, l’amour tendresse, l’amitié, la connivence intellectuelle, le partage du travail, l’éducation en commun des enfants » sans compter « l’obligation de la jouissance sexuelle » p.12-13. Tellement d’attentes lui sont demandées qu’il ne peut les satisfaire parfaitement et confronte les partenaires à un grand nombre de déceptions.

Que se passe-t-il à l’intérieur d’un couple, entre deux personnes dont l’une présente un fonctionnement pervers narcissique ? Sur quel(s) critères ces deux partenaires se sont-ils choisis pour former un couple ? Ce qui va nous interroger tout au long de cette étude, c’est la portée d’un lien extrêmement fort entre deux individus alors que leur relation est mortifère.

Le harcèlement et la « victimisation » sont des termes souvent entendus de nos jours. Sommes- nous face à un phénomène de mode ? (Guedj J.-P., 2007). En effet, depuis quelques années, nous entendons beaucoup les médias parler de la prise en charge des femmes victimes de violences conjugales. Selon l’Enquête Nationale sur les Violences faites aux Femmes, réalisée en France en 2000, 10% des femmes âgées entre 20 et 59 ans sont victimes de violences conjugales, sous différentes formes, de la part de leur partenaire actuel ou passé, mari, concubin ou « petit ami ».

Si l’on parle profusément de l’aide à apporter aux victimes d’actes répréhensibles, à partir de quand est-on dans la victimisation ? Autrement dit, jusqu’à quel point la société peut-elle aller pour secourir une personne victime d’abus sans dériver vers l’installation de cette personne dans le « statut de victime » l’empêchant ou retardant le processus de reconstruction ? Si la question se pose pour les femmes battues, la question reste également ouverte aux femmes vivant des violences plus cachées, car sans traces physiques, que sont les violences psychologiques, morales appelées également harcèlement moral. Parmi les dispensateurs de ces violences, nous pouvons trouver les personnes atteintes de perversion narcissique.

En conséquence, comment ces femmes ont-elles pu tomber amoureuses d’hommes qui se sont révélés être des pervers narcissiques ? Comment aider ces femmes qui souffrent des attaques incessantes de leur conjoint pervers narcissique ? Plus encore, comment se fait-il qu’elles restent aussi longtemps dans cette situation de souffrance ?

Cette recherche vise à mieux comprendre les raisons inconscientes qui ont amené une femme à épouser un pervers narcissique afin de cibler au mieux la prise en charge de ces femmes victimes des manœuvres perverses de leur conjoint.

Pour ce faire, nous proposons d’aborder ce thème par la définition du narcissisme, puis de présenter quelques processus normaux à l’œuvre dans la formation d’un couple. Enfin après avoir décrit ce qu’est une personne présentant une perversion narcissique, nous nous intéresserons à ce qui se passe dans le couple d’une telle personne, aussi bien du côté du pervers narcissique que du côté de la femme.

I - CADRE THEORIQUE

1. Qu’est-ce que le narcissisme ?

Le terme « narcissisme » a été créé en référence au Mythe de Narcisse. Parmi les différentes versions, N. Jeammet, F. Neau et R. Roussillon (2004) en dégagent un récit commun : un jeune homme nommé Narcisse, est si beau qu’il suscite la fascination autour de lui. Devant son indifférence et sa suffisance, les dieux le condamnent à ne jamais posséder l’objet de son amour. Plus tard, passant devant un cours d’eau, Narcisse tombe amoureux de son reflet. Ne pouvant atteindre l’objet de son amour, il meurt et se métamorphose en une fleur que l’on nomme « narcisse ».

Selon le dictionnaire de psychologie (Doron R. & Parot F., 1991), c’est Freud qui a développé le concept de narcissisme dans Pour introduire le narcissisme, en 1914. Bien qu’il en ait parlé différemment selon les textes et les circonstances, Freud reprend le terme « narcissisme », employé pour la première fois par Näcke et désignant alors « le comportement par lequel un individu traite son propre corps de la même manière qu’on traite d’ordinaire celui d’un objet sexuel ; il le contemple donc, le caresse, le cajole, en y trouvant un contentement sexuel, jusqu’à ce qu’il parvienne par ces pratiques à une pleine satisfaction » p. 217. Pour Freud, cela renvoie à de l’auto-érotisme.

Puis, après avoir ramener ce terme à l’homosexualité et à la névrose, Freud (1914) vient à penser que ce narcissisme est présent chez tout à chacun. Au départ, le bébé s’investirait lui-même (narcissisme primaire) avant d’aller investir un autre objet. Néanmoins, Freud affirme que cet investissement du moi se maintiendrait tout au long de la vie. A sa suite, J-M Quinodoz (2004) dans son ouvrage Lire Freud, explique que, lorsque le bébé sera capable d’aimer une personne différente de lui et pour ce qu’elle est, alors celui-ci sera apte à s’aimer soi-même « en retour comme il aime autrui : c’est ce retournement d’investissement sur soi que Freud appelle le narcissisme secondaire. » p.151. J-M Quinodoz précise par ailleurs, que « lors du développement normal, le narcissisme secondaire établit le fondement de l’estime de soi et coexiste avec l’amour objectal ». p.151.

Enfin, dans un troisième temps, Freud (1914) évoque le narcissisme dans la « vie amoureuse des êtres humains ». Il constate alors que l’on choisit ses objets sexuels à l’âge adulte en fonction des premiers choix d’objet, « avec lesquels on a vécu des expériences de satisfaction c'est-à- dire en premier lieu la mère ou son substitut » p.231. De fait, « les pulsions sexuelles s’étayent d’abord sur la satisfaction des pulsions du moi dont elles ne se rendent indépendantes que plus tard » p.231. On parlera alors d’un choix d’objet par « étayage ». À côté, on trouve des personnes « dont le développement libidinal a connu une perturbation » p.231, qui choisissent leur objet d’amour non pas sur le modèle de la mère mais sur leur propre personne (tels les pervers et les homosexuels selon Freud). Il s’agit ici d’un type de choix d’objet narcissique.

Somme toute, Freud conclut que « chaque être humain est amené à élire son choix d’Objet :

soit lui-même soit la femme qui lui donne ses soins » p.231. Il va plus loin et soutient l’idée que l’homme est caractérisé par un choix d’Objet par étayage (« la femme qui nourrit ou l’homme qui protège » p. 233) alors que la femme serait plus encline à un choix d’Objet narcissique (« on aime ce que l’on est soi-même, ce que l’on a été soi-même, ce que l’on voudrait être soi- même, la personne qui a été une partie de son propre soi » p. 233).

Par ailleurs, Freud constate que l’individu normal à l’âge adulte a mis de côté une partie du

narcissisme primaire avec ses idées de grandeurs (« désir de perfection narcissique » p.154) et ses caractéristiques psychiques mais qu’un reste subsiste en « une instance psychique particulière qui accomplisse la tâche de veiller à ce que soit assurée la satisfaction narcissique de l’idéal du moi, et qui, dans cette intention, observe sans cesse le moi actuel et la mesure à l’idéal » (J-M Quinodoz, 2004, pp. 154-155). A cette période, Freud (1914) utilise les termes de Moi Idéal et d’Idéal du Moi de façon indifférenciée afin d’exprimer sa pensée.

Aujourd’hui, nous considérons l’Idéal du Moi comme étant forgé par la morale venant d’abord de l’autorité et des exigences des parents, puis des autres intervenants dans l’éducation de l’enfant et enfin, de la société en général dans laquelle l’enfant vit. Lorsque ces acteurs posent un interdit, l’angoisse de celui-ci est de perdre leur amour. Il s’imagine alors qu’en collant à leurs désirs, il restera digne d’amour. A l’inverse le Moi Idéal serait les qualités que l’on doit avoir pour être en accord avec Soi-même (ses propres valeurs, ses désirs, ses aspirations…). Quand il y a un trop grand écart entre l’Idéal du Moi et le Moi Idéal, le sujet ressentira une forte angoisse face à une situation mettant en jeu les valeurs opposées de ces deux instances.

Reprenant le parallèle avec la vie amoureuse de l’être humain, Freud (1913-1914) y voit un lien entre le fait d’être aimé et l’estime de soi : « ne pas être aimé rabaisse le sentiment de soi, être aimé l’élève. Nous avons indiqué qu’être aimé constitue le but et la satisfaction dans le choix d’Objet narcissique. […] La dépendance par rapport à l’objet aimé a un effet d’abaissement ; celui qui est amoureux est humblement soumis. Celui qui aime, pour ainsi dire, a perdu une partie de son narcissisme, et il ne peut en obtenir le remplacement qu’en étant aimé. Sous tous ces rapports, le sentiment de soi semble rester en relation avec l’élément narcissique de la vie amoureuse. » p. 241.

En d’autres termes, la personne amoureuse se montre volontairement vulnérable devant l’objet aimé. Elle abaisse ses défenses afin que celui-ci puisse s’approcher et établir ainsi une relation amoureuse. Mais qui est la personne qu’elle laisse s’approcher ?

2. Les processus en jeu dans la formation d’un couple

A présent, nous allons nous pencher sur les différents mécanismes utilisés par deux personnes

pour constituer un couple.

J.-G. Lemaire dans son ouvrage Le couple : sa vie sa mort (1979) donne une définition du couple conjugal ainsi que ses fonctions psychiques chez le Sujet. Tout comme l’auteur, nous choisissons de nous concentrer sur le couple conjugal, dans notre réflexion, car il a pour principale caractéristique de manifester une capacité particulière « (à) supporter la souffrance et le conflit » p. 31 contrairement à la relation amoureuse passagère. Au reste, J.-G. Lemaire énumère deux autres particularités du couple conjugal au sens large : sa structuration « sur des bases affectives et un projet au moins implicite de longue durée (…) » p. 335.

Voici succinctement les différents processus à mis en œuvre dans la formation du couple. Dans la normalité, nous observons tout d’abord une attirance première globale au futur partenaire. En effet, dans les premiers temps de la relation amoureuse, on remarque une certaine idéalisation, surévaluation du partenaire et de la relation amoureuse ainsi qu’une confortation narcissique par le Sujet. Pendant cette phase de lune de miel, ce dernier a souvent recours au clivage, séparant l’Objet totalement bon de l’Objet totalement mauvais afin de maintenir l’aspect idyllique des premiers moments. De fait, cette relation n’est pas basée sur l’ambivalence.

Puis vient la phase précritique dans laquelle apparaissent les premiers éléments agressifs envers

le partenaire, s’ensuit la crise (moment de désillusion du partenaire et de la relation et

d’individualisation) qui amènera lors de sa résolution une nouvelle idéalisation du partenaire et une nouvelle réorganisation des relations au sein du couple. Celui-ci a atteint un nouvel équilibre meilleur que le précédent.

Le concept de contrat narcissique développé par P. Aulagnier (1975) donne une autre perspective

à la formation de la relation amoureuse. Faire une analogie avec la relation parent-enfant permet

de mettre en évidence le contrat narcissique. Il s’agit d’un accord signé à la naissance d’un enfant par les parents et l’enfant. Celui-ci naît pour assurer la continuité du couple dans cet auto- engendrement qui traverse la mort. En échange, le couple l’investira narcissiquement. À ce moment-là, l’enfant va réparer les blessures narcissiques des parents en répondant à leurs

besoins, leurs attentes, leur idéal familial.

Par la suite, lorsque advient un décalage entre les attentes des parents de leur bébé, et ce qu’est le bébé dans la réalité, le contrat narcissique se rompt. C’est la désillusion engendrant de la souffrance. Aussi bien dans les liens familiaux que dans les couples, ce contrat narcissique est à la base de l’alliance. Autrement dit, lors de la rencontre entre les deux partenaires, il y a eu une étape d’illusion dans laquelle l’autre répondait à son propre idéal et satisfaisait ses propres désirs. Plus que l’étayage, il serait davantage de l’ordre de la réparation narcissique. Puis, à un moment donné, se produit l’étape de la désillusion.

Cette alliance inconsciente présente un deuxième niveau : le pacte dénégatif (R. Kaës). Cela consiste à s’accorder pour ne pas parler de ce qui est désagréable et préexistant chez chacun des partenaires au moment de leur alliance. Cela peut être à la fois l’opposé du contrat narcissique et,

à la fois une défense mise en place contre l’arrivée de la désillusion. Pour maintenir le lien entre les conjoints, il s’agira de garder refoulé, irreprésenté ce qui tente de faire retour.

Lorsque les membres du couple ne se sont investis que sur les aspects narcissiques ou sur ce qui sert leur propre désir, ils vont se retrouver piégés, coincés à l’intérieur du système couple. Lorsque la désillusion se produit, on observe une prise de conscience d’une différenciation des partenaires. Si l’un d’entre eux a le désir de sortir de cet espace et d’aller s’investir ailleurs, ce qui a été refoulé lors de la mise en couple revient sur le devant de la scène. Si gérer ce qui refait surface amène une trop grande angoisse, alors la personne choisira l’issue la moins coûteuse psychiquement c'est-à- dire retrouver le statut antérieur dans cette relation, l’étape de l’illusion.

Sous le terme d’« échange des dissociations », Wynne (Lemaire J.-G., 1979) parle de ce même phénomène. Il dit que l’individu ne choisit pas son conjoint par hasard mais qu’il reconnaîtrait en lui des « caractéristiques personnelles qui lui semblent désagréables, redoutables, ou coupables » p.124, qu’il tentera de cacher à sa conscience. Selon Wynne, c’est grâce à la « dissociation » que le Sujet va pouvoir projeter et localiser ces aspects de lui déplaisants sur son partenaire mais de façon inconsciente.

« Le processus, étant réciproque, sous-tend l’organisation systémique. Ainsi le choix du partenaire peut être réalisé en fonction de ce besoin d’écarter un conflit intérieur, en éloignant du champ de la conscience un aspect de soi-même qu’on réprouverait si on le percevait, et qui engendrerait des sentiments de culpabilité » (J. G. Lemaire, 1979, p.124).

Par ailleurs, J. G. Lemaire (1979) précise que, déjà en dehors de la pathologie, lorsque l’on demande ce qui a réuni les deux personnes d’un couple, les réponses sont très évasives et tournées généralement autour des facteurs spatio-temporels ou du hasard. Comme si ce qui les avait profondément attiré l’un vers l’autre « était déjà l’objet d’une commune censure » p.43. En effet, ce choix réciproque et spontané, avant toute réflexion consciente « met en évidence l’intrication des défenses de chacun et leur collusion.

Donc, « ce qui crée la force de l’attraction mutuelle spécifique, c’est essentiellement la perception inconsciente d’une problématique commune, avec simultanément des manières complémentaires d’y réagir chez l’un et chez l’autre » p.142. De fait, « les caractéristiques recherchées chez le conjoint sont telles qu’elles ne doivent pas stimuler la pulsion insuffisamment réprimée, mais permettre par ailleurs un ensemble de satisfactions suffisant pour ne pas frustrer de façon à éviter le développement de la pulsion mal contrôlée et habituellement refoulée. Le retour de ce refoulé posera problème et introduira la crise. Il exigera une réorganisation des interactions et des défenses ». p. 338. « Ainsi s’organise entre eux un ensemble complexe dans lequel leurs « Moi » sont partiellement

identifiés, tandis que pour une autre part, la collusion leur sert à projeter chez l’autre, soit l’Objet persécuteur, soit l’Objet libidinal récusé, ce qui permet une véritable polarisation, et un fonctionnement facilitant la résolution ou l’évacuation des conflits intra personnels de chacun des Sujets ». p.341.

Enfin, J. G. Lemaire (1979) retrouve le concept de « collusion » chez J. Willi. Ce dernier soulignant que le conflit provoqué par la problématique, commune aux partenaires et refoulée, s’exprime différemment chez chacun d’entre eux. Il dit ainsi que : « Ce conflit fondamental favorisant la divergence des comportements, l’un prenant des caractères régressifs marqués, tandis que l’autre est conduit à une attitude apparemment beaucoup plus progressive » p.142. Lorsque le refoulé fait retour : « La collusion organisée à ce moment par l’intrication des mouvements défensifs inconscients de chaque intéressé renforce les efforts de chacun pour maintenir hors du champ de la conscience toute perception désagréable et pour maintenir le refoulé là où il avait pu l’être pendant la lune de miel » p.152. Les deux processus caractéristiques de cette phase sont le clivage et l’idéalisation dont le but est d’empêcher/lutter contre l’ambivalence à l’égard de son Objet.

A présent, au vu de toutes ces considérations, nous nous interrogerons sur la problématique

commune sur laquelle le couple, comprenant un homme pervers narcissique et une femme, s’est organisé. Nous poursuivrons notre réflexion en nous efforçant d’appréhender la personnalité du pervers narcissique et son fonctionnement psychique, à travers la littérature. Puis, nous nous intéresserons aux femmes qui les ont épousés.

3. La personnalité perverse narcissique

Tout au long de notre recherche, nous considérerons la perversion narcissique sous la définition qu’en fait M.-F. Hirigoyen (1998) comme « la mise en place sur une personnalité narcissique d’un fonctionnement pervers » p.152. Il serait donc intéressant de retourner au DSM-IV afin d’y voir la description d’une personnalité narcissique.

a. La personnalité narcissique

Selon le DSM-IV (Gueldfi J.D. et al., 1996), « la caractéristique essentielle de la personnalité narcissique est un mode général de grandiosité, de besoin d’être admiré et de manque d’empathie qui apparaît au début de l’âge adulte et sont présents dans des contextes divers ».

Plus spécifiquement, voici les critères diagnostiques du DSM-IV identifiant une personnalité narcissique :

(1)

et ses capacités, s’attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en

rapport).

« Le sujet a un sens grandiose de sa propre importance (p. ex surestime ses réalisations

(2)

d’amour idéal.

Est absorbé par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté ou

(3)

institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau.

Pense être « spécial » et unique et ne pouvoir être admis ou compris que par des

(4)

Besoin excessif d’être admiré.

(5)

Pense que tout lui est dû : s’attend sans raison à bénéficier d’un traitement particulièrement

favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits.

(6)

propres fins.

Exploite l’autre dans les relations interpersonnelles : utilise autrui pour parvenir à ses

(7)

besoins d’autrui.

Manque d’empathie : n’est pas disposé à reconnaître ou à partager les sentiments et les

(8)

Envie souvent les autres et croit que les autres l’envient.

(9)

Fait preuve d’attitudes et de comportements arrogants et hautains. » p.775

Bien que le DSM-IV ne précise pas le nombre de critères minimum requis pour poser le diagnostic de personnalité narcissique, nous conviendrons arbitrairement que 6 de ces signes devront être présents pour identifier le conjoint qualifié par la femme comme narcissique ou pas.

b. La perversion narcissique versus la perversion sexuelle

Distinction perversion et perversité

Dans Clinique des perversions écrit sous la direction de C. De Tychey (2007), on apprend que :

« le mot ‘perversion’ vient du latin pervertire, qui veut dire littéralement ‘retourner, renverser, mettre sans dessus dessous’ » (…) (Dictionnaire historique de la langue française, 1998) p. 10

Tout d’abord, nous devons souligner qu’en ce qui concerne « la psychanalyse, on ne parlera de perversion qu’en relation à la sexualité, Freud sortant la perversion de sa connotation morale » p.10. On peut lire dans Vocabulaire de la psychanalyse (Laplanche et Pontalis, 1967) que la perversion est une « déviation par rapport à l’acte sexuel « normal », défini comme coït visant à obtenir l’orgasme par pénétration génitale, avec une personne du sexe opposé ». p.11.

Ainsi, nous différencions deux formes de perversion : d’une part, « la perversion de caractère » ou « perversion morale ou encore perversité » caractérisée par « une forme de déviation majeure de la personnalité » p.11 sans pour autant qu’il y ait des troubles de la sexualité (la perversion narcissique pouvant être classée dans cette catégorie), et d’autre part, nous avons la perversion sexuelle désignée par une pratique sexuelle exclusive dont le sujet a besoin impérieusement pour atteindre la satisfaction, le partenaire étant considéré comme objet utile à ce but.

Dans La personnalité normale et pathologique de J. Bergeret (1996), on retrouve également la notion de « perversion de caractère » ou « caractère pervers ». Chez cet auteur, « la

« perversion » de caractère correspond (…) aux sujets atteints de perversité alors que la

perversion authentique, décrite à propos des structures intéresse les véritables « pervers », au sens habituel du terme » p. 280, c'est-à-dire au sens de « perversion sexuelle ». Pour le « pervers » de caractère, « les objets ne peuvent posséder d’individualité concurrentielle, d’intérêts propres, d’investissement dans des directions qui ne seraient pas centrés sur le sujet lui-même, possessif, intransigeant, exclusif dans ses exigences affectives : tout doit être pensé pour lui et pour lui seul. Les autres sont destinés obligatoirement à compléter le narcissisme défaillant du « pervers » caractériel au prix de leur propre narcissisme. (C’est

pourquoi,) le « pervers » de caractère tient ses objets dans une relation anaclitique (…) » p.

281.

La perversion narcissique

P. C. Racamier est le premier à utiliser le terme de pervers narcissique lorsqu’il travaille sur la psychose et plus particulièrement sur la schizophrénie. Dans Le génie des origines (1992), il les décrira comme « des noyauteurs, pour lesquels tout est bon pour attaquer le plaisir de penser et la créativité ; pour le pervers narcissique dominent le besoin, la capacité et le plaisir de se mettre à l’abri des conflits internes et en particulier du deuil en se faisant valoir au détriment d’un objet manipulé comme un ustensile et un faire-valoir » (Bouchoux, 2009, p.4).

Auparavant, « Freud a montré que « toute personne ayant passé le complexe d’Œdipe avait

un développement sain et que toute personne incapable de renoncer à ses désirs et de dépasser le Complexe devenait névrosée et que tout sujet n’ayant pas abordé le Complexe était psychotique. Freud nommait la schizophrénie, névrose narcissique » (Bouchoux, 2009, p.112). « A la suite, les recherches de P.C. Racamier laissent entrevoir certaines causes, comme l’incestualité, qui pourraient s’opposer au bon déroulement de l’Œdipe et qui expliqueraient l’entrée dans une troisième catégorie de structure : les personnalités limites où l’on trouve les perversion narcissiques » (ibid., p. 112-113).

De fait, le pervers narcissique n’a pas pu accéder à l’Œdipe. Incomplètement structuré, il aura de

grandes difficultés à faire face à l’interdit et à négocier ses pulsions. Par ailleurs, n’ayant pas réussi à intégrer une image unifiée de sa mère, le pervers narcissique a dû recourir au clivage afin d’intégrer la bonne mère et de rejeter et dénier la mauvaise mère pour rester en relation avec celle-

ci.

Conséquemment, n’ayant pas réussi à acquérir une bonne image de lui et différenciée des autres, il utilisera ce même mécanisme, envers sa victime, afin de lutter contre l’angoisse de ses objets internes. En effet, l’Autre est alors considéré comme son prolongement servant à se réunifier. Si ce dernier venait à partir, le pervers narcissique aurait l’impression de perdre une partie de lui, entraînant une intense angoisse d’abandon. En d’autres termes, « se vivant incomplet, il est sans cesse à la recherche d’une « prothèse phallique », c'est-à-dire d’un objet lui permettant de soutenir l’illusion de son pouvoir sur les choses et les événements » (ibid., p.49).

Présentement, nous allons appréhender la perversion narcissique selon trois points de vue :

topique, dynamique et économique. Cette description, sur laquelle nous appuierons notre recherche, n’est que le portrait-type de ce qu’est un pervers narcissique, donc ne tenant pas compte des caractéristiques individuelles de chacune de ces personnes.

Du point de vue Topique

Voici comment nous pouvons traduire la perversion narcissique aux vues de la 2 ème topique de Freud :

Le ça est l’instance pulsionnelle dirigée par le principe de plaisir. Il est totalement inconscient. Il ne se soumet ni à la loi ni à l’interdit. Cette instance pulsionnelle « est formée de nos désirs, de nos besoins, de nos émotions, de nos souvenirs refoulés et tend naturellement vers l’expression de ses énergies » (Bouchoux, 2009, p. 17). Chez le pervers narcissique, le ça est très opérant et prédominant sur les autres instances.

Le surmoi correspond aux valeurs morales comme nous l’avons vu précédemment. Il est pour l’essentiel inconscient. Il est composé des valeurs morales propres au sujet mais également aux valeurs idéales de ceux qui l’ont élevé. Cette instance impose au moi de « s’opposer à toute pulsion contraire à ses valeurs » p.18. Or comme le pervers narcissique n’a pas atteint l’Œdipe, le surmoi est peu efficient.

Le moi est à l’interface entre le ça, le surmoi et le monde extérieur. Il a donc pour objectif de composer entre les désirs du ça, les interdits du surmoi et les exigences du monde extérieur. Cette instance est dirigée par le principe de réalité et est donc en grande partie consciente. Chez le pervers narcissique, le moi est défaillant. C’est en effet ce que soutient Hirigoyen (1998) : « Tout commence et s’explique par le Narcisse vide, construction en reflet à la place de lui-même et rien à l’intérieur » p.154

En résumé, on observe chez le pervers de caractère, que nous assimilons au pervers narcissique, une « absence de souffrance et de culpabilité des sujets. Dans l’un et l’autre cas, il faut attribuer ces manques tant au peu d’efficacité du Surmoi qu’au faible pouvoir du Moi d’éviter que les pulsions ne passent dans les agis » (J. Bergeret, 1996, p.281). Somme toute, « Il ne s’agit que d’un essai de sauvetage du narcissisme personnel grâce aux apports du narcissisme des autres, ceci au sein d’un moi simplement lacunaire, relativement

incomplet » (ibid., p. 280).

Le point de vue dynamique

Lorsque l’on observe le pervers narcissique du point de vue dynamique, nous essayons de mettre en lumière les conflits entre les différentes forces (pulsions de vie, de mort, sexuelles et agressives…) à l’œuvre dans le sujet. Par exemple, quand deux désirs rentrent en opposition, cela créé un conflit interne et un état de tension. Toute personne a appris à gérer ses pulsions (désirs et dégoûts) soit en composant avec, soit en les reportant à plus tard.

Or ce n’est pas le cas pour le pervers narcissique qui, ne supportant pas l’état de conflit interne, l’expulsera et le localisera chez un autre afin de retrouver un état d’équilibre interne. Pour se faire il utilisera différents mécanismes de défense. Le clivage, la projection et l’identification projective lui permettront de projeter sa part indésirable sur l’autre pour ensuite le dévaloriser, le culpabiliser de cette défaillance et enfin se valoriser. Le déni viendra pour considérer le conflit, source d’angoisse insupportable, comme non avenu.

De ce fait, J. Defontaine (2003) écrit que la perversion narcissique pose « le problème de la prise en considération de la dimension interpsychique » p. 839. Le pervers narcissique ne conçoit pas l’autre comme une unité psychique différente de soi avec des désirs propres mais comme un objet à sa disposition. L’autre est un outil, un moyen pour évacuer sa souffrance. Il s’agit de ce fait de l’établissement d’une relation d’objet de type anaclitique (c'est-à-dire une relation qui s’étaye sur l’objet), sous-tendu par une angoisse d’abandon si son Objet venait à s’éloigner.

D’autre part, le pervers narcissique dans cette relation anaclitique, est un « être agissant ». Selon Ferenczi (…) le passage à l’acte serait lié : « à l’évitement de l’élaboration psychique des problèmes (la dépression, la douleur, le sentiment d’insuffisance) et à la tentative de lui substituer une solution magique (…), destinés à faire advenir une nouvelle réalité ». Cela traduisant son fonctionnement mental par un « vide de la pensée, peu ou pas de fantasmes, peu de rêves » et des scénarios agis (contre imaginés) (Defontaine J., 2003). La perversion narcissique dans sa logique de faire porter par l’autre son propre mal-être serait l’ultime moyen pour ne pas délirer et entrer dans la psychose.

Du point de vue économique

Il y aurait différentes énergies dans le corps humain qui se déplaceraient et seraient capables d’augmentation et de diminution. Elles peuvent prendre la forme de pensées, de désirs ou bien d’aversions.

Dans un premier temps, nous devons admettre que « l’objet-ustensile [en l’occurrence la femme du pervers narcissique] n’est pas seulement dévalorisé, mais aussi fortement investi » p. 937 (Korff-Sausse, 2003). Nous retrouvons cette notion d’ambivalence dans l’article de J.-P. Caillot (2003) lequel cite D. Meltzer (1972) exprimant que : « La destructivité est sous l’influence massive des sentiments et des attitudes d’envie à l’égard de la bonté, de la générosité, de la créativité, de l’harmonie et de la beauté des objets bons ». p. 821.

Autrement dit, le pervers narcissique choisit une proie en fonction des qualités qu’il admire et qu’il cherche à acquérir. Cette appétence est éclairée par les propos de Mélanie Klein affirmant que « l’envie est un fantasme ou un agir d’appropriation, de prédation du bon objet ou de l’objet idéal admiré et de destruction de celui-ci afin de supprimer l’envie insoutenable. Elle est un obstacle à l’établissement d’un bon objet partiel ». p.820 (J.-P. Caillot, 2003). Dans le même sens, J. Mynard (1983) écrit que « la perversité est défense contre la menace que représente l’être de l’autre et conséquemment un refus de lui accorder l’être ». p. 822.

De surcroît, dans leur article, M. Hurni et G. Stoll (2003), citent Pasche (1983) qui déclare que la :

« la perversité et la jouissance seraient dans le fait même de « détruire ou tout au moins de réduire, de rabaisser » p.890, l’objet.

J.-C. Bouchoux (2009) synthétise cela en ces termes : « par ses injonctions paradoxales, le pervers affaiblit le moi de sa victime qui ne sait plus où est la réalité. Alors disqualifications et projections permettront à l’agresseur de transférer ses propres conflits dans l’autre, évitant ainsi d’entrer en dépression. (…). Il y a érotisation des défenses perverses c'est-à- dire que le pervers éprouve du plaisir à la manipulation. L’autre est en pleine confusion, alors que l’agresseur sait très bien où il en est. Plus il le dévalorise, plus il se sent bien, plus il le « paradoxique », plus il se sent fort » p. 32. Pour lutter contre une mauvaise estime de soi, de lui-même, le pervers narcissique va utiliser le « narcissisme dérobé aux objets » (Freud, 1914). C’est le fait de rehausser sa valeur propre par les objets que l’on possède (ex : une belle voiture…).

La mise en acte de la perversion narcissique

J.-P. Guedj (2007) résume la stratégie de conquête des victimes du pervers narcissique en trois étapes. Tout d’abord, nous avons la phase de séduction durant laquelle il va se montrer séduisant, aimable. Puis vient le temps de la vampirisation au cours duquel, le pervers narcissique va les vider de leur substance vitale afin de se remplir lui-même dans une logique de survie. Enfin, la dernière étape consistera en l’assujettissement de sa victime dans laquelle « il les déstabilise, les brise, les domine ». p. 124

M.-F. Hirigoyen (1998) détaille davantage les manœuvres perverses et dit que le pervers narcissique va se moquer des convictions de celles-ci, de leurs choix politiques, de leurs goûts, ne pas leur adresser la parole, les ridiculiser en public, les dénigrer devant les autres, les priver de toute possibilité de s’exprimer, se gausser de leurs points faibles, faire des allusions désobligeantes et enfin mettre en doute leurs capacités de jugement et de décision.

J.-P. Racamier (1987) d’en conclure qu’« il n’y a rien à attendre de la fréquentation des pervers narcissiques, on peut seulement espérer s’en sortir indemne ». p. 933

S’il est possible qu’à certains moments dans notre vie, nous ayons également utilisé ces comportements, M.-F. Hirigoyen (1998) affirme que nous nous distinguons des personnes perverses dans le fait que ces comportements, attitudes ou sentiments n’ont été que passagers et ont été suivis de « remords ou de regrets » p. 149. A contrario, le pervers narcissique ne peut en aucun cas ressentir quelque chose se rapportant à de la culpabilité car il ne peut pas se remettre en cause du fait d’un surmoi déficient. Par ailleurs, c’est en s’appuyant sur les paroles de Racamier (1987) lorsqu’il dit que l’on ne rencontre que très rarement les pervers narcissiques dans notre bureau de psychologue et encore moins sur le divan du psychanalyste, qu’on a choisi de se concentrer particulièrement sur la femme du pervers narcissique, sa victime pour cette étude.

3. La perversion narcissique versus la psychopathie

Avant d’orienter notre réflexion sur la femme du pervers narcissique, nous allons distinguer deux termes. La psychopathie et la perversion narcissique sont deux entités souvent présentées ensemble car semblables dans une certaine mesure. Dans Le grand dictionnaire de la psychologie (1999), la psychopathie est définie comme « un trouble permanent de la personnalité (…) se caractérisant essentiellement par des conduites antisociales impulsives dont le sujet ne ressent pas habituellement de culpabilité. Pour la décrire, le DSM (1996) emploie le terme de personnalité antisociale » p.744. Le trait permettant de la différencier de la personnalité narcissique est la grandiosité. En effet, la personnalité narcissique a besoin de se sentir admirée et enviée par les autres mais ne présente pas de comportements impulsifs, agressifs contrairement à la personnalité anti-sociale.

P. Mazet et D. Houzel (1984) dans Psychiatrie de l’étudiant, soulignent le fait que ce qui est au cœur de la psychopathie est « la tendance à l’agir » c'est-à-dire « des troubles donnant lieu à des actes sans contrôle ni retenue perturbant l’intégration sociale » p.71. Dès lors, la différence essentielle est la non adaptation à la vie sociale. Tout le monde sait et voit qu’un psychopathe est quelqu’un de « préjudiciable » pour son entourage. Or, un pervers narcissique agit

insidieusement de telle sorte que les personnes de son cercle social ne se doutent pas de sa manœuvre perverse exercée sur ses proches (« ses victimes » !). M.-F. Hirigoyen (1998) parle d’« agressions subtiles » ne laissant aucune « trace tangible » p. 21, autrement dit visibles sur le corps.

4. La femme du pervers narcissique

A présent que nous avons fait le portrait type de la personne perverse narcissique, nous allons nous tourner vers la femme qui l’a épousé.

a. Tableau clinique de la femme du pervers narcissique

Dans son article, S. Korff-Sausse (2003) présente les grandes lignes du tableau clinique communes aux histoires des femmes de pervers narcissiques vues dans ses entretiens.

Dans un premier temps, l’auteur constate qu’elle vit avec un conjoint pervers narcissique depuis longtemps et ce qui a motivé une consultation est « une crise de couple où elle envisage de partir sans y parvenir » p. 926. Par la suite, l’auteur énonce les qualités que le pervers narcissique convoite chez ‘‘sa future victime’’. Ainsi, la première caractéristique qui va susciter son attention lors de leur rencontre c’est « qu’elle donne trop à voir ». À défaut d’avoir confiance en elle, elle « se sent obligée d’en rajouter, d’en faire trop, pour donner à tout prix une meilleure image d’elle-même ». p. 175 renvoyant à une fragilité narcissique.

La seconde caractéristique majeure est qu’il s’agit d’« une personne consciencieuse ayant une propension naturelle à se culpabiliser » p. 172. Cela révèle donc une certaine efficience du surmoi sur le moi de cette femme. Conséquemment, pour se démarquer de son agresseur, elle opte pour une logique de transparence en tentant de se justifier et entrant ainsi, dans le jeu du pervers narcissique permettant à ce dernier, de l’inonder d’un flot de paroles incohérentes.

D’autre part, la victime rechercherait des personnes à charisme imposant, autrement dit des personnes ayant une certaine solidité narcissique à l’instar d’elle-même. Elle chercherait chez son partenaire le moyen de se réassurer narcissiquement, ce que le pervers narcissique entretiendrait par sa façon de se présenter à elle.

Elle se caractérise également par leur « trop grande tolérance » p. 23 vis-à-vis du pervers narcissique. La croyance sous-jacente est que ‘‘si elle se montre plus soumise, il va changer et lui montrer qu’il l’aime’’. C’est de cette façon qu’elle pourra ainsi le guérir. Néanmoins, cela ne va de cesse d’alimenter la « haine et le sadisme du pervers narcissique ». p. 114

Enfin, nous notons que « le partenaire du pervers narcissique a une ‘capacité identificatoire’ à se laisser pénétrer par le message de l’autre » p. 16, comme nous le dit A. Eiguer (1989). C’est une forme primitive de l’identification qui est plutôt du registre de l’incorporation (Abraham & Torok, 1971) de l’autre, qui l’amène à reproduire son discours, adhérer à ses idées, et se voir elle- même conformément à l’image qu’il projette sur elle.

b. Lorsqu’elle vient consulter

La première chose remarquable est qu’elle se trouve dans un « état de passivité et d’anesthésie habituel » p. 927, c'est-à-dire que, face aux violences de son mari, elle ne proteste pas. Bien au contraire, elle se défend contre cette destructivité par un mécanisme d’annulation des faits passés. Cela résulte du fait qu’elle ne croit pas vraiment à son histoire et que ses perceptions et ses opinions sont incertaines. De fait, elle trouve toujours des excuses aux comportements de son mari, mais s’en attribue la responsabilité.

Par ailleurs, un type particulier de relation avec son compagnon peut être mis en évidence. Elle est possédée par son mari tel un objet. « Le silence de ces dernières, attestant de leur soumission imposée et acceptée ». p. 927 Cette relation se met en place par l’intermédiaire des modalités de communication et d’emprise du pervers narcissique. En effet, l’auteur y perçoit les

caractéristiques de la communication paradoxale. Un paradoxe étant un énoncé contenant deux ordres s’excluant l’un l’autre, dont la réponse est impossible et qui crée un état de tension interne.

Lorsqu’elle vient consulter, la femme présente une mauvaise image d’elle-même et une faible estime de soi induites et/ou renforcées par les comportements du pervers narcissique tels que la disqualification (déni des perceptions que le sujet a de ses perceptions, de ses pensées ou de ses désirs), le dénigrement et la dévalorisation.

Au reste, la capacité de cette femme à fonctionner est limitée. Son espace mental est envahi par « les discours interminables » p. 930 du mari, comportant des contresens, voire des non-sens. Elle ne pense plus par elle-même car elle est destituée de cette fonction psychique. Il parvient à lui faire perdre pied, à lâcher prise afin qu’elle se range à son avis. Elle finit par avoir un sentiment de dépersonnalisation « qui la conduit à une mort psychique ou plutôt à un anéantissement » p. 931. Elle devient la chose, « l’ustensile » du pervers (Racamier, p.931).

S. Korff-Sausse (2003) évoque par ailleurs, les problèmes posés par la psychothérapie, et en particulier la nature de la mobilisation contre-transférentielle. Elle précise que dans les thérapies avec des femmes de pervers narcissique « il est impossible d’aborder d’emblée le conflit intrapsychique avec la patiente, car celle-ci – « femme sous influence » - est complètement prise dans une relation interpsychique aliénante, dont il lui faut se dégager avant de pouvoir envisager un traitement plus classique d’élucidation des contenus inconscients. » p. 925

De même, dans la suite du travail thérapeutique, on devra prendre en compte le contre-transfert négatif à l’égard du mari de la patiente et faire attention que l’envie de l’analyste (qu’elle quitte son mari) ne devienne pas l’objectif prioritaire. Enfin, l’auteur finit son article en laissant en suspens une question sur laquelle nous nous appuierons : « Contre quoi la relation avec le pervers narcissique les protège ? » p.940. S. Korff-Sausse (2003) propose quelques pistes de réflexion (un effondrement dépressif, une décompensation psychique…) qu’elle ne développera pas.

En outre, il est à noter que la femme fait preuve d’une fidélité fanatique amenant S. Korff-Sausse à la considérer autant comme victime, complice que thérapeute. On constate effectivement que derrière toutes les formes de violence, elle s’obstine à voir la souffrance de son agresseur. Elle ne peut « renoncer à sacrifier sa vie pour le soigner » p. 938. Il lui est « impossible de renoncer à la passion réparatrice qui l’anime et qui, à travers le mari pervers narcissique, s’adresse à une figure maternelle folle, séductrice, tyrannique et destructrice » p. 938-939.

Pourtant, après un certain temps, la victime a conscience qu’elle souffre mais ne peut pas l’associer à de la « violence et une agression » (Hirigoyen, 1998, p.15). En effet, celle-ci a beaucoup de difficulté à reconnaître la perversité de son conjoint aussi bien au sens d’identification que dans l’acceptation. De fait, elle va alors s’efforcer de lui trouver des justifications.

Cette femme a beaucoup investi d’elle-même dans sa relation conjugale. Alors admettre que la personne en qui elle avait confiance et mis en elle des rêves, des espoirs, n’est en fait qu’un ‘‘bourreau’’ qui la détruit peu à peu, est extrêmement douloureux et coûteux psychiquement. Elle peut ainsi continuer à maintenir cette idée hors de la conscience pour garder à l’esprit l’espoir d’arriver à changer son conjoint et de reprendre le contrôle de leur relation. Cette situation peut s’étaler sur des années.

Pourtant, à un moment donné, la femme va se rendre compte de la perversité de son conjoint par l’intermédiaire d’un méta-regard, regard que porte un de ses proches sur elle dans la situation dans laquelle elle se trouve. L’auteur donne l’exemple du regard d’un parent sur son enfant, la femme du pervers narcissique, alitée à l’hôpital suite à l’agression physique du mari.

Il s’agit donc d’un méta-regard au sens de méta-communication de l’école de Palo Alto c'est-à- dire comme s’il ne suffit pas de percevoir les choses, il est également nécessaire que cela soit

identifié par un autre (le thérapeute) ayant valeur d’authentification de sa perception permettant ainsi l’évitement de la disqualification. S. Korff-Sausse mentionne les propos de Watzlawick et Bateson qui affirment « qu’aucun changement ne peut se faire de l’intérieur ; si un changement est possible, il ne peut se produire qu’en sortant du modèle ». Sans intervention externe s’instaure un « jeu sans fin », qui ne pourra se résoudre que par le recours à la violence, « la séparation, le suicide ou l’homicide » (Watlawick, 1967, p.929).

À partir du moment où elle prend conscience de ce qui se passe, elle a atteint « un point de non- retour » p.935. « Une fois qu’elle a pu intégrer ses projections et réduire les clivages, une fois que les émotions ont pu lui être restituées par l’analyste, à la faveur des mouvements de transfert et de contre-transfert, elle parvient à construire des frontières qui la protègent définitivement des manœuvres d’invasion et d’occupation du partenaire. Une fois ouverte la porte de sortie de sa position identificatoire masochiste, celle-ci ne se referme plus » p.935. Car « comprendre c’est lever le déni » p.939.

c. Y a-t-il répétition d’un traumatisme antérieur ?

S. Korff-Sausse (2003) asserte que « derrière le mari pervers narcissique, se cache bien sûr un autre persécuteur. Figure du passé, auteur d’autres violences, source de traumatismes antérieurs. C’est quand il réapparaît, que peut commencer le véritable travail psychothérapeutique. À partir du moment où le persécuteur caché est débusqué, l’asservissement au persécuteur actuel tombe, car elle retourne vers son objet originaire » […].

« Selon les cas, il peut s’agir tantôt d’un père tantôt de la mère, mais je dirais qu’il s’agit

d’une figure parentale archaïque indifférenciée, autant sadique que séductrice, qui associe à une figure paternelle totalitaire une image maternelle surmoïque ou idéalisée que la patiente intériorise et qui la terrifie de manière quasiment divine ? Cette figure divine convoque le fantasme de parents combinés, lié par une scène primitive meurtrière, dans laquelle l’enfant serait précipité, participant des violences dont à la fois il jouit et souffre, mais dont il ne peut pas s’extraire » p. 936. L’auteur indique là encore l’importance du méta- regard qui va donner à ses souvenirs une valeur de réalité.

En conséquence, « la violence perverse confronte la victime à sa faille, aux traumas oubliés de son enfance » (Hirigoyen, 1998, p. 167). Ceci nous laisse à penser que « la victime n’est pas en elle-même masochiste ou dépressive [mais que] les pervers ont utilisé la part dépressive ou masochiste qui est en elle ». p. 168. Néanmoins, ce que tient à préciser M.-F. Hirigoyen, c’est que « la victime, en tant que victime est innocente du crime pour lequel elle va payer » p165.

L’idée est que rien ne justifie la violence destructrice faite à son Etre par son mari pervers narcissique. Autrement dit, la seule critique que l’on puisse faire à la victime c’est de ne pas avoir été assez vigilante et réactive face aux messages véhéments de son mari à son égard. De même, l’auteur relève « qu’il est commun d’entendre dire que si une personne est devenue victime, c’est qu’elle y était prédisposée par sa faiblesse ou ses manques » p. 166. Mais existe-t-il réellement des prédispositions chez ces femmes, qui les condamneraient à subir ses souffrances psychiques ? Ou bien en jouiraient-elles ?

d. Le masochisme

Nous en arrivons ainsi à nous questionner sur la relation entre plaisir et souffrance. Freud, dans Le problème économique du masochisme (1923) énonce que la libido a pour but de neutraliser la pulsion de mort, voulant détruire l’organisme. Elle parvient à cela soit en dérivant la pulsion de mort

vers l’extérieur (à l’origine de la pulsion de destruction de l’autre), soit en la mettant au service de la pulsion sexuelle (sadisme) ou encore en la liant à la coexitation sexuelle. Il s’agit alors du

« masochisme originaire érogène : la douleur procure le plaisir » p.185.

Puis Freud distingue le « masochisme féminin » du « masochisme moral ». Le premier est davantage retrouvé chez les hommes. Pour Freud, inconsciemment « ce masochiste veut être traité comme un enfant méchant ou comme une femme, en ce sens qu’il doit être castré, subir le coït ou encore accoucher d’un enfant » p.185. A contrario, le masochisme moral se détache de la sexualité « et implique essentiellement la recherche d’une certaine quantité de souffrance au titre de punition » p.185.

Finalement, lorsque Freud (De Neuter P. & Bastien D., 2007) parle du sadisme et du masochisme, il les présente comme faisant partie d’un même continuum entre sadisme et masochisme, « dans la mesure où ils ne sont que deux modalités différentes de réalisation fantasmatique ou réelle de la pulsion de mort, le plus souvent intriqué à la libido » p.186 et cela au sein d’un même individu. Une partie du masochisme serait le produit « d’une part, du sadisme du surmoi et, d’autre part, du masochisme du moi » p.186. Face à ce continuum, où pourrions-nous situer l’homme pervers narcissique et son épouse ?

e. Le masochisme et la femme

Après ses lectures, P. De Neuter (2007) relève deux préjugés. D’une part, les femmes seraient plus endurantes que les hommes à supporter des situations engendrant de la souffrance physique

et psychique. Et d’autre part, qu’elles auraient tendance à rechercher à l’âge adulte la répétition

d’expériences douloureuses vécues dans l’enfance, contrairement aux hommes qui auraient « plutôt tendance à faire subir à d’autres ce qu’ils ont subi enfant » p.183. P. De Neuter ajoute que les femmes « se trouvent dans une relative impossibilité psychique de se soustraire à cette violence » p. 190. Cela pourrait éventuellement expliquer le fait qu’un homme pervers narcissique agit son agressivité alors que sa femme resterait victime du même schéma traumatique et répétitif.

Cet auteur cite Lacan qui émit deux avis contradictoires quand au masochisme féminin. Ainsi,

il mentionnera l’existence d’un masochisme spécifique aux femmes (« il n’y a pas de limites aux concessions que chacune fait pour un homme : de son corps, de son âme, de ses biens » p.187) mais en déniera son existence à d’autres moments (« dans ses propos sur les effets castrateurs et dévorants, disloquants et sidérateurs de l’activité féminine » p. 187 renvoyant

à une capacité d’exprimer une pulsion agressive pour la femme).

P. De Neuter (2007) reprend Hélène Deutsh pour appuyer ses dires : « le goût du malheur est incomparablement plus grand chez les femmes que chez les hommes » p. 188. Elle dira aussi que « souvent l’aptitude masochiste au sacrifice est le masque de pulsions sadiques que le sujet veut éviter par peur de perdre l’amour du monde extérieur et par sentiment de culpabilité » p. 195. Néanmoins, H. Deutsh reviendra sur cette idée.

Tout comme l’auteur, nous cherchons à expliciter les « logiques inconscientes qui pourraient rendre compte de ces faits. Car expliquer ceci par un masochisme féminin fondamental ou par un sadisme exclusivement masculin me semble un peu court, voire inexact et surtout inopérant dans le cadre de la cure » (De Neuter P. & Bastien D., 2007, p.184).

A l’inverse de Freud qui envisageait les femmes comme « moins agressives, haineuses,

destructrices ou sadiques » p.206 que les hommes, P. De Neuter (ibid) soutient que : « les femmes ne sont – fondamentalement et inconsciemment – ni plus ni moins masochistes que les hommes, et que leur « choix » du masochisme provient d’une plus grande nécessité : de réprimer leur agressivité et leur haine inconsciente (…) » p. 206.

Il en donne alors trois raisons :

* La première est en lien avec cette absence de pénis impliquant un « rapport à leur mère […] plus difficile et davantage parasité par la haine que celui de ses frères » p. 197.

* La deuxième raison de cette répression de leur agressivité est que « la fille, au contraire du

garçon, ne peut détourner sur le père l’hostilité première pour la mère » p. 197.

* Enfin, la dernière consiste en une « blessure narcissique qui surgit de la destruction de l’hymen » p. 198.

Bien que la femme ait apparemment de bonnes raisons pour manifester sa pulsion de mort, celle-ci n’aboutit que très rarement à une agressivité manifeste au profit d’un retournement de cette agressivité contre soi (somatisations diverses par exemple). Néanmoins, parmi les différentes modalités de masochisme, certaines peuvent servir à la satisfaction d’une agressivité ou d’un sadisme de façon détournée.

Diverses explications de la faible réalisation de la pulsion de mort chez la femme sont relevées dans la littérature par P. De Neuter (2007). Tout d’abord, nous avons les caractéristiques anatomiques de la femme (ayant une incidence sur « l’imaginaire » et le « symbolique » du sujet), puis, les représentations culturelles (les femmes sont « valorisées dans leur passivité » p.201 et « brimée(s) dans leur comportement agressif » p. 201 les amenant à reproduire ce modèle avec leurs enfants). Enfin, nous avons la demande d’amour et la caractéristique de leur surmoi ; par l’absence de menace de castration l’Autre prendrait la place du Surmoi : il s’agirait alors de coller à ses désirs pour ne pas perdre son amour. Qu’en est-il dans le cas particulier d’une femme subissant les manipulations perverses de son mari ?

f. Le masochisme et la femme du pervers narcissique

Lorsque les victimes parviennent à s’extraire de l’emprise de leur bourreau, c’est grâce à un effort considérable. Elles ressentent un sentiment de liberté de même amplitude. Nous pourrions donc supposer que ce qui était premier pour elles ce n’était pas la souffrance ou le plaisir pris dans la souffrance, mais plutôt le désir de prouver leur amour au mari.

Une explication à ce long temps de réaction est, qu’avant de décider de s’opposer à son bourreau, la victime va y réfléchir à deux fois car elle a en mémoire les moments de répressions sévères antérieurs. Dans la même perspective, nous avions cité la présence d’un traumatisme antérieur suivi d’un refoulement qui pourrait favoriser cette rencontre et le maintien d’un statu quo. Nous retrouvons alors le contrat narcissique de P. Aulagnier (1975).

Bien qu’à partir des agissements de son mari pervers narcissique, la femme ait la possibilité de se séparer de lui afin de préserver son intégrité, elle choisit de rester. Néanmoins pour continuer à vivre avec lui, il lui faudra utiliser le clivage (le clivage de l’objet) pour maintenir la première relation idyllique. Si la souffrance du sujet est indéniable, qu’elle soit source de plaisir inconsciente ou pas, pourquoi ne pas rompre ce lien mortifère ?

P. De Neuter prend l’exemple de « certaines des femmes battues qui quittent leur compagnon violent, [qui] deviennent perdues, comme pourraient l’être des mères désespérées et coupables d’avoir abandonné leur méchant petit garçon alors qu’il est incapable de se passer d’elles » p. 203. Pourrions-nous retrouver cela dans le vécu des femmes ayant épousé un pervers narcissique ? Cette impression de ne pouvoir le quitter sans craindre qu’il ne meure, renvoyant à un fort sentiment de culpabilité, pourrait constituer une des explications de ce maintien du lien.

Par ailleurs, l’auteur soulève également la question de « la nécessité de reproduire la violence qu’elles ont vécue dans leur famille d’origine. Soit celle dont elles furent elles-mêmes l’objet, soit celle dont leur mère fut l’objet » p. 203 le rapportant à une « compulsion à la répétition ». Finalement, rompre le lien avec leur mari serait se désolidariser de leur mère dans cette situation de souffrance partagée. Ce à quoi elles ne peuvent se résoudre.

g. Identification à la mère

C. Millot développe cette pensée de ce « choix » masochiste des femmes de « leur particulière soumission au surmoi maternel archaïque, obscène et féroce » p. 204 relevant d’une

identification massive à la mère. Nous pouvons définir l’identification comme étant « un processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect, une propriété, un attribut de l’autre et se transforme, totalement ou partiellement, sur le modèle de celui-ci » (J. Laplanche et J.-B. Pontalis, 2007, p.187).

C’est donc cette massive identification à une mère toute-puissante qui donne cette force au Surmoi de la fille. « Cette dépendance des femmes rend bien compte de leur fréquent masochisme moral (…). Dans cette perspective, son support « masochiste » à l’autre serait tout à la fois une réalisation extra psychique de ce qui se joue dans son inconscient entre son ça, son moi et son surmoi, en même temps qu’une façon de satisfaire son « besoin de punition ».

Par surcroît, l’expression manifeste d’une agressivité est beaucoup plus difficile pour la fille car cela serait vécu comme un renoncement à « l’identification à sa mère, renoncer aussi à l’amour de sa mère qui lui fut déjà si difficile à conquérir et à maintenir. Certaines vivent en outre très mal tout ce qui pourrait faire penser à un manque de solidarité avec le destin malheureux de la mère » p. 205. Ainsi, si elle veut exprimer son sadisme, elle devra utiliser des voies détournées, voire retournées contre elle-même « en se laissant croire et en faisant croire aux autres qu’elle est fondamentalement masochiste » p. 205. Dans ce cas, elle présente la situation comme son choix personnel ne permettant pas de remise en question. La situation se sclérose.

5. Problématique et hypothèses

a. Problématique

Lors de la rencontre entre un homme pervers narcissique et une femme, celle que l'on va considérer sous le terme de « victime », ne sait pas vers quoi elle s’engage. Or avec le temps, au fur et à mesure que le pervers narcissique met en place son mode relationnel, la femme va se rendre compte que cela lui est néfaste psychiquement. Une fois qu'elle prend conscience de sa souffrance, dans cette relation, beaucoup de temps s’écoule avant qu’elle parvienne à y faire face.

Quelles raisons font que la femme du pervers narcissique reste aussi longtemps avec son mari alors que leur relation est destructrice ?

b. Hypothèses théoriques

Je les conçois comme des hypothèses explicatives énonçant deux raisons (parmi d’autres) qui renseigneraient sur le fait que la femme du pervers narcissique reste aussi longtemps avec son mari alors que la relation lui est néfaste.

Ma première hypothèse est que la femme resterait aussi longtemps dans cette relation mortifère parce qu’au départ elle aurait choisi son conjoint en fonction d’une problématique qui leur serait commune : lutte contre la pulsion de mort manifestée dans une faille narcissique. Son couple aurait (eu) une valeur thérapeutique permettant d’atteindre un certain équilibre personnel et toute remise en question de cet équilibre représenterait un danger vital.

Ma seconde hypothèse est que la femme serait prise dans une logique inconsciente de reproduction d’un schéma intériorisé vécu dans le passé, d’endurance à la souffrance pour réparer l’objet aimé sous couvert d’un sentiment de culpabilité si l’objectif n’était pas atteint.

II – Méthodologie de la recherche

1. Hypothèses opérationnelles

Dans notre première hypothèse, dans laquelle la femme présenterait la même problématique que son mari pervers narcissique, nous rechercherons des éléments révélant une faille narcissique causée par la pulsion de mort et qui aurait été présente avant la formation de leur couple. Autrement dit, nous considérerons que notre première hypothèse est vérifiée si nous trouvons dans les entretiens deux éléments :

- L’un rapportant que, lors de la rencontre (voire encore actuellement), le mari pervers

narcissique est ‘‘clivé’’ par la femme et que seules les parties bonnes sont perçues, lui permettant de contribuer à ses défenses propres. La perte serait alors envisagée comme un possible retour du refoulé (manifestation de la pulsion de mort telles que la dépression, un sentiment de vide…).

- L’autre mettant en évidence une défaillance du narcissisme qui aurait été présente avant la

rencontre. Ainsi, nous considérerons comme une faille narcissique tout ce qui pourrait se rapporter à une mauvaise image de soi, une mauvaise estime de soi et un manque de confiance en soi intrinsèque à la personne avant la rencontre avec le pervers narcissique.

En ce qui concerne notre seconde hypothèse énonçant que la femme serait dans une « compulsion » à la reproduction d’un vécu passé, nous nous attacherons à trouver lors des entretiens, tous les éléments se rapportant au désir de réparation du mari mais également les éléments en résonance avec la relation primitive à l’Objet primaire et à la relation conjugale de ses parents. L'idée sous-jacente est que ces tendances masochistes (endurance à la souffrance) auraient été acquises au cours de l'histoire du Sujet et qu'elle ne ferait que se réactualiser dans le présent.

2. Méthodologie

Dans un premier temps, de nombreuses demandes de stage dans des structures spécialisées accueillant des femmes victimes de violences conjugales ont été réalisées. Aucune n’ayant abouti, nous sommes passée par des réseaux différents pour approcher notre population.

Dans un second temps, nous avons utilisé Internet pour recruter des sujets. Ainsi, nous avons sélectionné deux sites s’adressant plutôt aux femmes où nous avons laissé une annonce sur les forums dans la rubrique « violence conjugale ». Ces posts présentaient brièvement l’objet de notre recherche. Sept femmes se sont manifestées demandant plus de détails sur notre travail. Lorsque nous avons commencé à entrer en contact avec notre population, ne représentant pas un organisme, celles-ci ont été très réticentes quant à notre demande. Lorsque nous exposions les modalités d’entretiens (enregistrement des entretiens, rencontre en face à face), cinq d’entre elles, ne se sont plus manifestées. Nous avons donc supposé que nos attentes étaient inabordables pour elles. Nous leur avons alors proposé des entretiens téléphoniques enregistrés. Cette solution paraissait la plus judicieuse. Elle prenait en compte leur besoin de se sécuriser : elles pouvaient choisir le moment, le lieu et l’heure où elles se sentaient le plus en sûreté pour s’entretenir avec nous. De fait, 2 sujets ont accepté de nous parler par téléphone.

Dans un troisième temps, nous avons contacté une Conseillère conjugale qui nous a ainsi adressé deux femmes acceptant de s’entretenir avec nous. Ces deux femmes ont été suivies par cette dernière pendant plusieurs années. La conseillère conjugale a ainsi pu authentifier leur perception, celle d’avoir épousé des pervers narcissiques. Néanmoins, ne pouvant nous rencontrer de visu du fait d’une trop grande distance nous séparant, nous avons opté pour des entretiens téléphoniques enregistrés.

Somme toute, notre échantillon se compose de 4 femmes âgées de 42 ans à 74 ans (42, 50, 54 et 74 ans). Elles sont, ou ont toutes vécu maritalement, avec un pervers narcissique. Elles se sont mariées jeunes (22, 22, 23 et 24 ans). La durée moyenne de leur union est d’environ 29 ans et 2 mois (14, 20, 31 et 52 ans). Deux d’entre elles ont décidé de rester vivre avec leur mari, une a divorcé depuis 7 ans et la dernière aimerait se séparer de son mari. Ne disposant pas du regard d’un professionnel en psychologie pour authentifier la structure de la personnalité de tous ces hommes, par pervers narcissique, nous entendons une personne présentant une personnalité narcissique (selon les critères du DSM-IV) et fonctionnant d’une façon perverse au sein de son couple selon les discours de leur épouse.

L’outil utilisé est l’entretien semi-directif. Après avoir discuté de façon informelle par mails interposés avec une dame (Mme A.) présentant son mari comme pervers narcissique, nous avons réalisé une grille d’entretien plutôt directive ce qui nous a permis de structurer notre réflexion en

ciblant ce que nous cherchions. Idéalement, nous avions prévu de réaliser 3 entretiens avec chacune de nos 4 sujets. De ce fait, notre premier entretien avait pour double tâche d’identifier le mari de la femme interrogée comme étant bien un homme pervers narcissique puis de nous donner une idée de la relation au sein de ce couple. Dans un second entretien, nous voulions centrer notre attention sur les circonstances de la rencontre entre les deux protagonistes mais surtout sur la façon dont celle-ci l’avait vécue. Enfin, lors d’un dernier entretien, nous avions pour objectif d’investiguer le passé de la femme, tout en la projetant vers son avenir.

Néanmoins, afin de ne pas être figée sur des questions préétablies et donc d’être insensible à ce qui pouvait se produire dans l’entretien, nous avons décidé de ne pas avoir notre grille d’entretien sous les yeux lors de nos rencontres téléphoniques. Pour le premier entretien, nous avons orienté dans la mesure du possible, notre première question sur la façon dont leur relation avait débuté. Cette vaste question permettait aux femmes de s’approprier la question et d’y répondre selon leur vécu personnel mais également de standardiser notre premier contact avec chaque sujet.

Une fois l’entretien réalisé, nous l’avons dactylographié puis analysé avant de passer à l’entretien suivant. Nous avons ainsi pu recalibrer nos interventions afin de ne pas perdre de vue notre questionnement tout en revenant sur les éléments inattendus qui ont surgi de l’entretien.

Nous avons ainsi réalisé 1 à 3 entretiens par sujet selon leur disponibilité psychique et temporelle. En effet, en fonction de l’état de la personne en face de nous, nous nous sommes adaptée afin de respecter notre cadre déontologique et éthique tout au long de notre recherche. En ce sens, nous avons également demandé leur accord concernant l’utilisation de leur témoignage à des fins de recherche. Nous avons ainsi obtenu leur consentement éclairé.

Afin d’analyser les données obtenues, nous avons choisi l’analyse de contenu thématique avec une compréhension psychanalytique des phénomènes observés. Nous nous sommes efforcée de relever tous les éléments répondant à nos différentes hypothèses que nous avons retranscrits dans notre grille d’analyse de contenu, avant de rédiger nos observations cliniques sur chacun de nos sujets. Nous avons choisi de mettre en évidence les différentes problématiques perçues dans les discours de ces femmes ainsi que leurs mécanismes de défense observés.

III - Analyse des données

1. Présentation et analyse des entretiens

Le cas de Mme A.

La première rencontre avec Mme A. s’est faite sur Internet. Nous avions posté une annonce sur un forum à laquelle Mme A. a répondu. Intéressée par notre recherche, mais ne pouvant nous rencontrer, elle avait accepté un échange par mail. Nous pensions dans un premier temps, la prendre comme pré-sujet afin d’établir une grille d’entretien que nous aurions utilisée pour nos autres sujets.

Etant donné que nous avons rencontré des difficultés à constituer notre échantillonnage, nous l’avons recontactée presque un an après nos échanges par courriels afin d’effectuer des entretiens téléphoniques enregistrés. Au cours des entretiens, nous avons remarqué que le contenu de ses réponses était légèrement différent que ceux donnés par mails. Par ailleurs, dans la dynamique de l’entretien, nous avons pu mettre en évidence certains mécanismes de défense que nous n’avions pu relever lors de nos échanges écrits.

Mme A. est une femme âgée de 54 ans, mariée depuis plus de 30 ans avec Mr A. avec qui elle a eu plusieurs enfants. Mme A. décrit son mari comme égocentrique et exprimant un important besoin de reconnaissance. De ce fait, elle trouve son mari envahissant, et comme ayant une facilité à lui « pomper son énergie ». Elle insiste sur le fait que son époux n’est pas quelqu'un de méchant mais qu’il empiète sur les limites des autres à tel point qu’il les étouffe. Elle évoque alors le terme de « harcèlement moral ». De ce fait, Mme A. dit se sentir mieux lorsqu’il n’est pas là. Néanmoins,

Mr A. peut également avoir des propos cinglants usant de « phrases assassines » à son égard, dévalorisantes voire « misogynes ».

Après la naissance inattendue de leur dernier enfant, la relation entre les conjoints se dégrade. Mme A. dit avoir beaucoup déprimé tout au long de cette période et que cela s’est accentué après

le décès de sa belle-mère. Toutefois, sa déprime lui sera salutaire car c’est là qu’elle se ressaisira

comme dans « un instinct de survie ». Mme A. alors commence un « travail sur soi », mettant des mots sur ce qu’elle vivait lui permettant dans un premier temps de prendre du recul. L’issue du divorce, considéré comme un moyen de se reconstruire chacun de son côté et non pas comme solution de facilité, a été envisagée. Néanmoins, la culpabilité religieuse, induite par le regard des autres, a constitué un possible obstacle pour Mme A. « très croyante ».

A travers son discours, nous avons l’impression que Mme A. possède une bonne image d’elle-

même, contrairement à son mari. L’estime qu’elle a d’elle-même ne dépend pas de ses diplômes ou de ce qu’elle possède mais de sa valeur intrinsèque. Elle se présente à nous comme quelqu'un ayant confiance en ses capacités et connaissant ses limites personnelles. Cela lui a permis de mettre en place des stratégies de « coping » pour faire face au fonctionnement de son mari.

De façon paradoxale, bien qu’elle désire que son mari change, elle va premièrement faire passer

la satisfaction de ses propres besoins avant ceux de son conjoint. De cette façon, elle pose des

limites entre elle et son mari qui devra alors s’ajuster en conséquence. C’est ainsi qu’elle parvient à vivre avec son époux. Elle se positionne en tant qu’acteur agissant pour la santé de son mari. Une des « philosophies » de Mme A. est qu’il ne faut pas s’arrêter aux échecs des autres mais qu’il faut continuer à avancer malgré tout.

Elle ne nie pas pour autant vivre des périodes de découragement et de déprime de temps à autre. Elle les vit en sachant que ça ne durera qu’un temps ce qui lui permet de retrouver une sérénité intérieure pour affronter la situation. Elle montre ainsi une maîtrise de soi dans la gestion de ses émotions. Par ailleurs, dès qu’elle se trouve avec son mari, en compagnie d’une tierce personne, elle dira souffrir de la triangulation dans laquelle celle-ci la place. En effet, cette personne demande implicitement qu’elle l’aide à se soustraire à l’accaparement de son époux. Elle éprouve comme un sentiment de dépersonnalisation, c'est-à-dire qu’elle se sent comme spectatrice involontaire, forcée de regarder la scène, sans y entrer véritablement afin d’intervenir par la suite.

Finalement, Mme A. a réussi à sublimer son mal-être au travers de la peinture, ses études de théologie et de linguistique. Elle se reconnaîtra dans une citation d’Albert Camus : « l’artiste est un être souffrant ». La création artistique est quelque chose qui l’a « tenue » contre l’effondrement. Dans la résilience, elle parvient à aider les personnes de son entourage qui souffrent. Elle dira « en fin de compte je vais toujours à la recherche de cette vie ».

Par l’intermédiaire de nos premiers échanges par mail, nous apprenons qu’à l’adolescence, Mme A. désirait être artiste à travers soit l’écriture, soit la peinture. Néanmoins, de par son physique désirable, on lui réservait un avenir d’un tout autre ordre. Nous apprenons dès lors, que Mme A. a été victime d’abus verbal très subtil de la part d’hommes présents dans son entourage. Elle relate des phrases assassines qu’elle a entendues, lui faisant « naître les plus profondes blessures identitaires ».

Voulant échapper à ce contexte, Mme A. s’est mise en quête d’un mari. Elle dit ainsi que ses peurs ont eu raison de sa jeunesse, de son espérance et de son manque de maturité. Pour elle, le mariage apparaissait comme une « porte d’évasion ». C’est alors qu’elle rencontre son futur mari, Mr A. Bien qu’elle ne voulût pas poursuivre la relation (pour plusieurs raisons qu’elle ne cite pas), elle s’est laissée séduire par ce jeune homme qui ne lui faisait « aucune avance » par rapport aux autres. Elle s’est laissée « apprivoiser ». Le mariage a été célébré quelques mois plus tard. Aujourd’hui, elle a le sentiment d’avoir été manipulée mais aussi de ne pas avoir assez combattu. Elle culpabilise de ne pas avoir pris le temps de la réflexion. Néanmoins, elle se pose la question des moyens dont elle disposait ou non, pour faire autrement. L’arrivée des enfants a été un épanouissement pour elle. Elle dit avoir alors pu construire un « univers affectif ».

Lors de nos entretiens, nous lui avons demandé de nous dépeindre les relations au sein du couple de ses parents. Néanmoins, cette dernière a évité la question en répondant à côté. A contrario, nous trouvons des éléments de réponses dans les longs mails. Nous observons que le discours des membres de sa famille sur les femmes était très dévalorisant et dénigrant. La femme n’ayant pour toute autre fonction que de satisfaire les désirs sexuels de son mari et de lui faire des enfants. Elle a le sentiment que sa maman n’a fait que reproduire le schéma qu’elle avait elle-même reçu. Il est à remarquer que Mme A. réalise un clivage de sa mère. D’une part, nous avons la bonne mère qu’elle appelle maman (celle qui l’a aimée et élevée) et d’autre part, la mauvaise mère qu’elle appelle mère (celle qui est génétiquement malade).

Au fil des années, les proches se sont éloignés éveillant en elle un sentiment d’abandon. Petite, elle ne trouvait pas les mots pour exprimer sa souffrance et son incompréhension. Aujourd’hui elle déclare : « on comprend qu’il y a une cause et la cause c’est la maladie de la personne en question ». Elle confiera « je me suis construite en étant quelqu'un d’intellectuel ». Elle a donc contre-investi la sphère intellectuelle pour en faire une arme contre la « folie ». La religion, ayant un pied dans le rationnel et un pied dans l’irrationnel, est venue soutenir cette défense dans le sens où elle l’a aidée à donner du sens à son vécu. Toutefois, lors de notre dernier entretien, elle venait à nous, avec une dénégation de la première raison émise pour justifier de l’éloignement de sa famille. Elle avait été également influencée par le phénomène sociétal d’éloignement des familles du fait de la mobilité professionnelle.

Par ailleurs, Mme A. voit avant tout son mari comme une personne « malade » ce qui pose question. On ne peut s’empêcher de faire un lien avec la maladie de la mère à Mme A. et de l’incidence que cela a eue dans son couple et dans sa famille. Revivrait-elle le même schéma familial ? Ce que nous pouvons remarquer, c’est cette tension dans la façon dont Mme A. considère son mari : cet homme malade, bon, qui ne demande qu’à être guéri et cet autre homme égoïste et épuisant. Dans le premier cas, elle peut agir pour l’aider à s’en sortir alors que dans le second elle ne peut rien faire de l’extérieur. Dans tous les entretiens que nous avons eus avec le sujet, nous avons pu lire en filigrane une problématique autour du continuum passif-actif. Elle nous donne l’impression d’être en lutte perpétuelle contre l’hérédité de la « folie maternelle », dans ses rapport avec sa famille d’origine, son mari mais également avec ses enfants.

A travers le discours très dynamique de Mme A., nous constatons que sa pensée est très

structurée. Bien qu’elle déverse un flot de paroles, celui-ci reste toujours sous son contrôle. Elle

nous donne l’impression qu’elle s’est fixée au préalable un plan de l’entretien et qu’elle ne fait que

le suivre. Malgré cela, elle prend en compte nos interventions. Si elle a tendance à se centrer sur

les faits, elle communique également les émotions associées.

Son débit de paroles ainsi que son volume sonore baissent lorsqu’elle aborde des moments difficiles de sa vie. Nous la sentons alors moins dans la maîtrise. De temps en temps, ses défenses sont déjouées par des lapsus. Nous relevons aussi des inhibitions (phrases interrompues, avortées). De même, elle utilise le mécanisme d’annulation à plusieurs reprises. Enfin, pour se décharger émotionnellement après un conflit, elle se laisse aller à pleurer puis recherche le sommeil dans un repli autistique.

Le cas de Mme B.

Mme B. est la seconde personne ayant répondu à notre annonce sur Internet. Les échanges par mail furent tous très brefs. Mme B. a accepté très rapidement de s’entretenir avec nous à condition que cela se fasse par téléphone. Nous avons ainsi fixé trois rendez-vous téléphoniques espacés approximativement toutes les deux semaines. Néanmoins, par une défaillance matérielle, le premier entretien est inutilisable pour cause d’interférences qu’a provoqué le rapprochement du téléphone portable et du dictaphone.

Mme B. est âgé de 42 ans et est mariée depuis une vingtaine d’années. Elle a rencontré son époux vers 21 ans par l’intermédiaire de sa sœur. Mr B. était l’ami du fiancé de sa sœur. D’emblée, lorsque nous avons demandé à Mme B. de nous le présenter, elle l’a nommé comme étant un

« pervers narcissique ». Elle le décrit comme un homme « brillant », « intelligent » et donnant

l’impression d’avoir une grande culture générale. Il est « charmant », « sûr de lui », « drôle » et portant une attention particulière à sa présentation.

Néanmoins, il peut se montrer également « malin », « habile » dans le discours manipulant les mots à son profit. Elle le décrit également comme ayant une facilité à « embobiner » les gens, elle d’autant plus. Par l’intermédiaire de la communication paradoxale, il retourne systématiquement la situation à son avantage de telle sorte qu’elle perde ses repères et se sente « coupable ». Enfin, elle le perçoit comme un homme « égoïste » et « complaisant », faisant passer sa propre personne avant les autres.

Lors de leur rencontre Mme B. a été séduite par « l’humour » et le « dynamisme » de son mari qui venait rompre avec son milieu familial d’origine (immobile et reclus sur lui-même). Elle espérait tout partager avec lui et vivre en harmonie à l’instar du couple que formaient ses parents. Les premières années de vie commune se passent sans encombre. C’est à l’arrivée des enfants que son mari commence à manifester une jalousie disproportionnée à leur égard. Ils auront 3 enfants. Mme B. tombera enceinte une quatrième fois. Toutefois le fœtus décédera au cours de la grossesse.

Son mari se montre alors de plus en plus distant et lorsqu’il est là, il jongle entre l’indifférence, la dévalorisation, les reproches et la culpabilisation. Les petits moments de sérénité qu’elle passe avec lui, lui servent d’accroche afin de traverser ces moments difficiles, telles des bouffées d’air. Cependant, après ces instants de calme, elle retourne à « sa culpabilité ». Quand elle se retrouve seule, Mme B. ne profite pas de la distance qui la sépare de son mari pour se faire plaisir. Ce n’est pas suffisant pour créer un espace transitionnel qui lui soit bénéfique.

Il est à noter que lorsque Mme B. a rencontré son époux, ce dernier s’adressait déjà à elle avec des paroles dévalorisantes. Elle dit ne pas s’en être souciée car elle vivait déjà la même chose avec son père. On perçoit une certaine tolérance aux discours négatifs des autres à son propos qui pourraient aller dans le sens d’une mauvaise estime de soi. Quand on reprend son histoire personnelle, Mme B. se présente, de prime abord, comme une enfant non désirée, niée par ses parents. On remarquera par ailleurs que son mari a également été mis de côté par sa propre mère au profit de son frère.

La relation de Mme B. à son père a toujours été conflictuelle. Elle le décrit comme quelqu'un de

« très autoritaire », « sévère », « restrictif » et « qui ne parle pas ». On y voit une imago paternelle toute-puissante et castratrice. C’est en introduisant sa psychanalyste dans la conversation qu’elle pourra dire avoir trouvé un mari à l’image de son père. Cette personne tient une place importante dans sa vie. Elle lui apporte un précieux soutien moral. A contrario, sa mère était perçue par Mme B. comme une femme soumise à l’autorité de son mari, dédaignée dans son individualité et ne pouvant prendre plaisir en dehors de lui (comportements que nous retrouvons également chez Mr B.).

La mère de Mme B. ne travaillant pas, était dépendante de son conjoint. Elle a alors transmis à ses filles la croyance qu’avoir un travail leur permettrait d’être libre. Cependant même en travaillant, Mme B. s’est retrouvée, tout comme sa mère, aux prises avec son mari. A présent que celle-ci vit seule avec son époux, Mme B. ne parvient plus à la situer : est-elle complice de son père ou une alliée ? Peut-elle lui faire confiance ou bien doit-elle être méfiante à son égard ? Somme toute, nous ne pouvons que remarquer une certaine reproduction du schéma parental.

De surcroît, nous apprenons lors du premier entretien que Mme B. a été victime d’attouchements sexuels vers 12-13 ans. Elle ne fera que le mentionner, l’épisode ayant été soumis en grande partie au refoulement.

Aujourd’hui, la mère semble être ambivalente à l’égard de Mme B. Elle oscille entre empathie et indifférence lorsque sa fille lui confie son vécu. En ce sens, Mme B. a l’impression de n’être que l’objet utilisé par la mère lui permettant d’atteindre l’objet désiré (ses enfants). En fait, à l’écoute de son discours, nous avons le sentiment que Mme B. n’a jamais eu la place d’objet d’amour désiré. Il

y a toujours quelqu'un qui passe avant elle dans les priorités des autres. Elle semble transparente.

Par ailleurs, elle a des difficultés à exprimer ses émotions, ce que l’on constate dans la minimisation de sa souffrance et de son sentiment d’injustice. Lorsque au deuxième entretien nous abordons à nouveau sa relation avec sa mère, elle dira désirer la voir davantage, en dehors de son père, car sa mère aime beaucoup ses enfants.

Enfant, les parents de Mme B. enseignaient la droiture et le respect des autres. Néanmoins, ces valeurs n’étaient valables que dans un seul sens. En effet, les parents se trouvaient au-dessus des règles établies.

Aujourd’hui, dans sa famille d’origine, elle prend une place d’intermédiaire, de conciliatrice dans le but de rétablir la relation entre sa sœur et ses parents. Dans sa relation actuelle avec son mari, le dynamisme et le refus de l’ennui de son époux qui l’avait tant séduite, semblent être la cause de ce qui les sépare. Bien qu’elle désire interrompre leur relation, elle ne peut envisager de perdre ses enfants. En effet, Mme B. se montre très sensible au regard de ceux-ci. Elle utilise alors l’annulation rétroactive afin d’exprimer ses sentiments à ce sujet.

Mme B. dit se sentir épuisée et fatiguée. Elle se présente comme quelqu'un de « trop sensible », étant « peu sûre d’elle » et « prenant pour argent comptant ce que son mari lui dit ». Face à ce dernier, elle se remet volontiers en question ne pouvant réellement se positionner en contre-pied. De fait, nous relevons un manque de confiance en elle. Lorsqu’elle prend du recul, Mme B. reconnaît leur préexistence à sa relation avec son époux mais que cela se serait accentué par la suite. Cela corrobore le fait que son état s’améliore lorsque ce dernier ne se trouve pas auprès d’elle. Elle viendra pourtant à dire son incompréhension face au constat qu’elle est malheureuse mais qu’elle ne parvient pas à partir. Elle mettra en avant que ce qui la retient ce sont ses enfants.

Durant nos entretiens, Mme B. a présenté des difficultés à se souvenir d’événements passés particuliers. L’oubli semble fréquent chez elle, ce que nous associons à du refoulement. Nous observons également des barrages de la pensée. Si, de temps à autre, elle perd le fil de sa pensée, celle-ci reste ancrée dans la réalité et est empreinte de processus secondaires. Par ailleurs, nous observons quelques demandes d’étayage à notre égard.

La problématique des limites peut être retrouvée chez cette personne. Bien qu’elle aime ce qui est clair et droit, elle semble se débattre dans une continuelle confusion, facteur de stress et d’angoisse. Même lorsqu’il s’agit d’imposer un cadre à l’un de ses enfants, elle se trouve en difficulté. De fait, elle s’efforce de suppléer aux défaillances de celui-ci au lieu de poser des limites avec des conséquences en cas de dépassement.

Elle semble ne pas percevoir ses limites personnelles, utiles à son bien-être et à les imposer aux autres. Ainsi, elle n’est pas dans l’action face à son mari mais dans la réaction. A l’heure actuelle, elle ne vit plus, elle survit. En conséquence, Mme B. ne fait pas de réel projet pour l’avenir immédiat ou éloigné. A cours terme, elle souhaite « aller un peu mieux » et que ses enfants réussissent au niveau scolaire. Nous pourrions faire l’hypothèse d’un surinvestissement au niveau des enfants aux dépens de son bien être vital.

Le cas de Mme C.

Mme C. est la première personne avec qui la conseillère conjugale nous a mise en contact. Dès les premiers échanges, celle-ci s’est montrée très chaleureuse et prête à répondre à nos questions.

Agée de 74 ans, elle est mariée depuis plus de 50 ans à Mr. C. qu’elle a rencontré dans sa communauté religieuse. Bien qu’elle était âgée d’une vingtaine d’années, avec du recul, elle se décrit comme ayant eu la réflexion d’une jeune fille de 16 ans. Fréquentant le même endroit, elle pensait partager les mêmes valeurs (respect et amour du prochain, honnêteté, vérité, etc.) que celui-ci. C’est pourquoi elle a décidé de l’épouser.

Au fur et à mesure qu’elle dresse le portrait de son mari, nous relevons les traits caractéristiques

d’une personnalité narcissique. Ainsi elle le présentera comme une personne attachant une grande importance à l’image qu’il donne de lui. Gentil à son égard, il s’est révélé être « un homme sans pitié » après le mariage. Mme C. le décrit comme quelqu'un de très narcissique, manipulant les autres pour gérer son propre moi. Au final, il fait « tout à son avantage ».

Bien qu’il n’ait jamais eu recours à la violence physique, il dévalorisait tout ce que Mme C. entreprenait ou disait afin de se revaloriser dans un second temps, et cela de façon très subtile. Il se montrait indifférent à sa présence, ne lui adressant ni une parole ni un regard. Lorsqu’il revenait vers elle, c’était principalement pour satisfaire ses désirs, ce que Mme C. nous confiera à demi- mot. Elle avait alors l’impression de marchander son corps pour retrouver un semblant de paix au sein de son couple. Néanmoins, se percevant comme très jeune et « novice », elle était prompte à se culpabiliser, pensant ne pas bien faire les choses et s’efforçant de s’améliorer de jour en jour.

Par ailleurs, elle le voit également comme un enfant qui cherche à l’imiter. S’épanouissant dans ses diverses activités à caractère social, Mr. C. cherchera à plagier ce que fait son épouse en allant jusqu’à faire capoter ce qu’elle fait, pour la décourager. Néanmoins, elle ne s’en souciera pas, continuant à entreprendre ses activités dans la mesure de ses disponibilités.

A cette époque, Mme C. avait l’espérance que son « amour », sa « patience » et sa « paix » à son

égard pourraient le changer et que, si elle ne le pouvait, Dieu, lui, pouvait le faire. Trente ans sont passés avant qu’elle ne comprenne la portée de la situation. Cette prise de conscience s’est produite alors qu’elle assistait à une formation de conseillers en relation d’aide dans laquelle la perversion narcissique était présentée. Cela a pris la valeur d’un méta-regard renforcé par deux pensées qu’elle a eues lorsqu’elle était en prière. Aujourd’hui, elle sait qu’il ne changera pas.

Lorsqu’elle était petite, elle se percevait comme ayant été une petite fille « gentille », « discrète », volontairement « soumise » et « obéissante » par « respect de sa mère ». Elle résumera cela par

la formule « une petite fille sans histoire ». La question de la culpabilité peut être repérée dans son

discours. Elle admet que dans son désir d’être la parfaite petite fille, elle avait tendance à s’attribuer la « faute » lorsque les choses n’allaient pas comme elle le désirait.

Sa mère s’étant séparée de son premier mari, Mme C. n’a pas connu son père. Néanmoins, cet homme cherchera à la rencontrer. Malheureusement, sa tentative n’aboutira pas. Par la suite, la mère de Mme C. se remariera avec un homme avec qui elle aura un second enfant. Cet homme était apprécié de Mme C. Qualifié de « gentil », celui-ci se mettait entre elle et sa mère lorsque cette dernière la corrigeait. Un jour, il y a eu une grosse dispute qui a éclaté entre les époux. Dans sa colère face à l’expression de la jalousie de sa femme, cet homme a détruit un des biens de cette dernière. Nous pourrions interpréter ce passage à l’acte ainsi : « symboliquement, en écrasant ton bien, c’est toi que j’écrase ».

A cette même période, Mme C. fait la connaissance d’un couple de chrétiens. Dans un mouvement

d’idéalisation, elle a fait de ce couple un modèle à suivre. Elle aspirait à cette vie, cette douceur et cette tranquillité qu’elle voyait au travers de leur couple. On perçoit nettement une identification à ces imagos parentales. Dans ce modèle de famille, elle y voyait également « l’unité », le « respect

» et la « soumission mutuelle » dans la « compréhension l’un de l’autre ». C’est ce modèle de

couple qu’elle souhaitait reproduire. En définitive, Mme C. désirait se marier pour ne pas être une charge financière pour sa mère mais également pour construire son propre foyer.

Actuellement, elle se décrit comme une personne « de très pacifique » autrement dit essayant autant que cela dépend d’elle, de faire plaisir. Cependant, aujourd’hui, elle fait attention à ne pas faire passer le moi de son mari avant la satisfaction du sien.

Quelques années après leur mariage, Mr C. a eu plusieurs relations extraconjugales Lorsque Mme C. l’apprendra de la bouche d’un tiers, elle ne lui fera aucun reproche, ni sur le moment ni par la suite. Si elle fait preuve d’une grande rigueur à tenir la promesse qu’elle a faite lors de son mariage, elle se montrera plus tolérante vis-à-vis de son époux. On voit ainsi le Surmoi à l’œuvre chez Mme C. De fait, elle semble avoir des difficultés à exprimer ses émotions et particulièrement

sa colère face à l’injustice dont elle est victime. Nous faisons alors le parallèle avec cette colère destructrice qu’a manifestée son beau-père devant l’expression de la jalousie de sa mère. Cela nous aide à comprendre que ses ressentis semblent niés, ou tout au moins minimisés dans ses propos.

Aujourd’hui, elle s’est tracé une ligne de conduite à partir de ses valeurs dont elle souhaite ne pas s’éloigner. Pour ce faire, elle a changé de style de vie afin de lui faire assumer ses choix. Lui formulant par ailleurs, que le jour où il voudra en parler, les choses pourront être réévaluées. C’est ainsi qu’elle a trouvé le moyen de vivre avec son époux « sans haine, sans animosité, en le respectant ». Par ce moyen, elle choisit de ne plus se culpabiliser pour ce qui n’est pas de son ressort. Toutefois, elle souligne vouloir rester avec lui non pas parce qu’elle ne peut pas vivre sans un homme, comme pourraient le faire d’autres femmes, mais pour des raisons financières, son âge avancé et qu’au final, ça ne lui apportera rien de plus.

Pour l’avenir, Mme C. envisage les choses très calmement à vivre, à être heureuse comme elle est. N’ayant plus de « pourquoi », aujourd’hui, elle contemple son parcours plein d’embûches et constate qu’elle s’en est bien sortie et qu’elle se sent épanouie.

Somme toute, Mme C. a mis en place différentes stratégies pour compenser le vide que lui causait l’indifférence de son mari. En effet, elle comblait son temps par l’écoute de cassettes, la participation à des conférences, l’écriture, ainsi que sa relation avec Dieu par la prière…

Par ailleurs, afin d’éviter le vide de la pensée, elle déclare avoir développé une réflexion intérieure qui lui a permis de reprendre le contrôle sur la situation. Elle a alors commencé à utiliser le bon sens de la réflexion pour le confondre dans sa manipulation. Elle a utilisé également l’humour comme mécanisme de défense afin de replacer son mari en face de ses responsabilités. Bien qu’elle affirme que « le mieux pour se débattre dans ça, c’est de ne pas laisser son esprit s’encombrer par ça, c’est pourquoi il est bon de laisser ventiler son esprit », elle laisse paraître néanmoins des isolations de représentations. Elle est au fait que son mari présente une personnalité perverse narcissique de par ce qu’elle en a entendu, néanmoins elle ne reprendra pas ce terme lors de nos conversations comme si elle ne pouvait poser ce terme sur son conjoint.

Durant l’entretien, Mme C. a un débit de paroles normal, néanmoins à certains moments ses fins de phrases ne sont pas bien audibles : elle baisse la voix. Beaucoup de phrases sont avortées. Son discours est rempli d’inhibitions (interruptions de son discours). Quand il s’agit de parler d’elle, elle emploie beaucoup de précautions verbales laissant à penser qu’elle éprouve des difficultés à parler d’elle.

Le cas de Mme D.

C’est par l’intermédiaire de la conseillère conjugale que nous avons pu entrer en contact avec notre dernier sujet, Mme D. Lorsque nous l’avons eue au téléphone, nous lui avons présenté le thème de la recherche. Elle semblait disposée à nous partager son vécu jusqu’au moment où elle a entendu le mot « enregistrement ». Là, Mme D. s’est rétractée, verrouillant toutes ses défenses. Elle s’est montrée extrêmement réticente à nous accorder ne serait-ce qu’un entretien. Nous avons compris par la suite que derrière ce refus, se cachait le fantasme de toute-puissance de l’ex-mari pervers narcissique (qui voit tout et qui entend tout). Nous lui avons alors laissé plusieurs semaines de réflexion avant de la recontacter. Entre temps, la conseillère conjugale lui a parlé afin de désensibiliser cette situation. Elle lui a alors proposé une solution alternative, qui l’a amenée à accepté de s’entretenir avec nous. A l’issue de l’entretien, Mme D. nous a proposé de reprendre contact avec elle si nous avions d’autres questions à lui poser. Malheureusement, ayant fait l’entretien très tard nous n’avons pu en réaliser d’autres.

Aujourd’hui, Mme D., âgée de 50 ans, a été mariée pendant 14 ans avec Mr. D. Elle le considère comme un homme égocentrique et manipulateur. S’il est vrai qu’il peut paraître au premier abord une personne agréable, gentille et serviable, elle sait qu’il est alors dans sa phase de séduction préparant sa « victime » pour la manipuler. C’est ainsi qu’elle interprète ce qui s’est passé pour

elle. Leur rencontre s’est faite au domicile familial par l’intermédiaire de son frère. Au tout début de leur rencontre, elle ne le considérait pas comme un potentiel « petit ami ». Au fil du temps, il est devenu un confident, un ami qui a su lui montrer de l’intérêt, une capacité d’écoute. Il se montrait gentil et affectueux à son égard. Plus âgé qu’elle, Mme D. le percevait comme son prince charmant à l’image d’un père qu’elle n’a jamais eu.

Avec du recul, elle se voyait comme une jeune fille en quête de l’affection d’un père. Son ex-mari était là, dans un sens, pour combler ce manque. Elle rêvait de fonder une famille : avoir un mari, des enfants et une maison. Avec l’impression de ne pas avoir une personnalité marquée, elle dit également avoir toujours eu des difficultés au niveau de sa capacité de compréhension et d’analyse des situations. Elle a le sentiment qu’il s’est servi d’elle (et de ses faiblesses) à ses propres fins. Il la disqualifiait et la dévalorisait subtilement en public. Elle a donné à son ex-mari sa confiance, sa jeunesse. Il s’en est servi pour la couper du monde et la mettre sous son emprise.

Puis, après 14 ans de mariage, elle a commencé à se poser des questions sur la fidélité de ce dernier jusqu’à ce qu’elle découvre qu’il avait une « maîtresse ». Mme D. est passée par des moments de dépression durant laquelle elle a fait des tentatives de suicide (mélange de médicaments et d’alcool). Pendant cette période, la violence de son ex-mari est devenue manifeste : harcèlement moral accompagné de violences physiques dans une logique d’intimidation. C’est à ce moment-là qu’elle a décidé de stopper cette relation. Nous avons alors l’impression qu’elle expulse le mauvais objet hors d’elle, se séparant de ce qu’elle avait introjecté de son mari en elle. De surcroît, Mme D. s’est rendu compte une fois les démarches du divorce lancées, qu’elle ne connaissait pas son mari, au vu de toutes les difficultés qu’il lui a causées jusqu’à la prononciation du divorce.

Aujourd’hui encore, elle vit des moments difficiles mais reprend confiance en elle par le soutien moral qu’elle reçoit de certaines personnes de son entourage. Bien qu’elle sait posséder des capacités intellectuelles, la peur d’entreprendre les choses l’inhibe dans son action. Néanmoins, désirant aller de l’avant, elle cherche alors un étayage auprès des personnes en qui elle a confiance ou qui sont compétentes dans leur domaine. Ainsi, grâce à cette réassurance narcissique, elle réussit ce qu’elle décide de mettre en œuvre.

Preuve en est la réussite d’un examen qui lui a permis de reprendre progressivement confiance en elle. Ses relations interpersonnelles sont devenues moins aisées de par sa méfiance et son manque de confiance en l’autre. Face à autrui, elle met des limites qui prennent la forme de multiples principes (horreur de l’injustice, l’amour du respect d’autrui…) lui permettant de garder une distance de sécurité afin de se défendre en cas de menace. A travers son expérience, elle a appris à protéger son Moi qui semble faible ou fragilisé par les manœuvres de son ex-mari.

Nonobstant, ce que nous pouvons constater c’est qu’elle est capable d’identifier ses désirs et de se projeter dans l’avenir par les rêves (voyages, ouverture de son esprit, acquisition d’une maison) qu’elle désire voir se réaliser. Par l’intermédiaire d’une dénégation, Mme D. exprime le désir de rattraper le temps perdu. Encore insatisfaite d’elle-même (en particulier au niveau de sa carrière professionnelle), elle s’efforce d’apporter des changements à sa situation actuelle.

Il est intéressant de noter que lorsque nous demandons à Mme D. ce qui l’a séduite chez son ex- mari lors de leur rencontre, une des réponses est qu’à ce moment là, elle traversait des moments difficiles avec sa mère. Lui se présentait alors comme quelqu'un à son écoute, devenant ainsi son confident. Cependant, quelques minutes plus tard, lorsque nous essayons de revenir sur ces temps de discordes avec sa mère, Mme D. annule cette représentation certainement culpabilisante en évoquant l’idée que sa mère était probablement clairvoyante sur le double jeu de cet homme. Elle cherchait à protéger sa fille d’un danger.

Nous supposons la présence d’une certaine ambivalence à l’égard de la mère. La mère de Mme D. a toujours refusé à sa fille de connaître l’identité de son père, ce qui l’a beaucoup affectée. N’ayant jamais vu sa mère vivre avec un homme, elle n’a pas eu le modèle de couple parental comme référence. Elle n’a pu que le fantasmer. Sa mère nous est présentée sous les traits d’une

imago maternelle castratrice élevant son fils et rabaissant sa fille. Nous comprenons mieux l’origine d’une mauvaise estime de soi de Mme D. l’amenant à utiliser lors de notre entretien beaucoup de précautions verbales dans ses réponses.

Au reste, l’objet de l’investissement libidinal de Mme D. est l’avenir de ses enfants. Par ailleurs, ce qui est remarquable, c’est qu’elle va fréquemment associer la notion d’aveu à l’expression d’émotion (du plaisir mais également de la colère) comme s’il fallait avouer une faute. Elle lie le thème du plaisir ressenti à la notion de faute à avouer. On ne peut s’empêcher de percevoir la notion de culpabilité derrière l’éprouvé d’un plaisir en temps de difficulté.

Au demeurant, durant les périodes de grandes difficultés, nous observons que Mme D. utilisait plus que des béquilles ou des prothèses, objets venant apporter un soutien, afin de faire face à la situation. Ses limites personnelles devenant floues, elle semblait faire corps avec ce qu’elle utilise, être incorporée avec l’objet de son soutien.

2. Discussion des résultats

Après l’analyse de ces quatre témoignages, il semblerait que ces femmes, ayant épousé des hommes pervers narcissiques, présentent effectivement une faiblesse narcissique déjà là avant leur rencontre.

En effet, chez trois d’entre elles, nous apercevons l’expression de la pulsion de mort dans leur

enfance qui aura fragilisé leur Moi, soit dans leur relation à l’objet maternel soit avec l’unité couple parental. Ainsi, Mme A. a été l’objet d’abus verbal qu’elle a vécu comme des meurtres de sa personne. Mme B., quant à elle, a été victime d’attouchements sexuels lorsqu’elle était préadolescente. Tandis que Mme D. a fait l’objet de continuelles humiliations de la part de sa mère

et de son frère cadet. En ce qui concerne notre quatrième sujet, nous supposons au travers de ses

dires que lors de la rencontre avec son époux, son Moi n’était que peu mature.

Si nous constatons une problématique commune chez chacune de ces femmes, similaire à leur mari selon la littérature, nous restons très prudente quant à dire qu’elles utilisent toutes le clivage de l’objet aimé, c'est-à-dire de leur mari, comme mécanisme de défense de leur Moi. Ainsi, Mme A. utilise éventuellement le clivage de son conjoint, séparant le bon mari (celui dont elle est tombée amoureuse) du mauvais mari (celui qui est malade et qu’il faut aider à se soigner). Mettant en lumière son désir implicite de réparer l’objet aimé car celle-ci espère toujours que son conjoint parviendra à se changer lui-même.

A contrario, Mme D. considère, de fait, son ex conjoint comme totalement mauvais, sans possibilité

de changement. Entre ces deux extrêmes, nous trouvons Mme. B. et Mme C. pour qui nous émettons quelques doutes quant à l’utilisation de ce mécanisme de défense. Si Mme B. n’évoque pas la possibilité d’un éventuel changement de son conjoint, Mme C. après avoir longtemps désiré ce changement, s’est résignée.

Par ailleurs, nous découvrons que trois d’entre elles entretiennent une relation manifestement ambivalente à leur mère. N’ayant pu approfondir le sujet avec Mme C. nous ne pouvons nous prononcer. Pour Mme A., nous remarquons une nouvelle fois l’usage du clivage dissociant « sa mère » (atteinte d’une maladie qui a été source de souffrance) de « sa maman » (qui lui a procuré de l’affection).

Pareillement, Mme D. se défend de l’ambivalence ressentie pour sa mère opposant la représentation d’une mère aimante et protectrice à une mère castratrice et dévalorisante. Enfin, Mme B. ayant été non désirée par sa mère à sa naissance, exprime à demi-mot des sentiments contradictoires à son égard dans ses propos.

Lorsque nous faisons un parallèle entre les histoires personnelles de nos quatre sujets et ce qu’elles nous rapportent de la relation conjugale parentale, il est aisé de relever des similitudes. D’une part, nous regroupons Mme C. et Mme D. qui n’ont pas connu leur père. Toutes deux ont

ressenti cela comme un manque dans leur vie, et ont promptement désiré se marier afin de fonder leur propre famille. Famille qui a été soit fortement idéalisée dans le cas de Mme C. (sur le modèle du couple de chrétiens) soit fantasmée dans le cas de Mme D.

D’autre part, nous observons que Mme A. et Mme B. ayant grandi avec leurs deux parents, ont eu pour prototype de couple, leur couple conjugal dont la femme était objet dénigré au service de son conjoint. L’une comme l’autre désirait quitter la maison afin de se sentir libre. Mme A. a choisi l’issue du mariage alors que Mme B., suivant les conseils de sa mère, a choisi de travailler. Néanmoins, nous remarquons qu’elles ont toutes les deux, fini par retrouver un homme à l’image de leur père, les amenant à reproduire le schéma conjugal de leurs parents.

En conséquence, nous pourrions entrevoir une certaine aptitude de ces femmes à endurer la souffrance et des propos dévalorisants, acquise avant la rencontre de leur époux (à l’exception de Mme C. pour qui cela s’est développé par la suite). L’homme pervers narcissique ne ferait qu’accentuer par sa manipulation perverse, les failles narcissiques de leurs victimes, alors que celles-ci réactualiseraient leur tendance à se culpabiliser, entrant dans un jeu qui semble « sans fin ».

Pourtant, tout n’est pas définitivement sclérosé pour ces femmes. En effet, aujourd’hui trois d’entre elles ont réussi à dépasser leur faiblesse acquise par le passé. Mme A. et Mme C. ont à l’heure actuelle, un Moi relativement fort, ce que nous observons par leur bonne estime d’elles-mêmes, leur confiance en elle, le sentiment d’être épanouies et en « harmonie avec leur Moi ». Cela se concrétisant dans les limites qu’elles savent imposer et faire respecter à leur mari. Mme D., plus fragile, apprend à se « reconstruire » jour après jour.

Seule Mme B. se trouve encore en situation de crise où elle essaye de résister pour que son époux ne la « noie pas complètement ». Cependant, nous percevons un début de réflexion sur sa situation. Elle se trouve en effet au seuil d’un travail d’élaboration psychique que nous pourrions nommé par le terme de « perlaboration », concept décrit par Freud. Il lui faut parvenir à lier ce qui se passe dans l’actuel avec son histoire personnelle, qu’elle puisse mettre des mots sur ce qu’elle réalise, comprendre ce qui a fait qu’elle se trouve dans une telle situation et envisager des moyens adaptés pour reprendre possession de sa vie actuelle, mais aussi future.

En outre, il est intéressant de remarquer que les femmes (Mme A., Mme C et Mme D.) qui semblent avoir pris position face à leur mari présentent des points en commun.

Premièrement, elles ont toutes les trois la même croyance en un « Etre suprême » qui serait là pour les aider à traverser les moments difficiles de leur vie. Nous pourrions envisager la relation qu’elles entretiennent avec Celui qu’elles considèrent comme une personne à part entière, tel un mécanisme de défense qui les aiderait à « aller de l’avant ».

Deuxièmement, nous entrevoyons une certaine gêne dans l’expression de leur colère face à l’injustice des manœuvres perverses de leur époux à leur égard. Pourtant, lorsqu’elles intègrent et gèrent cette agressivité, ces femmes parviennent à délimiter leur territoire personnel pour se protéger de leur mari. Il leur est alors possible d’envisager la poursuite d’une vie commune grâce à l’aménagement qu’elles y apportent.

Enfin, nous relevons qu’elles se sont toutes orientées vers « l’aide au prochain ». Nous pourrions alors faire un parallèle avec ce que nous dit De Neuter (2007) sur la pulsion de vie qu’il conçoit comme « un destin alternatif de la pulsion de mort » p. 205 et qui « n’irait pas de soi d’un point de vue métapsychologique » p. 205. En effet, il la décrit comme étant à l’origine de la manifestation de « l’amour, la tendresse, la bienveillance, les comportements de protection et le dévouement caritatif » p. 205. Nous pouvons alors nous interroger sur l’enjeu de la pulsion de vie comme moyen par lequel la femme du pervers narcissique pourrait se saisir, afin de sortir de ce « cercle infernal » que constitue la reproduction d’un schéma masochiste intériorisé.

Nonobstant, il nous paraît judicieux de nuancer nos conclusions à la lumière de certaines limites dont a fait l’objet notre recherche.

Le principal biais de cette étude relève de l’outil utilisé afin d'approcher nos sujets. En effet, les entretiens n’ont pas été réalisés en face à face, ni dans un lieu neutre (tel le bureau d’une association accueillant des femmes victimes de violences conjugales). Le cadre de notre recherche n’a donc pu réunir les meilleures conditions pour analyser nos entretiens.

La seconde limite que nous devons souligner est que nous n’avons pu valider objectivement de façon clinique qu’elles aient été mariées avec des hommes pervers narcissiques. Dans l’idéal, nous aurions aimé pouvoir bénéficier du regard d’un professionnel de la santé mentale sur la personnalité des maris de nos sujets. Ainsi, nous aurions eu l’assurance que nos sujets répondaient bien à nos critères de sélection.

Nous aurions également souhaité pouvoir réaliser un plus grand nombre d’entretiens avec les femmes que nous avions sélectionnées afin d’approfondir certains thèmes tels que leur rapport à l’agressivité ou leur conviction religieuse et, de surcroît, permettre l’émergence d’autres thèmes que nous n’avions pas envisagés au départ.

Enfin, il aurait également été intéressant de pouvoir faire passer des tests projectifs (Rorschach et TAT) aux sujets que nous avons rencontrés. Cela nous aurait permis d’affiner notre perception de leur personnalité et de leurs mécanismes de défense. Nous aurions alors pu faire des hypothèses de fonctionnement de chacune d’entre elles et ainsi les confronter afin d’observer ou non la présence d’un profil de personnalité commun à toutes les victimes d’homme pervers narcissique.

CONCLUSION

La présente étude avait pour objectif de nous éclairer sur les raisons poussant une femme à rester vivre avec un homme pervers narcissique, alors que cette relation lui était préjudiciable. Au terme de notre réflexion, nous avons confirmé l’existence d’une problématique commune (faille narcissique) aux conjoints, autour de laquelle, ils ont organisé leur relation selon ce que nous suggérait J. G. Lemaire (1979).

Nous avons également, appris que cette défaillance du moi s’était construite durant la jeunesse de la femme favorisant ainsi la reproduction, pour deux d’entre elles, d’un schéma perçu dans le couple conjugal parental. Pour les deux autres sujets, puisque absence de schéma parental antérieur, il appert un espace vide ne demandant qu’à être comblé par une représentation fantasmatique. Aussi, la rencontre avec un pervers narcissique aboutira en l’occurrence à une relation du même ordre que les deux précédentes. Notons au passage, qu’une fois ce schéma révélé à leur conscience, la décision de la séparation d’avec le conjoint n’est pourtant pas unanime.

Certaines, après avoir réalisé un travail sur soi, parviendront à continuer leur vie conjugale en imposant des limites personnelles à leur mari afin de se protéger tout en respectant l’autre. Cela nécessite un espace transitionnel dans lequel la personne pourra prendre de la distance afin de faire le point quant à ses ressources, ses désirs et ses objectifs propres. On remarque également que celles étant parvenues à une « harmonie » sont celles qui sont allées investir d’autres sphères que leur couple, telles que les associations cultuelles et culturelles, les arts et la reprise d’études, ou encore se sont mises à leur tour dans une position d’écoute et d’aide à autrui.

Compte tenu de la difficulté à rencontrer des sujets victimes de pervers narcissique osant parler de leur vécu douloureux et du peu de recherches scientifiques dans ce domaine, nous sommes consciente de n’avoir qu’amorcé une réflexion et des éléments de réponse quant à nos problématiques. Nous pourrions envisager dans une recherche ultérieure de perfectionner nos outils méthodologiques afin d’affiner les résultats obtenus dans une perspective de meilleure prise en charge des personnes (homme ou femme) victimes de manipulateur pervers narcissique.

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