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L'industrie du disque

Quelles solutions pour sortir de la crise ?

Dossier d'étude pour le CFMI de Lyon

Écrit par Paul Fournel

Mai 2009

Table des matières

1 Introduction

3

2 L'histoire de l'industrie du disque

4

2.1 La genèse

4

2.2 L'arrivée de la radio ou la première crise du disque

5

2.3 L'arrivé des indépendants

5

2.4 Le retour des majors

7

2.5 1979, ou la deuxième crise du disque

7

3 La crise actuelle (la bulle Internet)

3.1 Le téléchargement illégal

10

10

Impact sur la consommation musicale

10

Revenu des réseaux p2p

12

3.2 Le rôle des majors

12

Le support

12

La promotion des artistes

13

4 Un regard vers l'avenir

15

4.1 Compenser le « Peer to Peer »

15

4.2 Les plateformes de téléchargements légales

17

5 Conclusion

18

1 Introduction

« La technologie change la musique, mais après tout, elle l'a toujours fait » 1

Depuis la naissance de l'industrie du disque en 1877, date à laquelle Thomas Edison invente le phonographe, elle a toujours su faire face au différentes avancées technologiques. Depuis dix ans, elle a dû faire face à la plus forte crise de son existence. Les ventes de disques on chuté de 40%.

Cette crise a été déclenchée par deux changements majeurs. Le passage vers un support numérique qui détrône le CD audio. Et l'expansion d'internet qui ouvre la voix vers un échange massif de données audiovisuelles. Le piratage existe depuis toujours, mais prend des proportions inédites suite à l'apparition du téléchargement illégal. Les maisons de disques ne savent pas faire face et accusent les consommateurs.

Les gouvernements mettent en place des lois anti-piratage 2 de plus en plus strictes, qui sanctionnent le consommateur. Dans cette période de répression, ma volonté est de définir si le téléchargement illégal nuit réellement à l'industrie. Et de voir les différents modèles économiques qui pourraient permettre aux artistes d'être rémunérés convenablement de part leurs droits d'auteurs.

La première partie sera consacrée à un retour historique afin mettre en évidence comment l'industrie de la musique a su au cours de l'histoire survivre aux changements technologiques. Dans un deuxième temps, il sera étudié les différents facteurs de la crise actuelle. La dernière partie abordera les différents projets qui ont vu le jour pour restructurer l'industrie.

1 Citation de Tariq Krim.

2 L'histoire de l'industrie du disque

2.1 La genèse

L'histoire commence en 1877. Charles Cros formulait le principe d'un appareil de reproduction des sons qu'il nomma « paléophone 3 » à l'académie des sciences. Néanmoins l'histoire attribua l'invention à Thomas Edison qui, la même année, breveta Le phonographe avant que Charles Cros n'eut le temps de construire un prototype. En 1988, est crée la « Columbia Phonograph Compagny », la première société de reproduction musicale. Durant la même année, un ingénieur allemand, Émile Berlier réussit à faire tourner le premier disque, un 78 tours 4 en zinc enduit de cire, sur son gramophone.

La vente du gramophone sur le marché américain entraine une guerre de standard. Le cylindre s'oppose au disque. Edison s'associe avec Columbia, tandis que Berliner s'associe avec Eldrige Johnson pour créer la « Victor Talking Machine » en 1901. En 1906, Victor lance un nouveau lecteur de disque, le Vicorla. C'est la taille et le design du Victorla ainsi qu'une meilleure politique artistique qui va l'imposer comme standard du marché au détriment du cylindre.

En 1914, le brevet du Victorla se finit. De nouvelles entreprises commercialisent des appareils de lecture de disque. L'arrivée de cette concurrence provoque une forte diminution des prix. De plus, les coûts de reproduction diminuent, ainsi des firmes se spécialisent dans l'enregistrement d'artiste. Cette période marque la première forte croissance de l'industrie du disque.

A l'issu de cette première guerre de standard, le gramophone s'est imposé. Néanmoins, pendant cette période, la diversité de l'offre reste faible 5 . Les titres enregistrés sont souvent les mêmes thèmes populaires repris par différents artistes. De plus, les ventes ne dépassent pas quelques millions d'unités par titre 6 , les marges de profit restent faibles. C'est l'arrivée de la radio qui va concurrencer les ventes de phonographe et conduire à la première crise de l'industrie du disque.

3 Daniel Lesueur, Histoire du disque et de l'enregistrement sonore, Editions Carnot

4 Les disque s'expriment en tours/minutes. Les 78 tours avaient une durée de 3 minutes.

5 Émission de radio du 13/06/1947, 70 ans de machines parlantes, Production Paul Caron et Jean Thevenot

6 FLICHY, Patrice, Les industries de l’imaginaire, Grenoble : P.U.G., 1991, p22.

2.2

L'arrivée de la radio ou la première crise du disque

C'est pendant les années 1920 que la radio se développe considérablement. Le prix des récepteurs baisse. Par conséquence, ils gagnent le grand public. L'arrivée de ce nouveau vecteur de diffusion de la musique est accusé de menacer l'industrie du disque. Cette crainte est amplifiée par une baisse conséquente des ventes de phonographe. De plus, d'autres facteurs comme la crise économique de 1929 et l'engouement du publique pour le cinéma conduisent à la première crise du disque de l'histoire.

Une page de l'histoire du disque se tourne. Les deux grandes sociétés qui contrôlaient le marché sont rachetées par des acteurs de la radio : La Radio Corporation of America (R.C.A.) prend le contrôle de Victor tandis que Columbia Records est intégrée à la Columbia Broadcasting System (C.B.S.). Cette nouvelle dynamique de l'industrie entraine la création de firme aussi en Europe, les plus grandes étant EMI et Decca. Pour combattre la domination américaine, un nouveau modèle économique est créé : « Le star-system ». Dominique Kalifa, en donne une belle illustration dans La culture de masse en France, 1860-1930.

« Période de profondes transformations économiques et sociales (accélération des migrations, de l’urbanisation et de l’industrialisation), le XIXème siècle est très tôt marqué par l’apparition de nouveaux produits culturels, qui se donnent pour vocation ostensible de toucher, par leur prix, leur style et leur diffusion, le plus large public. » 7

Cette période montre que le développement d'une technologie, telle que la radio, a créé un véritable outil de promotion pour les artistes. La crise a réussi à être surmontée grâce à une restructuration de l'industrie. On assiste à la fin des années 1930 à un nouveau départ. Les ventes de disques repartent à la hausse.

2.3 L'arrivé des indépendants

Les années d'après guerres marquent une période de ruptures et surtout d’innovations importantes. Les deux faits majeurs sont l’apparition du microsillon en 1948 et l’arrivée du rock n’roll. Ces deux évènements vont relancer les ventes de disques et entraîner une nouvelle redéfinition de l’organisation de l’industrie. Marc Bourreau explique cette période dans Le peer to peer et la crise de l’industrie du disque : une approche historique.

7 KALIFA, Dominique, La culture de masse en France, t.1 : 1860 – 1930, Paris : La Découverte, 2001, p4.

« Une nouvelle guerre de format est lancée, C.B.S. sort le « LP » ou

33 tours tandis que R.C.A. Tente d'imposer le 45 tour. Les deux se distinguent par la durée d'enregistrement nettement plus longue pour le « LP » et la taille, plus petite et plus pratique pour le 45 tours. Cette guerre entre les deux majors de l'époque va entrainer le trouble du consommateur et se suivre d'une chute des ventes, les deux majors vont alors décider d'offrir des licences gratuites pour les formats. C'est alors au cours des années 50, le 33 tours devient la référence pour les enregistrements de grands artistes alors que le 45 tours se prête mieux aux enregistrements de variété. » 8

Encore une fois, c'est une avancée technologique qui a presque mis en péril l'industrie. C'est le Rock, une musique ayant comme cible les jeunes qui va sauver l'industrie et relancer la croissance du secteur.

« C'est le cas en ce qui concerne les pratiques de consommation de la

jeunesse américaine, dont le pouvoir d'achat, à l'époque où s'achève la guerre de Corée, est décuplé par rapport à celui de la génération précédente. Ce phénomène touche également les pays européens :

les gains réels d’adolescents non mariés au Royaume-Uni s’accroissent de 50% dans la période 1938-1958, par exemple. C'est alors que surgit le concept de teenager, qui, selon David Buxton, décrit autant une période médiane entre l'enfance et l'âge adulte qu'un nouveau style de consommation orienté vers l'achat de produits culturels d'entertainment, vers le loisir en général. » 9

L'arrivée de la bande magnétique dans les studios permet l'enregistrement à un coût bien plus faible. De plus, les coûts de production et de distribution diminuent fortement grâce au 45 tours. Ces deux facteurs vont être propices à la création de labels indépendants. C'est à cette période que des « sub-culture » apparaissent. La demande n'est pas satisfaite par les majors qui ont adopté la politique de « star-system » et laissent de coté la production de genres musicaux moins rentables (le blues et le RNB).

« Une restructuration de l’industrie a lieu pendant cette période. Les

majors de l’époque tardent à percevoir le marché émergent du rock n’ roll et leur part de marché aux États-Unis s’effondre : elle passe de 75% en 1955 à 34% en 1959. De nouveaux concurrents arrivent sur le marché américain, comme E.M.I. qui rachète Capitol Records en 1955 ou Philips. Parmi les majors, seules C.B.S., Capitol et R.C.A. parviennent à se maintenir sur le marché en conservant environ 12 à 13% de part de marché. Ce n’est pas le cas de Decca qui n’arrive pas à gérer la transition. Les labels indépendants ont largement pénétré

8 Marc Bourreau et Benjamin Labarthe-Piol, « Le peer-to-peer et la crise de l'industrie du disque : une perspective historique », Réseaux, n°125, 2004, p8.

9 Jacob T. Matthews, INDUSTRIE MUSICALE, MEDIATIONS ET IDEOLOGIE, thèse à l'université de Bordeaux 3, 2006, p157

le marché, ce qui entraîne une forte déconcentration de l’industrie. » 10

On constate que l'apparition de technologie a changé le modèle économique et contribué à une période très riche en créativité.

2.4 Le retour des majors

Le groupe Warner développe une nouvelle stratégie commerciale au cours des années 1960. Il s'agit d'utiliser la créativité des labels indépendants tout en bénéficiant d'une structure administrative et logistique de grande ampleur. Cette stratégie va rapidement être mise en place par les autres majors.

« A la fin des années 1970, six grandes « multinationales » contrôlent désormais plus des trois quarts du marché mondial : B.M.G. (qui a racheté R.C.A.), la joint-venture C.B.S.-Sony, E.M.I., M.C.A., Polygram et W.E.A. (qui, sous la direction de Warner, regroupe également les labels Elektra, Atlantic et Asylum). » 11

De cette manière, les ventes de disque vont croître de manière considérable. L'introduction de la cassette audio par les majors contribue à cette croissance florissante. En effet, cela rend le disque vinyle obsolète et incite les consommateurs à renouveler leur discographie. Selon l’I.F.P.I. 12 , le chiffre d’affaires mondial passe de 4,75 milliards de dollars à 7 milliards entre 1973 et 1978. L’objectif des firmes devient alors la maximisation des ventes à tout prix. Les campagnes de marketing s’intensifient et le nombre d’artistes produits croît pour augmenter les chances d’obtenir un « hit ». La hausse des ventes va toutefois s’arrêter dès 1979.

2.5 1979, ou la deuxième crise du disque

En 1979, la situation économique s'annonce très défavorable en raison des deux chocs pétroliers. La situation ressemble à celle de 1929. L'industrie musicale n'est pas épargnée; les ventes chutes de 11% aux États-Unis et de 20% en Angleterre 13 . De la même manière que le cinéma avait fait concurrence au disque, cette fois c'est l'engouement du public pour les magnétoscopes ou

10 Marc Bourreau et Benjamin Labarthe-Piol, « Le peer-to-peer et la crise de l'industrie du disque : une perspective historique », Réseaux, n°125, 2004, p10.

11 Jacob T. Matthews, INDUSTRIE MUSICALE, MEDIATIONS ET IDEOLOGIE, thèse à l'université de Bordeaux 3, 2006, p168

12 International Federation of the Phonographic Industry

13 Burnett, R., 1996, The Global Jukebox: The International Music Industry, Routledge, p. 45

les jeux vidéos qui contribue aussi à cette deuxième crise. Les industriels du disque à l'époque avancent une autre explication. Ce serait les copies de disque sur des cassettes vierges qui seraient responsables de la baisse des ventes.

« Faced with a sharp decline in sales in the early 1980's, the music industry looked for an explanation which could be converted into windfall gains for itself. The explanation proposed by the industry was increased home taping of prerecorded music. Through the introduction of federal legislation, the industry hoped to realize gains at the expense of the consumer of home taping equipment and media. The analysis presented here indicates that the independent effect of taping on prerecorded music sales may not have been as high as the recording industry has claimed, so that consumers may end up paying more than their fair share toward the windfall. » 14

Comme l'explique cet article, les pertes dues à la copie de cassette sont moins élevées que le prétendent les majors à cette époque. La campagne menée par la R.I.A.A 15 intitulée « Home taping is killing music » 16 conduit à instaurer une taxe sur la vente de cassettes vierges reversée aux majors.

Une mauvaise stratégie de promotion et de distribution de la part des maisons de disque expliquerait cette crise. En effet, même si le chiffre d'affaire continue d'augmenter, une fois les dépenses marketing déduites, les profits restent faibles. Il existe un problème dans la distribution. Les revendeurs bénéficient de la règle du « 100% return privilege ». Cette close permet aux détaillants de renvoyer les invendus aux éditeurs sans subir de pertes.

« Comme il ne supporte aucun risque d’inventaire, un revendeur final gagne à accepter toutes les livraisons de disques. Or, à cette époque les chiffres de ventes sont comptabilisés sur les albums distribués et ne prennent pas en compte les retours. Dès lors, les ventes de disques sont largement surestimées. » 17

La baisse des ventes va continuer jusqu’en 1983. L’arrivée du compact- disc (CD) constitue une amélioration qualitative par rapport au disque vinyle. Ce changement de support va faire repartir le chiffre d’affaires à la hausse. Le profit obtenu sur chaque CD vendu est plus élevé que pour un disque vinyle. D’autres facteurs, comme la création de la chaîne Music Television (MTV) et

14 R. Widdow and R.J. Mchugh, Taxing Purchases of Home Tape Recorders and Supplies to Compensate for Copyright Infringements: An Econometric Analysis of the Role of Economic and Demographic Factors, Journal of Consumer Affairs Volume 18 Issue 2, p317

15 Recording Industry Association of America. C'est une association interprofessionnelle qui défend les intérêts de l'industrie du disque aux États-Unis

16 « les copies sur cassettes tuent la musique »

17 Marc Bourreau et Benjamin Labarthe-Piol, « Le peer-to-peer et la crise de l'industrie du disque : une perspective historique », Réseaux, n°125, 2004, p12.

l’arrivée du baladeur (walkman) au début des années 80 relancent également l’intérêt du public pour la musique enregistrée.

« Tape will live right along with CD (…) Consumers are buying CD titles to keep long term, while tape is more a throw away configuration. » 18

18 SPIN, avril 1987, p87

3 La crise actuelle (la bulle Internet)

Depuis 2003, le secteur du disque connaît la plus forte crise de l'histoire. Les ventes de disques chutent vertigineusement. L'article du journal LES ECHOS ci dessous chiffre cette baisse.

« Le marché français 2003 de l'édition musicale, d'après les données du SNEP. CA de 1,112 milliard d'euros (- 14,6 %), pour 151 millions d'unités vendues (- 11,5 %). Baisse de 17,6 % en valeur des albums audio et progression de 71 % en valeur de la vidéo musicale (91 millions d'euros). Repli de 20 % des ventes de disques en novembre et décembre. Les éditeurs rendent donc les contrats d'artistes. Progression de 4 % des ventes de jazz mais baisse de 13 % de la variété francophone (60 % du marché). » 19

Dans un premier temps c'est le téléchargement illégal qui est accusé. Mais progressivement suite aux différentes études économiques, d'autres facteurs apparaissent. Je me propose de les étudier dans cette partie.

3.1 Le téléchargement illégal

Le téléchargement illégal commence en 1999. Le logiciel Napster est disponible sur le site telecharger.com. Ce logiciel permet aux utilisateurs de s'échanger librement des données. Il est rapidement utilisé pour télécharger de la musique illégalement. Voyant l'engouement croissant des utilisateurs, le logiciel est attaqué en justice pour violation de droits d'auteurs par les maisons de disques. Néanmoins le mal est déjà fait et le principe d'échange de fichier

d'utilisateur à utilisateur 20 est repris et amélioré par d'autres logiciels (Kazaa

BitTorrent

sur le droit d'auteurs. Napster conservait les fichiers sur un seul serveur, les programmes « fils » répartissent le stockage sur les ordinateurs de l'ensemble des utilisateurs. 21 Les poursuites judiciaires ne peuvent plus être contre le programme et la traque des pirates a un coût élevé.

).

Les améliorations vont permettre de passer au travers de la loi

Impact sur la consommation musicale

Les différentes études sont contradictoires sur le sujet. Il est dur d'évaluer le manque à gagner dû à la consommation gratuite de musique. Néanmoins comme le fait L'OCDE dans un rapport de 2005, il est possible d'estimer l'ampleur du phénomène.

19 LES ECHOS n° 19081, 27 janvier 2004, p 30

20 Traduit de l'anglais « Pair to Pair ».

21 Cf. Annexe 1

« Toutefois, si l’on se base sur différentes estimations réalisées au niveau national, environ un tiers des internautes des pays de l’OCDE ont téléchargé des fichiers sur des réseaux P2P. Une enquête conduite par Pew (2003) entre mars et mai 2003 a établi que 29 % des internautes ont téléchargé des fichiers musicaux sur leur ordinateur. » 22

La manière de consommer de la musique a changé. La rupture est marquée par l'arrivée massive d'internet haut débit dans les ménages. La culture musicale des internautes a augmenté grâce à une écoute plus diversifiée qu'auparavant. Le comportement des utilisateurs varie en fonction de la tranche d'âge. Tariq Krim synthétise l'étude de Boorstin 23 dans Le peer to peer un autre modèle économique pour la musique.

« l'étude de Boorstin tente de prendre en compte l'ensemble de ces effets, et de le mesurer pour différentes classes d'âge. L'auteur étudie le lien statistique entre l'accès Internet haut débit et les ventes de disques pour différentes classe d'âge - en contrôlant le revenu de l'année. Il montre que pour les jeunes (moins de 25 ans) l'usage du p2p diminue significativement les ventes de disques. A l'inverse pour les adultes (25-45 ans) l'accès à Internet haut débit augment significativement les ventes de disques. L'hypothèse est que pour les jeunes, dont les revenus sont plus limités, l'effet de substitution l'emporte sur l'acculturation musicale. Pour les adultes en revanche, l'impact des découvertes est plus fort que la substitution au disque. » 24

Une étude de 2007 du marché canadien remet en cause un lien entre téléchargement illégal et achat de disque.

« In the aggregate, we are unable to find direct evidence that P2P file-sharing either increases or decreases CD purchases in Canada. That is, in our analysis of the whole Canadian population we are unable to find any relationship between the number of P2P music tracks that were downloaded and the number CD purchases. » 25

Enfin une étude de 2009 faite à l'université d'Harvard confirme qu'il n'y a pas de lien direct entre téléchargement et baisse des ventes de CD.

22 CONTENUS NUMÉRIQUES HAUT DÉBIT : LA MUSIQUE, Rapport de L'OCDE, Novembre 2005, p86

23 Music Sales in the Age of File Sharing, Eric S. Boorstin, thèse pour Princeton University, 2004.

24 Le peer to peer un autre modèle économique pour la musique, Tariq KRIM, pour l’Adami, juin 2004, p103

25 The Impact of Music Downloads and P2P File-Sharing on the Purchase of Music: A Study for Industry Canada, B. Andersen et M. Frenz, Birkbeck, University of London, mai 2007, p26

« 65% of respondents acknowledged they did not buy an album because they had downloaded it. An even larger group (80%) claimed they bought at least one album because they sampled it first on a file-sharing network » 26

Ainsi, 65% des fois, ils n'achètent pas l'album après l'avoir téléchargé. Néanmoins 80 % des internautes adeptes des réseaux P2P achètent au moins un album parce qu’ils ont écouté gratuitement un morceau qui leur plaisait. Ainsi, d'après cette étude, ces réseaux seraient considérés au même titre que la radio comme des vecteurs de promotion.

Revenu des réseaux p2p

Le modèle économique repose sur des « spyware » 27 qui collectent des informations sur l'internaute. Grâce à ces logiciels, il est possible de connaître les goûts, habitudes et loisirs de l'utilisateur. Les revenus de ces réseaux reviennent de la vente de ces informations. Ils sont estimés à 250 millions de dollars 28 pour l'année 2003. Cette estimation est basée sur le taux d'usage des spyware. Les poursuites juridiques sont difficiles car les réseaux sont organisés de manière complexe et utilise des techniques de blanchiment d'argent offshore ainsi que la complexité juridique des sociétés en cascade. Les accusations portées par les ayants droits ne semblent pas porter leurs fruits.

3.2 Le rôle des majors

L'analyse des différentes études sur le téléchargement illégal met en évidence qu'il existe d'autres facteurs ayant participé à la crise du disque des années 2000. Les maisons de disques n'ont pas su s'adapter à l'ère du numérique. Elles se sont fait devancer dans une multitude de domaines. De ce fait elle n'ont pas pu, de la même manière que dans les précédentes crises, réguler le marché.

Le support

Par le passé, à chaque changement de support, les maisons de disque profitaient du renouvellement de la discographie de l'utilisateur pour augmenter les ventes. La conversion entre CD et MP3 est quasi immédiate et

ne génère aucun bénéfice aux majors. De plus, avec l'arrivée des lecteurs MP3, le morceau de musique a cessé d'être associé à un support. On a vu arriver sur

le marché de nouveaux concurrents, tels que Apple, LG, Samsung manque a gagner à porté préjudice aux majors.

Ce

26 File-Sharing and Copyright, Felix Oberholzer-Gee et Koleman Strumpf, University of Harvard, 2009, p6

27 Traduit de l'anglais, programmes espions.

28 Géopolitique du P2P, Tariq KRIM, 2003

Comme énoncé dans le paragraphe précèdent, les consommateurs ont changé grâce au téléchargement illégal. Ils sont désormais à la recherche de titres plus rares. Les maisons de disques n'ont pas su s'adapter au changement sociologique et n'ont pas su faire évoluer leur catalogue.

De la même manière, l'arrivée des ventes numériques, n'a pas connu de succès du fait d'un catalogue restreint qui n'intéresse pas le consommateur.

« l’industrie a entamé une évolution de son modèle d’affaires vers la vente en ligne de fichiers musicaux numériques (protégés). Les premières plateformes de distribution de musique en ligne, comme Pressplay (Vivendi Universal et Sony) ou MusicNet (AOL Time Warner, EMI et Bertelsmann), ont été lancées en 2001 par les majors du disque. Ces plateformes n’ont toutefois jamais connu de succès commercial, en particulier parce que chaque plateforme ne proposait qu’un catalogue de titres restreint. » 29

La promotion des artistes

L'arrivée d'internet dans les ménages a bouleversé le mode de promotion des artistes. Les majors qui établissaient le contact médiatique entre artiste et consommateur, n'a pas su trouver sa place. Les sites internet et les réseaux sociaux ont permis aux artistes de nouer des liens directs avec leur public. Encore une fois les majors sont pris de vitesse par les avancées technologiques. Voici un exemple paru dans le journal Le Monde.

« Soko autoproduit à 1 000 exemplaires un premier « quatre-titres », Not SoKute. Mais c'est Internet qui accélère l'histoire quand un DJ danois passe sur une radio nationale un titre découvert sur la page Myspace de la chanteuse. La chanson sera parmi les plus diffusées avant que Soko ne reçoive une première proposition de concert au Danemark. » 30

Le phénomène de « star-system » présent depuis les années 60, ne fonctionne plus aussi bien qu'avant. Il n'existe plus de média fédérateur pour les jeunes consommateurs. Les sources de diffusions sont nombreuses et il est difficile pour les maisons de disques de fédérer un public de la même manière que pendant les années 1990. 31

29 Marc Bourreau et Benjamin Labarthe-Piol, « Le peer-to-peer et la crise de l'industrie du disque : une perspective historique », Réseaux, n°125, 2004, p32.

30 Soko, 22 ans, pas encore de disque mais phénomène mondial de la chanson , Stéphane Davet, Le Monde, 11/04/08

31 Pendant les années 1990, les sources de promotion étaient limitée à la radio et aux chaines de télévision contrôlée par les majors.

« Pour les plus jeunes consommateurs de musique, il n'existe pas de service éditorial fédérateur (télé musicale, Radio, magazines sur le web capable de susciter les achats et le désir d'approfondissement. » 32

De tout temps, il y a eu des cultures alternatives néfastes à l'industrie du disque qui ne pouvait titrer des bénéfices aussi grands que dans la culture de masse. Dans les années 1970 ces niches du marché ont profité aux labels indépendants. Aujourd'hui les sous-cultures sont de plus en plus nombreuses et ont un lien direct avec le consommateur.

32 Le peer to peer un autre modèle économique pour la musique, Tariq KRIM, pour l’Adami, juin 2004, p110

4 Un regard vers l'avenir

Un article paru dans le journal d'espoir.

« Le

Monde », en

mai 2010, est porteur

« Après des années de chute, le marché de la musique est-il en train de se redresser ? C'est ce que laissent penser les chiffres présentés par le Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP), mardi 4 mai. Selon ces données, le marché de gros de la musique enregistrée, incluant ventes physiques et numériques, a progressé en France au premier trimestre de 8 %, à 128,6 millions d'euros, par rapport à la même période de l'an dernier (119 millions d'euros). C'est la première fois depuis 2005 que les producteurs enregistrent une hausse du marché au premier trimestre, même si les résultats actuels sont loin de ceux de 2002, où le marché physique, a lui seul, valait 305 millions d'euros. » 33

L'industrie du disque n'a pas su faire face à la « bulle internet ». Aujourd'hui, 10 ans après nous vivons une restructuration de ce secteur. Il est difficile de savoir quels seront les acteurs de demain, ni quels modèles économiques réguleront le marché. Cette partie sera une réflexion sur l'avenir de la production musicale.

4.1 Compenser le « Peer to Peer »

Aux États-Unis, face au développement continu du téléchargement et aux risques de répression des utilisateurs, des juristes on réfléchi à un mode de rémunération des ayants droits pour le téléchargement de leurs œuvres. Ces systèmes sont appelés systèmes alternatifs de compensation (ACS).

Plusieurs projets ont vu le jour, reposant sur la traçabilité des morceaux grâce à un identifiant unique distribué par l'US Copyright Office. De cette

manière il serait simple de savoir combien de fois un titre a été téléchargé. Ensuite un système de redevance serait collecté et réparti par des agences gouvernementales aux artistes en fonction de leur nombre de téléchargement. C'est la redevance qui diffère selon les projets. En voici une liste non exhaustive: Fournisseur d'accès, Taxe sur les supports de stockage (CD,

Taxe gouvernementale proche de la

lecteur MP3, logiciels de lectures

redevance télévisuelle, publicité sur les plateformes de téléchargement, etc.

),

33 Le marché de la musique enregistrée se redresse en France, selon les producteurs, Laurent Checola, Le Monde,

04/05/2010

Une « taxe google » commence à être mise en place. En France, début 2010, des maisons d'édition ont porté plainte contre Google pour utilisation de contenu protégé par droit d'auteurs. L'entreprise gagne de l'argent grâce aux publicités mises en place sur des sites possèdent des contenus illégaux grâce au logiciel adWords.

« Newscorp a pris l'initiative, aux Etats-Unis, les éditeurs belges et italiens ont fait de même. En France, les éditions La Martinière ont gagné un procès contre Google. Cette démarche est donc possible et doit se généraliser. Plutôt que d'attendre des financements publics issus d'une nouvelle taxe, l'industrie culturelle a donc un travail assez important et crucial à réaliser sur la négociation des droits d'auteur, mais aussi sur son adaptation aux règles de la distribution digitale. » 34

Néanmoins, ces différents projets se heurtent à différents problèmes. Les artistes, ou les fans, pourraient mettre en place un système de robots qui téléchargerait massivement les morceaux. De cette manière l'artiste obtiendrait une plus forte rémunération. Ces systèmes se basent sur une compensation des pertes dûes au téléchargement illégal. Mais comme exposé dans les précédentes parties, il est difficile de les estimer. Ainsi, le montant de la redevance ne peut être facilement déterminé. Il faut que l'organisme qui s'occupe de cette régulation du téléchargement travaille de manière transparente.

En France les fournisseurs d'accès se sont emparés de ces différents modèles. En 2007, neuf télécom lance une offre de téléchargement illimité du catalogue pour 4,99€ par mois. Néanmoins la licence n'est pas définitive et la lecture n'est pas compatible avec tous les lecteurs.

« les morceaux téléchargés ne peuvent être lus que pendant la durée de l'abonnement. Les fichiers musicaux sont effet doté d'un « DRM » (en anglais Digital Rights Management), système de gestion numérique des droits qui a pour objectif de contrôler l'utilisation qui est faite des oeuvres. Pis, Neuf Telecom a choisi le système Windows Media 10 pour la gestion des DRM. Or « seulement 5 % des lecteurs MP3 peuvent aujourd'hui lire les fichiers dotés de ce DRM », observe- t-on chez Alice. La part des appareils compatibles devrait grimper à 30 %, dans un avenir proche. Toutefois, il n'est pas prévu que l'iPod d'Apple, qui représente quelque 40 % du marché, lise un jour les morceaux dotés de DRM Windows. » 35

34 Taxer la publicité pour sauver la musique ?, Cyril Zimmermann, LeMonde.fr, 28/01/10

35 Premiers pas vers le téléchargement légal et gratuit de musique, Joël Morio, Le Monde, 11/09/07

4.2 Les plateformes de téléchargements légales

L'offre de vente de musique en ligne a fortement augmenté ces deux dernières années. La plateforme Itunes, développée par Apple, possède un quasi-monopole. Depuis le début de la bulle internet leur politique marketing s'est imposée face à celle de leurs concurrents. L'ipod est devenu une référence de support autant par son aspect esthétique que par son système de connectivité simplifiée à la plateforme Itunes. Il est possible d'acheter de la musique en ligne directement depuis le lecteur.

« Au dernier trimestre 2009, les ventes réalisées sur iTunes ont poursuivi leur croissance, avec 1,164 milliard de dollars (863 millions d'euros) durant cette période, soit une hausse de 15 % sur un an. Créé en 2003, iTunes a proposé une offre légale de téléchargement des chansons sur Internet, dans une période où l'industrie du disque était en guerre contre les copies clandestines. Son succès est allé de pair avec le reflux des ventes de CD. » 36

Itunes, utilise le téléchargement gratuit comme média telles les maisons de disques utilisaient la radio en 1930. Les plateformes d'écoutes gratuites du catalogue des maisons de disques 37 , ou pour les indépendants des sites comme myspace, daliymotion ou youtube, propose un système d'achat direct sur itunes pendant l'écoute.

On retrouve un système hiérarchisé proche de celui des maisons de disque des années 1990. Les acteurs ont changé. Le système de distribution est en train d'être réinventé. Apple ne gardera pas le monopole pour toujours, les licences de connectivité des ipods, risquent d'être rendues publiques et d'autres plateformes utilisant le même principe que itunes vont apparaître.

« C'est donc un quasi-monopole instauré et entretenu par la firme de Cupertino qui tombe, cinq ans après le lancement de l'iPod et de sa plateforme exclusive de vente de musique en ligne iTunes Music Store. Dans un futur proche, DVD Jon entend commercialiser sous licence les outils permettant, d'une part » 38

36 dix milliards de morceaux téléchargés sur iTunes d'Apple, AFP, leMonde.fr, 25/02/10

37 Dezeer.fr propose le catalogue d'Universal en écoute gratuite.

38 Le monopole du couple iPod-iTunes mis à mal, Olivier Dumons, leMonde.fr,, 25/10/06

5 Conclusion

« La crise du disque ressemble à la crise globale. L'économie peut s'assainir en devenant créative. Je ne crois pas à la disparition des maisons de disques. Elles vont se réinventer, en s'associant avec les organisateurs de concerts, en créant de nouvelles synergies. Il faut juste se débarrasser de l'ancien système, qui a longtemps marché et qu'il est difficile de réinventer. » 39

Camille, artiste.

Je crois que les propos de Camille, résument assez bien la situation. Il faut réinventer le système. Cette mutation à déjà commencée. Le téléchargement illégal est régulé par une politique de répression et une offre grandissante de musique en libre écoute. En parallèle, la vente de musique en ligne s'est considérablement améliorée avec l'arrivée d'Itunes. L'offre est de plus en plus variée et compatible avec les différents lecteurs.

Il est important de noter que les années 2000, grâce à internet et ses réseaux de diffusion, l'histoire a connu une période de créativité artistique fleurissante. Les sous-cultures ont pris une place importante. On a pu assister au même phénomène que dans les années 70 avec l'entrée massive des labels indépendants dans la production musicale. Le consommateur à pu écouter et découvrir massivement l'ancien catalogue des maisons de disques et découvrir des artistes non produits. Les goûts de chacun sont définis et ainsi, moins sujets à des campagnes de promotions du « star-system ».

Internet est pour l'instant un lieu de vie et d'échange, où effervescence culturelle et intellectuelle n'ont de limite que la contribution des utilisateurs. J'espère que les mutations à venir ne vont pas limiter ces échanges stimulants, qui ramènerait internet au simple rang de média. Je finirai par des propos de Laurianne Deniaud :

« A l'époque, les vieux cons étaient déjà des vieux cons. Ils ne comprenaient pas la culture rock, ils ne voyaient pas venir la

révolution sociale et sexuelle de 1968. En 2010, rien de nouveau sous

Des autorités frileuses et vieillissantes ne comprennent

pas qu'Internet n'est pas un média mais un espace, un écosystème, où les citoyens se parlent, inventent et s'organisent. » 40

le soleil ![

]

39 Propos recueillis par Laurent Rigoulet, Télérama n° 3093

40 Au-delà du drame, comprendre les apéros Facebook, Laurianne Deniaud, LeMonde.fr, 25/05/10