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Leçon
2 


Qu'est‐ce‐que
le
Pouvoir
?


Essai
de
définition
du
pouvoir
politique 


Des
 centaines
 de
 gens,
 et
 pas
 seulement
 des
 spécialistes
 de
 sciences
 sociales,
 se
 sont


penchés,
ont
réfléchi
et
ont
écrit
sur
le
phénomène
du
pouvoir,
depuis
la
nuit
des
temps.


Des
 œuvres
 majeures
 en
 littérature
 par
 exemple,
 sont
 consacrées
 ou
 tournent
 autour
 de
 la


méditationsur
le
pouvoir
et
nous
apprennent
énormément
sur
ce
phénomène,
qu'il
s'agisse
du


pouvoir
 politique
 ou
 de
 cette
 relation
 fascinante
 entre
 les
 êtres
 humains
 (et
 aussi
 certains


animaux)
qui
s'exerce
à
tous
les
niveaux
de
la
vie
sociale
et
privée. 


On
peut
citer,
et
l'on
y
reviendra
: 



Le
Meilleur
des
Mondes 
(Brave
New
World ),
d'Aldous
Huxley 


1984,
de
George
Orwell


Le
Seigneur
des
Anneaux 
(The
Lord
of
the
Ri ngs ),
de
Tolkien


L'Ile
du
Docteur
Moreau ,
de
G.H.
Wells


Dune 
(La
trilogie),
de
Frank
Herbert



La
plupart
des
pièces
de
Shakespeare
(Richard
III,
Jules
César,
Henry
V,
Macbeth,
Hamlet …)


‐ 
 Beaucoup
 de
 piè ces
 de
 Racine
 et
 de
 Corneille 
 (Andromaque,
 Cinna, 
 Polyeucte,
 Le
 Cid,


Britannicus…),
souvent
 inspirées
de
la
tragé die
grecque
(Eschyle,
Sophocle,
Euripide) .


De
ces
œuvres
littéraires
ont
été
tirés
à
l’époque
moderne
de
nombreux
films…
T outes
ces
œuvres,
 littéraires
 ou
 cinématographiques,
 sont
 des
 méditati ons
 sur
 le
 pouvoir.
 On
 est
 d'ailleurs
 très
 souvent
 frappé
 par
 l'acuité
 de
 la
 vision
 de
 certaines
 œuvres
 dites 
 "littéraires". 
 Prenons‐ en
 un
 exemple,
un
extrait
du
 Meilleur
des
Mondes
:

 Nous
sommes
à
l'intérieur
du
Centre
d'Incubation
et
de
Conditionnement
 de
Londres ‐ Central,
et
 sur
 le
 fronton
 de
 l'entrée
 principale,
 on
 lit
 la
 «
devise
 de
 l'Etat
 mondial
»
 :
 COMMUNAUTE,
 IDENTITE,
STABILITE.
 Le
Directeur
de
l'Incubation
et
du
Conditionnement
fait
visiter
le
Centre
à
ses
étudiants
tout
en
 leur
 expliquant
 les
 pr incipes
 sur
 lesquels
 il
 est
 conçu. 
 Après
 avoir
 visité 
 la
 «
Salle
 de
 Fécondation 
»,
la
 «
Salle
de
mise
en
flacons
»
et
la
 «
Salle
de
prédestination
sociale
»,
ils
arrivent
 aux
 «
Pouponnières
 et
 salles
 de
 conditionnement
 pavlovien
»
 où
 ils
 vont
 observer
 un
 «
Cours
 élémentaire
de
sentiment
des
classes
sociales 
»
(sous
hypnose).
LIRE
pp.
45‐ 47 


Je
rappelle
que
cet
ouvrage
a
été
publié
en
1932


Dans
l’exemple
donné,
est
surtout
abordée
 une
des
dimensions
fondamentales
de
l’étude
du
 pouvoir
 politique
:
 c elle
 de
 la
 nature
 de
 la
 «
 contrainte
 »
 exercée
 par
 celui
 qui
 «
 commande
 »,
c’est ‐ à‐ dire
la 
question
de
la
manipulation/persuasion
par
rapport
à
la
coercition
 physique
et
la
force
pure.
Le
pouvoir
en
effet
se
manifeste
de
différentes
manières .
 On
peut
donner
une
prem ière
définition
du
pouvoir 
:
 «
la
 capacité
 d'obtenir
 des
 autres
 qu'ils
 fassent
 ce
 que
 vous
 voulez,
 dans
 la
 mesure
 où
 ils
 ne
 l'auraient
 pas
 fait
 spontanément,
 cela
 avec
 l'usage
 ou
 la
 menace
 de
 sanctions,
 si
 nécessaire
»
 (Robert
Dahl)
 Cette
définition
en
fai t
un
phénomène
reconnaissable
dans
tous
les
processus
politiques,
quel
que
 soit
 le
degré
de
démocratie
atteint.
 Les
Gouvernements
 sont
basés
 sur
le
pouvoir,
c'est
évident,
 m ais
 le
 pouvoir
 peut
 être
 un
 élément
 de
 toute
 relation
 sociale,
 comme
 par
 exemple
 entre
 les
 hommes
 et
les
 femmes,
 ou
 entre
les
 adultes
 et
les
 enfants,
 ou
 entre
les
 enfants
 (cf.
 Lord
 of
 the
 Flies ),
 …
 à
 l'intérieur
 de
 la
 structure
 familiale
 ;
 ou
 encore
 entre
 professeurs
 et
 élèves, 
 entre
 médecins
et
patients … 
 Tous
les
types
de
relations
sociales
sont
chargés
de
pouvoir
et
la
première
remarque
que
l'on
 peut
faire
est
que
le
concept
de
pouvoir
est
un
concept
très
large.



 Nous
allons
quant
à
nous
aborder
le
problème
de
sa
définition
en
sciences
sociales. 

Nous
allons
quant
à
nous
aborder
le
problème
de
sa
définition
en
sciences
sociales. 

§1 
 :
la
définition
du
pouvoir
en
science 
politique 
 :
le
pouvoir
comme
relation.


De
manière
générale,
la
science
politique
considère
donc
le
pouvoir
comme
une
relation
ou
une



 Dans
 cette
 conception,
le
 pouvoir
 n'est
 pas
 une
 force
mystérieuse,
 bénéfique
 ou
maléfique.
 Un
 phénomène
de
pouvoir
est
un
certain
type
d'action
exercé
sur
quelqu'un.
On
ne
saurait
parler
de
 pouvoir
que
si
l'on
se
trouve
en
présence
de
deux
termes
au
moins. 
 On
 peut
 partir
 de
 la
 définition
 de
 Max
 Weber
 (Dans
 Economie
 et
 Société )
 :
 le
 pouvoir
 est
 la
 «
capacité
de
 faire
 triompher
au
 sein
d'une
 relation
 sociale
 sa
propre
volonté,
même
contre
des
 résistances,
peu
importe
sur
quoi
repose
cette
capacité 
».

 Le
 pouvoir
 consiste
 donc
 dans
 la
 capacité
 pour
 un
 individu
 A
 d'obtenir
 d'un
 individu
 B
 un
 comportement
ou
une
abstention,
que
B
n'aurait
pas
spontanément
adopté
et
qui
est
conforme
à


la
volonté
de
A.
Ce
deuxième
élément
de
la
définition
est
important
:
pour
qu'il
y
ait
pouvoir,
il
ne
 suffit
 pas
 que
 B
 réagisse,
 mais
 qu'il
 le
 fasse
 conformément
 aux
 désirs
 de
 A.
 Si
 j'ordo nne
 à
 quelqu'un
qui
n'aurait
spontanément
rien
fait,
de
faire
quelque
chose
et
qu'il
fasse
le
contraire,
il
y
 a
bien
entre
nous
relation,
mais
pas
relation
de
pouvoir.


On
peut
pour
approfondir
cette
première
proposition
lire
un
extrait
de
l’ouvrage
de
 Jean ‐ Marie
 Denquin,
 Science
 politique )
:
 «
Cette
 définition
 est
 précise
 et
 permet
 de
 concevoir
 clairement
le
 phénomène
 du
 pouvoir.
 Permet ‐ elle
 aussi
 de
 reconnaître
 sans
 équivoque,
 dans
 la
 pratique,
 les
 phénomènes
 de
 pouvoir
?
 C’est
 moins
 sûr.
 Le
 deuxième
 élément
 peut
 souvent
 s’apprécier
 sans
 difficulté 
:
on
peut
aisément
s’assurer
qu’un
comportement
est
conforme
à
un
ordre
exprès.
Mais
 si
la
volonté
de
A
reste
tacite
et
que
B
obéisse
cependant
à
ce
qu’il
pense
être
la
volonté
de
A,
la
 relation
 de
 pouvoir
 devient
 difficile
 à
 identifier.
 Pourtant,
 c’est
 le
 premier
 élément
 qui
 est
 réellement
 problématique.
 Il
 suppose
 en
 effet
 une
 comparaison
 entre
 un
 fait
 réel
 (le
 comportement
 adopté
 par
 B)
 et
 un
 fait
 irréel
 par
 définition
:
 ce
 qu’aurait
 accompli
 B
 sans
 l’interven tion
 de
 A.
 Rigoureusement
 parlant,
 cette
 comparaison
 est
 impossible.
 On
 serait
 donc
 fondé,
 théoriquement,
 à
 conclure
 que
 le
 pouvoir
 n’existe
 pas 
:
 B
 fait
 toujours
 ce
 qu’il
 veut,
 le


interaction.

hasard
 seul
 rend
 ses
 actes
 conformes
 à
 la
 volonté
 de
 A
 et
 le
 pouvoir
 se
 réduit
 à
 l’illusion
 de
 puissance
de
A. 
 Pourquoi
 adoptons‐ nous
 une
 autre
 interprétation 
?
 Autrement
 dit,
 pourquoi
 croyons ‐ nous
 à
 la
 réalité
du
pouvoir 
?
Comment
le
connaissons‐ nous
?
De
trois
manières
:
 D’abord
par
introspection 
:
 j ’ai
le
sentiment
de
disposer 
d’un
certain
pouvoir,
d’une
part
sur
moi ‐ même,
d’autre
part
 sur
autrui.
Ce
 sentiment
est
peut ‐ être
une
illusion.
Mais
c’est
une
illusion
à
 laquelle
 je 
suis
si
bien
habitué
qu’elle
domine
 ma
pensée,
 mon
comportement
et
 ma
conception
 du
monde.
 
 En
second
lieu,
 j e
rencontre
le
pouvoir
lorsque
la
volonté
d’autrui
contraint
la
mienne.
Là
encore,
 cette
expérience
est
équivoque 
:
 je 
peux
croire,
ou
aimer
à
croire,
qu’en
fait
 je 
suis
libre
et
que
 je 
 veux
 précisément
 ce
 qu’autrui
 croit
 m ’imposer.
 Je
 peux
 aussi
 n’in voquer
 l’idée
 du
 pouvoir
 qu’autrui
aurait
sur
 moi
que
pour
 me
dégager
de
la
responsabilité
de
 mes
actes
à
l’égard
d’autrui
 ou
à
mon
propre
égard.
 Enfin,
quand
 j ’observe
les
relations
de
deux
autres
personnes
entre
elles,
 je 
postule,
dans
certains
 cas,
 à
 partir
 de
 mon
 expérience
 intime,
 que
 l’une
 a
 un
 certain
 pouvoir
 sur
 l’autre.
 Cette
 explication
 me
semble
en
effet
mieux
rendre
compte
des
comportements
observés,
compte
tenu
 des
 données
 en
 ma
 possession,
 que
 celle
 qui
 consisterait
 à
 supposer
 des
 actions
 libr es
 et
 convergentes.
 Ainsi
entendu,
le
pouvoir
est
à
la
fois
une
expérience
et
une
hypothèse.
Ces
deux
interprétations
 couvrent
l’ensemble
du
champ
où
s’exercent
les
phénomènes
de
pouvoir,
mais
à
l’intérieur
de
ce
 champ,
elles
varient
en
raison
inverse
l’une
de
l’autre.
Autrement
dit,
on
peut,
à
partir
de
notre
 expérience
du
pouvoir,
décrire
l’ensemble
des
 faits
sociaux
comme
des
 faits
de
pouvoir
imposés
 par
une
volonté
subjective
en
niant
toute
liberté
des
acteurs
;
on
peut,
à
l’inverse,
nier
l’expérience
 d u
 pouvoir
 réduire
 celui ‐ ci
 à
 l’état
 de
 pure
 hypothèse,
 ou
 en
 faire
 l’économie
:
 on
 décrira
 l’ensemble
 des
 rapports
 sociaux
 comme
le
libre
jeu
 des
 volontés
individuelles
 à
l’intérieur
 d’un
 espace
contraignant.
 Aucune
 de
 ces
 interprétations
 extrêmes
 n’est
 co nvaincante,
 car
 toutes
 deux
 heurtent
 trop
 manifestement
notre
expérience
quotidienne,
qui
est
 faite
de
contrainte
mais
aussi
de
liberté.
 Il
 importe
cependant
qu’elles
puissent
être
 pensées,
fût ‐ ce
à
titre
d’idée
limite,
car
elles
montrent
 que
toute
descrip tion
du
pouvoir
est
potentiellement
mouvante
entre
ces
deux
pôles
(…)
».



Pour
 dépasser
 ces
 difficultés,
il
 est
 apparu
 nécessaire
 à
 certains
 sociologues,
 américains
 pour
la
 plupart,
 d’approcher
 le
 problème
 de
 manière
 expérimentale.
 Naturellement,
 il
 ne
 pouvait
 être
 question
 de
 reconstituer
 une
 société
 entière.
 Les
 initiateurs
 de
 cette
 technique
 ne
 pouvaient
 opérer
que
sur
des
groupes
artificiels
et
restreints,
ce
qui
hypothèque
doublement
leur
démarche.
 Avant
d’apprécier
la
validité
de
celle ‐ ci,
il
convie nt
cependant
de
décrire
leurs
méthodes
et
leurs
 résultats.
 Le
 principe
 de
 base
 de
ces
études
microsociologiques
 du
 pouvoir
consiste
 dans
la
 formation
 de
 groupes
de
discussion
dans
lesquels
on
va
étudier
l’émergence
progressive
de
relations
d’autorité.
 Les
 présupposés,
les
méthodes
 et
les
 résultats
 des
 principaux
 chercheurs,
 tels
 que
 J.L.
Moreno,
 R.F.
Bales
ou
K.
Lewin,
sont
différents
mais
on
peut
dégager
de
le urs
travaux
une
idée
commune 
:
 les
 groupes
 sont
 le
 siège
 d’un
 phénomène
 majeur
 qui
 est
 l’apparition
 de
 leaders,
 c’est‐ à‐ dire
 d’individus
 qui
 jouissent
 d’un
 prestige
 et
 d’une
 influence
 supérieurs
 à
 ceux
 des
 membres
 quelconques.
 Au ‐ delà
 de
 cette
 constatation,
 aucune
 conclusion
 ne
 s’impose
 absolument.
 Les
 leaders
 qui
 apparaissent
 au
 sein
 des
 groupes
 sont
 de
 types
 très
 variés 
:
 ils
 peuvent
 être
 conformistes,
ou
au
contraire
marginaux,
ce
qui
revient
à
dire
que
leur
influence
peut
provenir
de
 ce
 que
les
membres
 du
 groupe
 se
 reconnaissent
 en
 eux,
 ou
 à
l’inverse
 que
 d’une
 différence
 qui


leur
confère
du
prestig e.
Ils
peuvent
être
caractérisés
par
leur
compétence,
leur
habileté
à
poser
et
 résoudre
 un
 problème,
 ou
 au
 contraire
 par
 leur
 capacité
 à
 attirer
 la
 sympathie,
 leur
 séduction
 personnelle.
 L’intéressant
 est
 que
 la
 répartition
 des
 résultats
 entre
 les
 deux
 hyp othèses
 ne
 varie
 pas
 statistiquement
 de
 manière
 significative
 avec
 la
 nature
 du
 problème
 posé
:
 que
 celui ‐ ci
 soit
 technique,
et
suppose
donc
pour
être
résolu
l’appel
à
un
certain
savoir,
ou
que
les
discussions
et
 les
 opinions
 subjectives
 y
 aient
 un
 plus
 la rge
 part,
 ne
 semble
 pas
 influencer
 le
 processus
 de
 désignation
 des
 leaders.
 La
 « 
nature 
»
 du
 problème
 ne
 crée
 donc
 pas
 le
 leader.
 L’élément
 déterminant,
 c’est
la
manière
 dont
la
 personnalité
 de
 celui ‐ ci
 est
 ressentie
 par
le
 groupe.
Cette
 image
étant
liée
à
sa
personne,
mais
aussi
à
celle
de
chaque
membre
du
groupe
et
aux
échanges
 qui
 s’établissent
entre
eux,
le
 résultat
n’est
 sans
doute
pas
indéterminé,
mais
la
multiplicité
des
 facteurs
le
rend,
dans
chaque
cas
concret,
à
peu
près
imprévisible. 
 Ces
 observations
 sont
 à
 mettre
 en
 parallèle
 avec
 l’échec
 de
 la
 tentative
 technocratique.
 Elles
 montrent
en
effet
que
le
«
technique 
»
n’est
pas
une
catégorie
première
et
spontanément
perçue
 par
les
individus.
Le
«
politique
»,
où
tous
les
facteurs
entrent
en
combinaison,
semble
antérieur
 du
fait
même
de
son
caractère
global
et
indifférencié 
».

Pour
résumer,
deux
apports
essentiels
de
ces
expériences 
:
 1)
Le
 pouvoir
 n’est
 pas
 conditionné
 de
 manière
 simple
 dans
 ses
 modalités
 par
 la
 nature
 des
 problèmes
qui,
au
sein
d’un
groupe
élémentaire,
suscitent
son
apparition. 


2)
Le
second
est
positif,
et
c’est
le
plus
important.
Les
groupes
humains
produisent
spontanément


des
différenciations
qui
ont
un
caractère
endogène
et
ne
sont
pas
le
produit
d’une
incitation
ou
d’une
 contrainte
extérieure.
 Il
en
résulte
que
le
pouvoir
est
naturel .
Non
pas
tel
ou
tel
pouvoir 
:
aucune
 forme
 particulière
 de
 pouvoir,
 qu’elle
 soit
 démocratique
 ou
 tyrannique,
 ne
 peut
 se
 prévaloir
 d’un
 caractère
naturel
pour
rejeter
a
priori
les
attaques
ou
les
criti ques
dont
elle
est
l’objet.
Tout
pouvoir
 réel
est
contestable,
dans
sa
nature
comme
dans
ses
modalités.
Mais
 le
fait
qu’il
existe
du
pouvoir 
 ne
peut
en
lui ‐ même
être
dénoncé
comme
une
perversion
sociale,
ou
une
violation
de
quelque
droit
 naturel.
Le
pouvoi r
est
immanent
aux
groupes
humains .


On
peut
dire
que
l’ambivalence
(phénomène
bon
et
mauvais)
du
pouvoir
se
retrouve
au
sein
de
 cette
 conception
 du
 pouvoir
 comme
 relation.
 Ceci
 est
 particulièrement
 vrai
 dans
 une
 manifestation
 de
 l’exercice
 du
 pouvoir
 qui
 est
 une
 sorte
 d’archétype
:
 le
 commandement
 militaire.
 Cette
ambivalence
de
la
relation
de
commandement
est
très
bien
illustrée
dans
le
film
 U‐571 
(qui
 raconte
l’action
menée
par
des
sous‐ marins
britanniques
et
américains
pendant
la
seconde
guerre
 mondiale 
 pour
 tenter
 de
 percer
 le
 secret
 du
 codage
 allemand
 qui
 avait
 amené
 en
 1941 ‐ 43
 la
 destruction
de
plus
de
mille
bateaux
alliés ).
 Ce
 film
est
vraiment
une
méditation
sur
le
commandement,
l’exercice
 très
solitaire
du
pouvoir
;
 mais
aussi
sur
l’autre
versant
d e
la
relation
de
pouvoir,
 l’obéissance
:
en
ce
sens,
il
est
clairement
 dit
que
si
le
chef
doit
gagner
le
respect
de
ses
hommes
il
doit
pouvoir
compter
sur
une
obéissance
 sans
failles
et
 ceci
pour
le
bien
de
la
collectivité.
Autrement
dit,
l’obéissance
au
c hef
est
aussi
 très
ambivalente,
c’est
à
la
fois
une
marque
de
respect
pour
tel
ou
tel
individu,
 mais
c’est
surtout
 une
 nécessité
 de
 l’organisation
 militaire
 (comme
 de
 l’organisation
 sociale,
 nous
 expliquera
 Milgram
dans
 Soumission
à
l’Autorité ,
que
nous
analyserons
plus
loin).
On
peut
le
dire
aussi
du
 système
d’éducation. 
 Il
est
recommandé
de
visionner
ce
film. 


§
2
 Spécificité
du
Pouvoir
politique


On
peut
commencer
par
la
définition
donnée
par
Jean ‐ William
Lapierre
du
pouvoir
politique.
Elle
 est
très
inté ressante.
Le
pouvoir
politique,
pour
lui,
est
bien
une
relation,
ou
plutôt
un
ensemble
 de
relations.
Ce
qu’elles
ont
de
particulier,
c’est
que
ce
sont
 des
relations
nécessaires
à
l’existence
 et
au
fonctionnement
du
système
politique .


Il
 précise,
 tout
 d’abord
 que
 « 
(La
 définition
 du
 pouvoir
 politique)
 que
 nous
 admettons
 n'implique 
 pas
 plus
 de
 préjugés
 anthropocentriques
 que
 de
 préjugés
 ethnocentriques.
 Elle
 ne
 postule
 a
 priori
 aucune
coupure
métaphysique
entre
l'animal
et
l'homme.
(…) 
» 
 Définition
 : 

 « 
Le
 s ystème
 politique
 d'une
 société
 globale
 est
 l'ensemble
 des
 processus
 de
 décision
 régulatrice
 relatifs
 à
la
coordination
et
 à
la
coopération
entre
les
membres
 qui
composent
cette
société,
 ainsi
 qu'à
la
direction
de
ses
entreprises
ou
actions
collectives.
 
 Le 
 pouvoir
 politique
 est
 la
 combinaison
 variable
 de
 relations
 de
 commandement ‐ obéissance
 (autorité )
 et
 de
 domination‐ soumission
 ( puissance )
 par
 lesquelles
 s'effectue
 cette
 régulation.
 Les
 relations
 d'autorité
impliquent
 un
 accord
 entre
 ceux
 qui
 commandent
 et
 ceux
 qui
 obéissent,
 donc
 une
 exécution
 consentie 
 des
 décisions.
 Les
 relations
 de
 domination
 impliquent
 un
 recours
 à
 la
 coercition,
donc
une
exécution
 forcée 
des
décisions. 
»

Le
pouvoir
politique
est
donc
un
ensemble
de
relations
spécifiques.
 Nous
allons
essayer 
d’expliciter
cette
définition
tout
au
long
de
cette
leçon. 



O n
aura

trois
points
dans
ce
§
2 
:


I.

Le
couple
Ordre/Liberté 


II.

L’Alliance
complexe
de
la
coercition
et
de
la
légitimité 


III.

Pouvoir
et
Légitimité


Première
idée,
donc 
:
 Ce
problème
de
la
défini tion
de
la
spécificité
du
pouvoir
politique
et
de
sa
place
dans
la
société
 peut
être
formulé
d'une
autre
manière,
qui
n’est
pas
loin
de
la
philosophie
politique
:



I.
Le
couple
Ordre
/
Liberté


L'un
 des
 débats
 les
 plus
 classiques
 et
 les
 plus
 fondamentaux
 à
 propos
 de
 l'organisation
 sociale
 revient
en
fait
à
un
problème
de
"maintien
de
l'ordre",
c'est ‐ à‐ dire
que
la
question
est
: 


Comment
 maintenir
 l'ordre
 dans
 une
 société
 et
 empêcher
 les
 individus
 de
 se
 combattre
 sans
 cesse
 et
 à
 tout
 propos
 (conflits
:
 nous 
 avons
 évoqué,
 à
 propos
 de
 la
 définition
 de
 la
 politique,
 cette
 tendance
 humaine,
 et
 la
 question
 du
 choix ),
 tout
 en
 préservant
 un
 certain
 degré
de
liberté
personnelle
? 


Revenons
à
un
petit
exercice
instructif
que
vous
avez
peut ‐ être
déjà
entrepris
et
auqu el
j’avais
fait
 allusion
en
début
de
cours,
pour
saisir
toute
l'acuité
et
la
complexité
de
ce
problème
éternel
: 
 L'idée
est
d'essayer
de
faire
une
liste
des
domaines
dans
lesquels
vous
pensez
que
chaque
individu


devrait
avoir
une
liberté
absolue.
Vous
pourriez
partir
des
exemples
que
j'ai
évoqués
en
tout
début


d'introduction. 
 Pensez‐ vous
par
exemple,
que
nous
devrions
avoir
une
liberté
totale
dans
les
domaines
suivants
:


Ce
que
nous
pouvons
dire
en
public
? 
 Ce
qu'il
est
possible
de
montrer
à
la
télé
?
 Notre
comportement
sexuel
?
 Payer
des
impôts
?
 Fumer
? 
 Les
vêtements
que
nous
portons
?
 Ceux
que
nous
aurions
le
droit
de
tuer
? 


Vous
allez
vous
rendre
compte,
si
vous
ne
l'avez
déjà
 fait,
que
rien
de
tout
cela
n'est
évident,
et


que
la
 coexistence
 en
 groupe
 nécessite
 pour
 trancher
les
inévitables
 conflits
 dans
les
 domaines
 évoqués,
ce
que
l’on
appelle
 une
autorité
de
régulation,
c’est ‐ à‐ dire
quelqu’un
qui
a
le
pouvoir
 de
faire
le
choix
entre
les
possibilités
et
d’imposer,
en
vertu
de
son
 autorité,tel
ou
tel
choix.
 Cette
autorité,
 ce
pouvoir,
peut
se
décomposer
en
différentes
manifestations.
Classiquement,
on
 distingue 
:


‐ 
DIRE
ce
que
l’on
peut
ou
ne
peut
pas
faire
dans
une
société
donnée
.


C’est
ainsi
que
l’une
des
manifestations
principales
du
pouvoir
est
de
 dire
 le
Droit,
c’est‐ à‐ dire
 énoncer
les
règles
sociales)
:
ex
:
faire
la
loi
au
parlement
relève
de
l’exercice
du
pouvoir
politique,
 de
même
que
faire
le
règlement
ou
des
circulaires,
ou
toutes
sortes
de
règles .
 Mais
attention 
:
on
 ne
peut
réduire
le
pouvoir
politique
de
dire
à
celui
de
dire
la
règle
de
Droit 
;
dans
certains
cas,
le


pouvoir
 est
 celui
 de
 QUALIFIER
:
 qualifier
 l’ennemi,
 qualifier
 le
 comportement
 punissable
 et
 identifier
publiquement
ses
auteurs 
(les
«
terroristes 
»
par
exemple)




 ‐ 
FAIRE
LES
 CHOIX
PUBLICS
(décider
des
politiques
menées
pour
la
collectivité) 
 

‐ 
FAIRE
LES
 CHOIX
PUBLICS
(décider
des
politiques
menées
pour
la
collectivité) 

‐ 
SANCTIONNER
un
manquement
aux
règles,
une
violation
de
ce
qui
est
interdit, 

ou
encore
 

‐ 
 CONTRAINDRE
 l’autre
 partie
 à
 agir
 selon
 les
 règles
 ou
 les
 injonctions
 de
 ceux
 qui

commandent,
dan s
le
cadre
des
politiques
décidées
par
le
pouvoir
au
nom
de
la
collectivité .

(Cette
manifestation
du
pouvoir
nécessite
des
 moyens
particuliers 
:
il
s‘agit
ici
de
la
question

de 
la
capacité
à
utiliser 
la
FORCE)


Cette
problématique
est
à
l'évidence
fonda mentale
:
 Elle
 nous
 permet
 d'abord
 de
 comprendre
 pourquoi
 certaines
 personnes
 (plutôt
 nombreuses)
 n'aiment
 pas
le
 concept
 de
 pouvoir
 politique
 et
 évitent
 donc
 de
l'aborder,
 de
le
 confronter.
 En
 effet,
 le
 concept
 de
 pouvoir
 politique
 sent
 la
 contrainte,
 la
 coercition,
 voire
 la
 violence,
 la
 brutalité 1 .
 Et
pourtant,
toutes
sortes
d’expériences
et
toutes
les
études
menées
sur
le
pouvoir
montrent
qu’il
 a
un
caractère
 naturel.
 Au
fondement
de
ce
phénomène,
le
caractère
"naturel"
des
antagonismes
 sociaux
: 
ainsi ,
dit
Jean ‐ William
LAPIERRE,
dans
Vivre
sans
Etat
?
(1977,
p.
280),
déjà
cité
: 
 "Il
n'y
a
pas
de
société
humaine
sans
tensions
ni
conflits
(…)
Une
société
ne
peut
exister
sans
des
 procédés
 de
 résolution
 des
 tensions ,
 de
 règlement
 des
 conflits ,
 que
 ces
 procéd és
 soient
 ou
 non
 violents
et
coercitifs" 
 Cela
donne
chez
lui
la
définition
du
pouvoir
politique
que
nous
avons
déjà
vue,
et
qui
met
l’accent
 sur
 le
 pouvoir
 comme
 r égulateur
 (producteur
 d’ordre).
 On
 retrouve
 cependant
 bien
 sûr
 ici
 l’ambivalence,
 qui
 vient
 du
 constat
 de
 l’abus
 de
 pouvoir
 :
 comment
 faire
 surveiller
 (sans
 qu’ils
le
sachent)
 des
citoyens 
pendant
des
années
peut‐ il
relever
de
la
régulation
et
de
l’ordre 
?
 N’est‐ on
pas
plutôt
ici
dans
la
production
du
désordre 
?
 Idem 
 pour
 l’expérience
 de
 Milgram 
 (voir
 leçon
 3)
:
 la
 tendance
 naturelle
 de
 l’homme
 à
 se
 soumettre
à
l’autorité
légitime
peut,
poussée
à
l’extrême,
mettre
en
péril
l’ordre
social
lui‐ même
 et
les
valeurs
sur
lesquelles
il
est
fondé
(tu
ne
tueras
point,
tu
ne
feras
pas
souffrir
un
innocent).
 Ce
constat 
de
la
fragilité
constitutive
de
la
tentative
d’arriver
à
un
équilibre
entre
ordre
et
liberté,
 essence
même
de
 la
politique,
 s’appuie
sur
la
découverte
d’ une
autre
grande
règle
qui
résulte
 de
l’observation
des
phénomènes
de
pouvoir,
et
qui
a
été
 formulée
par
un
très
grand
esprit
du
18 e 
 siècle,
Montesquieu.
On
peut
en
effet
lire
dans
l’Esprit
des
Lois
que
:
 «
…
C’est
une
expérience
éternelle,
que
tout
homme
qui
a
du
pouvoir
est
porté
à
en
abuser 
;
il
va
 jusqu’à
ce
qu’il
trouve
des
limites.
(…) 
 Pour
qu’on
ne
puisse
abuser
du
pouvoir,
il
faut
que,
par
la
 disposition
 des
 choses,
 le
 pouvoir
 arrête
 le
 pouvoir.
 Une
 Constitution
 peut
 être
 telle,
 que
 personne
ne
sera
contraint
de
faire
les
choses
auxquelles
la
loi
ne
l’oblige
pas,
et
à
ne
point
faire
 celles
que
la
loi
lui
permet 
».
 Montesquieu,
 De
l’Esprit
des
Lois ,
 Livre
XI,
«
Des
lois
qui
forment
la
 liberté
politique
dans
son
rapport
avec
la
constitution
».


Partant
de
cette
idée
fondamentale,
les
Libéraux
(au
sens
politique
et
non
économique),
qui
sont
 à
l’origine
des
révolutions
du
18 ème 
siècle
(même
si
ils
ne
les
ont
pas
toujours
terminées…)
voient
 la
 solution
 à
 ce
 dilemme
 ordre/liberté,
 qui
 est
 en
 fait
 une
 question
 d’EQUILIBRE,
 dans


1 
Exemple
des
écoutes
de
l’Elysée
à
l’époque
Mitterrand/Prout eau
:
atteinte
directe
à
la
 sphè re
privée,
base
même
de
la
démocratie.
 La
 brutalité
 de
l’exercice
 nu
 du
 pouvoir
 se
 révèle
ici
 au ‐ delà
 des
 apparences,
 qui
 peuvent
 être
 fort
 séduisantes,
 du
 pouvoir.
 Un
 homme
séduisant,
les
charmes
de
la
communication,
etc.
Et
il
se
trouve
toujours
des
 gens
pour
y
participer
et
le
justifier 


l’aménagement
 du
 pouvoir
 politique
 par
 une
 structure
 constitutionnelle
 q ui
 répartit
 le
 pouvoir
pour
mieux
le
limiter. 


Dans
 ce
 dilemme
 ordre/liberté,
 l’une
 des
 questions
 les
 plus
 importantes
 est
 donc
 celle
 de
 la
 SEPARATION
DES
POUVOIRS.


Question
 qu’il
 vous
 est
 suggéré
 de
 réviser
 à
 l’aide
 de
 vos
 connaissances
 et
 de
 la
 bibliograp hie
 proposée.


Revenons
 maintenant
 à
 l’une
 des
 questions
 capitales
 et
 parmi
 les
 plus
 controversées
 dans
 la
 relation
de
pouvoir
politique,
qui
est
celle
des
rapports
entre
ce
qui
procède
de
la
 force
et
ce
qui
 relève
du
 consentement.

C’est
le
deuxième
poin t
 abordé
 :


II.
L'Alliance
complexe
de
la
contrainte
et
du
consentement


Il
est
clair
que
la
contrainte
exercée
par
le
pouvoir
en
est
l’élément
le
plus
apparent 
:
qu’est ‐ ce
qui
 personnifie
le
mieux
l’ordre,
pour
un
français,
par
ex 
?
 LE
 GENDARME.
 On
 parle
 d’ailleurs
 de
la
 peur
 du
 gendarme
 et
 de
la
 nécessité
 en
 France
 de
la
 force
pour
faire
appliquer
les
décisions
et
les
lois.
(ex
connu
du
code
de
la
route)
 On
saisit
à
nouveau,
avec
cet
exemple,
l’ambivalence
du
pouvoir 
:
 la
force
opprime
(le
gendarme
 arrêt e
le
 chauffard)
mais
 la
 force
 protège
 (le
 gendarme
 sauve
 des
innocents,
 par
 exemple
 des
 enfants
;
démantèlement
de
réseaux
de
trafics,
etc.) .
 A
l’inverse,
beaucoup
de
faits
montrent
que
le
pouvoir
peut
faire
l’objet
d’un
 consentement
de
la
 part
de
ceux
qui 
obéissent
:
reprendre
l’exemple
que
l’on
donne
classiquement
du
code
de
la
route


et
du
feu
rouge.
Ou
encore
des
impôts


 Ces
exemples
étant
aujourd’hui
à
nuancer 
:
signes
d’évolution
de
la
société…


Nous
constatons
donc
qu’il
existe
deux
explications
de
 la
relation
de
pouvoir 
:
la
contrainte,
et
le
 consentement 
:
 J’obéis
parce
que
je
suis
obligé
 J’obéis
parce
que
je
suis
d’accord 
 C’est
bien
sûr
l’opposé
mais
nous
allons
voir
que
la
frontière
entre
les
deux
explications
n’est
pas


claire,
 pas
 tranchée,
 dans 
 la
 réalité.
 Un
 comportement
 donné
 procède
 t‐ il
 d’une
 relation
 de
 pouvoir
ou
de
la
convergence
des
volontés
?


 

Il
 est
 possible
 de
 décrire
 tous
 les
 faits
 comme
 s’ils
 provenaient
 de
 la
 contrainte.
 Le
 consentement
 des
 individus
 n’est
 dans
 ce
 cas
 qu’une
 apparen ce
 ou
 une
 conscience
 faussée
 (par
la
manipulation
par
exemple).
Les
hommes
préfèrent
 croire
qu’ils
consentent
au
pouvoir
 plutôt
que
de
s’admettre
contraints,
forcés.
La
ruse
du
pouvoir
est
alors
de
développer
en
eux
 (par
 la
 manipulation,
 l’idéologie,
 la
 persuasion)
 cette
 illusion
 qu’ils
 sont
 maîtres
 de
 leurs
 décisions,
qu’ils
sont
autonomes.


Il
 est
 tout
 aussi
 possible
 de
 décrire
 le
 réel
 en
 termes
 de
 consentement 
:
 on
 dira
 que
 le
 gouvernement
 le
 plus
 tyrannique
 repose
 toujours
 sur
 l’acceptation
 du
 plus
 grand 
 nombre
 puisque
celui ‐ ci
pourrait
se
révolter. 


Chacune
de
ses
thèses
a
ses
défenseurs.
Mais
la
plupart
des
spécialistes
dépassent
cette
opposition
 pour
décrire
un
phénomène
plus
complexe.
Essayons
de
réfléchir
sur
ces
éléments
et
d’affiner
un
 peu
l’analyse,
notamment
au
travers
de
la
définition
d’un
certain
nombre
de
concepts. 
 Comme
nous
l'avons
déjà
vu,
Max
Weber
a
écrit
que
le
pouvoir
est
«
la
capacité
 de
faire
triompher
 au
 sein
 d'une
 relation
 sociale
 sa
 propre
 volonté,
même
 contre
 des
 résistances,
 peu
i mporte
 sur
 quoi
repose
cette
capacité 
»
;



Max
 Weber
 a
 lui ‐ même
 distingué
 entre
 pouvoir
 (on
 pourrait
 dire
 aussi,
 et
 certains
 disent
 :
 puissance),
 autorité
et
 légitimité.
Ses
définitions
de
chacun
de
ses
termes
ont
été
résumées
de
 la
manière
suivante
par
C hris
BROWN 2 
:
 Le
POUVOIR
(ou
la
puissance),
c'est

la
force,
la
coercition
et
la
répression
;
c'est
le
fusil,
le
poing
 ou
l'amende
;
c'est
la
main
du
policier
sur
votre
bras,
ou
la
balle
dans
votre
tête. 


2 
Chris
Brown,
"Power
and
democracy",
in
McNeill
&
Townley,
 Fundamentals
of
sociology ,
Thornes, 
 Cheltenham,
1981
Boston,
Houghton
Mifflin,
1972. 


L'AUTORITE,
elle,
existe
 quand
le
 pouvoir
est
utilisé
 par
les
 gouvernants
avec
le
consentement
 des
gouvernés,
par
la
hiérarchie
avec
l'accord
des
subordonnés.
Dans
ces
circonstances,
la
force
ne
 sera
pas
nécessaire,
bien
qu'elle
continue
à
exister
en
tant
que
sanction
ultime. 
 La
LEGITIMITE
est
le
processus
par
lequel
le
pouvoir
devient
autorité
;



dans
 ce
 domaine,
 le
 problème
 essentiel
 est
 de
 déterminer
 si
 la
 légitimité
 est
 accordée
 librement
ou
si
elle
est
activement
extorquée
par
le
pouvoir.

A
ce
propos,
lié
à
ce
concept
de
légitimité,
il
y
a
débat
à
pro pos
d'un
mot
utilisé
par
Weber
:
le
 mot
est
"Herrschaft"
:
c elui ‐ ci
devrait ‐ il
être
traduit
par
"autorité"
ou
par
"domination"
? 
 Le
choix
du
mot
autorité
implique
justement
un
 consentement 
accordé
par
 les
gouvernés,
alors
 que
 domination
 sous ‐ entend
 une
 imposition
 du
 pou voir
 sur
 le
 reste
 de
 la
 société 
 (explication
 possible
par
le
contexte
social)
 Ceci
 peut
 apparaître
 à
 certains
 comme
 un
 problème
 obscur
 de
 traduction
 ;
 mais
 en
 fait
 ce
 problème
a
de
très
importantes
conséquences
:
 ‐ 
 La
 première
 traduction
 de
M ax
Weber
 fut
entreprise
 par
Talcott
PARSONS,
le
 chef
 de
l'Ecole
 fonctionnaliste.
Il
choisit
de
traduire
 Herrschaft
 par
AUTORITE.
Il
a
ainsi
appuyé
sur
l'utilisation
 consensuelle
 légitime
 du
 pouvoir
 politique,
 et
 dans
 ses
 propres
 travaux,
 l'idée
 même
 de
 gouvernants
dominant
des
gouvernés
disparaît
;
il
se
semble
pas
y
faire
de
réelle
différence
entre
 pouvoir
et
autorité.
Tout
pouvoir
est
vu
comme
légitime.
( ethnocentrisme
anglo‐ saxon,
et
surtout
 américain) .
 Ce
point
de
vue
a
été
très
sévèrement
critiqué
par
 différents
spécialistes
du
conflit.
Steven
LUKES
 notamment 3 ,
 a
 affirmé
 que
 la
 traduction
 exacte
 de
 Herrschaft
 était
 DOMINATION,
 et
 que
 les
 travaux
 de
 Weber
 soulignent
 la
 façon
 dont
 les
 gouvernants
 recherchent
 activement
 la
 légitimité
de
la
part
de
la
population
(vont
chercher 
le
«
consentement 
»).
 On
 voit
 tout
 de
 suite
 que
 la
 porte
 s'entrouvre
 alors
 pour
 la
manipulation
 …
:
 on
 veut
 dire
 la
 manipulation
par
les
leaders
des
désirs
de
la
société
afin
d'asseoir
la
légitimité
de
leur
pouvoir
par
 divers
procédés, 
et
en
particulier
au
travers
de
ce
que
l’on
appelle
le
«
conditionnement 
»
(la
mise
 en
 condition,
la
 configuration
 des
individus
 en
 fonction
 des
 critères
 et
 de
l’ordre
 c onçu
 
 (C'est
 toute
la
thèse
du
Meilleur
des
Mondes 
:
LIRE,
p.
21,
p.
37,
et
pp.
45‐ 47)


Donc,
la
controverse
sur
la
traduction
est
en
réalité
une
controverse
politique
fondamentale
: 
 Le
consentement
est ‐il
libre
et
provient‐il
du
peuple
 (ou
en
tous
cas,
des
gouvernés) 
? 
 ou
 Est ‐il
 une
construction
? 
(avec
l'implication
qu'il
peut
être
le
rés ultat
de
 manipulations)

L'une
 des
 deux
 "faces"
 de
la
 relation
 de
 pouvoir
 politique
 est
 donc
la
 face
 "sombre",
 celle
 de
la
 MANIPULATION,
de
la
CONTRAINTE,
de
la
COERCITION,
de
la
FORCE. 
 Le
 problème
 de
 l'exercice
 du
 pouvoir
 politique
 ne
 peut
 se
 réduire
 en
 e ffet
 à
 la
 mesure
 du
 consentement 
;
il
faut
envisager
que
le
pouvoir
politique
puisse
aussi
 se
passer
du
consentement
 des
assujettis. 
 Souvenons‐ nous
de
la
définition
du
pouvoir
politique
donnée
par
JW
LAPIERRE
(déjà
citée)
:


Le
système
politique
d'une
socié té
globale
est
l'ensemble
des
processus
de
décision
régulatrice
relatifs
à
la
coordination
 et
à
la
coopération
entre
les
membres
qui
composent
cette
société,
ainsi
qu'à
la
direction
de
ses
entreprises
ou
actions
 collectives.
 


3 
Lukes,
 Power
:
a
radical
view ,
Macmillan,
London,
1974 


Le
pouvoir
politique
est
la
co

soumission
 ( puissance )
 par
 lesquelles
 s'effectue
 cette
 régulation.
 Les
 relations
 d'autorité
 impliquent
 un
 accord
 entre
 ceux
 qui
commandent
et
ceux
 qui
 obéissent,
 donc
un e
exécution
 consentie 
 des
 décisions.
Les
 relations
 de
 domination


impliquent
un
recours
à
la
coercition,
donc
une
exécution
 forcée 
des
décisions .


L’idée
 est
 la
 suivante
:
 en
 dehors
 du
 fait
 que
 même
 dans
 les
 régimes
 démocratiques,
 qui
 sont
 censés
 reposer
 sur
le
consentement,
la
 force
est
 toujours
présente
 (incarnée
notamment
par
les
 «
instruments
du
maintien
de
l'ordre 
»)
et
souvent
utilisée,
il
existe
des
sociétés
dans
lesquelles
le
 pouvoir
politique
 repose
sur
la
force
nue
 (cependant
elle
a
tendance
à
toujours
se
parer
des
 atours
du
«
 consentement
 »).


mbinaison
variable
de
relations
de
commandement ‐ obéissance
( autorité )
et
de
domination

Philippe
Braud,
politologue
français,
a
rédigé
dans
le
 Traité
de
science
politique ,
l'article
consacré
 aux
 phénomènes
 de
 pouvoir,
 et
 notamment
 le
 pouvoir
 politique.
 Dans
 un
 paragraphe
 de
 cet
 article
intitulé
 "L'alliance
 de
la
coercition
 et
 de
la
légitimité
:
irréductible
 du
 pouvoir
 politique" ,
il
 écrit
ceci
: 


« 
 L'opposition
entre
autorité
légitime
et
autorité
coercitive
(fondée
sur
la
force)
est
presque
toujours
excessive.
En
effet,


les
phénomènes
de
pouvoir
p olitique
associent
intimement
le
contrôle
de
la
coercition
(dont
l'usage
ou
la
menace
restent
 néanmoins
virtuels
en
 général)
et
la
mobilisation
 d'un
minimum
 quasi ‐ incompressible
 de
légitimité.
 Au
niveau
de
 la
 société
 globale,
 des
 dictatures
 purement
 techni ques,
 fondées
 exclusivement
 sur
 la
 violence,
 sont
 certainement
aussi
éphémères
et
exceptionnelles
que
 l'exercice
direct
de
 la
violence
physique
ou
psychique
 pure
 dans
 les
 relations
 interindividuelles .
 L'observation
 historique
 montre
 que
 les
 usurpations
 de
 légitimité
 dynastiques,
 ou
les
 putschistes
 qui
 abolissent
 des
institutions
 démocratiques,
 s'empressent
 néanmoins
 de
 donner
 des
 pseudo ‐ justifications
à
leurs
actes,
fondées
sur
un
intérêt
supérieur
(celui
de
la
Patrie,
de
la
Révolution,
des
Masses,
etc.)
 (… )
 Par
ailleurs,
ils
tentent
toujours
d'in staurer
une
nouvelle
légalité,
c‘est ‐ à ‐ dire 
un
nouvel
ordonnancement
juridique.
 En
d'autres
termes,
les
détenteurs
de
la
coercition
visent
à
mobiliser
des
représentations
sociales
de
leur
domination,
qui
 favorisent
 l'acquiescement
des
assujettis
en
prétendant
se
fonder
sur
des
valeurs
éthiques
susceptibles
d'être
largement
 partagées
 (cf.
chez
Marx,
le
droit
est
une
« 
 superstructure 
 »
masquant
la
réalité
de
la
hideuse
domination
de
classe) .
La
 légitimité
 a
 un
 rapport
 direct
 avec
 les
 croyances
 sociales
 admises
 dans
 un
 système
 culturel
 donné.
 Ce
 sont
 elles
 qui
 pourront
 être
mobilisées
 en
vue
 d'assurer
l'intériorisation
 des
injonctions
 si
 l'usage
de
 la
 force
qui
 les
garantit
 en
 dernière
instance
peut
passer
pour
légitime
 aux
yeux
d'une
fraction
de
la
population 
 ». 


En
 dehors
 du
 style
 qui
 est
 un
 peu
 jargonneux,
 ce
 passage
 n’appelle
 pas
 de
 commentaire
 particulier,
 il
 reprend
 bien
 ce
 que
 je
 viens
 de
 dire.
 On
 peut
 cependant
 s’arrêter
 sur
 la
 phrase
 suivante 
:
 «si
 l'usage
 de
 la
 force
 qui
 les
 garantit
 en
 dernière
 instance
 peut
 passer
 pour
 légitime
aux
yeux
d'une
fraction
de
la
population". 
 

 Cette
phrase
est
beaucoup
plus
difficile
qu’elle
n’en
a
l’air.
 Elle
 renvoit
à
la
question
que
nous
posions
au
début
de
cette
leçon,
celle
de
 l’appréciation
du
 consentement
 (qui
 entraîne
 la
 légitimité) 
:
 i l
 peut
 en
 effet
 être
 difficile
 de
 distinguer
 une
 soumission
 «
consentie 
»
 (une
 acceptation
 du
 pouvoir
 sur
 des
 bases
 choisies
 et
 rationnelles,
 autonome)
 et
la
soumission
qui
résulte
de
la
manipulation
de
mes
convictions,
de
l’information,
 etc. 
 C’est
 particulièrement
 compréhensible
 aujourd’hui
 alors
 que
 nous
 sommes
 dans
l’ère
 dite
 «
des
 media 
»,
et
« 
de
l’information 
».
(on
peut
évoquer
les
possibilités
quasi
 infinies
d’intervention
sur
 les
imag es,
le
son,
le
cadrage,
etc.
L’exemple
le
plus
connu
est
aujourd’hui
celui
des
magazines
de
 mode
qui
gomm ent
toutes
les
rides…
où
est
la
«
vérité 
»
? )
 Comment 
 donc
 distinguer,
 dans
 un
 monde
 où
 des
 dizaines
 d’acteurs
 me
 proposent
 « 
leurs
 informations
»,
 c’est ‐ à‐ dire 
 leur
 interprétation
 de
 l’information,
 …
 la
 proposition,
 de
 la


pression
?…
l’information,
de
la
manipulation
?


le
mensonge,
de
l’interprétation


?


Cette
 phrase
 appelle
 aussi
 dans
 notre
 esprit
 une
 autre
 phrase,
 tout
 à
 fait
 fondamentale,
 du
 philosophe
David
HUME
:
 «
Tout
gouvernement
est
un
gouvernement
d'opinion
»
(in
 Essais
moraux,
politiques
et
littéraires,
 ou

Essais
sur
l’entendement
humain )
 A
priori,
elle
paraît
tout
à
fait
en
contradiction
avec
ce
que
nous
venons
de
dire,
et
elle
sembler ait
 plutôt
faire
la
part
belle
aux
théories
du
consensus.
Mais
il
n'en
est
rien
;
ce
que
veut
dire
Hume
 en
réalité,
c'est
que
le
pouvoir
le
plus
dictatorial
doit
s'appuyer
sur
 une
fraction
de
la
population,
 une
"élite",
un
cercle
ou
une
catégorie
d'élus.
E t
en
particulier
ceux
qui
détiennent
la
force,
mais
 pas
 seulement.
 Le
 plus
 redoutable
 des
 tyrans
 ne
 fait
 pas
 régner
 la
 terreur
 tout
 seul.
 Il
 a
 besoin
 d’être
 soutenu
 par
 des
 forces
 sociales,
 des
 groupes
 d’intérêt,
 ou
 au
 moins
 la
 police
 politique.
C'est
le
c ercle
magique.
A
partir
de
là,
tout
est
possible.
Mais
si
ces
cercles
cessent
de
le
 soutenir,
 ils
 peuvent
 le
 renverser,
 et
 il
 doit
 donc,
 en
 tous
 cas
 pour
 se
 maintenir,
 jouir
 de
 leur
 consentement.
 D'où
l'expression
de
"gouvernement
d'opinion"
: 
 Staline,
 "le
 petit
 père
 des
 peuples",
 n'avait
 aucun
 besoin
 du
 "consentement",
 de
l'adhésion,
 des
 "soviétiques".
Il
s'appuyait
sur
une
fraction
du
Parti,
qui
utilisait
avant
tout
la
force. 
 C'est
ce
qu'explique
par
exemple
un
certain
Joseph
BERGER,
ancien
cadre
du
Komin tern,
cité
par
 les
auteurs
du
« 
Livre
noir
du
communisme 
»
(que
vous
avez
en
bibliographie)
:

 Celui ‐ ci,
 disent ‐ ils,
 "qui
 a
 été
 "purgé"
 et
 a
 connu
 les
 camps,
 cite
 la
 lettre
 reçu
 d'une
 ancienne
 déportée
du
Goulag,
restée
membre
du
Parti
après
son
retour
des 
camps
:


« 
 Les
 communistes
 de
ma
 génération
 ont
 accepté
l'autorité
 de
 Staline.
 Ils
 ont
 approuvé
 ses
 crimes.
 Ceci
 est
 vrai
 non
 seulement
des
communistes
soviétiques
mais
de
ceux
du
monde
entier,
et
cette
souillure
nous
marque
individuellement
 et
collectivem ent.
Nous
ne
pouvons
l'effacer
qu'en
faisant
en
sorte
que
plus
jamais
rien
de
pareil
ne
se
reproduise.
Que
 s'est ‐ il
passé
?
Avions ‐ nous
perdu
l'esprit
ou
sommes ‐ nous
maintenant
des
traîtres
au
communisme
?
La
vérité
est
que
 tous,
 y
 compris
 ceux
 qui
 étaient les
 plus
 proches
 de
 Staline ,
 nous
 avons
 fait
 des
 crimes
le
 contraire
 de
 ce
 qu'ils
 étaient.
Nous
les
avons
pris
pour
d'importantes
contributions
à
la
victoire
du
socialisme.
Nous
avons
cru
que
tout
ce
qui
 affermissait
 la
 puissance
 du
 Parti
 communiste
 en
 Un ion
 soviétique
 et
 dans
 le
 monde
 était
 une
 victoire
 pour
 le
 socialisme.
 Nous
 n'avons
 jamais
 imaginé
 qu'il
 puisse
 y
 avoir
 conflit
 au
 sein
 du
 communisme
 entre
 la
 politique
 et
 l'éthique 4 
 » 


Autre
 réflexion
 à
 propos
 de
 cette
 phrase
 :
 i l
 faut
 faire
 aussi
 attenti on
 à
 ne
 pas
 confondre


nécessairement
 régime
 démocratique
 et
 consentement
 des
 gouvernés
 ;
 je
 veux
 dire
 par
 là
 qu'il
 peut
 exister
 des
 régimes
 qui
 ne
 sont
 pas
 démocratiques 
 et
 qui
 pourtant
 reposent
 sur
 l'adhésion
 de
 la
 population.
 Nous
 touchons
 ici
 à
 nouveau
 à
 la
 question
 des
 fondements
 de
 la
 LEGITIMITE,
sur
laquelle
nous
allons
revenir
dans
le
point
suivant.Mais
je
prends
un
exemple
: Celui
 de
 la
 France
 de
 la
 Révolution 
:
 t ous
 les
 rapports
 (notamment
 les
 cahiers
 de
 doléances) 
 montrent
que
les
Français
étaient
très
attachés
à
la
monarchie
(=
consentement)
:
à
Louis
XVI
au
 Roi
 et
 à
 Dieu.
 Or
 la
 monarchie
 n’était
 pas
 un
 régime
 démocratique,
 mais
 c’était
 pourtant
 un
 régime
légitime .
Puis
il
y
a
eu
un
basculement .


PAR
 CONTRE, 
 je
 voudrais
 revenir
 à
 une
 autre
 des
 phrases
 de
 Ph.
 BRAUD
 («
Au
 niveau
 de
 la
 société
 globale,
 des
 dictatures
 purement
 techniques,
 fondées
 exclusivement
 sur
 la
 violence,
sont
certainement
aussi
éphémères
et
exceptionnelles
que
l'exercice
direct
de
la
 violence
physique
ou
psychique
pure
dans
les
 relations
interindividuelles
 »)
;
à
ce
sujet,
on
 peut
dire
qu’il
est
évident,
notamment
quand
on
fait
un
bilan
des
régimes
du
XXe
siècle,
qu'il
est
 des
 gouvernements
 qui
 se
 contrefichent
 complètement
 du
 consentement,
 de
 l'adhésion
 des


4 
Joseph
Berger ,
 Le
naufrage
d'une
génération ,
Denoël,
1974,
p.
255. 


gouvernés
 :
 le
 pouvoir
 monte
 là
 son
 visage
 démasqué,
 ces
 régimes
 reposent
 sur
 la
 peur
 et
 l’insécurité. 


‐ 
LA
TERREUR
 (on
peut
 évoquer
la
Loi
des
suspects
et
l'INSECURITE
FONDAMENTALE
 comme
 principe
de
gouvernement. 


‐ 
LE
REGIME
STALINIEN,
CHINOIS

‐ 
LE
REGIME
DE
POL
POT
AU
CAMBODGE… 


Plus
généralement
ce
que
l’on
appelle
les
régimes
totalitaires
;
et
beaucoup
d’autres 
:
les
régimes


qui
font
une
utilisation
systématique
de
la
violence,
physique
et
morale,
de
la
torture,… 


&


Enfin,
cela
m’amène
à
une
réflexion
différente,
à
 un
autre
niveau
d’analyse
sur
la
nature
de
la
 relation
de
pouvoir
:

 La
 domination,
 c’est‐ à‐ dire
 l’extorsion
 de
 la
 soumission,
 en
 particulier
 dans
 l’exercice
 de
 la
 violence,
 peut
 aller
 au‐delà
 d’une
 action
 en
 vue
 de
 faire
 agir
 dans
 tel
 ou
 tel
 sens
 pour
 obtenir
des
actions
précises
par
exemple.
 Le
fait
de
violenter
quelqu’un,
de
le
faire
souffrir,
et
 a
fortiori 
des
milliers
ou
des
millions
de
gens,
 relève
d’un
autre
registre
(psychopathologique
je
dirais)
de
l’exercice
du
pouvoir 
:
on
est
proche
 ici
de
la
 jouissance.
 Je
voudrais
m’expliquer
en
prenant
un
exemple,
celui
du
« 
terrorisme 
»,
tel
qu’il
est
analysé
par
un
 philosophe,
Robert
Misrahi,
dans
un
article
du
Figaro
du
16 ‐ 17
octobre
2004
;
il
donne
en
effet
une
 définition
du
 terrorisme
que
j’interprète
moi
comm e
relevant
de
la
volonté
de
se
hisser
au
rang
 d’acteur
politique.
En
effet,
sa
définition
est
la
suivante
:
 «
 Le
 terrorisme
 est
 l’ensemble
 des
 attentats
 meurtriers
 concertés
 et
 masqués,
 dirigés
 contre
 des
 civils
 exposés,
 sans
 armes
 ni
 protection,
 ces
 agressions
 étant
 destinées
 à
 produire
 une
 souffrance
 et
 une
 angoisse
 telles
 qu’elles
 conduiraient
 les
 responsables
 politiques,
sous
l’effet
du
chantage,
à
se
soumettre
aux
« 
 exigences 
 »
des
agresseurs 
 ».Avec
 cette
définition,
on
voit
bien
que
la
commission
d’ac tes
terroristes
propulse
ses
perpétrateurs
 au
 rang
d’acteurs
politiques
(ou
d’acteurs
potentiels
par
la
pratique
du
chantage
dans
l’utilisation
 de
la
violence 
:
cf.
la
définition .
de
Weber) 
:
 c’est
un
premier
niveau
d’analyse. 
 Mais
cela
va
à
mon
 sens
 plus
 loin
:
 on
 peut
 faire
l’hypothèse
 que
le
 caractère
 politique
 du
 terrorisme
 ne
 réside
 pas
 seulement
en
effet
dans
l’utilisation
de
la
violence
en
vue
d’atteindre
des
objectifs
(par
exemple,
 faire
retirer
des
troupes,
ou
faire
libérer
des
militants,
faire
ent endre
un
message,
etc.),
mais
aussi
 et
 peut‐ être
 davantage
 dans
 certains
 cas,
 dans
 le
 «
pur 
»
 exercice
 du
 pouvoir
 que
 constitue
 la
 violence
(la
cruauté
et
sa
mise
en
scène 
:
les
exécutions
filmées,
par
exemple).
 Misrahi
dit
 « 
produire
une
 souffrance
et
une 
angoisse
 telles…
».
 Je
dis,
moi,
que
 faire
 souffrir
et


s’angoisser
les
citoyens
de
 tel
ou
 tel
pays
constitue
en
 soi
de
l’exercice
du
pouvoir
politique,
au
 sens
de
domination.
 Misrahi
 dit
 encore 
:
 «
il
 s’agit
 pour
 eux
 d’obtenir
 le
maximum
 de
 résultats
 par
 le
maximum
 de
 souffrance
 infligée
»,
 à
 mon
 sens,
 pas
 seulement
:
 dans
 certains
 cas,
 on
 ne
 peut
 exclure
 qu’il
 s’agisse
 simplementd’obtenir
 le
maximum
 de
 souffrance,
 et
 que
 cela
 est
 déjà
 l’accession
 au
 statut
d’acteur
politique
par
l’exercice
du
pouvoir.


C

e
point
de
vue
m’a
été
notamment
inspiré
par
ma
méditation
sur
l’ouvrage
d’Orwell,
 1984
 :
il
y
a 


notamment 
 un
 passage
 dans
 lequel
 le
 héros,
 torturé
 jusqu'aux
 limites
 de
 la
 souffrance,
 doit
 donner
une
définition
de 
ce
sur
quoi
repose
le
pouvoir.
Cf.
pp.
376 
de
l’édition
de
poche
:


« 
Comment
un
homme
s'assure
t'il
de
son
pouvoir
sur
un
autre,
Winston
? 
 Winston
réfléchit
: 



En
le
faisant
souffrir,
répondit‐ il.


‐ 
 Exactement.
 En
 le
 faisant
 souffrir.
 L'obéissance
 ne
 suffit
 pas.
 Comment,
 s'il
 ne
 souffre
 pas,


peut ‐on
être
certain
qu'il
obéit,
non
à
sa
volonté,
mais
à
la
vôtre
?
 Le
pouvoir
est
d'infliger
 des
souffrances
et
des
humiliations.
Le
pouvoir
est
de
déchirer
l'esprit
humain
en
morceaux
que
 l'on
rassemble
ensuite
sous
de
nouvelles
 formes
que
l'on
a
choisies. 
Commencez ‐ vous
à
voir
quelle
 sorte
de
monde
nous
créons
? 
»

On
va
maintenant
examiner
plus
avant
la
question
du
consentement,
et
en
particulier
la
question
 de
la
légitimité 



 III.
Pouvoir
et
Légitimité
 
 
 Revenons
ici
aux
questions
évoquées
au
début
de

III.
Pouvoir
et
Légitimité

Revenons
ici
aux
questions
évoquées
au
début
de
 ce
§
: 

Pourquoi
les
gouvernés
obéissent‐ ils
aux
décisions
du
pouvoir
? 

Mais
aussi,
pourquoi
certains
y
désobéissent ‐ ils
?

On
peut
partir
de
quelques
exemples
concrets
pour
aborder
le
concept
de
la
légitimité. 


On
aura
deux
points
: 
 A)
Les
trois
figures
de
la
légitimité 
 B)
La
typologie
de
Max
Weber


A)
Trois
figures
de
la
légitimité


Faisons
un
petit
effort
d’imagination
:


1)
 Imaginons
que
des
émeutiers
envahissent
les
rues
d’un
pays
dit
« 
du
Tiers
Monde 
»,
chantant
 des
slogans
contre
le
Président
en
place.
 Ils
estiment
qu’ils
en
ont
assez
de
vivre
dans
la
misère
 alors
que
les
amis
et
la
famille
de
ceux
qui
sont 
au
pouvoir
vivent
dans
le
luxe. 
 Même
la
communauté
des
patrons,
des
décideurs
économiques,
elle‐ même
privilégiée,
consciente
 de
 la
 corruption
 qui
 prévaut
 dans
 les
 sphères
 gouvernementales,
 a
 finalement
 pris
 position
 en
 faveur
 de
 la
 démission
 du
 président.
 
 Celui ‐ ci,
 craignant
 pour
 sa
 vie
 et
 sa
 fortune,
 ordonne
 à
 l’armée
de
tirer
sur
les
émeutiers. 
 Au
 lieu
 de
 cela,
 l’armée
 se
 joint
 aux
 manifestants, 
 et
 le
 président
 s’enfuit
 avec
 des
 valises
 de
 billets,
de
bijoux,
et
de
trésors
artistiques. 
 Bien
 qu’il
 ait
 été
 quelque
 temps
 auparavant
 sacré
 « 
père
»
 et
 sauveur
 de
 son
 pays,
 bien
 peu
 finalement
l’ont
soutenu
au
moment
critique. 


2)
Sur
un
autre
continent ,
les
membres
d’un
groupe
extrémiste
clandestin
se
rencontrent
dans
un
 petit
appartement
pour
planifier
un
attentat
à
la
bombe.
 Ils
 se
 sentent
 frustrés
et
exaspérés
par
 une
situation
qu’ils
considèrent
comme
inacceptable
car
elle
les
prive
de
leurs
droits
 nationaux.
 Chacun
a
un
pays,
pourquoi
pas
eux 
?
Le
gouvernement
qu’ils
exècrent
refusent
de
leur
accorder
 une
 quelconque
 reconnaissance 
;
 il
 les
 qualifie
 même
 d’ennemis
 de
 l’Etat.
 Dans
 ce
 pays,
 les
 manifestations
politiques
pacifiques
sont
réprimées
à
la
m atraque
et
avec
des
arrestations,
et
en
 conséquence,
les
militants
se
considèrent
comme
acculés
à
faire
passer
leur
message
par
la
force
:
 ils
remplissent
donc
une
voiture
d’explosifs
et
ils
la
garent
près
d’un
bâtiment
gouvernemental
;
 un
mécanisme
d’horl ogerie
déclenche
la
bombe,
tuant
des
passants.
 Les
 terroristes
 estiment
 qu’ils
 ont
 ainsi
 avancé
 de
 manière
 significative.
 Ils
 sont
 fiers
 de
 leur
 action. 


3)
Au
même
moment,
un
président
américain
est
en
train
de
faire
marche
arrière
sur
une
question


politique.
Il
a
été
élu
sur
un
programme
simple,
qui
semblait
le
positionner
très
clairement
d’un
 côté.
Une
fois
au
pouvoir
cependant,
il
réalise
à
quel
point
le
problème
en
question
est
compliqué,
 et
combien
il
est
difficile
d’arriver
à
imposer
ses
vues
au
Cong rès,
à
la
bureaucratie,
et
aux
groupes
 d’intérêt. 
 En
 conséquence,
 le
 Président
 dilue
 quelque
 peu
 sa
 politique,
 exprime
 publiquement
 son
 désir
 d’arriver
à
un
compromis,
et
essaie
d’apparaître
comme
un
modéré
sur
le
problème
en
question. 
 Les
 critiques,
 (nota mment
 la
 Presse
mais
 aussi
 l’Opposition,
 différents
 lobbies 
 …)
 l’accusent
 de
 tergiverser,
d’incapacité,
de
flou.
Non
sans
une
certaine
ironie,
il
remarque
que
c’était
justement
 ce
dont
il
accusait
lui ‐ même
son
prédécesseur
dans
ses
fonctions.
 Etre
Présiden t,
pense
t‐ il
sombrement,
est
beaucoup
plus
dur
que
ce
que
je
pensais… 


QUESTION
:

 Que
 peuvent
 avoir
 en
 commun
 une
 révolution
 populaire,
 un
 attentat
 à
 la
 bombe,
 et
 un
 changement
de
politique
présidentielle,
dans
trois
pays
différents 
 ?

1)
Tout
d’abord,
t ous
ces
évènements
sont
de
la
politique
:
ils
mettent
en
jeu
des
groupes
de
gens
 aux
intérêts
en
conflit,
en
compétition
pour
le
pouvoir
politique
gouvernemental
:


‐ 
les
émeutiers,
écoeurés
 
par
un
gouvernement
corrompu
et
incapable,
espèrent
le
remplacer
 par
 un
autre,
un
meilleur .
 ‐ 
les
terroristes
(un
genre
particulier
de
terroristes,
les
terroristes
nationalistes 5 ),
qui
ne
voient
pas
 l’intérêt
de
discuter
avec
un
gouvernement
qui
les
réprime
systématiquement
dans
leurs
objectifs,
 se
 tournent
 vers
la
 viol ence
 dans
l’espoir
 de
 contraindre,
 de
mettre
 à
 bas
 ce
 gouv ernement
 (cf.
 Michaël
Collins)
 ‐ 
 Le
 président
 américain,
 ballotté
 par
 les
 conflits
 et
 les
 pressions
 qui
 s’exercent
 de
 tous
 côtés,
 entreprend
une
conversion
douloureuse
avant
de
procéder
à
une
modifi cation
de
sa
politique
en
 cours
de
mandat. 


2)
De
plus,
les
trois
exemples
dont
nous
venons
de
parler,
qui
pourraient
être
tirés
de
n’importe


quel
compte ‐ rendu
mensuel
des
évènements
politiques
internationaux,
illustrent
des
problèmes
 politiques
fondamentaux
et
éternels
de
la
relation
entre
les
gouvernants
et
les
gouvernés
(pouvoir
 politique)
:
 Les
émeutiers,
les
terroristes,
et
le
Président
sont
tous
confrontés
à
ces
problèmes
de
différentes
 manières.
 C’est
 en
 ce
 sens
 que
 les
 trois
 exemples
 illustrent
 resp ectivement
 les
 trois
 proches
 concepts
 de
 LEGITIMITE,
 SOUVERAINETE,
 et
 AUTORITE,
 que
 nous
 allons
 examiner
 maintenant. 


5 
Ici
on
est
bien
dans
la
problématique
des
terroristes
de
certains
comme
combattants
de
la
liberté
pour
d’autres 


LA
LEGITIMITE.
 Les
 émeutiers
 dans
 le
 premier
 exemple
 n’obéissent
 plus
 à
 l’évidence
 au
 régime
 corrompu.
 Ce
 régime
a
perdu
sa
 légitimité.

 Le
concept
de
légitimité
est
très
important
en
science
politique.
A
l’origine,
il
signifiait
que
le
roi
 ou
la
reine
était
sur
le
trône
pour
des
raisons
de
naissance
« 
légitime 
».
 Depuis
 le
 Moyen‐ Age,
 le
 terme
 de
 légitimité
 s’est
 élargi
 pour
 signifier
 non
 seulement
 le
 droit
 légal
 de
 régner
mais
 aussi
le
 droit
 en
 quelque
 sorte
 «
psychologique
»
 ou
moral
 de
 régner,
 de
 gouverner.
Cette
conception
fonde
différents
systèmes
:

 Exemple
 du
 système
 du
 Moyen ‐ Age
 et
 de
 la
 Papauté/à
 opposer
 à
 l’émergence
 de
 la
 légitimité
 nationale
 Exemple
du
système
des
Etats‐ Nations
aujourd’hui
légitime
mais
qui
pourrait
évoluer
(exemple
de
 la
remise
en
cause
du
système
de
normes
national
par
l’Europe)
 Quoi
 qu’il
en
 soit,
en
ce
 sens,
la
légitimité
 se
 rapporte
à
 une
 idée
dans
 l’esprit
des
 gens
 (les
 gouvernés),
selon
laquelle
le
gouvernement
est
fondé
(rightful )
à
gouverner.
 En
conséquence
de
cela,
même
 si
nous
n’aimons
pas
beaucoup
notre
 gouvernement,
nous
nous
 conformons
généralement
à
ses
directives.
La
plupart
d’entre
nous
n’apprécient
pas
vraiment
par
 exemple
de
payer
des
impôts,
mais
nous
le
 faisons,
pour
la
plupart,
et
en
général
honnêtement,
 parce
 que
 nous
 pensons
 au
 fond
 que
 le
 gouvernement
 (pas
 tel
 ou
 tel
 gouvernement
 en
 particulier 
:
le
gouvernement,
entendu
au
sens
abstrait)
a
u n
droit
légitime
de
nous
taxer. 
 Les
problèmes
commencent
à
partir
du
moment
où
ce
sentiment
de
légitimité
s’effrite. 6 
Les
gens
 se
 sentent
 alors
 moins
 obligés
 d’obéir,
 de
 payer
 leurs
 impôts,
 de
 respecter
 la
 loi.
 Ne
 pas
 se
 conformer
 au
 droit,
 à
 la
 législatio n,
 n’est
 plus
 alors
 considéré
 comme
 un
 mal,
 ou
 comme
 malhonnête,
 parce
 que
 le
 gouvernement
 lui‐même
 est
 considéré
 comme
 malhonnête.
 Eventuellement,
la
désobéissance
de
masse
peut
se
produire.
 Beaucoup
 de
 gouvernants,
 comme
 nombre
 de
 régimes
 que
 nous
 avons
 récemment
 vu
 tomber,
 l’ont
expérimenté 
;
une
 fois
la
légitimité
d’un
 régime
disparue,
aucune
menace
de
coercition
ne


peut
plus
forcer
les
gens
à
obéir
(cf.
la
Russie
de
1991).
Souvent
même,
les
tentatives
d’application


de
la
force
pour
contrôler
les
foules
désobéissantes
peuvent
envenimer
gravement
la
situation,
ou
 se
retourner
contre
ceux
qui
en
ont
pris
l’initiative. 
 La
 Légitimité
 s’appuie
 donc
 sur
 le
 consentement,
 le
 « 
consentement
 des
 gouvernés 
»,
 selon
 la
 formule
 de
 la
 Déclaration
 d’Indépendance
 des
 Et ats‐ Unis
 (à
 lire).
 Sans
 consentement,
 les
 gouvernants
doivent
recourir
à
la
coercition. 


On
peut
se
poser
la
question
suivante
:

 COMMENT
 UN
 GOUVERNEMENT,
 UN
 REGIME,
 GAGNE‐ T ‐ IL
 SA
 LEGITIMITE
?
 SUR
 QUOI
 L’APPUIE‐ T ‐ IL
?


Voici
 quelques 
propositions
de
réponse 7 
:


1.
D’abord,
par
sa
longévité.
Les
gouvernements
ou
les
régimes
établis
depuis
longtemps
sont
généralement


respectés
par
leurs
citoyens.
Par
exemple,
le
fait
que
la
Constitution
américaine
soit
vieille
de
plus
de
200


ans
donne
une
légitimité
incontesta ble
au
gouvernement
américain.
 


6 
La
question
de
savoir
comment
on
passe
d’un
état
à
un
autre
est
à
mon
avis
l’une
des
 est
intéressant
 de
lire
« 
 Nous 
sommes
les
enfants
de
personne 
 »,
de
Jacques
de
Guillebon.

7 
Empruntées
au
professeur
ROSKIN,
dans
son
ouvrage
Political
Science
 


p lus
passionnantes
qui
soient.
A
ce
sujet
il


Remarque
d’Anne
Mandeville 
 :
On
est
ici
dans
la
légitimité
par
la
 tradition
 au
sens
le
plus
ancien
du
terme 
 :
 conception
 anglaise,
 dont
 ont
 hérité
 les
 Américains
 (pas
 les
 Français
 par
 contre).
 Les
 mots ‐ clés
 en
 sont 
 :
 hérédit é,
expérience,
sagesse,
le
père,
les
Anciens…) 
 A
 contrario,
 nous
 dit
 Roskin,
 les
 nouveaux
 régimes
 sont
 fragiles
 car
 il
 leur
 manque
 ce
 respect
 presque
 « 
 naturel 
 »
des
citoyens
pour
des
institutions
séculaires,
 enracinées .
 


Remarque
d’Anne
Mandeville 
 :
bien 
sûr,
ceci
est
à
nuancer
selon
les
époques
et
les
lieux 
 :
il
y
a
des
périodes
 « 
 de
 mouvement 
 »,
 dans
 lesquelles
 la
 « 
 tendance 
 »
 est
 à
 être
 « 
 moderne 
 » 
 :
 cf.
 le
 Royaume ‐ Uni
 d’aujourd’hui
qui
en
abolissant
les
Lords,
la
chasse
à
courre,
la
structure
constitu tionnelle
en
grande
partie,
 peut ‐ être
bientôt
la
Monarchie
( 
 ?),
se
rapproche
en
cela
de
la
France. 


2.
Un
gouvernement
peut
aussi
être
légitime
(ou
se
légitimer)
en
gouvernant
« 
 bien 
 ».
Par
exemple,
assurer
 la
 croissance,
 le
 développement
 économique 
 ;
 pro téger
 les
 citoyens
 des
 agressions,
 des
 invasions
 étrangères
ou
des
désordres
intérieurs,
assurer
la
justice
et
l’égalité
sociale,
assurer
la
sécurité… 
 Les
 citoyens
 sont
 contents
 car
 ils
 vivent
 « 
 bien 
 ».
 Sur
 cette
 conception
 repose
 toutes
 sortes
 de
 théories 
 matérialistes. 


Discussion
possible 
 :
le
contexte
européen
actuel
est
très
intéressant
pour
discuter
de
ce
problème
de
la


légitimité
des
gouvernements
nationaux
et
de
leur
comportement
par
rapport
à
ce
problème 
 : 
 ‐ 
 Quelle
 légitimité 
 d’une
 Europe
 qui
 n’a
 pas
 de
 définition
 de
 sa
 sécurité,
 qui
 n’a
 pas
 de
 définition
 commune
de
ses
frontières 
 ?
On
touche
ici
à
l’identité.
C’est
pourquoi
la
Constitution
est
absolument
liée
à
 la
question
de
l’élargissement… 
 ‐ 
A
contrario,
on
voit
tous
les
efforts
déployés
pour
n ous
faire
croire
que
ces
institutions
et
ces
politiques
 communes
existent
vraiment… 


3.
En
troisième
lieu,
la
 structure
 même
du
gouvernement
peut
contribuer
à
sa
légitimité 
 :
il
s’agit
ici
de
la
 représentation
des
gouvernés,
c’est
la
démocratie
légale.
Si
 les
gens
ont
le
sentiment
d’être
honnêtement
 représentés
et
s’ils
ont
leur
mot
à
dire
dans
le
choix
des
décideurs,
il
est
probable
qu’ils
auront
tendance
à
 respecter
ce
gouvernement. 
 C’est
l’explication
de
base
de
l’élection
des
gouvernements
et
des
parlem ents
au
suffrage
universel
direct 
 :
 en
effet,
la
légitimité
ne
vient
pas
du
 fait
que
les
assemblées
ou
les
gouvernements
produisent
un
 travail
 particulièrement
 bon 
 ;
 c’est
 même
 souvent
 très
 mauvais,
 et
 tout
 le
 monde
 le
 sait.
 En
 effet
 on
 voit
 apparaître
qu’ il
y
a
des
problèmes
dans
le
système
démocratique 
 :
les
gens
mesurent
bien
aujourd’hui
en
 particulier
 un
 problème
 particulièrement
 lié
 à
 la
 démocratie,
 celui
 de
 l’impuissance
 du
 politique …Cela
 retentit
 certainement
 sur
 le
 sentiment
 de
 légitimité
 (cf.
 l’Eur ope).
 Mais
 les
 citoyens
 ont
 le
 sentiment
 (l’illusion 
 ?)
d’être
représentés. 
C’est
sans
doute
l’essentiel. 


4.
Finalement,
on
peut
ajouter
que
les
gouvernements
essaient
de
construire
leur
légitimité
en
manipulant


un
 certain
 nombre
 de
 choses,
 par
 exemple
 le s
 symboles
 nationaux,
 en
 faisant
 appel
 au
 sentiment
 d’appartenance
 identitaire.
 L’identité
 du
 groupe,
 les
 valeurs
 collectives
 sont
 de
 puissants
 ferments.
 Le
 drapeau,
 les
 appels
 au
 patriotisme,
 les
 discours
 nationalistes,
 la
 récupération
 des
 personnalités
 « 
 nationales 
 »
(ex
de
De
Gaulle
en
France 
 :
tout
le
monde
est
gaulliste
aujourd’hui).


Nous
 verrons
dans
 la
prochaine
 leçon
comment
Max
Weber
 répond
 à
cette
question
de
 l’obtention
de
la
légitimité.


LA
SOUVERAINETE 


Dans
notre
deuxième
exemple,
les
 terroristes
contestent
non
seulement
la
légitimité
du
 régime,
 mais
celle
du
pays
lui ‐ même,
de
l’Etat
en
tant
qu’organisation
politique
sur
un
territoire
et
pour


une
 population
 donnée.
 Ils
 veulent
 détruire
 la
 souveraineté
 du
 pays
 qu’ils
 détestent
 et
 le
 remplacer
p ar
un
autre
Etat
souverain
(cf.
l’IRA
ou
l’ETA).


La
légitimité
désigne
le
droit
d’un
 gouvernement
donné
à
gouverner 


La
souveraineté
désigne
le
droit
d’un
 Etat
donné
à
exister
et
à
agir

Les
 terroristes
 ne
 se
 satisferont
 pas
 d’un
 changement
 de
 gouvernement
 ou
 de
 régime
;
 ils
 veulent
un
nouveau
 pays,
un
nouvel
Etat.
 La
 souveraineté,
 un
 autre
mot
 qui
 nous
 vient
 du
Moyen‐ Age
 (du
 latin
médiéval
 superanus 
 qui
 signifait
supérieur 
:
le
pouvoir
d’un
monarque
de
régner
 sur
son
royaume.
Plus
tard,
le
terme
s’est
 élargi
pour
signifier
le
contrôle
sur
le
territoire
national.
 Les
 Etats
 sont
 généralement
 très
 jaloux
 de
 leur
 souveraineté
 et
 les
 gouvernements
 font
 très
 attention
à
la
 sauvegarder 
:
 forces
armées
pour
lutter
contre
les
agressions
extérieures,
contrôle
 des
frontières,
lutte
contre
les
agressions
intérieures… 
 C’est
 pourquoi
 l’Europe
 actuelle
 est
 dans
 ce
 domaine
 un
 paradoxe
:
 il
 y
 a
 une
 prétention
 à
 remplacer
les
Etats,
mais
 pas
 de
 force
armée,
incertitude
 des
 frontières,
aucune
 réflexion
 sur
le
 désordre
intérieur 
;
ce
 flottement
est
conforté
par
la
prédominance
d’une
idéologie
négatrice
du
 conflit.
 Comme
 si
la
 simple
 étiquette
 « 
européen
»
 était
 un
 gage
 de
 « 
déconflictualisation 
»
 (cf.
 Turquie).
Et
pourtant,
on
a
eu
l’ex ‐ Yougoslavie
et
le
Kosovo…
 Les
conflits
de
souveraineté
sont
pourtant
parmi
les
plus
difficiles
et
les
plus
horribles
auxquels
le
 monde
 a
 à
 faire
 face
;
la
 violence
 qui
leur
 est
 associée
 produit
 des
 ondes
 de
 choc
 dans
 des
 tas
 d’autres
pays. 
 Beaucoup
de
palestiniens
par
exemple,
et
beaucoup
d’Arabes
 de
manière
générale,
contestent
la
 souveraineté
 d’Israël,
 sur
 les
 territoires
 occupés
 d’une
 part,
 mais
 aussi
 son
 existence
 même,
 sa
 souveraineté.
 Les
Israéliens
à
l’opposé,
luttent
pour
le
maintien
de
leur
souveraineté
d’une
part,
et
contestent
à
 leur
 tour 
 l’idée
 même
 de
 l’existence
 d’un
 Etat
 palestinien,
 c’est‐ à‐ dire
 de
 l’établissement
 de
 la
 souveraineté
d’une
nation
palestinienne
sur
les
territoires
de
Gaza
et
de
Cisjordanie. 


L’AUTORITE


Dans
 notre
 troisième
 exemple,
 le
 leader
 d’un
 pays
 ou
 le
 régime
 disp ose
 d’un
 haut
 degré
 de
 légitimité
 et
 de
 souveraineté,
 n’est
 pas
 automatiquement
 capable
 de
 faire
 sentir
 son
 autorité.
 L’autorité
est
la
capacité
d’un
leader
à
obtenir
l’obéissance. 
 La
légitimité
découle
du
respect
pour
un
gouvernement 
 La
souveraineté
décou le
du
respect
pour
un
Etat 
 L’autorité
découle
du
respect
pour
un
chef 


Certains
politologues
distinguent
l’autorité
de
l’influence,
de
la
manipulation,
de
la
persuasion,
et
 de
la
force.
Dans
cette
perspective,
seule
l’autorité
s’appuie
sur
l’obligation
des
gouvernés
d’obéir
 à
leur
chef
en
vertu
du
pouvoir
légitime
attaché
à
sa
fonction.
 Par
exemple
:
 Un
soldat
obéit
à
son
capitaine
 Un
automobiliste
obéit
à
un
gendarme
de
la
route 
 Un
élève
obéit
à
son
professeur
(ou
croit
ce
que
lui
dit
son
professeur,
ou
écoute
ce
qu’il
dit) 


B)
La
typologie
de
Max
Weber
sur
la
Légitimité


La
 théorie
 de
 la
 légitimité
 est
 extrêmement
 célèbre.
 On
 peut
 même
 dire
 qu’il
 s’agit
 d’une
 des
 théories
les
plus
connues
de
la
science
politique.
Elle
est
exposée
dans
une
œuvre
majeure
de 
Max
 Weber,
Le
savant
et
le
politique .


Dans
cette
étude,
Max
Weber
va
distinguer
3
 types
de
 relation
de
pouvoir,
qui
sont
eux‐ mêmes


liés
à
des
«
systèmes
de
légitimation 
».
 On
 entend
 par
 système
 de
 légitimation
 «
 un
 ensemble
 de
 valeurs
 et
 de
 représentations
 qui
confèrent
à
telle
ou
telle
personne
la
‘légitimité’
 ».
Dans
notre
champ,
on
dira
que
ces
 valeurs
et
ces
représentations
font
de
cette
personne
une
«
 autorité
politique
 ».


 Ces
trois
types
de
relation
de
pouvoir
sont
:
 
 La
relation
de
pouvoir
«
tradi
Ces
trois
types
de
relation
de
pouvoir
sont
:

La
relation
de
pouvoir
«
tradi tionnelle
»

La
relation
de
pouvoir
«
charismatique 
»

La
relation
de
pouvoir
«
légale‐ rationnelle
»



Il
faut
préciser
tout
de
suite
que
Max
Weber
s’intéresse
ici
à
un
type
précis
de
rapports
de
pouvoir
 politique
:
 celui
 qui
 est
 désigné
 par
 Lapierre
 comme
 les
 relations
 de
 « 
commandement ‐ obéissance
»,
à
savoir
la
 relation
d’autorité
 (que
nous
avons
déjà
vue).
Les
autres
 rapports
étant
 des
rapports
de
puissance,
comme
vous
vous
en
souvenez.
 L’analyse
wébérienne
de
la
légitimité
s’appuie
sur
la
description
et
l ’analyse
d’un
facteur
essentiel 
:
 les
 justifications
 de
 l’obéissance
 à
 l’autorité
 (Max
 Weber
 s’intéresse
 à
 POURQUOI
 nous
 obéissons
à
l’autorité).
 Il
dit
en
effet
lui ‐ même 
:
« 
tout
véritable
rapport
d’autorité
comporte
 un
minimum
de
volonté
 d’obéir
».
Et
selon
lui,
ni
la
contrainte,
ni
la
coutume,
ni
« 
des
motifs
purement
affectifs 
»,
ni
des
 intérêts
 matériels,
 ni
 des
 mobiles
 idéaux,
 ne
 peuvent
 suffire
 en
 eux ‐ mêmes
 
 à
 inspirer
 durablement
cette
volonté
d’obéir,
et
donc
 à
établir
les
fondements
sûrs
de
l’autorité.
 TOUTES
 LES
 AUTORITES
 S’EFFORCENT
 D’EVEILLER
 ET
 D’ENTRETENIR
 LA
 CROYANCE
 EN
 LA
LEGITIMITE
DE
LEUR
POUVOIR
;
 Pourquoi
?
 Parce
 que,
 dit
 Weber,
 à
 la
 différence
 de
 la
 «
puissance 
»,
 qui
 peut
 s’imposer
 en
 extorquant
 purement
 et
 simplement
la
 soumission
 (mais
 reste
 ainsi
 fragile),
l’Autorité
 vise
 à
 constituer
 un
 système
social
cohérent
et
stable,
et
vise
donc
à
s’appuyer
sur
le
 consentement
des
gouvernés. 
 En
conséquence,
le
signe
du
consentement
qu’est
la
docilité
à
l’égard
du
pouvoir
provient
dans
la
 plupart
des
cas
de
cette
 croyance
générale
dans
la
légitimité
 revendiquée
par
le
pouvoir.
 Cette
croyance
renvoie
à
son
tour
à
une
représentation,
à
une
conception
donnée
de
l’ordre
et
du
 pouvoir
 justes.
(=
un
ensemble
de
valeurs
qui
justifient
les
normes
et
les
 formes
particulières
que
 le
pouvoir
prend
d ans
 telle
ou
 telle
société).
Prenons
l’exemple
du
roi
de
France 
:
la
réunion
du
 pouvoir
dans
les
mains
du
roi
est
justifiée
car
le
pouvoir
du
Roi
vient
de
Dieu,
et
que
ce
pouvoir,
 par
exemple
dans
la
tradition
féodale,
se
répartit
ensuite
en
un
pouvoir
de
protection
de
suzerain
 à
vassal,
et
de
loyauté
de
vassal
à
suzerain.
Chacun
a
sa
place
et
contribue
de
manière
cohérente
à
 l’ordre
et
au
fonctionnement
de
la
société).
 Dans
ce
cadre,
le
recours
à
la
menace
ou
à
la 
force
par
le
pouvoir
se
justifie
car
il
est
monopolisé
 dans
les
mains
d’un
pouvoir
légitime
car
au
service
de
cet
ordre
accepté
comme
valide.Weber
dit


donc
que
l’autorité
politique
est
une
relation
de
pouvoir
qui
associe
le
contrôle
de
la
coercition
à
 des 
systèmes
déterminés
de
légitimation. 
 

 TEXTE


« 
 Comme
 tous
 les
 groupements
 politiques
 qui
 l'ont
 précédé
 historiquement,
 l'Etat
 consiste
 en
 un
 rapport
 de
 domination 
de
l'homme
sur
l'homme
fondé
sur
le
moyen
de
la
violence
légitime
(c'est ‐ à ‐ dire
sur
la
viole nce
qui
est
 considérée
comme
légitime ).
L'Etat
ne
peut
donc
exister
qu'à
la
condition
que
les
hommes
dominés
se
soumettent
 à
 l'autorité
 revendiquée
 chaque
 fois
 par
 les
 dominateurs.
 Les
 questions
 suivantes
 se
 posent
 alors.
 Dans
 quelles
 conditions
 se
 soumett ent ‐ ils
 et
 pourquoi
 ?
 Sur
 quelles
 justifications
 internes
 et
 sur
 quels
 moyens
 externes,
 cette
 domination
s'appuie ‐ t ‐ elle
? 
 Il
 existe
 en
 principe
 ‐ 
 nous
 commencerons
 par
 là
 ‐ 
 trois
 raisons
 internes
 qui
 justifient
 la
 domination,
 et
 par
 conséquent
il
existe
t rois
fondements
de
la
 légitimité .
Tout
d'abord
l'autorité
de
l' 
 « 
 éternel
hier 
 »,
c'est ‐ à ‐ dire
celle
 des
coutumes
sanctifiées
par
leur
validité
immémoriale
et
par
l'habitude
enracinée
en
l'homme
de
les
respecter.
Tel
 est
le
« 
 pouvoir
 traditionnel 
 »
que
le
 patriarche
ou
le
seigneur
 terrien
exerçaient
autrefois.
En
second
lieu
l'autorité
 fondée
sur
la
grâce
personnelle
et
extraordinaire
d'un
individu
(charisme)
;
elle
se
caractérise
par
le
dévouement
tout
 personnel
des
sujets
à
la
cause
d'un
homme
et
par
leur 
confiance
en
sa
seule
personne
en
tant
qu'elle
se
singularise
 par
des
qualités
prodigieuses,
par
l'héroïsme
ou
d'autres
particularités
exemplaires
qui
font
le
chef.
C'est
là
le
pouvoir
 « 
 charismatique 
 »
 que
 le
 prophète
 exerçait,
 ou
 ‐ 
 dans
 le
 domaine
 polit ique
 ‐ 
 le
 chef
 de
 guerre
 élu,
 le
 souverain
 plébiscité,
 le
 grand
 démagogue
 ou
 le
 chef
 d'un
 parti
 politique.
 Il
 y
 a
 enfin
 l'autorité
 qui
 s'impose
 en
 vertu
 de
 la
 « 
 légalité 
 »,
 en
 vertu
 de
la
 croyance
 en
la
 validité
 d'un
 statut
légal
 et
 d'une
 « 
 compétence 
 »
 po sitive
 fondée
 sur
les
 règles
 établies
 rationnellement,
 en
 d'autres
 termes
 l'autorité
 fondée
 sur
 l'obéissance
 qui
 s'acquitte
 des
 obligations
 conformes
 au
 statut
 établi.
C'est
là
le
 pouvoir
 tel
 que
l'exerce
le
 « 
 serviteur
 de
l'Etat 
 »
moderne,
 ainsi
 que
 tous
 les
 détenteurs
du
pouvoir
qui
s'en
rapprochent
sous
ce
rapport.
 Il
 va
 de
 soi
 que
 dans
 la
 réalité
 des
 motifs
 extrêmement
 puissants,
 commandés
 par
 la
 peur
 ou
 par
 l'espoir,
 conditionnent
l'obéissance
des
 sujets
 ‐ 
 soit
la
peur
d'une
vengeance
des
puissances
ma giques
ou
des
détenteurs
du
 pouvoir,
soit
l'espoir
en
une
récompense
ici ‐ bas
ou
dans
l'autre
monde
;
mais
elle
peut
également
être
conditionnée
 par
d'autres
intérêts
très
variés.
Nous
y
reviendrons
tout
à
l'heure.
Quoi
qu'il
en
soit,
chaque
fois
que
l'on
s'interroge
 sur
les
fondements
qui
« 
 légitiment 
 »
l'obéissance,
on
rencontre
toujours
sans
contredit
ces
trois
formes
« 
 pures 
 »
que
 nous
venons
d'indiquer. 
 Ces
représentations
ainsi
que
leur
justification
interne
sont
également
d'une
très
grande
importance
 pour
la
structure
 de
la
domination.
Il
est
certain
que
dans
la
réalité
on
ne
rencontre
que
très
rarement
ces
types
purs.
Cependant
nous
 ne
 pouvons
 pas
 exposer
 aujourd'hui
 dans
 le
 détail
 les
 variétés,
 les
 transitions
 et
 les
 combinaisons
 extrêmement
 embrouil lées
de
ces
types
;
pareille
étude
entre
dans
le
cadre
d'une
« 
 théorie
générale
de
l'Etat 
 ». 
 Max
Weber,
 Le
savant
et
le
politique ,
Plon,
coll.
10 ‐ 18,
1959,
pp.
100 ‐ 103 


La
théorie
de
la
Légitimité
est
donc
l’expression
rationalisée
du
consentement
politique. 
 La
théorie
de
la
légitimité
de
Weber
nous
permet
de
répondre
aux
questions
cruciales
que
nous
 nous
posons
depuis
le
début
de
ce
cours
:
 Qu’est‐ce
qui
est
à
la
source
du
pouvoir
de
telle
ou
telle
autorité
 ? Qu’est‐ce
qui
fait
que
je
vais
obéir
à
ses
injonctions
 ? 
 En
pratique
nous
nous
posons
rarement
ce
type
de
questions.
Weber
nous
propose
de
définir
 la
 logique
profonde
des
systèmes
de
pouvoir.
 Pour
se
résumer
donc,
selon
Max
Weber,
trois
réponses
sont
concevables
aux
questions
posées
:
 Le
pouvoir
est
légitime
parce
que
cela
a
toujours
été
ainsi 
 Le
pouvoir
est
légitime
parce
je
suis
d’accord
avec
lui 
 Le
pouvoir
est
légitime
parce
que
la
loi
lui
confère
sa
compétence


Ainsi,
dit
JM
Denquin
(p.
131),
«
J’obéirai,
si
j’obéis,



parce
que
je
m’incline
devant
l a
tradition 
;
 parce
que
je
m’incline
devant
(ou
parce
que
je
suis
entraîné
par)
la
personnalité
du
chef 
;
 parce
que
je
m’incline
devant
la
majesté
du
Droit. 


Ceci
définit
trois
légitimités 
:
 La
légitimité
traditionnelle 
 La
légitimité
charismatique 
 La
légitimité
rationnelle ‐ légale


&&&&


Pour
la
description
de
cette
théorie
de
la
légitimité,
se
reporter
à
un
manuel
de
science
politique
 (par
exemple
JM
Denquin,
Philippe
Braud,
Jean
Beaudouin…)
 Textes
d’illustration 
:

 1°
Légitimité
traditionnelle 
:



La
concep tion
anglaise
de
la
légitimité 
 8 
est
l’un
des
meilleurs
exemples
de
la
conception 
de
la
légitimité


traditionnelle,
ou
de
l’autorité
de
 « 
 l’éternel
hier 
 »
selon
Weber.
 C’est
plus
qu’un
lieu
commun
que
de
 rappeler
à
quel
point
la
force
de
la
tradition
a
mode lé
ce
système
politique,
au
plan
concret,
mais
aussi,
et
 peut ‐ être
 surtou t,
 au
 plan
 idéologique,
 ce
 qui 
 est
 aussi
 important,
 si
 ce
 n’est
 plus
 important,
 dans
 le
 domaine
 politique.
 On
 touche
 ici
 à
 l’un
 des
 fondements
 (si
 ce
 n’est
 le 
 fondement)
 essentiels
 de 
 la
 Légitimité.
On
peut
dire
à
notre
avis
que
cette
conception
a
largement
prévalu
dans
le
système
politique
 britannique
 contre
 le
 fondement
 dit
 « 
 rationnel ‐ légal 
 »,
 qui
 constitue
 l’un
 des
 piliers
 de
 l’idéologie
 politique
 française.
 Cette
 idéologie
 de
 la
 l égitimité
 historique 
 a
 été
 systématisée
 par
 la
 « 
 Glorieuse


Révolution 
 »,
 comme
le
montre
le
 Bill
 of
Rights
 de
 1689,
 qui
 proclame
 que 
 : « 
 ( spirituels
 et


)
lesdits
lords


temporels
 et
 les
 Communes,
 aujourd’hui
 assemblés
 en
 vertu
 de
 leurs
 lettres
 et
 électio ns,
 constituant
 ensemble
 la
 représentation
 pleine
 et
 libre
 de
 la
 Nation
 et
 considérant
 gravement
 les
 meilleurs
 moyens
 d’atteindre
 le
 but
 susdit,
 déclarent
d’abord
 ( comme
leurs
ancêtres
l’ont
 toujours
 fait
en
pareil
cas ),
pour
assurer
leurs
anciens
droits
e t
libertés



 » 9 .
 Burke
martèlera
rageusement
cette
vérité
 fondamentale
du
système
politique
britannique
dans
les
 Réflexions 10 ,
contre
le
Docteur
Price
et
contre
 tous
ceux
qui
virent
à
 tort
dans
la
Révolution
Française
la


(

)

8 
Anne
Mandeville,
 Les
autorités
responsables
du
ma intien
de
l’ordre
dans
le
Royaume ‐ Uni.
Eléments
pour
une
analyse
politique
du
 système
britannique
de
maintien
de
l’ordre
public ,
 Thèse
pour
le
doctorat
de
science
politique,
Université
des
sciences
sociales
de
 Toulouse,
1994. 
 9 
Extrait
du
 Bill
des
Droits 
d e
 1689,
traduction
de
Maurice
Duverger
Constitutions
et
Documents
politiques,
PUF.,
Thémis,
 1969,


p. 
 466.
(C'est
nous
qui
soulignons). 


10 
Edmund
Burke,
 Reflections
on
the
Revolution
in
France ,
1790. 


mise
en
pratique
des
idées
libér ales
anglaises.
On
peut
lire
ainsi,
dans
le
fameux
pamphlet 
 : « 
 la
simple
idée


de
la
formation
d’un
nouveau
gouvernement
suffit
pour
nous
inspirer
le
dégoût
et
l’horreur
 ;
nous
souhaitions
à
l’époque
 de
 la
 révolution,
 et
 nous
 souhaitons
 encore
 aujourd’hui, 
 ne
 devoir
 tout
 ce
 que
 nous
 possédons
 qu’à
 l’héritage
 de
 nos
 ancêtres .
Nous
avons
eu
grand
soin
de
ne
greffer,
sur
ce
corps
et
sur
cette
source
d’héritage,
aucun
rejet
qui
ne
fût
point


de
la
nature
de
la
plante
originaire
(

droits
les
plus
sacrés
comme
un
héritage.
Nous
avons
une
couronne
héréditaire,
une
pairie
héréditaire,
et
une
Chambre


des
Communes,
et
un
peuple,
qui
tiennent
par
l’héritage
d’une
longue
suite
d’ancêtr es
leurs
privilèges,
leurs
franchises,


et
 leur
 liberté
 ( ).


Par
 cette
 politique


constitutionnelle
 qui
 agit
 d’après
 le
 modèle
 de
 la
 nature,
 nous
 recevons,
 nous
 possédons,
 nous
 transmettons
 notre
 gouvernement
 et
 nos
 privilèges
 de
 la
 même
 manière
 dont
 nous
 recevons,
 dont
 nous
 possédons
 et
 dont
 nous
 transmettons
nos
pr opriétés
et
la
vie
( ).
Notre
système
politique
est
dans
une
symétrie
et
dans
un
accord
parfait
avec


l’ordre
du
monde 
 » 11 .


imitation
 de
 la
 nature
 qui,
 bien
 au ‐ dessus
 de
 la
 réflexion,
 est
 la
 sagesse
 par
 essence
 (

Cette
 politique
 me
 paraît
 être
 l’effet
 d’une
 profonde
 réflexion,
 ou
 plutôt
 l’heureux
 effet
 de
 cette


)
est
de
regarder
nos
franchises
et
nos


).
La
politique
permanente
de


ce
royaume
(

).


2°
Légitimité
légale‐ rationnelle
 En
 totale
 opposition
 à
 cette
 conception
 et
 à
 cette
 vision
 du
 monde,
 celle
 qui
 a
 dominé
 la
 Révolution
 Française,
 la
 conception
 légale ‐ rationnelle,
 remarquablement
 exprimée
 par
 Sieyès
 (Qu’est ‐ ce
 que
 le
 Tiers ‐ Etat 
?),
 comme
 on
 peut
 le
 lire
 dans
 les
 extraits
 ci‐ dessous
(extraits
 du
 chapitre
V,
§7,
«
Que
l’esprit
d’imitation
n’est
pas
propre
à
nous
bien
conduire 
»)
:


« 
 La
constitution
 britannique
est ‐ elle
 bonne
en
elle ‐ même 
 ?
 (…).
 J’ai
 bien
 peur
 que
ce
chef
 d’œuvre
ne
 pût
 soutenir
un
 examen
 impartial,
 fait
 d’après
 les
 principes
 du
 véritable 12 
 ordre
 politique.
 Nous
 reconnaîtrions,
 peut ‐ être,
 qu’il
 est
 le
 pro duit
du
hasard
et
des
circonstances,
bien
plus
que
des
lumières.
Sa
chambre
haute
se
ressent
évidemment
de
l’époque
 de
 la
 Révolution 13 .
 Nous
 avons
 déjà
 remarqué
 qu’on
 ne
 pouvait
 guère
 la
 regarder
 que
 comme
 un
 monument
 de
 superstition
gothique.
(…) 
 On
aurait 
tort
de
décider
en
faveur
de
la
constitution
britannique,
précisément
parce
qu’elle
se
soutient
depuis
cent
ans
 et
qu’elle
parait
devoir
durer
pendant
des
siècles.
En
fait
d’institutions
humaines,
quelle
est
celle
qui
ne
subsiste
pas
très
 longtemps, 
 quelq ue
mauvaise
qu’elle
soit 
 ?
Le
despotisme
ne
dure
 t ‐ il
pas
aussi,
ne
semble
 t ‐ il
pas
éternel
dans
la
plus
 grande
partie
du
monde 
 ?
(…) 
 Surtout,
ne
nous
décourageons
pas
de
ne
rien
voir
dans
l’histoire
qui
puisse
nous
convenir.
La
 véritable
science
de
l’état de
société 14 
ne
date
pas
de
loin.
Les
hommes
ont
construit
longtemps
des
chaumières
 avant
d’être
en
état
d’élever
des
 palais.
 Il
y
 a
 de
 bonnes
 raisons
 pour
 que
l’architecture
 sociale
 ait
 été
 plus
lente
 dans
 ses
 progrès
 que
 cette
multitude
 d’arts
qui
s’asso cient
parfaitement
avec
le
despotisme 
 ». 


On
trouve
aussi,
dans
le
 préambule
de
la
c onstitution
française 
de
1791 ,
 l’une
des
expressions
les
 plus
achevées
et
les
plus
 saisissantes
 du 
 rejet
de
la
légitimité
 traditionnelle,
de
 tout
ce
qui
peut
 s’apparenter
aux
principes
de
 « 
l’ordre
ancien 
»
 (Jean‐ Jacques
Chevallier
parle
dans
 son
ouvrage
 sur
l’histoire
constitutionnelle
de
la
France
de
« 
vent
qui
déracine
les
chênes 
»)
:


«
L’ASSEMBLEE
NATIONALE
voulant
établir
la
Constitution
française
sur
les
principes
qu’elle
vient
de
reconnaître
et
de
 déclarer,
abolit
irrévocablement
les
institutions
qui
blessaient
la
liberté
et
l’égalit é
des
droits. 
 Il
 n’y
 a
 plus
 ni
 noblesse,
 ni
 pairie,
 ni
 distinctions
 héréditaires,
 ni
 distinctions
 d’ordres,
 ni
 régime
 féodal,
 ni
 justices
 patrimoniales,
 ni
 aucun
 des
 titres,
 dénominations
 et
 prérogatives
 qui
 en
 dérivaient,
 ni
 aucun
 ordre
 de
 chevalerie,
 ni


11 
Edmund
Burke,
 Reflections
on
the
Revolution 
in
France,
t raduction
 française
de
la
3 e 
édition
chez
Laurent
 fils,
rue
de
la
Harpe
 (traduction
suivie
au
texte) 
 ;
traduction
de
J 
 d'Anglejan,
Nouvelle
Librairie
Nationale,
Paris,
1912,
citée
par
Jean ‐ Jacques
Chevallier,
 in
Les
Grandes
Æuvres
Politiques,
Armand
Colin, 
Paris,
1970,
pp. 
 150 ‐ 151.
Beaucoup
plus
récemment,
Charles
Townshend
explique,
 à
propos
du
domaine
du
maintien
de
l'ordre
public,
qu'il
existe
un
 « 
 mode
britannique
spécifique
de
réponse
au
défis
de
la
sécurité
 publique,
 qui
 peut
 être
 qualifié
 de
 « 
 modèle 
 britannique 
 » 
 (The
 British
 way),
 et
 « 
 qui
 consiste
 en
l'application
 pragmatique
 des
 doctrines
légales
traditionnelles 
 » .
 Britain's
Civil
Wars ,
Faber
&
Faber,
London,
1986,
p. 
 19. 
 
C’est
nous
qui
soulignons. 
 
Il
s’agit
de
la
révolution
anglaise
de
1688. 
 14 
C’est
nous
qui
soulignons 


13

12

aucune
 des
 corporations
 ou
 décorations,
 pour
 lesquelles
 on
 exigeait
 des
 preuves
 de
 noblesse,
 ou
 qui
 supposaient
 des
 distinctions
 de
 naissance,
 ni
 aucune
 autre
 supériorité,
 que
 celle
 des
 fonctionnaires
 publics
 dans
 l’exercice
 de
 leurs
 fonctions.
 
 Il
n’y
a
p lus
ni
vénalité,
ni
hérédité
d’aucun
office
public. 
 Il
n’y
a
plus,
pour
aucune
partie
de
la
Nation,
ni
pour
aucun
individu,
aucun
privilège,
ni
exception
au
droit
commun
de
 tous
les
Français. 
 Il
n’y
a
plus
ni
jurandes,
ni
corporations
de
professions,
arts
 et
métiers. 
 La
loi
ne
reconnaît
plus
ni
vœux
religieux,
ni
aucun
autre
engagement
qui
serait
contraire
aux
droits
naturels,
ou
à
la
 Constituti o n.
»