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Editorial

La Documentation
Publier aujourd' hui une histoire de l'islam, c'est répondre à
photographique une demande forte en matière de connais sance du religieux,
La Documentation photographique et l'Institut européen en
Rédaction sciences des religions (IESR) ont choisi de mener ensemble
Nathalie Petitjea n ce travail , qui répond à leurs missions respectives_ La Do-
Rédactrice en chef
Rédaction. iconographie
cumentation photographique a pour ambition de lancer des
Françoise Gélibert
passerelles entre recherche historique, géographique, et en-
Maqueltiste-infographisle seignement secondaire, LIESR diffuse, à trave rs la formation
Paule Oury initiale et continue des enseignants, la connaissance des faits
Secrétaire religieux_ Nous avons donc constitué un Comité scientifique,
Conseil éditorial dont les experts ont suivi toutes les étapes du projet élaboré
Laurent Carroué par l'auteur, Pascal Buresi, et la rédaction de La Documenta-
Françoise Dieterich tion photographique.
Bernard Phan
Yves Poncelet Ce numéro se situe résolument dans une perspective d'histoi-
Dominique Varinois re critique. Depuis fort longtemps, l'histoire du ch ristianisme,
telle qu'elle est enseignée dans les classes, analyse plus le
Première de couverture processus de formation et d'évolution du fait religieux que les
Musulman devant la mosquée débats doctrinaux ou théologiques. La démarche doit être
Cheikh Abdu l Kadher, Bagdad,
novembre 1990 identique pour l'islam . ~appro c h e , répéton s-le, est ici histo-
C Laurent Van Der Stockt f rique, toujours soucieuse des co ntextes: contrairement à ce
Gamma f Eyedea
qu'affirment les fondamentalismes, l'islam d'aujourd 'hu i n'est
Maquette : F. GélibertfDF pas celui des origines. Cette approche souligne également
la pluralité de l'islam dans l'espace; en témoigne la diversité
Averti.sement des sociétés musulmanes dans le monde contemporain.
Les opinions exprimées S'il existe une approche spécifique de la dimension religieuse
dans les textes orig inaux ou cités
n'engagent que leurs auteurs. de l'histoire, il n'y a pas d'histoire autonome de la pensée
L:autorisation de reproduire textes,
graphiques et images sous Cl DF ou de la religion, indépendante des sociétés dans lesquelles
doit ê1re demandée il elles se manifestent. Le religieux a joué un rôle important
la documentation Française.
Dans les autres cas. la demande dans l'histoire des sociétés musulmanes, il n'est certainement
doit être adressée dire<:temem
aux sou rces indiquées page 64 . pas le seul facteur de leurs évolutions. Autrement dit, dans un
Il est rappelé que l'usage abusif et collectif domaine où se bousculent les affirmations aussi tranchantes
de la photocopie met en danger
l'équilibre konomique des circuits du livre. que simplistes, cet ouvrage pourrait démontrer que l'histoire
de l'islam est complexe.
Dominique BornelNathalie Petitjean
CI La documentation Française

Comité scientifique animé par Dominique Borne, président de l'IESR : Mohammad Ati
Amir-Moezzi (directeur d'études, Ëcole pratique des hautes études), Yasmina Dahim
(Institut d'études de l'Islam el des sociétés du monde musulman·EHESS), Philippe
Gaudin (IESR), Bruno Levallois (tGEN, arabe), Pierre Lary (directeur d'études, EPHE),
Anne Aebeyrol (professeur), Véronique AieNel (InstiM des cultures musulmanes), Nicolle
Samadi (professeur).
Histoire de l'islam
Pascal Buresi, chargé de recherches au CNRS

L' historien des rciigions esi confro nté à un dou- universelle de l' hu manité, a été re pris dans une
ble problème : r :lbscncc de sources ex térÎeures tout autre pel1ipecti ve de puis le XIX' siècle par
sur les orig ines du mo uvement ct la profusion des chercheurs ct savants occidentaux. Face à
de sources c ng:lgécs ct partisanes. produites ce qui est une gageure, les historiens do ivent
génémle mem bien apres les événements. v isant considére r les sources tcx t uel le.~ comme miroirs
il construi re une histoire sainte des orig i nc.~. de l'univers lIlental et des représe ntlltions des so,
Ce tte profu sion est ju stifiée par les texles cux- ciétés dans lesq uelles elles ont été produites. bien
mêmes qui considèrent celle période comme un après la période originelle, plutôt (lue COlll lllC de.~
moment privilég ié où l'éternité de Dicu s'est récits factuels de la naissancc de l'islam.
tllilniFcstéc. par le Verbe el la Révélation. dans E n ou tre . l'import a nce de s évol uti o ns
le temps des hommes. Aussi Je tr.l'I:1i l historique. historiques da ns les domai nes du dog me. de
qui s' appu ie généralement sur le c roisement la pratique rel igieuse. de la pensée et des sys·
et la confrontatio n de sources co ntempo raines tèmes politiques ct la di versité des contex tes.
opposées, doi l-il pl utôt fa ire appel aux "scien- des sociétés. des législat ions nationales et des
ces a uxili ai res de J' histo ire" (archéo lo gie . structu res sociales et famil iales inte rdi sent tout
anth ropologie. ethnologie, linguistiq ue) e t à la discours érigeant certai ns tra its rel igieux en
tr:U1sdisciplinarité IXlur tenter de démêler ce qui caractères essent iel s. valables en so i. en tout
relève de l'histo ire ct ce qu i est reconstructio n lieu et cn toute époque.
postérie ure. Cela étant. l'is lam possède certaines Cl.'
D:ms le cas de la religio n musul mane. le ractéristiques q ui. ré unies. lu i con fè rent une
tr.lvail, commencé dès la mort du prophète Mu- identi té part ic ul iè re: rapporu im médiats à
h:um nad par les musul mans eux-mê mes, da ns Dieu. tra nscenda nce de la Loi et prétentio n il
l'objectif d'intégrer l'islam au sei n de l' histoire l' universalité.

La lame de 'Muhammad' a èlè préférée é celle de ' Mahomet'. d"onglne IaIIl'l6 al médiévale. dans la meSUle ou il n"ya
plU 116u. BU COOlfSlfe m6m6. de dlSl"'f}lJ8r la prénom le plus ,epandV Uv mon<Ja fflIJsvman, en IOUle epoqve et en lour
lIeU. dB ce/vl dv ptOphèla de ris/am
Le sysleme de If8nSCllploon des noms d 'ong,no a,aOO. petsano ou IV'Que. eSI un sysleme phonéllQue s,mpMIé. sauf pour
/es noms de personnes el les noms de beux connus, pout lasQools 18 g,ap/lle C()'7)'I"lUn6 a élé adopl8e
ft OP 805Il HISTOIRE Of: L1SlAM

Cai ssance d'une nouvelle religion

L e dénominateur com mun aux musulmans Les conditions sociales,


du mo nde réside d:ms un certai n nombre de anthropologiques, culturelles
pratiques similaires, et aussi. quelle que soit du berceau de l'islam
l'origine géographique. ethnique ou sociale
des fidè les. au-delà de certaines divergences. L"islam est rupture. par le rôle qu 'i l 01 joué et
dans le sent iment de p:miciper il une même par l'i nnexion qu'il a donnée à de nombreuses
histoire qui a débuté au début du VII< siècle soc iétés. L'islam est aussi continu ité . synthèse
da ns la pénimuleArabique. Expriméeen arabe. ou aboutissement. par rappon aux populations
aux membres d'une tribu arabe . la relig ion et aux sociétés de la pén insule Arabique du
rnuhammadi cn nc a progress ivement é largi début du VW siècle.
son message il l'en semble de l'humanité. À En effet , les condit ions sociales, écono-
la différence du judaïsme des origines. mais miques. c ulturelles et anthropologiques som
comme le christi;misme. l'islam s'cst posé en essentiel les pour comprendre la naissance de la
religion universali ste . Prêché dans un environ- troi sième grande re ligion monuthéisTe. Muham-
ne ment où les liens de solidarité tribale ct Ics mad naît vers 570 dans une sociéTé tribale. OIrabc.
clivagcs daniqucsétaicm déterminants. l·islam polythéiste ou anim iste. très largemem ouverte
se pose d'emblée comme transcendance: il à des in nuences eXTérieu res. byzantines et per-
concerne les hommes et les femmes de toute sanes. voire indiennes el africaines. chrét ien-
origine. riches et pauvres. 1ibres et esclaves. La nes. juives et manichéennes. Cette sociéTé est
personne c hargée par le Prophète de prononcer travaillée spirituellement par le monothéi sme
rappel à la prière. le premier muezzin. fut. si- et par l"idée de réforme religieuse . incarnés pOlr
gnificativement. un esclave noir affranchi. du les hallij-s - ces prédicateurs. pieux et OIscètes.
nom de Bilâl. Cet universill isme de l'islam n'a prônant le monothéisme "abrahamique" ou
d'égal que l"immédiateté de la relaTion entre valorisant un des dieux du pamhéon .Imbe (al ·
les musulmans et Dieu. 'IU moins pour la plus R(l/IllUjll.1e plus souvent). L'l péninsule Arabique
grande panic d' entre eux. et celle immédiateté est alors éclatée en de nombreux groupes tri-
elle-même s' accompilgne (.fun sentiment ab- baux sans unité linguistique - même si l' arabe,
solu de la transcendance divinc, bien plus l'on so us des dialectes diftërcnts. eST dom inam. il
que da ns le christian isme. côté d'autres langues comme le sudarabique.
Elle est aussi profon dément marquée par la
Les sources pastoral ité nomade des chameliers qui. dans un
vaste espace désertique. mellent en comact les
Le prophète de I·islam. Muhammad (v. 570-632). îlots de sédentarité des oOl sis. autour desquels
est un personnage historique dont l'existence éclosent des bourgades aux: fonctio ns multiples
est attestée par les textes mu sulmans, certes, (commerc iales, agricoles. religieuses).
mais aussi chrétiens. byzantins CT arméniens. Sans celte complé me ntarité entre noma-
Pour autant. on connaît mOlI les détail s de SOI disme et sédentarité. qui permet aux sociétés de
vie. Les sources non musulmanes les plus an- se re produire. voire de développer de manière
ciennes sur Mu hammad sont des récits grecs ou récurrente. dans un environne ment climatique
syriaq ues. datant de la conquêTe arabe eTdonc ct pédologique rigoureux. un excédent démo-
postérieures à sa mon . Elles ne donnent que graphique il l'orig ine des g rands mouve ments
des indications succinctes. présentant souvent migratoires hors de la pén insu le Arabique . la
Muhammad comme un chef de guelTe. pOirfoi s naissance de [' islmn serait une énigme. Comme
com me le roi des Arabes, beOlUCOUp plus ra- e lle se rait une én igme san s la silUaiion de
rement comme un guide religieux. LOI vie du carrefour de la région. à la croisée des mondes
prophète de l'islam ne nous est donc connue méditerranéen, asiatique, indien CTafricain.
que par les textes de la Tradition musulmane, Vers 1'OIn 610 de J' ère ehrétienne. ];, c ité
or ces textes ne datent pour la plupart que d u caravanière. commerciale eT religieuse de La
troisième siècle de l' islam (IX' siècle ap. J.-c.) Meeque. OIU eœur de lOI péni nsule Arabique.
et se présentent beaucoup plu s comme des est dominée par lOI Tribu d e Quraysh. di visée
hagiographies que comme des biograph ies en deux clans. Le premier. les Banû Omcyya.
hi storiques. Pour te nter de cerner la réalité du est le plus puissam : mai s c'est au second. les
personnage hiSTorique, il est indispensable de Banû Hâshirn , qu'appartient Muhammad. un
connaître le contexte qui l'a vu naître. marchand de quamnte ans, qui affirme avoir
reçu un message du Dieu unique. désigné en
ft OP 8058 HISTOIRE DE L'ISlAM

arabe par le term e AlIàh, L'intcrprélatio n pos- vingt'Line d ' années plus tard. comme origine
térieure dira que ce message .. été délivré par du nou veau calendrier musulman. Commence
Jibrîl. J'archange Gabriel . On pourrait .~ ·arrêlcr alors :'! Yathrib, q ui prit plus I:Ird le nom de
Iii: être musul man, c'est essentiellement croire Médi ne ("Vi lle du prophète", M (/(1Îl/a/ al-l/abÎ) ,
il la vérité de cette déc l:lration. Après ce premier une période au cours de 1:Lque lle Muhammad
message . Muhammad reçoit ré2ulièrcmcm la dut non seulement gérer les relations entre d es
parole de Dieu qui "descend" .~ ur lui pendant tribus arabes rivales mais rJ.lliées :'! son message,
une douzaine d ' années. Le Coran est ccnséêlrc entre des tribus polythéi stes ou j ui ves, entre
la consig nation par écrit de l'intégralité des émigrés (1I1111uÎjirlÎlI ) de La Mecque ct panisans
messages transmi s par Dieu au Prophète. Ç ' CSI- (am âr) médinois, mais aussi entre Médine et
à-dire. dans son essence, te Verbe di vin. La Mecque . Alors chef politique et relig ieux ,
il parvie nt, à l'issue de plusieurs bmai lles, à
La révélation muhammadienne renverser les Qurayshites de La Mecque : dan s
le sanctuaire de cette ville. il impose le culle du
La Tradit ion musulmane a arrêté les grandes Dieu unique, re nversant les idoles qui fai saie nt
é lapes d e la vie du Prophète. Muhammad auparavant l'objet d ' un pèlerinage annuel et
prêche une dou zaine d 'années (610-622) à conservant la Ka'ba, dont l'origine abrahami-
La Mecque auprès de .~ e s proches - en pani- que était déj:'! revendiquée p:Lr cenains Arabes
culier sa pre mière fe mme Khadîja, une riche avant la préd ication muhammadienne. Pe u de
veuve, commerça nte, de quinze ans son aînée, temps après. en 632. Muhammad meun et le
ct son cousin , 'Ali, qui allait devenir son gendre cycle de la prophétie s' éteint avee lui.
e n épousant salille F~tima. En butte à l' oppo-
s ition croi ssante de l' aristocrm ie qur:L)'shite Les textes fondateurs
po lythéiste de La Mecque. ct :Llors qu 'en 619
me urent son épo use el son onc le Abû Tâlib, Après une première période de transmission
chef du clan des Banû Hâshim. qui lui assurait orale du texte de la Révélation et la dispari tion
une prot ection re lati ve. Muhammad déc ide (naturelle ou lors de combats) des témoins de la
d'é migrer. En 622, :LVee ses pre miers rldèles, mi ssion prophétique de Muh:unmad, décision
il quitte La Mecque pour l'o:Lsis voisine de est prise de fix er par écrit la révélati on mu-
Yathrib, à deux ceni S ki lomètres au nord: c'est hammadie nne, peut-être aussi pour lui donner
l'Hégire (hijm ), d ont la date fut choisie, une le sta tut des livres sacrés juifs et chrétiens. Il
est possible quecenains fra gmems en aient é té
inscrits sur des omopl ates de chameaux , des
papyri, ou des tablettes du vivant du Prophè te ,
••••••••••••••••••••• mais c'est au cours du premier siècle de l'islam
"Muhammad inspiré par l'archange (VII" s iècle al'. J .-c.) que le texte coranique est
Gabriel", m,niarure rurque,
compi lé de manière de plus en plus précise .au
XV," siécle. M usée d'arr turque
el islamique. ISlanbul fur et à mesure que s' élabore la langue arabe:
d'abord la structure consonantique, pu is les
signes permett:mt de di stinguer les difl'érenles
consonnes (po ints au-dessus ou au -desso us
du sig ne consonantique), enfin la vocalisati o n
(placemcnt des voyelles). Ce processus, q ui
contribue à la lixmion et à la formal isation d e
la lang ue arabe, s'achève au X<siècle al', l -C.
ct explique l'existence, jusqu ' à cette date, de
différentes versio ns conc urre ntes du Coran,
appuyant les revendications de groupes opposés
aux pouvoirs e n place.
Pa rallèlement. on assiste à un processus
d'acc umulation de témoignages (le pl us sou-
vent o raux) sur J' époque, les fa its et les dits du
prophète (ha dith ). Ces témoig nages parfois
contradictoires devinrent si nombreux que d es
savants se spécialisèrent doms leur recension. En
outre, face à l'apparition de citatio ns inventées,
ces spécialistes mi re nt ;LU point une technique
visant à assurer ]' aut hemicité de ccs "traditions"
par une crit ique, externe, de la chaîne de trans-
,. Of' 8058 HISTOIRE DE L1Sl.AM

réserver aux non -musul mans). La résolution


de ces contradictions se fit selon un principe
chronologique, suggéré dans un verset même
du Coran (Il , 1(6) : la révélation la plus récente
abrogerait!:1 plus .mcie nne - c'estla théorie de
l' :lbroge:lnt et de l'abrogé. Pour établir alors la
chronolog ie des versets du Coran. il fallait e n
dmer l:l "d e.~ce nte" et donc établir en détailles
étapes de la vie du prophète de l'islam. d'où
le développement d·un genre "littéraire'·. la
biographie du Prophè te, la sim( a/-nobÎ. La
pl us ancienne conservée. q ui s'apparenle plus
à une hag iographie qu'à une biographie, est
celle d"Jbn Hish[ull (mort en 834). Tous ces
ouvrages - le Coran . les recueils de lI(Ufi/II, dont
six sont considérés comme canoniques par les
sunnites. CI les biographies du Prophète - n·ont
été établis dé finiti vement qu'e ntre les VIII' ct
X< sièdesde l'ère chrétienne. Ils sont donc bien
postérieurs à la mon de Muhammad .
À cette époque auss i. de grandes exégèses
(raf~·Îr) établissent la lecture canonique du tex te
coran ique (vocalisation. étymologie. se ns des
••••••••••••••••••••• mots. structure des versets). L· historien contem-
Le gouverneur de Syrte Mu"bw>ya
rencontre le géneral Amr ibn porain Mo hammed Arko un désigne cet ensem-
al- ·As (mort en 664). cop'e d·une ble de tex tes fondateurs par I"appcll:llioll de
m,mature du /X" s. 'lrée de Hamla· j
haydan rLa chasse a ... hon·. récit
Corpus Officiel Clos. fruit d'un long travail de
poétique de la \Ile de ·AII). réalisée sélect io n. de tri. d'oubli s et de recompositions.
par Muhammad Rali" Bazil (1808). D' une structure ou verte il des lectures et ~ des
Brmsh Library
interprétations multiples, o n est ainsi p:tssé il un
ensemble de textes de référence. dont l' interpré-
mission (i.mâd) et. interne, du propos rapporté Iilt ion est limitée et étmitement encadrée par un
(lIIl/ltI) . Aux ouvrages compilant ces "traditions" corps de spécialistes. les 'II/O lll â ·{ou lémas. les
ct fondant la .I"1II1I1lI. la "Tr:ldition du Prophète", "sav.mts'· qui en détien nent ainsi le monopole.
s'ajoute une réll exion pour expliquer les contm- Au terme de ce processus. se développe r idée
di ctio ns du texte coranique (sur l'interd it de de l'inimÎtabilité du Coran (i"jû::.). en re lation
l'alcool p:lr exe mple, ou sur le tr:lileme nt ~ :tvec la nature divine du message tranS mis.

Cistoire politique et religieuse du "domaine


de l'islam "

Les lie ns e ntre islam et arabité sont .mciens la fédémtion des diverses tribus et des diflcrents
et complexes . LI nature d ivi ne d u message peuples de la Péninsule. En cc scns. on peut af-
con 1ère il la langue arabe. qui le véhicu le. et au firm er que l'islam a contribué il créer la I:ll1gue
peup le, qui ra reçu . un caractère excepti onnel. et le peuple arabes. autant qu'il en est le produit.
Au début d u VI1<siècle, le sent iment d·app:lrte- Si l'o n peut considérer la religion musulmane.
nance il un même groupe culturel. linguistique au VII' siècle, comme une religion arabe dans
et ethnique. n'est pas encore bi en affirmé sur la mesure où les musulmans 110n arabes sont
l'ensemble de la pén insule Arabique. À la mort encore une infime minorité, très rapidement .
du Prophète. ses habit:lnts se réclament d·une en que lques décennies. cette identilicationn'est
même ethnie ct utilisent la même !:ll1gue en plus valide en rai son de l'intégration ou de la
cours d· unification. Beaucoup sont musulmans conversion il l'islam de populations non arabes
et lïdcntilication à l:t nou velle religion achève très importantes.
• OI'!I058 HISTOIRE DE L'ISLAM

Les étapes de l'expansion La définition religieuse


religieuse du territoire

Conquête militaire et assujettissement politique La défi ni tio n de la "com mu na uté" ( UIII"U/)


nïmplique ru pas nécessaire ment conversion à délimi te les contours territoriaux de I1slam,
l'islam el arabisation des populations. Cc sonl du lIû' a/,jsltilll (Iilléralement la "maison·· ou
des phénomènes. liés ccnes. mais s' accomplis- "do maine de l'islam"). À l'intérieur. tou t indi-
sant à des ry thmes très dilTérents. avec pl us ou vidu est soumis à la Loi. q u'i l soi t mus ulman
moins d'i ntensité. En un siècle enviro n. les d i- ou "protégé" (lIIIjlllll/ ;). ou qu'il vie nne de
rigeams musulmans imposclltlcur 50uvcrai nClé l'extérieur en bénéficiant de l'amûII, le sauf-
s urun immense empire s'étendant des Pyrénées cond uit qui garant it la sécurité de sa personne
:lUX confins de la Chine. Les clld Tes. généraux et de ses biens.
ct gouvern eu rs. condu isant les oj>émtions CI Partant de l'idée que 1:, période originelle
:ldm În istra n! l'Empire. son! tous ara bes ct mu- doi t I!tre le modè le de toute conduite, de tout
s ulnwlls: les troupes intègre nt les populutions règle ment nonml tif et dc loute législation. les
loc:lles ( Persans. Berbères. Turcs) au fur CI il aute urs mus ulma ns ont te nté de théoriser, a
mesure de la progression. La (,;onquête s' ac- posteriori , les décisions e mpiriques prises par
compilgnc d ' ulle colonisation paT les Arabes, les souve rains mus ulmans au moment de la
q ui bénéfi cient d ' un excédent démogra phique conquête. Et ce en vertu du principe que Dieu.
ext rêmemen t favorable ct s' implantent dans par l'intermédiaire de son Envoyé. Muhammad,
des vil les-garni sons qu 'i ls fo ndent. Parfois li donné aux ho mmes, de manière défin itive, le
au ssi les é lites provi nciales s'installent da ns cadre de 1:, Loi di vine. destiné à régir toutes les
des villes déjà ex istan tes comme Damas. Les activités humaines.
popu lations locales conserve nt très majori- Les modalités militaires de la première
ta ire ment leur religion an térieure: j udai"sme, ex pansion. au V]]< siècle, conduise nt ainsi les
christianisme (copte, nestorien. monophysi te, savants des siècles postérieurs à définir les
cha1cédonien, wisigothique, etc.), mazdé is me territoires non musulmans comme lIûr ai-lU/rh,
(ou zoroastrisme). "domai ne de la guerre". L·arrêt des conquêtes
Les all iances matrimoniales avec les fe m- nécessite l' é l:lboration d'autres catégories
mes desétites locales, l'attmct ion s u~ itée parla juridiques: ains i apparurenl le dûr a/-mil,
richesse des conquémnts, les incitations Iisç:Lles. ("domaine de la trêve·') ct le lIûr (Il- 'a/ul ('"do-
la fasci natio n exercée par la nouvelle religion maine de l"all iance") q ui légitimaient l" arrêt
et l' intégr.ltion prog ressive des non-Arabes :mx te mporaire dc l' ex pansion. Le stat ut de la terre
cercles dirigeants de 1"adm ini stfation ct aux était déterm iné par le statut des personnes et
grands courants commerciaux que favori sent la par le type de prélèvement . Sur les habitants
mi se en place de l'Empire et quelques mesures du "domaine de l'islam" pesaient les impôt s
pol itiques. en particulier pour l'usage de J'arabe. canon iques: za ktÎt (au mône légale) pour les
incitent les populat ions locales à sc converti r musulmuns,jiZYlI (capitation) pour les dhill/Illi
et à adopter la langue arabe en nombre sans ('"tributaires" ou "protégés") ainsi qu' un impôt
cesse plus grand. Arabisat ion et conversion ne foncier, le kllllrlÎj. sur les terres hors de la pé-
sont pas régulières, mai s se font par à-coups. ninsule Arabique: à l' extérieur de cc monde,
e n fonctio n du contexte, parfois au terme de le prélèvement s'opérait par tribut. pour ceux
c rises iden ti taires. de confronta tio ns o u de qu i avaient signé une treve ou une alliance avec
raid issements du pouvoir. Certai nes popula- le pouvoir mus ulman, ou par le butin, dans le
tions se conve rtissent sans changer de langue "domaine de la guerre". Les reculs terri toriaux
(Persans, Turcs, Berbères), d'aut res s' arabise nt - pénins ule Ibérique, Sicile. te mporairement
Sans cha nger de re ligion (chrétie ns ct juifs Maghreb - obligèrent aussi les juri stes à se
d' Orient ou d'Andalousie), participant to us à prononcer sur la situation, nouvelle, de po-
1'émergence de ce qu'on appel le communément pu lat ions musulmanes vivant sous l'autori té
la civilisatio n islamique. Dès le IX' siècle, la d 'u n souverain " infidèle··. Généralement. les
Bible est traduite et commentée en ambc par des juristes conseillèrent aux musulmans le dé part,
clercs andalous, mais les chercheurs s'accor- mais celle position n'était pas partagée par tous.
de nt à penser qu' il faul. par exemple. altendrc le La colonisation aux XIX' -XX' siècles, pui s
X I' siècle pour que la majo rité de la population l"émigrat io n musulm:me dans les pays indus-
égyptienne soit musu lmane . Rap pelons qu'en trialisés ou en voie d'industriali sation et, enfin,
1857, avant la domination britannique et après la mond ialisation récente . ont rendu caduc cc
c inq siècles de dominat ion mus ulmane dans le cadre j uridique d 'anal yse du statut des ,erres
sous-continent indien, seule ment 20 % de la ct des person nes.
poPU1:.t iOll totale était mus ulma ne.
• OP 0058 HISTOIRE DE L'ISLAM

Au-delà de la tolérance L'islam et la transmission


ou de l'intolérance, des savoirs
la personnalité du droit
Si ce cadre juridique n' a pas empêché de to ut
Le pragmatisme des premiers conqu érants. qui te mps et en tout lieu des persécutions;1 l'encon-
ont le plus souven t laissé aux non·rnusuhmms tre des non-musul mans et des abus de pouvoir.
la liberté de culte dans les territoires conquis. il a le plus souvent pennis la cohabitation de
el la biographie du Prophète, tcl lc qu'c lic a été comm unautés rel igieuses el de populations
établie par la Tr;lIJition musulmane comme mo- a ux tradit ions et a ux cultures dill"érentes. Des
dèle de référence ct de lég itimation de pnttiqucs échanges fmctue ux ont permis. dès le Vl1J< siè-
parfois bien postérieures. o nl posé les grands cle. occasionnellement à des fi ns polémiques, la
cadres des re lations des pouvoirs rnusuhmms tmnsmission des textes de 1" Antiquité grecque
à l'égard des com munautés non mus ulmanes. et romaine, des ouvrJ.ges grecs de géogmphie,
Les princ ipes de ces relations. qui, de man ière d 'astronomie, de mathématiques ou de philo-
anac hro nique, peuvent choquer l'universalisme sophie, grâce 11 leur traduction e n arJ.be. parfois
républicai n issu des Lumières. n'ont pas cu par lïntermédiaire du syriaq ue (langue écri te
que des inconvé nie nts: ils ont perm is à des de l' ara méen), et la ferti lisat ion de la nouvelle
popul at ions non musulmanes de sc maintenir religion par le savoir ant ique. Les c hré tiens
ct de se perpétue r j usqu'à nos jours dans un o rie ntau x. he llé nisés c uhure llemen\ et arabisés
environnement islam iq ue. Le principe en est lingui stiquement. jouère nt un rôle important
la personnalité du dro it da ns le cadre de la Loi da ns ce transfert de savoir. Des débats théolo-
islamique. À condition de respecter la rel igion giques parfois vi rule nts .mto ur du primat de la
dominante ct de verse r collectivement les im- raison ou de la révélation. opposèrent ainsi. très
pôts me ntionnés -le prélèvement devant en ê tre tôt (IX' s ièc le), au sein de l'is lam, les partisans
organisé par les dirigeants de ces communautés, du rJ.tionalisme a ristotélicien. du néo-platonisme
le plus souvent par la hiéran:hie ecclésiast ique ou du linéralisme (courant refusant la recherc he
q ui les reversait au pouvoir mus ulman - . les d' un sens caché dans le texte de la Révélation) et
communautés religie uses é taient a utonomes du firent su rgir des interrogat ions qui contribuè rent
point de vue juridiq ue: to ut lit ige cntre me m- fortement à l'élabor.nion de la doxlI islamique.
bres de la communauté était réglé pHr le j uge Le cadre impérial. la diffusion de la hmgue
de la communauté (rabbin, é vêque o u tout autre arabe parmi les élites. la créat ion d'institutions
autorité). En cas de litige entre un mus ul man et communes, en particulier judiciaires. mai s aussi
un no n-musulman, c 'cst le j uge mus ulman qui politiques, éducatives et/ou religieuses, dans
devait tranc he r, ce qui assurait la s upériorité toutes les régions, le déplacement des savants
symbolique du droit mus ulman. symbolique le long des routes carava nières de l"Empi re,
parce qu'on a de nomb re ux témo ignages la q uête du savoir religieux et/ou scientifique,
prou va nt que les mu s ulmans n'étaient pas fa vo risèrent la mise en contact de trad itions reli-
systématiqueme nt favori sés. En Méditerranée gieuses. li ttéraires et culturelles très différentes.
orientale, ces principes, qui ont servi de cadres Ce con tact permit des recompos itions philoso-
juridiques pour la gestion des comptoi rs italie ns, phiques et des réélaborat ions doc trinales qui
puis des Échelles du Levant, ont permis aussi contribuèrent de ma nière décis ive à façon ner
l'intégration des com mu nautés j uives chassées non seule ment cc que les chercheurs e uropéens
de C:ls!illeet d'Aragon par les RoisCathol iques ont appelé la ··civil isation de l' is lam classique",
11 la fin du XV' s ièc le. et ont pris, dan s l'Empire mais aussi les différents courants mys tiques.
ottoman, la forme institutionnelle des mille/. ou ésotériques ou rat ionalistes de l'is lam. qu ïls
"communautés". soie nt sunni tes. chi ites o u kharijites.

progressive définition du dogme, des pratiques


et du droit musulman
Les religions ont une histoire: elles ~e consti- prendre qu'un exemple, et non des moi ndres,
tuent progressivement et elles ne cessent d'évo- n'est pas réalisée de la même manière par tous
luer. Leur dogme. leurs rites et les. pratiques les musulmans. c hiites ou sun nites. Au sein
qui leur sont liées ne sont pas partagés par même d u sunnis me, les mâlé kites (Maghreb
tous leurs tidèlesde manière identique. L' islam et Afrique noire) se di stinguent sur ce plan des
n'échappe pas à celle règle: la prière, pour ne autres écoles juridiques (ha nbillite, c haf1ite et
• OP 8058 HISTOIRE DE l"ISI.AM

h:méfilc). Qu\!l ~ sont les rites princ ipaux de pureté par le sommeil , les relat ions sex uelles,
l'islam'! La Tr:.ldition mu ~ u111l a ne a fixé à cinq les besoins nature ls, le contact avec des i!tres
les obligat ions individue lles pour le musulman. impurs, On retro uve sa pureté par des :Iblulions
Celles·çi sont :tppelécs " piliers de la foi", ou, s' il n'y a pas d'cau, ~Ir l' utilismion de sable
da.ns le désert. Les :lbllllion ~ mineures !>e ront
au bassin d'ablution (visage, bouche, narines,
Les "piliers" de l'islam
ore illes, mains/avant-bras, pieds), cependant
Le prem ier pil ier est la pro fession de foi (slla· que cenaines situations requièrent des ablutions
fUÎt/a): 'Tallcstc qu'il n'y a d'autre dieu que majeures: l'état d 'impureté , engendré par les
Dieu et j" attcstc que Muhammad est l'e nvoyé relati ons sexuelles ou, pour une femme, p:lr les
de Dieu". Prononcée à haute voix CI cn toute menstruations ou l'accouchement, exige que
sincérité. devant deux musulmans adultes agis- lout le corps soit l:lvé au l/{/mmtÎm , Une foi s
sant comme témo ins. ellc fonde officiellement purifié, le fidèle peut prier.
une conversio n à lïslam. ElIc est rappelée Une prière a un stmut spéôal : la prière du
intégmlcmcnt c inq foi s par jour au musulman vendredi midi, qui doit être accomplie collec-
dans l'appe l à la prière. Elle doi t aussi être tivement da ns la Gr:lIlde mosquée (jtÎlII;'). Elle
prononcée. avant de mourir. par le musulman eSI obligatoi re pour tous les musulmans de sexe
qui tend son doigt en !>igne de reco nnaissance masculin (Comn, LX II , 9). Celle prière spéciale
de ["unicité divine. est présidée par l' ;miim. un musulman de bonne
Le deuxiè me pilier est 1;1prière (salii l), mai!> rép utatio n, qui se place devant les fidèle s, en
il inclut le prem ier puisque la ,f//(/hâda est pro- f:lce du mihrâb , la niche qu i indique la qiblll,
noncée dUr'J nl la prière , Le terme ,m liil, d 'ori - c'est-ll-di re la di rection de La Mecque, Les fi-
gi ne arJmécnne ("pros tem:u ion", "salul"), est dèles sont e n mng derrière lui. ils font les gestes
passé en arabe pour désigner 1:1 prière ritucl le : ri tue ls après lui et répètent ses paroles, L' imtÎm
il est mentio nné plu!>icurs dizainesde foi s dans n'est pas un prêtre: son nom re nvoie à sa place.
le Coran , Cette prière est le signe le pl us évident devant «(llI/iim). par Tappon aux autres fidèles.
de l'adhé!>iun à l'i slam, Le nombre de prières Il est ce lui qui guide. Le second personnage d é
quotidiennes obligatoire!> (ônq) n'est pas men- de la prière du vendrcdi. parfois d ifférenl de
tionné dans le Coran qui n'en c ite explicitement lïmiill/, e!>t le klwlÎb qui. du haut de la chaire
que troi!>, En fai t, le chiffre cinq provient de la à prêcher (le millbar). prononce la kllllllm, un
Tradition (luulÎrh) , Avant d 'cffectue r la prière, sermo n dont la pre mière panie possède une
le fidèle doit se trouve r en état de pureté léga- dimension politique ou sociale et la seconde
le afin que la prière soit efficace, On perd sa une dime nsioo religie use - le plus souvent un
commentaire d'une sourate du Coran.
Le troisième pilier est l'aumône légale
(:.akû/). Celle aumône est fondée sur l'idée
••••••••••••••••••••• (commune aux musulmans et aux juifs) que les
Musulman en prlére dans le déS8f/.
Mah. j8IlVlef 2007 biens de ce monde sont impurs. Il est cependant
penni s de les acquérir et d'en jo uir à condit ion
de les puri lier - le mOi de :.akâl. d 'origine ara-
méenne, signifie purificmion - en les restituant
partiellement à Allâh. Historique ment, la zaMI
est le pre mier impôt payé par les musu lmans.
Elle est recommandée dans le Cor.m. même si
elle n'cst pas déclarée fonnel lement obligatoi re
(Coran, III. 92). Ainsi les pauvres ne SOnt pas
tenus de payer la l.aUu. Aucune autorité légale
ou :ldministrative n'est là pour contrô ler le
do n de la :.atii/: on s'en remet à l' honnêteté
de chacun. Le prophète Muhammad l'appl iqua
comme un impôt de solidarité, aussi les re venus
de cet " impôt" sont-ils destinés aux pauvres et
aux nécessiteux. à l'enlretien des institut ions
pieuses ou aux voyageurs.
Le quatrième pilier est le jeûne du ramadan
(nmllltlûlI). Cest, pour les musulmans, une des
plus grandes rnanifcsll1t ions collecti ves de leur
appanenance à l"islam. La pratique du jeûne
est rég lementée par le Coran ( Il , 184- 187),
P . OP 8058 HISTOIRE De L'ISLIW

mique.~ : il y avait en effet chez les bédouins des


mois S:lcrés où toutes les guerres tribales étaient
1
prohibées et Oll avaient lieu de grandes foire s et
des pèlerin:lges p:lïens aux grands sanctuaires
comme la Ka'ba.
Le cinquiè me et dernier pi lier est le pè leri-
nage il La Mecque. Il est obligatoire pour tout
musul man libre qui en a la possibilité physique
et les moyens ma lériel.~ (Coran, Il . 196-199). Il
doit être effectué une foi s (au moins) d:ms 1:\
vic: entre le 8 ct le 13 dlllî 1-ltijj(l . Il reprend
les rites, établis par l:t Trad it ion (I/(/di,h et ~'Î/'(/),
tel s que Muhammad est cemé les avoir fix és
lorsqu' il effectu:t le "pèlerinage de J'Ad ieu".
e n 63 1. Pourquoi L:l Mecque ? II s' agit certes
de la vi lle natale du prophète de J'islam. m:ti s
c'est suno ut le lieu orig ine l de la Révélation et
l' endroit où .~e trouve ht Ka 'b:l. conservée dans
••••••••••••••••••••• la mosquée du s;tnctuaire .
Musulmans aSlaliques lors du hfllJ. Selon la tradit ion musulmane, J'empl:tcc-
pèlermage à La Mecque. Arable
ment de la Ka'ba aurait été créé avant toUie
saoudlle. 30 jan"o'l8f 2004
autre panie de la terre: sur cet emplacement.
Abraha m aumit construit la " mai son de Dieu"
(Ba)', A/MIl), autre nom de la Ka'ba, avec des
complété par la Tradition. Tout musulman pierres que son fi ls Ismf,'îl lui aUr:lit apponées.
doit jeûner du leve.r au coucher du solei l. du Pour achever l'édifice, Abraham aurait cu be-
premier au dernier jour du mois de rall/adân et soin d'une pierre d'angle qu' lsmù 'îl ne parve-
s' abstenir d'aliment s, de boissons, de relations nait pas à trouver. Celte pierre, connue sous le
sex uelles. Ce jeûne est précédé av:mt I" aube nom de Pierre Noire, lui <lumit été "pportée p:tr
d'un petit-déjeu ner et s'achève sur le repas de l'ange Gabriel. Bl anche il l'origine, elle aurait
rupture du jeûne, lifta /". Le jeûne se termi ne été noircie par le péché des hommes. Celte
le jour du '0.1"" al-ji'I" (fête de la ru pture du pierre, aujourd'hui cassée et cerclée dans un
jelltle) qui a lieu le pre mier jour du moi s suiv:ml. anneau d' :trgent, doit être touchée et embrassée
Pourq uoi le moi s de /"(/II/a (/âll '! C'est lors de la p:lr les pèleri ns, Dès l'époque préislamique, La
"n ui t du Destin" (/(I.I"{(I/ al-qadr), entre le vingt- Mecque était un grand centre de pèlerinage et
sixième et le ving-septième jour du mois, que de nombreusesd ivÎn ités y étaient vénérées, Mu-
le Coran serait "descendu" poUf la première hammad reprit cette prat ique en l'isla misant.
foi s sur le prophète (Coran, 1t. 185 ), Celte nuit.
il laq uelle la sourate XCV II est consacrée, est La mise en place du droit
décrite comme "meilleure que mi lle mois", En musulman: des compromis
outre, au cours de ce mois se situent plusieurs régionaux
anniversaires importants pour l' islam: mort
de Khadîja. premi ère femme de Muhammad. Les musulmans considèrent aujourd'hui que le
victoire de Badr sur les Mecquoi s (624), prise droit musulman Viqh) et les avis jurispruden-
de La Mecque, mort de 'Ali, gendre et cousin tiel s (j(1II\,{/, 1U/II'tÎZil) doivent être élaborés en
du prophète et quatrième calife de l'islam .. s'appuyant principalemenl sur le Coran et sur];l
Le ra madan est ob lig:lloi re pour tout Tr:ldition du Prophète (et sur celle des ill/tÎm -s ,
mu sulman, sain de corps et d'esprit. ayant pour ce qui concerne les chiites), telle qu'e lle
atteint Lige de la puberté, En sont di spensés a été établie dans les six collections sunnites
les enfants, les personnes :1gées, les malades, de {/(/dÎrlt (ct quatre compilations chii tes). Or.
les femme s enceintes, les fe mmes ayant leurs d'un strict poi nt de vue chronolog ique, il y
règ les, les voyageurs. Les jours o ù le jeûne eut des juges musulmans dans tout J'Empire.
n' :t pas été respecté do ivent être remplacés le longtemps avant que ce.~ recueils aient été écrits
plus tôt possible et dan s tous les cas avant le et avant que le texle du Coran ait été défini tive-
ram:td:m suivant. Les influences, c hrétiennes, ment fixé , Il y eut donc élaborat io n simultanée
juives et manic hée nnes, sont indéniables pour tant de la juri sprudence que des textes censés
expliquer ce mois de jeûne, mais ce qu'il faut l' asseoi r, Pour rendre lajustice en fonction de
retenir avant tout, c 'est que cel ui-ci s' inscrit normes islam iques non encore établies, les
tout à fait dans la tradition des Arabes préisla- juges (qâdi) fi rent appel à tous les out ils dont
• OP 8058 H ISTOIRE DE L'lS!.AM

ils disposaient: versions parfois un peu di ffé- qui son culte des sai nts, qui son rigorisme. qui
rentes de la révélation mu hammadienne. droit sa force militaire, qui ses traditions admi nis-
coutum ier (·llr/). usages locaux ((Îdât). droit tratives, littéraires ou poétiques. Persans. Turcs.
romai n autour de la Méditerranée. trad itions Berbères. Mongols. Noirs africains ou Indiens
sassanides en Perse. et souvenirs des mesures ont contribué à fa<;onner les diverses facene s de
pri ses par les premiers successeurs du Prophète. l'i slam. tout en étant marqués par lui. Rendre à
Les savants musulmans ont déve loppé leur cor- chacun ce qui lui est dû serait trop long. Nous
pus juridique en tentant. (1 posteriori. de faire nous contenterons d'un e:œmple.
coïncider la pratique cmpiriq ue des premiers Lorsq ue les croisés interviennent en P:t-
souverains avec ceux des actes du Prophète lest ine et s'emparent de Jérmalem en 1099, le
qui permettaient de légiti mer leurs décisions. Proche-Orient est domi né par des dynasties tur-
et cn écartant ceux qui ne leur conve naient ques sunnites. les Seldjou kides, qui gouvernent
pas. Cod ificat ion ct pratiques allèrent de pai r. de petites principautés rivales. sous ]":lutorité
s' influen<;ant Ill utuel leillent. cc qui expl ique les théorique du cal ife abbasside de Bagdad. cepen-
d iversités rég ionales du droit musulman dépen- dant que l'Égypte et Le Caire sont dirigés par
dant cn part ie des traditio ns juridiq ues locales. des imrÎm-s chiites ismaé lien;; (ou septim,lins),
La conquête musul mane n·impliq ue donc les Fütimides (969- 117 1). Contre l'influence du
pas lïmposi ti on dans un vaste terri toire de chiisme. puis contre les croisés, une institut ion.
normes préexistantcs: au contrai re. ce sont promise il un bel avenir. al1:tit !?Ire promue par
les régions et leurs tradi tions juridiques qui les é lites turques: la madmSl/. Militaires et
perm irent l· é laborat ion. dans sa diversi té. du cavaliers. non arabes et récemment convenis,
droit musu lman. Au terme de ce processus (vers les dirigeants turcs étaient en manque de légi -
le lX<-X' siècle). les règles de fonctiDnncment timité pour d iriger la s<x·iété. Ils compensèrent
du droit musul man étaient établies. sans que cene s ituation en fina n<;ant la fo ndation de
ce la ait débouché sur une application uniforme nombreuses m(/({m.l"(/-s. édifices dest inés à un
des mêmes déc isions partout ct de tout tcmps. maître. salarié, ct une vingtaine d'élèves, logés
En effet. le d ro it musulman sc caracté ri se et nourris. L'enseignement prodigué tournait
par une grande souplesse: il laisse une place autour des sciences religieuses et. dans un pre-
conséquente à lïnterprétation personnelle et mier temps. d'une des quatre écoles reconnues
au jugemcnt de profess ionnels (1IIIIfti.fllqaluη, de droit musul man, le hané li sme. Celte forme
qâdî) chargés de défendre la supériorité sym- d·évergétisme eut un ra pide et éclatant succès
bol ique de lïslam bien plus que d"appl iquer ct se répandit dans tou t le monde musulman:
strictement la Loi ou d·assurer la direction de la physionomie des villes en fut bouleversée
la société. puisqu'il n'était pas rare de trouver plusieurs
centaines de IIIlldra.m-s dans les grandes cités.
L'influence des nouveaux peu~ Ces éco les . q ui forma ient les futures é li tes
pies: l'exemple de la madrasa sunnites du régime et contrebalançaient l"in-
flucnce des prédicateurs ch iites. cont ribuèrent
Chaque peuple. chaque territoire de r Empire a au ··réarme ment moral et re l igieu~ ·· du Proche-
apporté sa pierre il l"édi fiee de la religion mu- Orient et au développement de 1· idée de jiluÎd
sulmane.qui ses institutions. qui son ésotérisme. face au.>; croisés.

C eli gion et pouvo ir en islam


La non-différenciation du politique et du re- Les doctrines du califat
lig ieux en islam est-elle. ou n'est-elle pas. un et de l'imâmat
problème ou un frein il la moderni té? Celte
question est marquée du sceau d 'un certain
Après la mort sans héritier mâle.:I Méd ine. en
occidento-centrismc. Ne serait-ce pas la d if-
632. de leur prophète, chef de leur "commu-
férenc iation du politique ct du rel igieux dans
nauté'·. les mus ulmans commencent à sc diviser
1· histoire de quelques pays d'E urope qui ferait
fi gure d'exception. :tl"échelle de J" Histoire de sur les mod:tlités de la transmission du pouvoi r.
l'humanité et de la planète. plutôt que la non- Pendant une trentainc d·années troublées, au
différe nciation propre à l"islam ? cours desquelles se succèdent quatre ca li fe s
(klwlifa. littéralement ··successe ur·') - Abû
Bakr (632-634). ·Umar (634-644). ·Uthmân
(644-656) ct 'Alî (656-66 1) - dont trois meurcnt
MI , OP 8056 HISTOIRE DE L1SlAM

a~sass inés, diverses solUlions sont envisagées chargé de montrer la Voie aux pieux musulmans.
po ur la désignat ion du chef de la communauté Le chii sme a de nombreuses ramifications :
(1IIIII/W) - conseil électif. désignation Clllte Zayd ites. Ismaéliens (ou Septirnains), Duodé-
mOrlem, testilment. La gestion empirique des cimains (ou Imâmites). Nusayris (ou Alaouites)
problèmes qui se posent va contribuer il la syriens, Alevis ct Bektashis turcs. etc.
formali sat ion postérieure des structures et ins- De manière géném1c. lechiisrne. fortement
titut ions politiques, religieuses et dogmatiques marq ué par I"assassinat de 'A lî (661 ) et par [e
de l'islam : gestion de l' héritage prophétique, martyre de son fil s cadet. al-Hus:Lyn. à Kerbala
révoltes des tribus arabes, première expansion (681 ), s'appuie sur un l'on sentiment de dépos-
militaire hors de la péninsule Arabique, admi- session ct d'inj ustice . sur la vénér.u ion portée
nistrat io n de l'Empire naissant. aux descendants du Prophète, sur une grande
À panir de 66 1, c'est le système dynastique sensibilité à la sainteté. sur des tendances mys-
qui s 'im pose pour la direction de la communau- tiques ct sur la possibilité toujours ouverte de
té dans le cadre du cal ifat umayyade de Damas [' ij/ilujli. l' établi ssement de nonnes juridiques
(66 1-750). Des contre- modèles se constituent nouvel[es à part ird 'un Corpus Officiel Clos de
simu ltanément, en opposition il cette dynastie textes fondateurs.
et il la suivante, celle des Abbassides de Bag-
dad (750- [258). Ces oppositions ne sont pas Les fondements politico-
seu lement polit iques: e lles recoupent aussi des religieux des Empires et
o rientations et des approches différentes de la des royaumes de l'islam
nouvelle religion, com me celle des kharijites,
d'anciens pani san s de 'A li (le cousi n ct gendre La tension permanente entre le légitime de la
de Muhammad). qui se séparent de lui en 657, .l"lwrî'a (Loi divine) et le nécessaire «(IMûm)
ct affirment que le chef de la communauté ou e ntre le respect de la Tradition, incarnée
doi t être le meilleur des musul mans, "fût-il un dans la SIIIIIIlI du Prophète. et les contraintes
esclave noir"·. de l' histoire, <1 profondément marqué tous les
La victoire des Umayyades et. il travers systèmes politiques et soc iaux du monde mu-
elle, celle des Qurayshites qui affi rment que sulman. Celle tension a permi s ['adaptation el
l'appartenance il la seule trib u du Prophète est la recomposi tion penn:mente de la Tradition ,
nécessaire. e t suffisante, don nent naissance dans le cadre de réformes . qui. dan .~ leurs
progressivement :lU su nnisme, dont la dénomi- d ifférences, revendiquaient IOUles la fidélité
nation <lpparaîl au X<siècle (en référence il la au modèle muham rnadien. Après une période
tradit ion. S I/IIIU/), cependant que les partisans où il n' y eut qu'un seu l "successeur'" (calife) il
de 'Ali ct de ses descendants, qui contestent leur la tête de la "commu nauté" de l'islam - califat
éviction du pouvoir, fo ndcntla Shi'a ("parti'" ou umayyade de Damas (66 1-750) el abbasside
" faction" [de 'Ali !) , le chii slTle, ct entre nt. pour Je Bagdad (750-1258) -, et malgré quelques
plusieurs siècles, dans l'opposition. politique :LUtonomies précoces au sein de cet empire
et religieuse. :LU nouveau pouvoir califal. Les immense. de nouveaux prétendants, représen-
chiites. '"légitimistes de l'islam" (H. Laoust), tant des courant s politico-relig ieux o pposés
estiment que la di recti on de la COlTlmunauté aux dynasties régnantes. réussirent à fédérer,
doit revenir il un membredc la fa mille étroite du ct il rendre indépendants, de vastes territoires:
Prophète, le plus souvent un de ses descendants imâmat mtimide (chi ite septirnainlismaélien) de
par 'Alî et F:Îtima. La théorie de l'i mâmat. qui Kai ro uan (909-969). puis du Caire (969-11 7 [),
sc constru it face il celle du califat sunnite, n'est cal ifat umayy:lde de Cordoue (929- [03 1), ca-
pas seulement une conception de l'autorité poli- [ifat almohade de Marrakech el Séville ( 11 30-
tique et rel igieuse - app:Lnenance de l' imâm il la 1269). ca lifat hafs ide de Tun is ( [ 228-1574).
descendance biologique du Prophète -, elle fait sult anat mamelouk du CoLire ( 1250-1517),
partie de lil théologie chi ite el comporte des im- Empires olloman de la Médi terranée oricntale
plicatio ns ésotériques. La théologie chiite mar- (15 16-1 924). safavide de Perse ( 1502- [732) et
que ai nsi sa différence avec [a théologie su nnite moghol d' Inde ( 1526-1857). Tous ces pouvoirs.
par [' importance qu 'elle accorde ;1la structure dans leur diversité extrême, soit procédaient
duelle des choses. dans le texte cOr<lnique par d'une réforme religieuse ou d'une révolte visant
exemple: la Lettre. le sens apparent (z.hâhir), il la restaumlion des nornles islamiques, censées
recèlerait . pour ceux qui savent le déchiffrer, un avoir été bafouées par leurs prédécesseurs, soit
sens caché (bâ tin). latent. Celui-ci permettrait légitimèrent (/ po.\·teriori leur pouvoir par leur
d'accéder il l"/mtÎm divin , manifestati on de respect ct leur défense de la religion et par
l'essence di vine. inaccessible il l'entende ment. l'i mitation du modè le muhammadien.
et représentant la partie cilchée du gu ide de Même si les règles de gouverne ment des
la cOlllmunauté musulmane. l'imtÎm terrestre. hommes ne différaient g uère de celles qui
" OP sosa HISTOIRE DE L'ISLAM

prévalaient dans d'autres contrées non musul- - créé par les membres d ' une confrérie soulie
manes, en Islam, elles étaient intégrées dans un d'Azerbaïdjan q ui imposent progressivement
cildre de pensée et un référentiel "islamiques", en Iran un Chii sme modéré comme religion
par une réélaboration constante du corpus des d'État -, action de grands souverains réforma-
all('roriw/e~' et surtout par une herméneutique teurs moghol s comme Akbar (règne de 1556 à
dynamique: relectures des textes fondilteurs et 1605) ou Aurangzeb (règne de 1658 à 1707),
réinterprétations doctrinales ne se sont jamais profondément marqués par l'hindouisme, le
interrompues dans le monde musulman, le sa- soufisme et la littérature mystique persane, ct
voir el la rénexion prenant en compte la masse développement, dans l' Empire ottoman, du
croissante d'événements considérés comme qlll1lÎII ou "règle ment administratif', une sorte
relevant du religieux, parce qu ' ils s'étaient de droit profane d' origine sultanienne préc isant
produits dans la vaste aire de domination rele- l'application de la Loi et prenant en compte
vant de souverai ns musulmans, qui eux-mêmes la II/as/a/Ill (l'i ntérêt de la communauté). Au
lég itimaient toutes leurs décisions en invoquant XIX" siècle, pour répondre aux différents défis
une Tnldition ''i slamiq ue'' que, cc fai~'m l. il s que leurs sociétés doi ven t atrronter, qu e l que~
contribuaielll à enriChir. souverains éclairés. s' inspi rant de ce qui se pas-
sait dans les États- nations émergeant en Europe
Les Empires de l'époque occidentale, accélèrent les réformes pour répon-
moderne dre aux ex igences de la modernité: adoption de
codes civils et de codes du commerce, réforme
La période de la grande expan~ i on occidentale de l'état civi l ct du droit de la famille.
(découverte et coloni sation des Amériques, Lo rsqu' en 1857 disparaît l'Empire des
conquête des océans, etc,) correspond, dans Gmnds Moghols d' Inde, seul ri val du califat
l'histoire de l'i slam, à celle de trois grands ottoman, l'I nde, le Tu rkestan. le khUnat de Ka-
empires: olloman (sunnite), safavide (Chiite zan ct la Malaisie acceptent la kllll/ba ottomane.
duodécimain) et moghol. Ces trois empires, c'est-à-dire de pro noncer le nom du cali fe dans
dont l' un est à Cheval sur l'Europe et l'Asie, le sermon du vendredi, cc qui équivaut il une
mettent e n place, dans le cadre de la Loi de reconnaissance. Cette situation dure jusq u'au
l'i slam, un appareil d'État é laboré avec des début du XX <siècle. Le l « décembre 1922,la
structures adm ini stratives bureaucratiques et Grande assemblée nationule de Turquie enlève
des circonscript ions territoriales emboîtées au sultan-calife tout po uvoir temporel ct. le
et hiérarChi sées, Le droit musulman y subit 3 mars 1924, elle abolit l'institution du califat.
de nombreuses réformes: apparition d'une qui sous des formes variées, existait depuis la
institu tion clérical e dans l' e mpire safavid e mort de Muhammad (632),

O slam à l'heure des colonisations


et des décolonisations

L'expansion des pouvo irs musul mans, au décolonisation du XX" siècle, disparition de
Moyen Âge et il l'époque moderne, n'a cntmÎné l'URSS ct indépcndance dcs républiques d' Asie
presque nulle part de conversions massives for- centrale), soit quc les nou veau x souverains
cées, Pourtant. l'aire de civil isation musulmane "étrangers" et leur cour aient fini par se convertir
correspond pratiq ue ment aujourd'hui aux limi- (Turcs, Mongols), La seule excep1Îon est la
tes atteintes par ces pouvoirs. La souverai neté création, dans un contexte historique tout à fait
des princes "musulmans" eut du mal il dépasser particulier. d' un État juif en Palestine e n 1948.
les limites approximati ves du territoire dessi né Le Liban constitue une demi-exception d:ms la
par les pre mières conquêtes, il r exception des mesure où il s'agit d'un État mu lticonfessionnel
extensions négro-africaines et indonésiennes: il où la suprémat ie politique des chrétiens, fondée
l' inverse, les di\'crses tentatives d'i mplantation initiale ment sur un avantage numérique, est
d'un pouvoirélranger, spéc ifiquement non mu- d'ores et déjà profondément contestée par la
sulman , sur ce territoire, ont été presque toutes remise en cause des équil ibres démographiques
vouées à l'échec, soit que des musulmans aient sur lesquels s'llppuyait la prem ière "constitu-
réussi à reprendre le pou voir (disparition des tion" du pays, établie en 1943 .
États latins croi sés aux XJJ<·X IW siècles, ou
et DP805II HISTOIRE DE L1SlAM

La nahda : entre adaptation musulmans, Le mouvcment de la /Ia/u/a tente


et rejet du modèle occidental d'expliquer le "retard" des pays d'I slam face
;1l'Europe, Une foi s de plus la néccssitéd' une
Qu' elle se manifeste par l' apparition de cou- réforme religieuse, morale, socialc ct polit ique
rants mystiques ou de confréries marabout i- s 'impose, mai s les voies pour y parvenir di -
ques, à travers des cultes locaux de sa ints ou vergent. Plusieu rs te ndances se dégagcnt. qui
dans des dyn:.sties parvenues au pouvoir à la apparaissent simultané ment en Inde ct e n Asie
su ite d'un mouvement de contestation morale centrale Oll la coloni sation a été plus précoce
et religieuse, la pensée polit ique e t rel igieuse qu'au Moyen-Orient : la ,m /afiyya -I c~ sa/a!
dans le monde musulman aété marquée, depuis étant l e~ pieux anc2tres - et l'j,ruîh (" ]'a lll é~
l' origine , p:lr la remi se en question chronique li oration"), c 'est-il-di re le fait de raire une
dc scs fo ndemcnts ct dc scs productions, Il n'en bonne œuvre, d'amé liorer l' esprit d'autrui, Les
va pas autrement aujourd'hui. et les formes théoriciens de ces mouveme nts sont d 'abord
:lctucllcs dc la contestmion s' inscri vcnt dans la Ja mil l al-Dîn al-Afghfinî ( 1839- 1897), puis
continu ité des grands mouve mcnts de réforme Muhammad 'Abd uh ( 1849-1905 ), un ouléma
des XV III< et XIX" siècles, Po ur c:lractériser classique, qui tente en vai n de réformer l'uni-
la IIl111dll, littéraleme nt le "révei l" de la pensée versité islamique d' al-Azh,îr, en s' inspirant des
"i slamiquc" au XIX" sièclc (dont ln traduction idées d 'al-Afghâni,
habituelle, "renai ssance", suppose une mo rt Pe nseur politiq ue né en Iran, proche du
antérieure, loin d' être évidente), apparaît en chiisme en rai son des o rig ines alidcs (c'est-
France l'expressio n de "réform isme musulman" à-d ire descendant de 'Alî) de sa ramille , al-
en tant "qu 'effort d'adaptat ion de la vie et de Afghânî eut une imponante act ivité politique
la pensée musulmanes :IUX réalités des temps au cours de se s no mbre ux voy ages (Inde,
modernes" (A li Merad), Le retour a ux sources, Afghani stan, Égypte, Ru ssie, Istanbul. Lon-
Coran et S//I1//(/ , et les préoccupmions prosély- dres), Li! revue qu'il fonda en 1899 ;1 Pari s
tes bénéficient de 1:\ diffusion de l'imprimerie, eut une influence considérable dans le monde
En 1865, la première éd iti o n du Co r:m est musulman : il y condamnait la théologie de la
imprimée au Caire, Le.~ universités de dll'\\,{/ prédestination, l'ingérence eu ropéenne, le des-
("prédication") qui se déve lo ppent ,\ Iors dispo- pot isme et y défendait l'action, l'instruction et
sent ainsi de moyens accrus, la mise e n place de régimes parlementaires, À
C'est le choc des premières entreprises sa suite , de nombreux pcnseurset réfo rmateurs
colon iales occ identales en Afrique du Nord et ou vrent de nouvelles voies d 'engagement, dont
e n Asie, qui susci te 1:\ réaction des intellectuels l' éventai l englobe un courant libéral d'hommes
politiques nationalistes arabes pour lesquel s
l'i slam est une composante du nat iona lisme,
et un courant beaucoup plus conservateur. Des
••••••••••••••••••••• org:mes de presse sont fondés pour défendre les
-Le prés'dent de la République
française, Ém'Ie Loubet, v's,'e la idées réformatrice.~, comme la revue a/- Mw uÎr
mosquée de S,d' Bou Mecllen, ("Le Phare" ), fondée par Rashîd Ridâ' (mort
Tlemcen, Algérie -, une du Pel ,!
Joumal, 3 mal 1903, lithograph,e
en 1935) et largeme nt diffusée e n Syrie et en
en couleurs Égypte ,
À panir de l' entre-deux-guerres, un nouveau
terme apparaît: le tajdîd, c'est-à-dire le " renou-
veau", qui débouche sur la créat io n d'associa-
tions : des clubs :lpparaissent qui a\lirent unc
jeunesse moderne, f:lvorable ;1 la lU\le contrc
l'Europc coloni:lle, par crainte de la conversion
et de la mutation des esprits, L'org:mi s,ltion des
Frères musulmans, fondée en 1928, par Hassan
al-Banni! en Égypte , constituc le prototype de
ces partis "islamistes", Après avoir comme ncé
par prl!cher dans les cafés, Hassan al-Banni!, un
instituteur ayant reçu une formation religieuse
et :lpp,lrtenant à un ordre soufi. décide de for-
mer une confrérie à but moral et éducati f. Celle
assoc iatio n, car'lctérisée par une hi érarch ie
très forte et l'obéissance inconditionne lle au
guide suprl!me, croît très vite en Égypte et en
Syrie, Le mouvement veut accéder au pouvoir
et Of' 6058 HISTOIRE DE L1SLAM

par l'éducation du peuple. Prônant un antico- Les e;L~ de révoltes ouvertes contre [es pui s-
loniali sme virulent et. en même temps, une sances colonialcs au nom du ji11lÎ11 sont assez
opposition résolue au nationalisme au nom du fréquents, mais il cst difficilc de mesurer l<l part
panislamisme. I·organ isat ion. très anticom- de l'islam dans ces mouvcments. La résistance sc
muniste, fut souvent instrument:llisée p:lr les présente en elTet sous la fonne d'unecombinaison
régimes arabes. Après l'assassi nat de H:lssan complexe de courants religieux ct ethniques, mê-
<ll-Bannâ en 1949. on assiste il une radicalisa- lés àdes facteurs socio-économiques et politiques.
tion des Frères musulmans sous rinfluence de Au Maghreb, les grandes confrérics ont joué un
MawdûdÎ - un théologien fondamentali ste pa- rôle important dans la résistance il l' envahis-
kistanai s (1903-1979) - et de Sayyid Qutb - un seur, comllle en témoigncnt. dès 1830. l'action
penseur égy pti en . chef du mouvement des d ' Abdelkader ('Abd al,Qâdir) en Algérie ou. au
Frères musulmans en 1954, condamné ü mort XX, siècle, cellc dc la SWIIÎ.\·iyra en Tripolitaine
pour son opposition à Nasser et exécuté en 1963. face ;IUX Italicns. Jusqu'à la fin du XX' siècle,
Tous les mouvements, qui sonl par ailleurs on a pu assistcr il ces guerres d"indépendance
<lnticoloniali stes . développent l"idée que le menées au nom dc la rel igion musulmane dans
despotisme est en p;lnie responsable du retard les ditl"érents empires coloni<lux. Le combat des
des sociétés musulmanes. Cen;lins ont trè .~ lIIujâhidil/ afghans contre les Soviétiques, il partir
violemment contesté les cadres traditionnel s de 1979, sc rattache il cettc dynamique.
des sociétés musulmanes, comme l'obéissance
au père, et de nombreux marxistes ilrabes de De l'exil intérieur
l'époque ont sou vent été des fil s d'oulémas. à la participation
Pour répondre :lU défi colonial. l' islam n' otTrait
Résistances
pas quc le concept du ':;ihâd défensif'. JI permet
Bien souvent, l"expansion occidentale, depuis une altcmiltive, l'exil (hijra ), sur le modèle de
[es Grandes Découvertes JUSqU';lUX colonisa- l'hégire muhammadien, soit physique. dans les
tions des XIX" et XX" siècles, a suscité l"émer- montagnes pour reconstituer les forces dujih/ill.
gence de mouvements de résisliUlce religieuse. soit intéricur, c'cst-il-dirc la dissimulation ( Ia -
Dans l'ouest de l'Afrique noire. c'est ilU moment q(IJo). Cest cette dernière allitude qui prévaut
où l' influence européenne se fait selllir à Ir:lvers en f;tit dans l' ensemole du monde colonisé. avec
la traite des esclaves que la religion mu sulmane des phases de rébellion ouverte. Il se traduit par
sort du cercl e restreint des cadres dirigeants J'essor des confrérics soufics. après les répres-
pour se diffuser dans les milieux popu laires. sions antimusulmanes il l' époque de la Première
L'islam fournit à tous les mécontent s et aux Guerre mondialc. Les m arabouL~ se tournent vers
victimes de la traite, les v:lleurs. les concepts le prosélytisme paciliquc : la con frérie devient
et les références idéologiques de la première une fonnc de contre-pou voir. le sllllykh agisSililt
"révo lte maraboutique··. qui commence dès 1:1 comme un écran protecteur pour les fidèles et
fin du XV IIe siècle. Les Berbères de Mauritanie comme un interlocuteur valable pour le colo-
sont à l'origine de cette révolte qui défend un nis<ttcur. L'admini strat ion fmnçaisc donna ainsi
islam puritain et rigide. Le marabout. pieux et aux chefs des principilllx ordres s<mfis Clij/illi.rm.
instruit. qui dirige [e mouvement proclame le Mllrîdiyy(l et Q/idir(lya ) de largcs concessions
jihâd, "gucrrc légale" défensive, contre la tyran- foncière s et financières. L'ut ilisation par les
nie dcs gouvernants, au nom de préoccupat ions colonisateurs des musulmans alphabétisés pour
soci<llcs et pol itiques. l"administration localc il contribué ù la consoli-
Cette pre mière révolte a échoué, pourtant dation et il la diffusion dc l"islam.
clic inspire, au cours des siècles sui v:mts, de Ainsi. la religion musulmane ne fut pas seu-
nombreux mouve ments qui consacrent progres- lement un facteu r de résistance face aux coloni-
sivement la victoire des musulmans. En somme, sations e uropéennes. Souvent. au contraire, les
l'islam devient l'expression de '·1' intelligentsia chefs religieux (émirs. marabouts ou maîtres de
d' opposition". capable d' entraîner derrière elle. confrérie) o nt const itué un outi l efficace de pé-
quand le contexte s'y prête. les m:lsses. populai - nétration du nouveau pouvoir colon ial. Celte al -
res. Cellc tradition "révolutionn:lire" recouvre liance entre les .fI/{/ykhs Ct les nouveaux maîtres
en Afrique le mouvement du mahd is me : un c011lribuil en retour il dénaturer Ic pouvoir des
chef (~ hari s matiqu c, répondant à l'appel des chefs musulmans. La chefferie devint un rouage
masses. prcnd la tête d'une lutte sociale déses- adminislr.ltif. une courroie de tr.lllsmission entre
pérée. cherchant à déboucher sur l'avènement r admini strateur et 1"1Idministré indigène, au bas
d ' un temps nouveau où l' égalité de tous les de l'échelle sociale. Ce rôlc jou é p<lr des chefs
Illusulmans serait assurée et où l'aristocratie locaux et des marabouts perdure aujourd'hui
établie serait renversée par la violence. dans les États moderncs africains.
ft! OP 8058 HISTOIRE DE L1SlAM

Oi slam aujourd'hui

Dans le cadre bipolaire de la guerre froide, les soc ialistes étaient écrasées dans tous les pays
États musulmans (quant à la populi/ti on) se ar<lbes et mus ulmans. avec la bénédiction des
sont rangés derrière rune ou l'autre des deux Ét<lts-U ni s.
superpu issances, ou sont entrés dans le mou- LI. révolution islamique iranienne de l' ;lIIlÎlII
ve ment des non-alig nés. Quant aux groupes Kho meinyen 1979 contre le rég ime du shâh.
d'opposition politiques. ils ont sou vent adopté al lié des t:tats-U nis. bouleverse profondément
les outil s théoriques du social isme révoluti on- la silU<ltion. Propul sé. pilr la révolution qu'i l
naire dans leur combat contre l'autoritarisme avai t préparée. ;, la tête d' un État pétrolier re-
de s no uveau x régi mes post-co lon iau x. Ce lati vement puissant. Khomeiny a été perçu (et il
fai sant. ils s' in sc rivaie nt d;m s des cadres r a probablement été). comme une menace pour
d' analyse conçus dans les anciennes pui ssances la dircction spirituelle que les Saoudiens préten-
coloniales. où les é lites avaient été form ées. De daient exerce r sur l'islam mondial. au titre de
leur côté. les États-U ni s soutenaie nt tous les leur statut de ""Gardiens des deux sanctuaires""
régimes et to us les groupes de combattants qui (La Mecque e t Médine). COlllmencc alors entre
acceptaient de s' engager contre le communisme ces deux ÉtalS une concurrence. dont la / mlf(l
et le socialisme: par exemple. d,ms le cas du il r encontre de l' écri vai n britannique Saiman
mo nde mu sulman, l' Arabie saoudite ou les Rushdie n'est qu'u n épisode. Chacun prétend
IIIlIj âhù/i" afghans. promouvoir la conception qu ' il ade l' islam : un
islam puritain. rigori ste. lilléral et conservateur.
Les puissances pétrolières et ce que les politologues o nt appelé un ""islam
l'islam: entre conservatisme de droite", pour l' Arabie saoudite. face à un
et révolution islam conlestatai re et révolutionnaire. visant à
la pri se du pouvoi r d' État par la mobil isation
Pourvus de moyens financiers exceptionnels. populaire et l'actio n mili tante. pour l' Ira n.
les autorités de l'Arabi e sao udite se sont lan- Que ls que soient les moyens utilisés - création
cées dans un vaste programme éducatif. en de partis politiques. de lieux d ·e n ~eigne me nl.
diffusant leur version. littérale et rigoriste. de financcment de groupes armés. pressions di plo-
l' is lam. Cc soutien est passé pilr la construction mmiques. etc. - . celle concurre nce a favori sé
de mosquées. de l/uulm.Wl -s ou d'un iversités l'islamisalion de mouvements le plu s sou vent
islamiques, Dans les pays mu sulmans ayant natio nali stes (Afg hanislan. Liban. Palesline).
fa it le c hoix du sociali sme et d'u ne fo rme mais parfois aussi de mo uvemenls d' opposition
••••••••••••••••••••• de laïcité (Syrie. Iraq). l'oppos ition la plus filvorables à Llne démocratisatio n des régimes
Des musulmans prient dans violente provint des milieu x re ligieux - c ' est autoritaires en place (Frères musulmans. part is
le sam d'expositl(J(] du sitft pétro- le cas des Frères musulmans. en Syrie. entre islami stes turcs. algériens. etc.). La révolution
ch,mlque de Yanbu.
Arable saovdlle. 2003 1979 et 1982 - . cependant que les oppositions islamique iranie nne et les prat iques saoudien-
nes de ré fo rmes des mœu rs (envoi dïllllÎlII-S
dans les mosquées du monde entier. cré.,tion
d'un ivers ités islamiques et de maisons d'édi-
tion ) sc sont inn uencées réciproqueme nt et
onl abouti à l'apparition d'un discours, d'une
terminologie et d'idéologies ""i slamistes"". aux
objectifs et aux moyens d'aClion parfois très
diffé rents: conquête du pouvoir par les é lee-
lions. révo ltes armées. ré formes de la société
par le bas. etc.

Le nouveau contexte de la fin


du XX· siècle
Force est de c onstater que, devant )' effondre-
ment d' un des deux pôles de la guerre froid e
et le développement de I"unil.,térali smc dcs
Élats-U nis. la posture de ""l'i slam de droi te""
est deve nue dé licate: en raison des liens qu ' ils
entretie nnenl avec les État s- Uni s. l'Arabie
eE OP 8051! HISTOIRE DE L'ISLAM

saoudite ou le Paki stan se sont trouvés en porte- populations mu sulmanes dans des rég io ns
à-faux par rapport à une iS1:Ullité revendiquée. nou ve lles, par t'ouve rture aux techn iques de
Leur al liance avec les États-Uni s les décrédibi- co mmunication modernes ct aux modes de
li se après que ceux-ci. dès 1990. ont :lbandonné consommation de masse, et par t' essor d'un
leur souti en tlnancier, militai re et tcchniquc ··islam de marché" : cela a des conséquences
aux j ihfldisles :lfghans. 11 leur est diflic ile de sur le plan religieux, Le cadre juridique tradi-
justifier la présence de militaires américains sur tionnel d'appréhension des territoires, comme
Ic sol sacré dc 1:1 prophétie muh.ullmadienne, ··domaine de l'islam" e t ··domaine de la guerre,
ainsi que dans de nombreux pays musulmans de la trêve ou du pacte", a totalement éclaté et
(Somalie, Iraq, Turquic, Paki st:ln), alors qu' ils a été entièrement repensé: doré navant. c 'est
financent presque tous les partis islam istes du au sci n de chaque société, de chaque région
mondc, dc l'[ndonésie à I"Al gérie, pour la pro- que celte disti nction est faite. Lil réaction des
mot ion de ['islam comme mode d'organi sation sociétés non musulmanes face à l'apparition de
de la société face il ];1 "dépravation des mœurS lieux de culte il. leurs yeux inhabituels, comme
occidentales", En fin, la dernière "gucrre du les mosquées, la confrontation avec des prati-
Golfc" il paradoxalcment co nduit. d:ms le cadre ques différentes, la situation sociale et politique
d' une c atastrophe humanitaire et d'une guerrc des minori tés musulmanes di sposant d'une
civile très meurtrière, au renforcement politique information immédiate sur tout cc q ui se passe
de l'i slam chiite, dont le princip:ll représentant dans le monde - ce qui permet des processus
étatique est l' Iran, aux dépens du sunnisme que d·ide ntification nelteme nt plus diversifiés que
prétend diriger l'Arabie saoudite, c' est-ii-di re par le passé -, la mise il disposition de chacun
qu' elle :1 fa vori sé n slam révolutionnaire aux d'outils d'information d'une qualité vari:lble
dépens de "n slam de droite", mais d'un accès infiniment facilité, sont autant
Le discrédit jeté pendant des décenn ies de d' é lé ment s qui perme tte nt de comprendre
guerre froide sur tou s les mouvements d·op- r évolution historique du fait religi eux musul-
position sociali sants ct l:lïcisants. la répression, man au début du XX I<siècle, dans le cildre
p:lrfo is féroce, de ces mou veme nts, do nt les d'une individuation des pratiques, des identités
cadres o nt été enfermés, exi l é,~ ou cxéc utés, la ct des croyances reli gieuses,
multiplication des institutions de prédication et
d' enseig nement islamiques. la détérioration de Les conséquences, dans le domaine des scien-
la situat io n au Proche-Orient. l' amenui sement ces humaines, de l'e ffondrement du bloc sovié-
prévu des ressources énergétiques pétrolières tique se font encore sentir, Le discrédit jeté sur
dont une grande partie se trouve dans des p'lyS l'hi stoire sociale et sur t'analyse des rapports
musulll1:1ns et donc la compétition croissante sociaux, la valorisation de l'histoire des idées et
pour le contrôle de ces régions par les grandes des représentations et le retour en force de l'his-
puissances, conduiront vraise mblableme nt à toire pol itique Ct événementielle, ont conduit
une vitillité accrue de l'i slam politique dans ce rtains hi storiens li. survalo rise r les fait s
les proc haines années , Ce serait une erreur culturels et le fait re ligieux dans l' expliciltion
d'imputer celle évolution à un obscuranti sme des événe ments. Par la brèche ainsi ouvene se
particu lier de la reli gion musulmane, ou il une sont cngouffrés, il la suite de Samuel Hunting-
essence militariste de cellc-c i, Le conflit e n ton, les théoriciens du "choc des c ivilisatio ns",
Ulster entre c:ltholiques et protestants irlandais, De nombreux aute urs expliquent la situatio n
les actions politiques, mili taires ou terro ristes, économique et sociale, les cri ses politiques ou
qui partout dans le monde se pare nt de ju sti- les relations extérieures des sociétés et des États
fi cations religieuses (qu'e llcs relèvent de la du monde, en parti culier musul mans, par la
rel igion sikh, de l'hindoui sme, du judaïsme ou culture et la rel igion, Celle approche entraine un
du chri stiani sme) prouvent assez que l'islam appalJvri ,~scm c nt important de la pensée et de
n'a pas de spécificité en ce domaine. I·histoi re du rait religie ux, considéré :lvant tout
comme une causalité, e n général la seule : un
L'islam dans la mondialisation appauvrisse ment do nt l'islam, peut-ètre un peu
plus que les autres religio ns, pâtit aujourd'hui,
La mo ndiali sat ion actuelle se traduit. en ce
q ui concerne l'i slam, par la di spersi on de
PI . DP8056 HISTOIRf DE L1SI.AM

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débats Schismes
Un . . . . 1 de s ynth'' ' ' YII'·XIII' ."cl.l.ché ma)

La canonisatiOn du Coran
Double p age d'un Cora n du XII ' , "ci. (photographi.)

Différentes Interprétations du Coran


De l' ••ég'.e mé taphy.lqu. au XIV" a .... l' •• ég'a. cont.mporaln.

Islam et conquêtes
L' •• pan.lon del'I.lam de 634.730 (cart. '

Islamisation et arabisation
Groupe. lingul. tique •• t alphabet. In"uencé. par l'at'abe (carte '

r l'ner. du désert à la mosquée


Prière . ur le Mont Hlra, d écembre 2001 (photographle l

Vivre et travailler à l'heure de l'Islam


Évolution : Scène d. rue dom in ée par un mu.zzln, v.,.. 1570 (miniature)
des doctrjnes, : Pèlerinages et lieux saints
évolution ,
1 Mai aon d'un pèl.rin è La M.cqu., L. Caire, 1988 (photographi.'

des pratiques ,
1 SouflS et saints de l'Islam
-rran •• lora du moulad de Ta n U, Égypt., 2002 (photographi.)

SCiences religieuses. SCiences profanes


Le monde vu par al.ld';. i, géogra pm. mu. ulman, XU' .ikl. (carte)

Monothéismes autour de la Méditerranée au XII' siècle


Monnaie .... '_a >ide (1097) et ~ ~~ VIII de CaatiIIe (1184)

L Islam et politique
Dol contrat d ' Imimat • la ~ .ouv.raineté divine d é mocratique"

r Le Statut de la femme en Islam


Sa lon d e coiffure. Kaboul, 2002 Iphotographl.'

La question de l'Image
Muhammad reconnu par le main. Bahira, XIV" a. Imin lature)

Islam et économie de marChé


~ L'i. lam de marché" .n.eigné, Indonéai., 2002 (bande deaainée)
Islams dans le monde Islam radKal
contemporain De . Fr..... mu . ulman •• n 1935. Ou . . .ma B.n Laden.n 1996

[Islam et la France au Maghreb


Abdelkade r e n 1832, Lyaute y a n 1921 , Bourguiba a n 1960

Islams d·Europe
~ du vendredi. la "ma"","" da Montreuil, 2002 (pbolognophOel

ISiams en Afnque subsahallenne


École coranlqu., Soudan, 1993 (photographie '

L.:Indonesle. premier pays musulman du monde


La diffu. lon de l'I.lam en Malal.l. et e n Indoné.'e (cart. '

[Islam dans le monde


Une géographl. d. la dlve,.lt é mua ulmane (cartea '

Lea document. prlncipau. d . ce do •• ler .ont égal.me nt


reproduita . n h a n a parent : voir p. 64
péninsule Arabique
à l'aube de l'islam
La péninSUle Arabique
au VUO siècle

L A péninsu le Arabi -
que est un carrefour. La
contrô le du commerce sud-arabique
passe alors aux main s des tri bus
Projetable en transparent

panic méridio nale de la Péni nsule. arabes du centre de la Pén insule. La


'TAmbie heureuse" des auteurs ro- rupture de la digue de Mflrib, vers
mains. a longtemps profité de celle 570. est le révé lateur, s i ce n'est
situation. Au commerce des aromates part ie llement la cause, de la c ri se pandus dans la Péninsule au début
et des parfums s'ujoUluil le transi t qui affecte Yé men et Hadramawl. du V11< siècle. En o utre, au sei n du
des produits précieux de l'1 nde c l Un déplacement du centre de gravité panthéon arabe, certaines d ivinités
de r Afrique orientale vendus dans s' opère au profit d u Hijflz, où les com lll e ncen t li ê tre di stin g uées,
la zone médilerranécnnc. La société cemrescaravan iers. lelle La Mecque, l:ll llllllt.: la d ét.:sse Allât ("déessc").
d'Arabie du Sud. tribale el sédentaire. bénéfici ent des revenus du commerce, Les lie ns e ntre r is lam e t le
tirait de gr.tnds profi ls de ce trafic. intra et extrapéninsulaire. Quo ique judaïsme so nt anciens ct profonds.
Gr.kc à cela. des royaumes puissants. le nomadiSIllC des pasteurs arabes L'ex il. cn 622, de Muhammad ct
tcl le roy.mllle de Saba, ou celui de domine dans cettc région, les oasis, de ses fid èles à Yathrib (qui dev ient
Himyar. ont pu se développer cl pro- Yathrib par exemple, accueillent des Médine, M adÎlw( af' I/abÎ, " la ville du
céder à d' i mponanls aménagements tribus sédentaires, do nt certa ines prophète") met e n contact les Mec-
hydraul iques. comme la digue de judaïsées ou christianisées, qu i pra- quois. fidè les au prophète de l'islam,
Mârib. Lïnlluence du monothéisme tiquent l'agriculture. no n seulement avec des "partisans"
g r'lnd i!. e l de no mbre uses Iribu s Au débu t du VIl< siècle. La Mec- (A ll sâr. arabes de Médi ne ralliés :m
sont judaïsées ou chrislianiS\.."'cs. Le que , e nrichie par le commerce ca- message muhammadien). mai s aussi
chrisli:misrnc de ces dernières est cn ravanier. accueille to us les ans une avec les importantes tribus sédentai-
fait le plus souvenl un j udéo-c hris- grande foire, dans le cadre de trêves res juives qui réside nt dans l' oasis.
tianisrnc. Dès la tin du l ~ siècle, les q ui interd isent les razzias tribales et Cette re ncontre conduit Muhammad li
rois de Himyar se convertissent au l'attaque des caravanes et des trou- promu lguer cc qu' on 11 coutume d 'lIp-
judaïsme. peaux. Les tribus arabes pro fitent peler la ··Constitution de Médine". Il
En raison de son caractère stmté- de cette occ:lsion pour accompl ir un est très difficile d'af/inner l'absolue
giquo;:, ];1 Péninsule dcvicnI le tcrrai n pèlerinuge (ct des circ umalllbulatiom;, authentici té de ce texte. mais les spé-
d'affro ntemen t entre souverain s dont le princ ipe allait ê tre repri s c ialistes en soul ig nent l' originalité
éthiopiens et bYi'..anti ns, alliés mltour par l'isl:lm). d:ms le sanctuaire de par rapport au reste de la biographie
de la défense du c hristian isme, et La Mecq ue qu i contient les idoles du Prophète - la Sira d ' Ibn Hishiim
sassanides, défenseurs des juifs. À la et les représentat ions plus ou mo ins (début IX' siècle) - dont il est ex-
frontière mésopotamienne, entre em- stylisées des di vinités du panthéon 1T'.lit : il semblerait inclure les juifs
pires byzantin el sassanide, des tribus arabe. Certaines des statues de pierre de YathriblMédine dans la première
arabes conslituem des Ét:lts tampons. évoq uant ees d ivinités sont conser- communauté des croyants (11I11I11a).
Les Gha.~sânides, vass:lUx des Byzan- vées, ain si que la rep rése ntation Le style, l' expression, les répéti tions
tins, sont des chrétiens monophysites. figurée de dieux ou déesses. te lle du tex te, parfois ses contrad ictions
et comme tels, ils entretiennent des Shams. la déesse Soleil . La religion apparentes, conduisenl William Mont-
relations ambiguës avec le pouvoi r des Arabes :l va nt l'islam inclu ai t gomery Watt, qui a particu lièreme nt
constantinopolit ain qu i :ldhère à la aussi des cultes rendus à des éléments étudié ce doc ument, à le faire remon-
condamnation d u monophysisme par naturels: :lrbres, pierres ou rochers, ter à une date anc ienne, peut-être à
le conci le de Ch:llcédoine (451). Les sources ou grottes. l'époque médinoise. Quoi q u'il en
Lakhmidcs, au service des Sassanides. La Tradition musulmane insiste soit. ce texle a été réut ilisé au cours
sont des chrétiens nestoriens. sur le polythé isme de lajlihiliyytl (les de l'histoire par de nombreux j uristes
À la fin du VI' siècle, en rai son " temps de l'i gnorance" qui précèdent musulmans pour établi r les règ les
des nombreux con nits. r Arabie du l'islam) pour valori ser le caractère de cohabitat ion e ntre les pouvoirs
Sud entre en récession. Peu avant 600, miraculeux du message mo nothéiste musulmans issus des conquêtes et les
une armée persane venue par mer se de Muhammad. Pourtant, judaïsme minorités religieuses no n musulma-
rend ainsi maÎlresse du Yémen . Le ct chri stianisme so nt largement ré- nes sounlises li ces pouvoirs.
•Sé",,,i• •• Ctésiphon

• Persépolis

~"'"
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des N_tMnI
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Peuple.

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TelTltoirn

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AIIYS8NE

e représentant une scène d'offrande à la déesse Soleil, 1-_Dn>


...iI5 et devoirs des juifs selon la ~Constilution de Médine"
"""-"' provenant de Tan'im, Yémen, vers le 1" siècle ap. J .-C.
Ibn Ishâq' dit: Le Messager de Dieu" - Que Dieu le bénisse et le
protège! - rédigea un écrit ayant trait aux Émigrants et aux AnsAI'.
écrit par lequel il établissait un traité et une alliance avec les juifs.
les confirmait dans leur religion et leurs possessions, leur donnant
certains droits et les obligeant à certains devoirs:
Au nom de Dieu, le Miséricordieux, le Compatissant,
Ceci est un écrit de Muhammad le Prophete, concernant les
croyants, les musulmans qurayshites', ceux de Yathrib, ceux qui les
suivent, qui leur sont attachés et qui guerroient avec eux,
1 - /ls forment une communauté unique [umma] distincte des autres
peuples. f. .. }
9 - Si quelqu 'un parmi les juifs nous suit, il a droit à la même aide,
au même appui, il condition que les croyants ne soient pas lésés
par lui et qu'il n'aide pas d'autres gens contre eux. f. .. }
12 - Lesjuifs supportenlles frais de la guerre en même lemps que
les croyants aussi longtemps qu'ils demeurent en guerre.
13 - Les Juifs de Banù 'Awf (orment une communauté [umma]
semblable â celle des croyants. Oue les Juifs aient leur religion et
que les croyants aient la leur [cela s'applique) aussi bien il leurs
clients qu'à eux-mêmes, il l'exception de celui qui aurait mal agi ou
qui se serait conduit en traitre ; il n 'attire le mal que sur lui-même
et sur sa famille. [ ... }
16 - C 'est aux juifs de supporter leurs dépenses et aux musulmans
de payer les leurs. Entre eux, il y a de l'entraide contre quiconque
entre en guerre avec le peuple de ce document. Entre eux existe
une amitié sincere et une façon d'agir loyale et non la trahison. Un
homme n'est pas coupable de trahison il cause [d'un acte} de son
AlbAtre. 20.6 x 10.5 cm. musée national de sanaa, Yémen
TradUCIioo du texle : confédéré. /1 y a de l'aide pour la personne lésée.
Œuvre de Lahay'alhat,le Sabéen. pour Shams, déesse de Abibahatll,
Sirs d'Ibn Hishâm, lroduction William Monlgomery Watt Mahomel, Paris : Payol,
Bibliothèque historique. 1989, lraduction en français: F. OouNeil, S.·M. Guillemin .
l'épouse de Tubba'; ils ont dessiné POO' La déesse (leurs butins) .
, La première "biographie" du prophèle. celle d 'Ibn IsMq (mort en 767), nous a élé
aIrllormémenl à ce qu'ils avaient juré. interdit et voué. Que (Shams) lui
(Abibahalh) aceorde prospérité. Tubba'ibn Sub/'l. lrartSmise dans la YerMln qu'en donne son dscipIe Ibn HisMm (mort en 834) .
• "Muhammad, le prophèle de rislam-.
• "Panisans-, Médinois ralliés au message muhammadien.
• DésignAnt ici ' - fidèle!! d9 Mut>arnmAd ayan, émigré avec tu •• M9d.....
hammad

1L es t difficile de statut de la femme. La religion propo- noblesse et de la soi-disant maladie de


connaître de manière sée tmnscende les clivages tribaux. Un son mari. Bahîr.l est un "faux abbé",
ce rta ine les délail s de la vic de des mir.lcles attribués à Muhammad un chréticn hérét ique, et fina lelllent
M uham m ad. d 'a bord parce que par l'h istoriographie trad itio nnelle le message de Muhammad ne semit
les sources les plus .mcienncs sont musulmane est j usteme nt d'a voi r qu'une hérésie judéo-chrétienne.
arabes ct musulmanes. donc unilaté- réussi. gr.ice à Dieu,l'unific:!tion des Le texte de llléophane n 'cn possè-
rales. e nsuite parce qu'cl les sont très tribus ar:!bes, don t les ri valités étaient de 1':15 moins un gr.lIld intérêt. D'abord.
postérieures à la mon présumée de légendaires. Le texte met e n scène il surpre nd par la connaissance qu ' il
Muh:unmad (632) et datent des V I IJ<- l'exemplarité de MuhmTImad. puisque révèle, de la part de son auteur, un
IX' siècles. La première " biogmphic" pour chaque consigne qu'il donne. clerc byzantin, des structu res tribales
du Prophète. celle d ' Ibn IshiÎq (mort il commence par sa propre fa mille ct de la géographie de la péninsule
c n 767), nous a été l r.an smÎsc par son (sommes ducs à son oncle, meurtre Arabique, Les fondateurs éponymes
disciple Ibn Hishâm (mon en 834) : de son cousin). des principales tribu s arabes sont
c'est la Sim. Un des passages Ics L'ensemble du di ~ours, comme mentionnés (Mudar, ·Arab. Quraysh,
plus intenses de cet ouvmge est sans de no mbre ux passages du Coran, TamÎm, Asad). ainsi que le nom dc
con tes te ce qu ' on a coutume de s'i nscrit dans une perspectivc escha- l'oasis où Muhalllmad sc réfugie lors
désigner sous le nom de "Di scours tologique: Di eu est comptable de de l'hégire. Yathrib. Mai s ce texte
du pèleri nage de l'Adieu", En 63 1. toutes les actions humai nes, L:) encore, donne des informa tions plus sur la
l' année précédant sa mon. Muham- Muhammad s'appl ique à lui-même ce conception très négative de la femme
mad réa lise ce qu ' i1 pressent ê tre qu'il an nonce aux autres. En effet. le dans l'Égl ise byzantine au IX' siècle
son dernier pèlcrin:lge à La Mecque. texte le met en scène alors qu ' il se pré- que sur le statut des femmes arabes il
Depu is un <ln,lit vÎ] ]c ct ses dirigeants pare au Jugement de Dieu : "Ô mon la même époque.
qur.lyshites o nt renié le polythéisme Dieu. entends ce témoignage !"
et se sont rendus au Prop hète. Mu- Les musulmans considérent Mu-
hammad, sentant la mo n ven ir, aumit hammad comme le "Sceau des Pro-
alors prono ncé un discours- bilan . phètes", Commencée avec Abmham.
Dans ce discours, vrai semblable, la lignée inclut Jésus et s'achève avec
ment reconstitué li !xJ.waiuri par Ibn Muhammad. représenté au centre des
Hishfim, c'est l'homme Muhammad prophètes sur cette miniature mongole
qui s'exprime et résume les gmndes du XIV' siècle (sur la "questio n de ~....M~u,,!ammad assis au milieu des prophètes.
lignes de SOI mission devOlnt ceux qui l'image", voir pp, 48-49), miniature mongole. début XIV" siècle
one cm en lui. [1 laisse aux êtres hu- Le second texle (début du IX' siè,
mOlins un li vre, le Cor.m, Loi divine cle) est J'une des premières sources
qui préservera de l' erreur ceux qui non musulmanes sur la vie de Mu -
s'y soumettront. OUlre la "parole de hammad, Par sa précision. il révèle
Dieu", les fidèles doivent suivre les qu'avant même la rédaction de la Sim
consig nes du Prophè te qui a trans- d' Ibn Hish:Îm.les détails de la vîe de
mis le message divin ("Écoutez mes Muhammad soni conn us. y compri s
paroles"), On 01 là une explicmion dans le mo nde byzantin. Dansee texte
rétrospective des fondements du droit du moine Théophane, o n reco nnaît
musulman, tels qu'ils sont en train ainsi facilement l:! \'ersion musulmane
d 'être formali sés ct conceptuali sés dc la vie du Prophète : mort des pa-
au mOllle ne Oll la Sim d ' Ibn Hishfim rents, ôlctivités commerciales. m:lriage
est rédigée: le Cor.m complété p..1r les avec Khadija, contacts avec le moine
hadith (les "dits" du Prophète), Bahira, archange Gabrie l, périodes
Quelques gmnds principes sont mecquoise et rnédinoise, succession
énoncés: interdiction du prêt à inté- d'Abû Bakr, Tous ces éléments sont
rêt (ribâ') et de la venge:mce tribale, présentés de manière très négative:
respect de la vie et de la propriété Muhamm:ld abuse, par pur intérêt
d ' au tru i. exigence de juslÎce pour fi nanc ie r. de la confiance de son
chacun , droits, devoirs, proteclÎon et épouse, celle-ci a honte du manque de
"Ô hommes, écoutez mes paroles! Car je ne sais si une autre année encore
il me sera donné de me retrouver avec vous en ce lieu . Soyez humains et justes
entre vous. La vie et les biens de chacun doivent être sacrés pour les autres,
comme ce mois et ce jour sont sacrés pour tous. Vous paraîtrez devant votre
Seigneur, et il vous demandera compte de vos actions.
"Discours du pèleri- Que tout dépositaire restitue fidèlement le dépôt qui lui a été confié. Dé-
nage de l'Adieu" : sormais plus d'usure: le débiteur ne rendra que le capital reçu . L.:intérêt des
un récit du IXo siècle sommes prêtées est supprimé, à commencer par l'intérêt de toutes les sommes
dues à mon oncle 'Abbâs, fils de 'Abd al-Mullâlib. Il est interdit de poursuivre
la vengeance des meurtres commis dans le paganisme, à commencer par le
S,ra d'Ibn Hi shâm , dans Caussin de Perce-
val, Essai sur l'histoire des Arabes, lome 3,
meurtre de mon cousin Rabi'a, fils de Hârith, fils de 'Abd al-Muttâlib. (... ]
Paris : Ub raire Firmin Didot Frères, 1848, Ô hommes, vous avez des droits sur vos femmes, et vos femmes ont des
réédilion Graz, 1967, droits sur vous! Leur devoir est de ne point souiller votre couche par un com-
merce adultère. Si elles y manquent, Dieu vous permet de ne plus cohabiter
avec elles et de les battre, mais non jusqu'au point de mettre leur vie en danger.
Si elles se conduisent bien , vous devez les nourrir et les vêtir convenablement .
Traitez-les avec bonté et affection. Souvenez-vous qu'elles sont dans votre mai-
son comme des captives qui ne possèdent rien en propre. Elles vous ont livré
leur personne sous la foi de Dieu; c'est un dépôt que Dieu vous a confié.
Écoutez mes paroles, et fixez-les dans vos esprits. Je vous laisse une loi qui,
si vous y restez fermement attachés, vous préservera à jama is de l'erreur ; une
loi claire et positive, un livre dicté par le ciel.
Ô hommes, écoutez mes paroles, et fixez-les dans vos esprits! Sachez que
tous les musulmans sont frères. Nul ne doit s'approprier ce qui appartient à son
frère, à moins que celui-ci ne le lui concède de son plein gré. Gardez-vous de
H
l'injustice ; elle entraînerait votre perte éternelle.
Il termina en s'écriant: "Ô mon Dieu! Ai-je rempli ma mission ?HMille voix
s'élevèrent pour lui répondre: "Oui, tu l'as remplie H • Il aj outa: "Ô mon Dieu,
entends ce témoignage !"

(Je] crois qu 'il est nécessaire de dire quelques mots sur l'orig ine de cet
homme. Il était sorti d'u ne très noble tribu d'Ismaël, fils d'Abraham. On dit en
effet que c'est Nizar, descendant d'Ismaël, qui est le père de tout ce peuple ; il
avaÎt engendré deux fils, Moundaros' et Arabias 2 • Moundaros engendra Koura-
SOS3, Isos4, Themimès 5 et Asados 6, ainsi que d'autres dont le nom reste inconnu.
Ils habitaient tous le désert madianite1 où ils allaient paissant en vivant sous la
Une biographie
tente ... Or ce Mouamèd s déjà mentionné, qui était sans ressources et orphe-
byzantine de
lin , s'avisa de se rendre auprès d'une femme riche, qui était sa parente, et se
Muhammad, IXo siècle nommait Chadiga9 , en qualité de salarié chargé de conduire les chameaux et
de trafiquer en Égypte et en Palestine. Peu de temps après , il s'insinua sans
plus de façons dans les bonnes grâces de cette femme qui était veuve, et il
Thoopha ne de Nicée, dans Migne, Patro-
logie latine, tome 108 , colon nes 684 -685
la prit pour épouse. Ainsi entra-t-il en possession de ses chameaux et de sa
fortune. Au cours d'un voyage en Palestine, il entra en contact avec des juifs et
, Muda r
des chrétiens: il glana auprès d'eux quelques bribes de l'Écriture puis fut saisi
, 'Arab du mal épileptique. Quand sa femme l'apprit, elle regretta vivement, elle qui
• Quraysh était noble, de s'être unie à cet homme qui était non seulement pauvre, mais
• 'As (1)
" TamÎm
en outre épileptique. Alors lui s'efforce de la calmer en lui disant: ~Je reçois la
• ,w"
vision d'un ange appelé Gabriel et, comme je ne puis soutenir sa vue, je m'af-
' Désigner l'Arabie comme -déserl ma- faiblis et je tombe". Et comme il y avait près d'elle un certain moine qui avait été
dianile- permel d'ident!;er les Arabes aux
Madianites, ennemis du peuple d'Israêl
exilé pour hérésie et habitait là, elle lui rapporta tout cela et lu i nomma l'ange. Et
va incus par Gédéon (Isaïe, XI, 3), Ainsi, lui , voulant la convaincre, lui dit: "II dit la vérité ; en effet c'est cet ange-là qui est
d 'em~ . 1&s Arabes sonl rejetés dans envoyé auprès de tous les prophètes". Alors, elle qui avait entendu la première
Je camp des ennemis du monolheisme
mosaique dont Je christianisme est issu .
les paroles de ce faux abbé, elle le crut et elle proclama auprès de toutes les
• Muhammad femmes de sa tribu que cet homme était un prophète, de sorte que la nouvelle
• Khadija passa des femmes aux hommes et en premier lieu à Aboubachar' o, qu'il laissa
" Ab(; Bakr (632-634)
" Yalhrib
pour son successeur. Afors son hérésie submergea la région d'Aithribos l1 , en
dernier recours par le moyen des armes. Il y présida d'abord en restant caché
pendant dix ans, puis également pendant dix ans de guerre, enfin ouvertement
pendant neuf ans.
hismes
Un essai de synthèse,
VU- ·XIIIOsiècle
,
A l' origine de tous
les schismes, se tro uve
eut un grand succès parmi les tribus
berbères d' Afrique du Nord aux VIII<·
ProJetable en tranaparent

la questio n de la succession à la fo is IX' siècles ct survit aujourd'hui .~ous


matérie lle, polit ique ct prophétiq ue une forme qu iéti s te, I ' i bâdi.~ me, dans
de Muhammad. À la mort du Pro- le sultanat d'Oman. à Djerba (Tun i-
phète. sa tille, F5tima, sc voit refuser sie), dans le Mzab algérien ct dans le
la succession m.tléricllc de son père Djebe l Nafousa (Libye).
p:lr Abû Bakr. prem ier klwlifa ("suc- Face à l'avènement de Mu'âwiya WllTllnt pri ncipal au niveau du sep·
cesseur") du Prophète e n 632-634. au cal ifat se déve loppa la ~'hi'{/I 'Ali, tiè me imlilll, sont à l'origine de la
Le mari de F:lt ima . 'Ali. gendre ct le "pani" de 'Ali, reve ndiquant pour prise de pouvoir mtimide à Kairouan
cousin de Muhammad. ne parvient ses fi ls la légitim ité de la direction en 909, pu is, en 969, :IUC:lire, où il s
enfi n à l'imlÎmtll ou califat qu'après des croyants, Po ur la ,fhi'{/. la lu- règnent jusqu' en 1171. La célèbre
l' assass inat de son prédécesseur. mière prophétique, par 1:. méd iatio n secte des Assassins est issue de ce
·Ut hmân . cn 656. Pour l'hi storien de Fâtima, a été tmnsmise à 'Ali. et courant. Aujourd'hui. c'est l' Aga
tun isien H icham Djaï t. cet assass i- de cel ui-ci à ses fil s. :al- H:.tsan CI :11- Khan qui d irige cette petite commll -
naI re présente la victoire de l"islam Husayn, pu is à leurs descendants bio- n'IUté re ligieuse .
prophétique sur les logiques tri bales logiques, À la co nception, qui se Illit Les Imâmi tes ou Ouodécimains
antéisl:nniques. En c ITet. ·U thmân. progressivement en place autour des considèrent que le do uzième imûm a
quoiqu ' un des premiers fidèles de dynasties umayyade puis abbasside, disparu et qu' il reviendra à la fin des
Muhammad . n'appartenait pas à d'une succession pro fane, sécu lière, temps pour combattre les forces de
son clan. le s S .m û Hâshirn. mai s à la mission prophétique muh:un ma- l' Antéchrist. Cet illltÎlII, illuminé par
au clan rival des BanG Umayya, qui d ienne, le sunnisme (l'llppe llatio n la lumière di vine , continue de guider
lult:l l on~tem ps contre le message n 'apparaît q u 'au X' s iècl e), les les autorités spirituelles d.ms la voie
du prophète de l'i slam. Lors de son chi'ites opposèrent une théologie de droite. Cela explique d'une pan que
ca li fat (644·656), 'Uthm;in favorisa l"immanence: Dieu continue d'ins- celles-ci aient 1.1 possibi lité toujours
les membres de sa fami ll e nouvel- pirer les imtim -s success ifs. Cell e renouvelécd'interpré ter [a Loi divine,
le ment converti s au x d épe ns des concept ion s ' insp ire de doc trines qu'cI [es puissent innover en matière
anc ie ns conven is, rétablissant ainsi ésotériques d'inspirlllion ind ienne juridique ct qu'une structure cléricale
les so lidari tés tribales anté islamiques. ou persane, comme la transmigmtion se soit déve loppée :lulour d' elles ct
Après l'assassinat de 'Uthm;in, son des âmes, la métempsychose, la réin- de s o u lé ma s e n Iran o ù domine
cousin Mu'âwiya. :llors ~ouverne ur carnation. C'est donc moi ns :IUtour l'imâmisllle.
de Damas, exigea de 'Alî la punition de la succession que de la légitimité De ces ra mifications se détachent
des coupables. Devant le refus de ce des souverains que les doc trines po. de nou\'eaux courants, comme la rel i-
dernier, il se pona de vant lui avec litico-re ligieuses se développent et gion druze. 0' autres développent des
son armée pour obte nir le "prix du sc d iversifient. croyances orig inales: les A[ao uites
sang", en 657, La re ncontre eut lieu Refusant le califat umayyade (66 1- di vinisent 'A[i. qui serail la septième
à Siffi n et déboucha, un :In plus tard. 750), puis abbasside (750-1258). les et dem ièredes réincarnations di vines,
au terme d ' un arbitrage humain, sur panisans de 'Ali revendiquent la direc- après Seth, Sem, Joseph, Élisée, Assaf
ladestitut ion de 'Ali et la nom ination tion de la communauté des croyants, et Si mon le Magicien . Cette croyance
de Mu 'âwiya comme calife, Cen ai ns y compris par les amies, La révolte s'inspi re de diffé rentes d octrines
pa rtisans de 'Ali l'abandonnèrent de Zayd, en 740, crée un courant qui an té rieures à l'islam (mazdéisme
po ur ù eve nir se s plu s far{) u cl ll:~ théorise la prise de pou voir par ];1 imnien, néo-platonisme, manichéisme.
o ppo sa nts, lui re prochant d ' avo ir fo rce: un descendant du Prophète christianisme), mais elle se structu re
:lccepté le principe de cet arbitrage par 'Alî et Fâtima est légiti me s' il en courant religie ux seuleme nt au
humai n. alors qu'i l était lui-même le parvient 11 s'emparer du pouvoir 'lVec IX' siècle et perdure :lujourd'hui en
vicaire de Dieu, Cc nouveau courant, r aide de Dieu. Celle révolte, même Syrie ct en Turquie où elle constitue
radical. le k hariji .~ rne, affirmait que la si elle échou'I, inspiTli la révolut ion une branche des A[evis. L'autre bran-
di rect ion de l' islam devait reve nir au abbasside contre les Umayyades. che, [" plus imponante, descend de
meilleur musulman, "fùt-il un esclave Plir la suite. différents courant s Turkmènes d 'Anatolie ralliés depuis
noir", C'est un kharij itc qui assassina chiites apparai ssent: les Ismaé[iens des siècles au chiisme.
finalement 'A li en 661. Cc courant ou Septimain s, qui sc sép:lrent du
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canonisation du Coran
Double page d'un Coran du
Xllo s. : signes diacritiques,
vocalisations, découpage

L A premi è re trans-
mi ss io n du me ssa ge
Ainsi. au bout des troi s siècles qu'a
duré le processus de canon isation,
Bust (Afghanistan), 11 11-1 112
Papier. 125 t.. 20,2 cm x 1S,l cm
BNF, Manuscrils orienlaux, Arabe 6041 , 1. 26 "'·27
corani que fu i orale. même s' il est for me et structure du Coran sont Prolelabte en transparent
possible que certains vc~ct s aient été définitivement établies, Dorénavant
conservés sur les supports existant ne varient plus que les types d' encres
à l'époque. comme le papyrus. Les utili sés, les indi cations margi nales,
feuill ets manuscrits présentés en bas les en lumi nures décorali ves, la taille
de ta page ci-contre sont parmi les du papier. la qualité du support (pa- jour), ou en hizb (l /6Ü": pour une
plus anciens fragment s coraniques pier, parchemin ou vélin)etla reliu re lecture intégrale sur r année, à raison
conservés. provenant en réal ité de co- (cuir, boi s, métal. dorures, or, pierres d'un "d) tous les vendredi s). Tous
rans di lTércllls. Ils sont représentatifs précieuses), L'introduction du papier ces découpages :juz·, hizb, sourmes
des premières phases de Imllsrni ssioll dans le monde musulman, vers le mi- (114), versets (6 236 pour 1:1 vulgale)
manu sc rite . Les signes se rvant à lieu du VII!< .~iècle apparemment. au ct bien d 'autres ont permi s l'essor
différencier les Icltrcs sont rares ct contact avec le monde chinois. lors d · une véritable interprétation numé-
l'orthographe n'est pas encore bien de la victoire musulmane de Talas ro logique du Coran .
établie : notamme nt o n ne trouve (751), a ]>crm is. à part ir du X" siècle. Jusqu ·au développement de l"im-
pas de différence entre le passé qcÎ{a un saut qu.ltltit.uif dans la ditl'usion et prime rie, le mét ier de copiste-call i-
C il a dit") c t l'impératif quI (" dis"). la reproduction du Coran. Le COlU et graphe fut particulièrement valorisé
En re vanche. les lins de versets sont le tem ps de fabrication du papier. très dans le monde musulman, comme il
scrupuleusement indiquées. mais ces faible par r:lppon il ceux du parche- l'a été da ns les sCl'iplol';a mon:lsti-
di visions ne correspondem à aucun min, ct la facilité de récri ture sur ce ques de l'Europe chrét ienne médié-
des systèmes connus. Le manuscrit. support, donna au monde musulman. vale, ct continue de l' être aujourd' hu i.
inséré dans un volume d 'assez gr.lIlde quatre siècles avant [" Occident lati n. Les sourates tirées du lexte comnique
taille (in qua rio), sc caractérise par un o util except ionnel de d ilTusion sont ut ilisées comme motifs dan s
l'absence de décor. Lc textc est copié du savoir, et en particu lier du texte to us les arl s d its "i slam ique s" :
e n reprenant le principe de la saiplio coranique. peinture. sculpture. arch itecture, t<l-
cO/llinua de l'A ntiquité , adapté à Une fois é laboré, le modè le de pisserie. poésie, etc . Sur celle stèle
l' écritu re arabe: il n' y a pas d ' e spa ~ reproduction du Coran n'" pas été fun éraire est reproduite la soumte
cement entre les mots ct les coupures profo ndémcnt modifié pendant près dite de la Lumière, selon laque lle :
de mots en fin de lignes so nt rré- de mille ans. L'exemplaire présenté "Dieu est la lumière des cieux et de
quentes, alors qu' clics sont devenues en haut de la page ci-contre, réali sé la terre:'
impossibles une rois les normes de au début du XII' siècle e n Afghani s-
l'écriture arabe bicn établies. tan , n'est pas foncièrement différe nt
Soùrale de la Lumière (Coran, XXIV. 35) sur
La di sparition des té mo ins de de n"imporfe que l au tre réil lisé en I - -= une stèle lunéraire, Kashan, Iran, Xllle·XIV" s.
la mission prophéti que muham ma- Arabie. au Maghreh ou en Indoné-
dienne, le besoin de fixer le texte sie au XV1 II <siècle. par exempl e .
coran ique e n un corpus de référence, Il comporte les sig nes diacriti<lues
de préc iser les règ les de récitatio n consonantiques (poim simple, double
el de réduire au maximum les diffé- ou triple), servant à différencier les
rentes interprétat ions possibles, ainsi consonnes de même signe -.,. 00.'.
que la volonté de dé marcation par .:. thà ', ~ tâ' . ..r sin, ";' shîn,
rapport aux livres saints des chrétiens pilr exemple - , vocaliques (a. u, i)
et des ju ifs, ont condu it à une préc i- et orthoépiques (redoublement de la
sion croissante dcs graphèmes et de consonne, par exemple). Les étoiles
l'écriture , En o utre, les différentes jaunes et bleues marquent la fin des
version s qui coexistaient , dont l'une, versets. Dans 1<1 l1l:lrgc peuvent aussi
favora ble il 'A li, circulait à Damas apparaître des didascalies (proster-
au X" siècle, furent progrcssivement n<ltion ou inclin:lison du buste). ou
é liminées au profi t de la vulgate, bicn le découpage du Cor.1Il en j u;; '
'IIIribuée il 'Ulhrnân (Iroi sièmc suc- (1130<: permettant b lect ure intégrale
cesseu r "bien guidé", de 644 à 656), en un Illoi s ;1 rai son d'u n juz· p:lr
__
P. rr~j tes plus anc'e
;;, . voca~satjons el orthographe
"rques'
fm du VU- SièC,lens feuillels cora
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ne sonl pa s eococe établies,

Encr8 :::~~:~~~~:~~-I ~~.::::=~::~~!~~:


w, po""..," . 29. 1 x24,5em. BNF. Manuscrits 0 nentaul(,
. Arabe 328, 1. Il V"- 12
fférentes interprétations
du Coran

po urrail prcs- épiphanique humaine. Ai nsi le mysti- d'histoire de la pensée islamique, ces
que d ire qu' il y a autant que explique non seulement les règles derniers rompent avec une traditio n
dïnlcrpréulIions du texte coranique orthographiques en les rapportant au séculaire d'analyse et d'exégèse e n
que de leclcurs: les tentat ives ré- sens, et aux dits du Prophète, mais isolant et valorisant certains versels
pétées au cours de l'hislaire pour aussi les règ les de g raphie du tex te aux dépen s des a utres, trahissan t
réduire le sens du lex.le coran ique (la coranique, La se nsibili té aux nom- ainsi le sens même de la Révélation,
fe rmeture des portes de /ïj/ihlid. de bres, li l' ordre des lettres. li la forme telle que celle-ci a é té interprétée
l'interprétat ion. aux X<·XI< siècles de récriture, o nt donné lieu. parmi pendant des siècles,
par exemple) n'onl jamais e mpêché les exégètes. li d' infi nies variations Quant li Nasr Hamid Abû Zayd,
les esprits libres de travailler. d'ana- numérologiques. symboliques, mys- professeur de théologie musulmane
lyser el de me ttre en re lation les tiques ou ésotériques dont ce passage li l' Un iversi té du Caire. il dénonce
différents passages de " la parole de ne donne qu ' une image parcellaire. notamme nt da ns ses liv res une
Dieu", d 'cn ou vrir le sens. Les deux tex tes s uiva nt s dé- lecture du Coran qui réduit le texte
Le premier ex trait présenté est noncen!. chac un li sa mani ère, les li une série d'i nterdits ou de pres-
dû à un mysti que du X IV" siècle, tentatives de ferme tu re du sens d u criptions. Jugé comme "apostai" par
AI-Qâshânî. qui. dans son ouvrage texte coranique et l'appauvrissement des tribunaux égyptiens li la fin des
Commellfaires ésoté riques du Co- de la tradition hennéneutique dans années 1990, il a été contraint de
rllII (Ttl 'lI'ifûr al-QII 'n;n). s' :lHache le monde musulman. Le manuscrit divoreer (ne pouvant plus être marié
à mettre en év idence. sourate après ci -dessous atteste visue llement le à une musulmane), a été déchu de
sourate. la dimension métaphysique tr:lVai l de commentaire, puis de com- S:l citoye nneté égyptienne et a dû
du texte de la Révélation. Comme mentaire du commentaire, pro pre s'ex iler aux P:lys- Bas où il enseigne
le rappe lle Pierre Lary. le Coran , li J'hennéneulique islamique. Celte actue ll ement. Ses ouvrages n'en
comme parole même de Dieu, mode lradit ion. bien ancrée dans les mi- continuelll pas moins d'avoir une
de présence par excellence du divin lieux savants traditionnels. subit les large diffusion dans les pays arabes,
dan s ce mo nde, e st la ré fé rence assauts des partisans d'une lecture où les moti fs de sa condamnation fonl
premiè re e t <lbso lue de l' univers littérale du Cor.m. Comme le mon- toujours débat.
per.~o n ne l de chaq ue croy:ml. Le tre Mohammed Arkoun, professeur
commentaire prése nté porte sur les
premiers mots de la première sourate
Exégèse du Coran à la fin du XV- siècle
du Coran, et même plus particulière-
ment sur les de ux pre mières [etlres
de l'invocation initiale de tOUies [es
sourates. Le prem ier mot du Coran,
bi-sm ("Au nOIll") s'écrit B-S-M en
arabe (les voye lles étant notées par
des indications sur ces trois signes
consonantiques), cc qui correspond
li l'agglutination de la particule bi-
("'au", deuxième lettre de I"alphabet
<lf<lbe) avec iSI/1 ("'nom" ), représenté
p<lr les trois lettres lIlif-S- M. Or cette
agglutination provoque l'élision de la
lettre (liif. première lettre de J'alpha-
bet, représentée e n arabe par un trait
droit vertical. De manière assez évi-
dente, le alif. doigt tendu du croy<lnt
:IU seuil de la mort, symbolise J'Un,
Dieu. Selon AI-Qâshâni, l'élision du
(llif dans la sourate de l'ouverture
pourrai t donc signifier l' occultation
du mo nde divin au profit de la fomlc Aj·BaydAwi (Chôrb, mort WlI"$ 1286), Anwlr al-!anzi/(Les Lum/f)res de la R.wé/ationj , 2" volume [corrwnen·
taire du CooInl. Asie centrale. 1497-1498 (1)
Papier. 273 ... 26 x 18 cm. BNF. Manuscrits orientaux. Arabe 6403. " 144v"'145
Ce verset contient dix"huitleHres prononcées et dix-neuf écrites. Si les mots
sont isolés, les lettres considérées séparément sont au nombre de vingt-deux [ ... J,
Les trois a/if occultés, dont l'adjonction aux autres lettres lors du fractionne-
ment complet, donne la somme de vingt-deux lettres, renvoient au monde divin
de la Réalité selon les trois niveaux de l'Essence, des Attributs et des Actes. En
effet, ceux-ci sont trois mondes considérés analytiquement, mais un seul pour
la compréhension métaphysique. Les trois lettres écrites désignent la manifes-
tation de ces trois mondes dans la forme épiphanique suprême humaine, et
l'occultation du monde divin. Le Prophète à qui l'on demandait où étail passé
Métaphysique le a/if suivant le bâ' de la basma/a, répondit : "Satan l'a dérobé", el ordonna de
de la sourate de prolonger (graphiquement) le bâ ', pour compenser la disparition du aHf '. 11indi-
l'ouverture, XIV" siècle quait symboliquement par là que l'Ipséité divine était occultée dans la forme de
la miséricorde créatrice et se manifestait dans la forme humaine de telle façon
'Abd al· RauAQ al-Qâshàni (mort que seuls les hommes de Dieu en aient conscience. Voilà pourquoi le a/if est
en 1329). Commen raires ésotériques dl! omis dans la graphie.
Comn (Ta 'wil'r al.()u'ran)

~)I~)I~ i rf----------------~' ~'"


Extrait de Pielle Lory, L es Commentai·
res é5<Jt6riques du Co ran d'aptes 'Abd
ar·Raubq aHJbsMni, Paris : Les Deux
Oceans, 1980. M 1 H aH·.!. MW rt aR-J. ri U .J
3 2
lM
sens de lectule ,
a.le

' Dans ralphabet arabe, le M ' est la


SIJ~ le aM, leQuel conespond à
lettre Qui
,'Essence divine selon AI-QâsMnJ.
Bi·SM; LLâ h aL·RahMAN aL·RaHïM
'2 3
"Au nom de Dieu , le Tout miséricorde, le Miséricordieux"
(/es chiffres renvoient il la place da, , longsIalif non représentés graphiquement)

L:exégèse classique ignorait, bien sûr, la linguistique moderne du texte et


la théorie de la lecture; TabarP pouvait naïvement introduire chacun de ses
commentaires par la formule yaqû/u Allâh, Dieu a dit : ". ; ce qui postule implici-
Mohammed Arkoun : tement l'adéquation parfaite de l'exégèse à l'intention de signification et, bien
sur l'exégèse entendu, au contenu sémantique des mots dans chaque verset. t:exêgèse
contemporaine, 1998 contemporaine n'est évidemment pas délivrée de cette nai'veté ; au contraire,
l'alphabétisation des masses populaires, la diffusion du livre, les possibilités de
publier dans les journaux et les revues ont mis l'acte exégétique â la portée de
Mohammed Arkoun, ABC de l'Islam,
Paris : Êditions Grancher. 2007, tous, si bien que l'on assiste à une dégradation des contraintes de savoir que
s'imposaient les exégètes classiques. [ ...] On a là un autre exemple du désor-
dre sémantique et des confusions dangereuses qui se répandent à propos
et à partir du Coran dans le contexte actuel [ ...J. Ce type d'exégèse conduit à
l'oubli de la fonction première de la Révélation : dévoiler des significations sans
réduire le mystère, le caractère ineffable de ce qui est dévoilé ; montrer sans
démontrer ni mettre hors circuit les moyens de la connaissance ; bref, instituer
' Historien et exégète mon en 923.
un rapport de l'homme à Dieu qui n'est pas de l'ordre de la question/réponse,
mais qui consiste en l'accueil d' un infini pouvoir de signifier les choses, la vérité
de l'être. Les exégètes classiques compensaient par l'authenticité de leur expé-
rience religieuse ce qu'ils perdaient dans l'inadéquation de leur exégèse ; les
militants contemporains s'éloignent à la fois du divin et des conditions d'accueil
de la Parole qui le révèle .
Je traite le Coran comme un texte en langue arabe que le musulman ,
mais aussi le chrétien ou l'athée, devrait étudier parce que la culture arabe
est réunie en lui et parce qu'il est encore capable d'influencer d'autres textes
Nasr Hamid Abü Zayd: dans la culture [ ... J. Je vénère le Coran plus que le font tous les salafistes' . Les
Qu'est·ce que salafistes le cantonnent au rôle de prescription {halât} ou d'interdit {haram}, et
le Coran? 2004 cela bien qu'il s'agisse d'un texte qui a été productif pour les atts. [...J Com-
ment s'est transformée cette diversité de significations et d'indications, cette
présence à lous les niveaux? J'aime écouter la récitation du Coran . Que de
Cité pal Rachid Benzine. Les nou·
veaux penseurs de /'isla m, Pa ris : choses restent cachées à cause de la restriction à la prescription el à l'interdit!
Albin Mic hel, 2004. En réalité, personne ne goûte le Coran. Nous lisons le Coran et nous avons
, Le mouveme nt salalis le. appal u
peur, ou bien nous rêvons de paradis. Nous transformons le Coran en un texte
è la lin du XIX· siècle, entend "taire qui procure des encouragements et qui intimide, en un bâton et en une carotte.
revenil l'islam à sa larme originelle", Je veux libérer le Coran de cette prison, afin qu'il soit à nouveau productif pour
contie les intluenœs nocives de
l'OcI;ident
l'essence de la culture et des arts, qui sont ét(anglés dans notre société.
lam et conquêtes
L'expansion de l'islam
de 634 à 730

- LES grandes conquê-


tes des dé bllt ~ de l'i .. -
lam ne furent pas aussi rapides que
ce lles d' Alexandre le Grand. Elles
s' étendent sur près d'un siècle, de
que tous les autres musulmans en
soicnl déchargés,
Un fac teur plus im portant réside
d:ms le dynami sme démog raphique
des régions steppiques et désertiques.
PfOJ~a bte en Irans parenl

634 li 730. En Asie. cl les couvrent le qui , dans un co ntexte d' équ ili bre
même Csp<lce que les conquêtes per- précaire des ressources par rap po rt à
ses aché rnén idcs ct ccllcs d'Alexan- la po pu lation, fourni ssent de manière mais /l'y restent pas, Les nouveaux
dre. Ililli s s' y ajoutent ]'Afrique réc urrent e un cxcédc nt dé mog T<l - pouvoirs s'installent dans des cam -
du Nord e t la pé ni llSul e Ibé rique. phiquc , Les tribus arabes qui, bien pements militaires qui se tran sfo r-
réce mment rmta c h ée~ li rEmpire avant l'islam, avaient co mmencé à ment peu li peu en villes. les alllsâr
rom:lin d ' Orient pilT les conquê tes s'établir le long de.. grandes rou tes ou villes-camps, Chaquc province
de Justinien (VI<siècle). La princi- commerc iales, trouve nt donc une conquise e n a au mo ins une: en Iraq.
pale conséquence de cette conquête justification re li gieuse il la souve - KGfa et Basra (Bassorll), en Syrie,
réside dans 1:. lr.m ~ fu nll ati\J1I ,ruile m illt::lé politique qu'dles prélende llt Jâ biya, cn Égypte. Fuslfil (Le Caire).
zone frontière - l'Arménie. 1:1JaZÎra. dorénavant exercer. Ëvitant les reliers en Ifriqi ya, Kairouan,
la va llée de l'Euphrate. la ste ppe et les obstacles naturels. e lles suivent Les causes et les conséquences
entre rl raq ct la Syrie. ainsi que la les rou tes côt ières ct tes plaines pour de l'arrêt de cette première expan-
péninsule Arabique - , en centre d' un s'emparer des territoires immédiate- sion .IU milieu du VIII" siècle sont
vaste Empire. men! utiles, aussi importantes que celles de ses
Celle expansion ne débUlc pas du Face il cette wrt ie du désert , les débuts, Les causes sont de diverse
vivant de Muhammad. ni même lors gmnds empires. byzantin et sassanide. natu re : climatiques. écologiques et
du règne de son premier successeur. qui n'ont rien vu venir, sont li bout de anthropolog iqucs - sortie des zones
Abû Bakr (632-634). Elle ne semble force après dcs décennies de guerre, du nomadi sme tribal endogame et
avoir été ni programmée ni mê me En outre. les minorités religie uses entrée dans des systèmes différents - ,
prévue. Comparé aux puissances by- (chrétiens monophysi1es de Syrie ct soc iales aussi avec la résistance de
zant ine ct sassanide. le peuple arabc d'Égypte. juifs de ['Empire romllin, nations plus homogènes comme les
n ' avait pas une gr.mde réputation chrétiens nestoriens). soumi s aux Fr.mes, les Byzantins. les Tures elles
militaire. Par ai lleurs. si les é pi sodes persécutions religieuses de Byzance, Nubiens. voire sédentarisation des
mil itaires ne sont pas inexistant s accue ill ent parfois r:l\'o rab le ment conquérants amœs, Celte pause dans
dans la vie de Muhammad, il s sont les conquérants. comme le rapporte les conquêtcs a pour conséquence
fin alement assez mineurs. al-BalâdhurÎ, dans son fli,f loire de.\' la d ispari tion des revenus du butin,
Comment donc ex pl iquer et com- cOI/qI/êtes II/1I.w lll/lUle,f (IX' sièc le) à Désormai s l' Empire doit trou ve r
pre ndre celte conquête, dont il faut propos de Hims(Homs. Syrie), En ef- ailleurs les revenus qui lui sont né-
e ncore rappeler qu 'elle n'implique fet. le pou voir musulman n'intervient cessaires : cela contribue grandement
ni arabisation ni islamisatio n systé- pas da ns les conlroverses re ligieuses .IU développement de l' ag riculture,
matiques des popu lalLons locales? et aecorde Je même statut à to us les du comme rce. de l' artisanat et il
Une des explicatio ns rréquemment non-musulmans, quelles que soien! l'urban isation.
avancées, probable ment pas la pl us leurs croyances. Le phénomène le plus élOnnant
imporl:IIlIC, rés ide dans l'e nth o u- Pourtant. il y eut aussi des résis- rut la marque durable imposée par
siasme des néophytes, D' un poi nt tances ct des combats 'Ichamés. Quel- celle conquête. non quant à un État
de vue religie ux, la ju stificatio n ques grandes victoires jalonnent la un iqu e mu s ul man qui dura peu.
des conquêtes se trouve dans le s progrcss i o ndes ann~s musulmanes: s i jamais il exi sta. mai s quant à
sourates qui reco mmand e nt aux Yarmouk en 636. où les musulmans l'islami sation d~ ces régions qu i, à
musulmans d 'crrectuer le jihâd, la anéantissent l' armée de l' empereur part la péni nsule Ibérique, sont IOU-
"guerre légale", Cc j ihfM est pour la byzantin Héracli us. al-Qiklisiyya qui jours majoritairement musulmanes
commu nau té mu sulmane (11I11I11a) ou vre aux musulmans les portes de aujourd ·hui. et qu'lllt à la diffusion
un acte obligatoire. mai s c'est une la capitale sassanide, Ctésiphon . ou de la langue "rabc sur lOut l'ancien
obligat ion collective (jard klfâya ), Il bie n encore Talas. aux fromi ères de d oma in e c hamito-sémitique, de
sunit donc qu'une arnlée re présen- laChine, Les musulm.msconqu ièrent l'Ir:lq :1U Maghreb.
tan t 1'//111111(1 elYectuc cc devoi r pour les capitales des gmndes provinces.
OCCi d
PoIII4H'II ~ Magyars

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(695) .
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(7 12)

• Kaboul

(N3) KIl..!.." Multln.


"""',, (7 12)

PERSE
SIND


Ollybul
(711 )
• Territoire originel de l'Islam

Expansio n de l 'empire mu su l ma n
sous le califat de 'Umar (634-544)

sous les califats de 'UthmAn et 'Ali (644-66 t )


NUBIE
sous la dynastie des Umayyades (66t -750)

• Zone neutre entre l'Empi re romain d'Orient


et l'Empire musulman (688-965) •
DoogoO •

Ams.1r ou villes-camps
.""'"
fondées pendanl la conquête
Empire romain d'Orient (empi re byzantin)
Villes fondées dans la
Royaume wisigoth de Todm ir • seconde moIUê du VI II" siècle
Royaume des l ombards • Villes conqu ises (date de leur conquête)

Royaume des Francs il. Ueux de batailles (date de la bata ille)

I-...;u
~n, ..récit de la fin du IX· siècle: plutôt les musulmans que les Grecs ou._. plutôt les Grecs que les musulmans
Quand Héraclius ' massa ses troupes contre les musulmans et autrement, nous garderons notre situation présente aussi
que les musulmans apprirent qu 'el/es avançaient pour le ren · longtemps que domineront les musulmans ". Quand avec l'aide
contrer au Yarmouk, les musulmans reversèrent aux habitants d'Allâh, les infidèles furent défaits et les musulmans victorieux.
de Hims2 le kharâj3 qu'ifs avaient reçu d'eux, en disant : "Nous ils ouvrirent les portes de leurs villes. sortirent avec les chan-
sommes Irop occupés pour vous secourir et vous protéger : teurs et les musiciens qui commencèrent à jouer et payèrent
a
Veillez votre propre securité w• Mais la population de Hims le kharâj . {. ..}
répliqua." M Nous préférons de beaucoup votre domination et Le fait est que lorsqu'on prit possession de Damas, un grand
votre justice à rétat d'oppression et de tyrannie dans lequel nombre de ses habitants, dans leur fuite vers Héraclius qui se
nous vivions. Certes rarmée d'Héraclius, avec l'aide de voire trouvait alors à Antioche, laissèrent derrière eux un nombre im·
'Ami/"'. nous la repousserons de la ville". Les juifs se levèrent portant de maisons vides qui furent plus tard occupées par les
et dirent: "Nous jurons sur la Torah qu'aucun gouverneur musulmans. Quand ils virent que le siège était mené rudement
d'Héraclius n'entrera dans la ville de Hims a moins que nous contre eux, les habitants de Tripoli se réunirent dans l'une des
ne soyons d'abord vaincus et épuisés r , Sur ces mots. ils trois forteresses et écrivirent au roi des Grecs en lui demandant
fermèrent les portes de la ville et y montèrent la garde. Les soit le secours des renforts, soit des navires sur lesquels ils
habitants des autres villes, chrétiens et juifs, qui avaient capitulé pussent s'échapper et s'enfuir vers lui. En conséquence, le roi
entre les mains des musulmans, agirent de la même manière, leur envoya de nombreux bateaux sur lesquels ils montèrent
disant ." MSi Héraclius et ses secta/eurs l'emportaient sur les durant la nuit et prirent la fuite.
musulmans, nous retournerions à notre ancienne condition ..
AJ-Balàdhuri. Ki/Ab futûh a l-buk:l.in r Hisloite des conqOOles musulmanes"). traduclion de I"arabe P.K. Hi«i et F. Murgotten. sous kllltre The origins ofthfllslamic
Slale, rééd. Beyrouth , 1963, 1f3duc1ion de ranglllis : Thierry Bianqllis.

, Empereur byzantin qlli a régné de 610 à 641


' Ancienne Émèse. Homs actuellement ISyrie)
' ImpOt loncier
• Gouvemeur. chel militaire
lamisation et arabisation
Groupes linguistiques
et alphabets influencés
par l'arabe

L ES processus dïs-
lamisati on CI d ' arabi·
et accompagne l'ouverture du littoral
afri cain au commerce do miné par
Projelable en tran spa rent

sation ne so nt ni s imultanés ni les marins arabes; clle acco mpagne


systématiquement liés. Pourtant . il s aussi l'islamisation progressive de
ne sont pas indépendants no n plus ces régions, Les îles de Zanzibar et
l'un de l' autre. En effet. la langue des Comores sont aujourd' hui tota-
arabe bénéfic ie d'une supé ri orité Ic ment islamisées.
symbolique conférée par le statut du Sur le plan graph iq ue, l'arabe pagné d' une traduction, prése ntée
lexie coranique en islam : parole de n'a pas une influence llloins grande, comme une "explication/anal yse".
Dieu (kalâm Allâh ou qallli Allâh) ou Parce qu'ils servent à transcrire la À l'époque médiévale, l'arabe a
Verbe di vin . Cc qui démarque profon- " parole divine", les caractères arabes fo nctionné comme langue impériale.
dément le Livre de l' islam de ceux bénéficient d'un certai n presti ge et Ce la permettait aux indi vidu s par-
du j udaïsme cl du christiani sme. où fon t l'objet. dès Ic MoycnÂge, d'un hlllt également une autre langue ou
seuls quelques citations ou fragm ents soin particulier à travers la calligra- exclusivement l'arabe (savants, com-
sont auribués à Dieu (Tables de la phie et l'épigraph ie décorat ive no- merçants, pè lerins ou fonctionnaires),
Loi. paroles du Christ. etc). Lo rs de tamment. Certaines langues adoptent d 'exercer leur métie r, de travailler.
la révélation llluharnmadicllne. Dieu donc l'alphabet arabe e n l'adaptant: d'échanger ou de sc retrou ver dans
se serait expri mé en arabe au peuple c'est le cas du persan, du turc, du tout le "do maine de l'i slam", Au
arabe. Les logiques de diffusion de malais. Parfois cette adoption se fait XI\/< siècle, Ibn Battûta, par exemple,
la langue ne sont pas les mêmes que par l'intermédiaire de l'alphabet per- pouvait louer la foi des habitants
pour la rel igion. L'arabe parvient il san (lui-même inspiré de l'alphabet des îles Maldives, où il fais:lit office
s' imposer comme langue vernacu- arabe), pour l'ourdou ou le malais. de qâ(IÎ (ou cadi, juge d'u n tribunal
laire dans tout le domaine lingu is- Aujourd'hui, certaines lan!l ues ont islamique) en arabe, en constatant les
lique que les spéciali stes appellenl renoncé il l'alphabet arabe. C'est ditTérences de pratiques, dans le cas
chamito-sémitique (arabe, hébreu, le cas des langues turques, dans le présent, vestimentaires.
copte, araméen, couchitique, berbère, cadre de l'occidental isation voulue
etc.), sans to utefo is déboucher sur la par Atatürk au début du xx" siècle
disparition des langues préexi stantes. d ans l'E mpire ottoman o u de la
Cet espace correspo nd géog ra phi - centralisat io n soviétique pour l'A sie
quement au pourtour méridional et centrale. C'est également le cas des
oriental de la Méditerranée et inclut langues malaisie nnes.
l'Iraq et la pén insule Arabique, S i l'arabe a cu une g rande in-
Hors de cet espace. r ara be ne flu ence lexicale ou g raphique sur
parvie nt pas il s' imposer aussi plei- d'autres langues, il ne les a nu lle
nement. Son inn uence n'est pourtant part towle ment supplantées. Des
pas négligeable. Sur le plan lexical, langues indo-europée nnes, ou ralo-
l'arabe irrigue les autres langues dans altaïq ues, malayo- indonésiennes, se
le do maine reli g ieux évidemment. maintiennent dans des zones pourtant
mais aussi souve nt dans le do maine islami sées. La cohabitation entre 1:1
cOllllllercial : c'est le cas pour les lan- religion musulmane ct des systèmes
gues turques ou malayo-indonésien- linguistiques non arabes engendre
nes. Le swahi li (l ittéralement "langue quelques problèmes particuliers. En
du sahel ou du rivage"), qui domine effe t, pour être absolument fid èle au
sur le littoral oriental de ]' Afrique message coranique, les musulmans
centrale. est un cas linguistique in- du monde enlier sont censés conn:IÎ-
téressant : cette langue "utilitaire", tre le Coran en arabe, Cela ex plique
créée autour des marins commerçants que dans toutes les parties du monde
ambes du littoral, pennet l'un ification non arabo phones, on assiste il un
de régions li nguistiquement éclatées apprentÎssa!le phonétique du Coran .
- langues nigéro-con!lolaises ct ban- Pour que le fi dèle comprenne ce qu 'i l
to ues. Elle répond à un besoi n social réc ite, le texte pho nétique est accom-
.................... ~" ...
Pacifique

- 'I

"""_n Dœan
AI/antique Indien

Alphabets

Cham~o-sêmitiques
= Aire du swahili.
emprunt du vocabulaire
11 11 11 1 Alphabet arabe jusqu'aux années 192Q

a ,'arabe (domaine 1111 11 Aire du malais. alphabet dérivé de l'alphabet arabe


Umile des langues nigéro-congolaises el bantoues religieux ou commercial) Aire du persan, alphabet dérivé de l'alphabet arabe
Ouralo-altaiques ,,,",,-....: Emprunt de l'alphabet arabe ou arabo·persan
_ Indo-elJropéennes

I-"':"~':r'misalion des i1es Maldives selon Ibn Battûta, XIV'" siècle


Dans ces iles, les habitants sont tous musulmans. gens de foi et de piété. {. ..} Les habitants de ces Îles ont une belle
conduite. pratiquent le culte, ont une foi authentique et des intentions pures. ils se nourrissent licitement, aussi leurs
prieres sont-elles exaucées. Lorsque l'un d'entre eux rencontre un autre. illui dit : MAII~h est mon Seigneur, Muhammad
est mon Prophéte et moi je suis un pauvre ignorant r Ces gens sont de constitution fragile. Ils ne connaissent ni les
combats ni la guerre, et leurs armes sont /a prière. [. . .J Les habitants des Maldives sont propres et s 'abstiennent de
toute impureté. La plupart se lavent deux fois par jour pour être nets, parce qu 'il fait tres chaud dans le pays et qu'oo
transpire énormément. On fait beaucoup usage d'huiles parfumées comme l'essence de bois de santal et autres,
et on se frotte de musc importé de Maqdishâ.[... } Les femmes de ces Îles ne se couvrent pas la tête, non plus que
leur souveraine. Elles se coiffent en rejetant les cheveux d 'un seul côté. Elles ne se vêtent que d'un pagne qui lES
couvre du nombril aux pieds, le reste du corps étant à nu. C 'est ainsi qU'elles circulent dans les marchés et ailleurs.
Lorsque je fus nommé cadi dans ces iles, je fis tout ce que je pus pour faire cesser cette coutume et ordonnai aux
femmes de se vêtir mais en vain! Si aucune femme plaideur n 'entrait au prétoire sans être vêtue, ailleurs je ne pus
obtenir satisfaction! Certaines femmes portent, outre le pagne, une chemise à manches courtes et larges. J 'avais
des concubines qui étaient vêtues comme les femmes de Dihli et se couvraient la Mte, mais elles considéraient cela
comme un accoutrement plutôt qu'une parure parce qu'elles n'y étaient pas habituées. [. . .f
Une des curiosités de ces iles, c'est que le souverain est une femme du nom de Khadidja. fille du sultan Jalâl al-Din
'Umar, fils du sultan Sal~h al-Din Sâlih al·Banjâli. [ . ..] Le prédicateur dédie sa khutba ' à la sultane, le vendredi et
autres jours, en ces termes: "Mon Dieu, secours la servante que Tu as prêfêrée sciemment aux hommes et dont Tu
as fait l'ins trumen t de Ta miséricorde envers tous les musulmans, la sultane Khadidja, fille du sultan Jalâl al-Din, fils
du sultan Sa/Ah a/-Din " .I

Ibn Ballûla. '"les iles Maldives' . Voyageurs arabes. traduction Paule Crnllles-Oomlnlql,lEl, Pari. Gallimard, Pléiade , 1995.

' Se rmon prononcé lors de la prière de la mi-iournée le vendredi.


ier, du désert à la mosquée
Prière sur le Mont Mira,
décembre 2001

L A prière. deuxième
"pilier" de l"islam. doit
peut être traversé p:lr une personne
impure (c 'est-à-dire une personne
Des pèterins prient su r le Monl Hira,
près de La Mecque, pendant le Hbjj.
Jabat al,Nur, Hijâz.
être :lccomplic c inq foi s par jour. qui a perdu sa pureté par le somme il. Projelilbte en transpa rent
Cert:lines priè res peuvent être re- les rel:ltions sexuell es, les besoins
groupées. cc qui permet d'accomplir naturels par exemple), Tous les mou-
ce rile en lrois foi s. Après les rites de ve ments sont minutieusement rég lés,
purificat ion. réalisés avec l' ca u du La prière compre nd une déclaration
bassin J'ablution pour les ablutions d'i ntention, sui vie par une séquence qu'il a été reconstruit par les sources
mineures. avec le sable da ns le désert. (répétée deux à q uatre foi s suiva nt postérieures: une maison couverte
en cas de voyage - c 'cslla lustration 1<1 prière), comportant la réc itation de branches de palmier reposant sur
pu lvé ra lc ( t(/ )'Olllllllllll ) prévue p3T de for mul es e t cie ge~ l es rituel.~ dcs troncs ct dotée d'une cour, Les
le droit mu sulman - . le fidèl e doit - <lgenouillc ment, déplacement des types -'indo-persan" et "turc'- diffè-
s'orienter vers la qiMa. la direction mains à hauteur des épaules, incl ina- rent du précédent, de même que les
de La Mecque. el se placer dans un tio n du buste, comme on le voit ici, mosq uées pagodes d'A sie du Sud-
espace sacré marquant une séparation Tou s les mu sulm:l ns ne font Est. lcs mosquées en terre d 'A frique
avec le monde: cel espace peUl certes pas les mêmes gestes : les ch iites subsaharienne ou les édifices -'com-
être celui de la mosquée. mais aussi aj outent quelques éléments à l'appel muns" d'E urope occident:rle (caves,
celui du lapis de prière (.mjjâda) ou. du muezzin et quelques gestes à la hang:rrs, etc,),
plus .~ i rnp1cm en l. une ligne tracée sur priè re, de même q ue les sunnites La présence de mi n:rret s, qui
le sol. On constate ici que. malgré la relevant de J'école j uridique mâlékite, semble aujourd'hui :rller de soi. fit
sacralité du Monl H im - c'est 1:'1 que dom inante au Maghreb ct enAfrique l'objet de controverses, Les chiites
Muh,tmrmtd est censé avoir reçu le subsa harie n ne, Ces di verge nces septimain s/ismaélien s du califat m-
message de Dieu pour la première rendent compte de l'historic ité des timide (909-1 17 1), contre l:l pratique
fois - , les fidèle s ut ili sent un tapis rites religieu x, On a l'éq ui valent des Umayy:rdes de Syrie (66 1-750).
de prière, qui se carauérise par dans la reli g ion chrétie nne avec refusère nt ainsi, dans un premier
" l'orientation" de son dessin: dans l'imposition du rite romain, lors de temps. son uS:lge au Maghreb sous
le cas présent , c'est la mosquée de la réforme dite "grégorienne" aux pré texte qu'à l'époque du Prop hète
La Mecque qui est représentée , X Ic_X Ill" siècles, aux dépens des rites rappel était lancé d u toit d'une
Le rôle attribué au tapis dans la antérieurs régionaux, comme le rite mai son vo is in e , À l'inverse , les
délimi tation de l'espace sacré de la w is igoth ique. conse rvé pourtant à Umayyades de Cordo ue (929-1031),
prière n'est pas anodi n, Le tapis fait travers les siècles par les chrétiens s'i nscrivant dans 1:1 contin uité des
part ie intég ra nte des civi lis:ltions arabisés d'al-Andalus, Umayyades de Syrie ct s 'opposant
pastorales: en soi e o u en laine, Une foi s par se mai ne, 1:1 prière aux fatimides c hiites de Kairouan,
fac ilement tran sportabl e, c 'est un doit avoir lieu da ns une Grande v:rlorisèrent les minarets, réutilisant
élément esse ntiel de la tente des mosquée (jâmi'), c'est-à-d ire une d-ail leurs les c lochers des ég lises
nom:ldes, Par les échanges dont il mosquée pourvue d' un mil1/)ar (la pé nin s u la ire s o u s ' en in sp irant.
fait l'objet, par l'attention qui lui est c haire à prêche r ), La fo rme des Modè le, c0l1lre -modè le ou dé ter-
portée, p:lr les spéc iali sations régio- mosquées actuelles est aussi l'abou- minati o n réc iproque renvo ient au
nales de sa production artisanale, le ti sse mc nt d'un long processus de caractère idéolog ique de l'architec,
tapis participe à l'économie pastorale définition des normes architecturales, tu rc, La diffusion aujourd'hui dans
et, finalement, trou ve sa place dans Il existe quelques grands types de le monde d'un type partic ulier de
les pratiques rit uelles, Ind ividuel. il mosq uées, parmi lesquels le type mosquée en marbre àqumre minarets
suffit à la prière loin des mosquées et "arabe", pourvu d 'une grande cour d'angle refl ète le pouvoir fi nancier dc
permet d'efTectuer cet acte pratique- fermée ento urée d'une colonnade, et l'Arabie silOudite qui subventionne
ment n'i rn porteoù : espace ouvert ou d' une salle de prière hypostyle (sur ce type architectural aux dépens des
fermé, publi c ou privé, sur le lieu de colon nades) do nt un des grands côtés types locaux,
Irav<li!. en ville ou en pleine nature, abrite le mihrâb, niche creusée dans
De grand format, il recouvre le sol de le mur indiq uant la qihla, la direction
IOUles les mosquées du monde , de La Mecque, Ce modèle est censé
À :mcun moment. sous peine de êt re fidè le au plan de la maison du
null ité de 1<1 prière, l'espace sacré ne prophète de l'i s la m à Médine tel
Une · reconstitution~ de la maison du prophète, gravure d'après PIah schématique d'une mosquée de type arabe
1-"';;;" Leacroft , The Buildings of Early Islam, XIX' s.
~""

fô\ FOlllaÎne
\;;;1 au • • bh'lIom

,,""

,
'vre et travailler à l'heure de l'islam
Scène de rue dominée par la
figure du muezzin, vers 1570

L l SLAM a réorgani- nécessité les oblige il tm vail1cr hors


sé le te mps des hommes. de la maison. en pouticul ier dans le
Miniatura ilustrant le Hart Awrang rLes Sepl
ttdoos1 de Jarni. style de Shiraz. Iran
Elliott 149 loIio Il r, Bodleian Ubrary, Oxloro,
Un çalc ndrier lunaire. inspiré des secteur ag rico le. Angleterre
calendriers antérie urs. a été adopté. Le tmvail exécuté en accord avec Projetable en transparenl
Les moi s lunaires . plus courts que la Loi di vine (s/I/Id 'a) est une form e
tes Illois solaires. c réent to us les ans de jiluÎtI. in séparable d'une signifi-
un décalage de plusie urs j ours par cation spi rituelle el re li gie use. Pour
rapport au ry thme des sui sons. La cehl. dans hl perspective musulmane avec deux devantures de boutiques:
décision. prise une d izaine d 'années traditio nnelle. le Irav:lil doit respec- des personne... sont en train de négocier.
après la mon de Muhammad. de fi xer 1er un certain nombre de règles. les de peser des marchandises. d'a ut res
les dé buts d u calendrier musulman à ' /IqlÎlJ. qui lient l'holllme il Dieu et au mangent. ou prépare nt il mangerautour
l'hégi re (622). complète la réfomlc mo nde : accomplissement des prières d'u n chaudron. on distingue des porte-
du ca le ndrier musulman . L' is lam quotidiennes, valorisation des riches- raix. des musiciens. etc.
il égaleme nt introduit une nouvelle ses de la nature o u vente ho nnête Dans les dernières décennies. mo-
te mporalité quotidie nne: chaque d ' une marchandise dans le souk. Le dernisation etll1éc:misalion ont mis ft
j o urnée eSI scandée par les cinq sens des respons:lbi lités pour remplir mal la dimension éthique du travail.
appels à la prière lancés du haut du les termes d'un contrat . pour accom- en particulier dan s les zones urbai-
minaret. plir un travai l aussi bien que possible. nes. e n raiso n de l'affaiblissement
L'interruption des ac tiv ités à pour satisfai re la personne il qui le des structures trad itio nnelles de la
cette occasion don ne au tmvail une Irdvail est destiné. reste très présent société. Le travaîlleur est doré navant
dimension rel igie use ct le mé lange chez les musulmans traditionnels, Le coupé de sa famille et de la matrice
des de ux te mps transparaît d ans souk. dans les cités tmdit ionne lles, sociale . A ussi ne reste-toi !. parmi la
l'o rganisatio n mème de ];, c ité tm- est lieu de sociabilité, de rencont re et p lupart des tra vai lle urs dérac inés.
dit ionnel1e : de no mbreu x oratoires. de p:lnage de v:Lleun; communes. Sur qu'une profunde no stalgie de l'o r-
parrois des mosq uées plus im por- la miniature ci-contre est représentée. gani s'ltion qui caractéri sai t le monde
tantes. sont dispersés dans les souks. sous un minaret. la ruelle d' un souk traditionnel du tra va il.
les bazars o u les centres d·arti sanil!.
Les corps de mé ti ers. hérités des
anciennes corpor.lIions. fo nctionne nt
sur It! modèlc dcs conrréries ct ces l Calendrier et fêtes

organ isations qui perdurent p••rfo is ,,-


cncore d ans une ce rt;tine mesure.
sont sou vent étroi teme nt liées aux
ordres sou li s qui conçoivent le tr.wail
comme le prolongement de la spiri-
tualité. O·ailleurs. les liens cntrc les
maît res de métier et leurs apprenti s.
[?
mois : Salar,
..
ou entre les différe rlls membres d'u ne
rn Î!mc activité. s ·apparentent au lien
r;r
mois : Rabr al·thAni : Rabr Il .
: . . . . . . . .UUIl· .......L
de nat ure re ligieu se qui unit . dans
les conrréries w u fies. le maître de
l' ordre à ses disc iples. En outrc, le
8'
!'-
mois : JumAda al-lhAni : JumAda Il .
: ~ ... - ... ,- ..
.",:,iy~"""
travail accompli pour subvenir aux i _ ...
bew ins de la ra mi lle étendue. c'cst-
à-dire les re m me s. les vieillards ct [so
moise Sha'bAn ,
Mn
les inva lides. est classé. dans le droit
musulman. da ns la même catégorie.
~_"";"'i i\,
obligatoire ( lI'âjib). que les devoi rs
rdigieux. Il incombe naturellement
au che f de famill e. mais les femme s
so nt aussi respon sables. quand la
1 .' 18 1- du mois all8u rAid al·fttr, 18 Mte

.............:__..-. B'
1 ai-saghlr, "'Petite Rts', qui cI6t le ramadan.

: Oha I-hija : mois "s8cn!t' du piHerinags. Le 10 du mois a Heu '~id


Hlt1 n 1.
['" Rte', ou Aid al·adhâ, 18 "FIte du sscrIfics', en SOU1IfNIir du
lerinages et lieux sa ints
Au Caire : maison d'un homme
ayant fait le pèlerinage
, à La Mecque, 1988

A t'origi ne. le pè-


lerin:lge à La Mecq ue
Celle pierre, aujourd'hui cassée et
cerclée dans un anne.. u d ',argent, doit
constituait une vérilable expédition. être touchée et embrassée par les
Les caravanes couvraient de trcnte à pèlerins. Dès l'époque préislamiq ue,
q uarante kilomètres par joure! il fa l- La Mecque était un gr:md centre de
lait plusieurs scm"i nes polir parvenir pèleri n..ge et de nombreuses divin i-
à desti nation. aulant pour revenir. Du tés y étaient vénérées. Muh .. mmad
Caire, il fallait près de cinq semai nes reprit cette prati(IUC en l'isl:uni sant.
pour arriver à La Mecque. Réservé Depuis lors, La Mecque est le d ' Iraq ; e lles reproduisent des souf-
au Moyen Âge à une é lite migrante. centre du monde musulman, Tout au frances co l lecti vc.~ pour cornmé morer
savante ou commerçante. le pèleri- long de sa vie, le fidèle musulman qui le mart yre d ',II- Husayn et de ses
nage à La Mecque. el à Médine qui prie s'oriente p.. r rapport à ce point compag nons: auto ur de cette figu re
lui cst proche. ne rassemblai t vrai- névralgique: cinq foi s par jour, sept majeure du chiisme. les tombes de
semblablement à celle é poque que jours par semai ne , au mo ment de la personnalités secondaires constituent
quelques milliers de f idèlc.~ . Quoique prière, il se tourne vers la qiblll, la un parcours commémo ratif.
plus accessible aujourd'hui. il de- di rection de L:a Mecque. Lors<lu'tm La vi site des centres iraquiens
meure une entreprise exceptionnelle. mu sul man est ente rré, son vis..ge s' intègre da ns I ~ C,Ldre plus général
Aussi la personne qui a lIccompli ce doit être lOurné dom s cette d irection. du pèlerinage à La Mecque. puisque
rite bénéfi cie-t-c llc d'un presti ge En OUlre, le dogme impose qu ' une les cara vanes de pèlerins persans
considémble à son retour : e llc est fo is dans sa vie le fidèle musulman pan aient de Kerbala. pui s passaient
gratifiée du titre de luijj ("pè lerin") se rende dans ce berceau de lïslam. par Najaf. avant de rejoindre les vil-
inscrit. dans le cas présent. au-dessus Parce qu'il concerne tous les mu- les saintes d 'A rabie. Quoique située
de la porte d'e ntrée de cette maison sulmans du monde, le pèlerinage de dans un p.. ys ambe, la popu lation de
cairote (yâ hâjj Fam) al-SluÎm Î, "0 La Mecque est l'archétype de tous Kerbala est en grande partie d ' origine
luijj Faraj al-Shâmî""). La façade est les .. utres pèlerinages, <lui se sont persane. comme en témoigncnt les
ornée d'inscript io ns coraniques et de constitués soit en opposit ion soit en vêtement s portés par l'hom me au
représentations des moyens de trans- complément arité, turban (de dos au pre mi cr plan) :
ports utilisés ou re ncontrés lors du L'importance des s:anc tu,Lires e lle comprend également une forte
pèlerinage : avion, bateau, chameau. liés au chiisme remonte il l' origine proportion de musulmans pakistanais
Gr-Jce à la voiture et la l' avion , en un même de l'islam . Ainsi, le mass..cre. et indiens. Cela ex plique qu'cl le oc-
siècle, l'e ffectif g lobal du hâjj a été la Kerbala. ville du sud imquie n, en cupe une posi tion névmlgique entre
multipl ié par plus de cent, passant 680, des princip:mx Alides. parmi les deux pôles constitués d' un côté
de q uinze mi lle à de ux mi ll ions de lesquels .. l-Husayn, fils de 'A li et de par l'ambité sunnite. de r aUlre par
pèlerins! Fâtima, et donc peti t-li ls du prophète le chiisme persan.
La façade porte ég:alement une Muhammad , ex plique le dévelop- Les s,mctu.. ires chiites les plus
représentat ion fi gurée de la Ka'ba. pement d'u n véritable martyrologe importants symboliquement se trou-
Selon la tradition musulmane, r em- chez les chiites - I:a bannière noire vent en Iraq. Les pèlerinages chiitcs
placemen t de la Ka ' b.. aurai t été dans la foule des pèlerins proclame: n'étaient pas interdits sous Saddâm
créé avant to ute autre p:lrtie de la "Nous sommes tous les di sciples des Hussein. Cepend:ml. l' ample ur des
terre : sur cct emplacement, Abmham martyrs" (kullu-lIâ lII11lib (/1-<~'/IIIIIll­ rasse mblements religieux qui ont eu
aumit construit la "maison de Dieu" dâ '). Le corps décapité d 'al-Husayn lieu après mai 2003 d.. ns les gmndcs
(Ba)"1A/lâh ), autre nom de la Ka'ba, est enterré sur place. Un mausolée villes sainles du chiisme que sont
avec des pierres que son fi Is Ismâ 'il est immédi .. teme nt bâti. le Qabr a/- Najaf et Kemala fut exceptionnelle.
lui au rait apportées. Pour achever Husayn ("tombe de Husayn"). qui ne Au-delà de l'expression d' une piété
l'édifice, Abraham aumit cu besoin tarde pas la :atti rer les pèlerins. Cette e nfin totale me nt li bérée de la pe-
d ' une pierre d'angle q u' lsmâ'il ne vénération ne .~' e s t pas démentie au san teur d'un régime ré pressif, e n
parvenait pas à tro uver. Celle pierre, cours des sièc les. Pour la fête de particulier apres 1991. ces r.lssemble-
connue sous le nom de Pierre Noire, 'Achoûr:a. le 9 lIIu'/(/rrml1 (pre mier ments manifestent l'ambition d ' une
lui aurait été apportée p:ar l'ange Ga- moi s de l'année dans le calendrier rcprésent:Ltion politique à la mesure
briel. Blanche la l'o rigi ne , elle aumit is lamique), le s:lIlctuaire de Ker- du poids démogmphique du chi isme
été noircie par le péché des hommes. bala voit afflu er les foules d'lmn et imquien.
,-...;Pè
..;lle,rinage chiite de 'Achoûra aux tombeaux des saints al-Husayn et al-'Abbâs dans la ville sainte
r de Kerbala, Iraq , 2004
ufis et sa ints de l'islam
Transe soulie lors du mouled
de Tantâ, Égypte, 2002

U NE des étymolo-
gies du terme soufi sme
du chiisme, des fête s en l'honneur de
la nai ssance du prop hète. Ces fêtes
Pro}eta ble en transparent

re nverrait au manteau de laine poné (11/(/\1'/;(/, mOl/fetl).<i' é tende nt ensui te


par les ascètes. S'il est très vraisem- 11 tous les .<iaints de l'islam, À l'occa-
blable q ue rapproc he mystique ap- sion de l'anniversaire de la naissance
paraît dès les origi nes de l' islam. e lle ou de ta mort (l//alVsi m, II/ol/.uem )
met pl usieurs siècles à être théorisée. d'un saint, les fidèles font une visite
el à se structurer en confréries initia- pieuse (z;yéira), vo ire un véri table voies mystiques, rarÎqa) appamisscnt,
tiques. D'emblée le mysticisme a fa it pèlerinage sur sa lombe. De nos jours qui sc rattache nt 11 un grand mystique
]"objctd' une opposition très fc nnc dc encore, 11 Tantâ, dans le delta du Nil. fondateu r. Développées au cou rs
la pan de ceux qui avaient une appro- la tombe d 'al-Badawî fait J'objet d'un des X llJ<-XV IIl<siècles, e lles ont
che littérale du texle de la Révélation pèlerinage: deux foi s par an, près de unc audiencc régionale ou nationale
muhammadicnne. cn pôlnicu lier ceux deux millions de perso nnes se réu- (comme la Sanolluiya en Li bye),
qui allaient former récole juridique ni ssent pendant deux semai nes pour parfo is pa nislam ique (comme la
el théologique hanba lite. Un des célébrer le sai nI. À celte occasion QéilliriYYlj ou la TijlÎl1iyya ), Chacune
premiers. ou un des plus célèbres. ont lieu de nombreuses cérémon ies possède ses ri tes d'initiation, sa hié-
mystiques. al-Hallâj. fut la victime soufies, au cours desquelles hommes rarchie et so n slmykh (maître), Le
de celle opposition. Il fut condamné, et fem mes prient ensemble, chantent lien est très fort entre le disciple et
comme hérétique. à être crucifié. en ou scanden t les no ms de Dieu au son le maître de la confrérie. et à travers
922. à Bagdad. pour avoir proclamé. des tambourins, voire dansent, pour celui -ci avec le ro ndateur, Parallèle-
dit-on, ami I-Iwqq CJe suis la Véritél accéder à l'ex tase mystique. Ces ment se développent une littérature
Dieu"), affirmant par là qu ' il avait cérémonies évoquent les transes des et une poésie évoquant l'ivresse des
poussé l' union mystique avec Dieu , chiites Ion; des pèlerinages sur les sens el l'extase mystiq ue, en fa isant
jusqu'à en connaitre l'essence et s'y tombes des membrc.~ de la fa mille du appel. dans le cas présent, 11 des
identifier, Progressivement presq ue Prophète. Pourtant. le caractère sun - é léments synesthésiques (sollici tant
to us [es mystiques se ratt achèrent à nite des fêt es de Tantfl apparaît claire- tous les sens), philosophiques (quatre
cette figure tuté1:1i re et 11 travers e lle Illent dans les médai llons verts de la éléments). SOC ÎiIUX ("un roi sous son
aux premiers mystiques de l' islam, bannière suspendue en arrière-plan : froc"), astronom iques ("cent lunes et
Encore aujourd'hui. à Bagdad, le ceux-ci cont ie nne nt les noms des firmame nts". "cent soleils") ct éth i-
cénotaphe d ' al-Haltâj, recouvert d' un q uatre premiers successeurs du Pro- ques ("Pour t' homme de Dieu, juste
tissu portant le nom de Dieu en arabe phète, dits "bien gu idés" (rashidlÎl1 ) et inj uste sont semblab les").
(AlllÎh), fail l'objet d'une vénération , par les sunnites- ici, on voit lcs nOllls
dans un mausolée où de pieux musul- de 'Uthmân (644-656), 11 droite, ct de
mans récitent des extraits d ' un Coran 'A li (656,661), à gauche.
posé sur un kur.\'Ï (lutrin), Après pl usieurs sièc les. durant
Le cu lte rendu à al-Hallflj renvoie lesquels les pr.ltiques mystiques fu -
11 un autre aspect de r islam, la mé- rent le fait d'individus pl us ou mo ins
, diation du saint. La notion de sainteté isolés, on assiste ta des te ntatives de
n'implique pas la séparation avec le codi fication des pratiques conduisa nt
commun des mortels, mais plutôt la 11 l'extase, à une théorisation et 11 une
" proximité" avec Dieu . Le \l'an est in stitutionnali sation du soufi sme ,
celui qui, par la prière, J'ascèse, la C'est au début du XII ' siècle q ue
connaiss:mce, la probité ou la foi, le !;rand penseur a l-G haz5lî (mort
se rapproche de Dieu, Il d ispense en 1111) affirme, dans sa Rel'illifi'
sa baraka (bénédiction o u bienfait), cmiol1 lIes ,~cietlce.~ religieuse.~ et
de son vivant. aux personnes qui le dans sa Réfiuarioll lJe.f philo.wllhes,
fréq uentent, après sa Illort, ta ceux qui l'orthodoxie de ]' approche mystique,
viennent prier près de sa sépulture. considérée comme supérieure 11 la
Au XII< siècle apparaissent pour la phil osoph ie pour la connaissance
prem ière fo is, da ns l'islam sunn ite, de la Vérité divine. Partout dans le
sous l' infl uence du christian isme el monde musulman, des confrérie.~ (ou
Poésie soufie du XIII- siècle 1-_~Cé
~ notaPhe de al-Hallâj. Bagdad, Iraq, 2002
L'homme de Dieu est enivré sans vin,
L'homme de Dieu est rassasié sans pain,
L'homme de Dieu est éperdu, bouleversé,
L'homme de Dieu ne mange ni ne dort,
L'homme de Dieu est un roi sous son froc,
L'homme de Dieu est un trésor dans les ruines,
L'homme de Dieu n'est pas fail d'air et de terre,
L'homme de Dieu n'est pas fait de feu et d'eau,
L'homme de Dieu est un océan sans limites,
L'homme de Dieu fait pleuvoir des perles, sans nuage.
L'homme de Dieu possède cent lunes et firmaments.
L'homme de Dieu possède cent soleils.
L'homme de Dieu est rendu sage par la Vérité suprême,
L'homme de Dieu n'est pas rendu savant par les livres.
L'homme de Dieu est au-delà de /'impiété et de la religion,
Pour l'homme de Dieu, juste et injuste sont semblables.
L'homme de Dieu a chevauché hors du non-être,
L'homme de Dieu est servi avec dignité.
L'homme de Dieu est caché, ô Shams al-dÎn ' 1
Va chercher l'homme de Dieu, toi, et trouve-le!

Roiml, Oiwân-e Shams-e Tabrizi ("Les travau,.. de Shams-e Tab~i-). XII /' siècle.

, Ce mystique soun originaire de Tabril a initié RoimÎ qui lui rend hommage ici.
ciences religieuses,
sciences rofanes
Le monde vu par al. ldrisi,
géographe musulman,
XII- siècle

L Emonde Illu sul-


Ill;ln s 'inscri t dan s la
un prcmier ce rcle, le s te rritoires
de l'i mpiélé. un deuxiè.me. À l'tlne
Copie datant de 1553 d'après un OI'9nal
de 1154

continuité géogmphiquc ct c ulturel le des périphéries. séparée des zones BodleillJ'\ library. Oxford. Grande'B retagne
des mondes persan ct byzantin. e l il habitées par une montagne infran- Projeteble en tran sparent
travers eux: des mondes romain et hel- ch issable - peUl-être l'Him .. laya - ,
lénistique. Il est un des chaînons qui qui au mit été élevée p.. r Alexand re
a permis. du Moyen Âge il nos jours. le Gra nd (Dltli l-qrmw)"lI. "Cel ui aux
la conservation CI l'approfondi sse- deux cornes"), est représentée la terre d 'al- Idrisi au d0 1ll.. ine géographique,
ment des savoirs ant iq ues comme biblique de Gog ct Môlgog, dont les c'est oublier que 1:. géographie de cet
l 'astronomie. la géographie. la mé- démons doive nt se répandre sur la .. uteur est profondé ment islamique.
dec ine. la phil osophie . Cependant. terre le jo ur du Jugcment dern ier. La Le philosophe Alain de Li bera note
le développement de ces sciences est " mer environnante", 1.. bien nommée, que cet oubli pan icipe d ' une occul-
réélaboré la 1:1 lumière CI au profit de enferme l'ensemble da ns la fin itude tation des sources musulmanes de la
la nou ve lle religion. dcs conn.. iss.. nces géographiques de pensée occide ntale, voire d'un rej et
AI- ldrÎsi CSI un géographe mu- ["époque. dé libéré, p.. r la pensée occidentale,
sulman. né en Andal us vers 1100 Cette re présentation .. rt ic ul e de ses sources musul manes.
et entré au service du roi normand ainsi les données géographiques (on Ainsi, bo n no mbre de prog rès
Roger Il dcSicile. après de nombre ux reconnaît, e ntrc autres, la péninsule scientifiques furent réal isés à dès fin s
voyages au Maghr\!b et cn Andlil us. Ibérique. la France , les ilt::s ù,.il<ltl- religieuses. Cc q uadr;ult d 'astrolabe
Il réalisa pour cc souverain un pla - niques, l'Inde, le Maghreb, le Nil), :tppanenait à Muhammad ibn Ahmad
nisphère e n arge nt rcprésent:ll1t la ["h istoire de l'expansion de l'Islam. al-Mizzi ( 129 1- 1349), "re.'iponsable
totalité du monde connu à l'époque. 1:1 mythologie (muraille d 'A lexand re) du te mps" (1III1l1'llqqil ) de ta Grande
y compris les terres non musulmanes, c t une d imen sio n esc hato logi que mosquée de Damas . chargé dc dé-
ct un ouvrage de commentaire, LI! (dé mons de l'Apocalypse, Jugement terminer quo tidi e nnement l'heure
liI' re de Roger (al-Kirâb al-rujfifÏ), dernier). Réalisée par un musulman de la prière. Ce q uadr:tnt. adapté il
comprenant de no mbreuses cartes. pour un maitre chrét ien. cette mappe- la latitude de Damas, contient des
La mappemonde réalisée p .. r al - mo nde constitue une re présentation. infomlatÎons combinant trigonomé-
IdrÎsÎ pour le roi Roger Il de Sicile musulmane. de l'unité dc sens fo r- trie et géométrie pour résoudre des
est un témoignage imprcssionnant mée par J'Islam, problèmes astronomiques: un fil était
de la géographie "m usulm:mc" du La di stinc ti on entre science s thé ~ ~on centre avec, à l'extrémité.
XII" siè<:Ie. $urcettecan c s' aniculem profanes c t sciences religi e uses une bille qu 'on fai sait glisser dans la
l'histo irc ct III géographie de l'islanll est rare ment cI .. ire .. u Moyen Âge direction des astres ou du soleil pour
Islam tel quc pouv:litles percevoir un e n IsI.. m. Ai ns i. limiter l' appo rt détermi ner l' heure exacte.
s:lvant musulman du Moyen Âge. Le
cent re du pl:misphère, occupé par L,I l:occullation de la pensée musulmane en Europe
~;,;.j
Mccque ct le Hij âz, représente sym- L'occultation des éléments araOO-musulmans de la culture européenne a préparé
boliq uemcnt l'origi ne géogmphique 1492, et elle lui a survécu. En fait, I"occullalion proprement dite esl un phenomene très
et chronologi<llIe du mo nde tcrrestre. contemporain, et ce qui I"a précédée historiquement n'est pas un oubli, mais un rejet
En effe t. celle représe nwti on est conscient et décidé. f. .. } 11 faut bien distinguer, d'une part, ce que l'Occident chrétien a
confonne à la Tmdition Illusulm:me, connu et rejeté méthodiquement et, d'aulre part, ce qu'if n'a pas (ou peu) connu et n'est
selon laquelle La Mecque serait le toujours pas prêt à découvrir. Ce qui n'estjamais entré dans la culture occidentale latine
nombril du monde. territoire co n~a­ ou chrétienne et qui reste scolairement et socialement occulté, c'est, par exemple, la
cré par Dieu avant l'édific.. tion de 1.. philosophie politique, le laïcisme, le rationalisme réformateur de l'islam et de la pensée
ville, 1.. K.. 'ba ayant été érigée p:lr araOO-musulmane, dont les ancetres sont, pourtant, des penseurs de l'Andalousie mé-
diévale, comme Ibn Bâjja (Avempace), Ibn Tufayl (AOOubacer) ou Ibn Rushd (Averroès).
Abraham. Cc poin! organi se concen-
Ce qui a été explicitement rejeté, et qui reste oublié, c'est, par exemple, /"exaltation du
triquement l' esp:lce, le temps e t
mode de vie philosophique, la définition d'un type d'existence fait de travail et de ré-
l' im..gin .. ire islallliquesde l'époque. flexion, que /'on dirait à bon droit intellectuel, si, d'agitations médiatiques en médl'ations
Les territoires de l' islam forment agitées, le terme n'avait fini par perdre l'essentiel de sa signification.
Alain de LiberlI. ' Fractures en Méditerranée". Maniere de loO'r. n" 54. le Monde diplomatique. julllet,aoiIt
2002.
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uadrant d'astrolabe, Syrie, 1333-1334

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Ir y,
shamAff Nord
nothéismes autour de la
Méditerranée au XIIe siècle
Monnaie almoravide (1097)
et monnaie frappée par
Alphonse VUI de Castille 111841

U NE des gra ndes


ric hesses de l'I s lam
sin circulaire, mêmc organi smion des
inscriptions, à l'exception de rajout
. Monnaie almoravide frappée à Almeria, or.
diamèl re = 2.7 cm
. Monnaie d·Alphonse VIII de Castille frappée à
médiév:tl el moderne est liée a u d'u ne croi x. Les formules chrétien- Tolède. 0'. diamètre = 2.6 cm
contrôle des mines d'or d'Afrique nes sont un décalque des formu les Projetable en transparen t

noire. Pendant plusieurs siècles. les originales musulmanes avec reprise


souverai ns musulmans de la Méditer- de la ternlinologie musulmane (imûm, profiter des mesures de rachat. soit
ranée conservent ainsi le monopole (lmÎT, elc.). La frappe de la monnaie parce qu'il s étaient trop pauvres. soit
de la frappe de l'or. abandonné par d'or. droit régali en par excellence parce quïls étaient éloignés de leur
l'Occident chrétien au IX< siècle. dans le monde musulman comme patrie. ct ont connu ["esclavage. En
La frappe de monnaies d' of (dinar). dans la chré tienté l:nine . devient Islam. la libérat io n s'appuie sur des
réservée en principe au calife ou à un support du combat idéologique. principes de solidarité: dans la chré-
ses délégués. et d' argent (dirhem), Celle monnaie a dû être frappée par tie nté, des institutions spéc ial isées
assuren t aux région s lTlusulmanes d es a rt isa ns musu lmans capturés appa rai .~se nt à la tin d u XII< siècle
le cont rô le des éc han ges. Alors par les Castillans. La question de ]:1 au moment où les préocc upations
que l'or s'est réfugié en Occident monnaie est au cœur des re lmions morales, éthiques et religieuses se
dans les églises ct les monastères. il e ntre pouvoirs chrétien ct musulman : développent à propos du sort des
circule dans tous les marchés. dans clle a des implications non seulement coreligionnaires aux mains de leurs
toutes les vi lles ct dans IOules les techniques. en ce qui concerne l'ap- en nemi s : c'est le C:lS par exemple de
cours pri ncières de l' Islam. l es provisionnement en or et la frappe, l'ordre des Mercédaires ou de celui
monnaies d'or al moravides ct almo- m ais aussi idéo logiques, car elle des Trinit:li res qui apparai sse nt alors
hades. d'excellente qualité. irriguent proclame la légitimité du pouvoir qui dans la péninsu le Ibérique.
pendant plusieurs siècles les régions la frappe en son nom. ou encore éco-
européennes où e lles deviennent de nomiques. parce qu'elle facilite les
véritables canons mo nétaires sous le échanges commercÎ<mx, en période
Captifs maghrebins dans le royaume de
nQm de mor(lberil/Qs (ou maravédis) de trêve ou de paix, et politiques en
Jérusalem. XII" siècle
et de dab/as (ou doublo ns) . cc qu ·clle donne des moyens d' :lction
La domination des monnaies d'or supplémentaires. L'une des horreurs qui frappent les yeux de
musulmanes sur ["Occident est totale . Au Xli< siècle, autour de la Mé- quiconque habite le pays des chrétiens est la
vue des prisonniers musulmans, qui trébuchent
À la lin du Xl< siècle, Alphonse VI de d iterranée, mal gré les confl its, la
dans les fers et qui sont employés à de durs
Casti lle-Le6n prom it. pour le salut monnaie n'a jamais cessé d·être un
travaux et traités comme des escla ves, et aussi
de son :Îme, et de celles de ses ancê- o ut il indi spensable au x éc ha nges celle des captives musulmanes qui ont aux jam-
tres, de verser tous lcs ans six mi lle commerci:mx. au paie ment des tri- bes des anneaux de fer. Les cœurs se brisent à
morabetino.l" pour la con structio n de buts entre princ ipautés rivales ou au leur vue mais la pitié ne leur sert de rien.
l' a bbaye de Cluny. Par les échanges rachat des capti fs en période de trêve. Une belle œuvre de Dieu en faveur des pri-
commerciaux , par le butin et par les Les batai lles fréquen tes. les sièges de sonniers occidentaux[musulmans du Maghreb
rac hat s de captifs, l' or du G hana vi lles ou les razzias contribuent si- el de la péninsule Ibérique], en ces pays sy-
tran site à travers le monde arabo- multanément à ]' essor du nombre de riens devenus francs, est celle-ci : dans ces
musulman et pénètre peu à peu les capt ifs et à la mi se en pl:lce d'inst:m- contrées syriennes et ailleurs, tout musulman
qui. en mourant, prescrit sur son bien un legs,
principautés chrétiennes d'Europe. ces de rachat. Le rachat et l'échange
le consacre spécialement à la d élivrance des
La mo nnaie d·or frappé e par d e captifs devien nent une véritable
prisonniers occidentaux, en considération de
Alphonse VIII. '·roi de Castille ct de activité codifiée. D'un bout à ["autre
l'éloignement ou ils sont de leur pays et qui les
To lèdc" ( 115 8- 12 13), imi te parfa i- de la Méditerranée, le prix d'u n captif
prive de tout autre moyen de délivrance hors
te me nt les di nars almoravides q ui s'é"lblit :' dix pièces d·or, même si ce qui vient de Dieu: car ils sont étrangers,
do minaient le marché occ ide ntal à certains peuvent atteindre des som- séparés de leur patrie.
cette époque, alors même que cette rnes beaucoup plus importantes en
dynastie d' orig ine berbère avait dis- fonction de leur qualité. L'Andalo u Ibn JlIbayr. Voyages. présenté ellradllil pa r M. Gaudel roy-
Demombynes. DoclimenlS relalils à I"histoire des croisa·
paru e n 1147: même format. même Ibn Jubayr évoq ue le sort de ses ""frè·
des publiés par l'Académie des Inscriptions el Belles·
poids, même teneur en ur, même des- res ct sœurs'· musulmans qui n' ont pu Lemes. Pa ris : 1949·1956.
lam et politique

LE monde musulman
a connu une évol ut ion
(1I//Ilk). al -Mâwardi affirmc que la
nécessité de la fonctio n d 'imâm/ca-
Dans l' cxtrait présenté, tiré de son
Trailé de politiqlle juridique IWllr hl
pol itique importante du Moyen Âge life est fondée non e n raison, mais réforme (III berger et tle 5011 frol/pea/l
à nos jo urs: à l' unité origi nelle. my- e n révélat ion, citatio n coranique il ( 1314), Ibn Taimi yya insiste sur les
thifiée. de " empi re califal succède la l' .. ppui . Comme le mppelle Bertrand devoirs du fidèle à l'égard du pouvoir
multipl icité des pouvoirs régioll:lux. Badie il propos de lapcnsée pol itique e t sur la préémi nence d u spirituel
des principautés concurrentes. Les en islam, la ""raison n'accède il aucun sur le tempore l. Au fidèle. qui n' est
co nllits internes sont c]Llal ifiés de statut 3utono me ct ne peut être te nue, ni di ri ge:mt ni miliwire, revic nt lc
ji/l1l1 (di vision. guerre civile) - le plus comme chez saint Thon13s, pour un devoir de consei l (mlsiha ) - tâche
grand malheur qui puisse affecter les instru ment perl11ellant il l'homme dont l'auteur s' 3cquille lu i-même
mus ulman s -. les califes n ' appar- d'3ccéder au juste directement, S3ns par son ouvrage - , de prière et de
tiennent plus à la tribu de Qumysh. conll3Ître la Loi de Dieu"". respect du précepte coranique : faire
le princ ipe dyna.~ t iquc sc substit ue à L'o u vrage d' ul· M âwa rdî es t le bic n et interdire le mal. Le propos
['élection par les notables. une police to ut ent ie r cons ac ré à ré so udre est assis sur une gradation de c it3-
civile dépendante d u souverain re m- l'inév it able te ns io n o ppOS:lnt Ic tions liées entre el lcs, é manant d'u n
place la police politico-rc ligicuse des pouvoi r-puissa nce d e l' holllme e t Compagnon (Mu',îdh b. Djabal ), du
mœurs. la hiérarchisation des tribu - lc pouvoir-autorité de Die u, 13 né- Prophète (hadilh ). ct finalem ent de
naux provoq ue la sécularisatio n pro- cessi té du prem ie r ct la lég itimité Dieu (Coran).
gressive du pou voir. des impôts no n du second . Cela contribue à do nner L'auteurdu troi .~ i è me texte est un
coran iques sont introd uits cn sus de à 13 construction du poli tique une réformateur chii tc ira nien. Mohscn
" l' aumône légale" (wkû/). Le nombre signific3tion d'acte de foi . Pourtant Kadi var. Cel ui-ci conduit sa crit ique
dc rouagcs. de fonc tions dc l'État Les sr(l/I11.{ gO/II·ememellfm l.l': sont dc la \'ela.\"lIt-e faqih. le "gouver-
c t de mesures d étermi nés par les loin d' être une application rigoureuse ne ment du clerc", dont le dogme a
conti ngcnces historiqucs. ainsi que de principes qui scrnient tous issus été mis cn place après la ré vol ution
la hiérarchi sat io n dc la société. vont du Coran . L'auteur fait appel non ist3nlÎque de 1979. il l'intérieur du
croissants. Or la religio n fondée par seulement aux normes dég3gées par champ religieux. Ce dog me réserve
Muhamlllad cst fonci èrcment égali- l'herméneutillue sun nite trad ition - à un indi vidu ou à un groupe d'jnd i·
tariste. Comment donc j ustifier tous nt~ lI c. mais aussi aux fait s historiques. vidus le contrôle de la lég itimi té. L3
ces écarts e ntre. d'une part . la norme To utes les décisions du pouvoir q ui critique pro no ncée est le fait d'un
prophétiq ue de référence. fondatrice dévient p3r rapport il la vision nor- clerc "".. utorisé", issu des institutions
de la théorie politique ""orthodox.c"". mative trad itionnelle sont réintégrées re ligieuses officielles, Poun .. nl. le
ct. d'autre part. la pr:ltique d u pouvoir par al-Mâward î pour qu i le calife fo nction ne ment et la logique mêmcs
ct les réal ités sociales? régularise la sit u3tio n aux yeux de de la construc tiOn politique et insti-
Né il Basra (Bassora) ct Illort il la norme religieuse, en fonct ion de tu tion ne lle héritée de la révolution
Bngdnd. al-MfLwardî (974- 1058). j u- l' arg ument de nécc§sité. is1:Jmiq ue sont ici qu e.~ t i o nn écs.
riste proche des calife.~ abbassides. est Ibn Taimiyya. j uriste hanb31ite, M . Kadi var in sis te sur l'irré-
célèbre pour son o uvrage intitu lé Le.f né en 1263 à H:lrriin (Turquie actue l- duc tible contrad icti o n du systè me
.\' /(111/1 .\' gOlll"em l'lIIelllwu:. Dans ce li- le), a enseigné li D:\m3s. Considéré poli tique iranien, pris e ntre 1'3ffir·
vre. il tente de réaffinner l' autorité du comme un penseur indépendant. il fut rnation de son car:Lctère républ icai n
souverai n. e n rédigeant un état précis e mpriso nné à di verses reprises pour ct dé mocratiquc - ce qu i impl ique
des pré rogatives califales. sanction- son opposition aux autres écoles ju- une certaine forme de contrôle po-
nées par la loi religieuse. Le passage ridiques sunnites. Il meurt d'ai lleurs pulai re -ct la prétention des d ercs à
proposé correspond au premier cha- e n prison. en 1328, après avoir été se faire les instruments d'u ne '·sou\'e-
pitre de r OUVr.lge. Fon logiquement. privé de papier, de plumes et de livres. r:lineté divine immédiate"", prétention
al· Mâwardi s ' y intéresse il la pre · Toute son œ uvre vise à Illontrerque le qui leur confè re le statut de ··califes
mière et pri ncipale charge de l' État. la devoir du prince, du savant, voire de de Dicu sur terre, de vice-régents du
di rection des CroylUltS. Face à ridée tout fidè le. est de convert ir l' autorité Prophète ou de l' Imam et de gardiens
que le califat prophétique :. pris fi n. de fait que chac un détie nt il un titre des rnusulm3ns"". À celle conception.
dès r établissement des Umayyades ou un autre en autorité légit ime, par M, Kadi varopposc la notion dc ··sou·
à Dam:ls (661 ), au profit d ' une fi - un effon personncl dc rest3ur.ltion de veraincté di vine démocratique"".
gure purement temporelle de royauté ];1 Loi d ivine.
~institution de l'imâmal a pour raison d'ëtre qu'il supplée le prophétisme
[dont le Prophète a été le dernier représentant] pour la sauvegarde de la
religion et l'administration des intérëts terrestres. Il y a unanimité à reconnaître
que celui de la nation qui en exerce les fonctions doit nécessairement en ëtre
investi [ ... ]. Mais il y a divergence sur la question de savoir si ce caractère de
nécessité est rationnel ou canonique: les uns invoquent l'urgence de nécessité
AI·MâwardÎ : reconnue par les gens raisonnables de confier à un chef le soin d'empëcher les
du contrat d'imâmat, injustices des uns à l'égard des autres et de trancher les contestations et les
XIOsiècle procès, car sans chef on vivrait dans l'anarchie et l'abandon, à la manière des
sauvages livrés à eux·mêmes. [...]
AI· Mâwardi, Les statuts gouvernefrtfJn'
D'autres y voient une nécessité canonique, et non rationnelle, car, disent·
taux, lraduction Ë. Fagnan. ils, l'imâm accomplit des faits d'ordre canonique dont il lui est, rationnellement ,
Paris: Le Sycorrore. 1982. permis de ne pas rechercher la charge à titre d'acte de piété, de sorte que la
raison ne lui en fait point un devoir.
À raisonner, en effet, l'homme intelligent a uniquement à s'abstenir de faire
du tort à son prochain et de vivre en mésintelligence avec lui , à pratiquer loyale·
ment et amicalement l'équité vis-à·vis de lui , et ces procédés lui sont comman·
dés par sa propre raison et non par celle d'autrui. Mais c'est la Loi qui intervient
pour confier le soin des choses (humaines] à celui qui le représente. Allah s'est
exprimé ainsi: "Ô vous qui croyez, obéissez à Allah, obéissez à l'Apôtre et
à ceux d'entre vous qui commandent" (Coran, IV, 62). Il nous a donc imposé
catégoriquement d'obéir à ceux d'entre nous qui commandent, c'est·à·dire aux
imâms chargés de ce soin .
Le fidèle qui ne peut faire triompher la religion par l'exercice du pouvoir ou
par la guerre, mais qui s'efforce d'y travailler en prodiguant les bons conseils
(nasiha) que Dieu lui inspire, qui adresse ses prières à Dieu pour le salut de la
Ibn Taimivya : le communauté, qui aime son prochain et fait tout le bien à sa portée, n'est pas
temporel au service tenu de s'acquitter de devoirs qui lui sont impossibles. Les fondements de la
du spirituel, XI~ siècle religion, comme Dieu l'a dit, sont le Livre qui guide et la Tradition qui aide. Cha·
cun doit donc travailler de son mieux pour préparer le triomphe du Livre et de la
Tradition, pour Dieu et avec l'aide de Dieu.
Ibn Taymiyya. Traité de politique juri·
dique pour la réforme du berger el de
Le temporel, enfin, est au service du spirituet , ainsi que Mu'âdh b. Djabal
son troupeau (1314). traduction Henri l'a dit: "Ô fils d'Adam, tu as besoin de ta part de ce monde, mais tu as encore
Laoust. Alger. 1990. plus besoin de ta part de ,'autre monde. Si tu commences par ta part de l'autre
monde, elle t'apportera ta part de ce monde. Si tu commences par ta part de ce
monde, elle te fera perdre celle de l'autre monde, car ce monde est pour toi un
danger".
La preuve de cette prescription est donnée par le hadith que rapporte
Tirmidhî : "À celui qui , au réveil . se préoccupe de l'autre monde, Dieu inspirera
une conduite droite; il mettra la richesse dans son cœur, et ce bas monde
viendra se mettre à ses pieds. Celui qui, le matin , songe à ce monde, verra ses
biens dispersés par Dieu, il aura, sous les yeux, le spectre de la pauvreté, et il
ne pourra retirer de ce monde plus que la part que Dieu lui assigne".
La raison de ces prescriptions tient dans cette parole de Dieu: "Je n'ai créé
les génies et les hommes que pour qu'ils me servent; je ne leur demande pas
qu 'ils me nourrissent; Dieu seul est le dispensateur de toute substance ; il
détient une force invisible" (Coran, Ll, 56·57) .
a délégué la direction politique de la communauté musulmane à ses
membres eux·mêmes, de telle sorte qu'ils puissent exercer leur souveraineté
dans le cadre des lois islamiques. Cette souveraineté sur eux-mêmes leur a
été déléguée par Dieu et personne n'a le droit de leur contester ce "droit divin".
Les gens élisent leurs dirigeants parmi des candidats qualifiés, de sorte que,
Mohsen Kadivar cité dans Alain Rous·
dans le cadre d'une constitution compatible avec la religion, ils servent le public
sillon. La pensee islamique conlempo- sur la base d'un contrat ou d'une représentation (vekalaO . Puisque, dans ce
raine. Acteurs et enjeux. système, le fondement ultime de la légitimité est Dieu , et puisque la commu-
Paris: Téraèdre. ~004 .
nauté exerce un droit conféré par Dieu et n'exerce sa souveraineté que dans
les limites imparties par la religion , il s'agit bien de souveraineté divine. Mais,
puisque ses membres sont en position d'exercer une médiation entre Dieu et
le gouvernement, ce qui engage un élément démocratique, il s'agit là d' une
~souveraineté divine démocratique".
statut de la femme en isla
Salon de coiffure à Kaboul,
Afghanistan, 2002

L E statul de la fem-
me e n i51:1111 est très
des soc iétés musu lmanes. ce statut
de la femme semble être un trait de
Projetable en transparent

variable selon les pays el lcs périodes. civilisation durable. un trait distinctif
Dans les sociétés traditionnelles com- par rapport aux aUlres civili sations.
me l' est la société afg hane. la femme sans que cela e mpêche les évolutions.
sort int égral ement couverte par le porteuses de crises et de réactions
voile local. la IJllrk{/, qui dissimu le le plu s o u moins brutales.
visage e t le corps aux regards ex té- Le message de Muhammad. tel les femmes accèdent à des postes de
rieurs. L'usage du voile ne consti tue que le conservent les sources musul- responsabilité. e lles votent et ont vu
pas dans le monde musul man un déni manes. te ndait à amé liorer le SOft de proclamer l'égali té de le urs droits
d'existence. un dénigrement ou un ses contemporaines. en leur assurant. avec ceux des hommes. L'insta ura-
refus du corps fémini n. comme le ré- par exemple. une part d ' héritage éga- tion du port obli gatoire du tchador
vèle les photographies exposées dans Ie à hl moitié de celle d'un homme. ou du foulard "islamique" y a donné
cc salon de coiffure: som le voile. la Rappelons qu' en France. et plus gé- une impulsion à l'é mam.: ipat ion de
femme peUl être maquillée. parfumée. néralement dans l'Occident chrétien. la femme: le voile a en effet permis
sensuelle. voire érotique. Le voile ré- jusqu'à la Révolution fran çaise. les l' e ntrée en masse da ns les éco les
serve ce l aspect de la fe mme au seul femmes. ainsi que les cadets. étaient et les univers ités de filles que de
"ayant droit" légiti me: l"époux. total e ment exc lus de I·h é ri ta ge . nombreuses fa milles trad itionnelles
Le droit musulman. représentatif. Paradoxalement. aujourd·hui . dans refusaient de scolariser il r époque de
en grande partic. de la réal ité anthro- certai nes sociétés musul manes. les la monarchie. qua nd le pon du voile
pologique CI sociale qui a prévalu à fe mmes se voient privées de droits était interdit. Les étudiantes co nsti ·
sa mise en place. a entériné l'orga- (trava iller. conduire de s voit ures. tuent aujourd ' hui plus de 50 % des
nisation des sociétés traditionnelles apparaître non voilées. part iciper à effectifs uni versitaires contre 25 %
proche-orientales et méditerranéen- la vie politique . Cl C .) sous des mo- il l'époq ue du sh5h.
nes. ALI sein des espaces de grand tifs religieux. Au sei n des sociétés En revanche. dans les pays laïcs.
nomadi sme. la fem me est détentrice musulmanes. s 'opposent ainsi . d'un co mm e la Turqui e o u la Fra nce.
de l'honneur du groupe . triba l ou point de vue religie ux et soc ial. les l' interdiction du voi le suscite parfois
familial: elle est un trésor il protéger. tenants d'une application linérale des les réacti ons indignées de certains
Le corollaire de cen e valorisation prescri ptions muhammadien nes. ct mu sulmans pour lesquel s il s' agi t
de la fe mme est son exclusion de les tenants de l' amél ioration du statut 1:'1 d'une atteinte :) leur liberté reli -
l'espace public et des acti vités mas- de la felTlme au nom de la fidélité au g ieuse .
c ulines. Aux femmes sont réservés modèle "progressiste" des décisions '"La pre mière et dernière conver-
l'inté rie ur de la maison. les act ivités du Prophète. sation entre l'assassin ct la vict ime"
domesti ques et la gestion des biens. Gl obalement. le statut de la fe m- dans le rom:m Nâge du prix Nobel
Dans les campements et sous la teme. me en islam s'est considérablement de lillérature Orhan Pamuk met aux
e lles son! tenues é loignées du regard amé lioré ces de rni è res décenn ies. prises le directeur. musulman. d'une
des autres hommes par une cloison. Depui s une quinza ine d·années. le École normale qui interdit l' ent rée
L'esp:lce des fe mmes et celui des taux d 'ac tivité féminine augmente de son écol e aux jeunes fe mmes
hommes ne se recoupent qu'au se in dans une grande partie des rég ions voilées. au nom de la lo i de l'État
de 1:1 fam ille proche. tous ceux avec musul manes 11 partir de situations de turc. et un militant islll1l1iste envoyé
qui le mariage est impossible: les départ très diffé rentes les unes des par une organisat ion clandestine
aUlres femmes . le père. les frères autres (Asie du Sud et du Sud-Est. po ur l'assassi ner. Cet extrait oppose.
et les o ncles. L'espace publ ic et les Maghreb. Moyen-Orient). Dans ces dans un pays musulman et laïque . la
relat ions avec les autres tribus sont pays. le port du voile semble être le rhétorique réduct rice et l"i nterp ré-
réservés au x ho mmes. Quand les coro llaire de celte irrupt ion des fe m- tation simpli ste et liuérale du te xte
fem mes ilpparaissent en public. c'est mes dans le monde d es hommes. Le coranique des islamistes :IU X not ions
donc cachées au regard des hommes succès des idées islamistes dans les de service de I·État. de laïcité ct de
par un voile qui projene il l'extérieur sociétés musulmanes a permis par- liberté indi viduel le.
le clo isonnement do mestique. Mal- fo is. paradoxalement. une ascension
gré toutes les vicissitudes historiques. sociale des femmes da ns la société :
mal gré la modern isati o n actuelle "r ascensio n par le voi le" . En Iran .
Quel sort réserver aux jeunes filles voilêes dans la Turquie laïque?
.....
~
Si vous craignez Dieu, cher professeur Nuri Yilmaz, et si vous croyez que le Saint Coran est la parole de Dieu,
cher maitre, alors dites-moi donc ce que vous pensez de ce trente-deuxieme saint verset de la sourate la lu-
mière ,; Dans ce verset, effectivement, il est recommandé d'une façon très claire que les femmes couvrent leur
tete et même qu'elles cachent leur visage. ; Bravo, maître, lU as répondu avec une belle honnêteté. Dans ce cas,
je peux encore poser une question? Comment fais-tu pour ne pas trouver contradictoire cet ordre de Dieu et le
fait de ne pas accepter les filles voilées à l'école? ; C'est un ordre de notre État laïc de ne pas admettre dans
les cours privés comme 8' l'êcole les filles voilées. ; Maître, pardonnez-moi, puis-je poser une question? L'ordre
de l'État est-il plus grand que l'ordre de Dieu. maÎtre? / C'es t une bonne question. Mais dans un État/aïc ces
choses sont différentes. / Tres juste, maître, je voudrais baiser votre main'. N 'ayez pas peur, maître. allez, allez,
a
que je baise satiété votre main. Oh, que Dieu nous bénisse. Vous avez compris tout le respect que j'ai pour
vous. Maintenant, maître, puis-je, s'il vous plaît, poser une autre question? ; Allez-y, je vous en prie. ; Maître,
être !aic c'est bien etre sans religion? ; Non, ; Dans ce cas, pourquoi n'acceptez-vous pas en cours nos fil/es
croyantes qui mettent vraiment en application leur religion? ; Ciel, mon fils. cela ne seri a rien de discuter de
ces sujets. Toute la journée, sur les chaînes de télévision d'Istanbul on parle de ces sujets; et quoi bon ? Ni a
les filles ne se dévoilent ni l'État ne les admet dans cette tenue en cours. / Bien, maître, puis-je vous poser une
question? Pardonnez-moi mais priver de leurs droits 8' l'éducation les filles qui se voilent, nos filles élevées à
grand peine, ces filles travailleuses, polies, obéissantes, est-ce que c'est en accord d'une quelconque manière
avec notre Constitution et avec la liberté d'éducation el de religion? Est-ce que votre conscience n'est pas
heurtée, dites, je vous en prie, maître? / Ces filles, si elles étaient si obéissantes, eh bien elles se dévoileraient.
{. . .} / Ma itre, pardonnez-moi, alors même que c 'est stipulé d'une manière claire dans les soura/es Ahzap2 et la
l umière du Saint Coran, veroe de Dieu, le désarroi de ces filles que vous opprimez aux portes des universités
ne s'insinue pas dans votre conscience? / Mon fils, le Saint Coran dit aussi qu'il faut couper la main du voleur,
pourtant notre État ne la coupe pas. Pourquoi ne te dresses-tu pas contre ça? / Très bonne question, maître, Je
veux baiser votre main. Mais est-ce que l'honneur de nos femmes c'est la même chose que /e bras du voleur?
{. . .} Maitre, s'il vous plait, puis-je poser une question? A abandonner sans éducation ces femmes qui se voilent
vous les mettez au ban de la société, est-ce que nous voulons vendre pour deux sous l'honneur de nos femmes,
comme dans l'Europe de la révolution sexuelle [H') ?

oman Pamuk, Neige, lladl.l'l du IUle pal Jean·François Pérou$ll, Paris Gallimard, 2005.

'Expression encore couranle da ,espac1 ilIl'adressu da pe~nes ilgêas BI da personnes considéréeS COITI!'I'Ie vénérables.
, Sourale 331.6S coaNslis'
question de l'image
Le jeune Muhammad reconnu
par le moine chrétien BahÎra ,
XIV" siècle

L A re ligion m us ul-
mane cst-ellc aussi ré-
usage privé et profane. à la différence
du <:hristianis me où l'image, parfoi s
Miniature iranienne illustrant le JAmi' s !·TawârÎ/(h
("La Somme des Chroniquas'). histoire univor.>elle
é<:rite en 1302 par Rashîd ad·Din Faz·luH.éh
ti ve il l'i mage qu'on le dil souvent. l'icône. fai t l' o bjet d'une vénératio n, rabrb. a!1ribuéo au Mailro dOl> iCénol> do ''''''';\1 du
cn invoquant r an des :lrabcsqucs. lcs centrale dans la dévotion. non sans prophèle. parchemin. Taoriz , ~ers 1307
Université d'Édimbourg, Arabie Ms Or 20 1.43 v"
motifs géométriques et la call igra- avoir s usc ité de débats, par exemple
ProJetabte en transparent
phie qui ornent les stucs, les boiseries. lo rs de la c rise iconoclaste qui affecta
les métaux ouvragés ct. de man ière l'Empire byzant in au IX<siècle,
générale. tout [' "rti sanm dan s l'aire Un tou rnant important se produit
de c ivil isation musulmane? A-t-elle au X IV' siècle dans le domaine de im mortalisés par la scul pture et les
une spécifi té parrappon au judaïsme la m in iature, avec l' appa rition de e ffi gies de souverains sc multiplient
Cl <lU c hristiani sme? re prése nt a tions d u Prophète. Ce pour débo ucher parfois s ur un vé ri-
Il n' y a pas. dan s le Coran, de manuscrit iranien est l'un des plus wble c ulte de la personnalité. Même
théorie de l'image. En revanche. la anc iens témoig nages de celle mu - dan s un pays wlIhhfibite (S lli van t
Tradition. sunnite et e ncore plus chi ite. tatio n : il représen te Muhammad, à une interprétation liltérale du Coran)
li formellement déconseillé [a repré- l'fige de douze ;ms, re ncontra nt le comme le Qatar, le symbole national
sentation d'êtres possédant un souffle mo ine Bahira qui lui an no nce sa est un ê tre an imé, une gazelle.
vital. h urnain.~ ct a nimaux. C'est donc destinée. Lil scène mélange des sty- Depuis le XIX<siècle. Illllrqué par
moi ns L ut figurJ.tif en tant que tel que les d ivers. c hinoi s pour les lraits des l'essor des images, celte évolll!ion ne
la représentation d'ani mau x o u de per- visages. byzanti n pour la rép<lrtition suscite que peu de débats. La litho-
sonnes qui est condamnée par les ju- des personnages, irani e n pour les ca- gmphie fa vorise le développement
ristes musulmans. Aussi les mosaïques racté rist iq ues ves timel1laires et pour et la diffus ion de l'image populaire,
de la façade de Iii Gr.mde mosquée des les barbes. ct arabe pour le cadre ca- Saladin étant un des personnages les
Umayyades de Damas, construite il la ra vanie r de la re ncontre. La mission plu s re présent és , par exe mple s ur
fin du VII' siècle. o u celles du Dô me prophétiq ue de Muhammad. dont la les peintures sous o u sur verre de
du Rocher il Jérusalem, il la mê me jcunesscest symbolisée par l'absence Tuni sie o u de Turquie. Pourtant. c' est
date . peuve nl-elles offrir au regard de barbe, est annoncée par le person- la photog rap hie q ui va populariser
des paysages, nota mme nt urbains. e t nage androg yne (vraisemblablement le portrait. mê me dans les milieux
des motifs fl orau x tout en respec tant l'archange Gabrie l) (lUi. du ciel. par- traditionnels, com me le révèle ces
cct interd it c anoniq ue. fume la tête de Muhammad. femme s voilées se prenant en photo-
L'i dée q ui prév:lut. dans la Tr:ldi - Cette inno va tion est liée il ]';lP- grap hie dans un contexte "reli gie ux".
tion, est que les images SO IU impures parilio n, dans le monde iranien. de pui squ'il s' a g it d'un pè lerina ge à
et donc im::ornpat iblcs :wec l' exercice cours pri nc ières se livrant:lu mécéna t. Kerba la. Alors que les textes n'ont
de la prière. L'interdic tion légale est à l'influence de la peinture d'Extrê- pas c h:mgé, les prises de pos ition
ai ns i liée d'une part à l'oppos ition me-Orient c t à la d ifru s ion du papier: des docteurs de la Loi ont évolué. Ce
orig ine lle de la nouvelle religio n au certainement pas . e n revanche. à une n' est donc pas l'opinio n des o ulémas
c ulte des ido les préi slamiques - la altitude doctrinale plus favorabl e du qui façonne la société, comme on le
s tat ua ire a donc touj o urs é té mal chi is me au développement de l'image. prétend so uve nt. c'est r évolutio n de
vue da ns les milieu x religieux mu- lei. la mi niature ill us tre d'ailleu rs la socié té qui contraint ceux-i,:Î à re-
s ul mans - , d ' autre part il la cra inte un texte commandé par le s ult an formuler le droit a fin de lég itime r au
de voir le peintre concurrencer l'acte Ghazfin Khfi n, installé il Tabri z, en moins partielleme nt cc qu i est déjà en-
c réateur de Dieu, dans la droite lig ne Iran, pre mier sultan mongol il opter tré dans les mœu rs. Ains i les oulé mas
du troi s iè me c omm ande men t de pour l' isla m, ct plus précisément pour s<loudiens, impuissants à interdire la
Moïse: ''Tu ne te feras poilU d'image le su nni sme. L'appari tion de repré- télévision, affinnent que l' inte rd iction
taillée, ni de représentation quelcon- senta tions du Prophète re fl è te do nc dépend du ty pe d 'émission regardée.
que des e hoses qui sont e n haut dans plutôt l'autonomi sat ion progres.~ i\'e Et l'attitude rigoriste de certains wah-
les c ie ux, qui sont en bas sur la terre, du domaine pol itique par rapport aux hilbites refusant toute sorte d 'Image,
et qu i sont dans les eau.'" plus bas que interdits relig ieux. ilulOnomi satio n mê me photograph iq ue. a un impact
la terre". En is lam, l'exclus ion d u qui débouc he finalement. après la minime sur la soc iété.
fi gu ratif de l' espace sacré en partic u- Pre mière Guerre mo ndiale, s ur le Leseul espace qui reste aujourd'hui
lie r. et de l'espace public en général. développement ril pide de l'art de la préservé de cette prolifération oontem-
a cond ui t à réserver [':lrt fi g ur:ltifà un statuaire . Les hé ros de la nation SO I1l poraine de l'image est la mosquée.
Une représentation de Damas? Mosaïque de la Grande $ciuvenir photographique à l'occasion d'un pèlerinage à Kerbala,
1-_;.;.0 mosquée des Umayyades, Damas, Ville siècle ~-.;; Iraq, février 2004
lam et économie de marché
"L'islam de marché" enseigné
aux enfants en Indonésie, 2002

o E M ax Weber à
Maxi me Rodinson. de
À l'échelle du monde, cene nou-
velle islamité se défin it en panie en
Rana R.Natawigena (dessins). Ariyanti Pratiwi
(leXIes). Saudagar KsciI('1Jn pelit marchand").
Bandung : MO media. juin 2002.
nombreux auteurs onl posé la ques- o pposition au libérali sme occiden- Traduction de l'indonésien : Gwenaêl NjoIo-
tion de l'adéquation de la relig io n tal. dont elle a néanmoi ns récupéré Feillard
ProJetable en Iransparenl
musulmane aux contraintes du capi- certaines des valeurs et des techni-
t:l lislllc. Ce débat a traversé l'islam ques . Elle cherche à promouvoir une
lui-même. Si le prophète Muhammad fomle "d'économie islamique". entre m:lr.:hé : voilà bien des siècles que
était un commerçant, cc qui s uffit à capitalisme ct soci:tlisme: du capita- les docteurs de la Loi utilisent la
fa ire du commerce un domaine vaIn-. lisme elle retienttOUles les technique... te.:hnique de la hNa ( l' astuce ou
Tisé pour les mus ulmans, le Comn et concrètes. du social isme la redistri - ruse juridique) pour légiti mer la
laTmdition musulmane interdisent le bution d'une p.."lTI des bénéfices à des lettre de change hier. les prêts à in-
ribll, notion dont l' interpréta tion ne œuvres sociales ou à des causes. Cest térêt aujourd· hui . La mondialisatio n
rait pas l'unanimité parmi les oulé- leca~ de Me<.'Ca-Cola. boisson gazeuse contemporaine des économies, les
mas: s' agit-i l de toul type d'j ntérêt ayant fait l'objet d'un vaste marketin!l. dis ponibilités financière s de certains
ou seulement de [' us ure? dont 20 % des bénéfices sont distri- États mus ulmans, l'essor de classes
Cette bande dessinée indonésien- bués à des œuvres. la moitié de ces moye nnes sol va bles ct l' existence de
ne. écrite à l' ini tiat ive d 'Abd ullah 20% devant revenir aux enrants de nouveaux moyens decommu nication
Gymnastiar qui. comme beaucoup Palesti ne. De mc!me. dans les gmndes propul sent s ur III scène médiatique
d'autres. a fa it forlune grâce à ses banques "islamiques". un consei l de des déba ts qu i ex istent depui s des
activités de téléprédicatcur. oppose surveillance vei lle au car.lctère légal siècles dans le mo nde musulman ct
deux types dïslam à travers l'exem- (du point de vue du droit religieux) de.~ débouchent sur une "marchandisation
pic de jeunes Indonésiens souhaitant techniq ues finan cières utilisées: en du reli!lieux". quel les 'lu 'en soient les
se faire un peu d'argent de poche en fai t. ce conseil est chargé de dél ivrer un moti vations. Ainsi. les produits lU/Mf
ve ndant des petils pains. Dans la pre- label "islamique". Comme on le voit (" lici tes") sont destinés à concur-
mière pl:mche, l'I/s/(Ît/II ( pro fesseur, dans l'article d·e!· \lhftlll. il s' agit le rencer des produits équivalents non
savalll en religion) auquel ils s' adres- pl us souvent de donner un nom issu de musulmans. Tels sont les paradoxes
sent défen d un islam ··extralllondain". la tradition commerciale ctlinan.:ière de cct "i.~ 1:U1l de m:lrché". contraint
vis.mt au salut dans l'au -del à par 1:1 du monde mus ulman (murâ/)aha par à ];1 re ntabilité et à la soumi ssion aux
prière o u l' ascèse. hors du monde exemple) li un dispositir bancaire ou règles d'un marc hé mondial domi né
d 'id-bas : dans la deuxiè me plan- financi er existant pour "l·islamiser'·. par les économies occidentales. et ti-
che. au commire, un aUlre re ligieux Mal gré les appare nces. il n'y mm profit des exi!lences momIes des
les encoumge à pratiquer un islam a rien de nouvea u dans l'islam de classes moye nnes musulmanes.
" intramondain", mêlant spiritu:ll ité
imime et enrichissement ve rtueux.
Le d iscours de légitimation de la
/-_u
~ ne étiquette de Mecca·Cola , boisson lancée en France en nov. 2002
ric hesse individuelle par un travail
vert ueux. s' il n'est pas nouve.lU . dis-
pose aujourd ' hui de moye ns de com-
munication de masse. I)our certains
prédicateurs, le nouveau jiluid Il 'est
plus le martyre ou la révolution. mai s
le s:llut par les œuvres. Ils justifient
ainsi leur propre richesse et celle de
leur public. constitué e n partie de
classes moyennes pieuses. Le Corom
stigmati se l'impiété h:lbituelle des
riches: c'est donc une richesse pic,
signe de 1:1 gr.ke divine, une piété
dans l'opulence que prétende nt pro-
mouvoir ces "stars islamiques" du
pet it écran.
~~2J~
. ,~.::œ~~~~::~~~~~
:~~~~~::M~s............... ; ~ esl vra_
de conala!&r que noire pays esl encore
Oésler'IGanl de I ·~ ra nge r . _
lrisl.

qu'~ IISI ritt>e

.., r' UOJretll r\II(u'eIes.

Le crédit version ~halAI" en Algérie. 2006


~......
Depuis quelques mois. El Baraka Bank est devenue La Mecque de nombreux postulants au financement bancaire. Cette insti·
lution de droil algérien, qui appartient à hauteur de 50 % à la Badr et le reste au saoudien cheikh Sa/ah Abdallah Kamal, basé
au Bahrein. offre une "couverture religieuse à ceux qui rechignent à s'engager avec les banques conventionnelles. Un créneau
M

Irès porteur qui place El Baraka dans une position de monopole. "Contracter un crédit. c'est bien. mais avoir la "baraka" , de
r..
Dieu. c'est mieux 1". Cette formule f résume parlaitement l'état d'esprit de ces milliers d'Algériens qui ont choisi le financement
a
islamique de leur voiture via El Baraka. Et la formule semble marcher merveille pour cette institution présente depuis une
dizaine d 'années en Algérie. Lancé en 2003, ce crédit version -halâl" a atteint, le mois dernier, seize milliards de dinars, soit
160 milliards de cenlimes. Karim Saïd, le responsable marketing s'enorgueillit de ce que El Baraka Bank soit leader ~dans le
financement automobile" avec pas moins de 32 000 véhicules financés. (.,.)
"Le marché de l'auto va encore exploser, on doit se préparer pour intéresser un maximum de dients", précise Karim Saïd.
Intéresser d'accord, mais pas par , .. "intérêt". Ce mot fâche beaucoup les responsables de cette banque, c 'est pourquoi il est
soigneusement enserré entre guillemets. Pour El Baraka, la notion d'intérêt est la ligne de démarcation avec les autres banques.
"Nous ne prélevons pas d'intérêt, mais juste une marge bénéficiaire qui est calculée sur la valeur du bien, parce que, pour nous,
l'intérét est péché (haramr,
Pour El Baraka , les choses sont claires : ~Le banking islamique suppose que la monnaie ne peut pas être elle-même créatrice de
surplus ". En termes simples, il est interdit de prêter de l'argent moyennant un remboursement plus conséquent. L'argument étant
que la monnaie possède une valeur d'échange et que, à ce titre, elle doit élre au préalable transformée en un bien réel ou un
service pour justifier la marge bénéficiaire, appelée la murâbaha. Et cette marge ne se justifie que s'il y a une opération d'achat
a
ou de vente du bien ou du service, Pour schématiser. le crédit auto El Baraka est une opération qUI consiste pour cette banque
à acheter une voiture au choix du client, qu'elle lui revend â un prix supérieur (la marge) suivant un échéancier préétabli. (.,.)
Chez El Baraka, le banking islamique n 'est pas un vain mot. Tous les chiffres et tous les dinars amassés grace aux différentes
opérations bancaires sont passées au crible. 1/ faut contr61er la conformité des bénéfices aux normes édictees par la charia. C'est
ainsi qu'à chaque fin d'exercice, trois auditeurs de charia [envoyês par la maison mère) et spécialisés dans le fiqh 2 vérifient les
comptes de El Baraka. Et si, par hasard, un dinar supplémentaire est détecté, il sera directement versé sur un compte spécial
a
qui sert financer les actions caritatives de la banque.
Hassan Moali. ' Le crédil vers.ion halAf . EJ,Willan. 26 mars 2006.
, Bénédiction
• Dfoil musulman
lam radical

ilL ' I SL AM ISME", veut accéder au pouvoir par l'éduca- ré primé les partis réformat eurs mu-
ou "islam radie .. !"", cst tion du jX!uple (art ,2), L'organisation, sulmans, surtout après la Révolution
conçu par les spécialistes de la ques- uès anticommuniste, prône un anti - islamique dïmn. en 1979.
tion co mme une idéologie. un projet co lon iali sme virulent (art.5) et. en En 1996. Oussama Be n Laden
de société. mêlant inlirnclllcn! Ics d i- même temps, une OPl>osition résolue lance une déclarat ion de guerre aux
mensions religieuse. sociale ct politi- au n:lt io na lisme au nom d u pan - Étals-U nis qu'i l accuse de profaner
que. Deux gmndes interprétat ions de isl:lmisme, Après l' assassin:lt de son la terre sacrée de La Mecque ct de
''l'islamisme'' se sonl mises cn place fondateur en 1949, le mou\'ement des Méd ine, les deux "sanctuaires", mais
depu is les années 1980: la première Frères musulmans se TlIdicalise sous aussi d 'agresser les musulmans par-
n' cn connaît. pour construire ]' expli- l'influence de Mawdûdî ( 1903- 1979), tout dans le monde. Occultant toul
cutio n de la totalité du phénomène un théologie n réform:tteur fondamen- aut re cons idérati o n (écono mique,
de "l'islamisme", que l' expression tali ste pakist:tnais. et de Sayyid Qutb, stratégique, etc,), ce texte, de manière
la plus radicale: assassi nat , e n 198 1, jX!nseur égyptien qui dev ient un des caricaturale et manichéenne, réduit
du prés ident égyptie n Anou:lr al - chefs de l'organ isation, e n 1954. les mot ivations de to us les conn its
SlIdatc. cn raison de la sign:lture du Arrêté, Sayyid Qutb est condamné:1 à des questions religieuses. Il mêle
traité de paix avec Israël deux ans mort et exécuté en 1963. théorie paranoïaque du complot CI
plus tô t à Camp David, révolution Le mouvement des Frères mu - références historiques contradictoi-
is lamique d'Iran cn 1979 ... pro- sulmans constitue le prototype des res aux CroiS:ldcs, Il fei nt d'ignore r
longés récemme nt par les allentats futurs pan is "islamistes", désireux l'e xiste nce d'une forte minorité
de Bali . de Khanoum. de Knrachi. de réi sl:lmiser l:t société par le bas. chrétie nne arabe p:l lestin ie nne. Il
du I l septembre 200 1, elc. L' autre en vue de l' avène ment d'un État rédu it les lie ns hi storiq ues ent re
interprétat ion, défendue notamme nt islamique et de la restaur:ttion du les États- Uni s et l'Arabie saoudite.
par Françoi s Burgat. conteste la califat origine l. mythifié, Tous ces le Pakistan. la Turquie (les " valets"
précédente: e lle met l'accent sur mouvements, qui sont par ailleu rs évoqués dans le texte) à un simple
la dimension cu lturelle , identiwi rc anticolonialistes, développent l' idée rapport de vassal ité ... et surtout .
et nation:l li ste du phénomène, en que le despotism e est e n partie au nom de l' unité rêvée de tous les
:lIIé nuant et en contexlU:lli sant sa responsllble du retard des soc iétés musul mans, il passe sous silence III
dime ns io n strictement re lig ieuse, musulm:tnes, Ils s' inscrivent d:tns la rivalité millé naire entre chiites et
en considérant comme relat ivement tradition de contestation du pou voir sunnites ct la di versité de l'islam,
margi nale sa composante ex trémiste politique par les ho mmes de religion L'islam radiclli trou\'edesadeptes
et en déno nçant par-dessus tout son et manifeste ni la pé rennité, d:tns en pan iculicrau scin du wahhâbisme.
antinomie supposée :I Vec les dynam i- le monde musulman, du lien cOIre une réforme du h:tnbalisme (une des
ques de modernisation sociale et de l'islam et la cité, et 1:\ cap:tcité des quatre écoles j uridiques sunnite s,
libéralisation politique, ou lémas à lég itimer ou discréditer éga lemen t cou r:lllt théologique).
Le deuxième texte est extrait de les pouvoirs en place, qui prône l'application rigori ste Ct
la profession de foi de l' organismion Dan s la sec onde moi t ié du littérale des préceptes coraniques,
d es Frères musulmans, fondée en XX' siècle, le mouvement de réfo rme Les wahhâbites se disent sala/isles,
1928 par Hassan al-Bannâ, dans la mu sulma n, dont les Frères musul- c'est-à-dire "respectueux des pieu.x
continuité d'un v:lste mouvement de m:ms ne sont qu' un :tspect. héritier ancêtres", Cerl:ti ns, des intégristes
réfonne lancé à hl fin du XIX' siècle d'une longue tradi tion de contesta- qu' on pourrait qualifier de " puritai ns
par des in te llectue ls mus ulm ans tion.:t combattu les régimes en pl:tce de l' islam", prônent une ré forme
e t con nu sou s le nom de Nllluill aux côtés des partis d'opposÎtÎon , p:tc ifique des mœurs: d'autres. e.x·
(<<éve il "). Né e n Égypte e n 1906, laïques. soci:tlistes ou communisles, trê mement minoritaires, se to ur-
Hassan al-Bannâ re<,"Oit une éducmion libéraux et démocrates. Pendant la nent vers le néo fondamental is me
rel igieuse traditionnelle, entre dans guerre froide, cc COUr.UII de contes- et J':lction :trmée contre l' Occident.
un ordre soufi et devient instituteur t:llion a été re lati vement é p:l rgné considéré d:ms son ensemble comme
e n 1927. Après avoir comme ncé par p:lr des pouvoirs souvent alliés aux l'ennemi de l'islam ,
prêcher dans les cafés, il décide de États-Unis, alors que tOUles les autres
form er une confrérie à but moral et oppositions ont été comb:tttues très
éducatif. qui a un gr.lIld succès en fe rmement. Seuls les régimes laïcs
Égypte et e n Syrie, Le mou veme nt socialisllnls de Syrie et d' Iraq ont
r

Bien davantage qu'une hypothétique ~ résurgence du religieux nous vou-


R
,

Ions redire ici que la matrice de l'islamisme n'est aulre que la reformulalion ,
avec un lexique plus endogène, de la vieille dynamique nationaliste ou anli-im-
périaliste arabe. t..:apport du passage au langage Ureligieux a bien sûr été de
R

faciliter la condamnation éthique d'un Occident perçu bien moins comme chré-
tien que comme ... déchristian isé el matérialiste. Ressenti comme endogène,
François Burgat : ce tangage a de su rcroît el surtout répondu au besoin des anciens colonisés
qu'est-ce que de se (re)différencier de l'Occident - moins d'ailleurs que de le renier - et de lui
l' islamisme? redonner, en s'écartant de lui , tous les attributs de l'altérité. [Les] raisons que
donnent bon nombre de leaders ~ nassériens" ou ~ baassistes" de leur ~recon­
François 9o,gal. L'islamisme en lace. version" à l'univers de la pensée religieuse illustrent bien cette continuité : peu
Paris : La OécouverlelPoche. 2' édition.
2002. à peu , le lexique endogène de la culture musulmane héritée leur est apparu
plus apte que les concepts importés du marxisme (qui inspiraient auparavant la
gauche arabe) â exprimer leur ferveur nationaliste.
Cette ~généal ogie" de l'islamisme permet de mieux comprendre pourquoi la
résurgence des catégories de la culture islamique n'a pas nourri une mais une
infinie variété de projets politiques. [ ... ] Dans la sphère des relations entre le
Nord "judéo-ch rétien" et le Sud "musulman", les messages des groupes qui ont
adopté "l'action d irecte" depuis le milieu des années 1990 confirment la centra-
lité de l'hypothèse ~a nt Hmpérialiste" - mais, pour ne pas prendre le risque d'en
"faire le jeu", ou peut-être aussi parce qu'ils ne sont pas toujours agréables à
entendre, on a souvent omis d'en rendre publique la teneur.

1. Je crois que tout est sous l'ordre de Dieu ; que Muhammad est le sceau
de toute la prophétie adressée â tous les hommes, que la Rétribution [éter-
Le credo des Frères nelle] est une réalité , que le Coran est le Livre de Dieu , que l'islam est une Loi
musulmans, 1935 complète pour diriger cette vie et l'autre. Et je promets de réciter [chaque jour]
pour moi-même une section du Coran , de m'en tenir à la Tradition authentique,
d'étudier la vie du Prophète et l'histoire des compagnons. [... ]
2. Je crois que l'action droite, la vertu et la connaissance sont parmi les
C~é clans OIMe' Carré el Michel Seurat. piliers de l'islam. (... ]
Les Freres musulmans (1928-1982).
Paris : L.:Harmaltan, 2001. 4 . Je crois que le musulman est responsable de sa famille, qu'il a le devoir
de la conserver en bonne santé, dans la foi , dans les bonnes mœurs. Et je
promets de faire mon possible en ce sens et d'insuffler les enseignements de
l'islam aux membres de ma famille. Je ne ferai pas entrer mes fils dans une
école qui ne préserve rait pas leurs croyances, leurs bonne mœurs. Je leur sup-
primerai tous les journaux, livres, publications qui nient les enseigneme nts de
l'islam, et pareillement les organ isations, les groupes, les clubs de cette sorte.
5. Je crois que le musulman a le devoir de faire revivre l'islam par la renais-
sance de ses différents peuples, par le retour de sa législation propre , et que
la bannière de l'islam doit couvrir le genre humain et que chaque musulman a
pour mission d'éduquer le monde selon les principes de l'islam. Et je promets
de combattre pour accomplir cette mission tant que je vivrai et de sacrifier pou r
cela tout ce que je possède.

Chacun d'entre vous sait quelle injustice, quelle oppression, quelle agres-
sion subissent les musulmans de la part de l'alliance judéo-croisée et de ses
Ben Laden : déclara- valets! À tel po int que le sang des musulmans n'a plus aucun prix, que leurs
tion de jihâd contre biens et leur argent sont offerts en pillage à leurs ennemis. [ ... ] Et tout cela au
les Américains, 1996 vu et au su du monde entier, pour ne pas dire en raison du complot des Amé-
ricains et de leurs alliés, derrière l'écran de fumée des Nations Injustes Unies.
Oussama Ben Ladon. -Déclaration de Mais les musulmans se sont rendus compte qu'ils étaient la cible principale de
jihAd contre lM Américains qui occup&nt la coalition judéo"croisée, et toute cette propagande mensongère sur les droits
le pays cI8s deux ~eux saints".
de l'Homme a laissé la place aux coups portés et aux massacres perpétrés
23 ao(ll 1996
Cité dans Gilles KepeI (di •.). AI·Qaidll contre les musu lmans sur toute la surface de la terre.
dans 16 lexIe. Pa ris : PUF. 2005. La dernière calamité à s'être abattue sur les musulmans, c'est l'occupation
du pays des deux sanctuaires, le foyer de la maison de l'islam et le berceau de
la prophétie, depuis le décès du Prophète et la source du message divin , où se
trouve la sainte Ka'ba vers laquelle prient l'ensemble des musulmans, et cela
par les armées des ch rétiens américains et leurs all iés! Il n'y a de force et de
puissance qu'en Dieu!
islam et la France au Maghre

- L ES relations de la
France ct du Maghreb
sont com plexe s. De la mort de
Louis IX. futur Saint Louis, devant
Tunis e n 1280. à la renconlre de
au cours des siècles et actual isée en droit musulman, négativement. une
fonction du contexte. Les devoirs instrumentalisation de la relig ion pm
évoqués sont ceux, traditionnels, du
calife: guerre défensive (jiIIlÎd) pour
un homme politique.
L'atti tude de la France à l' égard
protéger le dtir a/-i.rllÎm ("territoire de l'i slam alla de la répression , avec
footba ll France-Algérie au Stade de de l'i slam"), justice , paix sociale, le gouverneur général Bugeaud en
France en 2003, e lles sont passées par respeci des principcs de la Lo i d ivine Algérie, au respect ct à 1":Idmiratio n,
toute la gamme de la fascination à la el de l' exemple muhammadien. avec le m:lréch:ll Lyautey au Maroc.
haine, des échanges pacifiques et de Tels sont les cadres de la pensée Ce dern ier avait l'intuition que les
la m ixité des unions à la plus grande politique dans la presque totalité du Européens en terre d'I slam étaient
violence. Cela ne relève pasdu conflit monde musul man et te ls sont les ré- '"de tro p", qu'ils s'étaie nt imposés,
de c ivilisations mai s d'une hi slOi re férents obligés de toute réforme, de sans y avoir été invi tés. Celil faisait
où l'i slam a pu servir de référent tout discours politique, Même Habib d' eux des profanateurs, Pour atténuer
idéologique ou idcnti tairc. Bourguiba. le premier président de les sources de ressentiment possible,
La conquête de [' Algérie par la la Tuni sie, héros de l'indépendance pour amortir le choc de l'irruption
France. à part ir de 1830, a été extrê- du pilys (1956), ratt:lche son combilt des Françai s, Lyautey préconise de
mement violente. Abde lkadcr ('Abd contre la pu issance coloniale fran - préserver l'intimité du culte et l' in-
al-Qâdi r). né en 1808 il l'ouest de çaise aujilJ{jd, à la lutte pour la libé- tégrité des musulmans, Il prend ai nsi
Mascara (ou Mouaskar. Algérie), est rat ion des terres musulmanes et à la plu sieurs mesures parmi lesq uelles
un théologien mystique issu J"une "sauvegarde des valeurs de l'islam" . l' interdiction d'accès aux Européens
f:tlni lle chérifi enne - c' cst-i't-dirc cen- ll utili se même cet argument dans Li n dans les sanctuaires mu sul man s:
sée re monter au Prophète par 'A li et discours incit:Ult ses concitoyens il ne mosq uées, zliwiy a- s, cimetières,
Fâti ma -qui dirigeait une ZlÎll'iya (er- pas respecter le jeûne du ramadan, madra.w-s. Apparemment, ces me-
mitage) rallachée à la confrérie soufie pourtant un des cinq "piliers de l'is- sures pri ses par arrêtés municipaux
Qlidiriyya. La conquête française le lam", pour ne pas nuire il l'économie ne furent pas relayées par le sultan
<:onduisit à rés iste r par les armes. du pays, Pour al ler contre l' avis des et ne semblent pas avoir répondu à
Favorisé par son savoir, son charisme ou lémas consultés . qu i ont refusé une demande des Marocains, C'est
et sa réputation, Abde lkader prit la di- d'interdire le jeûne, Bourguiba fa it aujourd'hui une originalité du Ma-
rection du mou veme nt qu i visait tout :Ippel à un l1tulÎlh sur la récompense ghreb par rapport au reste du monde
à la fois à réformer les mœurs politi- divine qui :m end to ute personne musulman que l'entrée des mosquées
ques de la société algérienne, à rendre pratiquant l'ij liluÎl/ (e ffort d'inte r- soit toujours interdite aux non-musul -
l'Algérie indépendante de la tutelle prétm ion de la Loi) : récompense mans.. . il la suite d'une décision de la
ollomane ct à résister il l'invas ion simple en cas d'erreur, récompense pui ssance coloniale,
françai se. Les référents po litiques double en CotS de bonne décision. Les
d'Abde lkader sont tous issus de la ou lém:ls consultés par Bourguiba se-
plus pure tradition arabo-musulmane, raient, selon lui, rétifs il l' inte ll igence
comme en témo igne l'allégeance que et se contenteraient de répéter sans
lui prête un groupe de tribus en 1832. réfl ex ion ce qu' ils ont appris, c' est-à-
Dans sa forme même (style, structure dire de pratiquer le /aq/ùi ("imi tation
et vocabulaire), cet acte d'allégeance servile"), contre l'exemple mêmede
s' inscrit dans une tradition remontant Muhammad, l'I nnovateur par excel-
aux origi nes de l'islam, En outre, les lence. Ces références au Coran et à la
référenœs au désintéressement , il la Tradition (SIIIIIW) assoient les propos
luite <:ontre l'ennemi (fr:mçais), à de Bourguiba sur les fondeme nts
l' unificat ion des tribus par la réforme traditionne ls d u droit musulman
des mœurs, à l'i mpémtif de justice, au (jiqh ) et lui permettent de présenter
titre <:al ifal de "prince des croyants" sa d éc ision comme une [a/wu ou
et à la c rainte du chât iment divin consultation juridique, el lu i-même
s'intègrent toutes dans le cadre d' une co mme un II/Iifli pratiquant lïjlihâd.
pensée politi<:o-religieuse, é laborée Lu positivement. cc discours est une
par les grands penseurs musul mans tentative élaborée de ré forme du
vous shuyûkh et oulêmas, à vous gens des tribus, et en particulier à vous
nobles d'épée, notables et marchands, savants, à vous tous, sal ut! [ ...j Les
habitants des régions de Mascara , [ ... jleurs voisins et alliés ' [... 1 et d'autres
encore non dénommés, sont unanimement convenus de me confier l'autorité
su prême de notre pays [ ... j. En conséquence, et bien que je m'en sois énergi-
quement défendu , j'ai accepté d'assumer cette lourde tâche. dans l'espoir de
pouvoir être le moyen d'unir la communauté des musulmans, d'éteindre leurs
querelles intestines et d'apporter une sécurité générale à tous les habitants de
ce pays, de mettre fin à tous les actes illégaux perpétrés par les fauteurs de
désordre contre les honnêtes gens, de refouler et de battre ,'ennemi qui envahit
Cité dans BnH1(l Étienne, AbOOlkad6r. IsrhfTlfl notre territoire dans le dessein de nous imposer son joug. Comme condition à
des/srhmes. Paris : Hachette. 1994. mon acceptation, j'ai imposé à ceux qui m'ont délégué le pouvoir suprême, le
devoir de toujours se conformer dans toutes leurs actions, aux saints préceptes
, Sui! une lisle de tribus
• C·est·A·dire AbdeIkader, !orme irancisée du et à l'enseignement du Livre de Dieu et de rendre la justice, dans leur ressort
nom arabe respectif, suivant la loi du Prophète, loyalement et impartialement, au fort et au
faible, au noble et au vertueux. Ils ont souscrit à cette condition. Je vous invite
donc à confirmer celle promesse et le contrat passé entre nous. En conséquen-
ce, hâtez-vous de manifester votre allégeance et votre obéissance. Puisse Dieu
vous apporter la prospérité en ce monde et dans l'autre. [... ] Par ordre du défen-
seur de la foi, notre souverain, le seigneur prince des fidèles, 'Abd al-Qâdi r!l ibn
Muhiy al-Din - Que Dieu lui donne la victoire. AmÎn .

Le Résident général rappelle que l'entrée des madrasa-s est en principe in-
terdite aux Européens. Ces établissements de caractère religieux sont réservés
Lyautey: les Euro- à l'étude et à la prière, ne peuvent être considérés comme des lieux de visite
péens inte rdits touristique et ne doivent en aucun cas être ouverts à des caravanes de voya-
de madrasa-s, 1921 geurs ni à des collectivités. Des abus se sont introduits depuis quelque temps à
cet égard. De nombreux manques de tenue, de correction et de discrétion ont
été signalés. Des dames y ont pénétré contrairement aux règles les plus strictes
NOie de service du maréch.a l Lyautey ' au sujet
des madrasa-s (Universilé,)". 18 mai 1921 . de ces établissements religieux. Des réclamations légitimes se sont produites
çitée dans Lraurer l'A/ricain. éd. P. Lyauley. 1. 4 . de la part des fidèles.
Paris : Plon. 1956. D'accord avec S.M. le sultan, le vizir des habüs et le pacha de Fès, ne
peuvent y entrer à titre exceptionnel et individuel, dans l'intérêt de l'Art et des
recherches historiques ou pour des motifs de haute convenance politique, que
les individualités nominativement désignées par les autorités [ ... j et accompa-
gnées d'un de leurs agents.

En tant que chef d'État musulman , je peux moi aussi parler au nom de la
religion. Tout le monde sait ce que j'ai fait pour l'islam à un moment où les profes-
seurs!, qui s'en tiennent aujourd'hui à une prudente réselVe, ne manquaient pas
Bourguiba:
de complaisance à l'égard du régime colonial [ ... j. Pendant ce temps nous étions
la "réforme
en train de lutter pour la sauvegarde des valeurs de l'islam. C'est un fait qu'elles
du jeûne", 1960
dominent, aujourd'hui, la vie de ce pays.
Si j'ai sollicité l'avis de ces professeurs, c'est pour que notre action se recom·
Habib Bourguiba. "la rérorme du jeûne- (dis· mande de l'adhésion unanime. [... J Il est inconcevable que nous puissions consen-
çours de Tunis, 18 lévrier 1960).
tir à dilapider tout un mois de travail alors que la religion elle-même prévoit des
cilé dans Jean Rous. Habib Bourguiba.
ROmOrllOtin : Editions Mar tinsart 1984. tolérances, aussi bien dans le Coran que dans la tradition du Prophète. Chaque
lois que les exigences du temporel se sont révélées difficiles à concilier avec
l'obligation du jeûne, notre Pmphète a fait prévaloir la logique et la raison d'Êta!.
' Les ()Ulémas. enseignant le droit lit la théolo· Malheureusement, nos pmfesseurs appartiennent à une catégorie d'esprits
gie musulmans
qui se refusent à raisonner et à se faire un jugement propre à la lumière des en-
seignements du Coran et de la Tradition . Ils n'en ont pas l'habitude. C'est inhérent
à leur formation. {... J
Il faut donc commencer par le commencement, compter sur l'intelligence et,
pour cela, la libérer de tous les complexes. D'ailleurs, l'islam est la seule religion
à avoir encouragé l'esprit d'initiative. t..:homme qui cherche, mais se trompe, a
son mérite. Celui qui cherche et aboutit à des conclusions saines est doublement
méritant. Ce noble enseignement devra toujours nous guider. [... j
Dans la mesure où le jeûne se révélera incompatible avec l'effort, il ne faut
pas se priver du bénéfice des tolérances. On pourra alors rompre le jeûne, la
conscience tranquille. C'est ma tatwa [... J
lams d'Europe
Prière du vendredi à la
"mosquée" de Montreuil,
15 janvier 20D2

UNE simple comp:!-


misan e ntre les lie ux de
Tilgée c t. dans un pre mie r temps. te
tau x de rn:lsculinité Cl de célibat très
Seine·Sain t·Denis
Projetable en transparent

prière musulmans e n Euro pe conduit élevé. eSI inco ntestable. [1 a dé bou-


au constat de l'historic ité de l'islam ché. :lVcc rappil ri tio n de générations
e uropé e n. A li X g rarHt es e l he ll e .~ de Françai s mlls lllm;Hls, s llr l'inre r-
mosq uées d' IstanbuL de S:mljcvo. ve nti o n de pu issances finan c ières
de Bu lgarie o u de Chypre. s'oppo- é tra ngè res : Arabie sao udite, Algé rie,
sent les s<llles de prière improv isées. Maroc, Libye. Ces diffé re nts pays, lig née s de souve rains e t d e mécè nes
dans dc.~ hangars et des caves o u. ici. par le mécé nat, par l'évergé ti smc (le - ri c hes Sllvants, re lig ie ux o u fo nctio n-
da ns un "Centre cullUTcl fr<ln ça is ra it, po ur les no tables, d e faire profi- nilÎres - y ont fi na ncé [;\ construction
mU Sli Iman". te r la collecti vité de le ur ri c hesse). par d 'orato ires. de I/Iadm sl/- s, de fo ntai -
En Europe occ ide ntale. la prése n- le financeme nt d ' œu vres sociales o u nes c t d'institutio ns pie uses di l'erses
ce de populations musulmanes nom- d e mosquées , voire par la formation dans le cadre du \\,(ui/: les biens de
breuses dale des Trente Glo rieuses. de et l' e nvoi dïm ûm-s dé fe nse urs de main-morte (cédés pa r des perso nnes
la période de c roissance au co urs de le ur vis io n de l'is lam. ont comblé les pie uses à J' usage de l'ensemble des
laquelle les besoins e n main_do œuvre c are nces de l'État. Il s sc livre nt une musulmans), Ceux-ci, immo bil isés
des g randes industries (aulOrnobi ie vé ritable conc urre nce dans l' espoir au prolït de la "communauté des
e n part icu lie r) o nt conduit à une im- d e parve ni r à un mag istè re sym bol i- c ro yant s" ( 1111111/(/ ), o cc upe nt un e
mig rati o n irnpOr1:ltlle e n provenance que, politique ou idéolog ique, sur les superfic ie importa nte d es villes de
so it des anc ie nnes co lonies : M:lg hreb musulmans d e France. La sit uatio n l'Empire o tto man e t o nt j o ué un rôle
pour la Fr:mce. rnde e t Pakist;m pour fran ç ai se est assez révélatriœ de la majeu r dans l'urba nis me de to utes les
la G rande-B retag ne, soit de Turquie politique interve ntionnis te des États vil les mus ulmanes du Proche-Orie nt.
pour l'Alle mag ne, du Go lfe e t plus panic uliè re llle nt de Quant au x mosquées, telle la mosquée
Dé po urvus d'une in stituti o n ec- J' Arabie sao udite dan s to us les pays Tombu l ( 1744) en Bulga rie, finan cées
clésia le en mesure de centr:lliser les du mo nde, y compris musulmans (Ii - cn théorie par les reve nus de l'aumône
dons pie ux et de pre ndre e n c ha rge nancement du FIS algé rie n. des Frè- légale. la : (lkÛI, tro is iè me "pilier" de
la construc tio n de mosquées, les mu- res mus ulmans e n Syrie, e tc,), Te lles l' islam. e lles l'ont été en pratique p:tr
s ulmans de France ou d'Alle tnilgne sont les co ntrad icti o n .~ de la laïc ité "à les impôts prélevés p:tr l' État o ttoman
qui veu lent dis poser de lieu x de c ulte la franç a ise" , qu i a condui t il ig norer jusqu 'à sa dis p:tritio n nominale e n
sont c ontraints d ' avo ir recours à des pe ndant lo ng te mps les problè mes 1924,
so lution s plu s ou moin s adaptées . s pé cifiques d'une main -d'œuvr e L'exte nsio n d e l'Empire ottoman.
c omtne cc "centre c ulture l", bie n encouragée à ve nir pour faire tourne r d o nt les limites ex tn!mes sont ma r-
trop é troit pour le no mbre d es lidè les l'industrie, sans cons idé ration de ses q uées sym bol ique me nt par les de ux
qui vienne nt y prie r le ve nd red i, La besoins, notamme nt re lig ie ux, s ièges de Vienne ( 1529 e t 1683), a
s ituatio n n'est pas no uve lle et la re- Au dé but du XX I" s iècle, les mu- contri bué à c réer une mosaïque re li -
ve ndication, d e la pa rt des tr.lvililleurs sulmans de France ne sont pl us des g ie use, Au sein de l' Empire, toute Iii
m usulmans, de lieux de c ulte déc e nts immi g rés. ce sont majorita ireme nt populatio n n'était pas musulma ne ct la
ne date pas d'aujourd ' h ui. Faut - il des c itoye ns qui revendique nt ;\ la foi s disparition du "colosse au x pieds d' ar-
rappele r que les grandes g rè ves d e leur appartenance :'1 1:\ natio n française g ile" au dé but d u XX· siècle, a laissé
l'auto mobile, qui éc late nt au x usines ct le ur re lig ion musulma ne, dans un des popu lation s in ex tri c abl e me nt
C itroën d' Aul nay-sous- Bo is e n 1982 , c ontexte nouveau, celui de l'é me rge n- e mmê lées, re ligieusement - c hré tiens
avaie nt pour causes non seule me nt le ce :'ll'éche lle inte mationale de l' is lam (cat holiques e t orthodoxes). juifs ou
développement d e la robotique et ses rildicil1. Celu i-ci re nd inconfon a ble la musulma ns - e t e thn ique me nt - tu rcs,
conséquences négatives s ur ['emploi , pos ilion de tous ceux qui revendique nt latins, armé niens, g recs o u slaves, Les
mais auss i e t surto ulla re ve ndicat io n une identité musulma ne au sein de la gue rres successives c t les politiques de
du res pect d es he ures d e priè re e t société franç aise, sans se reco nnaît re "purificatio n ethnique" plus o u moins
d ' une mise ù di spos ition d ' un loca l dans la violence des actes commis par ache vées, ont conduit. da ns le sang, à
:'1 cct effet ? d ',lUtres au nom de leur rel igion, la fo nllation d'entités proto-nationales
Le d éiic it d ' açcompag neme nt des A l' opposé de cct is lam o uest- (Chypre No rd, Kosovo ) ou natio na les
pouvoirs pu blics :'1 l'égard d e popula - e uro l>éen, celui des Balkan s c ompte ( Bosnic. Alban ie) plus homogènes d u
tions dont l'imm igration é tait e nco u- p lus ie urs s ièc les d ' hi s toire , Des point dc vue rel ig ie ux.
..
EUITRE C[1l ru:'EL
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Musulmans dans les Balkans, 2006
Mosquée Tombul bâtie en 1744, Schumen, Bulgarie
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.... , ;0.... .. ( . . "") hUPllpot..,.(lub-in,.",., ,f< f plo"'.I«J

Source : Ouestions internationales. "islam. israms·, n"21, seplembre-<>etobre


2IXl6. PariS la Documen1ation lrançaise.
lams en Afrique
subsaharienne
Ecole coranique "Sayma
Dayma", Umm Durman,
Soudan,1993

L ' ISL AM africai n au XVIII" siècle et jouent un rô le de ProJelllble en IrlIIn,~rent


sc démarq ue très nCI· médiation entre les cultures locales
tement de lïslam ambo-mu sulman, et l'islam arabe . Un des traits carac-
même si les l iens avec le monde téristiques de ces confréries sou fies
arabe. et plus paniculièrcmcnt avec 1;, réside dans le rôle tout-p uissant du
péninsule Arabique. sont tre... fon.... , Le chef de la confrérie (q ui porte le
pèlerinage à La Mecque provoque en titre de slmykh ou de calife) sur ses
effet de grands flux d ïdées. de mar· disciples (Iii/ib-s ou lIIurÎll- s). Il est le
chtmdi scs CI d' hom mes el constitue gu ide non seulement spirituel, mais 1981 ), contre le musulman Mamadou
un r:.it cu lturel enraciné. une coutu me auss i temporel. pui sq ue le râlilJ/III/1- Dia, soutenu p:lr les dirigeants de 1:1
ancienne. source d'une vaslccommu- rill doit obéir il to us les ordres de 7ïjrÎl1iYJa.
naUlé affective. Dans certa ins pays son maître, que ceux-ci concernent Malgré lOI présence d'un islam
arabes. comme le Soudan. mais aussi sa vie professionnelle ou fam iliale, rétif à toute interprétation allégorique
doms les pays non ar..tbes d'Afrique Au Sénégal. par exemple. outre la du Coran, l'islam sahélien secaraclé-
subsaharicnne . r e nseignement de MllrÎdiyya, il existe de ux autres gr.ln- rise égale ment par l'imponance des
l' arabe. l:tnguc de prestige 3.<isociéc des confréries: la 1ïjô,,;y)'a, éclatée marabouts. Dans ce tex te, l' écrivain
au Coran . sc fail dans les écoles c n plusie urs courants. qui compte ivoi rien Ahmadou Kourouma met en
coraniques. pl us de deul' mill ions d' adeptes, ct 1:1 ~cè nc un marabo ut qui reve nd ique
L'école "Saym:. Dayma" J' Umm QâdiriYYlI. avec un demi-mill io n de des do ns divinatoi res et thérapeUli -
Dunmm. ville voisine de Kharto um . fidè les, La Mllrillîyya est une bran· ques. Les pratiques préislamiques de
au Soudan. est emblématique de ces che, fondée au Sénégal en 1886 par magie om été islamisées: dorénavant,
/I/(/l/rasa-s, tres largement répandues Ahmadou Bambll . de la Qâtliriyya. r effi cacité du marabout est liée à la
dans J'ensemble du monde musulman, La tombe du fondateur de cet ord re. connaissance de hl Révélation mu -
Elle est à la fo is lieu d'en se igne- à Touba. fait l'o bjet d' un pèlerinage hammadienne, 11 la grâce divine ct à
mem, de prière, d'inhumation et de :mnuel et on éva lue aujourd' hui le l'intervention des t1ji"I1.~, ces anges
pèlerinage, Elle pone le nom d'un nombre des me mbres de la confrérie ou démons mentio nnés dans le Co-
saint enterré à cet endroit sous la il quatre mi llions, ra n. Comme les "saints" de J'islam,
coupole de l'arrière-plan, et accueille En Afrique subsaharie nne. les les marabouts possèdent la baraka
q uelque deux cents élèves originaires confréries .<ioufies sonl au centre de (!lràce, bénédiction) et sont proches
de tout le Soudan et d'a utres pays véritables réseaux de so lidarité et de Dieu. p:lr leur piélé. leur :lscèse
d' Afrique . L·ellSeignement. dispensé jouent un très grand rôle soc ial ct po. ou leur don famili:ll. Ce phénomène
doms la cour à des garçons àgés d 'au litiquequi découle en partie de I·épo· des marabouts. certai ns étant ehefs
mo ins cinq oms, est fondé sur l' ap- que coloniale, L'alliance entre les de confréries. les autres, tcl Bobno
prenti ssage par cœur du Coran. L1 shaykhselles colonisateurs conlribua Yacouba. exerçant de manière isolée.
complémentarité entre la proximité c n retour à modifier le pouvoir des est propre il l'islam négro-africain .
du saint. l' apprent issage du Coran chefs musulmans. L.1 chefferie devint Comme aille urs da ns le monde mu-
et de la l:mgue arabe et un lieu de un rouage admin istmtif, une courroie sulman. mais peut·être ici de manière
prière allen:mt gOlramissent le succès de tran smission entre l'admin istra- plu s év idente . le droi t mu sulma n
de celle madras(/. La plupart des teur et l'admin istré indigène. au bas compose avec les coutumes locOlles.
lenrés d 'Afrique subsaharienne sont de I·échclle .<iociale. Ce rôle dc... chefs Au Sénégal, par exemple, les Sérèreet
passés parce type d'institutions dont locaux el des marabo ulS pe rdure les Dio la. qui som islamisés. règ lent
on trouve un grand nombre dans to us aujourd'hui dans les États modernes leurs problèmes de succession, leurs
les pays musulmans. africains. Dans 1c.<i années 1960. par conflits de propriété et leurs échanges
Mais l'i s lam sahélien se carac- exem ple, la p lupart de.<i diri geants au sein de leur tribu, non en fonct ion
térise d'abord par la diffusion des souri s appuielll la candidature du de la loi coranique sur l'héritage, sur
confrérie s soufies. Celles-c i appa- catholique Léopold Sédar Senghor. la propriété ou .<iur l'usure, mai s selon
rai sse nt au XV I" siècle en Afrique qui devient le premier pré.<iident de la loi ancestrale.
noire. mais scdéveloppent réellement la République du Sénégal (j usqu 'en
Le ids de l'islam conlrêrique au Sénégal aujourd'hui Portrait d'un marabout en Côte d'Ivoire

Comme marabout, Bokano Yacouba était aussi entier

-_._.
qu'un tronc de baobab et plein comme le djoliba au
fort de l'hivernage. La musique, la danse, la sagesse,
~.
1 w.u~ IT~ N I E la longévité sont comme la divination des dons, des vo-
!
~ =- '-
- '-- cations, des graces. Le ch6mage conduit actuellement

1It-I,_ .::~- dans nos vif/es beaucoup d'astuCÎeux, de nombreux

ï l1W~ -=-.. __
1. menteurs aux langues mielleuses à exercer la divination
sans en avoir le don. La rapidité de la langue est une
.J....:J ;:::::::... demi-faveur d'Allâh ; elle n'est pas la divination. Le don

J -.-- de la divination est un plein privilège que l'Omniprésent

1
! ·•
.- réserve cl quelques élus. Bokano Yacouba était de
ceux-là Allâh l'avait gratifié, comblé des grandes et des
pleines générosités que lui seul possède. [. .. f

1 ·•
>

.- g ""
C'est raide et à la lueur des flambeaux que Nadjouma'
arriva sur une CÎviére dans le campement du guérisseur
des possédés, des fous .. . des incurables. Le guérisseur

j .
, .
des possédés, le réalisateur des choses impossibles

j
"•
...--
..-. ..... _-
~-
_ I~t:
étaient quelques-uns des innombrables surnoms de
Bokano. Dans toutes les montagnes et 'res loin dans les
plaines. on célébrait son érudition dans le maraboutage,

.-...... .-
. ~-

1 ----
-...-..-:
le Coran et les arts divinatoires. Il manipulait avec bon-
heur et réussite les prophéties de Muhammad qu'il tirait
l --"".",,--
~ du Coran. Les djinns et les ames des ancêtres ne lui
taisaient aucun de leurs secrets quand ses doigts les
Carto tirée de AI/as de fis/am dons le monde. Anne-Laure Dupont. Guillaume interrogeaient par le sable de la géomancie.
Balavoine. Atlas/Monde C Éditions Autrement. 2005. Ahmadou Kourouma . En IItrondant le 1'0111 des beles sauvages.
Paris : Éditions du Seuil. 1998.
' la mère du héros. considérée comme possédée.
ndonésie, premier pays
musulman du monde
La diffusion de l'islam
en Malaisie et en Indonésie

L 'INSU LI NDE est n' cxclure personne ni de risquer le Projetable en transparent


forte ment marq uée par morcel lement politique. Rappelons
[' innuencc i nd ienne au moment où que Bornéo était di visé. au début du
l' islam commence il sc développer XX" siècle, en une vingtai ne de petits
au Proche-Orien! ct les pre mi e rs roya umes et que l"is lam , quoique
documents archéologiques connus représentant 87 % de la population constitution indonésie nne. promul-
:llIestant une presence arabe e n Asie indonésienne. est extrê mement varié . guée en 1945. fasse du monothé isme
du Sud-Est remontent tOul au plus En effet. l"i slamisation très progres- (la ··croy.. nce e n un Dieu unique"")
:IU X Xc· Xle siècles. Cette date n'i n- sive a laissé une grande pl:lcc aux un fondeme nt de la nouvelle Répu ·
dique pas celle de l'islamisation des coutumes locales. blique. et interdise le prosélytisme
régio ns. En fait. le to urnant majeur D'abord, les fenunesjouent dans et les mariages mixtes. on ..ssiste. au
a lieu au XIIIe siècle. quand les prin- la vie publique un rôle nettement plus sein de l"i slam. à un rééqu ilibr:lge
cip'Lulés bouddhistes. angkoricnncs imponant qu'ailleurs dans le monde des courant s en fa veur de rislam
ou hindouistes périclitent au profit musulman. Les hommes panicipcnt "traditionnel"" aux dépens du courant
de sult,mals musulmans qui sc déve- aux tâches familial es quo tidie nnes javanai s.
loppent dans les ports d'Insulinde el traditionne lleme nt réservées aux En effet. l'État ""théi ste" indoné-
d ' Indo nésie (Acch. Banlcn. MatarJ.nl. fem mes dans Ie.~ mondes limbes. turcs sie n ne reco nnaît que cinq re ligio ns
ctc.). En cITe!. peu il peu. les colonies ct ira niens, et ces dernières cxercent o ffi cielles: l"islam.le protestantisme.
musulmanes établ ies dans les ports des responsabi lités politiques, même le cath o licis me. l'hindouis me et
du sud de l'Inde ont css.Limé ct c'est dans les régions très précocement is- le bo uddhi s me (:Ilors mème que
par l'intermédiaire des marchands lamisées. comme dans la principauté ces deux dernières ne sont pas des
indiens i s lami ~és q ue lïs1:ull s ' est d'Aceh: elles dirigent pllr exemple monothé ismes !). La ré islamisat ion
imposé dans le monde m:tlai s. la principalLlé sans discontinue r de ac tuell e de la société de JOLV.I ne
Les premières communautés isla- 1641 il 1699. Plus récemment. les bou leverse pa s l' é<luilibre en tre
misées des Xlll< et XIV siècles selll- femme s ont p:tnicipé 1Icti vement il grande.~ religions d ' État. m'li s affecte
ble nt s'être concentrées il Sumatra- la lutte anticoloni:lle. le syncréti sme islamique local et pro-
Nord, sur la côte est de III péninsule Ensuite. l'islamisati on progres- meut des normes ""moyen-orientales"
Malaise et il Java-Est. mais l'essor de sive a donné naissance il des formes qU;lIlt au dogme et à la pratique : de
l"islam dans ces régions ne date que religie uses spéc ifi ques. comllle à plus en plus d'Abangan renoncent
du début du X V: siècle et se poursui t Java. La "javanité"" (kl'ja ll"cn) sc pré- à leurs pr:ll iq ues "" hé té ro doxes""
j usqu'au milieu du XV I]< siècle mal- sente mo ins comme une re ligion que - comme les pèlerinages (:iylÎra) sur
~ré l'intcrventio n des Ponugais. pu is comme une :ltti tude philosophique les tom bes des neuf saints de l'île - et
des Hollandai s. Comme en Afrique et cu lturelle qui pui se dans le vieux deviennent des Sa li/ri. Le voi le se
orientale, cet islam marchand sc dé- fonds cu lturel jav:mais. Ses tenants. rép:lnd chez les femme s depu is la
ploie uniquement sur les côt e.~ ct ne IesAlmllgllll. sc déclarent musulmans fin du XX, siècle. Le St:ltut de la
pénètre pas l"intérieur des terres. e t :Iffirmenl qu ' il s pratique nl une femme est d 'ai lleurs objet de débat
Par ai lleurs. la structure insulaire forme loc:lle de spirituali sme soufi. dans la société indonésienne entre
ne favorisait pas la naissance de gr..m- Tous les Javanais (80 millions) ne les pan isans de r .. ppliciltion rigou-
des unités poli tiques susceptibles pratiquent pas la religion de Java. re use des normes musulmanes et les
d "i mposer une nomle islamique (lin- En e ffe t. des institu tions privées ten:tnts de 1:1coutume: 1:llibené des
guistique. religieuse, juridique). Cela musulmanes (pc,flmtren). lieux de fem mes est globalement plus gmnde
permct de comprendre la to nalité du diffusion de 1.. foi et d'enseignement c hez les Abangall que chez les S(lIIlri.
disco urs de Soekarno. premier prési- relig ieux. permettent de former des plus rigoristes. À Sumatra-Ouest. le
dent de la République indonésienne mu s ulman s p lus " Iraditi o nn els ", système Iraditionnel de transmission
en 1945. et le texte de hl Constitu - pratiquants. soucieux de 1:1 pureté des biens resle matrilinéaire, mais
ti on du pays : il fallait développer de leur foi. les Sali/ri. qui constituent le droit patriarc'II musulm .. n tend à
une concept ion large et ouven e de une pan impon ante du milieu social s' imposer progress ivement depuis
l"islam et de la République. alin de des petits entrepreneurs. Bien que la quelques décennies.
M inda nao
M or do
Sulu


OCÉAN INDIEN

Roulell commen:ialea
" ••• Tuban Ti mor
··: __. _DeraJata
• P"'$fJflCe musulmane aux XII,.·XI'I" siècles

Expansion de l'islam aux XI'I"·XVII' siècles


r-''1'~_'~, 't:..Surabaya
a+ ci\~~trowulan
Expansion de I"islam aux XVI,.·XVIlI' siècles Banten " .. Matar '.

o """'~"
:'Cirebon .... KUdus G'reSik
Jakarta K I ~te n
+ Tombeaux des neutsainll de Java

D'après Allas de rislam dans le monde, Anne·Laure Dupont, GlIillaume Bala...olne, AtlaslMonde, ÉdilXlns Aulremel'll, 2005.

,""_500
;;;; karno : l'islam par la représenlalion, 1945 Extrait du préambule de la Constitution
Nous tous, moi aussi, sommes musulmans. Dieu me pardonne. mon
f-- - de la République d'Indooésie, 18 août 1945
islam est loin d 'il/re parfait, mes amis, si vous voulez voir en moi, si vous (".] Par la grace de Dieu tout Puissant et animé par le
voulez lire dans mon cœur, vous ne trouverez rien d'autre qu'un cœur désir d'avoir une vie nationale libre, le peuple indonésien
de musulman, Et de toute son Ame de musulman, Bung Kama' aspire proclame son indépendance,
à défendre l'islam, dans le consensus, dans la concerta/ion. Car c'est D'autre pari, afin de former un gouvernement de l'Êtal
par le consensus que nous pouvons améliorer toute chose et assurer indonésien protecteur de la nation et de la patrie. pour
le salut de la religion. je veux dire la discussion et la concertation au que progresse le bien-être, pour que se développe la vie
sein d'un Parlement, intellectuelle de la nation et pour contribuer à l'établisse·
Ce dont nous ne sommes pas satisfaits, discutons-en au cours de ment d'un ordre mondial basé sur /'indépendance, la paix
délibérations, Le Parlement est le lieu pour exprimer nos exigences éternelle et la justice sociale, les structures de /'Indonésie
de musulmans. C'est là que nous demanderons aux dirigeants du indépendante sont décrites dans une Constitution de
peuple tout ce que nous estimerons nécessaire au mieux-étre. Si nous l'Êtat indonésien ayant la forme d'une République fondée
sommes vraiment un peuple musulman, faisons de notre mieux pour sur la souveraineté populaire el basée sur .- la croyance
que la majorité des sièges du Parlement que nous allons créer soient en un Dieu unique, l'Humanité juste et civilisée, l'Unité
occupés par des représentants de l'Islam. Si vraimenlle peuple indo- indonésienne, la Démocratie conduite avec sagesse dans
nésien est, dans sa majorité, musulman, si l'islam est, chez nous, une la concertation et la représentation et la Justice sociale
religion bien vivante dans le peuple, nous, les dirigeants, mobilisons pour tout le peuple indonésien.
l'ensemble de la population pour qu 'elle délegue le plus grand nombre
possible de représentants musulmans 8U Parlement. Supposons qu'il
y ait dans ce Parlement 100 sieges, eh bien, efforçons·nous d'obtenir
qu'il y en ait 60, 70, 80. 90 qui soient occupés par des personnalités
musulmanes, Il ira de soi que les lois qui sortiront de cette assemblée
seront des lois musulmanes. Et j'irai méme plus loin: si une telle
évidence devait s'imposer. on pourrait dire alors que /'islam est bien
vivant dans l'âme du peuple, puisque 60, 70, 80, 90 pour cent de ses
représentants seront des musulmans, des personnalités musulmanes,
des oulémas. S'il en est bien ainsi, je dirai : Vive l'islam indonésien, et
non l'islam prononcé du bout des levres.
Discours de Soekarno proooncé le 1" juitll945 devant les membres de la commission
d'étude pour la préparation de rindépeodance ilôoOllésioone réunie pour sa première

' Soekarno
siam dans le monde
Une géographie
de la diversité musulmane

LE croissant qui. de
la côte occide ntale de
juridiques sunnites sont très diffé-
re ntes les unes des autres ct n'ont
. f'o9uIation musulmane par pays en miHions
et poun::enl.ilges
, Conlessions et écoles juridiqUM musulmanes
l' Afriq ue j usqu' à I"A sic du Sud- rien à voir avec les cour.mts chiites, dans le monde
Est passe par les Asics Mineure ct très dissemblables e ntre eux: peu de Calles tirées de Arias de l'islam dans le monde,
Anne· Laure Duponl, Guillaume BataYOine, Alias!
centrale. correspond au "domaine points communs entre les Alaouites Monde CI Editions Autremenl, 2005.
de l'Islam", Il comprend: la zone de Syrie, p:lr exemple, et les Z:.ydites Proletable en transparent
ce nt ra le de ta première ex pansion du Yémen,
( YII<. V III" siède) du Maroc il J' Inde. Les logiques territoriales d'i m-
la zone sahé lie nne dont l'islamisa- plantation des grands courants mu- pouvoir d es Mamelouks qu i, à cause
tion. comme ncée vers le XW s iècle. sulrn:ms apparaisscm c lairement. de leurs origi nes turques, imposent le
s'cst faite surtout il partir des XIV L'école mâlékite valorise struc- hanafisme, il est déjà bien implanté
e t X \1< s iècles e n sc prolo ngea nt IUrellement l'u sage loca l pour in- dans les ports de l'océan Ind ien ct de
au cours des siècles sui vants. les terpréter la Loi divine, Les régions la mer de Chine, Dans les tribu nau x
littoraux ct archi pel s de l' o céa n maghrébines, à dominante berbère, indonésiens des XV'-XV III<siècles,
Indi e n. ou ve rt s ;1 lï sl:un dès les furen t séd ui tes par cette école qui les juges musulmans rende nt ainsi
X·· X' <sièc les . mai s mass ive ment leur permettait d' intégrer au droit leur déci sion en langue arabe ct selon
islamisés il. partir du XV siècl e. En musulman leurs propres coutumes, le droit c hafiite.
outrc. le poids démographique du Jusqu 'à nos jours, le m:1léki sme e.~t Quant au rite han:lfite, app:.ru en
subcontincnt indicn (pakistan . Inde. ['école juridique sunnite domi n:mt :1U Iraq dès le milieu du VIII< siècle, à
Bangladesh) cl de rlndonésic :Jppa- Maghreb et e n Afrique noire. une époq ue où la Tmdition du Pro-
raÎt claire lllent. Le hanbalisme, quant il lui. après phète (s uI/lia) faisait encore l'objet
Dans le détailjXlunant. la propor- avoi r joué, :IU Moyen Âge, un rôlc d'i ncess:lntes polémiques. ce sont le
tion de musulmans par Étal rend peu important à Bagd:.d . s'est enmciné, poids dé mographique ct l'influence
compte des répartitions régionales. sous sa forme wahhi1bite. d ans la des peuples turcs qu i e n expliq uent
Ai nsi, sur le milliard et demi J ' habi- péninsule Arabique, e t dé fend une la diffusion ct le succès durable dans
tants que compte la Chine, le f:liblc leclUre littér:.le du Cor:tn ct de la Tra- loute l'Eurasie centmle, Ce rite laisse
nombre relatif de musulmans (entre dition. Presque naturellement domine une relative autonomie aux oulémas
20 et 120 millions tout de mê me) au cœur de l'islam ambc une lecture dans la solution des problèmes théo-
dissimule l' existence de deux types de stricte du Coran, alors que dans la logiques ct jurid iques non traités
musulmans et leur inégale ré p:u1it io n périphérie occidentale s'esl imposée par les textes sacrés, en ménageant
sur le territoire: la grande majorité, une doctrine fais:mt une large part une gr:Ulde place :IU raisonnemcnt
turcopho ne, est concentrée da ns le aux traditions locules. par ana logie. qui donne au juriste
Turkestan Oriental ou Xi njia ng et La prédominan ce d e r éco le une cer1:.ine marge de liberté pour
subit la répression du régime de Pékin juridique chafjite dans les territoires prononcer un j ugement. Pour celle
qui colo nise le territoire en installant maritimes et insulaires de t'océan raison. l'école h:mafite susci te depuis
des non-musulm:lI1s sinophones : il Indi en ct du golfe Pe rsique a des lOujours l'hostilité des :lUtres écoles
ex iste aussi des musulrmms sinopho- raisons hi storiques, Les premiers juridiques, en particulier de r école
nes, les Hui, dispersés dans le pays, compto irs mu sulmans, ct les plu s hanbal ite, Fe rme ment in stall ée à
De mê mc, en Afrique, le Nigeria est importants. ainsi que les pre mières Boukhara ct Samarkand, c lic s'est
coupé en deux, Au nord, 1:. majorité communautés de marchands ambes. ensuite propagée dans le sous-conti-
de la population est musulmane: au persans ou indiens app:lr..issent sur nent ind ien ct duns l'empire Olloman,
sud, clic est chrétienne, En Russie, il les lilloraux de t' océan Indien au deux régions qui furent longtemps
faudra it souligner l:l concc nlrntion moment même oltl 'écolcdejurispru- liées à l'Eurasie centrale par de
des musulman s dans l'agg loméra- dence chaflite prédomine en Égypte, fécond s échanges commerciaux et
tion moscovite. Quant à l'Europe de en Iran ct en Iraq. au XI<siècle. Les inte llectuels.
l'Ouest, aux États- Unis, au Cn nada et marchands, les rnarin .~ ct les juges
à l' Austmlie, les zones de l'one densité chatï ites export en t avec e ux leur
correspomlent en généml aux grandes doctrine juridiquc. LorS(IUC le cha-
villes et régions industrielles, tiisme perd sa prépondérance dans
La seconde cane met e n valeur les terres du Proche ct du Moyen-
1:. di versité de l'islam , Les écoles Orient, en part iculier à l'arrivée au
OC E AN
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D'après S. Couprie. LÉPAC,
Atlas de l'islam, in Histoire el PaIOOloin9 n"-""'-"0
) Sunn"me :
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hanbalite
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ChIIsme :
D
_

D
dUOOéeimain •
ismaélien

alaoo~e
drule

. alevi
. zaydite
Kl'IariJI.mIt :
• ibadisme

M,tan Presse. TOllIouH. 2004.


Publier aujourd'hui une histoire de l'islam, c'est répondre à une demande
forte en matière de connaissance du religieux. La Documentation photogra·
phique et l'Institut européen en sciences des religions (IESR) ont choisi de
mener ensemble ce travail.
Ce numéro, élaboré par Pascal Buresi, se situe résolument dans une pers·
pective d'histoire critique. Cette approche, toujours soucieuse des contex·
tes, tend à souligner que l'islam d'aujourd 'hui n'est pas l'islam des origines.
Elle souligne également la pluralité de l'islam dans l'espace ; en témoigne la
diversité des sociétés mu sulmanes dans le monde contemporain. Autrement
dit, dans un domaine où se bousculent les affirmations aussi tranchantes
que simplistes, cet ouvrage pourrait démontrer que l'histoi re de l'islam est
complexe.

Point sur (pages 1 à 16)


Secrélariat général
du gouvernemenl Naissance d'une nouvelle religion
Histoire politique et religieuse du udomaine de l'islam"
l a progressive définition du dogme, des pratiques et du droit musulman
Direction de Religion et pouvoir en islam
La documenta tion FrarlÇaise
Lislam à l'heure des colonisations et des décolonisations
29. quai Vollaire Lislam aujourd'hui
75344 Paris Cedex 07
0140 157000 Thèmes et documents (pag es 17 à 63)
Direeteur de la publicalion Fondements et débat s
Olivier Cazenave Lo. péninsule Arabique â l'aube de l'islam
Muhammad
Schismes
La canonisation du Coran
Photogravure. flashage Différentes interprétations du Coran
el impression par Islam et conquêtes
Louis Jean (Gap) Islamisation et arabisation
Dép6t légal 2" lrim. 2007
DF08012-8-8058 Êvo lution des doctrines , évolution des pratiques
ISSN : 0419·5361 Prier, du désert à la mosquée
Vivre et travailler à l'heure de l'islam
10,80 f Pèlerinages et lieux saints
Soufis et saints de l'islam
Sciences religieuses, sciences profanes
Monothéismes autour de la Méditerranée au XIIe siècle
Islam et politique
Islams dans le monde contemporain
Le statut de la femme en islam
La question de l'image
Islam et économie de marché
Islam radical
L:islam et la France au Maghreb
Islams d'Europe
Islams en Afrique subsaharienne
L:lndonésie, premier pays musulman du monde
Lislam dans le monde