Vous êtes sur la page 1sur 2

Le Figaro: «Vilvorde la Flamande refuse les

francophones»
Pierre Avril, correspondant à Bruxelles
26/06/2008 | Mise à jour : 21:26

En imposant un test linguistique à ceux qui veulent bénéficier de logements bon marché,
une commune de Flandre franchit une étape dans la guérilla communautaire.
Un joli petit pavillon rénové pour 65 000 euros, soit la moitié du prix du marché : voici l'offre
alléchante que propose la commune flamande de Vilvorde, près de Bruxelles, à ses
administrés, mais à une condition : que ces derniers réussissent un test de néerlandais. Ce
nouveau règlement, qui vient d'être édicté par les édiles locaux, fait bondir les élus
francophones de Belgique.
«Il est normal que nos citoyens souhaitant s'établir à Vilvorde aient une connaissance au
moins passive et élémentaire du néerlandais», explique le bourgmestre de la commune, Marc
Van Asch, un chrétien-démocrate flamand. Cette cité industrielle et cosmopolite, qui a
longtemps abrité une usine automobile Renault, est située à la périphérie de la capitale belge,
en territoire néerlandophone. Les francophones qui y vivent n'y disposent d'aucune «facilité»,
comme la possibilité d'être jugés en français. À l'hôtel de Ville, les employés ont pour
consigne jusqu'à l'absurde de parler la seule langue de Vondel, dramaturge hollandais du
XVIIe siècle.
Pour le maire, le test linguistique n'est qu'une contrepartie au «cadeau» financier consenti par
la commune : la mise en vente de quinze maisons à un prix s'échelonnant de 65 000 à 120 000
euros. Outre leur maîtrise du néerlandais, contrôlée par des collaborateurs municipaux, les
candidats seront sélectionnés sur la base de leurs revenus (plafonnés à 50 000 euros par an) et
de leur antériorité dans la commune. «Le critère linguistique est essentiel, mais il n'y aura pas
de sélection entre ceux qui parlent couramment le néerlandais et les autres», affirme Marc Van
Asch. Les administrés, ajoute l'élu, doivent notamment «comprendre où ils doivent déposer
leurs ordures ménagères».
«Ce discours rassurant n'est qu'un leurre. L'objectif de la commune de Vilvorde est d'attirer
des néerlandophones pur jus», rétorque Christophe Verbist, dirigeant du Front démocratique
des Francophones (FDF). Avec l'introduction du test linguistique, disent les partis politiques
«sudistes», la Flandre franchit une étape dans la guérilla communautaire.
«Une discrimination»

Instauré en 2006, le code du logement flamand exige simplement des candidats à l'habitat
qu'ils manifestent une «disponibilité à l'apprentissage de la langue». Cette disposition fait
l'objet d'un recours devant la Cour constitutionnelle, l'équivalent du Conseil d'État français.
Plus récemment, la commune de Zaventem, proche de Vilvorde, a réservé la vente de terrains
municipaux à des acheteurs parlant néerlandais.
Méfiant à l'égard de la justice belge qu'il juge aux mains des Flamands, le FDF introduira
également un recours le 4 juillet devant la Commission européenne. «Il s'agit d'un cas de
discrimination évident», répond à l'avance un expert de l'institution communautaire.
Les dispositions flamandes contreviendraient aussi à la règle de libre circulation des
personnes au sein de l'Union européenne. Marc Van Asch dément et assure, selon une formule
désormais rituelle dans les communes flamandes, que «tout le monde est le bienvenu à
Vilvorde»…