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bande dessinée

Virginie Perrot

Illustratrice de livres pour enfants installée à Angoulême, Virginie Perrot a donné forme à Cruelle Joëlle, une bande dessinée jeunesse gothique et drôle.

Par Astrid Deroost Photo Claude Pauquet

Cruelle Joëlle

Cruelle Joëlle, la vie n’est pas si simple Madame Lamort (Sarbacane,

2010).

À paraître en janvier 2012, Week-end frisson au Lac Crystal (Sarbacane) et Si je te croque (mango jeunesse).

e lle est vaguement boudeuse, traîne un doudou- lapin aux orbites évidées et observe d’un œil blasé les gesticulations maternelles. Sa mère,

Madame Lamort, fantasque opératrice de trépas, doit

défunts. Et ne

recule, pour y parvenir, devant aucun stratagème. Virginie Perrot dite Ninie, Poitevine installée à Angoulême, signe le dessin de Cruelle Joëlle, série jeunesse décalée, pleine d’humour, née du scénario de Davide Cali. Le premier tome fut sélectionné par le Festival 2011 de la bande dessinée d’Angoulême. Le second, Week-end frisson au Lac Crystal, sort en janvier et promet à ses petits lecteurs la même tonalité, le même graphisme drôle, rond et très imaginatif. «L’humour et le côté gothique permettent d’exprimer autre chose. Cette petite fille est un peu seule, un peu mélancolique et cela arrive à tous les enfants», confie la dessinatrice qui a usé de couleurs gaies pour moquer la macabre atmosphère. Il flotte dans les cases un air de famille Adams ou encore le spectre du Petit Vampire (Sfar). Virginie Perrot, 35 ans, dessine depuis toujours. Elle est une lectrice, gourmande et éclectique,

coûte que coûte faire son chiffre de

et éclectique, coûte que coûte faire son chiffre de 18 ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 95

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de romans contemporains et de bande dessinée. Au chapitre 9 e art, son récent coup de cœur va aux Fables Nautiques, premier album de Marine Blandin. Elle goûte aussi la liberté graphique d’un Joann Sfar ou cultive pour Mattotti et Bretécher de plus anciennes – toujours actuelles – inclinations.

«J’aime le dessin au trait, la simplicité du trait, explique-t-elle en citant encore la création japonaise ou le dessin de Serge Bloch, père du petit héros SamSam et héritier de Sempé. Pour Cruelle Joëlle, j’ai essayé plusieurs techniques et c’est avec le bic, sur du papier croquis, que mon trait était le plus expressif, le moins figé. Je voulais des personnages théâtraux, exagérés.» Ninie s’est formée aux arts appliqués à l’Institut Pivaut de Nantes et a découvert, en cours d’études, sa vocation d’illustratrice pour la jeunesse. Question d’imaginaire Le sien a, quand il se libère, les rondeurs de l’enfance. À sa sortie de l’école en 1997, et après avoir travaillé dans la publicité, la dessinatrice décroche un premier contrat avec les éditions Milan. Elle est depuis publiée chez Zoolibri (en italien et en français), Zoom, Nathan, Nouvelles images, Magnard, Yomad, Fleurus, Aver-

bode

Virginie Perrot a aussi exercé à Poitiers dans le monde du fanzine en co-créant, notamment, l’association

Supérette. Elle a conçu, avec Gilles Comps à l’anima- tion, le clip de la chanson Ficelle de Syrano. Ninie a fait, en 2009, une première incursion dans la bande dessinée, sur un scénario de Michaël Escoffier et

a livré chaque mois les aventures de Rustine, inventeuse dans la revue J’aime lire. Avec Cruelle Joëlle, la jeune femme a rejoint la sphère bande dessinée, Angoulême et, le temps d’une rési- dence, la Maison des auteurs. Venue d’Eure-et-Loir il y a six ans, Virginie Perrot se délecte désormais de pratiquer cet art «complet» qui rend le récit profond :

à chaque case on

«Cadrage, angle de vue, couleurs

se pose des questions. Avec la bande dessinée, on fait vivre les personnages. On entre vraiment dans une

histoire, dans un univers.» n

et les livres s’accumulent.

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