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01 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie

01 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie

DeHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron


01 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie

DeHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron

évaluations:
Longueur:
65 minutes
Sortie:
9 janv. 2018
Format:
Épisode du podcast

Description

Patrice BoucheronCollège de FranceAnnée 2017-2018Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleFictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannieTout pouvoir est pouvoir de mise en récit. Cela ne signifie pas seulement qu'il se donne à voir et à comprendre par des fables ou des intrigues ; cela veut dire plus profondément qu'il ne devient pleinement efficient qu'à partir du moment où il réoriente les récits de vie de ceux qu'il domine. On doit sans louvoyer envisager cette puissance narrative de l'exercice du pouvoir, qui noue art de gouverner et art de raconter, si l'on veut comprendre les formes historiques du consentement au pouvoir autoritaire. Pour le dire vite : ce qu'il y a d'attirant dans la tyrannie, c'est sa puissance fictionnelle. Non seulement sa capacité à parler et à faire parler, mais à susciter une énergie narrative. Et le travail de l'historien consiste à chercher le moyen d'y contrevenir.Le cours de cette année poursuit la réflexion sur les fictions politiques engagées l'année précédente. Il s'agit toujours de les envisager comme des formes narratives de la théorie politique, susceptibles de produire des effets de vérité sur le présent et d'en partager l'expérience à partir d'un passé historique. Mais il s'agit désormais de le faire à partir d'un corpus strictement limité : celui de la novellistica italienne qui, dans l'effet de souffle de la révolution narrative du Décameron de Boccace, constitue un genre littéraire propre aux sociétés urbaines de l'Italie communale et post-communale, en Toscane notamment. Du XIVe au XVIe siècle, se développe donc une production textuelle singulière porteuse d'un savoir social particulièrement corrosif dont on tentera d'analyser la sociologie implicite.De Franco Sacchetti a Matteo Bandello, en passant par Giovanni Sercambi, le pseudo-Gentile Sermini et tant d'autres, souvent anonymes, cette littérature des novelle permet de saisir, notamment à l'épreuve de la beffa, c'est-à-dire du pouvoir subversif de la dérision, les mécanismes d'une société politique en crise. On tentera d'en dresser le portrait historique, en prenant la mesure des rapports entre expérience seigneuriale et tradition communale. Pour cela, on s'intéressera en particulier au destin fictionnel de Bernabò Visconti, seigneur de Milan de 1354 à 1385, qui devient, de son vivant même, un personnage de novelle, incarnant un personnage inquiétant et grotesque qui se maintient comme tel un siècle durant, au fur et à mesure du développement du genre. Il devient alors ce tyran attirant qui, par son rôle de beffatore ne cesse de créer des surprises et de susciter le rire. Ce rire est-il libérateur où installe-t-il dans l'horizon narratif familier de la nouvelle une certaine acclimatation au pouvoir tyrannique ?« Pour l'essentiel, le pouvoir autoritaire est librement consenti » (Timothy Snyder, De la tyrannie.Vingt leçons du XXe siècle, Paris, 2017)Un recueil de nouvelles théoriques, où « l'obéissance anticipée » de l'intrigue à la moraleL'hypothèse de départ : un nouage entre art de gouverner et art de raconterQuand le « roman du dictateur » mime et mine la voix du despote : le Recours de la méthode (Alejo Carpentier, 1974)« Il jette sa voix devant lui pour être entendu, écouté, obéi. Bien qu'il paraisse muet, taciturne, silencieux, son silence est un ordre. Ce qui signifie que dans le Suprême, il y a au moins deux personnes » (Augusto Roa Bastos,Moi, le Suprême, 1974)Le « monologue multiple » de Gabriel Garcia Marquez et la « neutralisation de la fascination » (Emmanuel Bouju, La transcription de l'histoire, Rennes, 2006)Le chaos carnavalesque : « un bobard de l'imagination, un tyran pour rire qui ne sut jamais où était l'envers et où était l'endroit de cette vie » (L'Automne du patriarche, 1975)Retour à la novellistica toscane et rappels de quelques propositions du cours de l'année précédentes sur les fictions politiques comme expérience de production de la vérité : métaphores, préfigurations, pastiche
Sortie:
9 janv. 2018
Format:
Épisode du podcast

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Patrick Boucheron est né en 1965, à Paris. Après des études secondaires au lycée Marcelin Berthelot (Saint-Maur-des-Fossés) puis au lycée Henri IV (Paris), il entre à l'École normale supérieure de Saint-Cloud en 1985 et obtient l'agrégation d'histoire en 1988. C'est sous la direction de Pierre Toubert qu'il soutient en 1994 à l'université de Paris 1 sa thèse de doctorat d'histoire médiévale, publiée quatre ans plus tard sous le titre Le pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, École française de Rome, 1998 (Collection de l'EFR, 239).Maître de conférences en histoire médiévale à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud de 1994 à 1999, puis à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne à partir de 1999, il fut membre junior de l'Institut universitaire de France de 2004 à 2009. En 2009, il soutient à l'université de Paris 1 une habilitation à diriger des recherches intitulée La trace et l'aura et est élu professeur d'histoire du Moyen Âge dans cette même université en 2012. Il est, depuis 2015, président du conseil scientifique de l'École française de Rome. Il a été élu la même année professeur au Collège de France sur la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle ».