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Thème : la

mobilité sociale
Source : R.Chartoire, La revanche des SES
INTRODUCTION

Dans les sociétés modernes, le principe du brassage social s’est imposé


comme légitime et possible. Il est légitimé par un Jean-Jacques Rousseau
proclamant que les hommes « naissent libres » et sont « égaux en droit », par
une Révolution française qui s’occupe d’abolir privilèges et corporations. Il se
renforce lorsqu’un pays (les Etats-Unis) fondé par des puritains et des
égalitaristes accède à l’indépendance.
La mobilité sociale a donc été, avant tout, une idée philosophique et politique.
Elle est la manifestation de plusieurs valeurs modernes : la liberté (de choisir
son destin), l’égalité (des chances offertes à tous), le progrès (des individus),
la rationalité (de leur distribution dans le corps social). Selon les cultures, leur
importance varie. Aux États-Unis, la liberté d’entreprendre a valeur de « credo
». La réussite y est incarnée par le self-made man, qui parvient à s’élever par
ses qualités personnelles, au terme d’une lutte à armes égales contre ses
pairs. En France, en revanche, l’ascension sociale se veut la récompense du
mérite(réussite par le diplôme).
« A Weinberg, « A la recherche de la mobilité sociale », Sciences humaines n°
45, décembre 1994.

1. Quand et dans quelles sociétés est apparu le questionnement sur la mobilité sociale ?
2. Que cela traduit-il ?
Partie I – Analyse
des tables de
mobilité sociale
I – Méthodologie de
lecture des tables de
mobilité
Les diapo 6 à 17 sont extraites de la présentation du diaporama d'un collègue de l'académie de Reims
(mr Kintzler:
http://www.ac-reims.fr/datice/ses/structuresociale/Enjx_&_Det_de_la_Mob_Soc(TD2006).ppt
1. Qu’est-ce qu’une table de mobilité ?

Partons d’un exemple…


Voici une table de mobilité sociale intergénérationnelle (appelée table synthétique)
Répartition des 7 millions d'hommes âgés de 40 à 59 ans en 2003 selon leur PCS et celle de leur père en milliers

PCS fils  Agric. Artisan, Cadre & Prof Employé Ouvrier Ensemble
PCS père Exploit. Com., chef Prof. Intell. Interm.
 d’entrep. Sup.
Agric. E. 252 72 105 190 98 426 1143
Artisan, … 6 182 189 205 79 210 870

Cadre … 2 37 310 152 37 52 591


P.I. 2 60 266 263 73 135 800
Employé 3 43 144 179 108 169 644
Ouvrier 20 225 304 701 375 1373 2998
Ensemble 285 619 1317 1690 770 2364 7045
D’après Données sociales 2006, INSEE, Stéphanie Dupays (in C.D.I)
Q° 1 : A votre avis, comment recueille-t-on les
données d’une table de mobilité ?

 En France, la mobilité sociale est essentiellement mesurée à partir de


l'enquête F.Q.P. (Formation, Qualification Professionnelle) de l'INSEE qui
compare la P.C.S. des hommes entre 40 et 59 ans (où le statut social est
à peu près définitif) à celle de leurs ascendants au même âge.
Q° 2 : Rappelez le critère d'appartenance à une PCS.
(cf. cours de Première E.S.)

 Les PCS se fondent sur le statut professionnel des individus i.e. sur une
certaine homogénéité sociale (ces derniers partagent presque le même
mode de vie) (et pas forcément le même niveau de vie).

Q° 3 : Comment se présente une table de mobilité ?


 Une table de mobilité est un tableau à double entrée croisant la
position sociale (caractérisée par l'appartenance à une PCS) de deux
générations d'individus (celle des pères et celle des fils). (cf. table)
Q° 4 : Comment lit-on une table de mobilité ?

Génération des fils



 Les lignes présentent la
structure sociale de la
Génération des pères

T A B L E
génération des pères, la

Origine des fils




marge verticale de la
D E
table (dernière colonne)
M O présente donc l'origine
B I des fils.
L I T E

s
destinée des fils
recr ur la di
utem ago
ent, nale,
l'im on m
 Les colonnes montrent la répartition m obil es
ité o ure l'a
des fils dont on trouve la destinée u l'h uto-
dans la marge horizontale (dernière éréd
ité.
ligne).
A partir de la table de mobilité, on peut obtenir la table de
recrutement (cf. 2) et la table de destinée (cf. 3)

T A B L E

D E (cf. 2)
T A B L E
R E C R U -

T E M E N T
D E

M O B I - T A B L E

- L I T E
D E
(cf. 3)
D E S T I -

- N E E
2. La table de recrutement (origine)

Prenons celle de 2003 (en % sauf effectifs).


Répartition des 7 millions d'hommes âgés de 40 à 59 ans en 2003 selon leur PCS et celle de leur père en milliers

PCS fils  Agric. Artisan, Cadre et Prof. Employé Ouvrier Ensemble Effectif
PCS père E. … … Interm. (en
milliers)

Agriculteur 88 12 8 11 13 18 16 1143

Artisan, … 2 29 14 12 10 9 12 870

Cadre … 1 6 24 9 5 2 8 591

Prof interm. 1 10 20 16 9 6 11 800

Employé 1 7 11 11 14 7 9 644

Ouvrier 7 36 23 41 49 58 43 2998

Ensemble 100 100 100 100 100 100 100


Effectif (…) 285 619 1317 1690 770 2364 7045

D’après Données sociales 2006, INSEE, Stéphanie Dupays (in C.D.I)


Q° 5 : A quelle situation correspond les nombres
situés sur la diagonale ?
 C’est une situation d’autorecrutement. (cf. table)

Q° 6 : Que représentent les données de la colonne


« ensemble » ?
 Il s’agit de la répartition socioprofessionnelle (ou par PCS) de la
génération des pères ayant un fils entre 40 et 59 ans en 2003.
 Ex. : Sur 100 « pères »dont les fils ont entre 40 et 59 ans en
2003, 43 appartenaient à la PCS ouvrier.

Q° 7 : Quelle est l’origine sociale des agriculteurs en


2003 ?
 En 2003, 88 % des agriculteurs exploitants ayant entre 40 et 59
ans sont fils d’agriculteurs, 2% fils d’A.C.C.E., 1% fils de C.P.I.S ou
de P.I ou d’employés et 7 % d’ouvriers.
3. La table de destinée

Prenons celle de 2003 (en % sauf effectifs).


Répartition des 7 millions d'hommes âgés de 40 à 59 ans en 2003 selon leur PCS et celle de leur père en milliers

PCS fils  Agri. E Artisan, Cadre et Prof. Employé Ouvrier Ensemble Effectif
PCS père … … Interm. (en
 milliers
)
Agriculteur 22 6 9 17 9 37 100 1143

Artisan, … 1 21 22 24 9 24 100 870

Cadre … 0 6 52 26 6 9 100 591

Prof interm. 0 8 33 33 9 17 100 800

Employé 0 7 22 28 17 26 100 644

Ouvrier 1 8 10 23 12 46 100 2998

Ensemble 4 9 19 24 11 34 100
Effectif (…) 285 619 1317 1690 770 2364 7045

D’après Données sociales 2006, INSEE, Stéphanie Dupays (in C.D.I)


Q° 8 : A quelle situation correspond les nombres situés sur
la diagonale ?
 Hérédité ou reproduction sociales (immobilité). (cf. table)

Q° 9 : Que représentent les données de la ligne


« ensemble » ?
 Il s’agit de la répartition socioprofessionnelle (ou par PCS) de la
génération des fils ayant entre 40 et 59 ans en 2003.
 Ex. : Sur 100 « fils » de 40 à 59 ans en 2003, 34 appartiennent à
la PCS ouvrier.

Q° 11 : Que sont devenus les fils d’agriculteurs en 2003 ?

 En 2003, 22 % des fils d’agriculteurs exploitants de 40 à 59 ans


sont devenus agriculteurs, 6 % des fils d’agriculteurs sont A.C.C.E., 9 %
sont cadres, 17 % sont P.I, 9 % sont employés et 37 % sont
ouvriers.
4. Les limites des tables de mobilité
Q° 13 : A partir de ce document et de vos
connaissances, indiquez les différentes limites des
tables de mobilité.
Les tables de mobilité sociale, du fait même de leur construction, révèlent un certain nombre
d'imperfections.
•Elles ne prennent en compte que les hommes de 40 à 59 ans au moment de l'enquête. Cela peut se
justifier dans la mesure où les femmes des générations précédentes étaient plus souvent inactives, et
si l'on considère que le statut atteint entre 40 et 59 ans est le statut définitif. Les renseignements
fournis restent donc assez partiels. Cependant, des tables pères-filles commencent à faire l'objet
d'études.
•Ensuite, si certaines catégories sont facilement hiérarchisables, il n'en va pas de même pour toutes :
dans quelle mesure un fils d'agriculteur qui devient chauffeur routier connaît-il une mobilité sociale ?
•D'une période à l'autre, une catégorie sociale peut voir sa position sociale modifiée sans que son
classement dans la grille ne change. Doit-on considérer, compte tenu de l'évolution du prestige social
de ces deux professions, qu'un fils d'instituteur qui devient professeur connaît une mobilité sociale
ascendante ou une immobilité ?
•Lors des enquêtes, on demande aux fils le métier de leur père au même âge. Certains métiers ont
disparu, les souvenirs peuvent se révéler approximatifs... le classement est parfois difficile.
•Enfin, le choix du niveau de décomposition retenu peut avoir une influence sur les résultats : plus les
catégories retenues sont nombreuses, plus les mouvements entre ces catégories sont importants. Au
contraire, si l'on retient un découpage en un petit nombre de grandes catégories, les mouvements
observés seront plus réduits.
Magnard SES 2003.
Les limites des tables de mobilité se
retrouvent dans les critères de construction :
- Prenons le contenu de l’échantillon : + de 50 %
de la P.A. n’est pas pris en compte… Cela se
comprenait quand la majorité des femmes n’était
pas active (au sens de l’INSEE). L’unité de
référence devrait être le ménage même si cela
poserait un problème de classement. (cf. texte,
§1)
« Elles ne prennent en compte que les hommes de 40 à 59 ans au moment de
l'enquête. Cela peut se justifier dans la mesure où les femmes des générations
précédentes étaient plus souvent inactives, et si l'on considère que le statut
atteint entre 40 et 59 ans est le statut définitif. Les renseignements fournis
restent donc assez partiels. Cependant, des tables pères-filles commencent à
faire l'objet d'études. »
- La hiérarchisation des catégories sociales est
discutable. (cf. texte, §2 & 3)

« Ensuite, si certaines catégories sont facilement hiérarchisables, il


n'en va pas de même pour toutes : dans quelle mesure un fils
d'agriculteur qui devient chauffeur routier connaît-il une mobilité
sociale ?
D'une période à l'autre, une catégorie sociale peut voir sa position
sociale modifiée sans que son classement dans la grille ne change.
Doit-on considérer, compte tenu de l'évolution du prestige social de ces
deux professions, qu'un fils d'instituteur qui devient professeur connaît
une mobilité sociale ascendante ou une immobilité ? »
- Les modalités de l’enquête peuvent poser
problème : erreurs et omissions sont possibles
dans les déclarations. (cf. texte, §4)
« Lors des enquêtes, on demande aux fils le métier de leur père au
même âge. Certains métiers ont disparu, les souvenirs peuvent se
révéler approximatifs... le classement est parfois difficile. »
- Les tables ne sont qu’une photographie à un
moment donné alors que la vie ou la carrière
professionnelles ressemblent plutôt à un film.

- Les tables occultent la forte hérédité des


professions libérales et des fonctionnaires (2 fois
plus de chances d’être fonctionnaire si son père
l’est déjà).
Si vous avez encore des difficultés pour lire
une table de mobilité:

-l’animation de Felipe de
Oliveira:http://coursdeses.wordpress.com
/2008/12/15/la-mobilite-sociale-
comment-la-mesurer/

- l’animation de T.Larribe sur le


cybermanuel de l’académie de Bordeaux :
II- Les différents
indicateurs de la
mobilité sociale

Source des diapos 20 à 35 : La logique d’une table de mobilité sociale


intergénérationnelle dont l’auteur est Guy Braun est un Collègue de SES-de
A -Le degré d’ immobilité sociale

Fils
CS CM CP Total
Pères

CS 440 220 200 860

450 720
CM 570 1740

CP 660 1 190 5 550 7 400

Total 1550 1 980 6 470 10 000


B - Le degré de mobilité sociale

Fils
CS CM CP Total
Pères

CS 440 220 200 860

CM 450 570 720 1 740

CP 660 1 190 5 550 7 400

Total 1 550 1 980 6 470 10 000


C - la mobilité sociale brute

Fils
CS CM CP Total
Pères

CS 440 220 200 860

CM 450 570 720 1 740

CP 660 1 190 5 550 7 400

Total 1 550 1 980 6 470 10 000


D- la mobilité sociale structurelle
La mobilité
Ancienne
structurelle
structure
est 930 places.
Fils
CS CM CP Total
Puisqu’il ne s’agit pas
d’une volonté
Pères d’égalité mais d’une
nécessité

CS 440 220 200 860

CM 450 570 720 1 740

CP 660 1 190 5 550 7 400

Total 1 550 10 000


Nouvelle
structure
E - Le degré de mobilité sociale nette

Fils
CS Brute
Mobilité CM CP Total
1390+2300 = 3440
Pères
Mobilité Structurelle
690440
+ 240 = 470
930
CS 200 860

CM 450
Mobilité 570
Nette 720 1 740
= Mobilité brute - Mobilité structurelle
CP 660 - 9301 =
3440 190
2 5105 550 7 400

Total 1 550 1 980 6 470 10 000


Les données pour l’année 2003 :mobilité
structurelle et nette (ou de circulation)

1- Donnez le mode de lecture et de calcul de -858 ,2488, 64.7%


2- Comment caractériseriez vous la mobilité en 2003?
Pour ceux qui ont bien
compris et qui veulent
développer :
- l’écart par rapport à la
mobilité parfaite
- la fluidité sociale
F - Ecart par rapport à la mobilité
parfaite
Qui a le plus fort taux
En apparence
En réalité
de reproduction
Fils
CS
la diagonale
CM CP Total
on doit calculer l’écart par rapport
sociale ?
à la structure
1 En apparence dit que
Pères
2 En réalité ce sont les CP
Les CS l’emportent
75 >51,1 En plus
51,1/15,5= 3,3 fois %
que la moyenne
Les CP
CS 51,1 25,6 23,3 100
75/64,7= 1,16 fois plus que
la moyenne

CM 25,9 32,8 41,3 100

CP 9 16 75 100

Total 15,5 19,8 64,7 100


G - La fluidité sociale

Il s’agit de calculer la probabilité de devenir cadre (ici CS)


ou ouvrier (ici CP) lorsque l’on naît fils de cadre ou fils d’ouvrier
Ainsi un fils de CS a 51,1%
de chance de devenir CS
contre 23,3 % de devenir CP
Soit 51,1/23,3 = 2,2 fois
plus de chance de devenir CS que CP

Ainsi un fils de CP a 9 %
de chance de devenir CS
contre 75 % de devenir CP
Soit 9/75= 0,12 fois
(inférieur à 1 donc négatif en fait)
plus de chance
de devenir CS que CP

On compare alors 51,1


les probabilités 23,3 = 18,3. Un fils de CS a 18,3 fois
par un ratio (rapport) 9 plus de chance qu’un fils de CP
75 devenir CS plutôt que CP

calcul des Odds ratios


E - L’amplitude et l’intensité de la
mobilité

1- L’amplitude :

 L’amplitude c’est la distance


parcourue par des acteurs sociaux
entre deux catégories sociales.
 Elle peut être faible lorsque ces
catégories sont très proches, fortes si
elles sont éloignées.
 Cette distance est à la fois:
 subjective :accéder à des conditions de vie
meilleures peut être une satisfaction
lorsqu’il figure le seul horizon possible
 historique : la distance entre catégories
n’est pas fixe dans le temps. La mobilité
sociale obéit à une logique de proximité
ainsi décrite :
2 - Intensité

 On nomme intensité la part d’une population originaire


d’une catégorie susceptible de passer dans une autre.
 « Les enquêtes successives montrent une augmentation de
la proportion des individus qui ne sont pas classés dans la
même catégorie que leur père. »
 il ressort que, avec des catégories définies de manière aussi
stables que possible en différenciant huit groupes, la
proportion des « immobiles » parmi les hommes actifs
occupés de 35 à 59 ans passe de 50,7% en 1953 à 35,1%
quarante ans plus tard, en 1993. Louis-André Vallet:
II – Constats de
l’évolution de la
mobilité sociale
Destinées sociales (1ère ligne) et Origines sociales (2ème ligne) en 1977,
1993 et 2003 en %

PCS
du
Père AE ACCE CPIS PI Empl ouv total
1 1 2 1 1 2 1 1 2 1 1 2 1 1 2003 1977 1 2003
977 993 003 977 993 003 977 993 003 977 993 003 977 993 993

AE 36 21 22 8 7 6 3 9 9 8 13 17 6 8 9 39 42 37 100
89 85 88 18 12 12 8 9 8 12 11 11 18 16 13 25 23 18

Acce 2 2 1 29 29 21 14 20 22 19 20 24 8 7 9 28 23 24 100
3 4 2 40 35 29 23 15 14 17 12 12 15 11 10 11 9 9

CPIS 2 1 0 11 11 6 48 53 52 25 21 26 6 8 6 8 7 9 100
1 1 1 4 8 6 22 23 24 6 7 09 3 7 5 1 2 2
PI 1 1 0 9 10 8 23 35 33 36 30 33 11 9 9 19 15 17 100
1 2 1 6 9 10 17 19 20 15 14 16 9 10 9 3 4 6

Empl 1 0 0 8 8 7 15 22 22 29 32 28 15 11 17 31 28 26 100
1 0 1 6 7 7 12 13 11 13 15 11 14 13 14 6 9 7
Ouv 2 1 1 8 9 8 4 9 10 17 23 23 9 10 12 60 48 46 100
6 7 7 25 30 36 17 20 23 37 40 41 40 44 49 54 53 58

Total 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100

1. Opérez une analyse méthodique qui montre que:


• La mobilité sociale a augmenté
• Elle est essentiellement ascendante
A PARTIR DE L’ANALYSE DES TABLES DE MOBILITE DE 2003
CARACTERISEZ L’AMPLITUDE ET L’INTENSITE

Deux traits semblent


caractériser la mobilité en
France aujourd’hui :
- une intensité forte
- une amplitude réduite qui
traduit l’importance de la
mobilité horizontale
Pour ceux qui ont bien compris:EVOLUTION DES ODDS RATIOS
ENTRE 1984 ET 2000
La table de Mobilité France hommes 40-54 ans
(Enquête emploi 2000)

Agr Indep. Cadres Prof. Interm. Emp. Ouvr. TF


Agr 621 237 220 405 214 1126 2823 Odds ratio :
Indep. 24 550 479 439 183 499 2174 (749 x 3896) = 35
Cadres 10 127 749 325 100 116 1427 (116 x 700)
Prof. Interm. 9 138 552 568 182 352 1801
Emp. 7 210 490 643 393 770 2513
Calculez les Odds
Ouvr. 43 621 700 1520 855 3896 7635 ratios
TF 714 1883 3190 3900 1927 6759 18373 En 1984 et 2000
Pour les employés et
Agr Indep. Cadres Prof. Interm. Emp. Ouvr. TF Les cadres

Agr 893 241 112 346 194 1072 2858


Indep. 30 514 308 352 131 387 1722
Cadres 6 53 363 146 30 35 633 Odds ratio :
Prof. Interm. 7 72 271 363 83 171 967 (363 x 2614) = 81
Emp. 9 124 242 393 157 378 1303 (334 x 35)
Ouvr. 82 419 334 1045 443 2614 4937
TF 1027 1423 1630 2645 1038 4657 12420
La table de Mobilité France hommes 40-54 ans (Enquête
emploi 1984)
PARTIE II – LES
DETERMINANTS DE
LA MOBILITE SOCIALE
I – L’INFLUENCE DE L’EVOLUTION
DE LA STRUCTURE SOCIALE
Répartition de la population active en 2007 en %
Quelle précautions doit-on prendre pour pouvoir comparer ces 2 diapositives?
Les évolutions récentes de la population active vont-elles dans le même sens que les évolutions de long
terme?

Agriculteurs exploitants 2.1

Artisans, commerçants, chefs 6.2


d’entreprise

Cadres et professions 15.5


intellectuelles supérieures

Professions intermédiaires 23.0

Employés 29.8

ouvriers 22.8

Source :http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATCCJ03121
II – L’INFLUENCE DE L’ECOLE :
DEMOCRATISATION OU MASSIFICATION ?

Source: L’état de l’école, Octobre 2008


Source: L’état de l’école, Octobre 2008
Origine sociale des étudiants français dans l’enseignement supérieur en 2005 - 2006

PCS du Ensembl Dont : CPGE STS % dans la


chef de e population
famille universit Lettres Santé IUT
é
AE 2 1.7 1.6 3 2.1 4.3 2.7
ACCE 6.6 6 5.6 8.2 8 8.3 6
CPIS 31.6 27.4 43.9 26.5 51.7 14.3 14.9
PI 15.2 15.8 14.3 18.8 14.3 16.1 23.4
Employé 13.3 14.4 7.7 15.9 8.6 16.9 29.3
Ouvrier 10.7 11.1 5.5 15.4 5 20.8 23.7
Retraité 11.5 13.8 6.7 8.2 7.1 14.4 -
Indéterminé 9.2 9.7 14.8 4 3.2 4.9 -
Total 100 100 100 100 100 100 100

Source : Education nationale.


L’EVOLUTION DU RECRUTEMENT DANS LES GRANDES ECOLES ENTRE

Mode de lecture et de
calcul du chiffre pointé

Sur 100 étudiants à l’ENA, X


ou l’ENS en 1975 13.6 sont
d’origine populaire

(étudiants à l’ENA,X ENS issus


De classes populaires en 75)
13.6 =-----------------------x100
Etudiants à l’X l’ENA ou
L’ENS en 1975
UNE ECOLE SEGREGATIVE JUSQU’AUX ANNEES 60

Le lien si fortement établi dans la tradition bourgeoise républicaine entre réussite sociale et réussite
scolaire favorise aujourd'hui en France une représentation doublement anachronique de l'institution
scolaire.
Celle-ci serait par nature et donc aurait toujours été l'instrument non seulement de la réussite mais
aussi de la promotion sociale; et celui, conjointement, de l'égalité des chances. Un minimum de
perspective historique peut seul dissiper cette illusion rétrospective et permettre d'évaluer, du même
coup, l'état des choses actuel.
Cette séparation sociale des réseaux de scolarisation sous la troisième République était un fait avéré,
ostensible même. Pour Ferry et les républicains modérés, l'école n'avait guère à voir avec la mobilité
sociale. L'obligation scolaire visait à garantir le recrutement des grandes masses de la population active
(métiers manuels d'exécution, encadrement intermédiaire, élite), et dans chaque cursus les contenus
d'enseignement étaient conçus en conséquence. Comme il allait de soi, conjointement, que c'était au
fils de remplacer le père (les positions sociales étant occupées par des lignages et non par des
individus"), la politique scolaire ne pouvait avoir pour objet que de répondre aux besoins propres à
chaque milieu social (classes populaires,intermédiaires dominante), en élevant tout le monde dans sa
condition.
L’instauration de la gratuité ( années 30),l’absorption des écoles primaires supérieures ( 43),l’accueil en
lycées des élèves des cours complèmentaires( années 50 ) ont commencé à élargir le recrutement de
l’enseignement secondaire . C’est la réforme Berthoin cependant ( 1959) adoptée sous les besoins du
développement économique et social ,qui ouvre la voie à l’école unique .

Source : JP Terrail, la scolarisation en France, la dispute 1997


VERS UNE DEMOCRATISATION DU SYSTEME SCOLAIRE ?

La suppression des barrières institutionnelles limitant l'accès à l'enseignement secondaire a permis, en


trois ou quatre décennies, d'achever la «massification» de ses effectifs, le processus touchant désormais
l'enseignement supérieur. Si elle a ainsi ouvert l'accès aux études longues au plus grand nombre, ses
effets sur l'inégalité des chances d'effectuer les bons parcours restent au bout du compte modestes. Ce
constat d'un écart maintenu entre le droit et le fait, entre l'égalité formelle et l'inégalité réelle, atteste
combien la question de l'échec scolaire dans les classes populaires reste ouverte au cœur du
fonctionnement des sociétés modernes, mettant à l'épreuve leurs prétentions démocratiques
On n'en perçoit que mieux, aujourd'hui, la signifi-cation historique. Sous la III" République chaque ordre
d'enseignement répondait aux besoins de la reproduction d'une fraction déterminée de la population
active. La Ve République, sous la pression du développement écono-mique, et sous couvert d'école
unique assurant l'égalité des chances, a mis en place un parcours différencié en filières relativement
etanches, articulées à une formation initiale apparemment commune. Ces filières sont l'analogue struc-
tural des ordres d'enseignement antérieurs : la voie courte -sortie sans diplôme et diplôme professionnel,
bac com-pris, soit environ 42 % des sortants de 1993- recrute dans les classes populaires et alimente les
emplois d'exécution; la filière technologique recrute dans la fraction supérieure de ces classes et dans les
classes moyennes, et prépare aux fonctions semi-qualifiées ainsi que d'encadrement immé-diat du travail
d'exécution (les «professions intermédiaires»); les terminales d'enseignement général sont la voie d'accès
aux formations supérieures longues et aux emplois de cadres supérieurs et professions libérales, qui y
envoient leurs enfants ; reste la voie royale des plus grandes écoles, qui passe par le bac S et les
meilleures classes préparatoires, et demeure quasiment inaccessible aux classes populaires.
La contribution de l'école à la reproduction des rapports de classes apparaît ainsi marquée d'invariance
structurale

Source : JP Terrail, la scolarisation en France, la dispute 1997


L’influence du diplôme sur la position sociale

Quels sont les facteurs qui influencent l’accès à


Donnez le mode de lecture et de calcul du chiffre
une profession supérieure ou intermédiaire?

Classez-les selon leur importance. Quelle méthode allez-vous utiliser?

Source: L’état de l’école, Octobre 2008


PARTIE III-
LES
EXPLICATIONS
THEORIQUES
La mobilité sociale comme problème et
comme problématique

 Deux visions de la mobilité sociale :

Sociologie du conflit :  Sociologie du consensus


Reproduction sociale  Allocation des individus
et héritage des capitaux selon leurs mérites et talents
 Les conséquences de la mobilité sociale : le déclin des sociétés d’Assigned
status et l’émergence de l’Achieved status

Source : cours Sciences PO Paris , L.Chauvel


INTRODUCTION – LE PARADOXE D’ANDERSON

1 - Donnez le mode de lecture et de calcul de 53%


2 – Peut-on établir une relation entre le niveau de diplôme du fils par rapport à son père et la
position du fils relativement à celle du père ? Pourquoi parle t’on de paradoxe ?
I – L’ANALYSE DE RAYMOND BOUDON : UNE DEMARCHE
ACTIONNALISTE : L’INDIVIDUALISME METHODOLOGIQUE

L'objectif du sociologue Raymond Boudon est d'analyser la mobilité sociale dans les sociétés industrielles.
Boudon explique les inégalités sociales à l’école par un modèle théorique qui repose sur deux hypothèses :
- l'origine sociale conduit, par le jeu de mécanismes intermédiaires (groupes de référence, héritage
culturel...) à des distributions différentes en termes de réussite et d'âge (avance/retard)
- la survie d'un individu dans le système scolaire dépend d'un processus de décision dont les paramètres
sont fonction de la position sociale. (…)
Celui qui est « doué » de capacités naturelles plus importantes aura un coût de formation moindre et un
rendement plus fort…Il y a donc différents niveaux de la « demande d’éducation » : tout le monde ne
demande pas la même chose, en fonction des gains espérés et des risques que l’on accepte de courir.
Les inégalités scolaires de parcours et de réussite scolaire résultent donc du comportement rationnel des
individus aux différents points de bifurcation du système scolaire. A chaque point de bifurcation, suivre une
voie de formation implique un coût, des risques et des bénéfices. La combinaison de ces différents
paramètres est différente pour chaque voie. Les individus choisissent la voie dont la combinaison
coût/bénéfice est la plus avantageuse pour eux, étant donné les contraintes que leur impose leur situation
sociale, leurs résultats scolaires etc. Les familles choisissent la filière la plus "utile", la plus rentable pour
eux, elles font des choix stratégiques.
La perspective théorique de l'individualisme méthodologique considère qu'un fait social (comme les
régularités statistiques des inégalités sociales des parcours scolaires par exemple) résulte de l'agrégation
des décisions rationnelles des individus. Ce courant ne nie pas le poids des contraintes sociales sur les
actions des individus. Mais il montre que, dans la limite de ces contraintes, les individus ont un champ
d'action ; il cherche alors à comprendre les stratégies des acteurs dans ce champ.

Source : Y Alpe , Les apports de la sociologie de l’éducation à l’analyse des situations scolaires
II - L’ANALYSE DE PIERRE BOURDIEU :

Les sociologues français P. Bourdieu et J.C. Passeron publient en 1964 « Les héritiers », ouvrage consacré
aux étudiants, qui soutient que l’école a pour vocation de reproduire les inégalités, et qu’elle constitue un
système de préservation des élites. L’inégalité des chances scolaires n’est donc pas un dysfonctionnement
du système, mais bien un résultat voulu.
Trois concepts fondamentaux caractérisent la théorie de la reproduction :

Capital culturel : il est constitué par l’ensemble des ressources et dispositions culturelles : biens culturels,
accès à ces biens, diplômes, rapport à la culture et à l'école. Le capital culturel diffère selon le milieu social,
et se combine avec le capital économique (revenus, patrimoine) et social (ensemble des relations sociales,
prestige…)

Habitus : Le système de représentations auquel l'individu va se référer, et qui va orienter ses pratiques,
son comportement, son ambition, ses projets (avenir objectif).
C’est un "système de dispositions durables" parce qu'acquis durant une période de temps suffisamment
longue pour qu'il soit intériorisé, considéré par l'individu comme naturel. C'est une capacité socialement
acquise de penser le monde, de s'habiller, de parler, d'agir, et de réagir de façon appropriée à
l'environnement. Ces façons de penser et d'agir sont acquises au cours du processus de socialisation dans la
famille d'abord, à l'école ensuite.

Violence symbolique : La fonction de reproduction de l'école s'exerce par la violence symbolique. L'action
pédagogique (exercée par la famille, les enseignants) impose un arbitraire culturel, celui de la classe
dominante. Cette action réussit lorsqu'elle est investie d'une autorité pédagogique, c’est-à-dire lorsqu'elle
est reconnue digne et légitime d'être exercée par ceux qui la subissent

Source : Y Alpe , Les apports de la sociologie de l’éducation à l’analyse des situations scolaires
Bourdieu et Passeron montrent que l'école a une certaine autonomie par rapport à la
sphère économique et à la sphère sociale puisqu'elle appartient à la sphère culturelle.
Elle diffuse la Culture avec un grand C, elle se présente comme le canal de
transmission du « Savoir Objectif ». Or cette culture n'est pas neutre, elle est
socialement arbitraire, c'est la culture bourgeoise.
C'est parce que l'école ignore les différences d'héritage culturel, et qu'elle transmet et
inculque la culture bourgeoise comme culture légitime, qu'elle participe à la
reproduction des inégalités sociales.
Cela passe inaperçu parce que ces inégalités sont légitimées par "l'idéologie du don" :
si on ne réussit pas, c'est qu'on n'est pas doué. Ce n'est pas parce que la distance
entre l'habitus primaire (famille) et l'habitus secondaire (école) est grande, et gêne
l'intériorisation de cet habitus secondaire. L'idéologie du don traduit les inégalités
sociales en échec personnel ou en reconnaissance de talents individuels, qui sont
sanctionnés et légitimés par les diplômes, l'idéologie du don convertit les inégalités
sociales en inégalités scolaires.

Source : Y Alpe , Les apports de la sociologie de l’éducation à l’analyse des situations scolaires
PARTIE IV
DES SOLUTIONS POUR
ACCROITRE
LA MOBILITE SOCIALE ?
I – Des mesures de discrimination positive :
l’exemple des ZEP

Au début des années 1980, pour pallier des inégalités scolaires déjà criantes, on osait une entorse au
principe d’égalité de traitement des enfants en décidant de « donner plus à ceux qui ont moins ».

On peut dire qu’à la fin du collège, plus de 25 % des élèves de Zep ne maîtrisent pas ou maîtrisent mal les
compétences générales requises par les programmes, contre 15 % des élèves hors Zep. Une étude de l’Insee
portant sur la période 1982-1992 dresse un constat encore plus définitif indiquant que « la mise en place des
Zep n’a eu aucun effet significatif sur la réussite des élèves, mesurée par l’obtention d’un diplôme, l’accès en
quatrième, en seconde et l’obtention du baccalauréat ». On a simplement pu éviter que les élèves les plus en
difficulté s’enfoncent davantage dans l’échec scolaire et que les écarts ne se creusent de manière plus forte.

Aujourd’hui, il semble qu’il faille aller plus loin en passant à des politiques orientées plus directement vers les
publics en difficulté. Comme l’explique Éric Maurin, le problème de la ségrégation urbaine a en fait été mal
posé dès le départ : « Prendre les territoires pour cibles, c’est presque immanquablement s’exposer à oublier
une fraction non négligeable des plus démunis – installés ailleurs, dans les interstices des territoires jugés
« non sensibles » – et à n’atteindre que trop peu l’autre partie, d’où injustices et inefficacités. » Il paraît
désormais plus pertinent de marquer une rupture salutaire avec ce qui n’a été pendant vingt ans que du
saupoudrage : miser sur des politiques de ciblage chirurgical, donner à une école plutôt qu’à une zone,
distribuer des bourses plus élevées mais à moins de bénéficiaires, promouvoir – pourquoi manquer
d’audace ? –, une politique du logement à un enfant par pièce… Voilà peut-être une autre manière de freiner
le bulldozer du déterminisme social.

Source : Éducation prioritaire, un bilan des zep Fabrice Hervieu-Wane


Quel impact a eu cette politique sur la lutte contre l’échec scolaire ?
II – LA SUPPRESSION DE LA CARTE SCOLAIRE
A l’heure où la suppression de la carte scolaire est programmée, on n’en est plus aux conjectures quant
aux effets que la « libéralisation » du choix de l’établissement pourrait très vite produire. Car, pour peu
que l’on déplace le regard hors de l’Hexagone, les effets du choix sont clairs et parfaitement connus. Un
texte récent d’un chercheur belge en apporte une nouvelle démonstration : il s’agit de l’étude de Nico
Hirtt, « Impact de la liberté de choix sur l’équité des systèmes éducatifs ouest-européens », publiée en
ligne sur le site de l’Appel pour une école démocratique (Aped, Bruxelles).

Le résultat est sans appel : le degré d’inégalité dans les systèmes éducatifs européens est fortement
corrélé au degré de liberté de choix ; en d’autres termes, plus l’indice de liberté de choix est élevé, plus
les inégalités sociales de performance sont fortes. Mais ce facteur n’est pas la seule caractéristique de
l’organisation scolaire à avoir une influence. Reprenant, là encore, certains travaux antérieurs, l’auteur
introduit dans son analyse le caractère plus ou moins précoce de la première sélection, en opposant les
pays qui, comme l’Allemagne ou la Belgique, orientent les enfants dès 11-12 ans vers des filières
distinctes et hiérarchisées, à ceux qui, comme les pays scandinaves ou les pays du Sud, scolarisent tous
les élèves dans une voie unique jusqu’à 15-16 ans. A nouveau, la conclusion est sans appel, avec
davantage d’inégalités sociales de performance là où la sélection est la plus précoce.
Cette étude met donc en évidence une très forte corrélation positive entre l’importance des inégalités
sociales dans les systèmes d’enseignement et leur organisation sur base d’un « quasi-marché ». Elle
montre également combien la combinaison du libre choix et de procédures de sélection/orientation
précoces nuit à l’équité. Et l’auteur de conclure qu’en France, la suppression de la carte scolaire et
l’abaissement de 14 à 12 ans du premier palier d’orientation conduiraient l’enseignement français à
rejoindre la Belgique et l’Allemagne dans le peloton de tête des systèmes éducatifs les plus
« ségrégateurs » sur le plan social.

Source : Suppression de la carte scolaire : des effets programmés…


par Marie Duru-Bellat sur le site la vie des idées