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Michelle Zancarini-Fournel

PR histoire contemporaine, université de Lyon1-


IUFM
PCL1, avril 2009

HiSTORIOGRAPHIE
DE LA
RÉVOLUTION FRANÇAISE
ET
ENSEIGNEMENT
I- Une histoire du temps présent (fin du
XVIIIe siècle)

* Une histoire contre-révolutionnaire


BURKE
Joseph de MAISTRE
Abbé BARRUEL
* Une histoire favorable à la révolution,
mais à quelle révolution ?
Benjamin CONSTANT
Madame de STAËL (publiée à titre posthume)
dissocie 1789 de 1793
2- Au XIXe siècle, « siècle de
l’Histoire »l’histoire de la Révolution au
centre = une « bonne » et une « mauvaise
révolution » ( séparer 1789 de 1793)
• Le moment GUIZOT (Rosanvallon): relire sur
la longue durée la Révolution pour penser
l’avenir (le positif = liberté et égalité ; le négatif
= 1793 et l’épisode napoléonien)

• Une réflexion sur le politique : TOCQUEVILLE,


COCHIN
A. THIERS, L. BLANC, E. QUINET

• L’historien visionnaire Jules MICHELET


3- Avec la République, « la révolution est
un bloc » (Clémenceau, 1891) ; en entrant
à la Sorbonne, elle devient une histoire
académique et à finalité civique
• Aulard, 1891, première chaire en
Sorbonne
Une histoire centrée sur l’éloquence
parlementaire et la succession des
assemblées (constituante, législative,
convention)

• Lavisse, auteur de programmes et de


manuels de l’école primaire
Les jeunes héros incarnant le patriotisme :
4- Une histoire socialiste puis marxiste
de la RF
• Jean Jaurès : l’histoire socialiste de la RF
devient une histoire économique et
sociale
- Après le conflit Aulard/ Mathiez
(Danton vs Robespierre)
- Une étude des prix (Mathiez), des
paysans essentiellement : Georges
Lefebvre
- Georges Lefebvre, une étude originale
La Grande Peur de 1789, une histoire
5- La domination de l’histoire
économique et sociale (1944-1978) : le
siège = La Sorbonne
• Ernest LABROUSSE
À la Sorbonne triomphe de l’histoire
économique et sociale, de la notion
d’Ancien Régime et des causes de la RF
• Albert SOBOUL, étude des Sans-
culottes, des artisans-propriétaires
révolutionnaires parisiens
Un manuel sur l’histoire générale de la
révolution, « bible » pendant trente ans
des professeurs du secondaire et des
6 - La révision de F. FURET :
l’histoire politique au centre ; le
• Denis Richet etsiège
François= l’EHESS
Furet (1965 ; 2ème édition
1978). Pour une histoire politique de la RF, « le
dérapage » de 1791.
Marc FERRO, « La Révolution est déjacobinisée », La Quinzaine littéraire,
mars 1966

• Une relecture des historiens libéraux du XIXe siècle


servie par la délégitimation du marxisme après 1975
et la mise en cause de l’histoire sociale de la RF.

• La révolution française vue comme origine de la


Terreur bolchévique de la révolution russe (1793
expliquant 1917 et ses suites)

Au final François Furet se fait l’historien du


communisme au XXe siècle dans Le passé d’une
7- Le choc frontal du Bicentenaire
le tournant historique et historiographique
de 1989
• François FURET et Mona OZOUF,
Dictionnaire critique de la Révolution
française, 1988 (tout est politique)
• Autour de Michel VOVELLE, maintien des
approches socio-culturelles : fidélité et
renouvellement
• Une réponse d’un historien américain, Steven
Kaplan Adieu 89 = bilan distancié du
Bicentenaire et contestation de la négation
par F. Furet des enjeux sociaux de la
révolution
• Une réponse (1989)tardivement publiée en
8- 1989-2009 Diversité des approches

• Prosopographie : ex Les Constituants


• Réseaux
• La Vendée
• Révolution et Contre-révolution, des
frontières fluctuantes
• Religion(s)
• La violence révolutionnaire
RÉFLÉXIONS ÉPISTÉMOLOGIQUES

• 1- La question de la causalité : sur les


origines de la RF : voir Chartier (2ème
édition, 2000)
• 2- Sur la question de l’événement
(réhabilité par 1989 à Berlin, 2001 à New
York )
• 3- Sur les rapports mémoire, histoire et
commémoration : Pierre Nora Les lieux de
mémoire (1992, conclusion « la révolution
française n’a été que commémorée »)
• 4 – Sur l’histoire des femmes et du genre :
des « citoyennes sans citoyenneté »
(Godineau 1988) au « roman national »
RÉFLÉXIONS MÉTHODOLOGIQUES
Une révolution, matrice de l’histoire française
contemporaine ou une DES révolutions, après la
Grande révolution anglaise ( 1688) et la
révolution américaine (1776)
« En fait, la Révolution française n'est qu'un aspect d'une
révolution occidentale, ou plus exactement atlantique, qui a
commencé dans les colonies anglaises d'Amérique peu
après 1763, s'est prolongée par les révolutions de Suisse,
des Pays-Bas, d'Irlande avant d'atteindre la France en 1787
et 1789. »
Jacques Godechot ,La Grande Nation (1956)
Thèse retravaillée récemment par Leora Auslander
dans son livre Révolutions culturelles (à paraître
en français en 2009)
Sur histoire des objets et des symboles du quotidien pour
forger des hommes et des femmes « révolutionnaires », des
RÉFLÉXIONS MÉTHODOLOGIQUES …
suite
* Usage des textes : linguistic turn ?
Cf Jacques Guilhaumou, Sophie Wanisch
* Usage des images
A mettre en relation avec la nouvelle Histoire
des arts dans les programmes du
secondaire.
- la caricature révolutionnaire et contre-
révolutionnaire ;
- la peinture (ex. de David et de Girodet)
- l’allégorie : Marianne fille de la Révolution
(Cf travaux de Maurice AGULHON sur histoire
RÉFLÉXIONS PÉDAGOGIQUES

• Place dans les programmes des


classes de 4ème (en collège) et de
Seconde (en lycée)
Et libellé des programmes et des
commentaires (Documents
d’accompagnement..)

Après une domination sans partage de


l’histoire économique et sociale, imposition des
perspectives de François Furet, de l’effacement
de l’événement et de l’imposition d’une l’histoire
politique – programmes de 1995 - puis retour à
RÉFLÉXIONS PÉDAGOGIQUES (suite)

• Pour l’oral si extraits de manuels sur


la RF :
- S’intéresser aux principes du
découpage chronologique (rôle des
assemblées, de la guerre, de la conception
de la terreur …)
- Aux mots employés et aux définitions
données
- Aux documents présentés (en particulier
lorsqu’il s’agit de documents explicatifs
d’historiens). Veiller à la diversité des
RÉFLÉXIONS PÉDAGOGIQUES (suite)
• Thèmes à aborder et approfondir
1- Avec la loi Taubira (2001)
Débats sur la première abolition de l’esclavage
et retour…
entre Droits de l’Homme et réalisme
économique
Deux points de vue opposés à l’Assemblée
Constituante :
- celle des planteurs (7000) comme Lameth et
Barnave réunis dans le Club Massiac (grand
négoce colonial)
- la Société des Amis des Noirs avec le courant
dit « négrophile » voir Abbé Raynal ( Histoire
philosophique et politique des établissements
et du commerce des Européens dans les deux
Indes) et l’abbé Grégoire
Une abolition accordée en 1794 après
la révolte des mulâtres et des esclaves
aux Antilles
• - revendication d ‘égalité des hommes libres
(mulâtres) en août 1791
• - soulèvement des esclaves noirs nord de
Saint-Domingue en 1793. Rôle de Toussaint-
Louverture
• - abolition de la traite et maintien de
l’esclavage dans un premier temps
• - février 1794 la Convention nationale abolit
l’esclavage après la révolte des esclaves
pour la liberté ; mais Napoléon Bonaparte le
rétablit le 8 mars 1802
• - révolution noire aboutit à l’indépendance
d’Haïti (1803)
• Une première abolition longtemps oubliée ;
2- Les femmes dans la Révolution
française
• « des citoyennes sans citoyenneté »
(D.Godineau)
• Une présence active dans les
manifestations, les pétitions et les clubs au
début de la RF
• La Déclaration des droits de la femme et de
la citoyenne d’Olympe de Gouges en 1791
souligne le caractère genré de la DDH de
1789 (un individu neutre, mais en fait
masculin)
• Interdiction pour les femmes de participer
aux clubs en 1793
• Mais des changements fondamentaux :
Un droit civil égalitaire (égalité des enfants
naturels et divorce par consentement