Regards croisés

Sociologie

I - Travail, Emploi, Chômage 2. Intégration, conflit, changement social

1 – 2 – Quelles politiques pour l’emploi ?
Quels liens sociaux dans des sociétés où s'affirme
le primat de l'individu ?

Thème 123- Le travail
assure-t-il toujours
l’intégration sociale
aujourd’hui?

Les indications du programme
On soulignera que les politiques de l'emploi sont 1 – 2 – Quelles politiques pour
aussi fondées sur la prise en compte du rôle du l’emploi ?
travail et de l'emploi dans l'intégration sociale. On se
demandera en quoi ce lien entre travail et intégration
sociale est fragilisé par certaines évolutions de
l'emploi.
NOTIONS :salariat, précarité, pauvreté
On traitera plus particulièrement de l'évolution du
rôle des instances d'intégration (famille, école,
travail) dans les sociétés contemporaines et on se
demandera si cette évolution ne remet pas en cause
l'intégration sociale.
2.1 Quels liens sociaux dans
Acquis de première : désaffiliation, disqualification, des sociétés où s'affirme le
réseaux sociaux.
primat de l'individu ?

Introduction

Questions:
1.Tous les européens accordent-ils la même importance au travail ?

I – Quelle place a l’emploi dans les sociétés
modernes ?

A – Comment le travail assure-t-il l’intégration ?

Source:
J.F.Freu,
CHAP 6 - 61 - B - Les institut
ions intégratrices (Cours) (20
09-2010).pdf

1.

Un facteur de production

Notre concept de travail plonge ses racines dans plusieurs strates de
signification, parfois contradictoires, qui se sont ajoutées au fil des
siècles. C'est au XVIIIe siècle que les économistes vont définir le
travail comme un facteur de production procurant un revenu. A cette
époque, il continue néanmoins d'être considéré comme une
punition, un sacrifice, une "désutilité".
Source : Patricia Vendramin, Réinventer le travaildirectrice de
recherche à la Fondation travail-université et professeure à
l'université
catholique
de
Louvain
Alternatives Economiques Hors-série n° 099 - décembre 2013
Questions:
1.Quel est le premier apport du travail?
2.Expliquer la phrase soulignée

2 - Le travail apporte un revenu
La dimension rémunératrice du travail est probablement première,
tant les individus aspirent à une indépendance économique, qui
permet à la fois d’apporter une sécurité face aux aléas du présent et
d’envisager l’avenir avec sérénité. (…)
« Tout travail mérite salaire ». Cet adage rappelle à quel
point la fonction rémunératrice du travail est importante dans nos
sociétés. Il n’en a pas toujours été ainsi. Dans l’Antiquité puis dans
les sociétés médiévales, le travail, pour la plupart des individus, n’est
pas distingué des autres temps de la vie quotidienne et ne fait
pas l’objet d’une rémunération parce qu’il n’appartient pas au
travailleur (esclavage puis servage).
Source : CAS, Le travail et l’emploi dans vingt ans, Juillet 2011
Questions:
1.Expliciter la deuxième fonction du revenu

3 - Des droits sociaux
Ce modèle de l’emploi s’est renforcé
au XX siècle, en particulier durant
les Trente Glorieuses. À cette époque, la
rémunération du travail a incorporé de
nombreux déterminants collectifs, en
particulier dans les modèles bismarckiens
de protection sociale où le travail est le
support des droits sociaux. Au-delà du
salaire, c’est donc bien pour l’emploi et
l’ensemble des droits associés que
l’individu peut souhaiter travailler.
Source : CAS, Le travail et l’emploi
dans vingt ans, Juillet 2011
11p 245
Questions:
1.L’emploi n’apporte-t-il qu’un revenu
direct ?

4 – Une identité

Questions:
1.Quels critères permettent de définir un individu?

5 - Un épanouissement personnel
Le XIXe siècle vient ensuite poser le travail comme l'essence de l'homme, c'est-à-dire une
activité humaine qui lui permet de s'exprimer et de transformer le monde. Cette seconde
signification est radicalement différente de la première ; le travail est considéré comme
l'expression de la liberté créatrice de l'homme. (…)
Le retournement en faveur d'une éthique de l'épanouissement s'opère dans les faits à partir de
la seconde moitié du XXe siècle, lorsque des conditions concrètes vont être réunies. A cette
période, deux événements essentiels vont permettre la transition d'une éthique du devoir à une
éthique de l'épanouissement : d'une part, le développement de l'Etat social et de l'idée qu'il
incombe à celui-ci de garantir aux citoyens le bien-être ; d'autre part - et surtout -, l'explosion
des taux de croissance qui soudain rend réalisable et accessible ce qui n'apparaissait
jusqu'alors que comme une utopie : faire du travail-devoir un plaisir, transformer l'activité
pénible en instrument de réalisation et d'expression de soi. La société est désormais mise au
service de l'individu et de son épanouissement individuel, alors que l'individu se réalisait
auparavant en menant à bien la mission que lui avait confiée la société.
Source : Patricia Vendramin, Réinventer le travaildirectrice de recherche à la Fondation
travail-université
et
professeure
à
l'université
catholique
de
Louvain
Alternatives Economiques Hors-série n° 099 - décembre 2013
Questions:
1.A quelles conditions le travail assure –t-il l’épanouissement personnel ?

5 - Un épanouissement personnel
Questions:
1.Opérez une
typologie des
aspirations de la
population en fonction
de leur situation sur le
marché du travail

6 - Des liens sociaux
Le travail est aussi un espace d’intégration sociale, par les échanges formels et
informels avec les collègues, les fournisseurs ou les clients. Signe extérieur d’identité sociale,
cette dimension est donc aussi un élément de la volonté des individus de travailler.
Elle était forte lorsque le travailleur n’était qu’un élément de la communauté à laquelle il
appartenait. (…)
Au-delà de l’entreprise, la dimension sociale prend la forme de la construction des
identités professionnelles, qui participent de la place des individus dans la société. Déjà
présente dans l’artisanat et le commerce dès le Moyen Âge à travers les corporations
et les guildes, cette dimension sociale constitue aussi une source de solidarité et
d’entraide. (…) Si certaines identités ouvrières se sont affaiblies, cette dimension du
travail comme participation à la vie sociale de l’entreprise et de la société n’a pas disparu
aujourd’hui . Les Français y demeurent sensibles, eux qui plébiscitent régulièrement dans
les enquêtes la recherche d’une « bonne ambiance au travail ». Ils attendent beaucoup du
travail pour remplir cette fonction d’intégration sociale, alors même qu’ils souhaitent
réduire la sphère du travail pour pouvoir s’épanouir en dehors. C’est ce que Dominique
Méda nomme le « paradoxe français ».
Source : CAS, Le travail et l’emploi dans vingt ans, Juillet 2011
1.Expliquez le paradoxe français

B – Une intégration assurée par l’emploi normal
ou fordiste caractéristique
des 30 Glorieuses
Robert Castel : Que le travail soit « support de
droits, d’une réalisation de soi et moyen de
production » n’a rien d’une utopie, ou alors c’est
l’utopie réalisée qui a constitué le socle de la
société salariale. À la fin de la trajectoire du
capitalisme industriel et en particulier durant les
trente années qui ont suivi la Seconde Guerre
mondiale, le travail, sous la forme du statut de
l’emploi, a donné à la majorité de la population des
principaux pays d’Europe occidentale à la fois les
ressources économiques de base (salaire) et les
droits assurant une sécurité sociale généralisée. Ce
statut de l’emploi a formé la clef de voûte de ce que
l’on a appelé « le compromis social du capitalisme
industriel ». Comme en contrepartie de l’acceptation
de la subordination salariale, le monde du travail
bénéficiait de protections étendues, conditions
d’une certaine indépendance économique et
sociale. Le travail protégé et assuré constituait ainsi
pour le plus grand nombre la base de l’intégration
Source:Le travail : valeurs, attentes et frustrations,Un entretien avec Robert Castel, Dominique
sociale.
Méda, et Laurence Roulleau-Berger
Expliquez la phrase soulignée à partir de la suite du texte

B – Une intégration assurée par l’emploi normal
ou fordiste caractéristique
des 30 Glorieuses
Durant les trente glorieuses, le travail typique a été le principal responsable de
l'insertion et de l'intégration des individus dans la société. Il s'agit d'un travail :

salarié,

à

temps plein,

protégé
et

par un contrat à durée indéterminée

des conventions collectives qui prévoient :
 une augmentation régulière des salaires réels,
indexés sur les gains de productivité,
 une promotion professionnelle
et une forte protection sociale (« compromis fordiste »).

Source: J.F.Freu, CHAP 6 - 61 - B - Les institutions intégratrices (Cours) (2009-2010).pdf

II – L’emploi peut-il continuer à assurer
l’intégration sociale ?

A – Les transformations du marché du travail
limitent le rôle intégrateur du travail

Introduction
Les premières conséquences de ces orientations ne sont pourtant pas le
démantèlement complet de la société salariale mais, précisément, cet
effritement qui se caractérise par l'apparition de nouveaux risques
rendant le rapport au travail aléatoire. Risque chômage bien sûr, mais
aussi risques qui proviennent de la prolifération des contrats de travail «
atypiques », à durée limitée, à temps partiel, d'intérim, etc. Le chômage
de masse et la précarisation des relations de travail qui s'aggravent l'un et
l'autre au cours de la décennie suivante, parce qu'ils s'entretiennent l'un
l'autre, sont les deux grandes manifestations d'une déstabilisation
profonde des régulations de la société salariale ».
Source : R. Castel. « Centralité du travail et cohésion sociale », in Le
monde du travail, J. Kergoat (sous la dir.), la Découverte, textes à
l’appui, 1998.
Questions :
1. Quelles sont les évolutions du marché du travail qui fragilisent le lien
social?

1 – L’augmentation du chômage

Questions:
1.Périodisez
l’évolution du
chômage depuis
2003

1– Et ses conséquences

2– Le développement des emplois atypiques

a- Constat

Des emplois à durée limitée
Évolution de la part des embauches en CDD et CDI en France (base 100 en 2000)

Questions:
1.Comment évoluent la part des embauches en CDD et CDI depuis 2000?
2.E quoi cela remet-il en cause le modèle de l’emploi des 30 Glorieuses?

Des emplois à durée limitée
La population active occupée selon l’âge et le statut des emplois en 2008
Questions :
1.Quelles relations pouvez-vous
effectuer entre âge et statut
d’emploi ?

A temps partiel
Évolution de la part des actifs à temps partiel selon le sexe (en %), de 1975 à 2009

Questions:
1.Périodisez l’évolution
de la part des actifs à
temps partiel depuis
2009
2.Les disparités entre
hommes et femmes se
sont-elles atténuées?

b- les conséquences sur le rôle intégrateur du
travail

L’emploi ne protège plus de la pauvreté
Un million de personnes exercent un emploi mais disposent, après avoir comptabilisé les prestations
sociales (primes pour l’emploi, allocations logement, etc.) ou intégré les revenus de leur conjoint, d’un
niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, fixé à la moitié du revenu médian . Elles sont 1,925 million
si l’on prend en compte le seuil à 60 %. Le nombre de travailleurs pauvres a grossi de 83 000 personnes
entre 2003 et 2010 au seuil de 50 %, de 154 000 au seuil de 60 % du revenu médian. Il est d’ailleurs
possible que ces chiffres aient progressé avec l’accentuation de la crise.
Si l’on compte l’ensemble des personnes, conjoints et enfants compris, c’est entre 1,9 et 3,8 millions de
personnes qui vivent dans un ménage pauvre dont le chef de famille dispose d’un emploi - toujours en
tenant compte de l’ensemble des ressources.
Même en utilisant la définition la plus restrictive, on compte presque 2 millions de personnes qui vivent
avec environ 800 euros par mois pour un adulte seul , alors que ces personnes ou leurs parents exercent
un emploi.
L’existence de travailleurs pauvres résulte de plusieurs facteurs. D’abord, de la faiblesse des salaires
dans de très nombreux secteurs et notamment du niveau du salaire minimum. Ensuite du temps partiel,
qui réduit en proportion les niveaux de vie. Enfin, du fractionnement des emplois : petits boulots,
alternances de phases d’emploi et de chômage ou d’inactivité.
Source : http://www.inegalites.fr/spip.php?article905, mars 2013
Questions;
1.Comment mesure-t-on la pauvreté ?
2.L’emploi protège-t-il de la pauvreté ? Pourquoi ?

La prime activité protège-t-elle de la
pauvreté ?
La prime pour l’emploi (PPE) et le RSA activité sont bientôt morts, bienvenue à la nouvelle « prime d’activité ».
Fin de la PPE et du RSA activité
La PPE, qui consiste en un crédit d’impôt versé en septembre, bénéficie en effet à 6,3 millions de foyers qui gagnent entre 0,3 et 1,3 smic,
mais son montant moyen mensuel était de seulement 36 euros. Trop de bénéficiaires pour un montant trop faible, versé trop tard : la PPE
était critiquée pour son absence d’effet incitatif. Elle sera versée pour la dernière fois en septembre 2015. De son côté, le RSA activité (à
différencier du RSA socle pour les personnes qui ne travaillent pas du tout et qui va continuer d’exister) bénéficiait lui à seulement 700 000
personnes, mais pour un montant moyen de 176 euros.
Jugée trop complexe, cette prestation est sous-utilisée, avec à peine un tiers des bénéficiaires potentiels qui en font la demande. « Le
bénéficiaire doit effectuer deux déplacements physiques, remplir 6 pages de formulaires et fournir de nombreuses pièces justificatives pour
déposer une demande », dénonçait le député PS Christophe Sirugue, dans un rapport remis en juillet 2013 et qui a servi de base à la réforme
du gouvernement.
Entre 215 et 250 euros maximum
Selon les informations du Monde, M. Valls devrait annoncer que la nouvelle prime, dont le fonctionnement sera très proche du RSA
activité, sera concentrée sur les travailleurs gagnant entre 570 et 1 360 euros net, soit entre 0,5 et 1,2 smic. Tous les bénéficiaires actuels de
la PPE au-delà de ce seuil ne percevront plus rien, mais le gouvernement estime que la perte sera très faible, de l’ordre de quelques dizaines
d’euros par an.
La prime d’activité sera bien versée dès le 1er euro gagné mais les salariés touchant jusqu’à 0,5 smic (soit environ 570 euros) ne devraient
pas voir de grand bouleversement, le montant de la nouvelle prime d’activité restant pour eux à peu près le même que celui du RSA
activité. « Il s’agit de ne pas inciter les tout petits contrats à temps partiel » justifie un des acteurs du dossier. « Le dispositif doit fonctionner
comme une incitation à travailler davantage », abonde Matignon. Quitte à ne pas aider les travailleurs les plus pauvres. Le montant devrait
être maximum pour les salariés gagnant autour de 800 euros. Le collectif Alerte, qui regroupe les associations de lutte contre la pauvreté, a
demandé que ce maximum soit de 250 euros, mais le rapport Sirugue n’évoque de son côté qu’un montant de 215 euros.
Source :
http://www.lemonde.fr/emploi/article/2015/02/28/comment-la-nouvelle-prime-d-activite-va-fonctionner_4585125_1698637.html#4he8W
ijFxLxwWcHf.99
Questions
1.Après avoir présenté pourquoi le gouvernement a supprimé le RSA et La PPE, présenz la prime activité

Pourquoi la prime activité risque-t-elle
déchouer à protèger de la pauvreté ?
La fusion de la prime pour l’emploi et du RSA activité, à budget constant, ne répondra pas aux
besoins des travailleurs pauvres, selon Thierry Kuhn, président d’Emmaüs France. À côté d’une aide
au revenu, il convient de faciliter l’accompagnement social et l’accès à l’emploi des exclus.
Manuel Valls fait du nouveau avec de l’ancien. Le premier ministre a confirmé, hier soir, la création d’une
«prime d’activité», basée sur la fusion de la prime pour l’emploi et du RSA activité à budget constant.
Insuffisant, pour Thierry Kuhn, président d’Emmaüs France, qui accompagne 4000 travailleurs pauvres.
Comment accueillez-vous cette annonce ?
Thierry Kuhn Nous demandions depuis longtemps une action de l’État. Il y a une situation dramatique
aujourd’hui en France. Trouver un emploi ne permet plus de sortir de la pauvreté. Et trop de travailleurs
pauvres restent exclus du RSA activité, qui affiche un taux de non-recours de 69  %. Quant à la prime pour
l’emploi (PPE), elle ne bénéficiait pas aux ménages les plus en difficulté. La nouvelle «  prime d’activité  », telle
qu’elle est proposée, n’en reste pas moins assez décevante.
Pourquoi ?
Thierry Kuhn Si nous demandions de changer de dispositif, c’était surtout dans le but de simplifier les
procédures et de lutter contre le non-recours. Or, la nouvelle prime d’activité serait calquée, dans le projet du
gouvernement, sur le fonctionnement du RSA activité. Les salariés précaires devront encore justifier de leurs
revenus, multiplier les démarches… Autre sujet de préoccupation  : le gouvernement souhaite resserrer l’aide
sur ceux qui touchent entre 0,5 et 1,20  Smic. Quid des autres  ? Aucun effort particulier n’est prévu pour tous
ceux qui gagnent moins de 500 euros, notamment. L’État prévoit une enveloppe de 4  milliards d’euros, c’està-dire le montant des budgets déjà existants pour le RSA activité et la PPE. L’exécutif table d’ailleurs sur un
taux de non-recours de 50 %. C’est scandaleux. Le message politique adressé aux exclus et aux plus
pauvres est plus qu’inquiétant à l’heure où le gouvernement s’apprête à céder sur l’extension du tiers
payant…
Source :

Pourquoi la prime activité risque-t-elle
déchouer à protèger de la pauvreté ?
Une prime d’activité, aussi élevée soit-elle, n’éradiquera pas la pauvreté.
Thierry Kuhn Effectivement. Il y a la question du revenu, certes, mais il y a aussi la question de
l’accompagnement social et de l’accès à un véritable emploi. À Emmaüs, où nous accompagnons 4 
000 personnes inscrites dans des parcours d’insertion par l’activité économique, de plus en plus de
personnes ont des difficultés à accéder à un logement. Toute une catégorie de la population, éloignée de
l’emploi, cumule de plus en plus de difficultés. C’est particulièrement le cas pour les mères seules avec
enfants. Obtenir un emploi aggrave la situation, car le niveau de leurs revenus ne leur permet pas de couvrir
les frais de garde, de financer un permis de conduire et de boucler les fins de mois. Plutôt que de stigmatiser
ces personnes, on doit surtout les aider à régler leurs problèmes périphériques, comme le logement, la
mobilité, la garde d’enfants, etc. Il faut une vision globale de lutte contre la pauvreté, encore trop morcelée
aujourd’hui. La question de la pauvreté ne peut être séparée, surtout, de l’accès à l’emploi. C’est bien beau
de mettre en place une prime d’activité mais cela ne sert à rien si on ne permet pas aux plus précaires de
retrouver un emploi durable. Il y a aujourd’hui plus de 2  millions de chômeurs longue durée, sans compter
tous ceux et toutes celles qui ne sont plus inscrits à Pôle emploi. Le ministre du Travail a annoncé un plan qui
renforce leur formation. Mais on sait très bien que cent heures ce n’est pas suffisant pour acquérir une
qualification professionnelle. Tout un tas d’outils d’insertion vont être mis en place. C’est bien. Encore faut-il
qu’ils soient utilisés par les entreprises. L’État doit faire preuve d’autorité envers les acteurs économiques. Il
faudrait un autre pacte de responsabilité, social et solidaire, dans lequel les entreprises s’engageraient,
branche par branche, à créer des emplois. Et à embaucher des personnes en difficultés et des chômeurs de
longue durée. C’est une perte de motivation, de savoir-faire, de laisser autant de personnes hors de la
société. Lutter contre l’exclusion est aussi un investissement pour l’avenir. Quand on injecte 1  euro dans une
structure d’insertion, c’est plus de deux euros qui sont réinjectés dans l’économie
Source
:
http://www.humanite.fr/thierry-kuhn-une-prime-dactivite-cest-bien-lacces-un-emploi-cest-mieux-567301

L’emploi n’est plus la seule source de revenu et
de droits sociaux
Aujourd’hui, ce modèle conserve une forte assise, mais il n’est
plus l’unique modèle.
Dans une économie largement mondialisée, où l’entreprise
industrielle a reculé au profit de l’entreprise de service et où le
chômage fait partie intégrante de la société, de nombreuses
composantes du lien travail/rémunération sont modifiées.
L’existence de minima sociaux (même si l’écart avec les revenus
du travail s’est plutôt accru au cours de la dernière décennie) et
d’éléments de protection sociale assis davantage sur la
citoyenneté que sur le travail peut atténuer cette relation
utilitariste au travail.
Source : CAS, Le travail et l’emploi dans vingt ans, Juillet 2011
1.Pourquoi le travail est-il moins essentiel aujourd’hui ?

Le travail n’assure plus le lien social
Si le travail a longtemps été considéré comme l’un des grands moyens d’insertion
dans la société, cette tendance n’est plus véritablement d’actualité comme le dévoile
l’étude 2012 sur Les solitudes en France . Pour preuve : 27 % des Français qui
travaillent confient ne pas être en mesure de construire des relations autres que
strictement professionnelles avec leurs collègues. Des chiffres qui font réfléchir,
d’autant qu’ils sont 7 % de plus à éprouver ce sentiment en 2012, par rapport à 2010.
Au global, 31 % des personnes en emploi déclarent que leur travail ne leur permet pas
« de faire de nombreuses rencontres et d’avoir de nombreux échanges avec les autres
». Ils étaient 25 % en 2010. Au final, la situation relationnelle des actifs en emploi
s’est détériorée : 8 % de la population en emploi se sent isolée, contre 4 % en 2010. «
Travailler » constitue donc de moins en moins un gage d’insertion
Source : Le travail n’est plus un gage d’insertion sociale, . Etude Observatoire de la
Fondation de France, juin 2012.
Questions:
1.Justifiez la phrase soulignée à partir des données prises dans le document

Le travail n’assure plus le lien social
Plus inquiétant encore : les travailleurs pauvres
et
indépendants
(agriculteurs,
microentrepreneurs…) sont les plus exposés à la
solitude. Précarité de l’emploi, faibles revenus,
temps partiel, horaires décalés, activité exercée
parfois seul… ne favorisent pas l’établissement
de liens. Plus précisément : 44 % des
travailleurs pauvres (contre 36 % en 2010),
dont le travail leur rapporte moins de 1 000 €
par mois, sont dans l’incapacité de construire
des relations sociales dans le cadre de leur
activité professionnelle. 21 % d’entre eux
n’ont même aucune relation avec des collègues
de travail.
Cette dégradation a d’ailleurs particulièrement
impacté les personnes en contrat à durée
déterminée ou en intérim : 15 % d’entre elles
sont en situation d’isolement, contre 5 % il y a
deux ans.

Personnes en situation d’isolement en fonction du
type de contrat de travail (en %)

L’augmentation globale du nombre de personnes en
situation d’isolement tient moins à la progression du
chômage qu’à un affaiblissement de la fonction intégratrice
du travail liée à l’instabilité de l’emploi (qui obère la
construction de relations durables), aux nouvelles formes du
travail (travail indépendant) et aux changements
managériaux (qui limitent les possibilités d’échanges).

Source : Le travail n’est plus un gage d’insertion sociale, . Etude Observatoire de la Fondation de
France, juin 2012. Quelles catégories sont le plus touchées par la fragilité du lien social ? Pourquoi ?

Conclusion- Le processus de l’exclusion


R. Castel distingue plusieurs « zones » dans lesquelles la cohésion
sociale est d’intensité variable. Les individus sont susceptibles de
traverser ces zones dès lors qu’ils entrent dans un processus
d’exclusion :
la zone d’intégration se caractérise par l’association « travail stable
– insertion relationnelle solide »;
la zone de vulnérabilité correspond à une situation intermédiaire,
instable, conjuguant précarité du travail et « fragilité des supports de
proximité »;
la zone de désaffiliation est la dernière étape du processus et se
caractérise par une absence de participation à toute activité
productive, sociale et à l’isolement relationnel qui peut en résulter

Toutes les catégories sociales suivant le sexe, l’âge, le niveau de diplôme
n’ont pas la même probabilité d’être confrontées aux risques de se
retrouver dans une zone de vulnérabilité ou de désafiliation

33

B- Mais le travail reste une instance essentielle
d’intégration
Emploi par statut et
sous-emploi
pour les actifs
occupés en France
(2009)

Questions:
1.La précarité de
l’emploi
est-elle
devenue
aujourd’hui
la
norme ?

B- Mais le travail reste une instance essentielle
d’intégration
la tendance à la fragilisation du lien salarial semble incontestable. Peut-être même assiste-t-on à un déclin du rôle
intégrateur du travail, comme le soutient Robert Castel. Pour autant, cette tendance implique-t-elle chez les salariés
un repli de la vie sociale, une « désaffiliation sociale », selon l'expression de R. Castel ?
Le constat est loin d'être évident. D'abord parce qu'il faut relativiser le phénomène : au plus fort de la crise de
l'emploi (début des années 90), le chômage touchait en France 13 % de la population active. Ce qui signifie à
l'inverse que 87 % - presque 9 personnes sur 10 - de la population active restaient occupés. Même dans les zones
sensibles - comme certains quartiers de la banlieue ou dans les régions en déclin industriel -, le chômage n'a
toujours concerné qu'une petite minorité de la population. De même, si le travail précaire (CDD, intérim) a
beaucoup augmenté, il ne concerne toujours que 10 % de la main-d'oeuvre employée. On est donc loin d'une
précarisation générale de la main-d'oeuvre. Par ailleurs, dans son enquête sur Le Salarié de la précarité (Puf,
2000), Serge Paugam montre que la précarité du travail - même définie de façon très large (3) - n'implique pas
forcément une désinsertion professionnelle. Les salariés précaires sont autant impliqués que les autres dans leur
travail.
Le chômage constitue certes une dure épreuve économique et psychologique pour tous ceux qui le connaissent,
mais il n'entraîne pas pour autant une rupture des liens. D'abord parce que pour la majorité, le chômage est une
situation transitoire qui ne dure que quelques mois. Ensuite, parce que les aides sociales (allocations chômage) et le
soutien familial (les jeunes restent plus longtemps au foyer) atténuent les difficultés économiques. Enfin, parce que
les dispositifs d'aide à l'emploi (stages, contrats de réinsertion...) ont permis à beaucoup de maintenir un lien avec
les institutions. Même le chômage de longue durée n'aboutit pas forcément à la « déliaison » sociale. Dans son
enquête, désormais classique, sur La Disqualification sociale (Puf, 2000), S. Paugam avait montré que parmi les
populations exclues, seule une minorité était vraiment en situation de « rupture » avec la famille, les organismes
sociaux ou les réseaux de relations personnelles .
Source: Lien social. Crise et recomposition
Questions:

B- Mais le travail reste une instance essentielle
d’intégration
Dominique Méda : Il ne me semble pas que l’idée de permettre aux individus de se réaliser à travers le travail ait été
réellement prise au sérieux par les États et les entreprises, sans doute en raison des crises économiques successives qui ont
frappé les sociétés occidentales (celles qui auraient pu accéder à ce qui peut apparaître comme un luxe). Il est intéressant de
constater que c’est au moment où une embellie économique se produisait, en 2000-2001, qu’a été portée au niveau
européen l’idée d’une stratégie pour l’emploi principalement centrée sur la qualité de l’emploi. La bataille a fait rage, à
l’époque, entre les partisans des différentes versions qui pouvaient être données de cette notion et des types d’indicateurs qui
pouvaient en rendre compte. Une dizaine d’items ont finalement été retenus (indicateurs de Laeken [1]) pour apprécier cette
dimension et pour établir unbenchmarking (ou étalonnage des performances) au sein des pays membres de l’Union
européenne. Mais cela n’a duré que très peu de temps : deux rapports se sont succédés (les rapports Kok) pour suggérer
d’abandonner au plus vite cette priorité donnée à la qualité de l’emploi et de revenir à la préférence donnée à la quantité
d’emploi (« Jobs, jobs, jobs »). Et depuis, on n’entend plus parler d’une telle ambition. Pourtant, il semblait assez logique de
considérer que, si nous voulions une Europe de la connaissance, une Europe dont les atouts consisteraient principalement
dans le niveau de qualification de sa population active, il importait de permettre à cette dernière d’accéder à des emplois
satisfaisants non seulement en termes de salaires et de promotion, mais aussi d’horaires, de possible conciliation avec la vie
familiale, de perspectives de promotion, d’intérêt du travail. C’est le même genre d’objectif que l’Organisation Internationale
du Travail a d’ailleurs affiché depuis 1999 sous le terme de « travail décent ». Même si on peut trouver de nombreuses
différences entre les deux stratégies (comme l’ont par exemple mis en évidence Carlos Prieto et Amparo Serrano, 2009), il
s’agit bien dans les deux cas de promouvoir une vision du travail congruente avec la Déclaration de Philadelphie [2], dont les
principaux termes ont été récemment rappelés par Alain Supiot : « le travail n’est pas une marchandise » », tous les êtres
humains, quelles que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur
développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales »
Source : http://www.laviedesidees.fr/Le-Travail-valeurs-attentes-et.html
Questions:
1.Pourquoi selon D Meda le travail est-il un outil d’intégration essentiel ?
2.En quoi le contexte actuel rend-il les gouvernements peu sensibles à cette dimension ?
3.En quoi ont-ils tort ?

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