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Géopolitique:

I- La
Essai de
géopolitique avant la
définition
géopolitique
Les premières références de nombreux
auteurs ont fait de la géopolitique avant
même que le concept de géopolitique ne
soit développé. L’étude de l’impact du
milieu géographique de l’environnement
sur la politique des peuples est ancienne.
a-Aristote : 23 siècles avant l’apparition
du terme de géopolitique, Aristote
émettait des théories qui se rattachaient
à cette discipline:
- l’environnement naturel avait un impact
sur le caractère humain des citoyens;
 Le climat et le caractère national étaient liés;
 L’hétérogénéité d’un territoire empêchait l’unité
et la paix dans le pays;
 Un Etat qui pouvait se permettre une autarcie
bénéficiait d’une protection non seulement
contre une attaque militaire mais également
contre les influences indésirables;
Aristote expliqua la supériorité d’Athènes par
trois raisons d’ordre géographique:
 Ouverte à la mer;
 Couverte à ses épaules par 4 grandes
montagnes;
 Sa position à mi chemin entre l’Europe et l’Asie.
b- Jean Bodin (1529-1596)

Il développe également des théories


climatiques dans son ouvrage « la
République ». Il estime qu’: ̎ à l’instar
des architectes qui essayent
d’adapter leur construction aux
matériaux disponibles et aux sites
sur lesquels ils construisent, les
responsables politiques devaient
également s’adapter au caractère
humain modelé par l’environnement
. ̎
c- Montesquieu (1689-1755)
Ses thèses sont l’exemple le plus célèbre
des réflexions sur l’influence qu’exercent
le climat et le sol sur l’Homme. Selon lui:
 Les peuples des pays chauds sont
sensibles, charmants mais faibles; dans les
pays froids, les hommes sont plus lourds,
plus durs, mais plus sains et plus forts;
 Dans les pays froids on aura peu de
sensibilité pour les plaisirs, elle sera plus
grande dans les pays tempérés, dans les
pays chauds elle sera extrême ;
 Il est évident que les grands corps et
les fibres grossières des peuples du
Nord sont moins capables de
dérangement que les fibres délicates
des peuples des pays chauds: l’âme
y est donc moins sensible à la
douleur. Il faut écorcher un Moscovite
pour lui donner du sentiment.
Montesquieu estime également
qu’un climat chaud favorise le
despotisme et l’esclavage, alors
qu’un climat froid privilégie la
démocratie et la liberté
II- Naissance de la
géopolitique
La naissance de la géopolitique est
étroitement liée à l’apparition de la
géographie (sa généralisation).
La géographie étant, en effet, une
discipline ancienne vielle de 2500
ans (Hérodote), mais n’était jamais
enseignée aux peuples car jugée par
trop stratégique pour être partagée.
Elle était réservée aux princes, chefs
militaires, explorateurs…
Au lendemain du congrès de Vienne en
1815, la Prusse obtient des territoires situés
très à l’ouest séparés de son cœur
historique par de nombreuses principautés
allemandes. Pour réunir ces territoires et
assurer une continuité territoriale, l’unité
politique d’une Allemagne, jusque-là
morcelée, s’imposait. Mais encore fallait-il
en convaincre de sa nécessité ses multiples
habitants et dirigeants: la géographie allait
en être l’instrument. 1820 marque une date
charnière: la Prusse décide la généralisation
de la géographie dans l’enseignement.
C’est dans ce contexte de naissance
de la géographie populaire, par
opposition à la géographie des
princes, que Friedrich Ratzel va
tenter d’établir les lois de la
géographie politique.
III-Essai de définition
Nous présenterons successivement la
conception de la géopolitique selon les
écoles matérialiste, étatiste et
géographique.
1- L’école matérialiste
a- Friedrich Ratzel (1844-1904)
- Biologiste de formation, il était partisan
de la théorie de l’évolution de Darwin. Il
est souvent considéré comme fondateur
de la géographie moderne et de la
géographie politique.
 Il postule que: ̎ l’Etat peut être assimilé à un
organisme vivant pour l’étude de ses
relations avec l’extérieur et que l’on peut
étudier de manière scientifique pour en
dégager des lois objectives de son
développement géographique ̎.
 De même que chaque être vivant exige un
espace dans lequel il demeure, de même un
être vivant a besoin d’un autre espace dont
il tire sa nourriture, et il atteint le sommet
de sa demande d’espace à travers le
processus de sa démultiplication, qui se
réalise soit en atteignant
le sommet de sa croissance spatiale,
soit en s’appropriant purement et
simplement l’espace voisin.
 Ainsi, Ratzel établit une hiérarchie
des sociétés au sommet de laquelle il
place l’Etat en expansion,
conquérant et en bas l’Etat replié sur
lui-même.
 Ratzel est lui qui va développer en
premier le concept de l’espace
vital ,qui sera ensuite récupéré par
Hitler:
- L’Allemagne de part son poids
commercial et économique, sa
puissance culturelle et idéologique, a
vocation à dominer l’Europe en
élargissant ses frontières à l’est pour
accéder aux ressources agricoles qui
s’y trouvent.
- Ces théories vont être interprétées et
utilisées par les nazis pour justifier
leur volonté expansionniste afin de
donner à l’Allemagne l’espace vital
dont elle a besoin.
Pour Ratzel:

̎ La géopolitique est la science


qui établit que les
caractéristiques et conditions
géographiques, et plus
spécialement les grands
espaces jouent un rôle décisif
dans la vie des Etats et que
l’individu et la société humaine
dépendent du sol sur lequel ils
vivent ̎ .
b- Rudolf Kjellén (1864-1922)
A la fin du XIXème siècle, Kjellén reprend
les théories de Ratzel et les précise. Il forge
en 1900 le terme de géopolitique qu’il
définit comme la science dont l’objet serait
d’analyser « l’Etat comme organisme
géographique tel qu’il se manifeste
dans l’espace: c’est donc l’Etat comme
pays, territoire, région ou plus
significativement , comme empire » .
Pour Kjellén la géopolitique est l’une des
cinq disciplines constitutives de la science
politique au même titre que:
 l’écopolitique (économie);
 La démopolitique (relation entre
population et organisation politique);
 La sociopolitique (rapports entre l’Etat
et la société);
 La kratopolitique (autorité de l’Etat).
Kjellén voit l’Etat comme un être
vivant. Il y a des maladies des Etats
plus ou moins graves. Il y a aussi des
parties vitales, la géopolitique peut
soutenir la stratégie en désignant les
parties sensibles.
Selon Kjellén, la guerre moderne a
pour but de rompre la volonté de
l’adversaire, et la façon la plus
radicale d’y arriver est de prendre
tout son territoire. Il estime que:
« Les Etats vigoureux dans un
espace limité, se trouvent sous
l’impératif catégorique d’élargir
leurs espaces, par colonisation, par
fusion ou conquête de différentes
façons ».
c- Alfred Mahan (1840-1914)
L’amiral américain s’intéresse à la
puissance maritime française et aux
raisons qui expliquent les échecs
successifs des gouvernements français
à faire de la France une puissance
navale. Ces échecs seraient avant tout
dus à la position géographique de la
France et à l’alternance d’une politique
de développement naval et de
domination continentale. Pour Mahan, la
position géographique est le facteur clé
dans ces échecs.
Mahan publie les conclusions de ses
recherches appliquées au cas des
USA qui présente les mêmes
similitudes que celui de la GB. Pour
arriver au rang de puissance
mondiale, la maitrise des mers est
nécessaire.
Mahan s’est également penché sur
le cas de l’Asie et souligne
l’importance de ce que Mackinder
appelle par la suite le Heartland:
« Qu’on jette un coup d’œil à la
carte et quelque chose d’énorme
fixe aussitôt l’attention: la masse
ininterrompue de l’empire russe
s’étendant sans discontinuité du
méridien de l’Asie mineure
occidentale jusqu’à l’est, au-delà
du méridien du Japon. Sur cette
immense étendue n’existe aucun
obstacle politique qui puisse
gêner l’action des forces qui y
sont disponibles ».
Il est à souligner que l’analyse de
Mahan tient sur quatre postulats:
 L’inégalité et la hiérarchie des
races fondent une inégalité et une
hiérarchie des civilisations;
 La civilisation occidentale est
supérieure aux autres, ce qui
fonde son droit à l’expansion;
 Le monde est un combat permanent;
 La civilisation occidentale vit sous la
menace des barbares, elle doit donc
organiser sa défense à l’aide d’une
analyse détaillée des rapports de force
mondiaux.
Ainsi, « de plus en plus l’homme civilisé a
besoin de terre et cherche du sol à
occuper, de la place où se répandre et où
vivre. Comme toutes les forces naturelles,
l’impulsion suit les lignes de moindre
résistance, mais quand, dans son
cours,
elle tombe sur quelque région riche
en possibilité, mais inféconde par
suite de l’incapacité ou de la
négligence de ceux qui y résident,
la race incompétente ou le système
incompétent s’écrouleront, comme
la race inférieure a toujours
succombé, reculé et disparu devant
les assauts répétés de la race
supérieure ».
d-Halford mackinder (1861-1947)
Au XIXe siècle, la montée en puissance de
l’Allemagne et de la Russie inquiète
l’Angleterre et explique les préoccupations
de Mackinder qui présenta en 1904 sa
théorie des relations internationales dont
le postulat de base est le suivant:
« Qui commande à l’Europe de l’Est,
commande le heartland; qui
commande le Heartland, commande
l’Ile-Monde; qui commande l’Ile-
Monde commande le Monde ».
Pour Mackinder, le monde est
comparable à un océan mondial
où se trouve l’Île-Monde,
composée de l’Asie, de l’Europe
et de l’Afrique:
Pour Mackinder, le ̎Heartland ̎
cœur de l’Île-Monde correspond
grosso-modo à la Russie. Il est
décrit comme une forteresse
imprenable protégé par
d’immenses territoires de tout
agresseur potentiel.
La GB, Les Etats-Unis, le Canada,
l’Afrique du sud, l’Australie et le
Japon constituent un anneau de
bases périphériques ou insulaires
( terres du croissant extérieur ou
insulaire).
 L’idée est que le Heartland est
défini comme la région du globe
isolée des océans, ou, plus
précisément, comme celle où les
puissances maritimes n’ont pas
accès. Cette vaste région serait
unie par un facteur géographique
jugé par Mackinder « frappant
»: Elle est couverte de neige en
hiver.
 Mackinder était préoccupé par
l’opposition récurrente qu’il voit
 Il estime que les puissances maritimes
sont très exposées: une forte puissance
continentale présente par exemple
dans le Heartland et en Arabie pourrait
aisément prendre possession du
carrefour mondial de Suez.
 Il estimait que les configurations
physiques et les localisations sont
déterminantes, à travers l’histoire, dans
l’évolution des rapports des force entre
puissances, même s’il reconnaissait
que son schéma du monde était
contextuel.
e- Nicholas Spykman (1893-1943)
Spykman souligne l’importance de
l’étude des « facteurs géographiques »
dans la détermination de la politique
des Etats. « la géographie ne
détermine pas, mais elle
conditionne certainement; non
seulement elle offre des
possibilités, mais elle impose
qu’elles soient utilisées; la seule
liberté de l’homme demeure sa
capacité d’employer à bon escient
».
 Spykman reprend la théorie du
Heartland et l’affine. Il crée le concept
de Rimland. Celui-ci comprend
l’Europe de l’Ouest, le Moyen Orient,
l’Asie du Sud-ouest, la Chine et
l’Extrême Orient.
 C’est un croissant périphérique où se
trouvent les principales zones
d’échanges mondiaux. Pour
Spykman:
«Qui tient le Rimland tient
l’Eurasie, qui domine l’Eurasie
contrôle le destin du monde ».
 Pour Spykman:
«Qui tient le Rimland tient
l’Eurasie, qui domine
l’Eurasie contrôle le destin du
monde ».
Les trois plus récents aspirateurs
à l’hégémonie mondiale, à savoir
Napoléon, Guillaume II et
l’Allemagne nazie provenaient
tous du Rimland.
f- Karl Haushofer (1869-1946)
Selon Haushofer, la géopolitique
devait être une discipline qui
apprenait à analyser des
situations, à poser des problèmes
et à leur apporter des solutions,
tout en poursuivant la réflexion
sur la politique du Reich et en
justifiant l’expansion de la
Grande Allemagne.
Il s’inscrit dans le courant de la
pensée de Ratzel: Quelle est la
place de l’Allemagne dans le
Sa théorie se structure autour de
trois axes:
1- la notion de l’espace vital du
peuple allemand: il refuse,
comme beaucoup de ses
concitoyens, les clauses
financières et territoriales du
traité de Versailles de 1919.
2- une attention au dynamisme de
la constitution de grands
ensembles territoriaux. Il estime
venue l’époque des grands Etats.
3- l’opposition récurrente entre
puissance continentale et
puissance maritime, ce en quoi il
adhère aux thèses de Mackinder.

L’approche de ce courant de
la géopolitique repose sur le
prépondérance de l’influence
du milieu naturel (la
géographie) sur la
détermination des relations
entre les Etats et sur la