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Morphosyntaxe du

français contemporain

Le subjonctif
II.2. Le subjonctif
II.2.1. Généralités. Temps. Emploi(s)
• Le subjonctif est par excellence le mode de
l’incertitude, de la subjectivité, de la possibilité, du
virtuel.
• Pourtant, certains emplois du subjonctif se
rapportent à une action réelle : Bien qu’il soit très
âgé, M. Dupont fait ses courses chaque matin.
• A côté de l’infinitif, le S est un mode non
actualisant, car il exprime des processus qui sont
présentés comme possibles, ou voulus, ou
seulement comme envisagés par l’esprit (cf.
Glatigny, 1976 :20).
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Les temps du subjonctif
• Quatre temps : présent, passé, imparfait et plus-que-
parfait.
• Les plus employés: le S. présent (à toutes les personnes, aussi
bien en français parlé qu’écrit) et passé (lg. écrite et parlée).
• L’imparfait et le plus-que-parfait du S. sont employés surtout à
la troisième personne du singulier dans la langue littéraire.
• Le passé et le plus-que-parfait du subjonctif marquent un
rapport d’antériorité par rapport au présent et respectivement
imparfait de la proposition principale; ils ont aussi une valeur
d’accompli.
• Le subjonctif échoue à fixer par lui-même le procès sur l’axe du temps ; ce
rôle revient au verbe de la proposition principale :
- Je veux que tu viennes (maintenant / demain)
- Je voudrais qu’il vînt (maintenant / à ce moment-là)
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A. Le subjonctif en
subordonnée
Emplois
(a) les verbes qui expriment :
• - le doute (douter, ne pas croire, ne pas penser, désespérer) :
Je doute que tu réussisses à le convaincre. Employés à la
forme négative, nier / douter équivalent à une affirmation : Je
ne nie/doute pas qu’il a dit cela.
• - le désir (désirer, souhaiter) : Je désire qu’elle fasse cette
démarche.
• - la volonté (vouloir, exiger, commander, ordonner) : Je veux
que tu viennes avant midi.
• - la crainte (craindre, avoir peur, trembler, redouter, suivis du
ne explétif) : Je crains qu’elle n’apprenne la vérité.
• - la permission / la défense : défendre, empêcher /
permettre, consentir, s’opposer
• - la prière : prier, implorer, supplier
(a) les verbes qui expriment :
D’autres sentiments ressentis par le locuteur :
• - vb. actifs transitifs (aimer, adorer, détester, préférer,
regretter : Elle adore qu’on lui fasse des compliments) ou
intransitifs : souffrir
• - vb. pronominaux : se réjouir, s’enorgueillir, s’étonner,
s’indigner, s’irriter, se plaindre
• - être+adjectif de sentiment : être heureux / joyeux / fier /
affligé / ravi / triste / honteux
• - un jugement personnel, subjectif exprimé par des verbes
impersonnels comme il faut, il se peut, il convient, il
importe que.
• - certains verbes suivis de certains compléments + subj:
voir d’un bon œil que, trouver bon « approuver », trouver
mauvais « désapprouver ». 6
(b) certaines conjonctions ou locutions de
subordination exprimant :
• - la concession : bien que, quoique, encore que, malgré que
(controversée), sans que, où que, quoi que, etc. : Bien qu’elle soit
malade, elle travaille beaucoup; D’autres constructions :
Quelle que soit son intention, je ne céderai pas. (= oricare ar fi)
Quelque + Nsg. + que (= orice): Quelque conseil qu’il vous donne,
méfiez-vous.
Quelques + Npl. + que (= oricâte): Quelques livres que vous lisiez, …
Où que (= oriunde): Où que tu ailles, sois poli!
Quoi que ce soit (= orice)
Qui que ce soit / qui que vous soyez = oricine
Quelque + adj. + que (= oricât de): Quelque gentil qu’il soit, je devine
ses véritables intentions.
Quelque + adv. + que (= oricât de): Quelque rapidement que tu fasses
cette traduction, …

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(b) certaines conjonctions ou locutions de
subordination exprimant :
• - le temps : jusqu’à ce que, avant que, en
attendant que : Je partirai avant qu’il ne vienne;
• - la supposition, l’hypothèse : à supposer que, en
admettant que, pour peu que, etc. : A supposer
que cela soit vrai, la situation est grave.
• - le but : afin que, pour que, de sorte que, de
manière que, de façon que: Je vous donne ces
documents afin que vous puissiez vous en faire
une idée. Emploi de que tout seul dans les registres
moins soignés: « Vas-y, gardien ! qu’on rigole ! »
(Malraux, apud Glatigny, 1976 :22), Ôte-toi /
pousse-toi de là que je m’y mette (loc. fam.). 8
(b) certaines conjonctions ou locutions de
subordination exprimant :
• - la conséquence :
Les locutions de sorte que, de manière que, de façon
que sont suivies :
- de l’indicatif si la conséquence est naturelle : Je
parle fort de sorte que tout le monde m’entend ;
- du subjonctif si la conséquence est présentée
comme voulue : Je parle fort de sorte que tout le
monde m’entende.
Elle est trop avertie pour qu’on lui dise une telle
énormité.
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(b) certaines conjonctions ou locutions de
subordination exprimant :

• - la condition : à condition que, pourvu que, à moins


que (+ne):
Ex.: Je te dis la vérité à condition que tu me promettes de ne
rien en dire à ta sœur ;

Phrase complexe à deux subordonnées conditionnelles: Si 1 +


indicatif et si 2 → que + subjonctif :
Si tu soutiens ta thèse en 2006 et si tu obtiens une mention,
tu pourras postuler pour cette bourse.
Si tu soutiens ta thèse en 2006 et que tu obtiennes une
mention, tu pourras postuler pour cette bourse.
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(b) certaines conjonctions ou locutions de
subordination exprimant :

• - la cause : de peur que, de crainte que, dans la


crainte que (+ ne explétif).
Il faut ajouter la locution non que et la construction
ce n’est pas que exprimant la cause niée ou
l’exclusion ; celle-ci est employée dans la langue
soutenue, très recherchée. Non que je veuille
vous quitter, mais il fait très tard.
Soit que ... soit que exprime la cause alternative
(une seule possibilité est vraie).
• - l’opposition : sans que, soit que
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(c) après certaines expressions
impersonnelles :
• - il est + adj. traduisant un jugement / sentiment ou bien la
nécessité:
►il est préférable / souhaitable / agréable / bon / juste /
naturel / fâcheux / faux / surprenant / étonnant / triste ;
► il est nécessaire / obligatoire / (im)possible / urgent /
inévitable, etc.
Font exception les expressions qui expriment la certitude : il est
évident / manifeste / certain.

• - il est à + infinitif : il est à craindre que …


• - c’est + adj. / n : c’est dommage, c’est heureux, c’est
malheureux que
• - varia : Il vaut mieux que vous lui en parliez tout de suite.
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d) superlatifs relatifs et e) antécédents indéfinis
(d) superlatifs relatifs ou un adjectif exprimant l’unicité, la rareté, une position
privilégiée dans la hiérarchie, la restriction : C’est le meilleur livre que j’aie
lu. C’est le seul / l’unique / le principal / le premier / le dernier ... qui / que).
Le moins que l'on puisse en dire, c'est que…
(e) antécédents indéfinis : un, des, quelqu’un, quelque chose, personne, rien :
- On présente la réalité en question comme connue (+ INDICATIF):
Je cherche un livre qui plaît aux enfants.
- On envisage le référent comme inconnu, voulu, souhaité (+ SUBJONCTIF). Le
degré de certitude du fait présenté dans la relative est faible. A remarquer
l’emploi du subjonctif dans des relatives après des interrogatives et des
négatives :
Je cherche un livre qui plaise aux enfants.
Je cherche / aurais besoin de qqn qui veuille s’en occuper.
Connaissez-vous un étudiant qui puisse traduire ce texte?
Je ne vois personne qui puisse le remplacer (cf. NPR 1997)
• Expressions figées : Il ne dit / fait rien qui vaille. 13
Le subjonctif sert à constituer le prédicat d’une des
subordonnées suivantes :
• a) complétives introduites par à ce que, de ce que
situées après le verbe auquel elles se rattachent:
- contribuer, se décider, s’exposer, s’opposer, tenir, veiller à
ce que ;
- s’étonner, être content, s’excuser, se féliciter, se plaindre,
profiter, se réjouir, se vanter de ce que).
Tour soutenu recommandé: Je m’étonne que vous soyez
toujours ici.
Tour déconseillé avec de ce que + subj. ou + indicatif.
• b) subordonnées complément situées avant le verbe
dont elles dépendent :
Qu’il y ait une certaine complicité entre eux, j’en suis
persuadée / je ne le sais que trop.
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Le subjonctif sert à constituer le prédicat d’une des
subordonnées suivantes :

• c) relatives restrictives (déterminatives) :


- Existe-t-il un endroit où il fasse beau toute l’année (interrog.
+ antéc.indéf.)? Il n’existe pas de société où tous soient
égaux (nég.).
- Il n’est pas (il n’y a pas) jusqu’à … + pron.rel. + ne (Il n'est
pas jusqu'à son regard qui n'ait changé (= même son
regard a changé).
- La proposition contenant l’antécédent exprime une négation ou une
restriction (Glatigny, 1978 :24) : le meilleur, l’unique
- Le fait qu’il soit parti sans mot dire..., la crainte qu’il ne vienne / ne
vienne pas, le / son regret / désir / souhait que X fasse ... (appelées
complétives complément du nom par Riegel, Pellat et Rioul, 1996 :324)
- Relative figée : âme qui vive (= personne).
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Le subjonctif sert à constituer le prédicat
d’une des subordonnées suivantes :

• d) circonstancielles (de but, de


manière, de condition) : de sorte que,
afin que, pour que, à condition que,
etc.
• e) sujet : Qu’il s’en aille comme ça
m’indigne.

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B. Le subjonctif en
phrase indépendante
ou principale

Emplois peu nombreux


B1) indépendante de type exclamatif /
injonctif, exprimant :

• - un souhait : Vive le roi ! Que vos vacances soient


agréables ! Que la paix soit avec vous ! (cf. pour le
dernier NPR 1997), Pourvu qu’il fasse beau demain !
Vivement qu’il parte ! (cf. Glatigny, 1978 :25 ;
langue fam.)
• - une prière (avec ou sans que) : Puisse-t-il réussir !
Puissé-je l’en dissuader !
• - un ordre : Qu’elle vienne me voir tout de suite !
« « Que la lumière soit ! » Et la lumière fut. » (La
Bible)
• - une défense : Que personne ne parte avant 18 h !
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B1) indépendante de type exclamatif /
injonctif, exprimant :

• - une supposition, une hypothèse, que le locuteur


condamne : Moi, que je dise une telle énormité !
Remarque : Un type spécial de proposition
s’emploie en coordination pour exprimer
l’hypothèse : Qu’il vienne me voir et je lui pardonne
tout.
• - une menace : Que je ne t’y reprenne pas !
• - une affirmation polémique (cf. Riegel, Pellat et
Rioul, 1996 :323) : Je ne sache pas qu’il ait écrit un
article intéressant !
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B1) indépendante de type exclamatif /
injonctif, exprimant :
• Grevisse parle d’un subjonctif optatif (1993: 671) pour les cas
où la réalisation du processus décrit par le verbe dépend
d’une volonté différente de celle des humains :
- avec que : Qu’elle repose en paix ! Que Dieu t’entende !
- sans que : Dieu vous bénisse /garde ! Fasse le ciel que ...!
- avec un sujet inversé: Ainsi soit-il ! Vogue la galère ! Honni
soit qui mal y pense ! Sauve qui peut ! Comprenne qui
pourra !
- absence du sujet (avec un sujet exprimé par une
proposition): Soit dit entre nous, n’en déplaise à ..., plaise / plût à Dieu
/ au ciel que ..., A Dieu ne plaise que..., Qu’à cela ne tienne ! (= cela n’a
pas d’importance); Grand bien vous (lui / leur) fasse (Que cela vous soit
profitable (se dit ironiquement) )! Vaille que vaille ! Coûte que coûte !
Advienne que pourra !
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B2) une supposition dans des
énoncés scientifiques

• Soit un triangle équilatéral ABC.

• Soit (Soient) deux triangles ABC


et DEF (accord préféré au sing.)

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II.2.3. Concordance des
temps au subjonctif
Principale Subordonnée Relation
Je doute qu’il parte / comprenne Simult. ou postériorité
qu’il soit parti / ait compris Antériorité
qu’il partît (parte: fr. courant) Simult. ou postériorité

Je doutais qu’il comprît (comprenne: fr. courant)


qu’il fût parti / eût compris Antériorité
qu’il soit parti / ait compris (fr. courant)

Remarque: en français contemporain la tendance est à utiliser


le subjonctif présent à la place de l’imparfait lorsque dans la
principale il y a un temps passé, afin d’éviter les formes trop
compliquées, les radicaux rares.
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II.2.4. Indicatif vs. subjonctif
• a) Certains verbes exigent l’indicatif ou le subjonctif, en fonction de
leur sens :
• - verbes de communication /vs/ verbes de volonté : dire, crier,
téléphoner : Dis à ta maman qu’elle fait de bons gâteaux
(« transmettre une constatation ») / qu’elle fasse de bons gâteaux
pour la fête, car je veux que les invités soient satisfaits (« demander,
ordonner »).
• - verbes de perception ou de connaissance /vs/ verbes de sentiment
(accord, acceptation) : entendre, comprendre : J’entends que vous
êtes fâchée (« déduire ») / J’entends que vous soyez si contente
puisque tout s’est bien passé (« il me semble normal »).
- prétendre « affirmer » /vs/ « vouloir, exiger »
- supposer « penser, croire, imaginer » /vs/ « accepter que qqch puisse
arriver » : Je suppose que vous avez entendu parler de lui / Supposons
qu’il se mette à pleuvoir; que fera-t-on dans cette situation?
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II.2.4. Indicatif vs. subjonctif
• b) Suivis d’un verbe au subjonctif, certains verbes (s’étonner,
se plaindre, s’indigner, se réjouir, etc.) peuvent indiquer le fait
que la réalité exprimée est mise en doute ou du moins
présentée comme incertaine : Elle se plaint que son
employeur l’ait menacée.
En général, ces verbes suivis du subjonctif réfèrent à
« l’explication du mécontentement ou de la satisfaction »
(Glatigny, 1978 :24).
Le même verbe peut être suivi de la structure DE CE QUE +
l’indicatif et dans ce cas on présente « l’objet de la plainte, de
la joie, etc., comme un fait constaté » (idem, ibidem). (Le NPR
indique aussi le subjonctif après de ce que).
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II.2.4. Indicatif vs. subjonctif
• c) antécédent indéfini connu /vs/ antécédent
indéfini inconnu : Je cherche une montre qui a un
mécanisme suisse (celle que j’ai perdue) / Je
cherche une montre qui ait un mécanisme suisse
(j’aimerais en acheter une qui ait cette
caractéristique...).
Cette opposition indicatif /vs/ subjonctif dans les
relatives correspond, selon Laffay (1978 :28), à
l’opposition épithète déterminante (classificatrice)
/vs/ adjectif qualificatif à valeur subjective.
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II.2.4. Indicatif vs. subjonctif
• d) nier, douter, contester, démentir + le subjonctif (rarement
avec l’indicatif)
• e) croire à la forme négative et interrogative
• f) relatives avec seul, etc.
Avec l’indicatif, on fait juste une indication quantitative,
numérique (cf. Glatigny, 1978 :25) : Le seul mot que j’ai
prononcé alors a été « oui ».
Avec le subjonctif (d’ailleurs beaucoup plus fréquent à notre
époque), on exclut toute autre possibilité que celle indiquée
par la subordonnée (idem, ibidem). La seule solution à
laquelle il pût penser, c’était de fuir loin.