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Les spirochètes

Dr Med Selim El Asli


Pharmacien Biologiste – Professeur agrégé
Service de Microbiologie – Hôpital militaire principal d’instruction de
Tunis
Faculté de Pharmacie de Monastir
Généralités
Ordre : Spirochaetales
 2 familles :
 Famille : Spirochaetaceae
 4 genres : Spirochaeta, Cristispira, Treponema et Borrelia

Famille : Leptospiraceae
 un seul genre : Leptospira
Généralités
3 genres pathogènes pour l’homme :
- Le genre Treponema, responsable de la syphilis et des autres
tréponématoses non vénériennes (bejel, pian et pinta)

- Le genre Borrelia, agent des fièvres récurrentes transmises par


des arthropodes

- Le genre Leptospira, agent des leptospiroses


Genre Treponema
2 groupes :

• Tréponèmes non cultivables : pathogènes pour l’homme

• Tréponèmes cultivables : non pathogènes, retrouvés dans les


cavités orales et génitales (homme, animaux)
Genre Treponema
• Espèce Treponema pallidum : 3 sous espèces

- Treponema pallidum subsp. pallidum : agent de la syphilis vénérienne,


infection sexuellement transmissible (IST)

- Treponema pallidum subsp. endemicum : agent de la syphilis endémique non


vénérienne ou bejel

- Treponema pallidum subsp. pertenue : agent du pian

• Espèce Treponema carateum : agent de la pinta ou caraté


Treponema pallidum subsp. pallidum
(le tréponème pâle)
Introduction
• Treponema pallidum : bactérie hélicoïdales, spiralées, mobilité
caractéristique
• Bactérie strictement humaine, fragile
• Non cultivable
• Agent de la syphilis : IST cosmopolite
• Transmission : voie sexuelle +++ , transplacentaire, sanguine
• Clinique : évolution en stades successifs : chancre => atteinte
polyviscérale grave
• Diagnostic sérologique +++
• Traitement efficace : pénicilline G
• Pas de vaccin
Habitat - Épidémiologie
• Bactérie strictement humaine

• Très fragile, rapidement détruite en dehors de l’organisme

• Pas de porteurs sains


Habitat - Épidémiologie
Transmission
• Voie sexuelle +++ : IST

• Voie transplacentaire : IMF => syphilis congénitale (à partir


du 4ème mois de grossesse)

• Voie sanguine exceptionnelle en raison du dépistage


sérologique systématique lors du don de sang
Morphologie
 Bactérie très fine, hélicoïdale, 6 à 12 spires serrées et
régulières

 Mobilité caractéristique : rotation du corps bactérien et flexion


sinusoïdale

 Ne se colore pas au Gram

 Etat frais : microscopie à fond noir


Caractères culturaux
• Non cultivable in vitro

• Multiplication dans le testicule de lapin (souche de


Nichols)

• Survie pendant 72 h dans le milieu de Nelson


Structure antigénique
Complexe, Spécificité décroît de l’extérieur vers l’intérieur du corps bactérien :

• Enveloppe externe : Ag lipoprotéique majeur spécifique => formation d’Ac

• Endoflagelles (3 à 6): Ag protéique spécifique de groupe, commun à tous les


tréponèmes

• Membrane cytoplasmique : le cardiolipide ou haptène de Wassermann :


- Commun à tous les tréponèmes , retrouvé dans les tissus des animaux (cœur, foie)
- Antigénique => Ac : réagines

• Composants intra-cytoplasmique : libérés lors de la lyse, rôle dans les phénomènes à


médiation cellulaire
Pouvoir pathogène
La syphilis de l’adulte
Évolution spontanée en stades cliniques successifs

Incubation : 3 semaines (10 à 90 j), silencieuse

Patient infectieux

Anticorps non détectés dans le sérum sauf en cas de réinfection


Pouvoir pathogène

La syphilis de l’adulte
1. Syphilis primaire
Chancre (5 à 20 mm) : ulcération indolore à base indurée, bien limitée, siégeant au
point d’inoculation (génital, anal, accessoirement buccal ou cutané)

+
Adénopathie satellite inguinale, indolore et non suppurative

En absence de traitement : guérison spontanée (du chancre) avec ou sans cicatrice en 4


à 6 semaines

Si traitement : disparition des tréponèmes en qq heures


Chancre génital chez l’homme
Chancre génital chez la femme
Pouvoir pathogène
La syphilis de l’adulte
2. Syphilis secondaire

• Débute environ 2 mois après le contage

• Expression clinique très variée : « la grande simulatrice »

• Bénigne pour le patient, grave pour la société (très contagieuse)

• Dissémination des tréponèmes par voie sanguine et lymphatique


Pouvoir pathogène
• La syphilis de l’adulte
2. Syphilis secondaire
• Lésions cutanées et muqueuses : roséole suivie de syphilides,
plaques muqueuses, condylomes, alopécie, atteinte des ongles

• Polyadénopathies + syndrome infectieux discret

• Vagues successives (précoces puis tardives) ; 1 à 2 ans puis


régressent spontanément
Syphilides papuleuses
Roséole

Lésions palmo-plantaires
Pouvoir pathogène

La syphilis de l’adulte
3. Syphilis latente
• Asymptomatique, non contagieuse

• Diagnostic : examens sérologiques +++ (seulement)

• Plusieurs années ou même plusieurs dizaines d’années


Pouvoir pathogène
La syphilis de l’adulte
4. Syphilis tertiaire (rare)
- Gommes syphilitiques

- Lésions cardio-vasculaires : aortite, anévrysme

- Atteintes neurologiques : paralysie générale, tabès

- Sérologie +++ : Ac à titre variable

- Ac dans LCR => neurosyphilis


Gomme syphilitique
Pouvoir pathogène
La syphilis congénitale

Contamination : voie transplacentaire

Mère atteinte de syphilis évolutive => fœtus

À partir du 4ème mois de grossesse jusqu’à l’accouchement


Pouvoir pathogène
La syphilis congénitale
• Mort fœtale par atteinte polyviscérale ou avortement
• Signes précoces :
- Manifestations cutanéo-muqueuses : lésions érythémato-papuleuse (tronc, fesses)
pemphigus bulleux palmo-plantaire, coryza purulent, érosions buccales
- Atteintes viscérales : ictère avec HSM, néphrite, méningite, décollement
épiphysaire des os longs (pseudo-paralysie de Parrot), ostéo-chondrite, périostite
• Manifestations tardives : à partir 7ème année
lésions dystrophiques osseuses + kératite interstitielle + surdité
La présence d’Ig M spécifique chez le nouveau né => atteinte congénitale
Pouvoir pathogène
Syphilis et VIH

- Chancres multiples et extensifs

- Évolution rapide vers la neurosyphilis


Immunité
• Immunité à médiation cellulaire et humorale

• Potentiel immunogène médiocre : résistance à la réinfection


MAIS la maladie progresse

• Traitement précoce => guérison rapide, sujet à nouveau


vulnérable

• Pas de vaccin
Diagnostic bactériologique
• Méthodes sérologiques +++
Diagnostic de routine

• Méthodes directes
Microscopie à fond noir, IF => laboratoires spécialisés

• Méthodes moléculaires => recherche, laboratoires


spécialisés
Diagnostic direct de la syphilis
• Objectif : Mee des tréponèmes

• Indication : ulcération ano-génitale chez un sujet en période


d’activité sexuelle

• À réaliser : avant antibiothérapie

• Intérêt : phase précoce pré-sérologique de la syphilis


primaire
Diagnostic direct de la syphilis
Prélèvement

- Sérosité (chancre, syphilides, plaques muqueuses)


prélevée à l’aide d’un vaccinostyle

- Réalisé au laboratoire : bactérie fragile


Diagnostic direct de la syphilis
Microscopie à fond noir

• Tréponèmes mobiles, à spires régulières et réfringents

• Inconvénients
- Préleveur habile
- Lecteur expérimenté
- Ne permet pas de distinguer les tréponèmes pathogènes
des tréponèmes saprophytes
Diagnostic direct de la syphilis
Technique d’immunofluorescence (IFD, IFI)
Ac marqués à la fluorescéine

Avantages
Distingue les tréponèmes pathogènes des non pathogènes

Inconvénients
Ne différencie pas les tréponèmes pathogènes entre eux
Diagnostic direct de la syphilis

Quelque soit le résultat

Sérologie : confirmer et déterminer le stade dont dépendra le


traitement
Diagnostic indirect de la syphilis
Législation tunisienne : utilisation d’une réaction de chacun de 2 groupes suivants :

 Groupe 1 : méthodes à antigène non tréponèmique


- VDRL (Venereal Disease Research Laboratory)
- RPR (Rapid Plasma Reagin test)

 Groupe 2 : méthodes à antigènes tréponèmique


- TPHA (Treponema Pallidum Hemagglutination Assay)
- FTA (Fluorescent Treponemal Antibody)
- Test de Nelson
- ELISA…
Diagnostic indirect de la syphilis
VDRL
• Ag : cardiolipide
• Réaction d’agglutination : détection des réagines : Ac anti-
cardiolipide
• Mettre en contact sur une lame : sérum du malade + Ag composé
de cardiolipide, lécithine et cholestérol
• Qualitative : intensité des agglutinats de 0 à ++++
• En cas de dépistage positif => quantitative par des dilutions du
sérum de raison 2 (1/2, 1/4, 1/8…) : suivi thérapeutique
VDRL : R° négative, R° positive
Diagnostic indirect de la syphilis
• VDRL
Se positive 8 à 20 j du chancre
Intérêt
Suivi thérapeutique : première technique à se négativer après traitement adéquat
Avantages : facile, rapide, non onéreuse
Inconvénients : faux +
- Grossesse
- Tréponèmatose non vénérienne
- Maladie auto-immune (LED…), viroses (VIH, EBV…), paludisme
Diagnostic indirect de la syphilis
TPHA
Rechercher une agglutination entre les hématies de mouton sensibilisées par un ultra-
sonat de T.pallidum et le sérum du patient

- R° en microplaque : cupule R°, cupule témoin (hématies non sensibilisées)

- R° qualitative : dépistage, le sérum testé au 1/80, 1/160 et 1/320


- R° quantitative : en cas de positivité : dilutions de raison géométrique 2 (1/640,
1/1280…)

• R° positive : hémagglutination en nappe dans la cupule


• R° négative : sédimentation des hématies au fond de la cupule
TPHA : R° négative, R° positive
Diagnostic indirect de la syphilis
• TPHA
Se positive 7 à 10 j après le chancre, reste indéfiniment positive :
cicatrice sérologique

Avantages : sensible, facile, rapide, peu couteuse

Inconvénients
Faux - : syphilis très précoce, excès d’anticorps (phénomène de zone)
faux + : maladies auto-immunes, lèpre, grossesse ou chez des sujets
avec des taux élevés d’Ig M, A ou G non spécifiques
Diagnostic indirect de la syphilis
FTA
• R° IFI (Ig G et M)

• Ac décelables 5 à 8 jours après l’apparition du chancre

• Traitement efficace : disparition des Ac

• Avantages :

- Sensible, spécifique

- Confirmer le diagnostic et suivre l’efficacité du traitement

• Inconvénients : faux + : maladies auto-immunes, autres spirochétoses


subjective, personnel expérimenté => non adaptée à la pratique quotidienne
FTA : principe, examen microscopique
Diagnostic indirect de la syphilis
Test de Nelson ou TPI
• Test de référence : très bonne sensibilité et spécificité, limité aux laboratoires
spécialisés
• Détecte Ig G, positif au début de la phase secondaire
• Tréponèmes vivants (souches de Nichols) + Sérum malade en présence du
complément => immobilisation spécifique des tréponèmes
• Résultat en % d’immobilisation
- 0 à 20% : sérum négatif
- 20 à 50% : sérum douteux
- 50 à 100% : sérum positif
Ne permet pas de distinguer les diverses tréponèmatoses entre elles
Diagnostic indirect de la syphilis
Cinétique des Ac dans une syphilis non traitée
Diagnostic indirect de la syphilis
Évolution des Ac dans une syphilis Iairecorrectement traitée
Cinétique des anticorps : syphilis
traitée
• Si traitement au début du chancre : la sérologie peut rester
négative

• Si traitement au stade de syphilis primaire : chute rapide des


Ac et disparition en 3 à 6 mois

• Si traitement au stade de syphilis secondaire récente (3 à 6


mois après le contage) : négativation possible des Ac en environ
1 an

• Si traitement plus tardif : chute des Ig M et du VDRL,


persistance d’une cicatrice sérologique en TPHA et +/- en FTA
Diagnostic indirect de la syphilis
• Interprétation des tests VDRL / TPHA
VDRL TPHA Diagnostic probable Examens complémentaires

- - Syphilis exclue ou contamination


récente
Si doute :
-Faire FTA
-Refaire sérologie 10 à 15 j plus tard

+ + Syphilis très probable -Sérologie quantitative et anamnèse : situer


le stade de la maladie
-Si doute : faire Ig M

- + Syphilis récente traitée ou syphilis


ancienne (traitée ou non)
Sérologie quantitative et anamnèse :
décision thérapeutique

+ - Faux positif très probable Anamnèse et confirmation par un FTA -


Traitement
La pénicilline G : antibiotique de choix
- La disparition des tréponèmes des lésions contagieuses en 24 à 48 h

- L’effacement des lésions cutanées, muqueuses en 8 à 15 jours

- La négativation des réactions sérologiques cardiolipidiques (VDRL)

Elle est moins active au cours de la syphilis tertiaire car les tréponèmes
se multiplient peu dans les lésions
Traitement
Syphilis précoce (I aire, II aire)
Une injection IM de 2,4 MU de benzathine pénicilline G
(Extencilline®)

Syphilis tardive
3 injections IM de 2,4 MU de benzathine pénicilline G à une
semaine d’intervalle

Si allergie à la pénicilline : cyclines ou érythromycine


Prophylaxie
- Mesures d’hygiène individuelle : port de préservatif, éviction des situations
à risque

- Traitement précoce des malades et de leurs partenaires sexuels

- Traitement des autres IST (la blennorragie, Chlamydia trachomatis, le


chancre mou…) => une IST peut en cacher une autre

- Dépistage systématique : examens sérologiques prénuptiaux et prénataux

Il n’existe pas de vaccin contre la syphilis


Merci pour votre attention