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Introduction à la

sociologie :
méthodes, valeurs,
organisations
MAJ 06/01/2010

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Avertissement

• Ce cours a été conçu pour servir le programme du DUT « Carrières


Sociales » module « M129 Analyse de la société ». Mais il peut
aussi servir à tout enseignement de Sociologie

• Il comprend trois parties qui peuvent être traitées chacune de


manière indépendante

• On les a néanmoins regroupées afin de souligner une orientation


fondamentale en sociologie, ouverte par Tocqueville et Weber,
développée de nos jours par Raymond Boudon. Elle consiste à
expliquer l’état des institutions et leur changement au moyen des
conceptions et représentations que les hommes s’en font.

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Plan du cours
• Méthode
• Définition
• Modèles qualitatifs, quantitatifs
• Typologie des sociologies
• La question de la preuve, exemple du Khi deux
• L’examen des variables concurrentes
• Conclusion

• Valeurs
• Définitions
• Cristallisation / évolution des valeurs
• M. Weber, Réciprocité (M.Mauss, JMD), Inglehart, Durkheim, Boudon)
• Valeurs et normes en France (Crozier)
• Valeurs émergentes
• Conclusion

• Organisations
• Un peu d’histoire
• Les fondateurs 1860
• L’ ingénieur F. W. Taylor 1898
• Elton Mayo, Roethlisberger & Dickson, 1935-55
• Les 30 glorieuses : organisation & psychologie
• 1977, M. Crozier démontre les stratégies de l’acteur
• Début de la crise : marché/technique/produits, Lawrence & Lorsh 1980
• An 2000 : irruption des démarches qualité
• An 2006 : arrivée des neuro-sciences
• Conclusion , exercice
• Bibliographie

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Définition et utilité de la sociologie 1/2

• Enoncer, créer les modèles de fonctionnement


et de développement des sociétés humaines et
de leurs parties constitutives, dans un but de
connaissance et éventuellement d’applications
concrètes. Ex :

SOCIETES
• Comment se sont développées les sociétés humaines depuis l’origine de l’homme ?
• Les sociétés rurales
• Les sociétés industrielles
• Mobilité et stratification sociale

• …/…

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Définition et utilité de la sociologie 2/2
PARTIES CONSTITUTIVES
• Bureaucratie et les organisations, le travail
• La famille à travers les temps et le monde
• La protection sociale
• La délinquance et la criminalité
• Education
• Changement social
• Action collective
• Normes et valeurs
• Mobilisation, innovation, diffusion
• Croyances collectives
• Opinion publique
• Institutions
• Etc.
• Mises bout à bout, ces recherches présentent un caractère cumulatif et ont
dans bien des cas modifié en profondeur la perception que nous avons de
ces phénomènes. (Boudon 2002)

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Un modèle
• Ensemble de variables dont les relations
entre elles sont définies qualitativement et
si possible quantitativement.

N.B. Un modèle n’est pas une forme que l’on se contente de copier !...

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Une variable
• C’est un élément de composition d’un
phénomène.
• Exemples : le sexe, l’âge, le revenu, le
niveau culturel, une composante
pédagogique, l’effectif d’une firme, etc.
• les ingrédients, la durée de la cuisson, sont des
variables d’un plat cuisiné,
• Les médicaments et leur doses administrées sont
des variables d’un traitement médical
• etc..

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UN MODELE QUALITATIF
Pourquoi un rythme différent du progrès agricole en France et en
Angleterre au XVIII siècle (Tocqueville L’Ancien Régime et la
Révolution, 1830)

FRANCE ANGLETERRE
Société centralisée Société décentralisée
(Variable 1)

Propriétaire foncier réside à Paris Propriétaire foncier réside


(Variable 2)
sur son domaine

Progrès technique agricole lent Progrès technique agricole


(Variable 3) rapide

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UN MODELE QUANTITATIF SIMPLE
Adult Literacy and Life Skills (ALL)
Survey International Findings: Canada and six other countries
Ottawa and Paris (Statistics Canada and OECD, 2005)

N.B. France, niveau 1+2 # 20% (Guérin-Pace & al. INED 2005)

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Les niveaux utilisés dans l’enquête

• Niveau 1 trouver une info donnée, dans un texte. Les 4 opérations, %,


classement de dates

• Niveau 2 trouver une info donnée, parmi d’autres infos ressemblantes mais
dissemblables. Raisonnement en 2 temps, Fractions, graphes, mesures

• Niveau 3 Associer une info et un texte complexe. Comprendre les équations et


stat dans un texte.

• Niveau 4 Résumer l’information d’un texte complexe. Raisonnement complexe,


proportions équations

• Niveau 5 Inférence, Connaissances spécialisées. Connaissances math et stat.


Justifier sa réponse par démo mathématique.

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Remarque essentielle de méthode

• Le modèle précédent est une


quantification du qualitatif
• C’est une pratique scientifique universelle
fondée sur son utilité
• En Physique par ex. la mesure de la
température est une convention. Eau
glacée = 0°, eau bouillante = 100°
• Ici on a énoncé 5 niveaux de lecture.

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UN MODELE COMPLEXE
Structural Equation Model Showing the Relationship Between Family
Processes, Child Characteristics, and Achievement for Children Aged 6 to
11 Years (Ryan & Adams 1998)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Commentaire du graphique
• La seule variable vraiment corrélée à la
réussite est la motivation scolaire de
l’élève

• La question est donc de la nourrir

• On verra que la compétence sociale le


permet. Cf. le cours portant ce titre.
Pr. J.M. Dutrénit 2010
Pour comprendre le sens des
coefficients de ce modèle
• Cf. Wonnacott & Wonnacott Statistique,
Economica, 4e ed. 1998 chap « La
régression ».

• En bref chaque coefficient est une mesure


de l’influence d’une variable sur une autre.

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Réponses à la question :« Sur une échelle allant du revenu zéro au
revenu maximum, situez les gains que vous estimez mériter en fonction
de vous apportez à la société »…(Cherkaoui, sondage sur 1000 personnes en France, Rev. Fr.
Soc.1987)

Effectifs
de
population

Aucun revenu Revenu maximum

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Analyse du graphe
(Cherkaoui)

• Les gens trouvent équitable de s’attribuer


des revenus INEGAUX, en fonction de
leur mérite

• Cela veut dire que pour la population dans


son ensemble, l’égalité n’est pas une
norme d’équité

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On peut situer les sociologues dans un modèle à deux variables :

1/ Méthodes Qualitatives-Quantitatives
2/ Orientation Marxiste-libérale

Quantitatif

Lazarsfeld

Boudon
Bourdieu
Durkheim Libéraux
Marxistes
Tocqueville
Crozier
Marx Weber

Qualitatif
Mais une autre classification est d’un
point de vue scientifique encore plus
importante… (R. Boudon, « A quoi sert la sociologie ? », 2002, cf. ce
titre sur le Web)

4 types idéaux permanents.


1. Type cognitif (ou scientifique) Tocqueville, Weber, Durkheim, Inglehart, Boudon,
Crozier,

2. Type esthétique (ou expressif) Goffman, Riesman, Le Bon etc… Type le plus visible
et le moins scientifique.

3. Type caméraliste (ou descriptif) : reportages journalistiques, enquêtes produites par


instituts statistiques administratifs ou instituts de sondage. Répond à une demande
pressante des sociétés modernes Dubet (La Galère)

4. Type critique (ou engagé ou militant) lorsqu’une ambition missionnaire est


dominante (Marx, Bourdieu). Cette dimension critique est plus ou moins visible
selon les sujets, les situations politiques et le projet de l’auteur.

Seul le type cognitif est scientifique car il soumet ses hypothèses au processus de la
preuve

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La question de la preuve
• Les preuves sont fournies par les théories et les
méthodes disponibles à chaque époque. (Ex . Le feu prend parce
que j’ai fait la bonne magie; mon fils est malade parce que quelqu’un l’a ensorcelé; les enfants en
échec parce que leur origine est défavorisée; etc. )

• Depuis l’apparition des méthodes statistiques (1920), la


sociologie est devenue plus rigoureuse mais de
nombreux auteurs prétendent encore échapper à leur
usage.
• Mais, même parmi ceux qui en usent, une courte
majorité statistique ou une corrélation est trop souvent
présentée, à tort, comme une relation explicative et
même un déterminisme, càd une causalité.

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Causalité
• Il peut exister une causalité si et seulement si la
distribution stat. du phénom. est différente de ce
que donnerait le hasard (pile ou face), ou encore
différente à la suite de circonstances bien
distinctes (test du Khi deux)
• Mais cette condition n’est pas suffisante : il faut
examiner le poids de toutes les variables
concurrentes

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Résultats semblables ou différents du hasard
après 1 an d’AEPS en Centre Social ?

Enfants en Progrès > à 2 Stagnation ou Effectifs Enfants en Progrès > à 2 Stagnation ou Calcul d’une
échec scolaire pts de recul observés échec scolaire pts de recul distribution au
moyenne moyenne hasard
Aide Aide
éducative 20 7 27 éducative
100 x 100 x 27
périscolaire périscolaire 27/200 27/200
Absence 100 x 100 x 173
Absence d’aide
d’aide 80 93 173 173/200 173/200

100 100 200 100 100 200

Enfants en échec Progrès > à 2 pts de Stagnation ou recul Résultats


scolaire moyenne d’une
distribution
au hasard
Aide éducative
13.5 13.5
périscolaire

Absence d’aide
86.5 86.5

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Calcul du Chi deux et conclusion

• Le Chi deux est la somme du résultat de la formule ci après pour toutes les cellules de données
du tableau.
(Effectif observé – Effectif hasard)²
Effectif hasard

• Appliqué au tableau précédent, le calcul donne :


• (20 - 13,5)² + (7 -13,5)² + (80 - 86,5)² + (93 - 86,5)² = 7, 23
13,5 13,5 86,5 86,5

• On compare cette valeur à la valeur d'une table de chi-deux au risque 5 % et au


degré de liberté 1 (le degré de liberté est donné par (ligne -1) x (colonne - 1) soit ici
(2 - 1) x (2 - 1) = 1).
La valeur trouvée est supérieure à la valeur de la table (3,84). Le test est donc
significatif, l'hypothèse nulle est rejetée. l'hypothèse d’un effet dû à autre chose que
le hasard est acceptée.
Nous venons de démontrer que l’AEPS telle qu’elle a été pratiquée sur le site
examiné donne statistiquement plus de progrès scolaire que son absence. On dira
qu’il existe une bonne corrélation entre AEPS et progrès scolaire

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Examen du poids de variables
concurrentes.
• Pour mesurer le poids de la seule variable
AEPS, on a annulé le poids de variables
concurrentes en les maintenant constantes.
Ainsi, chaque enfant du groupe expérimental
avait son équivalent dans le groupe témoin :
• Age identique
• CSP parents identique
• Professeur des Ecoles et camarades identiques
(même groupe classe)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Examen du poids de variables concurrentes.
Structural Equation Model Showing the Relationship Between Family Processes, Child
Characteristics, and Achievement for Children Aged 6 to 11 Years (Ryan & Adams
1998)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Commentaire du modèle Ryan &
Adams
• Plus les coefficients sont élevés et positif, plus la liaison est
importante entre les variables reliées par un trait ou une flèche.

• On voit ici que la plus forte liaison avec la réussite (Achievement)


est « l’attention académique » de l’élève, autrement dit sa motivation
scolaire.

• C’est l’occasion de souligner combien les raisons personnelles, les


motivations des acteurs sont explicatives de leurs actes pour
l’ensemble des phénomènes sociaux

• N.B. r²=0,54 signifie que ce modèle ne rend compte que de 54%


des variations observées de la réussite des élèves. Il y a donc
d’autres variables, absentes de ce modèle, qui expliquent une autre
moitié de la réussite des élèves. (Le QI en fait partie)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Examen du poids de variables concurrentes.
Exemple France Enquête FQP 1993

• 86% des agriculteurs ont des parents


agriculteurs. => La variable héritage culturel
semble jouer très fortement dans un sens de
reproduction.
• MAIS…
• Parmi TOUS les enfants d’agriculteurs, seuls
24% d’entre eux deviennent agriculteurs =>
D’autres variables (à trouver) réduisent
drastiquement le poids de la variable héritage
culturel.

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Santé revenu fertilité dans le
monde 1965-2003
• Talks Hans Rosling: Debunking third-
world myths with the best stats you've
ever seen
• http://www.ted.com/index.php/talks/hans_rosling_shows_the_best_stats_you_ve_ever_see
n.html)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


La prédiction
• Talks Bruce Bueno de Mesquita: Three
predictions on the future of Iran, and
the math to back it up
(http://www.ted.com/index.php/talks/bruce_bueno_de_mesquita_predicts_iran_
s_future.html)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Conclusion sur les méthodes
• La rigueur scientifique en sociologie comme
ailleurs se traduit par
– La preuve statistique
– L’examen du poids des différentes variables sur un
phénomène examiné

• Trop de travaux sociologiques omettent ou


ignorent ces deux règles fondamentales. Dès
lors ils ne sont ni scientifiques ni fiables. Cela
est totalement indépendant de la position
politique ou sociale de leurs auteurs.
Pr. J.M. Dutrénit 2010
L’accumulation de preuves statistiques rigoureuses a
permis de développer une sociologie plus scientifique :

• On s’est rendu compte que les causes des phénomènes


sociaux se trouvent dans les anticipations des acteurs,
leurs espoirs, etc. Ex le taux de personnes 55-65 ans au travail en
Suède(80%) et en France (50 %) Cela implique de comprendre et
mesurer objectivement la subjectivité des hommes.

• La manière sociologique qui consistait à chercher la


cause des phénomènes dans une mesure de l’objectivité
sociale hors de la subjectivité des acteurs s’avère très
insuffisante. Ex. les notions de conscience collective, de culture, d’inconscient
collectif, de structure sociale, de conditions objectives, etc..

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Les valeurs et les
normes

Pr. Jean-Marc Dutrénit oct 2007

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Sommaire
• Définitions
• Cristallisation / évolution des valeurs
• M. Weber
• M.Mauss
• R. Inglehart
• E. Durkheim
• R. Boudon
• Valeurs et normes en France (Crozier)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Valeur - définition (JM Dutrénit 1997)

place attribuée à un phénomène ou idée sur


une échelle allant
du moins recommandé vers
le plus recommandé
par le locuteur
Ex. Esthétique, éducation, la terre…

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Norme - définition

Une norme est la fixation (provisoire) de


valeurs en
• Coutumes
• Mœurs
• Règlement
• Standard de qualité
• Lois
– Les normes évoluent en fonction des changement
des valeurs des groupes majoritaires à un
moment donné. (relier cela au cours sur les groupes sociaux)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Les valeurs se cristallisent en
rationalités concurrentes d’égale
légitimité (M. Weber 1910)

Buts des
acteurs  Les résultats Les valeurs
Domaines
D’application
 

Theoretical/ SCIENTISTS UTOPIA BUILDERS


General (evaluators) (Théologiens)

Practical/ STATE MANAGERS POLITICIANS


Single (Fonctionnaires) SYNDICALISTS
 Pr. J.M. Dutrénit 2010
(social workers)
La réciprocité régule les relations
humaines (M. Mauss 1925, J-M. Dutrénit, 2002 chap 2)
• La réciprocité est l’étalon implicite d’évaluation des
interactions dans le champ des valeurs locales

• Chaque individu l’utilise implicitement, comme chaque


responsable de groupe ou de nation

• Quand un individu ou un groupe s’écarte trop de la


réciprocité positive (nazisme, dictatures, terrorisme,
criminalité, délinquance, parentalité abusive, etc.) , il est
combattu jusqu’à rétablissement de relations équilibrées.

• Le schéma suivant décrit le processus

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Réciprocité (Mauss, Lévi-Strauss, Shalins, Temple…)
Réciprocité positive Réciprocité négative
(paix, coopération Réparation Vengeance (lutte, conflit, guerre)
alliance)

(1) (3) (2)

Enrichissement Echanges estimés Echanges estimés Appauvrissement


mutuel équilibrés déséquilibrés mutuel

Bilan Estimation Bilan Estimation


des échanges par des échanges par
les protagonistes, les protagonistes,
négociations négociations

Fig. 2 - Les cercles de réciprocité positive (1), de réciprocité négative (2)et le passage de l’un à autre (3) selon les estimations
des partenaires en présence. (Jean-Marc Dutrénit 1999)
Réciprocité restreinte et généralisée
sont en concurrence permanente
(Lévi-Strauss 1965)

• La réciprocité restreinte est limitée par les


hommes à un groupe défini (tribu,
corporation, classe sociale, nation,
entreprise, etc..)

• La réciprocité généralisée s’applique à


tous les interlocuteurs

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Réciprocité restreinte est liée aux valeurs traditionnelles et de
survie (-2,-2). Réciprocité généralisée est liée à la rationalité et
à l’expression de soi (1.5, 1.5) (Inglehart 2005) r²=0.7

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Définitions
Enquêtes par questionnaires à échantillons représentatifs de population de chaque pays. Les scores moyens
obtenus permettent de les situer sur ce graphe à deux axes

• Traditional values = L’autorité des


anciens domine, il est obligatoire de
vivre comme les générations
précédentes.

• Secular-rational values = Laïcité,


science et techniques innovantes
sont les références dominantes de
la vie politique et sociale

• Survival values = Survivre le


lendemain est le souci dominant la
vie individuelle et collective

• Self expression values = Les formes


les plus originales de la liberté
individuelle sont dominantes dans
l’économie, les lettres, sciences,
arts, vie quotidienne, etc…

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Le circuit des actes qui renouvellent
normes et les valeurs
(Cf. Durkheim Les formes élémentaires de la vie religieuse)
Schéma de JM Dutrénit 1999

(Empowerment, diversification personnelle)


(temps t n+ 1)

Biens culturels Pratiques quotidiennes Biens matériels


(production- ordinaires (temps tn) (production-
diffusion) diffusion)
(télé réalité) (mondialisation)

Nouvelles valeurs Anticipations Nouvelles pratiques


(Démocratie participative) Innovations (forums, blogs…)
(TV & internet)

Exemple : l’apparition des « télémedias ».


Elle permet aux hommes de créer rapidement de nouvelles conceptions de leur vie et de leur
production matérielle.
N.B. le circuit est auto alimenté par l’innovation de (tn) à (t n +1).
Implication des acteurs,
impartialité
&
évolution des normes
Présentation personnelle de
R. Boudon L’explication des normes sociales, 2001

Paradigme : individualisme méthodologique

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Pr. J.M. Dutrénit 2010
Deux métaphores d’Adam Smith – 1760

Dans La Richesse des Nations :


La « main invisible » réconcilie l’intérêt particulier et l’intérêt
général :
• l’intérêt du fabricant est de vendre plus – donc des produits
de qualité - et moins cher que la concurrence.
• C’est aussi l’intérêt du consommateur

Dans Théorie des sentiments moraux


Le « spectateur impartial » serait une seconde « main
invisible » agrégeant des opinions intéressées pour
produire sous certaines conditions une opinion conforme
à l’intérêt commun

Pr. J.M. Dutrénit 2010


L’enjeu…
• SI oui, la démocratie (vote etc..) est
fondée

• Si non, l’analyse de tradition marxiste


d’une opinion manipulée, donc factice,
est exacte

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Equivalents conceptuels du
spectateur impartial de Smith
• Raison pratique de Kant
• Rationalité axiologique de Max Weber
• Sens du sacré de Durkheim
• Voile d’ignorance de Rawls
• Aire cérébrale de l’éthique, pré-câblée
pour la coopération des Neurosciences
de Damasio

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Hypothèses

1. Toutes sortes de « biais » affectent les


jugements et opinions individuels (ancrage social,
utilité espérée)

2. Le sujet est aussi capable de fonder son


jugement sur une argumentation valide,
impartiale

3. Le « spectateur impartial » a une influence


grandissante avec le temps (courte vie des régimes
totalitaires)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Biais n°1 - La position sociale
influence partiellement les opinions
(Hyman, in Boudon et Lazarsfeld 1965)
Lecture : 68 % des 512 personnes de classes sup. préconisent une formation
universitaire comme facteur essentiel de promotion, …

Individus (effectifs des


préconisant une classes dans
formation l’échantillon
universitaire % interrogé)

Classes 68 512
supérieures
Classes 52 1531
moyennes
Classes 39 856
inférieures
TOTAL Chi deux 2899
significatif au
seuil de .0001
Pr. J.M. Dutrénit 2010
Biais n°2 - Ancrage communautaire
rivalise avec impartialité
• Le manque de crédibilité d’un
tribunal d’exception motive son
rejet. Tab. 2
• SAUF pour les socialistes qui
défendent les ministres en
causes (les leurs à cette
époque) Tab. 2
• MAIS un consensus existe sur
le fait de déférer des ministres
à la justice en cas de faute
dans leur fonction. L’effet
communautaire s’efface
devant l’évidence de la
responsabilité : le spectateur
devient impartial (Tab. 3)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


L’universalité a lentement
supplanté le communautarisme

• Sur le long terme, la dignité de l’être humain


a été construite (Esclavage Tocqueville)

• Le monde global supplante peu à peu les


anciennes communautés

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Biais n°3 - La connaissance
erronée La culture économique moyenne varie d’un pays à l’autre. Elle
explique bien les variations de % de réponses. On peut l’améliorer par l’enseignement.

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Idem
La culture économique moyenne varie d’un pays à l’autre. Elle explique bien les variations de
% de réponses

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Biais n°3bis – L’axiologie (morale
ambiante)
• Ex. 1- La domination des élites étrangères ou nationales serait
la cause malheurs des pays du tiers monde.
Il s’agit en réalité des modes de vie locaux sur lesquels on reste aveugle
(niveau culturel, statut des femmes, petits chefs esclavagistes, tribalisme,
etc…) Bakunda Rwanda L’enfer des règles implicites, Harmattan, 2007

• Ex. 2 - On concilie égalitarisme et différence des opinions :


on élimine tout critère scientifique en décrétant que toute opinion en vaut
une autre

• Ex. 3 - On décrète que la science est une idéologie de


domination.
• Alors l’école a privilégié « l’éveil » au lieu de la transmission de
connaissances et de l’esprit critique. Résultat catastrophique pour les plus
démunis.

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Biais n°4 – L’implication (Max Scheler, 1900)
L'Homme du ressentiment, Gallimard, 1970.

• Le défroqué lutte d’autant plus contre ses


anciennes idées qu’il ne peut les gommer de
son passé

• L’intellectuel n’aime pas le libéralisme qui lui


fait peu de place au regard de ses longues
études. Il préfèrera souvent le socialisme

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Les 4 biais combinés : position,
connaissance, ancrage, implication

• Ex. 1 - Les grands bellicistes ne font pas la guerre


eux-mêmes

• Ex. 2 - Les Français (50% ne paient pas l’impôt


direct) sont majoritairement favorables à une
réduction du déficit de l’Etat par augmentation des
impôts

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Biais n°5 – le conformisme de
façade pour se protéger
• « Tous athées » en France de 1793
• « Tous communistes » en Russie de 1920
• « Tous pétainistes » au début de Vichy, 1940
• « Tous résistants » en 1945
• « Tous relativistes » en 2007
• « Tous confiants dans les institutions » en Chine 1995 (tab. 6)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Quand sommes nous impartiaux ?

• Lorsque c’est loin de nous : Antigone a raison de


vouloir enterrer son frère. ( Les Thébains pensaient
différemment selon leur position)

• Lorsqu’ on est hors du champ d’application de la


mesure à prendre : on peut envoyer les ministres au
tribunal en cas de faute avérée

Pr. J.M. Dutrénit 2010


La progressive rationalisation des
valeurs (Max Weber, 1900)
• Avec la distance historique la guerre apparaît comme un
phénomène anormal [ la terreur atomique qui concerne tout un
chacun a contribué à cette évolution]

• Les droits de l’homme face à l’oppression remplacent lentement la


souveraineté des Etats (Kosovo, extradition de Pinochet, etc..)

• Le « polythéisme des valeurs » de nos jours répond au contexte


conflictuel dans lequel s’installent de nouvelles hiérarchies de
valeurs

• L’acceptation décroissante du public pour les grèves « prise


d’otage » (transport, musées…) est rationnelle

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Conclusion 1/2
• Valeurs et normes se construisent dans un maelstrom de
position, connaissance, ancrage, implication,
conformisme et distances

• Le « spectateur impartial » veille au fond de chaque


homme. Le regard des autres le stimule fortement

• Ce spectateur impartial s’affirme au cours du temps. Ex:


• Démission commission européenne mars 1999
• Discrédit du dopage
• Faiblesse croissante de l’exception française du cumul des
mandats
• Croissance de l’idée du service minimum pendant les grèves
• Egalité des sexes
• Condamnation générale de l’esclavage

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Conclusion 2/2
• Théorie sociologique : Le concept de
« spectateur impartial » est indispensable à une
théorie complète sur normes et valeurs

• Pratique sociologique : La nature des questions


posées dans les sondages place les répondants
dans deux positions principales :
• Acteur partial ( les impôts)
• Spectateur impartial (tribunal pour les ministres, Attitude
d’Antigone)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Valeurs en France
Présentation personnelle de
M. Crozier Nouveau regard sur la société française, 2007

Paradigme : ethnométhodologie

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Michel Crozier
Fondateur du Centre de Sociologie des organisations (CNRS),
Pr Paris X-Nanterre,
Prix Tocqueville 1998,
Membre de l’Institut

• Après 40 ans d’enquêtes et de travaux sociologiques

• M. Crozier offre ici son regard instruit sur les valeurs


concurrentes qui en France se disputent la première
place

• Il a organisé cette analyse autour de quelques


phénomènes sociaux fondamentaux :

• Ecole, Liberté, Responsabilité, Connaissance,


Démocratie, Travail, Institutions, Confusion des valeurs,
Ecoute

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Présentation choisie
• Pour chaque phénomène,
• nous avons regroupé les résultats des
analyses de Crozier en quelques points
essentiels pour la société Française :
– Forces
– Faiblesses
– Paradoxes & malaises
– Remèdes

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Ecole
• Forces
• Obéir
• Etre bon élève
• Etre chahuteur
• Etre les deux
• Etre capable de juger le monde
• Faiblesses
• Coopérer,
• créer,
• Innover
• Paradoxes & malaises
• Esprit de contradiction (copie négative de l’obéissance)
• Non préparation à vivre dans un monde de liberté
• Remède
• Apprendre à coopérer, créer, innover (progr. 4H, Cf Jean-Marc Dutrénit La
compétence sociale)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Liberté
• Forces
• Nous avons une grande liberté s/ contrainte génétique
• Héritage chrétien : droit & devoir de s’extraire des contraintes du groupe pour répondre
de soi devant Dieu
• On peut renverser les valeurs de son milieu d’origine

• Faiblesse
• Manque de discipline, manque de conscience morale
• Incapacité à construire progressivement un consensus durable

• Paradoxes & malaises


• Syndrome de l’égalité (apothéose avec le goulag soviétique)
• Deux types idéaux : les soumis; les rebelles
• Peur panique de la liberté => Installation de contraintes a priori à la clé de toute
nouveauté => stagnation (OGM, précaution, etc…)

• Remède
• Faire d’abord en liberté, puis évaluer et réguler

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Responsabilité
• Forces
• La responsabilité penche vers le collectif et atténue le pouvoir de la liberté.
• Elle remplace peu à peu et partout l’obéissance
• Elle est plus efficace et répond mieux au désir d’individuation des personnes
• Les multiples « liens faibles » (organisation, contrats, Etat de droit) étayent fortement
liberté et responsabilité (Cf. J. Rawls Une Théorie de la justice)
• Faiblesses
• Croyance erronée et répandue : « le pouvoir appartient à quelques uns ». [NON, il circule et se
conquiert. Je n’ai de pouvoir que dans la mesure où d’autres ont intérêt à m’en reconnaître.]

• Paradoxes & malaises


• On adopte une responsabilité morale globale, divine ou de raison, mais on magouille
dans les affaires quotidienne (« les grands principes / les grands sentiments » Guy Béart)
• On proclame le peuple souverain (1789) mais misère, escrocs politiques et guerres sanglantes

• Remèdes
• Faire ce que l’on dit, dire ce que l’on fait est le début de la morale (qualité ISO,
Churchill, de Gaulle, etc…)
• Développer la responsabilité juridique des chargés de pouvoir (accountability, Eva Joly
Dans quel monde voulons nous vivre ?))
• WARNING
• On n’est pas totalement maître du jeu

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Connaissance
• Forces
• Un désir de connaissance vieux comme le monde anime la France. Nous avons d’excellents
scientifiques (médecine, Airbus, Ariane, TGV, Dassault, etc…). La scolarisation des 18-24 ans a
progressé de 58% entre 1990 et 1999, etc…

• Faiblesses
• En Sciences humaines et en politique, tout le monde discute de tout sans se soumettre à la rigueur de
la preuve - en Sociologie notamment

• Paradoxes & malaises


• Le principe de précaution, l’interdit sur le clonage (unique au monde ! ) nous retardent dans la
connaissance

• Remèdes
• Seule la connaissance peut nous éviter les écueils qu’elle crée (OGM, Clonage)
• Un devoir connaissance doit accompagner liberté et responsabilité (Neurosciences et apprentissages
lecture, mémoire, intelligence, coopération, etc…)
• Une presse plus informative, plus exacte (par ex sur les régimes spéciaux de retraite) permettrait de
discuter avant de prendre parti pour telle ou telle solution)
• WARNING
• Je suis moralement coupable de ne pas essayer de savoir

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Démocratie
(= exercice du pouvoir par le peuple)

• Forces
• Liberté d’entreprendre. Les entreprises du CAC 40, avec ingénieurs français de premier plan ont pu
construire un secteur privé produisant une richesse exceptionnelle partout dans le monde
• Faiblesses
• Le parlement et l’Etat presque régalien font lois et décrets d’application « top down » (coupés de la
base)
• Lois normatives détaillées universalistes MAIS inapplicables à tous les cas
• PME bloquées par la bureaucratie tatillonne

• Paradoxes & malaises


• Comme la décision n’est pas construite « bottom up » chacun se bat contre des mesures dont il se
sent exclu
• Donc on « s’arrange » en contournant la loi, selon le vieil adage français : « la théorie et la pratique
sont des univers différents… » (confusion entre théorie scientifique et doctrine)
• Contradictions d’une société « entrouverte »

• Remèdes
• Faire des lois cadre peu nombreuses, et laisser les juges interpréter
• Aller vers une démocratie tempérée comme celle de nos voisins européens
• Parvenir à libérer les énergies individuelles

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Travail
« Energie physique ou intellectuelle de la personnalité vivante dépensée à l’occasion de la fabrication de
choses utiles » (Marx 1860)

• Forces
• Les Français sont attachés aux œuvres depuis homo faber
• Ils aiment le travail bien organisé
• Générosité enthousiaste
• Les jeunes diplômés trouvent du travail aisément
• Faiblesses
• La bureaucratie gâche l’organisation (disent les salariés dans les enquêtes)
• 150.000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme chaque année
• La formation permanente est insuffisante
• Préjugés sur la relation âge de la retraite, temps de travail et chômage
• Paradoxes & malaises
• Les 35 heures n’ont pas servi à la formation
• L’inactivité des 55-64 ans (63%) entraîne fortes charges sociales et par
conséquent des freins à l’embauche, notamment des jeunes
• Remèdes
• Flexsécurité : un immense chantier de formation pour tous (Ex. Norvège loi
2003 tout adulte peut reprendre ses études gratis jusqu’au Baccalauréat)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Institutions
Mais d’abord, qu’est-ce qu’une institution ?
• Ex. Assemblées, conseils, journaux,

• Définition : tous lieux où l’on fabrique, ajoute, transforme de la règle

• Deux théorèmes fondamentaux :


• « Plus il y a d’institutions plus le peuple est libre » (St Just Œuvres 1790)
• La liberté ne vient pas de moins d’organisation mais de plus d’organisation
Crozier et Friedbergh L’acteur et le système

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Institutions en France
• Forces
• Les institutions françaises ont produit de grandes chose (X, Sc Po,
Les Mines, Normale Sup, etc…
• Les grandes institutions se sont étendues et complexifiées (Ex
l’Armée, l’Enseignement, la Protection sociale, etc..)
• Des institutions mineures mais essentielles au développement se
sont émancipées et multipliées en France (Protection Sociale,
Loisirs, Radio libres, etc..)

• Faiblesses
• La fascination du pouvoir central « qui peut tout » est une infirmité
et une paresse de la pensée politique française
• De ce fait la France est le pays des doctrines radicales « top
down », du prétendu déterminisme social (Ex. l’Habitus culturel) et
des révolutions.
• On construit à côté au lieu de transformer ce qui existe

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Institutions en France suite

• Paradoxes & malaises


• Le radicalisme des critiques invite au centralisme sous d’autres apparences
(1789)
• La décentralisation départementale (petites forces divisées) a renforcé le
pouvoir central en refusant de le confier aux Régions (force de taille
significative) à l’opposé de l’Espagne

• Remèdes
• Développer l’esprit de Réforme progressif et « Bottom up »
• Rechercher les points sensibles à réformer pour modifier un ensemble (Ex.
la réforme de Sciences Po réussie par des quota d’étudiants de banlieue)
• Espoir : les réformes en cours (La transparence des comptes des syndicats,
du MEDEF et de l’Etat)
• Cogestion dans l’entreprise comme au Pays Bas, Prêts étudiants à
remboursement de 5% du futur salaire, pédagogie de la compétence sociale
à l’Ecole

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Exemple d’institution intelligente : le
Centre des Jeunes Dirigeants (CJD )
• Limite d’âge pour être membre = 45 ans

• Toute responsabilité est non cumulable, non renouvelable et dure 2 ans

• Durée maximum possible en mandats :


– Président de Section 2 ans
– Président de Région 2 ans
– Président National 2 ans
• Total = 6 ans

• De ce fait la démagogie pour durer au pouvoir est impossible.

• Au contraire, chaque dirigeant est tenté de proposer des réformes


intelligentes pour « laisser sa marque »

• Appliquer ce genre de règles à la plupart des institutions serait sage

• Cf. Le Magazine du CJD

Pr. J.M. Dutrénit 2010


La confusion des valeurs
• Forces
• La liberté du débat sur tout
• La volonté de liberté
• La lente ascension du spectateur impartial Cf. Boudon

• Faiblesses
• Un grand tabou : on croit que les valeurs républicaines –liberté, égalité, fraternité,
monarque républicain, parlement loin des acteurs, étatisme universaliste - sont
supérieures aux valeurs démocratiques de TOUT AUTRE REGIME ou PAYS
• Ecart entre valeurs professées et pratique : responsables de gauche mettant leurs
enfants en école privée, Patrons prêchant la modération salariale / Stock options
• La jonglerie avec les valeurs les dévalorise, les multiplie, les rend confuses
• Démocratie se mêlant de science (OGM)
• L’expression des communautarismes (alors que l’expérience de Lagan College en
Irlande, ouvre les esprits)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


La confusion des valeurs suite
• Paradoxes & malaises
• Les pays émergents, Chine, Inde, Islam, superposent valeurs
capitalistes à autoritarisme ancien allant jusqu’au sacrifice
personnel pour la communauté (Cf. Les croisades du Moyen Age, &
Inglehart, Enquête sur les valeurs du monde ).
• Guerre civile algérienne & montée du communautarisme en France
résultent du conflit entre ces valeurs

• Remèdes
• Mieux répondre au besoin d’intégration des immigrés
• Remplacer le simplisme de l’universalisme républicain par une
démocratie participative (Pays Scandinaves) mieux adaptée à la
complexité moderne. Les 35 h n’ont pas satisfait ceux qui voulaient
travailler plus
• Revenir au principe de réalité, càd celui de la connaissance
scientifique des phénomènes pour proposer des modalités de
gestion cohérentes

Pr. J.M. Dutrénit 2010


L’écoute
• Forces
• L’écoute empathique ou active (contribution essentielle de la sociologie et psychologie sociale) =>
Tous les partenaires sont gagnants.. Mais trop rare encore. Ex le CR d’étude de leur organisation aux
personnels par Crozier (vraie écoute) les incite à énoncer des remèdes pertinents (L’acteur et le
système 1977.)

• Faiblesses
• Le débat (duel télévisé) => 1 gagnant + 1 perdant
• Bouddha asiatique montre grandes oreilles et petite bouche. La France montre le contraire…

• Paradoxes & malaises


• Ex. Affaire d’Outreau :
• le juge d’instruction n’a pas assez écouté
• La commission parlementaire a TB écouté
• La profession, corporatiste, s’est insurgée. La réforme a avorté (refus de l’instruction par avocats à charge
et à décharge sous prétexte d’égalité des prévenus)

• Remèdes
• L’idée de progrès est chevillée au corps de l’homme [Le spectateur impartial cohabite avec l’acteur
engagé]
• « Apprenez à vous écouter réellement les uns les autres »

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Conclusion générale sur les
valeurs
• Les valeurs balbutient longtemps avant de
s’exprimer sous forme universelle

• On peut décrire leurs métamorphoses


avant qu’elle ne deviennent impartiales

• Celles-ci semblent obéir à une loi de


développement de la réciprocité d’abord
restreinte puis peu à peu généralisée.
Pr. J.M. Dutrénit 2010
Causes et solutions
• Ne peut-on pas trouver les causes de tout cela
et les éradiquer pour avoir une société heureuse
?
• NON ! La cause dans les affaires humaines est
toujours dans le futur, comme la solution : dans
les anticipations des acteurs

• Les acteurs trouvent eux mêmes la solution


lorsqu’ils ont une vue claire des problèmes. La
sociologie y contribue

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Sociologie du
travail et des
Organisations

Pr. J.M. Dutrénit 2007

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Sommaire
• Un peu d’histoire
• Les fondateurs 1860
• L’ ingénieur F. W. Taylor 1898
• Elton Mayo, Roethlisberger & Dickson, 1935-55
• Les 30 glorieuses : organisation & psychologie
• 1977, M. Crozier démontre les stratégies de l’acteur
• Début de la crise : marché/technique/produits, Lawrence & Lorsh 1980
• An 2000 : irruption des démarches qualité
• An 2006 : arrivée des neuro-sciences
• Conclusion

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Un constat (T. Parsons 1980)

• Un monde d’organisations à complexité


croissante (entreprises, formation,
justice, protection sociale, etc..) s’est
imposé lentement au cours des siècles

– entre les familles issues de la tribu et de la


lignée féodale
– entre la personne et sa famille (idem)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Un peu d’histoire
• Dans les sociétés tribales, famille et travail sont
une même totalité
• Début de la bureaucratie au 16ème siècle ( Weber
1971) quand on commence à distinguer les
comptes de l’entreprise de ceux de la famille
• Finances de l’Etat = finances de la famille royale
jq. Louis XIV inclus
• France 1925 : 1er impôt sur le revenu
• France 1950 : 50 % de salariés. 2003 : 90 %

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Les étapes de la
sociologie du
travail

Pr. J.M. Dutrénit 2010


1- Les fondateurs
• Marx 1860 : forces productives créent le
progrès. Mais il est capturé par l’exploitation de
l’homme par l’homme. Leur libération et leur
organisation optimales viendront avec la
révolution socialiste
• Durkheim 1890 : la division du travail génère de
la solidarité
– mécanique d’abord : petits villages juxtaposés
– organique en soc modernes (interdépendance des 3
secteurs de l’économie) mais anomie

Pr. J.M. Dutrénit 2010


2- Le pionnier : F. W. Taylor, ingénieur,
années 1900 cherche une organisation
scientifique du travail
• Constat : flânerie, corporatisme, alcoolisme,
dénigrement des jeunes et faible productivité
dominent les ateliers
• Cause : les patrons ne préparent pas le travail
• Remède : nombreuses expériences de
réorganisations d’ateliers et évaluation des
effets. Exemples :
– manipulation de gueuses de fonte
• En rythme libre = 1,2 T transp., salaire habituel 1,15 $/j
• Avec pauses oblig. de 10’/heure = 4,8T (+400%) => Taylor
offre alors un salaire à 1,85$/j (+60%) si les ouv acceptent sa
nouvelle méthode de travail.

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Taylor suite
– Pelletées de charbon dans l’entrepôt : T. trouve la
pelletée de rendement optimum : 10kg
– Construction des murs : T fait passer le N de mvts de
18 à 5 pour poser une brique
– Etc…
• Effets : changement méthodes + augmentation
des salaires ont développé la soc industrielle
(cycle production-consommation plus riche)
• Pb. français : malgré le changement de
méthode, on n’augmentait pas les salaires…

Pr. J.M. Dutrénit 2010


3 - Elton Mayo, Roethlisberger & Dickson,
1935-1950 explorent les rapports entre
condition de travail, psychologie & rendement
• Les plaintes sur les conditions physiques de travail
traduisent une insatisfaction socio psychologique
(General Electric, Hawthorne)

• La satisfaction croît avec la coopération entre les


agents (ouvriers, contremaîtres, ingénieurs,
conseillers, etc.)

• Le rendement croît avec la satisfaction

Pr. J.M. Dutrénit 2010


4 – Les 30 glorieuses : les rapports
organisation - psychologie
a) Le modèle bureaucratique (Gouldner 1954)

Exigence de contrôle

Règles générales
impersonnelles

(1) (2)

Niveau de comportement Relations Tensions


accepté autoritaires interpersonnelles

Ecart Objectifs/ Supervision


Réalisation plus étroite

Les cercles (1) et (2) se renforcent mutuellement


Ex Pertes de marchandises en magasin, Imprimés mal remplis pour allocations, etc...
b) Les sources de la motivation March & Simon 1964

Nombre des + Importance des + Objectifs


alternatives conséquences individuels
possibles perçues

- + - + -

Motivation à produire
c) Identification & motivation March & Simon 1964

Partage des Quantité de besoins Compétition


Objectifs perso. satisfaits par ds le groupe
le groupe

+ +

Fréquence des + Prestige du


Interactions groupe
+
+
+ Identification -
au groupe

Motivation
à
produire
d) Quitter l’organisation March & Simon 1964

Conformité emploi/ Prévisibilité des Compatibilité


Image de soi relations de travail emploi/autres
Fonctions
+ + +

Satisfaction Taille de
au travail l’organisation
+

- Possibilité
- de mutation
Désir de quitter ds l’organisation
l’organisation
e) Sources de conflits entre groupes March &
Simon 1964

Abondances Nombre de
des ressources services d’
d’information
-

Interdépendance Niveau ds Dépendance Opérationalité Longueur du


des program- l’organisme ressources des + circuit de
mations communes objectifs l’information
+ + + - +
+
Besoin ressenti Différences + Différences de
de décider en d’objectifs perception
commun
+ +
+
Conflits entre groupes
5 – 1977, M. Crozier démontre
les stratégies de l’acteur

Alliances/Conflits

Zone d’incertitude Occasions saisies


REGLES IMPLICITES
Contraintes RELATIONS Espoirs/Déceptions De divers jeux du système

Critères satisfaction Force d’expert/relais Satisfaction /


Insatisfaction
Règles officielles

MARGES DE LIBERTE STRATEGIES

Modèle de fonctionnement des hommes dans les organisations d’après M. Crozier.

Pour en savoir plus : M. Crozier & E. Friedbergh, L’acteur et le système, Seuil, 1977
Commentaire du schéma stratégies
d’acteur dans les organisations
• Tous les éléments mentionnés dans le schéma sont
construits par les acteurs à travers leurs perceptions et
leurs interactions.
• Les stratégies sont développées sur cette base par
chaque membre du personnel pour atteindre des
satisfactions
• Chaque groupe de niveau (direction, cadres supérieurs,
cadres moyens, opérateurs de base) solidifie plus ou
moins ces stratégies.
• Avec le temps, ces stratégies inter-groupes s’ajustent
mutuellement pour devenir de véritables règles implicites
(les « règles maison », les « ici c’est comme ça!) qui
cohabitent avec la production, les règles officielles et les
particularités individuelles…

Pr. J.M. Dutrénit 2010


6 – Début de la crise :
Marché/technique/produits
Lawrence & Lorsh 1980
Incertitude
du marché Plats cuisinés

Plastique

Papier carton

Incertitude
technique

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Une clé de réussite :
la modalité d’association
R&D/marketing/fabrication
en fonction du marché et des techniques
Incertitude
du marché Forte
coordination
RD/M/F

Coordination Simple
RD/M/F

Indépendance
R&D/marketing/fabrication

Incertitude
technique
Pr. J.M. Dutrénit 2010
7 - An 2000 : irruption des
démarches qualité
La qualité est l’ensemble des
propriétés d’un objet qui le
rendent apte à satisfaire les
besoins explicites et implicites
de l’usager
(ISO, AFNOR, 2000)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


La qualité synthétise toutes les
étapes de la sociologie du travail
( Besterfield, D.H., Besterfield 1999)
La démarche qualité applique ces résultats à sept
secteurs principaux des orgnisations :

• 1. Direction générale
• 2. Planification
• 3. Attention aux usagers
• 4. Information et analyse
• 5. Attention aux ressources humaines
• 6. Organisation du travail
• 7. Evaluation des résultats

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Certifications qualité totale

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Certifications environnement

Pr. J.M. Dutrénit 2010


8 – An 2006 : arrivée des neuro-sciences
Locus of control at work: a meta-analysis
(W. H. Ng, K. L. Sorensen , L. T. Eby 2006)

Norme d’internalité
(Je suis moi-même la cause de mes actes,
j’apprends la réciprocité positive)

Motivation

Travail réussi Relations positives


Dopamine
N.B. L’adoption de la norme d’externalité (“les autres sont la cause de mes actes”) produit des
résultats opposés : dégoût, échec et hostiité.

Pr. J.M. Dutrénit 2010


En conclusion on dira que la
sociologie :
• poursuit les buts de toutes les disciplines :
pourquoi et comment A et non B ?

• utilise les mêmes critères que les autres


disciplines : mettre des modèles à l ’épreuve
de l’observation

• produit des connaissances permettant


d’améliorer fortement le gouvernement des
sociétés et d’accélérer le développement
humain

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Contrôle des connaissances :
devoir à faire chez vous

• Présenter un modèle explicatif d’un phénomène


social de votre choix
• à l’aide de vos connaissances acquises en cours, en TD et par vos lectures
• sous forme d’un développement de 3 ou 4 pages dactylographiées incluant
au moins 3 référence bibliographique.

Obligations
• Pour construire ce modèle il faut utiliser au moins trois types de variables ou
de facteurs ou encore trois thèmes de cours de sociologie de cette année.
• Toute copie (plagia) de textes pris sur le web ou ailleurs vaudra à son auteur
la note zéro. On vous demande une synthèse de vos apprentissages et non
un téléchargement.
• A rendre le 08 janvier 2008 (déposer les devoirs au secrétariat)

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Exemple de sujet :
« Fonctionnement implicite d’un Centre de Loisir
Sans Hébergement » :
• On devra faire appel à des connaissances en :
• Sociologie du travail et des organisations (1er facteur - ou
variable éclairante) : Quelles sont les attitudes ou stratégies
mobilisées par les acteurs de ce CLSH ? Réf au cours

• Sociologie de la famille (2ème facteur - ou variable


éclairante) : quel atouts et quels freins les familles
présentent-elles pour leurs enfants ? Réf au cours

• Sociologie des groupes sociaux et des valeurs (3ème


facteur - ou variable éclairante) : en quoi les interactions des
acteurs au CLSH favorisent-elles l’assimilation de normes et
la création d’autres normes ? Réf au cours

Pr. J.M. Dutrénit 2010


WARNING !
• Défaut à éviter à tout prix : une description ordinaire
d’une journée ordinaire, sans références
sociologiques

• Points en moins si orthographe et/ou syntaxe


défectueuse

• Tout devoir remis après le 08 janvier sera noté zéro.

Bon travail !

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Bibliographie introduction à la
sociologie
• Académie des Sc. Morales et Pol, La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse, 2005
• Ansart P. Les Sociologies contemporaines, Seuil, 1990
• Blomberg Th. “Integrating Research, Policy and Practice in Juvenile Justice Education.” Evaluation Review 26(3) June 2002.
• Boudon R. & Lazarsfeld Le vocabulaire des sciences sociales, Mouton 1965
• Boudon R. & al. Traité de Sociologie, PUF 1992
• R. Boudon, « A quoi sert la sociologie ? », 2002, cf. ce titre sur le Web
• Boudon R. Essai sur la théorie générale de la rationalité, PUF 2007
• Cherkaoui M. Mobilité sociale et équité, Rev. Fr. Soc.1987
• Cordazzo Ph. Les cohortes du RMI. Analyse longitudinale. Recherches et Prévision, CNAF 2002
• Damasio A. Spinoza avait raison. Le cerveau des émotions, Paris Odile Jacob 2003 Dutrenit J-M. Gestion et évaluation des Services
Sociaux, Ed. Economica, 1989
• Dutrenit J-M. Evaluer un Centre Social, Ed de L'Harmattan, 1994
• Dutrenit J-M. La compétence sociale, Paris, L’Harmattan, 1997
• Dutrénit J-M. Action sociale et qualité sociale, Paris L’Harmattan, 2002
• Ghiglione B. & Matalon B. Les enquêtes sociologiques, A. Colin 1995
• Inglehart R. & al. Human values and beliefs (…) in 43 societies, Univ. Mich. Press, 1998
• Kavale,-Kenneth-A.; Forness,-Steven-R. Social Skill Deficits and Learning Disabilities: A Meta-Analysis, Journal-of-Learning-Disabilities;
1996, 29, 3, May, 226-237.
• Reynolds A.J. Chicago longitudinal study, 2003 www.waisman.wisc.edu/cls
• Rogers C. R. Le développement de la personne, Dunod, 1966
• Ryan B. A. & Adams G. R. Relations familiales et succès scolaire des enfants : données de l'enquête longitudinale nationale sur les
enfants et les jeunes - Direction générale de la recherche appliquée, Governement of Canada, 1998.
• Yunus M. Vers un monde sans pauvreté, avec Alan Jolis, Ed. J.-C. Lattès – 1997
• Wonnacott & Wonnacott Statistique, Economica, 4e ed. 1998

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Références pour normes et valeurs
• Bakunda Rwanda L’enfer des règles implicites, Harmattan, 2007
• R. Boudon & al. L’explication des normes sociales, 2001
• Crozier L’acteur et le système 1977.
• M. Crozier Nouveau regard sur la société française, 2007
• Durkheim Les formes élémentaires de la vie religieuse
• Dutrénit J-M. La compétence sociale
• Hyman, Classes sociales et systèmes de valeurs in Boudon et Lazarsfeld Le vocabulaire des
Sciences Sociales, 1965
• Inglehart R. & al. Human values and beliefs (…) in 43 societies, Univ. Mich. Press, 1998
• Joly E. Dans quel monde voulons nous vivre ?
• J. Rawls Une Théorie de la justice
• Max Scheler, 1900) L'Homme du ressentiment, Gallimard, 1970.
• Adam Smith La Richesse des Nations
• Adam Smith Théorie des sentiments moraux
• Max Weber Economie et Société

Pr. J.M. Dutrénit 2010


Références pour organisations

• Besterfield, D.H., Besterfield, C., &G.H, & M. Total Quality Management, Prentice hall Ed.
N.Jersey, 1999, 528 p.
• Crozier M. & E. Friedbergh, L’acteur et le système, Seuil, 1977
• Durkheim 1890 La division du travail PUF, 1990
• Gouldner Patterns of industrial bureacracy, Glencoe 1954
• Marx K. Œuvres, Gallimard 1975
• W. H. Ng , Kelly L. Sorensen, Lillian T. Eby Locus of control at work: a meta-analysis Journal of
Organisational behaviour, 27, 8, 1057 – 1087, Sep 2006
• Lawrence & Lorsh 1980 Adapter les structures de l’entreprise, Ed d’organisation Paris
• Parsons T. 1980 Systèmes de sociétés Dunod, 2 t
• Simon H. 1964 Les organisations Dunod
• Peters et Waterman Le prix de l’excellence, Ed d’Organisation, 1988
• Taylor, F.W. L’organisation scientifique du travail, Dunod, 1960
• Weber M. Economie et Société, Plon 1971

Pr. J.M. Dutrénit 2010