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Cours d’anthropologie médicale

IIème PARTIE  APPROCHE ECOLOGUE  EN 
ANTHROPOLOGIE MEDICALE
 
IIème PARTIE APPROCHE ECOLOGUE EN ANTHROPOLOGIE
MEDICALE

Etant donné la diversité croissante des patients devienne de plus en plus important 

pour  les  médecins  de  comprendre  que  les  facteurs  sociaux  et  culturels  qui 

influencent leur santé et leur prise en charge. Dans un contexte multiculturel, une 

prise en charge médicale centrée sur le patient pose des défis spécifiques et exige 

que  les  cliniciens  aient  une  «  compétence  transculturelle  clinique  »,  c’est­à­dire 

qu’ils  adoptent  un  comportement  adapté  et  disposent  de  connaissances  et  de 

techniques appropriées. 
 
IIème PARTIE APPROCHE ECOLOGUE EN ANTHROPOLOGIE
MEDICALE

Les concepts et le point de vue de l’anthropologie médicale permettent de mieux 

cerner  la  nature  interculturelle  de  la  consultation  médicale  et  de  concevoir  et 

appliquer  des  méthodes  qui  assurent  un  suivi  médical  judicieux.  Le  cours 

d’anthropologie  médicale    passe  en  revue  les  contributions  qu’elle  peut 

apporter à la médecine clinique.
 
Chapitre 4. Contributions de l’Anthropologie a la definition et a la 
mesure des problemes de sante

 Le  regard  émiques  porté  sur  la  maladie  signifiée    et  la  maladie 
socialisée ne résume pas à lui seul l’approche anthropologique. 

 Une  autre  des  caractéristiques  fondamentales  de  cette  approche  est 


d’adopter un point de vue résolument écologique qui reconnait un rôle 
important  à  un  large  éventail  de  déterminants  de  la  santé  et  de  la 
maladie interdépendances.
4.1. Les composantes de bases  de l’approche 
écologique : holisme et systemisme

Si,  l’anthropologie  médicale  s’inspirait  d’une  approche  principalement 


culturaliste, très tôt elle se tourne vers une approche théorique de type «  écologie 
culturelle ». 

sans nier le rôle des croyances  et de systèmes de représentations dans le rapport 
de  l’homme  à  la  maladie  ,  elle  élargira  le  revenant    des  facteurs  explicatifs  de 
l’incidence et de la prévalence des maladies
4.1. Les composantes de bases  de l’approche écologique : holisme et systemisme 
(suite)

Les caractéristiques de l’environnement physique de la


communauté à l’étude , aux ressources économiques disponibles ,
à l’organisation sociale qui régit les rapports entre groupes , au
régime alimentaire de la population , à l’organisation des
services préventifs et curatifs ou à toute autre maladie résulte de
la conjonction de facteurs autant physiques que psychologiques ,
sociologiques, économiques ou culturels, tous en interrelation les
uns avec les autres.
4.1. Les composantes de bases  de l’approche écologique : holisme et 
systemisme(suite)
Riley,  cité  par  wellin    a  donné  une  définition  minimale  d’un  système  à  partir  de 
quatre composantes de base. Selon lui , 

tout système est une entité (1ere composante) formée des parties

identifiables (2ème composante), lesquels sont mutuellement

interdépendantes ( 3ème composante ), les parties et leurs interrelations

formant ensemble le système comme entité.,( 4ème composante) toute

démarche de recherche devra donc d’ abord viser à inventorier l’ensemble

des composantes ou la dimensions de l’univers dans lequel est vécu un

événement , par exemple une maladie.


4.1. Les composantes de bases  de l’approche écologique : holisme et 
systemisme(suite)
L’approche écologique est fondamentalement holistique ( une médecine qui

appréhende l’individu comme un tout et traite le corps comme une entité unique et non par

organes distincts, en privilégiant les interactions qui unissent le physique et le spirituel)

Ensuite, elle doit analyser les interrelations entre ces éléments, déterminer les

configurations ou structures que prennent des sous – groupes d’éléments, tout en

étudiant l’évolution dynamique de l’ensemble du système.


4.2. L’approche écologique et processus de recherche d’aide

L’un des premiers anthropologues à appliquer le modèle écologique fut

Benjamin Paul dans son ouvrage intitulé Health, community and


culture (1955).
Contrairement à ses prédécesseurs, qui portaient leur attention sur la
description et la compréhension des systèmes médicaux primitifs en

eux-mêmes, Paul tente de comprendre le processus dynamique


déclenché par la rencontre de ces systèmes médicaux non
occidentaux avec la médecine occidentale, et ce, dans le
cadre des programmes internationaux de santé publique.
4.2. L’approche écologique et processus de recherche d’aide
 Les pionniers de l’anthropologie médicale ont bien montré
que les croyances et les comportements reliés à la maladie
constituaient de véritables systèmes médicaux et se
questionnaient sur le fonctionnement de systèmes.
 Dans une approche anthropologique appliquée, Paul en
arrive à poser des questions d’un nouvel ordre : Qu’arrive –t-
il au système comme entité lorsque de nouveaux éléments
(croyances, thérapeutes, thérapies, médicaments, etc.) sont
intégrés dans un système médical donné ? Comment réagit
un système donné dans un processus d’acculturation ?
4.2. L’approche écologique et processus de recherche
d’aide(Suite)
Paul répond que, pour comprendre ce qui se passe, on doit :
 Avoir une connaissance non seulement du système hôte et du mode
d’introduction des nouveaux éléments mais aussi de la complexe
interaction entre les deux ;
 Comprendre l’influence réciproque qu’auront les deux systèmes sur
leurs éléments respectifs, ce qui suppose que les éléments du
système médical occidental seront tout autant influencés et
réinterprètes par le système traditionnel que l’inverse.
Avec les questions posées par Paul, l’anthropologie médicale sort
définitivement de l’analyse statique des systèmes médicaux
traditionnels et débouche sur l’analyse de la rencontre entre les
systèmes médicaux.
4.2. L’approche écologique et processus de recherche
d’aide(Suite)
 Comme le rappellent Pelto et autres (1990), le concept d’adaptation,
central dans l’approche écologique, est d’abord appliqué, en santé
publique, au processus de recherche d’aide.
 Même pour ce qui est des sociétés les plus traditionnelles, on ne
considère plus que les individus fassent un choix entre les
médecines traditionnelles et la médecine moderne, entre le refus du
nouveau et l’acculturation totale.
 Les individus sont plutôt perçus comme des décideurs rationnels qui adaptent 
leur  culture  médicale  populaire  et  leur  processus  de  recherche  d’aide 
médicale à un environnement diversifié. On ne peut  plus considérer que les 
populations  utiliseront  seulement  les  services  de  santé  qui  sont  conformes  à 
leur  système traditionnel de croyances et les soins.  
4.2. L’approche écologique et processus de recherche
d’aide(Suite)
 Les enjeux de la recherche portent alors sur le rôle des divers facteurs
environnementaux
 physiques,
 économiques,
 sociaux,
 politiques et
 culturels)

 qui empêchent ou facilitent l’adoption de tel comportement, de réelle


habitude de vie ou de telle thérapie. Les déterminants culturels se voient
toujours reconnaître un rôle majeur, mais en conjonction avec les autres
composantes de l’environnement socioéconomique.
4.2. L’approche écologique et processus de recherche
d’aide(Suite)
 En même temps, l’approche systémique s’impose comme la seule capable
de saisir et de comprendre la dynamique crée par la rencontre de deux ou
plusieurs systèmes.

 Cette approche n’est toutefois pas encore écologique. En fait, l’évolution


des croyances, des conceptions ou des pratiques reliées à la santé n’est
encore expliquée qu’à l’intérieur de la sphère culturelle. Il faudra attendre
les années 60 pour voir naître des études traitant la maladie comme
variable dépendante influencée par des facteurs tant biologiques
qu’environnementaux, sociaux ou culturels.

 La culture médicale ne pourra plus dès lors, être considérée comme un


système culturel fermé.
4.3 Les déterminants biologiques et culturels dans l’approche écologique

 Ce seront principalement les anthropologues biologistes qui feront la

promotion d’une approche écologique fondée sur la rencontre des facteurs

 biologiques,

 environnementaux et

 socioculturels,

→ Alland, en particulier, montrera que l’unité d’analyse en anthropologie

médicale, tout comme en épidémiologie, n’est pas le gène ou l’organisme

individuel s’y identifie mais plutôt au sein de la population.

 Toute population possède un échantillon de caractéristiques héréditaires et vit

dans un environnement physique particulier.


4.3 Les déterminants biologiques et culturels dans l’approche écologique

 L’évolution du patrimoine sanitaire d’une population est ainsi


conditionnée par les combinaisons génétiques issues de la
reproduction et par les mutations génétiques, le tout étant soumis aux
règles de la sélection naturelle et culturelle qui confèrent les avantages
ou désavantages à certaines caractéristiques dans le processus
d’adaptation au milieu.

 Selon Alland, ce milieu n’est pas figé mais largement conditionné par la
culture, et c’est à cet environnement culturellement conditionné que
l’être humain devra s’adapter.
4.3 Les déterminants biologiques et culturels dans l’approche
écologique

 Bref, pour Alland, la santé est le résultat d’un processus


adaptatif combinant les facteurs culturels, biologiques
et environnementaux.

 Selon cette approche écologique, la santé et la maladie


constituent des « mesures de l’efficacité des groupes
humains à combiner les ressources biologiques et
culturelles pour s’adapter à leur environnement.
4.4. Les complémentarités et les oppositions dans les approches anthropologique et
épidémiologique

 Historiquement l’épidémiologie s’est toujours appuyée sur le postulat que la


maladie ne se distribuait jamais aléatoirement dans la société.

 L’évaluation du risque de contracter une maladie a toujours reposé sur analyse du


contexte de vie
→ social,
→ économique,
→ Environnemental (Qui se rattache à l’ensemble des caractéristiques (sociales,
familiales, ou économiques propres à un milieu donné) et
→ culturel des citoyens visés.
 L’analyse comparée des environnements socioculturels des individus atteints et
non atteints est donc une tâche incontournable.
4.4. Les complémentarités et les oppositions dans les approches
anthropologique et épidémiologique

 On reconnaît généralement que le potentiel d’enrichissement


réciproque de l’anthropologie et de l’épidémiologie a été sous –
exploité.
 Le fossé qui sépare les approches méthodologiques respectives de
ces deux disciplines en serait largement responsable :

o alors que l’épidémiologie est le bastion des études contrôlées avec


de larges échantillons, une quantification des facteurs à l’étude et
des inférences statistiques, l’anthropologie s’est imposée comme le
promoteur des méthodologies qualitatives et des études en
profondeur sur des échantillons restreints, à échelle
communautaire (villages, communautés, ethniques, etc.)
4.4. Les complémentarités et les oppositions dans les approches anthropologique et
épidémiologique

 La recherche d’une crédibilité scientifique auprès du monde médical a conduit

les épidémiologistes à adopter une approche positiviste de la science calquée sur

un modèle des sciences physiques.

 Selon une telle approche, l’événement étudié doit pouvoir être prédit par la

présence de conditions initiales (facteurs prédicateurs) dont l’influence sur le

problème de santé à l’étude s’exercera selon certaines lois universelles.


4.4. Les complémentarités et les oppositions dans les approches anthropologique et
épidémiologique(Suite)
 Les principales conséquences de ce positivisme auront mis un accent excessif

sur la méthode réductionnisme quantitatif dans le traitement des variables

socioculturelles et une obsession de la prédictibilité des problèmes de santé

aux dépens d’une analyse du processus de négociation du malade avec son

environnement.

 Au milieu du XXe siècle, dans un contexte où elle se désengage de débats


épidémiologiques sur les objets, l’épidémiologie investira massivement dans le
raffinement d’une méthodologie fondée sur expérimentation contrôlée,
permettant de réduire au minimum les biais dans la mesure du risque.

 Certains dénoncent une telle logique positiviste qui tend à réduire


l’épidémiologie à un ensemble de principes semblable à un programme vide axé
sur l’analyse des relations d’occurrence (…) une machine mathématique
spécialisée, une application extrêmement standardisée et simplifiée de
fonctions
4.5. Des divergences fondamentales dans la définition de la normalité

Influencée non seulement par l’approche clinique dominante en médecine mais aussi par

des considérations méthodologiques telles que la dichotomisation (opposition de deux

éléments soutenu ex. âme et corps) des groupes en cas – témoins ou la production d’indices

de risque relatif de contracter ou non une maladie, l’épidémiologie aura tendance à séparer

les individus en deux catégories opposées : les cas et les non cas, les normaux et les

anormaux, les affectés et non affectés (ex. cancéreux et non cancéreux, hypertendus et

normaux).

 Même dans les cas où les problèmes de santé pourraient être gradués, on traitera

l’anormalité en fonction du critère d’un certain nombre d’écarts à la moyenne ou en


4.6. Anthropologie, épidémiologie et prévention

Lilien feld, dans un article traitant des liens historiques entre l’épidémiologie et la

santé publique, montre qu’à ses débuts, et bien avant qu’elle n’acquière son

autonomie disciplinaire, l’épidémiologie étant plus intimement arrimée

(attachée) à la santé publique qu’elle ne le sera dans la seconde moitié du XX e

siècle.
4.6. Anthropologie, épidémiologie et prévention

→ Passant en revue une série d’études épidémiologiques datant de la fin du XIIIe


et XIX e siècle , il montre que les politiques de santé et les programmes de santé
publique, tant aux Etats unis qu’en Angleterre ou dans d’ autres pays d’ Europe,
étaient profondément conditionnés par les connaissances épidémiologiques
disponibles portant sur les causes et la distribution sociale de la maladie , et
tout particulièrement sur leur étiologie sociale.

→ Il cite , entre autres , l’américain Frost qui , dès 1923 , affirmait que
l’amélioration de la santé publique ne passe pas seulement par les recherches de
laboratoire analysant les réactions d’ organismes déterminés dans des
conditions contrôles en laboratoire mais qu’elle « requiert une connaissance de
la communauté , de psychologie des gens , de leur organisation sociale, des
conditions et des événements de leur vie quotidienne.
4.6. Anthropologie, épidémiologie et prévention(suite)

 L’un des buts de la recherche, au – delà du raffinement des modèles

cliniques, est de soutenir les programmes de santé publique en cernant

les facteurs de risque qui sont directement à la portée des programmes

de prévention ou de promotion de la santé. L’épidémiologie doit ainsi

élargir son champ d’investigation pour analyser les comportements

humains à risque et les conditions environnementales modifiables.

Dans l’un et l’autre cas, l’influence des facteurs sociaux et culturels est

considérable. L’anthropologie, de même que les autres sciences sociales,

a ici un rôle fondamental à jouer. La modification de comportements.


Chapitre 5.  Le savoir populaire relié a la sante  et a la 
maladie : définition et les origines
 

Le  savoir  populaire  relié  à  la  santé  et  à  la  maladie  représente 

l’élément  central  de  la  culture  populaire  relié  à  la  santé  et  à  la 

maladie.  Nous  en  définissons  les  principales  composantes  et  les 

principaux objets.
5.1 Les fonctions, les objets et les niveaux du savoir
populaire relié à la santé et à la maladie
 Les fonctions

Le savoir populaire relié à la santé et à la maladie constitue un système culturel

bâti à partir d’un ensemble d’éléments de base (croyances, attitudes, valeurs, etc.)

qui servent à exprimer les significations explicites ou implicites attribuées par la

population à un ensemble d’objets associés au champ de la santé et de la maladie

(symptômes, thérapeutes, technologies, institutions, etc.) En tant que système, ce

savoir permet aussi à l’individu d’interpréter la maladie en organisant en un réseau

de significations, ou réseau sémantique, les éléments de sens qui s’inscrivent dans

son expérience personnelle de la maladie.

Il permet en outre à l’individu de construire des modèles collectifs qui, en plus de

significations, s’imposent comme composantes de base du savoir populaire.


 Ce système culturel qui est le savoir populaire produit , de même , une taxonomie

des objets du savoir , qui sont classés non seulement en catégories diagnostiques

( maladies, déviances, désordres) fondées sur les constellations de signes et de

symptômes , mais aussi en catégories étiologiques ( types de causes ou

d’explications ) et en catégories thérapeutiques se rapportant soit aux types d’

intervenants , professionnels ou non , aux types d’ établissements et d’

institutions et aux types d’outils ou de technologies reliés aux soins et à la

prévention.

 Le savoir populaire relié à la santé et à la maladie n’est aucunement réductible

aux connaissances scientifiques empruntées au savoir savant, connaissances qui

n’en constituent que l’une des composantes


 Il n’est ni une forme appauvrie ni une forme distordue du savoir médical. Il

intègre dans un nouveau tout syncrétique aussi bien les informations

scientifiquement validées que les croyances, les attitudes, les valeurs, les

conceptions ou les représentations populaires.

 il n’est aucunement réductible à une fraction du savoir savant qui serait transféré

du monde savant au monde profane, pas plus qu’il n’est la somme des vestiges

d’un savoir traditionnel et folklorique transmis à travers les générations.

 A l’image de la culture populaire, le savoir populaire relié à la santé et à la

maladie est plutôt un produit original résultant d’une réinterprétation

syncrétique des divers discours (médicaux, alternatifs, populaires) sur la santé.


 b. Les objets

o Le savoir populaire relié à la santé et à la maladie

comporte autant d’objets qu’il existe de composantes du

système de santé. Les croyances, les attitudes, les valeurs

ou les représentations qui forment le savoir populaire relié

à la santé et à la maladie ne concernent pas seulement les

symptômes et les maladies.


 b. Les objets (suite)

o explicites, ce savoir attribue un sens à tous les objets, à tous les individus, à

tous les comportements et à toutes les institutions reliés de près ou de loin à la

santé et à la maladie. sont concernés ici , à titre d’ exemples , tous les éléments

de la

o cultures matérielle ( médicaments , outils , appareils, etc.) ,

o les technologies ( tests , analyses , interventions , etc.), les catégories

professionnelles officielles ( médecins , infirmières , psychiatres,

ambulanciers, etc.),

o ou non officielles ( acupuncteurs, auriculothérapeutes, guérisseurs

traditionnels, etc.), les institutions ( hôpitaux , urgences hospitalières, etc.) ou


 les services préventifs ( cours prénataux , groupes d’ entraide, etc.) et, bien sûr,

les signes et les symptômes de la maladie ou de bonne santé.

 Tous ces objets sont associés à un cortège de croyances et de valeurs, engendrent

des attitudes, font office de symboles ou font l’objet de représentations. Le

champ du savoir populaire est délimité par les frontières très larges du champ de

la maladie, de la prévention et de son traitement de même que par celles de la

santé, de signes et des moyens d’en faire la promotion.


 Nous pouvons classer ces objets en trois grandes catégories. La première
est constituée par les maladies en tant que configurations de signes et
de symptômes qui donnent lieu à l’établissement de catégories
diagnostiques populaires représentant un ensemble de significations
explicites et implicites.
 Toutefois, le savoir populaire ne se limite pas aux catégories descriptives
qui englobent les éléments définissant une maladie. Il englobe aussi,
dans une deuxième catégorie, diverses explications ou diverses causes
perçues de la maladie (stress, fatalité, habitudes de vie, pollution,
mauvais sort, hérédité, etc.) qui constituent ainsi les éléments de base
de catégories étiologiques populaires pouvant expliquer l’origine de
plusieurs maladies. Ces catégories étiologiques de base peuvent être
regroupées en deux principaux systèmes qui seront analysés en détail
dans chaque point de ce chapitre5, soit les réseaux de significations et
les modèles explicatifs de la maladie.
 Enfin , l’ethno épidémiologie doit aussi prendre en compte
les catégories thérapeutiques populaires ( traitements,
thérapeutes , médicaments, tests , analyses , institutions,
etc.) , qui constituent la troisième catégories d’ objets du
savoir populaire relié à la santé et à la maladie . Dans ce
chapitre, effectivement, nous nous attarderons
principalement aux catégories diagnostiques et
étiologiques.
 Toutefois, il convient de mentionner ici que la démarcation entre les catégories

diagnostiques et les catégories étiologiques populaires n’est pas toujours claire.

 Le savoir populaire ne définit pas toujours la maladie par la simple présence de

symptômes ; il peut retenir divers autres éléments de définition tels que des

causes perçues, des circonstances, des comportements, des conditions

environnementales, des conséquences, etc.

 La définition populaire de l’épuisement professionnel, par exemple, va bien au –

delà de la simple nomenclature d’une série de signes et de symptômes, et intègre

implicitement le rôle étiologique des conditions de travail.


 C. Les niveaux
o Tout le monde reconnait que, dans le discours quotidien, ce qui est dit
explicitement ne constitue jamais qu’une partie de message transmis.

o Par exemple, une adolescente qui dit à un éventuel partenaire sexuel « j’espère
que tu as pensé à apporter un condom » transmet un message explicite, à savoir
qu’elle souhaite disposer un condom, mais elle se trouve, de plus, à informer
implicitement son partenaire éventuel qu’elle refusera, sinon, la relation
sexuelle, qu’elle craint certaines conséquences du refus d’utiliser le condom,
qu’elle considère que c’était à lui d’y penser, etc.

o De même, ces adolescents peuvent répondre explicitement à un questionnaire


inventoriant leurs connaissances sur la nature des maladies sexuellement
transmissibles ou sur modes de transmission, sans pour autant qu’un tel outil ne
soit en mesure de traduire la richesse des significations implicites de ces
connaissances.
o Le savoir populaire relié à la santé et à la maladie n’est donc pas composé
seulement de connaissances et de croyances.

o Il englobe l’ensemble des significations rattachées aux objets du savoir,


les connaissances ne constituant que l’une des dimensions du sens
associé à ces objets. Ce savoir concerne le sens et non la seule
connaissance, la signification et non la seule information.
o Nous définirons avec Shweder, « les significations comme l’ensemble
des concepts, des notions, des idées ou des propriétés évoquées par un
terme ou une expression.
o Toutefois, les significations de la dépression peuvent aussi être
analysées à l’aide de deux autres concepts : les dénotations et les
connotations, qui se rapportent respectivement à des dimensions
explicites et implicites du savoir. Selon Shweder les dénotations sont les
événements, les états et les objets sélectionnés et ciblés en vertu de ce
o Ainsi, au Québec par exemple, la perte de motivation, le repli sur soi, la perte

d’appétit, les pensées suicidaires dénotent ou désignent un état dépressif.

o Il s’agit d’un niveau plus explicite du savoir. Quant aux connotations, elles sont,

selon Shweder, des attributs ou des aspects extrinsèques, des dérivés d’un objet

ou des associations secondaires qui accompagnent parfois une forme de

souffrance mais qui n’en sont que dérivés concomitants.

o Au Québec, l’incapacité de faire face aux stress de la vie, la perte d’autonomie, la

faiblesse, l’impuissance ou la frigidité (incapable à atteindre l’orgasme et

connaître la jouissance sexuelle) sont autant de connotations négatives des

dépressions. Il s’agit d’un niveau plus implicite du savoir


o L’une des dimensions intéressantes de ce savoir implicite est ce que Young appelle

le « savoir oublié ».

o Il ne s’agit pas du seul savoir inconsciente, mais du « savoir dont on ne veut rien

savoir : les dangers du tabac, les méfaits de l’alcool , la diminution des capacités

avec l’âge, etc. Pour Young, ce phénomène n’est pas le fruit du hasard.

o Il est le résultat d’un processus culturellement conditionné de sélection des

oublis ou de construction culturelle de l’ignorance. Le « savoir oublié » diffère

donc d’une culture à l’autre.

o Constituant un savoir secret, il est le résultat d’un effort pour soustraire certains

éléments (connaissances, attitudes, valeurs) à la conscience, pour le voiler : on

n’oublie pas au hasard. Le « savoir oublié » n’est toutefois pas simplement un

savoir nié, que l’on refuse, même en y étant exposé.


o Le « savoir oublié » et le « savoir nié » ne sont équivalents
que si l’on considère l’oubli comme l’étape ultime de la
négation. Cette position rejoint en quelque sorte celle de
Devereux qui avance qu’ une culture se caractérise non
seulement par ce qu’elle valorise , mais aussi par ce qu’elle
refoule , les savoirs et les comportements refoulés étant
toujours susceptibles de réapparaître.
 Le concept « savoir oublié » est intéressant pour la santé publique, tout
autant que le processus qui conduit à l’oubli ou à la négation. La
véritable barrière à la prévention n’est pas le savoir reconnu implicite ou
explicite, mais ce savoir que l’on veut oublier et nier. Plus précisément,
l’un des défis de la santé publique réside dans l’analyse du processus de
sélection du savoir, de construction culturelle de l’ignorance, qui
conditionne l’ouverture de la population aux messages de promotion et
de prévention.
5.2 Les éléments de base du savoir populaire relié à la santé et à
la maladie

 Les  connaissances  et  les  croyances  (ces  derniers  n’étant  que  des 
connaissances  jugées  fausses  dans  le  cadre  d’un  savoir  donné) 
constituent les premiers éléments de base du savoir populaire.
 Relevant de savoir explicite , elles sont clairement énoncées dans 
le discours populaire et sont facilement accessibles à la recherche, 
Elles  peuvent être  mises en évidences par des questions précises 
portant  sur  la  nature,  les  causes  ou  les  conséquences  d’  un 
symptômes  ,  d’  une  maladie  ,  d’une  thérapie  ou  d’  un 
comportements . 
 Autre élément de base du savoir populaire, les attitudes constituent des

manifestations demi- explicites de celui-ci.

 En tant que dispositions envers un objet (on peut parler, par exemple, d’attitudes

positives ou négatives envers l’activité physique, le port du condom, la

consommation des fruits), elles peuvent être discernées à partir de l’analyse des

comportements observables.

 Alors que les connaissances représentent des croyances descriptives ayant une

forte composante cognitive et pouvant être partagées en vraies et en fausses, les

attitudes constituent des croyances évaluatives qui supposent un jugement sur

un objet (bon ou mauvais, préférable ou non, apte ou inapte, etc.)


5.3. Les pressions de l’entourage et du réseau social :
devenir malade, un processus social

 Une fois posées ces premières considérations, nous


définirons comme premier déterminant socioculturel du
processus de maintien de la santé les conditions dans
lesquelles sont attribués le statut de malade. Prendre le
statut de malade n’est pas une démarche individuelle.

 Si l’individu est libre d’exprimer ses malaises à sa façon,


l’interprétation qu’en font les membres de l’entourage est
fonction des conventions et des normes qui régissent, dans
une culture donnée, les modes d’expression de la maladie.
5.3. Les pressions de l’entourage et du réseau social :
devenir malade, un processus social

 L’accent est mis, ici, sur les conceptions du normal


et de l’anormal, du tolérable et de l’intolérable.
Les modes de présentation de la maladie, de même
que les réactions de l’entourage, sont ainsi fonction
d’un « langage de détresse » propre à chaque
culture, langage qui « fait le pont entre les
expériences subjectives de mal –être et leur
reconnaissance sociale
Bref, 
 l’accession  au  statut  de  malade  repose  largement  sur  l’évaluation  que  font  les 

membres de l’entourage des symptômes observés et du contexte dans lequel ils 

se présentent. La distinction établie par Mechanic entre maladies « définies par 

soi » et celles « définies par les autres »est ici d’une grande utilité. 

 L’exemple  des  cas  de  troubles  mentaux,  de  toxicomanie  ou  d’alcoolisme,  qui 

sont fréquemment définis par l’entourage, place l’individu dans une position où 

le statut de malade lui est imposé. L’individu peut résister et nier son problème, 

ce qui retardera son recours aux services. Dans les cas, toutefois, l’influence du 

réseau social et de  la famille est déterminante.
 Devenir malade constitue donc un processus social d’accession au statut

et au rôle de malade. Afin de pouvoir bénéficier des droits et des

avantages associés au rôle de malade, l’individu doit obtenir l’aval des

membres de son entourage, qui feront ainsi face à un surcroît de

responsabilités.
 Notons que, dans nos sociétés fortement médicalisées, la sanction

médicale est essentielle pour légitimer le changement de rôle du patient

et son désengagement à l’égard des tâches et des responsabilités

habituelles.

 Cette sanction officielle demeure incontournable, et ce, même si

l’entourage qui risque d’être largement mis en contribution par les

incapacités du malade et même si cet entourage demeure le lieu premier

des discussions sur les bénéfices et les effets de l’attribution du statut de

malade.
 Certains modèles explicatifs font nettement ressortir
l’influence de l’entourage social, en complémentarité avec le
savoir populaire, sur le processus de maintien de la santé.
 Pour Suchman , par exemple , qui s’inspire des travaux de
Freidson , les choix des services de santé consultés , de
même que la succession et l’espacement des demandes de
services , seraient conditionnés par les deux facteurs , soit :
1. Le niveau de cohésion présenté par le groupe social
d’appartenance de l’individu ; 2. les orientations envers la
santé .
Le premier facteur, le niveau de cohésion du réseau social,
s’exprimerait sur trois plans : ceux de la communauté, du
réseau d’amis et de la famille.
 L’effet conjugué du degré d’exclusivité ethnique, du degré de
solidarité entre amis et du degré d’adhésion à l’autorité et
aux traditions familiales peut s’exprimer par un indice de
structure sociale bipolaire de type paroissial/ cosmopolite.
 Le pôle dit « paroissial » y est défini par un haut degré de

solidarité à l’intérieur du groupe ethnique, de solidarité

entre amis et d’adhésion aux valeurs familiales.

 A l’opposé, un réseau social dit « cosmopolite » se

caractérise par des solidarités intracommunautaires faibles

et par une ouverture à l’aide extérieure.


Le second facteur, les orientations envers la santé, est défini sur un
continuum allant d’un pôle médical (constitué de connaissances
médicales, d’une ouverture aux soins médicaux) à un pôle populaire
(reflétant de faibles connaissances médicales et un scepticisme face aux
soins médicaux).

L’Effet combiné de la force de l’affiliation sociale et de la nature des


orientations envers la santé conditionnera la nature et la succession des
passages à travers les diverses phases de la maladie.
A titre d’exemple , un individu profondément intégré à sa
communauté , à son réseau d’amis et à sa famille et qui a une
orientation populaire envers la santé sera porté à retarder la
reconnaissance de la présence et de la gravité des symptômes,
à rechercher l’approbation des autres avant de consulter, à se
soustraire à ses obligations sociales, à avoir recours à
l’automédication et aux thérapies parallèles, à retarder aux
services médicaux , à ne pas être fidèle aux traitements
prescrits, etc.
Bref,  le  poids  de  la  conformité  aux  normes  sociales  et  culturelles 
constitue,  pour  Suchman,  le  facteur  fondamental  qui  conditionne 
les comportements reliés à la maladie. 

Retenons    que  ce  modèle    rend  aussi  difficilement  compte  du 


comportement  relié  à  la  maladie  dans  les  sociétés  présentant  une 
multiplicité de systèmes parallèles  de soins dans lesquels l’individu 
peut se déplacer à sa guise (à sa volonté). 

Le modèle élaboré par Freidson, comble en partie cette lacune. 
Freidson considère le processus d’utilisation ou non –utilisation des 
services  comme  une  réaction  sociétale  organisée  face  à  la  maladie, 
soit comme le résultat des pressions normatives de l’environnement 
social sur le comportement de l’individu.
Le comportement  de quête de santé serait ainsi largement 
conditionné par ce que Freidson appelle « système populaire de 
référence ». 

Ce concept implique que, confronté à ses symptômes,


tout individu recherche directement ou indirectement
l’avis des membres de son entourage qu’à la nature et
aux causes de son problème, à la pertinence de
consulter, au type de personnes à consulter, au
moment propice pour la consultation, etc.
L’individu reçoit généralement de tels avis même sans les
avoirs sollicités, et ce, dès que les symptômes deviennent
manifestes pour l’entourage :

« Tu ne sembles pas bien, es-tu malade ? »


« Es-tu allé consulter un médecin ?
« En as –tu parlé à telle personne ? »
« Ce n’est rien ça va passer »
Certaines décisions  peuvent  être  prises isolement par 
l’individu.  Toutefois,  les  recherches  montrent  que, 
dans un grand nombre de circonstances, la pression  
des  membres  du  réseau  social  influe 
considérablement,  sollicités  ou  non,  contiennent 
implicitement  ou  explicitement  un  diagnostic  du 
problème  et  orientent  ainsi  l’individu  vers  certaines 
avenues de solution. 
CHAPITRE 6 : LES MALADIES DANS L’HISTOIRE DES
SOCIETES : DES FLEAUX D’AUTREFOIS AUX MALADIES
D’AUJOURD’ HUI

 Les maladies ont une histoire et chaque époque a « ses » maladies,

certaines d’entre elles existent depuis l’antiquité, voire la préhistoire :

nous le savons parce que leurs traces ont été retrouvées sur les

ossements dans des sites préhistoires. Mais elles sont vécues très

différemment selon les époques.


CHAPITRE 6 : LES MALADIES DANS L’HISTOIRE DES SOCIETES : DES
FLEAUX D’AUTREFOIS AUX MALADIES D’AUJOURD’ HUI(suite)

• En outre, sur long terme, l’évolution des pathologies s’impose autant

que leur persistance : les fléaux collectifs d’autrefois se distinguent

nettement des maladies, les plus souvent individuelles, que nous

connaissons aujourd’hui.

• Une part importante de cette évolution est le produit de

bouleversements macro sociaux que nous allons développer.


6.1. Le temps des épidémies : l’ancien régime du mal

Pendant des siècles, les épidémies ont constitué les maladies dominantes au sein

des sociétés. Bien sûr, d’autres types de maladies ont toujours existé. Nous en avons

de nombreux témoignages : Montaigne,

Par exemple, décrit longuement dans les Essais les maladies des reins et de la vessie

dont il souffre. Mais les épidémies avaient des conséquences majeures sur le

devenir des sociétés et elles s’imposaient aussi dans l’ordre des représentations :

elles ont longtemps représenté aux yeux de tous le mal absolu.


6.1. Le temps des épidémies : l’ancien régime du
mal(Suite)
 De nombreux travaux historiques montrent comment la survenue d’une

épidémie pouvait modifier le visage d’une région ou d’un pays par le nombre

élevé de morts brutales, provoquant de graves déséquilibres démographiques.

 La grande peste d’Europe occidentale, la peste noire, qui a débute à Messine en

1347 aurait fait, à elle seule, 26 millions de victimes, c’est –à-dire le quart de la

population européenne. Ensuite cette maladie est réapparue à maintes reprises

en Europe pendant quatre siècles .

 Certaines de ses attaques sont demeurées célèbres, comme la peste de Londres

de 1665 ou celle qui survient à Marseille 1720.


6.1. Le temps des épidémies : l’ancien régime du
mal(suite)
Mais la peste est loin d’être seule à opérer des ravages. La présence de la
lèpre est attestée en Europe occidentale dès le VIe siècle ; elle connaîtra son
apogée au XIIe siècle pour s’effacer ensuite.

Du Moyen Âge à la fin du siècle, la variole constitue un autre fléau pouvant


tuer, à chacune de ses flambées, un tiers des enfants d’un village et
défigurant de nombreux autres.

La syphilis n’apparaît en Europe qu’à la fin du XVe siècle, lors du siège de


Naples par les Français en 1494 : la bataille doit s’interrompre car les deux
années sont ravagées par la maladie.
6.1. Le temps des épidémies : l’ancien régime du
mal(suite)
Les Français la nomment « mal de Naples » tandis que les
Napolitains l’appellent « mal français ». En fait, elle était,
croit-on, apportée d’Amérique par les marins de Christophe
Colomb.

Il ne faut oublier dans cette liste ni la malaria, tuant des


milliers de personnes comme à Naples en 1602, ni la
tuberculose, la coqueluche et la rougeole, alors très
meurtrières, ni la typhoïde, la dysenterie, etc.

Au XIXe siècle, alors que la peste a disparu d’Europe, une autre


épidémie arrive d’Asie, le choléra. La seule épidémie de 1832
fait, en France, plus de 100000 morts.
6.2. L’expérience de la maladie au temps des
épidémies
Les épidémies du passé renvoient donc à un régime particulier de la
maladie comme phénomène collectif.

Au cours d’une épidémie, un individu n’est pas malade seul, l’entourage


l’est également. Dans les communautés villageoises, presque toutes les
familles sont touchées.

Tous les récits des grandes épidémies s’appuient sur l’énumération du


nombre des morts et toutes les descriptions incluent celle des cadavres qui
encombrent les villes et les villages, bouleversant l’espace public.
6.2. L’expérience de la maladie au temps des
épidémies(suite)
 Les populations ont vite l’intuition de la contagion et cette notion est
théorisée au XVIe siècle par le médecin Italien Fracastor.
 Cependant, l’impuissance médicale est presque totale. Les réponses
progressivement mises en place face à la contagion ont surtout été des
mesures répressives.
 Elles visaient à isoler les malades, les mettre en quarantaine dans des
lazarets à la descente des bateaux, à boucler les quartiers ou les villages
atteints.
6.2. L’expérience de la maladie au temps des
épidémies(suite)
 Dès lors , la maladie , dans le cas de la peste surtout , signifie le plus

souvent la mort brutale survenant dans un délai de quelques jours voire

de quelques heures ; elle est parfois subie avec fatalisme par les malades

eux – mêmes , chez ceux qui entourent , en revanche , la peur domine :

on abandonne les malades , Boccace décrit ainsi les réactions à la peste

noire à Florence : « Une telle éprouvante était entée dans les cœurs aussi

bien chez les hommes que chez les femmes , que le frère abandonnait

son frère , l’oncle son neveu, la sœur son frère et souvent la femme son

mari .
6.2. L’expérience de la maladie au temps des épidémies(suite)
 Dès lors , la maladie , dans le cas de la peste surtout , signifie le plus

souvent la mort brutale survenant dans un délai de quelques jours voire

de quelques heures ; elle est parfois subie avec fatalisme par les malades

eux – mêmes , chez ceux qui entourent , en revanche , la peur domine :

on abandonne les malades , Boccace décrit ainsi les réactions à la peste

noire à Florence : « Une telle éprouvante était entée dans les cœurs

aussi bien chez les hommes que chez les femmes , que le frère

abandonnait son frère , l’oncle son neveu, la sœur son frère et souvent la

femme son mari .


6.2. L’expérience de la maladie au temps des
épidémies(suite)

 Et chose plus forte et presque incroyable , les pères et les mères refusaient de

voir et de soigner leurs enfants comme si ceux –ci ne leur eussent point

appartenu » des paniques se produisent ; ceux qui peuvent , les riches surtout

tentent de fuir tandis que la communauté se désorganise ; certains réagissent

par la dérision (moquerie mêlée de mépris sarcastique et la débauche, d’autres

par la colère .

 Toutes les épidémies ont ainsi engendré la recherche de boucs émissaires.


6.2. L’expérience de la maladie au temps des épidémies(suite)

La lèpre qui, à la différence de la peste, est une maladie au long cours

rongeant lentement les corps, entraînait une autre réaction : la «

séparation » ou « mise hors monde » à la quelle les individus atteints ne

pouvaient échapper.

La messe de morts était dite dans l’église tendue de draps noires ; on jetait

au malade des poignées de terre sur la tête, symbolisant ainsi son

trépas(décès) Ce rituel montre l’importance de la vision religieuse de la

maladie englobant toutes épidémies ; elle est assimilée à une punition

divine.
6.2. L’expérience de la maladie au temps des
épidémies(suite)
D’ailleurs, les médecins eux-mêmes ont longtemps considère que la

pénitence et la purification des âmes constituaient les meilleurs remèdes.

Les « flagellants » qui, durant la peste noire, parcourent l’Europe en se

frappant de verges, exprimes sous une forme extrême cette conception

religieuse.
6.2. L’expérience de la maladie au temps des épidémies(suite)
La pauvreté est l’un des facteurs qui favorisent le
détournement des malades des hôpitaux vers la prière et la
médecine traditionnelle. Le caractère coûteux des soins dans
les hôpitaux et les formations médicales sérieuses est un des
obstacles qui empêchent certains africains de recourir à la
médecine occidentale. Une jeune femme à Lubumbashi donne
son témoignage :  « je souffrais des maux de ventre aigus pendant de
longues années; On m’a amenée pour des soins à l’hôpital où, après
l’échographie, le médecin a déclaré que le cas était grave et qu’il fallait
amputer une trompe. L’opération s’annonçait coûteuse par rapport aux
moyens financiers dont nous disposions.
6.2. L’expérience de la maladie au temps des
épidémies(suite)

La pauvreté est l’un des facteurs qui favorisent le


détournement des malades des hôpitaux vers la prière et la
médecine traditionnelle. Le caractère coûteux des soins dans
les hôpitaux et les formations médicales sérieuses est un des
obstacles qui empêchent certains africains de recourir à la
médecine occidentale.
6.2. L’expérience de la maladie au temps des épidémies(suite)

Une jeune femme à Lubumbashi donne son témoignage :


 « je souffrais des maux de ventre aigus pendant de longues années; On m’a
amenée pour des soins à l’hôpital où, après l’échographie, le médecin a
déclaré que le cas était grave et qu’il fallait amputer une trompe.
L’opération s’annonçait coûteuse par rapport aux moyens financiers dont
nous disposions. Alors, mon mari a pris la décision de m’amener chez un
pasteur qui a prié pour moi. Après quelques jours, les douleurs ont disparu,
ce qui m’a poussé à me rendre encore une fois à l’hôpital pour un contrôle
médical. Grande fut la surprise du médecin qui m’a posé la question de
savoir quel traitement j’avais suivi, parce que j’étais complètement guérie.
Et j’ai répondu que c’est mon Dieu qui m’a guérie, il est tout-puissant et
aucune maladie ne peut lui résister ».
6.3Les relations médecin –malade
 

 Pour l’individu qui se sent ou se suppose malade, comprendre la nature de son

état et lui donner un sens ne suffit pas : il lui faut se soigner.

 La rencontre avec la médecine et le médecin constitue toujours un moment

crucial. Pour les médecins aussi, la relation avec les malades représente un

problème important et l’on peut penser qu’ils y sont de plus en plus attentifs.

 Cette préoccupation peut être très pratique : il faut bien prendre en compte le

point de vue des patients si l’on veut que ceux –ci se conforment aux

prescriptions.
6.3Les relations médecin –malade (Suite)
D’autre part, les médecins n’ignorent pas que la principale raison de 
 mécontentement  invoquée  dans  de  nombreuses  enquêtes  par  les 
usagers des services de santé concerne la « communication » entre 
malades et soignants. 
6.3Les relations médecin –malade (Suite)
Pour certains   cependant,  l’attention  portée à ce  problème est d’un 
autre  ordre.  Ainsi,  Dès  1927,  un  médecin  américain,  le docteur
Francis Peabody, émettait  l’idée  qu’un  nombre  important  de 
patients souffrent de troubles dont les causes organiques ne peuvent 
être déterminées. Seule la relation privilégiée du médecin  avec son 
malade, l’écoute attentive celui-ci, peut permettre de déterminer les 
troubles émotionnels qui sont à l’origine du mal. 
6.3Les relations médecin –malade (Suite)
Plusieurs décennies plus tard, la psychanalyse anglaise Michel Balint s’inscrit dans 
cette filiation. 

Il élaborera une théorie de l’efficacité thérapeutique fondée sur ce qu’il appelle le 
« remède –médecin » : l’écoute et l’attention portées au patient peuvent guérir au 
même  titre  qu’un  médicament.  Pour  les  anthropologues  cependant,  la  relation 
médecin-  malade  ne  doit  pas  être  approchée  en  termes  uniquement 
psychologiques. 

La rencontre entre deux personnages n’est pas qu’interpersonnelle.

Elle  met  en  présence  des  malades  et  leur  entourage,  appartenant  à  des  groupes 
sociaux  divers,  et  des  membres  d’une  « profession » caractérisée  par  un  statut 
très  spécifique.  Leurs  orientations,  leur  prestige,  leur  pouvoir ;  ils  sont  donc 
inscrits dans les rapports structurels de la société globale.

Par  le  fait  qu’ils  mettent  en  jeu  des  valeur  sociales  centrales,  simultanément  la 
santé et  la science,  les rapports des  malades avec  la  médecine ont été  l’objet, au 
cours  des  dernières  décennies  ,  d’une  grande  attention  de  la  part  des 
anthropologues et d’un important effort de théorisation aboutissant à des modèles 
CONCLUSION GENERALE

 Retenons qu’en Afrique en général et en République Démocratique du Congo en 

particulier,  la  maladie  est  vécue  comme  une  menace  pour  l’identité  de  la 

personne et  représente souvent comme  un événement  inattendu,  une  rupture 

dans la vie de l’individu. 

 Non  seulement  le  malade  cherche  à  éliminer  la  cause  de  la  maladie  et  à  se 

protéger  contre  une  éventuelle  récidive,  mais  il  est  amené  à  se  poser  des 

questions plus fondamentales. Aussi, la recherche des solutions amène certains 

africains  à  remonter  jusqu’aux  causes  de  la  maladie  qui  peuvent  être  d’ordre 

naturel « physique », social, religieux ou moral « transgression d’interdits », 

psychologique « difficultés affectives », etc. 


 Ces différentes causes orientent les malades vers différents modes de

traitements. Aussi, le recours aux méthodes alternatives est motivé par

plusieurs raisons.

 Ainsi, nous avons épinglé entre autres raisons qui poussent certains

africains ou congolais à recourir à ces méthodes : le manque de moyens

financiers, les convictions religieuses dont l’exemple de certaines sectes

qui ne vont jamais à l’hôpital, argumentant sur l’ « inefficacité » des

soins attendus dans les hôpitaux, la croyance à des forces surnaturelles,

 etc.
 Etant donné que la diversité croissante des patients, il devient de plus en plus 
important  pour  les  médecins  de  comprendre  les  facteurs  sociaux  et  culturels 
qui  influencent  leur  santé  et  leur  prise  en  charge.  Dans  un  contexte 
multiculturel, une prise en charge médicale centrée sur le patient pose des défis 
spécifiques et exige que les cliniciens aient une « compétence transculturelle
clinique », c’est-à-dire qu’ils adoptent un comportement adapté et disposent de 
connaissances et de techniques appropriées. 

 Les concepts et  le point de vue de  l’anthropologie  médicale   permet de  mieux 


cerner  la  nature  interculturelle  de  la consultation  médicale  et de concevoir et 
appliquer des méthodes qui assurent un suivi médical judicieux.

   Le  présent  cours  d’Anthropologie  médicale  explique  en  quoi  consiste    son 
apport   sur les personnels soignants.