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      u 
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ë  ë  
à   !  !  
Il y a dans u deux ruptures en œuvre.
½ une, proprement théorique, naboutira que quelques
années après dans ³Espace social et genèse des
classes´ (1984), et avec labandon de la notion de
 
  
qui cèdera définitivement la place à
celle de    (Bourdieu, 1989).
½ autre, spécifiquement méthodologique ½au sens
statistique½ a eu lieu en fait dans ³ anatomie du goût´
(avec M. de Saint-Martin, 1976), article qui sera la base
de u , où il est repris en sa totalité avec des
altérations minimes .

On peut donc voir dans u  le dernier jalon dune


rupture de Bourdieu avec les aspects les plus techniques de la
méthodologie de azarsfeld, ½notamment lanalyse
multivariée et la construction dindices½ en faveur dune
nouvelle forme danalyse de ses données, plus en accord avec
ses idées théoriques. 
ñ  ñ

J

u  

 

 

J
 u  
  

 

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 u  



  J


MistinctionJ



2
J 

 

  
  
J
 u  
  

 

es enquêtes initiales de Bourdieu, notamment


celles quil a menées avec J.-C. Passeron et avec A.
Marbel, se présentent comme une analyse de
variables des plus conventionnelles, dans la sillée
de la méthodologie de Paul azarsfeld.
réanmoins, il est vraisemblable quil sest agi dun
compromis limité, qui nimpliquait nullement
lacceptation des soubassements empiristes de ces
techniques.

’
J

u  

 

 

Ainsi{u
 


 suit le format typique du
rapport de recherche sociologique exploitant une enquête par
questionnaire: la présentation ordonnée dune série de tableaux
statistiques doublés de commentaires qui éventuellement décrivent le
mode de construction des données, résument les résultats les plus
saillants et les interprètent.
ordre dans lequel sont présentés les résultats est tout à fait
conventionnel: le chapitre premier aborde linfluence de lge,
le deuxième celle du sexe, etc..

Il s¶agit d¶une analyse de variables ajustée aux pratiques


les plus courantes dans la recherche sociologique à
lépoque, dans lequel il est affirmé, par exemple, que
"

#


 

inverse sur les étudiants de
philosophie et ceux de sociologie (comme si cétait réellement
la variable qui agissait). Î
J

u  

 

 


Ensuite, linvestigation sur les musées dart français et


européens avec Alain Marbel serait loccasion de déployer
ce style dans tous ses fastes. Me u 
  , Bourdieu
dirait: XÔhich of all my Ôorks is no doubt the one that most
conforms to the positivist canon (even Paul azarsfeld
appreciated it)» (Bourdieu, 1993: 265).

Cette investigation, dont le but était de montrer «le système des causes et
des raisons qui permet dexpliquer et de comprendre la fréquentation du
musée» (Bourdieu et Marbel, 1969 [1966]: 35), sest basée sur une série
denquêtes réalisées dans plusieurs pays européens, dont la principale
porta sur un échantillon de 21 musées français et de 9.226 visiteurs (1969
[1966]: 169-70). Aussi bien dans le corps principal du texte que dans les
nombreux appendices on trouve des explications très détaillées sur la
méthodologie utilisée, les auteurs ayant eu recours pratiquement à la
totalité de larsenal technique disponible. À
J

u  

 

 

Avec la collaboration de Marbel,
Bourdieu élabora un  dont il
continuerait à revendiquer le
succès bien des années après:
«Au milieu des années 60, jai
fait une grande enquête sur la
fréquentation des musées, qui
avait abouti à la construction
dun modèle mathématique
permettant de prévoir le
nombre dentrées dans les
musées. Ce modèle
mathématique fonctionne
â 
$
¶amour de l¶ar% &''( toujours» (2000: 44-45; cf.
aussi 1990: 4; 1993: 265. )
è
J

u  

 

 


On voit que dans la première époque du 





)  
* 

la méthodologie ½au sens
statistique½ était plus lazarsfeldienne que ce que lon
pourrait penser à la lecture du 

  
(1968).

Même si le J
  
) +

 de Columbia
fonctionnait comme le modèle négatif (cf. Pollak), le caractère
appliqué des recherches menées au 

allait de pair avec
une exigence de satisfaire aux ³règles de lart´ en vigueur pour
la sociologie empirique, et sur ce terrain azarsfeld était
imbattable.

G

  

  
  

   
The critique of standard variable analysis

Bourdieu ne sest jamais mépris sur les insuffisances du


positivisme. Mès le début, il prenait ses distances (cf. TTA).
a) Mans une perspective bachelardienne, la première attitude
face aux données est celle du soupçon, si tant est que la
construction de lobjet suppose une rupture avec le réalisme
des apparences.
a première mise en question de Bourdieu concerne la tendance à
considérer les informations en provenance de questionnaires et
dentretiens à leur simple valeur faciale. P. Masson remarquait que, dans
les enquêtes sur les étudiants, «fréquemment, les extraits dentretien sont
présentés comme masquant un comportement effectif contraire».

[Mans ces cas, les données ne mettent pas à lépreuve la théorie, cest
plutôt la théorie qui juge la validité des données.] 0
u 

   
  
  


b) Une autre critique porte sur le choix du tableau statistique


comme unité dinterprétation:

«en omettant de poser la question de l¶articulation des


propositions dégagées de chaque tableau ou de ce
chapelet de tableaux traînant chacun après soi le
commentaire sur mesure qui le double, on évite
d¶exposer tout un corps systématique de propositions au
démenti que pourrait lui opposer chacun des tableaux.
Rien n¶est mieux fait pour préserver la bonne conscience
positiviste que la démarche qui consiste à aller d¶une
observation à une autre, sans autre idée que l¶idée
qu¶une idée pourra surgir» (1968: 96).

u 

   
  
  


c) Et finalement, dans u
 
&&&, les auteurs critiquaient
l¶analyse multivariée, se demandant «si la méthode d¶analyse des
données qui semble la plus à même de s¶appliquer à tous les types de
relations quantifiables, à savoir l¶analyse multivariée, ne doit pas être
soumise chaque fois à l¶interrogation épistémologique: en effet, en
postulant que l¶on peut isoler tour à tour l¶action des différentes variables
du système complet des relations à l¶intérieur duquel elles agissent, afin de
saisir l¶efficacité propre de chacune d¶elles, cette technique s¶interdit de
saisir l¶efficacité qu¶un facteur peut tenir de son insertion dans une
structure et même l¶efficacité proprement structurale du système des
facteurs» (1968: 75).
Jusque là, la critique de azarsfeld était limitée et purement
négative. À lépoque de la construction de u  la
situation a changé radicalement, ce qui va permettre à
Bourdieu de sinterroger sur ce quil faut entendre quand il est
question de l

 dune variable. 
u 

   
  
  


Mès le premier chapitre de u , Bourdieu met en


question les bases mêmes de lanalyse standard:
«On n¶a rien expliqué ni rien compris lorsque l¶on a établi
l¶existence d¶une forte corrélation entre une variable dite
indépendante et une variable dite dépendante [« ]
«Et la semi-compréhension ³intuitive´, dont on se contente le
plus souvent en pareil cas, en faisant porter l¶effort sur
l¶affinement de la mesure de l¶ ³intensité´ de la relation, se
conjugue avec l¶ 
  
des variables ou des
facteurs résultants de l¶ 
 
des indicateurs ou
des termes qui les désignent pour interdire d¶interroger les
termes reliés, ³indicateurs´ dont on ne sait pas ce qu¶ils
indiquent, sur le sens qu¶ils revêtent dans la relation
considérée et qu¶ils reçoivent de cette relation même» (1979:
16-17). 
u 

   
  
  

Il nexiste pas de valeur intrinsèque de lindicateur, puisque ce
que lindicateur ³indique´, sa 
, peut varier dans chaque
relation et dans chaque contexte. Il savère donc
indispensable de dépasser «la confiance positiviste dans
l¶identité nominale des indicateurs» (1979:19).
originalité de cette idée de Bourdieu tient à sa vision
Ô  
Ô de la question: chaque indicateur doit être pris
dans la signification qui lui vient relationnellement de sa place
en tant quélément dun système.
a signification dun indicateur dépend complètement de sa
position dans le système de différences que déterminent tous
les indicateurs possibles, de la même façon que chez
Saussure, qui concevait la langue comme un système de
différences dans lequel la valeur linguistique dun signe
dépendait de lensemble de ses rapports avec les autres
signes. 2
u 

   
  
  


M¶autre part, comme l¶ont bien noté Abbott (1992), Pinto


(1998) et Mesrosières (1996), les variables n¶agissent pas.
« a variable est faite pour être inscrite sur un cadran du
tableau de bord de lhomme daction. a science sociale est
une science expérimentale appliquée, affirme Mesrosières,
(1996) à propos de l¶analyse standard.

azarsfeld est sans doute le meilleur exemple de cette


harmonieuse conjonction entre lanalyse standard et la
recherche appliquée.
analyse de variables standard apparaît ainsi comme une
extension impropre du raisonnement expérimental au monde
historique, dans lequel la manipulation qui tend à isoler leffet
de chacune des variables a pour résultat de volatiliser la
structure susceptible de rendre compte de ces effets. ’
u 

   
  
  


À la variable indépendante il fadra opposer le 




  
 :

« a plus indépendante des variables ³indépendantes´


cache tout un réseau de relations statistiques qui sont
présentes, souterrainement, dans la relation qu¶elle
entretient avec telle opinion ou telle pratique» (Bourdieu,
1979:115). Et ce sont ces relations dans leur ensemble
qui constituent la réalité sociale.

En somme, la variable artificiellement isolée n


# 
rien
par elle-même. Cest pour surmonter ce problème, et pour
pouvoir travailler avec le système réel des relations, que
Bourdieu va adopter lACM.


 



  
 


The construction of social space and MCA
Si lon peut voir dans u  l¶aboutissement d¶une
rupture méthodologique, il nen va pas de même sur le plan
théorique, où se manifeste une certaine  de la
terminologie.
Il faut attendre ³Espace social et genèse des classes´ (1984),
pour que la réflexion de Bourdieu sur les classes sociales
atteigne sa forme la plus achevée. Mans le titre même de ce
manifeste théorique est visible la prééminence de lespace sur
les classes: ce qui existe 


, cest lespace social et
les agents qui se différencient les uns des autres par leur
position en este espace. es classes napparaissent qu ,
comme le produit dune construction sociale de la part du
scientifique mais aussi des agents, et des spécialistes de
lidéologie et de la politique. À
u 
 
 
 
 
Mans u l¶espace social est décrit comme un
espace multidimensionnel dans lequel chaque position est
définie par un système de coordonnées dont les valeurs
sont en rapport avec celles des modalités des variables
pertinentes.
Bourdieu argumente contre les indices de statut socio-
économique, et insiste sur le nécessité de rompre avec la
représentation unidimensionnelle de lespace social qui réduit
« l¶univers social à un continuum de strates abstraites (


 , ,
 
 ,
&) obtenues par
l¶agrégation d¶espèces différentes de capital que permet la
construction d¶indices (instruments par excellence de la
destruction des structures) » (Bourdieu, 1979: 137).


u 
 
 
 
 

En effet, continue Bourdieu, « a projection sur un seul axe


que suppose la construction de la série continue, linéaire,
homogène et unidimensionnelle à laquelle on identifie
généralement la hiérarchie sociale, implique une opération
extrêmement difficile (et particulièrement risquée lorsqu¶elle
est inconsciente), consistant à réduire à un étalon unique les
différentes espèces de capital» (Bourdieu, 1979: 137).
[En fait, la méthode même de lACM conduit à ³agréger´ ces capitaux de
différente nature. Considéré individuellement, le premier axe qui structure
lespace multidimensionnel pourrait parfaitement être interprété comme un
indice de statut socio-économique.]
[On sait que nimporte quel ensemble ³raisonnable´ (comme disait
azarsfeld) dindicateurs de richesse/pauvreté ½que ce soit au moyen
dune technique factorielle comme lACM, ou lanalyse en composantes
principales (ACP), ou bien par la méthode plus artisanale de lattribution de
scores aux indicateurs½ produira des résultats équivalents.]
G
u 
 
 
 
 

espace factoriel que produit lACM est un espace continu, ce


qui pose au sociologue le problème de réintroduire dans sa
représentation la discontinuité que les agents recréent
constamment à travers leurs pratiques: «la magie sociale
parvient toujours à produire du discontinu avec du continu»
affirmait Bourdieu (1982: 60).

a projection sur un diagramme-plan de l¶espace des


propriétés permet de visualiser comment celles-ci trouvent
leur place dans des régions différenciées de cet espace, mais
ne permet pas de tracer les limites entre ces régions.

Il serait possible bien sûr davoir recours à une classification


automatique, mais cela poserait un nouveau problème:
accorder une signification aux classes statistiquement
engendrées. 0
u 
 
 
 
 

Il arrive que Bourdieu sincline pour une détermination


statistique de la classe sociale. Cependant, il affirme surtout
que la construction de la classe 
  ce qui importe
vraiment:
«On ne peut rendre raison de manière à la fois unitaire et spécifique de
l¶infinie diversité des pratiques qu¶à condition de rompre avec 


 
, qui ne connaît que les structures d¶ordre simple de la
détermination directe, pour s¶appliquer à reconstruire les 
# de
relations enchevêtrées, qui sont présents dans chacun des facteurs. a
  


 
est tout à fait irréductible à
l¶efficacité cumulée de l¶ensemble des relations linéaires de force
explicative différente que les nécessités de l¶analyse obligent à isoler,
celles qui s¶établissent entre les différents facteurs pris un à un et la
pratique considérée; au travers de chacun des facteurs s¶exerce l¶efficacité
de tous les autres, la multiplicité des déterminations conduisant non à
l¶indétermination mais au contraire à la 
  » (1979: 119).

u 
 
 
 
 
Il serait possible de construire des classes à partir des
variables à la façon dun indice multidimensionnel, au lieu dun
indice unidimensionnel ½le statut socio-économique½, ou de
la position dans les rapports de production. Mais ce procédé
ne va pas sans dangers.
En effet, on ne pourrait reconnaître «un ³pouvoir explicatif´ à cette variable
synthétique quà condition dentendre le mot ³explicatif´ au sens
strictement statistique [...] oin de faire avancer la recherche, lutilisation
naïve de tels indices aurait pour effet dexclure la question de la
configuration particulière des variables qui est opérante dans chaque cas»
(Bourdieu, 1979: 126n1).

Cela équivaudrait à produire une ³classe construite´ qui à la


limite cesserait complètement de fonctionner comme
représentation: la classe statistique parfaitement réalisée ne
signifierait plus rien, et donc perdrait toute efficace explicative.

u 
 
 
 
 

azarsfeld percevait cette difficulté à propos de ce quil


convient de mettre ³dans´ la variable (comme un indicateur de
celle-ci), ou de laisser ³dehors´ (comme faisant partie dune
autre variable, en rapport avec la première).

«it is not easy to say Ôhat should be the


indicators and Ôhat should be the correlates of a
concept».

Sur le mode nominaliste où azarsfeld posait la question, le


problème serait de déterminer une limite précise entre les
deux variables. On parle dailleurs de problèmes de
³contamination´, ce qui a un sens si lanalyse est orientée vers
la possibilité disoler les effets de chaque variable.


u 
 
 
 
 

Mais d¶autre part, lindice le plus perfectionné équivaudrait


encore à revenir à la classe comme principe explicatif
privilégié: il sagirait toujours de lefficace dune variable isolée.
alternative que choisit Bourdieu implique de travailler  
  , avec lensemble des variables pertinentes, sans les
résumer en un indice:

«au lieu de demander à la technologie statistique de résoudre 


 





 
, il faut, par une analyse des
divisions et des variations qu¶introduisent, au sein de la classe
découpée par la variable principale, les différentes variables
secondaires (sexe, ge, etc.), 


{ 

  


  
{
 

 

 
   
{ celle que résume le nom employé
pour la désigner et, par conséquent, dans l¶interprétation des relations
dans lesquelles on la fait rentrer» (1979: 115, mes italiques-db).
2
u 
 
 
 
 

Au lieu de demander à la statistique de produire magiquement


un principe dintelligibilité, lACM peut être un moyen dobtenir
une image de l¶espace social qui parvienne à rendre compte
de sa complexité, attirant lattention sur le poids des autres
relations que chaque relation ³entraîne´ avec elle. e plan
factoriel fonctionnera comme un rappel de toutes les
propriétés pertinentes qui sont en jeu et fournira des
indications sur leurs relations.
Cette alternative implique une transformation radicale:
renoncer à construire un concept opérationnel de la classe
sociale. Centrer la question sur la construction dun pareil
indice, même conçu sur le mode multidimensionnel, serait
manquer lobjectif:  Ô
 
Ô 
ÔÔ  Ô    Ô

Ô     
Ô      Ô
 Ô
.

u 
 
 
 
 

Assumer pleinement la notion d¶espace social basée sur le


principe dune appréhension relationnelle du monde social,
équivaut à une  ÔÔ   

ÔÔ Ô
 
 Ô   . Ce qui nimplique pas de renoncer à
lessentiel, à ce quil y a de valable dans lidée de classe,
cest-à-dire à «la 
 
, qui peut être
génératrice d¶antagonismes individuels et, parfois
d¶affrontements collectifs entre les agents situés en des
positions différentes dans l¶espace social » (1994: 54).


u 
 
 
 
 

Bourdieu plaide pour un changement radical de perspective,


qui suppose de laisser de côté la classe, aussi bien dans sa
version aristotélicienne ½ou logique½ que statistique.

a représentation des espaces sociaux par des plans


factoriels obtenus au moyen de lACM fournira le type de
vision densemble permettant de dépasser lanalyse standard
de variables isolées et la réduction indistincte de la complexité
du social a des indices statistiquement construits.




 Ô  
 


 
J 

After Mistinction: Bourdieu¶s use of MCA

Après u , lACM sera adoptée comme loutil


privilégié grce auquel on pourra montrer la structure des
différents champs qui composent lespace social majeur:
Après ³ anatomie du goût´, lACM est utilisée dans ³ e
patronat´ (1978). Puis ce sera: lespace des facultés et celui
des facultés de lettres (1984c), le champ des Grandes Écoles
(1989), celui des constructeurs de logements individuels
(1990b), et celui des maisons dédition (1999).

ACM permet de produire «une 


 
, cest-à-dire une


 

    
» de la structure
objective (1989: 335), dira Bourdieu dans u 

- .

  a distinction 

  J


Sur la fin, Bourdieu revendiquait encore «laffinité entre cette


méthode danalyse mathématique et la pensée en termes de
champ» (2001: 70), et défendait lidée que, disposant des
données, il ny aurait pas de meilleure manière que lACM
pour décrire le champ scientifique (2001: 90).
Pourtant, Bourdieu laissait entendre quil prenait lACM
comme une sorte de Ô 
. Ainsi: «En attendant que
soit produite une formalisation obéissant à ces principes, on
peut saider de lanalyse des correspondances (dont les
fondements théoriques sont très semblables) pour mettre à
jour la structure du champ économique, cest-à-dire le
véritable 

#   des pratiques économiques»
(2000b: 235n1).

G
  a distinction 

  J


On peut penser que les raisons de cette réticence tiennent à


ce quil sagit dune technique statistique purement descriptive,
qui ne préjuge pas sur les rapports de causalité entre les
différentes variables impliquées: dans une ACM il ny a pas de
distinction possible entre les variables indépendantes et les
dépendantes, et donc il nest pas possible délaborer un

, au sens statistique habituel.

. ebart me disait: « ¶analyse des correspondances n¶est


pas un modèle, au contraire, c¶est essayer, avec le moins de
modèle possible de représenter des associations [...] c¶est un
outil polyvalent qui pour l¶instant peut servir à ça, à donner
des idées, ce n¶est pas l¶outil formalisé qui correspond
exactement à sa théorie» (cf. Baranger, 2004: 142-143).
0
  a distinction 

  J


luand Bourdieu parlait de lois sociales cétait toujours dans


un sens probabiliste: lhabitus nest pas conçu comme un
ensemble de dispositions qui puisse produire mécaniquement
des effets prédéterminés, il les réalise tendanciellement. Mais
il ny a rien dans lACM qui permette délaborer un modèle
probabiliste du fonctionnement du champ et des habitus.

Il existe bien sûr des modèles statistiques, comme ceux de


régression, visant à établir des rapports de causalité entre les
variables. Mais ces modèles sont justement ceux que
Bourdieu récusait, on la vu, sur la base de largument de la
contamination: ils sont faits pour montrer les effets de
certaines variables sur dautres.

2
  a distinction 

  J


Mans u



  
, Bourdieu
réaffirmait les vertus de lACM en ces termes: «on peut
attendre de l¶analyse des correspondances, qui,  
{
 

   
 


 





#  
.   

 
, qu¶elle porte au
jour la structure des positions, ou, ce qui revient au même, la
structure de la distribution des pouvoirs et des intérêts
spécifiques qui détermine et   les stratégies des
agents » (2000b: 128-129).

Mans la perspective dun 



, lACM fonctionnerait
comme un générateur dhypothèses causales.

2
  a distinction 

  J


En ce sens, «l¶efficacité explicative de l¶analyse des


correspondances se voit bien au fait que la correspondance
entre l¶espace des positions et l¶espace des prises de position
est à peu près parfaite» (2000b: 137).
Et puis: «l¶analyse des correspondances ½à travers la
distribution selon les deux premiers facteurs½ manifeste la
distribution des forces en présence et, à travers le lien
d¶implication sociologique (et non logique) qui unit les prises
de position aux positions, révèle le principe des stratégies de
lutte visant à la conserver ou à la transformer» (2000b: 140).
Cest sur linvocation de ce ³lien d¶implication sociologique´
que se fonde lexplication, dont la structure générale est la
même que dans u : il sagit de montrer lhomologie
entre deux espaces: celui des positions et celui des prises de
position. 2
  a distinction 

  J


Sauf que dans les plans factoriels de u  se


trouvaient effectivement représentés deux espaces: à partir
dune ACM générée par des indicateurs sur les goûts et les
pratiques culturelles (seules modalités 
) ½les ³prises
de position´½ dans u  on pouvait voir comment les
individus (  ) appartenant à différentes classes et
fractions ½les positions½ ³tombaient´ dans des régions
distinctes du plan factoriel.
Après, le procédé sera inverse: les modalités actives
sélectionnées pour la construction des plans factoriels
correspondent toutes à des indicateurs des . Ô
  

  
 Ô Ô Ô  Ô
Ô Ô


 Ô; ou, plus exactement, nous devons déduire
quelles 
!    
 
 
      Ô

 
 !
 . 22
  a distinction 

  J


Ainsi,dans š!
  !  (1984), les professeurs
duniversité étaient projetés dans lespace des facultés de
lettres structuré sur la base dindicateurs de position. En
observant ces individus, affirmait Bourdieu, il «sautera aux
yeux de tous les observateurs familiers avec le détail des
événements universitaires de 1968» que la structure des
positions se correspond avec la distribution des prises de
position.
Ce quon voit bien dans cet exemple, cest la substitution de la
variable, de la modalité qui correspond à une propriété
dénotée par un nom commun, par le  .
Pour Mesrosières (2008), «un des intérêts de lanalyse des
correspondances multiples est de permettre de figurer explicitement la
position dindividus pour lesquels des informations sont publiques,
comme cest le cas pour les membres de certains microcosmes
sociaux». 2’
  a distinction 

  J


explication suppose, comme toujours, de montrer la relation


dhomologie selon laquelle les prises de position dépendent
des positions occupées par les agents dans la structure du
champ.
Mais contrairement à ce quil en était dans u , Ô
 Ô  
    Ô  Ô  Ô
   
 , tandis que ce qui a trait aux prises de
position apparaît seulement dans le commentaire de Bourdieu
qui est basé sur   
 
qui ninterviennent pas
dans lACM.

    Ô


  
  J  
         

  

 .


  a distinction 

  J


Postérieurement à u , les ACM réalisées par


Bourdieu montrent toutes cette même structure explicative.
ACM est générée à partir de variables de base (qui seront
traitées en modalités actives), ce qui permet de rendre visible
la structure du champ et les positions des individus. Puis le
plan factoriel est lélément fondamental pour linterprétation
dautres matériaux.


  a distinction 

  J

J.-C. Passeron aime à distinguer dans les sciences sociales
deux sous-ensembles: les sciences du  (économie,
démographie, linguistique), et celles de l   ( sociologie,
histoire, anthropologie), sciences synthétiques, qui sont
condamnées à faire avec des phénomènes qui «leur sont
toujours donnés dans le devenir du monde historique qui
n¶offre ni répétition spontanée ni possibilité d¶isoler des
variables en laboratoire» (1991: 25).

Ainsi, la sociologie relève dun «type particulier de scientificité


[...] celui des sciences empiriques de linterprétation, à qui la
forme du cours du monde historique impose un langage
typologique, mais que les méthodes dobservation et de
traitement des données distinguent de leurs sœurs
herméneutiques» (1991: 13).

  a distinction 

  J


On sait que Bourdieu défendait l¶idée d¶une sociologie qui


serait une science ³comme les autres´.

Pourtant, lorsque on examine la manière selon laquelle il


menait ses enquêtes, et le type de connaissance quil
produisait, il est clair que 
Ô Ô 

Ô Ô 
  Ô 
  Ô !    "   
Ô
 Ô Ô et à les  , plutôt quà construire une
théorie générale dont les assertions seraient indépendantes
dun contexte spatio-temporel.

#Ô  Ô  Ô


 Ô     
  au sens strict, mais qui nimpliquerait pas de
renoncer tout à fait à celui-ci.
2G
  a distinction 

  J


On peut donc voir dans le recours à l¶ACM «un usage


nouveau des statistiques» (Gollac, 2005: 55), autant quun
moyen de dépasser pratiquement les alternatives du réalisme
et du constructivisme ( enoir, 2004: 41), du quantitatif et du
qualitatif (comme lillustre si bien u ), mais aussi,
me semble-t-il, du modèle et de lenquête.
En fait, J.-C. Passeron ne conçoit pas la distinction entre le
modèle et lenquête comme une opposition tranchée; pour lui,
il sagirait plutôt dune question de degrés, de sorte que
l
/
nexclut pas nécessairement la possibilité dun
usage contrôlé du modèle.

20
  a distinction 

  J


Mans le cas de lACM chez Bourdieu le recours à ce


³modèle´ sintègre dans lenquête, et ses résultats
demandent à être interprétés qualitativement.

Un modèle, donc, permettant de dépasser le


nominalisme de lanalyse de variables, pour autant
quil se présente indexé sur un contexte spatio-
temporel, et quil est destiné à fonctionner comme un
maillon essentiel dun raisonnement proprement
sociologique.

’