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Le langage et le discours

du droit

Perspectives pragma- et
sociolinguistiques
CARACTÉRISTIQUES,
DÉFINITIONS
 Le droit - un « ensemble des règles qui
régissent la condition de l’homme en
société » (Littré)
 Le phénomène juridique est donc, avant
tout, un phénomène social :
UBI SOCIETAS, IBI JUS.
 Une société se définit, aussi, par
l’existence d’une langue.
Le langage et le discours juridique
– objets de la sociolinguistique
 La sociolinguistique englobe tout ce qui
est étude du langage dans son contexte
socioculturel
 But: mettre en relief le rapport qui existe
entre l’organisation du
message linguistique et la destination ou
l’implication sociale du message (au
niveau juridique)
QUESTIONS

 Y a-t-il un langage juridique spécifique ?


 Peut-on identifier un usage spécifique de
la langue commune dans le domaine
juridique ?
 Le langage juridique peut-il constituer un
terrain d’étude, a-t-il des éléments
typiques ?
Le langage juridique - un langage
de spécialité
 La lecture d’un texte juridique nous met
devant un ensemble discursif particulier,
où l’on retrouve des éléments particuliers
et spécifiques.
 Au sein d’une langue nationale, le langage
juridique se singularise par quelques traits
qui le constituent comme langage de
spécialité.
Le langage du droit est un
langage:
 de groupe
 il est marqué par ceux qui « parlent » le
droit, par ceux qui l’édictent (législateurs)
ou qui le disent (juges), plus largement,
par tous ceux qui concourent à la création
et à la réalisation du droit
Le langage du droit est un langage:

 technique - le langage du droit nomme


les réalités juridiques, les institutions et les
opérations juridiques.
 Il nomme aussi toutes les formes de
l’activité économique, les bases de la vie
familiale, les contrats, les conventions.
 Traditionnel - legs de la tradition (les
maximes du droit).
Le langage du droit est un langage:

 Culturel - issu de la culture juridique


 appartient à la communauté des juristes
 « trésor commun » de ceux qui ont une formation
juridique.
 il n’est seulement destiné à la communication interne:
« Nul n’est censé ignorer la loi ».
 public, social, civique –
 le langage du droit est destiné à tous
 Le rôle de l’émetteur est vital, il doit créer le message
de sorte que tous les destinateurs le comprennent.
Caracteristiques du discours
juridique

 le langage du droit en action:


 « Le discours juridique est la mise en
œuvre de la langue, par la parole, au
service du droit » (G. Cornu, Linguistique
juridique, 1990, p. 211).
 Il est caractérisé par un type de
communication particulière
Le caractère juridique du message
est donné par:
 l’appartenance socio-professionnelle de
l’émetteur à la communauté des juristes
 l’emploi du vocabulaire juridique
 Exemples:
 une plaidoirie, un article du Code civil, un arrêt
de la Cour de Cassation
 on pourrait conclure que le caractère juridique
du discours provient de la personnalité de celui
qui parle (avocat, législateur, juge…), au
vocabulaire qu’il emploie et au style dont il use.
Caracteristiques du discours
juridique - observations
 ces marques ne constituent pas des critères absolus parce que:
 Un discours juridique peut émaner d’un profane (demande
d’emploi), résulter d’un accord entre non-initiés (contrat de vente
entre particuliers).
 Il peut aussi y avoir du discours juridique sans vocabulaire juridique
 (un discours peut être juridique même s’il n’utilise aucun terme
juridique: Témoins, levez-vous !, Faites évacuer la salle !)
 Le style, lui aussi, n’est pas un critère nécessaire de la juridicité d’un
message, puisqu’il y a aussi des messages dépouillés de tout effet
de style :
« Les servitudes apparentes sont celles qui s’annoncent par des
ouvrages extérieurs, tels qu’une porte, une fenêtre … ».
Caracteristiques du discours
juridique
 Donc, on considère qu’un discours est juridique soit
directement, parce qu’il établit ou nomme les règles du
droit, ou, plus généralement, parce qu’il concourt à la
réalisation du droit.
 Dans la première catégorie, on peut compter la loi, le
jugement, les conventions, tandis que dans la deuxième,
on peut intégrer tous les messages qui participent à la
mise en œuvre du droit : les déclarations des témoins,
les avis des experts, etc.
 Le caractère juridique d’un message provient de sa
finalité : est juridique tout message qui tend à
l’établissement ou à l’application des normes du droit.
Caracteristiques du discours
juridique

L’ « écran linguistique »
 dans la communication juridique on a, en
général, des marques spécifiques de style, de
vocabulaire, qui peuvent constituer de vrais
difficultés dans la compréhension du texte.
 Dans ce cas, la communication pourrait
échouer.
 Les participants à la communication juridique
doivent maîtriser le code (la langue avec ses
aspects techniques) pour ne pas buter contre les
obscurités des mots, des tours spécifiques.
Caracteristiques du discours
juridique
 Rabelais, comme fils d’avocat, ne manque pas
de faire la satire de la justice. La multitude des
termes de procédure qu’on pourrait déceler dans
son œuvre témoigne de ses études de droit, de
même que des contacts qu’il a eus avec des
avocats ou des procureurs. Célèbre est, à cet
égard, le portrait du juge Bridoye, contenu dans
Le tiers livre, où l’on reprend des thèmes déjà
esquissés dans Pantagruel.
Caracteristiques du discours
juridique
 « Je, répondis Bridoye, répondrai brièvement, selon l’enseignement
de la loi ampliorem, & in refutatoriis, C. de appela…. Gaudent de
brevitate moderni. Je fais comme vous autres, Messieurs, et comme
est l’usance de judicature, à laquelle nos droits commandent
toujours déférer. Ayant bien vu, revu, lu, relu, paperassé et feuilleté
les complaintes, ajournements, comparutions, commissions,
informations, avant procédés, productions, allégations, intendits,
contredits, requêtes, enquêtes, répliques, dupliques, tripliques,
écritures, reproches, griefs, salvations, récollements, confrontations,
acarations, libelles, apostoles, lettres royaux, compulsoires,
déclinatoires, anticipatoires, évocations, envois, renvois,
conclusions, fins de non procéder, appointements, reliefs,
confessions, exploits et autres dragées et épiceries d’une part et
d’autre, comme doit faire le bon juge ».
Caracteristiques du discours
juridique
 Commentaire:
 L’obscurité des termes est doublée de leur succession
rapide, et cette accumulation engendre des sonorités qui
naissent le rire. Les complications de la justice et
l’incompétence des juges, leur rapacité et leur corruption
déguisée sous l’air solennel qui avoisine avec la bêtise
sont suggérés par l’emploi, avisée, d’une particularité du
langage juridique, son opacité, qui produit, pour le
profane, un effet d’étrangéité, de barrière ou d’« écran »
linguistique.
Caracteristiques du discours
juridique
 « Il est banal d’opposer le langage courant au langage juridique,
parfois plus spécialement au langage judiciaire. Cette façon
habituelle de parler est une invitation à déceler ce que recouvre
cette convention commode du langage (…) L’existence du langage
juridique est spontanément attestée par une réaction sociale. Cette
donnée immédiate d’ordre socio-linguistique est aussitôt confirmée
par une observation linguistique précise. Le fait est que le langage
juridique n’est pas immédiatement compris par un non-juriste. Il
n’entre pas d’emblée dans l’entendement de celui qui ne possède
que le langage commun. La communication du droit se heurte à un
écran linguistique. Le profane en retire un « sentiment d’étrangeté »
(Sourioux et Lerat). Le langage du droit existe parce qu’il n’est pas
compris. Il est en dehors du circuit naturel d’intercompréhension qui
caractérise les échanges linguistiques ordinaires entre membres
d’une même communauté linguistique ». (Gerard Cornu,
Linguistique juridique, Paris, Monchrestien, 1990, p. 19)
La « mythologie juridique »

 l’objet du droit remonte à une tradition


empirique, voire magique.
 la « mythologie juridique » fait partie de la
« technique du droit ». En droit, les mots
ont du pouvoir, et leur caractère
performatif vient renforcer l’idée de
magie.
La « mythologie juridique »
 « Or les loix se maintiennent en crédit, non
parce qu’elles sont justes, mais parce qu’elles
sont loix. C’est le fondement mystique de leur
authorité, elles n’en ont poinct d’autre (…)
 Quiconque leur obeyt parce qu’elles sont justes,
ne leur obeyt pas justement par où il doibt »
(Montaigne, Essais, III, ch. XIII, « De
l’expérience »).
Les agents de l’expression juridique

 Les participants à une activité de communication


juridique sont multiples:
 - le législateur (dans la loi)
 assume aussi les idées de l’auteur du projet ou de la
proposition de la loi, de l’exposé des motifs, les
rapporteurs des commissions parlementaires, les
orateurs qui posent des questions, font des interventions
et des amendements lors des débats parlementaires) ;
 - le juge (dans sa décision), et, autour de lui, l’avocat
(dans ses conclusions et sa plaidoirie), le représentant
du ministère public (dans son réquisitoire), le greffier
(dans ses écritures), les témoins (dans les déclarations),
les techniciens (experts, consultants…)
Les agents de l’expression juridique

 - le gouvernement et l’administration (dans


les décrets, les règlements, les interventions, les
communiqués, les déclarations, les notes, les
circulaires qu’ils émettent) ;
 - les professionnels (ceux qui émettent et
rédigent d’autres actes juridiques – notaires,
conseils juridiques…) ;
 - les particuliers qui concluent des actes
juridiques « sous-seings privés » - aveux,
serments, offres…
 - la doctrine juridique
Caracteristiques du discours
juridique – la communication
juridique
 le discours juridique a un caractère
polyphonique, le droit parle par « mille
bouches »
Le langage juridique
 un langage de de spécialité - présente, par
rapport à la langue commune, des
particularités évidentes à plusieurs
niveaux :
 lexical
 morphologique
 syntaxique
 stylistique
 pragmatique
Le lexique juridique

 une forte hétérogénéité lexicale


 beaucoup de termes empruntés aux
langues savantes, le latin et le grec, et
vivantes – l’italien, l’anglais.
 Les mots d’origine latine et grecque ont
été bien francisés au cours des siècles.
 Jean-Louis Sourioux et Pierre Lerat, dans Le
langage du droit, Paris, Puf, 1975 distinguent
trois grandes catégories de mots en français
juridique : les mots-bases, les dérivés et les
composés.
a) LES MOTS-BASES
 font partie du fond lexical juridique et peut
provenir aussi bien des langues savantes que de
quelques langues modernes.
 L’héritage latin est le plus important :
 les latinismes sont ou bien employés tels quels,
ou bien ont subi des transformations
importantes au cours des siècles, étant perçus
maintenant comme des termes français.
a) LES MOTS-BASES

 Mots et expressions latines : audition,


avocat, constitution, cour, crime, déférer,
de facto, de jure, fidéicommissaire, grâce,
homicide, infraction, instance, juge, loi,
magistrat, perquisition, pretium doloris,
prison, tribunal, ultra-petitia (« au-delà de
ce qui a été demandé »).
a) LES MOTS-BASES
 Mots grecs : anonyme, autarchie, démocratie,
hypothèque, oligarchie, politique.
 Mots italiens : banque, banqueroute, bilan
 Mots anglais : budget, chèque (mots à
prononciation francisée) ; attorney, F.O.B.= Free
on Board, gentleman’s agreement, know-how,
joint venture (collaboration), copyright
(prononciation non-francisée).
b) LES DERIVES

 La dérivation est un procédé interne d’enrichissement du


vocabulaire, dont le français s’est beaucoup servi dans le
domaine juridique. Il y a trois types de dérivation :
 la dérivation impropre (qui se réalise par
changement de catégorie grammaticale)
 la dérivation propre (qui consiste à créer de nouvelles
unités lexicales par l’intermédiaire de la suffixation et de
la préfixation)
 la dérivation régressive, qui consiste à former de
nouvelles unités lexicales en supprimant le suffixe (plus
rare)
La dérivation impropre
 la substantivation des participes présents
(termes que l’on peut paraphraser par « celui
qui »…) : l’acceptant, l’ayant cause, le disposant,
l’épargnant, le poursuivant, le renonçant, le
saisissant, etc.
 la substantivation de participe passé
(« paraphrase : « celui qui est / a été…) :
l’adopté, l’assuré, le commis, le dénommé, le
failli, le grevé, l’inculpé, le prévenu, le saisi.
La dérivation impropre

 la substantivation d’adjectifs : les


collatéraux, l’intéressé, le référendaire.
 la substantivation de diverses structures :
les moins-perçus (« ce qui, étant dû, n’es
pas perçu »), soit-communiqué
(« par laquelle un juge d’instruction
communique le dossier de sa procédure
au procureur de la République »)
La dérivation propre
 Les suffixes les plus productifs en français juridiques
sont :
 - able : aliénable, opposable, amnistiable
 - aire : assignataire, attributaire, concussionnaire
(fonctionnaire ~), domiciliataire, délégataire,
instrumentaire (témoin ~), usufructuaire (droit ~) ;
 - al, e, aux : procédural, successoral ;
 - ant, e (formant des noms ou des adjectifs) : cédant,
commettant, impétrant (« personne qui impètre qqch »,
« personne qui a obtenu un diplôme »), infamant,
mandant
La dérivation propre
 -(i)el, (i)elle : correctionnel, délictuel,
juridictionnel, jurisprudentiel, préjudiciel;
 - erie : escroquerie, filouterie « délit commis par
celui qui consomme /utilise certains biens /
services sans payer : filouterie de
café/restaurant/taxi/hôtel) ;
 - (at)eur, trice : aliénateur, -trice (« personne qui
transmet un bien par aliénation », apériteur
(« premier assureur, qui établit et gère le
contrat »), donateur-trice, testateur-trice
(« auteur d’un testament), renonciateur.
La dérivation propre
 -eur, eresse : défendeur, défenderesse,
demandeur, demanderesse
 -eux, euse : délictueux (fait~), frauduleux,
litigieux
 if, ive : abrogatif : « qui abroge, qui a pour effet
d’abroger », pignoratif (« relatif au contrat de
gage »), recognitif (« acte par lequel on
reconnaît l’existence d’une obligation, d’un droit,
en se référant à un acte antérieur ».
La dérivation propre
 - (isse)ment : désintéressement
(« dédommagement ») ;
 - oire : abrogatoire « qui a pour effet
d’abroger » (mesures ~), absolutoire (« qui
absout » - sentence ~), accusatoire (procédure
~), comminatoire (« qui est destiné à faire
pression sur le débiteur », récursoire « qui
donne, qui ouvre un recours contre quelqu’un »,
rogatoire (« relatif à une demande » -
commission ~).
La dérivation propre
 Les préfixes servent, à former des substantifs. Ils indiquent
aussi des fonctions.
 - le préfixe co- indique l’association, la simultanéité temporelle,
la collaboration. : coaccusé, coautor (d’un crime),
cocontractant, cohéritier, copropriétaire.
 - préfixes exprimant l’opposition, la négation, la privation :
contre-, dé-, (dés, des-), in- (ir-, im-, il-), non-, a- : contre-
dénonciation, contrefaçon, contre-interrogatoire, contre-
timbre ;
 déguerpir (~ un héritage, « y renoncer »), délaisser (~ un
héritage), dénégation, désintéresser « dédommager
qqn « dessaisir un tribunal d’une affaire), inabrogeable,
inaliénable, inamovible, , irrécusable (juge), non-comparant,
con-concurrence.
La dérivation propre
 -préfixes marquant l’antériorité spatiale ou temporelle (avant, pré-,
la subordination / l’infériorité (sous, sub-), la supériorité (sur-),
etc. : avant-contrat, préavis, (licenciement avec ~), préemption
(droit de ~), préfixer « fixer d’avance », sous-acquéreur, sous-
amendement, sous-assurer, subrogation (~conventionnelle,
~légale).
 Obs : dans certains termes mentionnés plus haut, les préfixes en
question ne sont pas adjoints en français à des radicaux
préexistants, mais ils figurent dans des termes venus du latin (fr
préfix, lat praefixus), le découpage en éléments constitutifs
signifiants ne pouvant être fait en ce cas.
 La dérivation régressive consiste à dériver des termes en
éliminant la désinence verbale de l’infinitif : appel, décharge, déni,
dépens.
c) LES MOTS COMPOSES

 N+N (d’habitude, les deux se trouvent en


opposition) : dommages-intérêts, donation-
partage, location-vente
 Adj+Nom flagrant délit, fol appel « appel
déclaré irrecevable ou mal fondé et qui vaut à
l’appelant une amende », légitime défense, nue
propriété « droit de propriété ne conférant à son
titulaire que droit de disposer d’un bien, mais
non d’en user »
c) LES MOTS COMPOSES
 N+Adj biens meubles / immeubles,
circonstances atténuantes / aggravantes, filiation
naturelle, filiation légitime, force exécutoire,
rente viagère ;
 Adv+part. passé : bien-fondé, bien-jugé,
moins-perçu
 Syntagmes figées :
 N+prép+nom : communauté de vie,
dénégation d’écriture, jugement de divorce,
recours en cassation
LES MOTS COMPOSES
 Structures hétérogènes fixes :
acte/testament ab irato « fait sous
l’empire de la colère », hériter ab intestat
« sans testament », mourir ab intestat,
mandat/provision ad litem « en vue d’un
procès », présomption juris et de jure «
présomption légale et à laquelle on ne
peut rien opposer », reconnaissance de
jure / de facto d’un gouvernement.
LES MOTS COMPOSES
 Autres structures françaises figées :
 amende de fol appel, à peine de déchéance, à peine de
nullité, ayant droit « personne qui a des droits à quelque
chose », fondé de pouvoir « personne qui est chargée
d’agir au nom d’une autre ou pour le compte d’une
société » injonction de payer, injonction de faire,
bénéfice d’inventaire « droit de l’héritier de n’être tenu
au paiement des dettes que jusqu’à concurrence des
biens qu’il a recueillis » - accepter une succession sous
bénéfice d’inventaire ; bénéfice des circonstances
atténuantes, etc.
Observation

 Le langage juridique contient aussi bien


des termes de stricte spécialité mais aussi
des termes qui existent dan le langage
commun (action, compétence, partie,
succession, etc.).
Marques morphosyntaxiques
du discours juridique
 Le discours juridique est le produit d’une
instance dépersonnalisée, la communication y a
un caractère:
 général
 neutre
 impersonnel
 stipulatif
 normatif
 formel
 injonctif
Les marques indéfinies et de
généralité
 I. Les indéfinis (la loi a un caractere général) :
 a) Tout : « Tout condamné à mort aura la tête
tranchée » (art. 12. C. pen.)
 « Tout propriétaire exerce sur ses bois, forêts et terrains
à boiser tous les droits résultant de la propriété dans les
limites spécifiées … »
 b) Aucun : « Aucune action n’est reçue quant à la
filiation d’un enfant qui n’est pas né viable »
 c) Chacun : « Chacun est responsable du dommage
qu’il a causé non seulement par son fait, mais aussi par
sa négligence ou par son imprudence »
Les marques indéfinies et de
généralité
 d) Nul « Nul ne peut souscrire un
engagement… »
 e) Quiconque « Quiconque a soustrait
frauduleusement une chose qui ne lui
appartient pas est coupable de vol »
 f) Celui +relatif « Celui qui, sans fraude
ni violence, aura enlevé ou détourné, un
mineur de dix-huit ans, sera puni… »
Les marques indéfinies et de
généralité
 II. Marques impersonnelles
 - structures passives inachevées (se caractérisent
par l’absence du complément d’agent ou du sujet
logique de la phrase, qui est sous-entendu) :
 « La présente loi sera applicable aux successions
ouvertes » ; « La présente loi sera exécutée comme Loi
de l’Etat »
 - structures pronominales de sens passif :
 « Le mariage se dissout par la mort de l’un des
époux » ;
Les marques indéfinies et de
généralité
 - tours impersonnels, qui comportent le
pronom il personnel il suivi d’un verbe à la
voix passive. L’énoncé acquiert ainsi un
fort caractère abstrait. « Il est statué, s’il y
a lieu… » ; « Il est créé un établissement
public de l’Etat… » ; « Il est institué…une
taxe sur les ventes et les locations en
France… ».
Les marques indéfinies et de
généralité
 - verbe en tête de la phrase suivi de
son sujet : « Doivent être gérées
conformément à un document
d’aménagement les forêts… » ;
 « bénéficient de la même dispense les
propriétaires dont le document de gestion
a recueilli … l’accord explicite »
Les marques indéfinies et de
généralité
 - marques de négation et de restriction à
valeur conditionnelle : aucun…ne,
ne….aucunement, ne…pas/point/sauf, à moins
que, sous réserve de/que, etc :
 « Aucune convention ne peut être conclue… »,
 « Nul ne peut être arbitrairement détenu… »
 «L’aide juridictionnelle s’applique de plein droit
aux procédures…à moins que l’exécution ne soit
suspendue… » ;
Les marques indéfinies et de
généralité
- marques démonstratives : par la
présente, ci-après, ci-dessous, ci-dessus,
ledit, ladite, dudit, précité, susdésigné,
susdit, susmentionné, susvisé, sousigné :
« articles L.411-1 et suivants du présent
code », « La présente loi sera exécutée
comme Loi de l’ »Etat », « l’une des
législations européennes énumérées ci-
après »
Les marques modales
 Dans le texte juridique, on rencontre les quatre modalités
déontiques : l’obligatoire, l’interdit, le permis et le facultatif.
 L’obligatoire : il faut, être forcé de, devoir, faire obligation, être
assujetti à, être tenu de, s’obliger à, contraindre :
 « l’affichage des coordonnées du service d’accueil téléphonique est
obligatoire dans tous les établissements… » ;
 « l’action en paiement, qui doit être obligatoirement précédée du
dépôt de la demande mentionnée… » (redondance des marques
modales)
 L’emploi du présent à valeur injonctive : les organismes ou
personnes visés au présent article mettent à disposition les
informations requises… »
 L’emploi du futur à valeur injonctive : « la présente loi sera
exécutée comme loi de l’Etat »
Les marques modales
 L’interdit : il est interdit de, il est défendu de, ne pouvoir, faire
interdiction, s’interdire de, faire prohibition :
 « il est interdit aux personnes… »,
 « Sont prohibés à l’entrée… tous produits étrangers qui ne satisfont
pas aux obligations imposées » ;
 Le permis : il est loisible de, il est permis de, avoir droit de,
pouvoir, être habilité à, être autorisé à, avoir le pouvoir de, avoir la
faculté de :
 « les personnes satisfaisant aux prescriptions de l’article 2 peuvent
participer aux foires et salons autorisés… » ;
 Le facultatif : pouvoir, dépendre de, avoir la possibilité de :
 « Un médecin n’est jamais tenu de pratiquer une interruption
volontaire de grossesse… »
D’autres marques
-L’emploi de participes présents. Il se trouve d’abondance dans le langage
juridique, aussi bine dans les intitulés de la loi que dans le corps des textes
des lois pour des raisons d’économie linguistique. Le participe présent
remplace une proposition relative effacée en structure de surface. : « Loi no
X autorisant la ratification/l’approbation / l’adhésion ; créant une agence
française de… ; modernisant diverses dispositions ; portant règlement ;
visant à accorder une priorité.
- Le degré zéro de détermination (une structure archaïque conservée par
le langage juridique) :
 - les locutions figées : groupes nominaux : « le juge entend les père et
mère de la personne concernée » ;
 - V+COD : avoir vocation, ouvrir droit, avoir qualité, donner assignation,
faire droit, faire foi, faire obligation, faire interdiction, interjeter appel,
prendre effet : « Les collectivités territoriales ont vocation à prendre les
décisions… » ; « pour ouvrir droit à l’aide à la mobilité… »
Marques sémantiques et
pragmatiques du discours
juridique
 - la souveraineté. Le texte juridique est conçu de manière à faire
reconnaitre qu’il a un caractère obligatoire, issu d’une instance
supérieure, par les verbes qui marquent
 la contrainte (devoir, obliger : « Les époux s’obligent mutuellement
à une communauté de vie » ;
 la sanction : sera puni, sera condamné. L’emploi du présent
exprime, aussi, que l’énoncé marque une obligation, le verbe devoir
étant sous-entendu : « la rente est indexée » ; « les époux assurent
ensemble la direction morale et matérielle de la famille »
(normalement, l’indicatif présent exprime ce qui est, non ce qui doit
être ; donc ici il a une valeur insolite, en remplaçant l’impératif
grammatical. L’emploi du présent occulte celui qui donne l’ordre et
« ne brandit pas le pouvoir d’ordonner » (cf. Cornu, p. 271) ;
Marques sémantiques et
pragmatiques du discours
juridique
 - la référence implicite à l’émetteur de l’énoncé législatif :
devant chaque article, on sous-entend : « la loi dispose… », « le
législateur dit… ». C’est une référence implicite, puisque tout
énoncé législatif a pour auteur un émetteur qui ne se montre pas,
qui ne se déclare pas, qui n’ordonne pas explicitement (la force
cachée de la loi).
 - les formules d’encadrement de la loi sont toujours des
stratégies qui marquent la souveraineté du législateur. Toute loi est
publiée avec la mention de tête suivante : « L’Assemblée Nationale
et le Sénat ont adopté, le Président de la République promulgue la
loi dont la teneur suit : Art. 1er. Toute loi se termine par la formule :
« La présente loi sera exécutée comme loi de l’Etat ». On parle
d’une mise en scène qui assure le lancement législatif, mais aussi
l’acceptation de la loi dans la société.
Marques sémantiques et
pragmatiques du discours
juridique
 - la référence implicite à une situation possible
(toute règle est une réponse à une question) : le
présupposé législatif - en cas…, dans tous les cas… :
« en cas de décès en voyage maritime… », si (introduit
une proposition hypothétique, une présupposition : « Si
l’un des époux se trouve hors d’état de manifester sa
volonté… », quand (« quand le divorce est
demandé… » ;
 - le discours juridique – un télélangage. Il se
caractérise par une distance qui sépare l’émetteur du
destinataire ; il semble que le législateur parle seul, de
sorte qu’il doit organiser le texte de la loi (qui est un
écrit) de façon systématique, article par article.
Marques sémantiques et
pragmatiques du discours
juridique
 - l’implicite linguistique
 le vague
 l’imprécision (les notions-flous)
 l’ambiguïté
 paradoxalement, caractérisent le discours
juridique.
 - les mots-actes englobent des performatifs
rependus dans le discours juridique.
Le vague dans le discours
juridique
 Bien que le langage juridique est censé
exprimer des concepts précis, il comporte
des concepts vagues, qui ne peuvent être
définis concrètement. Il y a des « notions
floues » telles : bon goût, bon père de
famille, bonnes mœurs, bonne foi, intérêt,
ordre public, falsification, tort
Le vague dans le discours
juridique
 Exemple : dans le célèbre procès intenté à G. Flaubert
devant le Tribunal correctionnel de Paris, le réquisitoire
du Tribunal impérial reprochait à l’écrivain d’avoir
« commis les délits d’outrage à la morale publique et
religieuse et aux bonnes mœurs » (1857).
 Les mêmes termes flous se retrouvent dans d’autres
jugements, dans la même cause :
 « Attendu que les passages incriminés, envisagés
abstractivement et isolément, présentent effectivement
soit des expressions, soit des images, soit des tableaux
que le bon goût reprouve et qui sont de nature à porter
atteinte à de légitimes et honorables susceptibilités ».
Le vague dans le discours
juridique
 Le flou de ces concepts employés par l’avocat
dans le réquisitoire est reconnu par lui-même :
« Messieurs, en abordant ce débat, le ministère
public est en présence d’une difficulté qu’il ne
peut même pas dissimuler (…) Offenses à la
morale publique et à la religion, ce sont là sans
doute des expressions un peu vagues, un peu
élastiques, qu’il est nécessaire de préciser ».
L’économie de l’imprécision
 Les notions floues en droit relèvent d’un
paradoxe : les termes plus précis sont en même
temps moins avantageux car ils exigent des
formulations et une rédaction plus coûteuses.
 les termes vagues ne constituent pourtant pas
une entrave à la compréhension dans le
domaine juridique, mais ils concurrent à la
bonne réalisation du droit.
Les mots-actes
 Concept employé par J. L. Austin, dans le classique How
to do Things with Words (1962), il se rattache,
principalement, aux termes performatifs :
 - les performatifs stricts sont des verbes ou des
expressions verbales employés par le sujet énonciateur à
la première personne du singulier, au présent de
l’indicatif. Au moyen de ces expressions, on accomplit
des actions : j’avoue, je promets, je lègue, je donne
pouvoir, je reconnais, etc :
 - « Je, soussigné, J. L., j’accepte d’accomplir la
procuration que m’a confiée X. Y… »
Les mots-actes
 - les constatifs officiels : dans ce cas, il s’agit des verbes à la
troisième personne du singulier, au présent ou au passé composé de
l’indicatif : accepte, avoue, garantit, reconnait, renonce, se porte
garant, a déclaré, a voté, adjugé, vendu, etc.
 - les décisions exécutoires contiennent deux types : décisions
normatives (abroge, adopte, décrète, ordonne, promulgue) et
décisions judiciaires (annule, casse, commet, condamne,
déboute, fixe, nomme. rejette).
 Exemples :
 - « le juge déclare alors la demande irrecevable »
 - « le tribunal nomme…un administrateur provisoire du fonds, fixe
les mises à prix, détermine les conditions principales de la vente »
Le style législatif
 On pourrait le définir comme la manière d’écrire du législateur : tels
mots, telle loi, on dit. Il est, principalement, caractérisé par
 - Le choix d’un ton.
 Le législateur ne parle pas toujours sur le même ton. En
fonction des choix du législateur, son ton est plus ou moins
technique, plus ou moins concret ou neutre. En général, la langue
du législateur est sobre, dépouillée, sans emphase, fioriture,
attentive à dire l’essentiel, sans intentions littéraires. La loi propose
un langage de la raison, son style suggère la sérénité, la
modération, la pondération, la sagesse. Elle ne peut jouer d’ironie
ou de plaisanterie, de la polémique, du sarcasme ou de la satire. Le
ton doit être sobre, sérieux. Le législateur ne discute et ne se
justifie, il n’argumente, mais il dispose.
Le style législatif
 Il arrive, cependant, que la loi ait une valeur expressive. Le
législateur sort parfois de sa réserve. Il choisit parfois des verbes
imagés, qui expriment le mouvement (porter, entrer, courir), qui
illustrent l’opération juridique et ses effets : « la demande en justice
est portée devant la juridiction… » ; « L’action est ouverte au
ministère public » ;
 - l’accent sur l’essentiel par des inversions (des écarts syntaxiques
relativement à la construction ordinaire de la phrase : sujet-verbe-
complément. Le verbe placé en tête : « Ne peuvent être saisis… » ;
« sont incapables de contacter… »
 - l’insistance, qui marque l’importance de l’énoncé. Les répétitions :
« tout altération, tout faux… toute inscription… »
 - l’économie – le législateur épure parfois ses énoncés par : l’élision
de l’article : La possession vaut titre » ;
Le langage du droit et l’effet
Thémis
 le sens des mots n’est pas seulement lexical, mais encore culturel.
La manière dont le discours juridique este reçu par le public est
capitale. La tendance de se réduire en formule fait partie de cet
effet. La loi s’exprime en formules, et les décisions du juge sont,
elles aussi, des formules.
 A l’intérieur de ces formules, on rencontre des stéréotypes : dont
acte, etc.
 les maximes, les adages qui se retrouvent dans le style doctrinal
donnent au discours juridique un air d’énoncé intemporel, issu de la
sagesse des nations. Le fait que beaucoup de ces adages soient en
latin accentue cette impression de formules gravées en marbre.
Sourioux et Lerat parlent de cet effet (Le langage juridique)
L’effet Thémis
 Exemples :
 - maximes porteuses d’une conception du droit : ubi
societas, ibi jus ; Force n’est pas droit ; Dura lex sed
lex ; Jus est ars boni et aequi ;
 - conseils pratiques : mauvais arrangement vaut mieux
que bon procès, Qui répond, se répent, verba volant,
scripta manet ;
 les aphorismes : Is fecit cui prodest ; Nécessité fait loi
 les axiomes (relèvent de l’évidence) : Ex nihilo, nihil ;
L’effet Thémis

 Tout adage est le produit d’un effort de


concision, d’économie. Caractérisé par la
brièveté. Les adages en trois mots forment une
suite sonnante : Locus regit actum ; necessitas
cogit legem (ellipse de l’article ou du verbe).
 L’adage est un acte littéraire qui fait naitre des
métaphores.
 Le discours juridique – une écriture silencieuse,
économique, censée imposer en douceur son
pouvoir.