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USSGB/FSEG

Cours de Politique Economique de Développement

32 heures – Cours et TD

1
Dr Dramane Lassana TRAORÉ

2017 - 2018
OBJECTIFS DU COURS
Objectifs pédagogiques
2

L'objectif de ce cours est de fournir des


connaissances théoriques et pratiques sur les
politiques économiques. Les thèmes abordés dans
ce cours seront développés autour de quatre grands
modules .
Ce cours permettra d’initier les étudiants à l’analyse
des politiques économiques.
Plus précisément, il s’agit de comprendre dans le
cadre d’une économie mixte de marché pourquoi
et comment les Etats organisent leurs interventions
Objectifs d’apprentissage
3 1. Permettre de connaitre et d’expliquer le
fonctionnement de base de la politique économique
2. Savoir distinguer les différentes types de politiques
conjoncturelles et leurs mises en œuvre dans la
pratique, à travers les politiques budgétaires et la
politique monétaire.
3. Connaitre les différentes types de politiques
conjoncturelles et prenant appui sur la politique de
croissance.
4. Faire comprendre le rôle et l’importance de la mise en
œuvre des politiques communes, à travers la
coordination desdites politiques.
PLAN DU COURS
4

 MODULE I : INTRODUCTION À LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE – 8 heures

 MODULE II : POLITIQUES CONJONCTURELLES : POLITIQUES


BUDGÉTAIRES ET POLITIQUE MONÉTAIRE – 8 heures

 MODULE III : POLITIQUES STRUCTURELLES : POLITIQUE DE CROISSANCE


– 8 heures
 MODULE IV : POLITIQUES COMMUNES : COORDINATION DES
POLITIQUES ÉCONOMIQUES - 8 heures

 BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE
5  AGNES BENASSY-QUERE, BENOIT COEURE, PIERRE JACQUET ET
JEAN PISANI-FERRY, 2012, Politique économique, De Boeck,
nouvelle édition ; Version anglaise, Economic Policy, Oxford
University Press, octobre 2010.
 CABANNES M. 1998, Les politiques conjoncturelles, Synthèse
Economie, Armand Colin.
 CAHIERS FRANÇAIS, 1998, Les politiques économiques, n°284,
janvier - février, La Documentation Française.
 GREFFE X. 1993, Comprendre la politique économique,
Economica, Poche.
 GUERRIEN B. 2000, Dictionnaire d’analyse économique, La
Découverte.
 J.M. Daniel, 2008, La Politique économique, Que Sais-je, PUF, Paris
 Tous autres documents de politiques économiques
6

MODULE I : INTRODUCTION À LA POLITIQUE


ÉCONOMIQUE
I. Composante de la politique économique
7
II. Typologie des politiques économiques
III.Fondements, principes et méthodes de la
politique économique
IV.Fonctions de comportements et politique
économique
V. Conditions d’efficacité de la politique
économique
VI.Limites de l’intervention publique
VII.Formulation de la politique économique
VIII.Conduite de la politique économique
I. Composantes de la PE
8

1. Définition
La politique économique : ensemble des
interventions des pouvoirs publics dans
l'économie dans le but d'orienter le
développement socioéconomique vers des
objectifs précis à l’aide d'instruments spécifiques
(ou de moyens spécifiques).
Résultats recherchés : corriger les déséquilibres
économiques, par exemples le ralentissement
de la croissance, le chômage, l’inflation
galopante, le déficit de la balance commercial.
9
Il s’agit d’un ensemble de décisions
cohérentes :
prises par les pouvoirs publics
et visant à atteindre des objectifs à
l’aide de divers instruments,
afin d’orienter l’économie dans un sens
souhaitable à plus ou moins long terme,
10 2. Objectifs et instruments

Objectifs
 stabilisation de la conjoncture
 croissance durable
 Maximiser le bien-être collectif (social) – garantir l’intérêt collectif
 A chaque objectif, on associe un indicateur ou outil de contrôle.

Instruments
 variables économiques ou indicateurs.
 Moyens d’action de la PE.
 A chaque type d’objectif on associe un moyen spécifique ou un
instrument spécifique
Tableau des objectifs et indicateurs de
 11
contrôle
Objectifs Indicateurs ou Comment calculer
instruments de contrôle ces indicateurs ???

Croissance économique Taux de croissance du PIB

Création d’emplois Taux de chômage en % de la


population active
Stabilité des prix Taux d’inflation

Équilibre du commerce Solde de la balance des


extérieur transactions courantes
(exportations – importations)
en % du PIB
C. Le carré magique de Kaldor (1971)
12
Questions à répondre
13

1) Que signifie un moyen d’action ?


2) Que signifie un moyen spécifique ?
3) A quel type de variable économique, un
objectif peut-il correspondre ?
4) A quel type de variable économique, un
moyen spécifique peut-il correspondre ?
Questions à répondre
14

1) Quelle est l’expression


mathématique de la fonction de
politique économique ? En déduire la
forme matricielle.
2) Quelle est l’expression de
maximisation du bien-être social ?
3) a partir de quelle méthode, on peut
résoudre une fonction de politique
économique.
Principales relations du carré magique de
Kaldor
15

i) La relation entre l'inflation et le chômage


(courbe de Phillips) ;
ii) La relation entre la croissance et le
chômage (loi d’Okun).
iii) La relation de la demande globale
(macroéconomie, équilibre du marché)
Relation inflation - chômage
16La courbe de Phillips illustre une relation
empirique négative entre le taux de chômage
et l'inflation ou taux de croissance des salaires
nominaux.
L’équation de la courbe de Phillips.
Les valeurs prédictives stipulent que :
17

 πt : l’inflation à la période t,
 πt − 1 :l’inflation de la période passée (variable proxy de l’inflation anticipée),
 Ut : taux de chômage courant et
 Un : taux de chômage naturel.
 Le paramètre α mesure l’impact de la variation du taux de chômage sur la
variation de l’inflation
 Relation croissance – chômage : Loi d’Okun
 La loi d'Okun décrit une relation linéaire entre le taux de
18
croissance du PIB (ΔY/Y) et la variation du taux de chômage
(ΔU). Explicitement, elle prend la forme suivante :
 ΔU = −β*[(ΔY/Y) – gy0]
 Où β est le coefficient d’Okun, gy0 : le taux de croissance
potentielle de l’économie (exprimé en pourcentage).
 Cette équation suppose que chaque point de croissance au-
dessus de gy0 entrainerait une diminution du chômage de β
point. Autrement : ΔU < 0 si et seulement si (ΔY/Y) > gy0
 Donc, le coefficient d’Okun mesure l’impact sur le taux de
chômage d’une déviation de la croissance du PIB par rapport
à la normale. Pour s’en rendre, il suffit de dériver ΔU par
rapport à (ΔY/Y) :
Coefficient d’Okun
19
 Relation de la demande globale : équilibre du marché

20
Elle met en évidence la relation d’équilibre existant sur le
marché des biens (production) et services, et les marchés
financiers. Sous sa forme simplifiée, la relation de la
demande globale ne dépend que de l’encaisse réelle.

Avec ϒ, comme paramètre positif.


La demande de biens (c’est-à-dire la production) est
proportionnelle au stock d’encaisses réelles. En linéarisant
cette expression et en appliquant la différentielle, on
parvient à la relation :
21

L’efficacité de la politique
macroéconomique est évaluée à
partir :
des écarts entre les objectifs cibles et les objectifs effectivement
atteints.
Exercices/questions :
22

1) Faites une démonstration de la


relation de la demande globale ?

2) A-t-elle un lien avec le modèle IS-LM ?


3. Acteurs de la politique économique
L’Etat : principal acteur de la politique
23
économique.
Richard Musgrave (1910 - 2007) identifie en 1989
précisément trois fonctions principales de l’État,
chacune étant liée à certaines défaillances du
marché auxquelles peuvent remédier les politiques
économiques :
la fonction d’allocation des ressources (productions
des biens publics) ;
la fonction de redistribution, pour corriger les inégalités
générées par le marché ;
la fonction de stabilisation, pour limiter les fluctuations
de la conjoncture, inhérentes à l’économie de
marché.
Les
24 collectivités territoriales : communes, régions,
cercles
Les organisations d’intégration régionale (UEMOA,
CEDEAO, UA, …),
Les institutions internationales au premier desquels
figurent l’Union Européenne, le FMI, l’OCDE, l’OMC,
…,
Le FMI intervient au niveau des plans d’ajustement
structurels, notamment la restauration de l'équilibre
budgétaire et le retour à la viabilité économique
extérieure des pays.
4. finalités
25Les finalités peuvent être classées en tenant compte
des fonctions de l’Etat.

Fonctions de l’état finalités Remarques


Allocation Accès à des services de Fonctions des
base pour l’amélioration objectifs de la PE
des conditions de vie
Augmentation du revenu
Répartition Justice sociale Fonctions des
objectifs de la PE
Stabilisation/régul Maintenir le niveau de Fonctions des
ation vie ou l’accès aux biens objectifs de la PE
et services
Composantes de la PE
26

Acteurs Objectifs Instruments Finalités


Etat Croissance Dépenses Augmentation ou amélioration du
économique publiques, niveau de vie/conditions de vie
subventions des populations
Banque Centrale Plein emploi Taux d’impôt Répartition équitables des revenus
Collectivités territoriales Stabilité des prix Taux d’intérêt Renforcement de la justice sociale
Banque centrale Equilibre extérieur Réglementation, …
tarifs douaniers
FMI, UEMOA, CEDEAO …

II. Types de politiques économiques
27

Deux types de politique économique : la politique


économique conjoncturelle et la politique économique
structurelle.
a) Les politiques conjoncturelles de court terme ; on
cherche à agir sur les indicateurs économiques.
L’objectif est de prendre des mesures ponctuelles pour
sortir d'une crise temporaire ou pour modérer un effet
temporaire de l'économie.
b) Les politiques structurelles : elles agissent à long terme
sur les structures économiques et sociales. Objectif :
mettre en œuvre des réformes profondes qui ne
prendront leur plein effet qu’au bout d’un certain
nombre d’années
c) Politique de relance
La politique économique de relance
28

privilégie les objectifs de stimulation de la


croissance économique et de lutte contre le
chômage.

d) Politique de rigueur
La politique économique de rigueur privilégie
la lutte contre l’inflation et la réduction des
déficits. Elle implique le plus souvent le
freinage de la croissance économique.
Schéma des deux types de politique
29 économique
A retenir
30 Toute politique économique est
matérialisée à travers un document appelé,
document de politique X ou Y
Les documents de politique conjoncturelle
peuvent prendre le nombre de l’objectif
concerné, voire du principal instrument,
Les documents de politique structurelle
prennent le nom du domaine ou du secteur
concerné par les modifications profondes
que l’on cherche à réaliser.
Toute politique économique constitue un
31 choc de demande.

Elle est dite expansionniste dans le cas


d’un choc de demande positif [baisse du
taux d’intérêt, baisse des impôts, hausse de
dépenses publiques ou politique de déficit,
Politique de relance).
Elle est restrictive dans le cas d’un choc de
demande négatif (Hausse du taux
d’intérêt, hausse des impôts, baisse de
dépenses publiques).
Questions
321) Quelle est la structure actuelle de l’économie

malienne ? Indiquer les principaux problèmes,


2) Quel type de politique économique le Mali a mis
en œuvre entre 1992 et 2011 ?
3) Quel type de politique économique le Mali a
mise en œuvre pour faire face à la crise de 2012 ?
4) Donnez les noms des documents de politique
dans les domaines suivants : éducation, santé,
environnement, décentralisation, énergie, eau,
agriculture, élevage et pêche. S’agit-il de politiques
structurelles ou conjoncturelles ?
III. Fondements, principes et méthodes
33
de la PE
a.Fondements
Les fondements renvoient aux changements
qui interviennent lorsque les pouvoirs publics
décident d’agir sur l’économie.
Pour Jan Tinbergen (1963), pense que la
politique économique revient à manipuler
délibérément un certain nombre de moyens
pour atteindre une certaine fin. Il distinguait
deux niveaux de changements :
i) changements dans les valeurs des
34 instruments de la politique économique. C’est
le mode d’action le moins ambitieux, mais le
plus rapide et le plus fréquemment employé :
la politique quantitative ;

Ii) changements dans la structure, autrement


dit dans l’ensemble des éléments de
l’organisation de la société : la politique
qualitative ; ici les changements font aussi
référence aux valeurs spirituelles, tantôt aux
relations essentielles entre êtres humains.
b. Principes
La PE fait référence à deux principes connus
35

en sciences économiques :

le principe de cohérence (Tinbergen, 1963) : il


établit qu’une PE doit reposer sur un nombre
d’instruments au moins aussi important que le
nombre d’objectifs qui lui sont assignés.
le principe d’efficience (Mundell, 1960) : il
stipule que les instruments doivent être
affectés aux objectifs selon leur efficacité
relative.
c. Méthodes
La
36 politique économique peut s’étudier de
façon positive ou normative :

l’analyse positive répond à une question simple : si


l’Etat modifie son intervention, quel sera l’effet sur
l’équilibre macroéconomique ?

l’analyse normative repose sur un jugement de


valeur : si l’Etat poursuit un objectif donné, quelle
est la politique qui permet d’atteindre ou de se
rapprocher de cet objectif ?
L’analyse de la politique économique
37 requiert une compréhension du
fonctionnement de l’économie et la
construction d’un modèle analytique
complet.

Le modèle établit la liaison entre les


instruments et les objectifs : c’est l’outil de
base de la politique économique.
i. Outils d’analyse
La
38
PE s’appuie sur les méthodes de la science
économique : en fonction des instruments et
objectifs en jeux : analyse conjoncturelle, court
terme ; analyse dynamique, long terme. Elle
s’appuie sur les outils de l’analyse économique :
méthodes statistiques, méthodes économétriques,
cadrage macroéconomique, … :
modèles d’inspiration Keynésienne ;
modèles de croissance néoclassique ;
modèles de croissance endogène ;
modèles d’équilibre général calculable.
ii. PE et modélisation : quelques modèles de PE
39
Il existe différents modèles de politique économique.
Elles sont propres aux institutions qui les conçoivent.
Parmi ces modèles on peut citer :
le Modèle MME du Mali de la Direction Nationale de la
Planification du Développement : le modèle est présenté
dans une feuille Excel, à partir de laquelle on définit des
scénarios ;
Le Modèle d’équilibre général calculable : fondé sur la théorie de
l’équilibre général, à partir d’une matrice de comptabilité sociale
le Modèle de prévision macroéconomique du
FMI (…………….) ;
le Modèle macroéconomique de la BCEAO
(………………………).
Questions
40

1) donner les noms et les structures des


modèles macroéconomique du FMI et de la
BCEAO
2) quelle est la relation entre un modèle de
politique économique et le modèle linéaire
général en économétrie ?
3) quelles sont les méthodes d’estimation
d’un modèle de politique économique ?
IV. Conditions d’efficacité d’une politique
économique
41

 Deux types de conditions


Conditions techniques : bon planificateur,
prévision, optimalité (bonne combinaison,
objectifs – instruments)
Conditions politiques : transparence,
clairvoyance de l’Etat, démocratie,
crédibilité, autorité, adhésion/coopération,
responsabilité
VI. Limites de l’intervention publique
42

De nombreux défis se posent aux pays et à leurs économies, en


raison de :
la spécialisation et l’organisation des entreprises, l’apparition de
nouveaux marchés, au phénomène de délocalisation, de
participations croisées qui ont entrainé l’émergence d’un système de
production et de distribution plus complexe ;
l’existence de disparités croissantes entre les individus et groupes
d’individus au sein d’une économie nationale (disparité des revenus,
travail qualifié/non qualifié, urbain et rural, informel et formel, etc.) ;
le niveau d’intelligence des agents économiques : ils sont mieux
informés, utilisent des marchés financiers,
 Une difficulté d’ordre politique, les équipes au pouvoir s’efforceront toujours de se
représenter devant les électeurs dans le contexte d’une conjoncture favorable ;
ce qui fait dire à certains, que la politique économique s’établira au rythme des
rendez-vous électoraux, …
a. Contraintes de la politique économique
i. Contraintes à court terme,
43
 L’objectif global est de stabiliser l’activité économique, de faire
en sorte que le taux de chômage et le nombre d’individus en
situation précaire soient les plus faibles possibles. Il s’agit
également de maîtriser et de stabiliser le taux d’inflation à un
niveau optimal (inférieur à 3%). Enfin les autorités monétaires
peuvent se donner un objectif de stabilité de la parité de leur
monnaie vis-à-vis d’une devise internationale ou encore un
objectif d’équilibre des échanges extérieurs. A long terme,
l’objectif sera d’assurer un taux de croissance régulier et aussi
élevé que possible.
 Les instruments de politique économique, sont entre autres, la
politique monétaire, qui consiste à modifier les conditions dans
lesquelles les agents privés disposent de moyens de paiement (et
accèdent aux marchés financiers), la politique fiscale en
modulant les barèmes et l’assiette de l’impôt ou la politique
budgétaire (déficit budgétaire).
ii. Contraintes dynamiques ou de long terme

44
 La variable temps compte beaucoup dans la pratique des
politiques économiques.
 Dans le cas d’une politique budgétaire, le déficit d’aujourd’hui,
financé par emprunt, représentera une charge fiscale que les
contribuables devront supporter demain (principe d’équivalence).
Ce déficit réduira également les marges de manœuvre des
responsables qui devront veiller à maintenir un équilibre des
finances publiques.
 Dans le cas d’une politique monétaire, une manipulation trop
fréquente des taux d’intérêt ou de la variation de la masse
monétaire sera perçue par les opérateurs sur le marché financier
comme une politique monétaire erratique et imprévisible. Ceci
pourra les amener à intégrer dans les taux d’intérêt nominaux sur
les prêts une prime de risque pour se prémunir contre les effets
incertains de cette politique.
b. Rôle des anticipations
45
Le rôle des anticipations est déterminant depuis les travaux
de Robert Lucas, Prix Nobel de 1995.
Plus connue sous le nom de «critique de Lucas,» cette
démonstration théorique rappelle que les agents
économiques ne sont pas passifs et réagissent aux mesures
annoncées ou appliquées en termes de politique
économique.
Ainsi les anticipations faites par les agents sur le futur de
l’économie devraient changer avec la politique
économique puisque celle-ci a pour ambition de modifier
le cours futur des choses.

Différentes types d’anticipations :


 L’anticipation extrapolative
 L’anticipation adaptative
 L'anticipation auto-réalisatrice
 L'anticipation rationnelle
Questions
46

1) A quel types de politique économique


s’appliquent les anticipations adaptatives ?
2) A quel types de politique économique
s’appliquent les anticipations rationnelles ?
3) Les politiques économiques en Afrique
sont –elles rationnelles ou adaptatives ?
Synthèse et discussions
47
PE Objectifs Instrumen Effets Contraint Finalités Réponses
ts/moyen attendus es des
s d’action auteurs

Politique
économi
que de
relance
Politique
économi
que de
rigueur
….
VII. Formulation de la politique économique
48
La politique économique est considéré comme un ensemble
d’arbitrage.
A cet effet : soit Y1, Y2, …, Yn les n variables de l’économie pour
lesquelles le gouvernement se donne un objectif
Soit Y*1 , Y*2, …., Y*n les n valeurs‐cibles du gouvernement (n
objectifs correspondants)
Les préférences sont données via une fonction de perte
L (Y*1 - Y1, Y*2 - Y2 , ….., Y*n - Yn ) (1)
Avec Y*i l’objectif et Yi la valeur réalisée
Soient les instruments de politique économique X1, X2, …, Xp,
résumés dans le vecteur X: X = (X1, X2, …….., XP)
Soit I la qualité des institutions, soit HI la fonction qui
49
relie, dans contexte institutionnel donné, l ’état de
l’économie au vecteur d’instruments :
Y = HI(X) (2)

Problème du gouvernement :
 Minimiser la perte sociale (1)
 par rapport aux instrumentes X
 sous contrainte du fonctionnement de l’économie
(2)
50
Si n=p, on peut définir X de façon à atteindre
exactement les n valeurs cibles

• Si n > p, arbitrage entre les objectifs

• Règle de Tinbergen:
La poursuite de n objectifs indépendants de
politique économique nécessite que le
gouvernement dispose d’un nombre au moins
équivalent d’instruments indépendants.
Questions
1) Dans un contexte de mondialisation la politique économique d’un pays a – t
51 – elle un sens ?
2) Expliquer à partir de la Courbe de Phillips la relation entre anticipations et
politique économique ?
3) Expliquez le contexte actuel de l’économie malienne, et dites quel type de
politique économique, il faudrait appliquer pour sortir le Mali de la crise ?
4) Le document de politique macroéconomique du Mali s’appelle le Cadre
pour la Relance et le Développement Durable (CREDD) 2016 - 2018.
i. S’agit-il d’un document de politique conjoncturelle ou structurelle ?
ii. Les deux principes de la politique économique s’appliquent-ils à ce
document ?

5) Est-il possible de vérifier la loi d’Okun pour l’économie malienne ?


6) Quel est le rôle du FMI dans la stabilisation des économies des pays à faibles
revenus ?
7) Que signifie la corruption pour la politique économique ?
VIII. Conduite de la politique
52
économique
Plan
B. Jeux de politique
A. Effets de politique économique
économique 1. Critique de Lucas
1. Inflation 2. Règles et discrétion
2. Courbe de Phillips 3. Equivalence ricardienne
3. Court terme et long terme
4. Politiques anticipées et
politiques nonanticipées
A. Effets de la politique économique
53
 1. Inflation
 a) Définition de l’inflation
 b) la taxe inflationniste
 L’inflation augmente le coût réel de la détention de monnaie
 ∆ln(M/P) = ∆lnM −∆lnP.

 Plus le taux d’inflation est élevé, plus il est coûteux de détenir de la monnaie et moins
les agents en détiennent. L’inflation a également des effets redistributifs, selon la
composition du patrimoine des agents.
 Dans sa forme extrême, l’hyperinflation, c’est l’un des maux les plus graves
menaçant l’économie.
 Exemple : Au Zimbabwe, le taux d’inflation annuel en juillet 2007 est de 7.634,8 %.
2. Courbe de Phillips
54
a) L’observation de Phillips
En 1958, A.W. Phillips observe une relation
statistique décroissante entre taux de
croissance des salaires nominaux et taux de
chômage, au Royaume-Uni

“The relation between unemployment and


the rate of change of money wage rates in
the United Kingdom, 1861-1957” (1958)
55
b) un arbitrage à court terme entre
56 inflation et chômage
Les politiques économiques
keynésiennes ne peuvent faire
disparaître chômage et inflation.
Permettent-elles, néanmoins, de
choisir entre chômage et inflation ?
(c’est-à-dire par exemple accepter
un peu plus d’inflation pour faire
baisser un peu le chômage)
57
 Politiques de stabilisation
 Après un choc déplaçant la courbe de demande agrégée, les
58
politiques économiques keynésiennes permettent de retrouver le
compromis chômage-inflation souhaité.

 Question : Sont-elles aussi efficaces face à des chocs déplaçant la


fonction d’offre globale ?
 Réponse : Un choc d’offre modifie les termes de l’arbitrage et déplace
la courbe de Phillips.
59
3. Court terme et long terme
 Question : Est-ce qu’un phénomène monétaire (inflation, variation
60 des salaires nominaux) peut avoir un impact réel (chômage) ?
a)Les courbes de Phillips
Question : Les possibilités d’arbitrage entre inflation et chômage (et
donc de stabilisation des chocs de demande) subsistent-elles à long
terme ?
Si les pouvoirs publics considèrent que le niveau
61
de chômage observé, A, est trop élevé et
décident de soutenir l’activité économique par
une politique de relance, ils vont donner
naissance à une croissance inflationniste.
La “relance” a toujours des effets inflationnistes
pour Friedman, parce que pour l’analyse
monétariste, le financement du déficit
budgétaire ne peut pas se faire sans création
monétaire.
62
 Réponse : A long terme, il existe un taux de chômage naturel (pour
lequel le revenu national est égal au produit naturel).
63
 Une politique de relance keynésienne (hausse de la demande
globale à prix donnée) ne peut conduire, à long terme, qu’à plus
d’inflation
Il existe plusieurs courbes de Phillips :
64
– la courbe de Phillips de long terme :
verticale,
– la (les) courbe(s) de Phillips de court
terme.
Les anticipations d’inflation déterminent
la position de la courbe de Phillips de
court terme (car le prix anticipé
détermine la position de la courbe
d’offre agrégée de moyen terme).
 b) Les anticipations  Les anticipations adaptatives
 Les anticipations statiques (adaptatives)  A chaque date, correction d’une partie de
65  A chaque date, je prévois pour demain ce l’erreur d’anticipation précédente
que j’observe aujourd’hui  :
Question : Lorsque les agents ont des anticipations
adaptatives, quels sont les effets des politiques keynésiennes
66
sur les salaires nominaux, le chômage et l’inflation ?
Réponse : Absence d’arbitrage à long terme entre inflation
et chômage.

c) La thèse accélérationniste
A long terme, le chômage ne peut baisser sous son niveau
naturel que si les agents se trompent perpétuellement dans
leurs anticipations d’inflation.
Cela n’est possible que si le taux d’inflation augmente sans
cesse, c’est-à-dire que le niveau
des prix accélère.
4. Politiques anticipées et politiques nonanticipées
67 La différence entre court et long terme tient à l’existence
ou non d’erreurs de prévisions.
a) Politiques annoncées et anticipations
Des anticipations tournées vers l’arrière ne sont fondées
que sur un type d’information : les réalisations passées (du
taux d’inflation par exemple).
Lorsqu’une politique économique (par exemple une baisse
des impôts) est annoncée, on peut anticiper ses effets (ici,
une hausse des prix) sans attendre d’observer le taux
d’inflation courant. Il est nécessaire de connaitre le modèle
de l’économie (les anticipations rationnelles).
b) Les erreurs rationnelles de prévision
 Question : Peut-on commettre une erreur d’anticipation en utilisant
68
toute l’information disponible
 (notée It) ?
 Réponse : Dans un monde sans incertitude (déterministe), des
anticipations rationnelles signifient une prévision parfaite :

 Dans un univers incertain (stochastique), des erreurs d’anticipation


rationnelles sont possibles, tant qu’elles ne sont pas systématiques :
 Question : Lorsque les agents ont des anticipations rationnelles, quels
sont les effets des politiques keynésiennes annoncées sur les salaires
69 nominaux, le chômage et l’inflation ?

 Réponse : Les politiques anticipables sont anticipées et sans effet réel.


Les effets éventuels des politiques économiques se font sentir dès leur
annonce, et non lors de leur mise en place.

 Les agents à anticipations rationnelles essayent de calculer la variation


du prix d’équilibre walrasien ; le salaire nominal varie dans la même
proportion, donc le salaire réel anticipé est égal au salaire walrasien.
 Les politiques keynésiennes ne sont efficaces que si elles surprennent les
agents et les empêchent d’anticiper correctement le niveau des prix.
Une politique économique ne peut être efficace que si elle est
imprévisible, aléatoire.
Les effets d’une surprise :
70
Une fois cette politique anticipée :

Courbes de Phillips indexées par l’inflation anticipée.


En fait, les possibilités apparentes d’arbitrage à court
terme entre inflation et chômage disparaissent lorsqu’on
essaye de les utiliser.

c) Retour sur les observations


Pour M. Friedman (lecture Nobel), la courbe de Phillips
offre d’un cas d’école illustrant les progrès de la science
économique.
71
B. Les jeux de politique économique
72
 La prise en compte du processus de formation des anticipations des
agents a de profonds impacts sur la façon dont la politique
économique peut être menée.
 1. La critique de Lucas
 Question : Comment prévoir les effets d’une politique économique
(par exemple d’une hausse des dépenses publiques) ?
 Réponse : Une pratique courante est d’observer les effets passés de politiques semblables.
a) Econométrie et prévision
73
L’économétrie permet de mettre en
évidence le lien statistique moyen entre
deux variables :

ut désigne le résidu, ou erreur, de


moyenne nulle.
Exemples
74b) L’évaluation économétrique des politiques

économiques
Les variables endogènes Yt (revenu, prix,
emploi, etc.) dépendent des instrument
exogènes de politique économique Xt et des
anticipations des agents (par exemple des prix
anticipés)
Mais les anticipations ne sont pas observées.
Les économistes ne peuvent évaluer que le lien
entre instruments de politique économiques et
variables endogènes
Si les anticipations étaient invariantes à la politique
75 économique, la connaissance de la fonction f(:)

suffirait à prévoir les conséquences de changements


de politique économique.
Mais les anticipations dépendent de la politique
économique
N’observant pas les anticipations, on ne sait rien de
h(:) en affectant les anticipations des agents, les
politiques anticipables modifient le lien entre
instruments de politique économique et variables
endogènes.
Un des enjeux est donc de comprendre l’impact des
nouvelles politiques sur le comportement des agents.
c) Objectifs et paramètres invariants
76
L’observation des décisions passées n’est pas
suffisante pour extrapoler l’impact de
changements de politique économique, car elle
ne nous renseigne pas sur les changements de
comportement.

Mais les économistes disposent d’outils (de


théories) pour étudier les comportements.
L’évaluation des politiques économiques nécessite la
77 connaissance (les primitives) :
des objectifs des agents ;
des contraintes qui déterminent quelles actions sont
réalisables et quelles actions ne le sont pas.
 Ce qui équivaut à dire que les préférences et
technologies, sont invariantes aux politiques
économiques suivies.

On ne peut comprendre les impacts des politiques


économiques (a fortiori de politiques mises en place
pour la première fois !) uniquement à l’aide
d’observations : il faut aussi des théories.
2. Règles et discrétion
anticipations, contrôle optimal et
78

théorie des jeux


A anticipations données, il existe un
lien univoque entre les choix de
politique économique et les objectifs
(la fonction f), lien qui peut être très
compliqué guidage d’une fusée par
des techniques de contrôle optimal.
Une économie est composée d’individus qui :
79 essaient d’anticiper les décisions économiques ;
réagissent à la politique actuelle comme aux politiques
anticipées.
Ce qui correspond aux interactions stratégiques
analysables par la théorie des jeux non-coopératifs.
Pour anticiper ce que fera chaque joueur, il faut
identifier son objectif (les règles du jeu), l’ensemble des
décisions qu’il peut prendre (l’équivalent de sa
contrainte budgétaire dans le cas du consommateur),
et calculer la meilleure des décisions en regard de son
objectif. Ce que font les microéconomistes pour
décrire les comportements des agents.
Conclusion
80
 La politique économique est un ensemble de décisions
cohérente des pouvoirs publics en vue d’améliorer les
conditions de vie des populations, à court moyen et long
terme.
 Dans la typologie des politiques économiques, on distingue
celles conjoncturelles et celles structurelles.
 Pour qu’une PE soit efficace, il faut un ensemble de
conditions nécessaires à la fois technique et politique.
 Dans la conduite et l’analyse des politiques économiques, les
anticipations et les jeux stratégiques jouent un rôle essentiel
 Différents outils permettent d’évaluer les politiques
économiques : économétrie, statistiques, planifications
(stratégique et opérationnelle)
Module II: Politiques budgétaires
et Politique monétaire
81

Dr Dramane Lassana TRAORÉ


82 Plan
A.Politique budgétaire
B.Politique fiscale
C.Politique monétaire
A. POLITIQUE BUDGETAIRE
83

 Prérequis
Finances publiques
Budget de l’Etat
Processus budgétaire
1. Objectifs de la politique budgétaire
84

La PB consiste à agir par le


budget de l’Etat sur
l’économie:
à travers les recettes (T)
 les dépenses (G)
et leur solde (T-G) qui peut correspondre
soit à déficit ou un excédent.
2. Instruments
85

Le budget de l’Etat


Les dépenses et les recettes
Le solde budgétaire.
Les dépenses et les recettes
sont des stabilisateurs
automatiques»
Double fonction du budget
86 Le budget : un instrument de politique économique ?
 Pour les libéraux : la neutralité budgétaire
 Pour les keynésiens : la stabilisation automatique
budgétaire
 Problème : déficits récurrents
Le budget : reflet des priorités gouvernementales
Les grandes tendances du budget : grandes tendances
du Budget du Mali de 2002 à 2016
Une évolution des priorités
Les dépenses de fonctionnement ou les dépenses
d’investissements
3. Types de politique budgétaire
87 A) Politique budgétaire restrictive : cas d’une conjoncture grave, le
niveau de la demande globale est trop élevé par rapport à l’offre
globale, l’Etat peut alors pratiquer une politique de diminution de la
demande globale (réduction des dépenses publiques, hausse des
impôts) appelée politique de rigueur (ou politique budgétaire
restrictive).

B) Politique budgétaire expansive : cas d’une conjoncture faible,


le niveau de la demande globale est insuffisant pour permettre le plein
emploi des facteurs de production. L’Etat peut alors pratiquer une
politique de relance de la demande (ou politique budgétaire
expansionniste) par : une augmentation des dépenses publiques agit
sur le niveau de la consommation publique et de l’investissement
public, mais aussi sur le niveau des investissements privés (subventions à
l’investissement), de la consommation privée (hausse des allocations
familiales) ou des exportations (aide à l’exportation, remboursement
de frais de prospection, …)
 Trend des types de PB, avec comme objectif la croissance du PIB

88
4. Conditions d’efficacité de la PB
89  1) Conditions globales
 Deux conditions d'efficacité de la politique budgétaire sont généralement
retenues :
a) Conditions politiques
 Une grande clairvoyance
 Une grande probité de la part des pouvoirs publics ;
 Le choix d’un déficit budgétaire discrétionnaire (en fonction de la conjoncture).
b) Conditions techniques
une forte propension à consommer
une faible propension à importer,
si la demande de monnaie est fortement élastique au taux
d'intérêt
si l'investissement est faiblement élastique au même taux d'intérêt ;
2) CONDITIONS SPECIFIQUES : CAS PRATIQUES
90

Règles de gestion des finances publiques


La règle d'or des finances publiques :
le déficit ne peut pas dépasser l'investissement
brut ; mais il ne peut dépasser l'investissement
net.
Une règle d'endettement ou "règle de
l'investissement soutenable": au cours du cycle,
le rapport de la dette nette au PIB ne doit pas
excéder un niveau "prudent", fixé à 40%.
La voie néo-zélandaise : Une approche patrimoniale
91 des finances publiques

Pour une génération : richesse nette (actifs publics


moins dettes publiques) au moins égale à celle dont
elle a bénéficié.
Cela suppose une refonte complète de la
comptabilité nationale (de la comptabilité de caisse
à la comptabilité analytique) et une gestion des
affaires publiques orientée par des indicateurs
d'efficience et sanctionnée par des évaluations qui
ne sont pas de pure forme.
5. Contraintes de la PB
92

La pensée libérale interdit toute intervention


de l’Etat et recherche par là même l’équilibre
du budget de l’Etat.
La politique budgétaire fait l’objet de
nombreuses controverses entre les
économistes libéraux et keynésiens.
Effet d’éviction : L’investissement public évince
l’investissement privé suite à la hausse des taux d’intérêt
93
occasionnée par le financement par emprunt. Mais
cela est possible, du fait que les entreprises anticipent
l’augmentation des impôts consécutifs à la hausse des
investissements publics.
Principe de l’équivalence ricardienne (Ricardo, Barro)
Ce principe suppose que si le financement se fait par
emprunt, cela implique que les individus anticipent que
des impôts seront prélevés ultérieurement pour payer
les intérêts et rembourser le capital, donc ils vont
épargner davantage pour acquérir les titres émis par
les pouvoirs publics. Leur richesse globale comme leur
consommation est alors inchangée.
«Effets de fuite»
94La politique budgétaire produit un effet

pervers qui se traduit par des «fuites» dans le


circuit économique qui limite les effets de la
relance budgétaire.

En effet, dès que l'État injecte des fonds


supplémentaires dans l'économie, il
encourage les achats à l'étranger,
entrainant une hausse des importations.
L’effet «cliquet» :
95 Il indique qu’il est assez facile d’augmenter
les dépenses, mais qu’il est très difficile de les
diminuer quand l’économie repart : les
agents économiques et politiques se sont
habitués à ces dépenses et refusent de les
voir supprimer. Ils les considèrent comme des
« acquis.»
Dès lors, quand il y a une nouvelle difficulté
économique, on ré-augmente les dépenses,
donc le déficit. Ce qui entraine un déficit
récurrent.
Questions
1) Lors qu’un pays fait face à une récession quel type de
96
politique budgétaire peut-il utiliser ?
2) En vue d’augmenter la production agricole pour une
sécurité alimentaire durable, quel type de politique
budgétaire un pays comme le Mali peut envisager ?
3) Face à la détérioration du pouvoir d’achat des ménages
quel types de politique budgétaire peut –on envisager ?
4) Comment peut-on démontrer quantitativement
l’équivalence ricadienne ?
5) Le Mali fait-il face à des effets de fuite dans le cadre de
sa politique budgétaire ?
6) Quel type de politique budgétaire permet d’avoir un
endettement soutenable ?
Equivalence ricardienne
97
A. ÉNONCÉ : FINANCEMENT DU DÉFICIT
98
BUDGÉTAIRE
Le recours à la dette permet en t de réduire l'impôt en t.
Mais, si l'impôt est utilise pour rembourser la dette lors de la
période suivante, cela implique une hausse de l'impôt en
t+1.
Comme le dit Benjamin Franklin, «rien en ce monde ne peut
être tenu pour certain, la mort et l'impôt exceptés», un
déficit primaire courant doit être suivi par une consolidation,
d'autant plus importante que le taux d'intérêt réel est élevé
(et, plus généralement, que la dette est remboursée
tardivement).
Le financement par la dette est susceptible de
99 conduire finalement à une forme particulière de

neutralité, les avantages courants d'une baisse


de l'impôt étant exactement compensés par
l'anticipation des désagréments futurs lies au
remboursement de la dette : la réduction
d'impôt permise par la dette lors de la période
courante incite les ménages à épargner plus en
prévision des impôts futurs qu'ils devront payer,
ce qui tend à contrecarrer l'effet de relance
associe à la hausse du déficit. Cette neutralité
est appelée « équivalence Ricardienne ».
B. FONCTIONS DE COMPORTEMENTS,
100 ANTICIPATIONS ET RELATIONS
INTERGÉNÉRATIONNELLES
Soient Gt la quantité de biens consommée par
l'État à la date t, T1t et T2t les impôts prélevés lors
de la période t sur les individus de la génération t
et sur ceux de la génération t+1, respectivement.

Par définition, le «déficit primaire» à la date t est
égal à la différence Gt - (T1t + T2t) : il correspond à
la différence entre la dépense publique et les
recettes d'origine des deux générations.
Une politique budgétaire est une suite
101
(Gt; T1t; T2t ; t ≥ 0).
On dit qu'elle est « équilibrée » si, pour tout t, le
déficit primaire est nul : Gt = T1t + T2t, ou bien
encore, par tête d'individu de la génération t,

ou n est le taux de croissance


démographique (avec t2t = T2t/Nt-1 l'impôt
paye par chaque vieux en t).
Les deux contraintes budgétaires
102 auquel un agent h de la génération t
fait face s‘écrivent ainsi :

et
On fait l’hypothèse que chaque agent
103
reçoit simplement au début de chaque
période une dotation en biens de
consommation qu'il peut transférer au
cours du temps.

Si l'on renonce à consommer un bien


en t, on obtient en contrepartie (1+rt+1)
biens en t+1, avec r t+1 ≥1.
Les agents d'une même génération
104 sont différents : ils diffèrent ici les uns
des autres selon leur dotation (eh1 ; eh2).

 Ils peuvent emprunter ou prêter une


certaine quantité de biens sht (il s'agit
d'un prêt, d'une épargne, si sht > 0 et
d'un emprunt sinon) à la date t et
rembourser leur dette lors de la période
suivante.
Cette forme d'hétérogénéite a une conséquence
105 importante pour le marché de l‘épargne (ou du
crédit) : des opérations de crédit peuvent se nouer
entre les agents d'une même génération ;
typiquement, un agent h relativement bien dote
lorsqu'il est jeune aura plutôt tendance à prêter à un
agent h’ relativement bien dote lorsqu'il est vieux.
Les opérations de crédit se feront nécessairement
entre des agents d'une même génération, et
concerneront uniquement les agents (jeunes) de la
génération t à la date t : un vieux refusera de prêter
quoique ce soit et ne peut évidemment rien
emprunter, ni aux jeunes ni aux autres vieux, qui
En l'absence de restrictions sur sht, l'agent h
106 choisit un plan de consommation (ch1t; ch2t+1) qui
maximise u(ch1t) + u(ch2t+1) sous sa contrainte de
budget inter-temporelle

L‘épargne qui en résulte est donnée par les


contraintes budgétaires.
Il est simple de savoir si un agent sera prêteur ou
emprunteur. Le prix relatif du bien 2 (en termes de bien 1)
107
est égal à 1=(1+rt+1).
Lorsque l'agent h consomme (ch1t; ch2t+1), il acceptera de
céder une unité de bien 2 s'il obtient en échange au
moins ßu’(ch2t+1)/u’(ch1t) unités de bien 1.

Pour décrire le comportement d‘épargne, plaçons-nous


au point (eh1 - t1t ; eh2 - t2t+1) où l‘épargne est nulle.
Si le taux marginal de substitution ßu’(ch2t+1)/u’(ch1t) y est
supérieur à 1/1+rt+1 (l'agent h est alors relativement bien
dote lorsqu'il est jeune), l'agent h souhaite consommer plus
que sa dotation en bien 2 : il est prêteur (sht > 0). Sinon, il est
emprunteur.
si u’’ < 0, les deux biens sont normaux. Il s'ensuit
108 qu'une hausse de l'impôt durant la première
période (dt1t > 0), en conduisant à une baisse du
revenu inter-temporel, conduit à une baisse de la
consommation lors de chaque période.

La contrainte budgétaire de seconde période


implique alors que dsht < 0 : les agents prêteurs
souhaitent réduire leur épargne, et les emprunteurs
augmenter leur dette. Au total, l‘épargne agrégée
doit baisser pour tout taux d'intérêt réel.
De la même façon, une hausse de l'impôt
109 durant la seconde période (dt2t+1 > 0) conduit
à une baisse de la consommation lors de
chaque période.
La contrainte budgétaire de première
période, cette fois, montre que l‘épargne
agrégée doit augmenter. Ces deux résultats
témoignent du désir des agents de lisser leur
consommation au cours du temps : un agent
épargne moins lorsqu'il est taxe lors de la
période courante, et épargne plus lorsqu'il
anticipe qu'il sera taxe dans le futur.
Dans le cas particulier ou dt1t = - dt2t+1/(1 + rt+1),
110 son revenu inter-temporel n'est pas affecté par la
politique budgétaire : une réduction d'impôt
aujourd'hui n'aura aucun effet sur le comportement
du ménage, puisqu'elle est suivie par une hausse
anticipée des impôts demain de même montant
(actualise).

Ces résultats suggèrent que les effets d'une


politique budgétaire dépendent de la façon dont
elle est financée au cours du temps, et ainsi de
l'anticipation des politiques budgétaires futures.
C. ANALYSE ET FORMULATION
111

Soit Bt la dette à la fin de la période t. Supposons que la


dette est intégralement remboursée d'une période sur
l'autre, éventuellement au moyen d'une nouvelle dette :
en t, l'Etat doit payer (1+rt)Bt-1, une somme que l'on
appelle le « service de la dette ». On a donc :

où Tt est l'impôt total collecte en t. On reconnait le déficit


primaire, Gt - Tt, et le déficit public, (Gt - Tt)+rtBt-1. Ce
déficit est ici égal à la variation de la dette.
La contrainte budgétaire de l'Etat :
112

Pour financer son déficit, l'Etat émet une nouvelle


dette, Bt – Bt-1, ce qui porte le volume de la dette à
Bt à la fin de la période t (à la date t + 1). Ou bien
encore, par tête d'agent jeune en t :

Avec
Cette contrainte montre que tout déficit
113 courant doit être suivi par un surplus, si la dette

doit être remboursée. Supposons par exemple


que bt = 0 pour tout t, sauf en T et en T + 1 ; l'Etat
finance ses achats par l'impôt durant ces
périodes.
En T, l'Etat décide de réduire l'impôt pesant sur
chaque jeune d'un montant dt1T = - b < 0, et de
rembourser la dette b émise en relevant un
impôt supplémentaire sur chaque vieux en T +1,
pour un montant dt2T+1 = (1 + rt+1)b > 0.
Une approche de court terme prédirait une
114 hausse du taux d'intérêt en T suivie par une
baisse en T +1.

Pour savoir ce qu'il en est effectivement


lorsque les agents forment des anticipations
sur les prélèvements qu'ils subiront dans le
futur, notons que la politique touche
uniquement les agents de la génération T : ils
supportent un impôt moindre en T, mais
doivent acquitter un impôt plus lourd en T + 1.
Réaction de la génération à la politique publique.
115 Les contraintes budgétaires de ces ménages
s‘écrivent :

Ici, t1T et t2T+1 représentent les impôts payes


initialement, et t1T-b et t2T+1 + (1 + rT+1)b ceux qui
sont payés finalement.
La normalité de la demande de biens de consommation
suggère que la baisse de l'impôt en T incite les ménages à
116
consommer plus en T, mais que la hausse de l'impôt en T + 1
les incite à consommer moins en T. Il se trouve que ces deux
effets doivent se compenser exactement. Pour le voir,
remarquons simplement que la contrainte budgétaire inter-
temporelle s‘écrit :

Elle est indépendante de la dette émise. Il s'ensuit que la


consommation d'un agent h de la génération T n'est pas
affectée par le montant de la dette b.
Pour l‘épargne, comme le montre la contrainte
117 budgétaire de première période, on doit avoir dsh = b
T
> 0.
L‘épargne augmente donc de la dette publique. Les
ménages épargnent eux mêmes cette dette, et la
reversent à l'Etat lors de la période suivante
augmentée des intérêts perçus ! A l‘équilibre, sur le
marche du crédit, la dette publique constitue une
offre agrégée de titres. Par conséquent, on doit avoir :

Ce qui montre que le taux d'intérêt d‘équilibre ne


change pas.
D. IMPLICATIONS
118
Ce qu'indique ce résultat, ne signifie pas que la politique
budgétaire est neutre, mais que la chronologie exacte de la
répartition impôts versus dette importe peu ; seule importe la
valeur actuelle de l'impôt total.
Ce résultat reste vrai plus généralement quand toute
émission de dette se traduit par une baisse de l'impôt
bénéficiant aux agents qui supporteront, au travers d'un
impôt plus élevé, le remboursement de la dette.
Il est ainsi vrai, en particulier, dans le modèle à horizon infini,
et sous certaines conditions, dans des modèles à
générations dans lesquels chaque génération se soucie du
bien-être des suivantes.
On s'attend à ce que l‘équivalence Ricardienne ne s'applique
pas si l'identité des bénéficiaires de la baisse de l'impôt ne
119
coïncide pas avec celle de ceux qui vont devoir rembourser
la dette. Dans ce cas, le financement des déficits est assure
par des générations différentes, ce qui peut sans doute se
justifier pour des raisons d‘équité intergénérationnelles, par
exemple pour financer de lourds déficits subis en temps de
guerre ou après une importante catastrophe naturelle.
Pour se convaincre des effets réels du recours à la dette dans
le cas ou la politique budgétaire modifie, au travers de son
mode de financement, la distribution des revenus (inter-
temporels), supposons que, à la date T, on réduise l'impôt
paye par les jeunes (les agents de la génération T) et que l'on
augmente en T + 1 l'impôt paye cette fois par les jeunes (les
agents de la génération T +1).
Soit : dt1T = -b et dt1T+1 = (1+rt+1)b/(1+n). Le service de la
dette est assure par un plus grand nombre de ménages.
120
Les contraintes budgétaires d'un agent de la génération T
s‘écrivent :

Et la contrainte budgétaire inter-temporelle correspondante


est :
Le revenu inter-temporel des agents de
121 la génération T augmente de b ; ils
consomment plus lors de chaque
période, et la contrainte budgétaire de
seconde période montre qu'ils doivent
épargner plus.
A la date T, les vieux ne sont pas
directement concernés par la politique :
l‘épargne agrégée doit donc
augmenter, et le taux d'intérêt réel va
baisser.
Pour les agents de la génération suivante, ces contraintes
deviennent :
122

Leur revenu inter-temporel baisse ; ils consomment moins et


épargnent moins, ce qui conduit à une hausse du taux
d'intérêt réel.
Le financement de la dépense publique, parce qu'il induit une
redistribution de la richesse entre les différentes générations,
affecte l‘équilibre. Ici, le taux d'intérêt augmente, puis diminue
(par rapport à la situation ou la dette émise est nulle)
Il est possible de vérifier l’équivalence ricardienne à
123 partir de la comparaison brute entre
la série du taux d‘épargne, mesure par la différence
entre le PIB et la consommation totale rapportée au
PIB lui-même,
et celle du rapport entre le déficit public (net des
intérêts dus par les administrations publiques) et le PIB
!
cas du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Sénégal
et de la Guinée
cas de la France, des Etats Unies et de l'Allemagne.
124

Stéphane Gauthier, 2009, Thèmes de


politique budgétaire, 9 novembre, 30
pages
125

B. POLITIQUE FISCALE (PF)


Pré-requis
Différentes types d’impôts
Principe de la fiscalité
Fiscalité et ses effets économiques
1. Objectif
126
La PF est l'une des dimensions de la politique budgétaire,
en raison du fait qu’elle se focalise sur une composante
essentiel du budget, les recettes, plus précisément les
impôts. Elle est le fruit de choix explicites ou implicites des
décideurs publics dans des domaines économiques et
extra-économiques, qui déterminent les caractéristiques
générales des prélèvements obligatoires.
Sur le plan économique, l'impôt soustrait du pouvoir
d'achat aux agents privés de sorte qu'il modifie la
répartition des revenus, exerce une influence sur l'activité
globale et affecte les comportements.
2. Instruments
 Le
127Principal instrument de la PF est l’impôt que l’on peut décomposer à deux
niveaux : l’impôt direct (impôt sur les sociétés) et l’impôt indirect (TVA).
 Un impôt direct est un impôt dû nominativement par une personne physique
ou morale. Taxant le capital ou le revenu, il est périodique et fait
généralement l'objet d'un recouvrement par voie de rôle. Il se distingue
donc d'un impôt indirect qui est prélevé à l'occasion d'opérations précises et
indépendamment de la personne.
 L’impôt indirect est un impôt payé par un assujetti mais dont le montant est
répercuté sur un tiers. Ce dernier est par conséquent le véritable
contribuable puisque c'est lui qui supporte réellement le coût de l'impôt.
L'exemple le plus courant d'impôt indirect est la TVA : l'entreprise vendant un
produit à un client intègre le coût de l'impôt dans son prix de vente puis
reverse son montant à l'Etat. C'est donc le consommateur qui supporte
réellement le coût de la TVA.
La notion d'impôt indirect s'oppose ainsi à celle d'impôt direct qui ne fait pas
appel à un intermédiaire dans le processus de paiement de l'impôt.
3. Quelques fonctions économiques de l’impôt
128 a) Financement des dépenses publiques
 Le financement des dépenses publiques est habituellement
considéré comme la principale fonction des prélèvements
obligatoires. La protection de la propriété est la principale
fonction dévolue à l'Etat.
 En conséquence, l'impôt doit correspondre aux services rendus,
c'est-à-dire au paiement de l'Etat pour la protection des droits
qu'il dispense.
 On est ici à l'origine de la doctrine du bénéfice selon laquelle il
doit y avoir équivalence entre l'utilité que retirent les citoyens
des services publics qu'ils consomment et le "prix" fiscal qu'ils
acquittent.
b) Incitations fiscales et manipulation des comportements

129  Les incitations fiscales, visant à manipuler les comportements des


agents économiques, occupent une place de plus en plus
importante dans les politiques fiscales. L'interventionnisme fiscal est
pratiqué, de manière massive, depuis très longtemps, mais il avait
surtout une vocation économique et sociale. Dans la période récente
les incitations fiscales sont de plus en plus utilisées pour décourager les
activités nuisibles ou encourager les activités socialement appréciées
de manière positive.
 Le mécanisme par lequel procèdent les incitations fiscales peut être
décrit en partant de l'impact d'un prélèvement sur un marché
quelconque. La présence d'un impôt provoque dans une transaction
quelconque une disjonction entre le prix payé par l'acheteur et le prix
encaissé par le vendeur. Cette différence entre le prix toutes taxes
et/ou toutes charges sociales comprises et le prix hors taxes, collectée
par les administrations publiques et sociales, est appelée "coin fiscal".
4. Contraintes de la PF
Les pouvoirs publics disposent de marges de
130

manœuvre limitées pour mener leur politique


fiscale.
Différentes contraintes de nature économique,
culturelle ou institutionnelle peuvent en effet
intervenir, réduisant la capacité de la politique
fiscale à atteindre ses objectifs, ou limitant son
ampleur.
L'impôt peut également engendrer des effets
non désirés qui altèrent en retour les
a) Évitement fiscal
 131 Les comportements des agents économiques sont
traditionnellement considérés comme un obstacle potentiel à
l'efficacité de l'impôt. Les agents économiques disposent en effet de
la faculté de reporter sur d'autres la charge d'un impôt en manipulant
les variables économiques (salaire ou prix par exemple) qu'ils
contrôlent. C'est le phénomène de la translation dont l'impact sur les
prix ou les revenus se diffuse progressivement. Au total, des distorsions
apparaissent dans les mécanismes économiques, et en particulier
dans les choix des agents.
 La fraude fiscale comprend tous les procédés visant intentionnellement à
éviter l'impôt par des procédés irréguliers. Le contribuable est donc de
mauvaise foi.
 L'évasion fiscale regroupe tous les procédés légaux visant
132
intentionnellement à éviter l'impôt, le contribuable étant de
mauvaise foi.
 L'optimisation fiscale, elle peut parfois utiliser les mêmes
procédés que l'évasion, mais ici le contribuable est de bonne
foi. De fait, l'optimisation procède d'une stratégie de
planification des opérations de l'entreprise et de réduction
des risques. Deux démarches principales peuvent être
identifiées :
 La prévention du risque fiscal qui nécessite une bonne
évaluation de celui-ci à travers notamment des opérations
d'audit, et sa minimisation grâce à des actions touchant à
l'organisation de l'entreprise et aux procédures ayant des
incidences fiscales ;
b) Courbe de Laffer : limite du taux d’imposition
133
La courbe de Laffer (Arthur Laffer) établit une
relation entre la pression fiscale (taux d’imposition,
t) et les recettes fiscales (T).
Lorsque le taux d’imposition s’accroît, les recettes
fiscales augmentent pour atteindre un maximum
(Tmax).
Mais si le taux dépasse la valeur t*, les impôts
perçus diminuent car l’effet désincitatif sur l’offre
de travail (effet substitution) l’emporte sur l’effet
de la hausse du niveau de taxation (effet revenu).
 Courbe de Laffer

134
La courbe de Laffer a ainsi la forme d’une
135 cloche.
Pour un taux d’imposition nul, les recettes
fiscales sont inexistantes.
Pour un taux d’imposition de 100%, les
agents économiques cesseraient de
travailler.
La courbe de Laffer s’apport sur l’élasticité
entre l’offre de travail et le niveau
d’imposition.
Conclusion/synthèse
136
Objectifs Instruments Effets attendus Contraintes Avis des
(canaux de auteurs
transmission)
PBR

PBE

PFR

PFE
Questions
137

1. Définir les conditions d’efficacité de la politique fiscale.


2. Le Mali dispose – t- il d’une politique fiscale ? déterminer les
conditions de son efficacité.
3. Quelle relation existe – t – il entre la politique fiscale et la
réduction des inégalités dans un pays.
4. Un recourt à l’aide extérieur signifie-t-il une inefficacité de la
politique fiscale ?
5. Peut-on taxer les patrimoines ? Quels sont les arguments
pour et contre ?
138

C. Politique monétaire

Pré-réquis
- Fonctions de la monnaie
- Institution monétaires
- Offre de monnaie et demande de monnaie
139 PLAN
 DEFINITION
 OBJECTIFS
 INSTRUMENTS
 MOYENS DE CONTRÔLE DE L’OFFRE DE MONNAIE
 EFFICACITÉ DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE
 INSTRUMENTS DE MISE EN ŒUVRE DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE
DE LA BCEAO
 CRITIQUES DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE
1. Définition
140 La politique monétaire consiste à ajuster l’offre de monnaie pour
stabiliser le binôme inflation–production. La plupart des économistes
admettent qu’à long terme la production est donnée, et que toute
variation de la masse monétaire entraîne uniquement une variation des
prix.
 Mais à court terme, comme les prix et les salaires ne s’adaptent pas
immédiatement, les variations de la masse monétaire peuvent agir sur
la production. C’est pourquoi la politique monétaire est un instrument
effectif dans la réalisation des objectifs d’inflation et de croissance.
 Par exemple, en récession, les consommateurs regardent à la dépense.
Les entreprises produisent moins, commencent à licencier et
n’investissent plus. Qui plus est, les exportations nationales risquent de
ne plus trouver de débouchés. Il se produit donc une compression de
la demande globale à laquelle les autorités peuvent réagir en menant
une politique à contrecourant. La politique monétaire est ainsi souvent
désignée comme l’instrument countracyclique par excellence.
2. Objectifs

L'objectif général de la politique monétaire est de


141

procurer à l’économie la quantité de monnaie


nécessaire à la croissance économique et à la
réalisation du plein emploi tout en respectant la
stabilité de la monnaie au niveau interne (stabilité
des prix) et au niveau externe (stabilité du change).
En effet, ce sont les autorités compétentes,
notamment, les banques centrales, qui fixent les
objectifs monétaires dont la réalisation nécessite le
recours à un certain nombre d’instruments
3.Instruments
142 Trois instruments : a) le contrôle de la croissance

de la masse monétaire, b) le niveau des taux


d’intérêt et c) le niveau du taux de change.
(a) Contrôle du taux de croissance de la masse
monétaire : Il s’effectue par l’intermédiaire des
agrégats monétaires (M1, M2, M3, M4). La
fixation des limites à la progression annuelle des
agrégats monétaires permet d’éviter des
risques de tension sur les prix et d’indiquer aux
agents économiques les principaux choix
effectués en matière monétaire.
(b) Les taux d’intérêt
permettent à la Banque Centrale d’agir directement sur le
143Ils
comportement des agents économiques (l’investissement
des entreprises, l’épargne des ménages et son contenu :
actifs réels ou monétaires). Des taux d’intérêt trop élevés
augmentent le coût du crédit. Une entreprise pourra
chercher à financer son investissement par l’intermédiaire du
marché financier, grâce notamment à une émission de titres.
On distingue quatre taux d’intérêt :
(i) le taux auquel la banque centrale prête de l’argent (des
liquidités) aux autres banques. La Banque centrale
européenne utilise les termes « taux marginal » ou taux de
prêt marginal, la banque centrale américaine utilise les
termes « taux d’escompte » (discount rate).
(ii) le taux directeur du marché financier. Il
144 correspond au taux auquel la banque centrale
rémunère les bons du Trésor (on parle parfois de taux
sans risque, même si ce terme est un peu abusif);

(iii) le taux interbancaire. Il correspond au taux


auquel les banques commerciales se font des prêts
entre elles;

(iv) le taux d’intérêt. Il correspond au taux auquel les


ménages et les entreprises peuvent emprunter de
l’argent auprès de leur banque.
(c) Le change
145 La position d’une monnaie nationale par rapport à une monnaie
étrangère (FCFA par rapport à l’Euro) sur le marché des
changes, est étroitement surveillée par la Banque Centrale. En
effet, la BCEAO s’attache à réguler le cours du FCFA par rapport
aux monnaies étrangères.

 L’évolution du cours d’une monnaie conditionne la compétitivité


d’un pays par rapport à ses concurrents.

 Les banques subissent des fuites hors du système bancaire, à


travers : la demande de billets, les fuites vers les autres banques,
la demande de conversion de monnaie en devises, les réserves
obligatoires. Face à l'ensemble des fuites les banques doivent se
refinancer. La BC intervient à l'occasion du refinancement.
4. Moyens de contrôle de l’offre de monnaie
146 Deux grandes catégories de moyens permettent
de contrôler l’offre de monnaie :
le contrôle par les autorités du niveau et du ratio de
liquidités des banques ;
les opérations de crédit, dites open - market, sur les
marchés financiers.

Les différents moyens de modifier l’offre de monnaie,


les opérations d’open - market (ventes ou achats par
la banque centrale de titres du Trésor public sur les
marchés financiers) sont les moyens les plus répandus.
Les opérations d’open - market correspondent à
147 la vente et à l’achat d’obligations d’État et de
bons du Trésor par la banque centrale. Si celle-ci
souhaite réduire la quantité de monnaie en
circulation, elle vend plus de titres.

Lorsque les ménages et les entreprises les


achètent, ils les payent via leurs banques, dont les
comptes se réduisent. Les banques, détenant
alors moins de monnaie, peuvent accorder moins
de crédits.
La banque centrale a également un rôle de prêteur
148 en dernier ressort, afin d’assurer une liquidité
suffisante à tout le système financier.

Ainsi, la banque centrale de la plupart des pays est


disposée à accorder un crédit supplémentaire aux
banques, lesquelles acceptent en fonction (a) du
taux d’intérêt pratiqué par la banque centrale, et (b)
de leurs besoins de financement.

Le taux auquel la banque centrale prête de l’argent


aux autres banques détermine la quantité de
monnaie en circulation.
5. Efficacité de la politique monétaire
de la politique monétaire est également
L’efficacité
149

soumise à certaines conditions.


L’augmentation de l’offre de monnaie doit avoir
une incidence notoire sur les taux d’intérêt (baisse).
La baisse des taux d’intérêt (le coût du capital)
doit se traduire par une relance de
l’investissement.
Toutefois, ce dernier dépend de nombreuses
variables, imprévisibles (efficacité marginale du
capital : anticipation de la demande par les
entrepreneurs, pessimisme des chefs
d’entreprises) ;
La relation offre de monnaie – taux d’intérêt n’est pas le
150
seul canal de transmission de la politique monétaire : la
politique de crédit (contrôle), l’organisation bancaire
(concurrence…) jouent également un rôle important ;
En situation de changes fixes, l’efficacité d’une politique
monétaire dépendra de la mobilité internationale des
capitaux (modèle MUNDELL – FLEMING).
Lorsque les capitaux internationaux sont parfaitement
mobiles, une politique monétaire expansive se traduira
par une baisse du taux d’intérêt qui entraînera une sortie
de capitaux, s’en suivront une dépréciation du taux de
change et une intervention de la Banque Centrale (offre
de devises et demande de francs : l’offre de monnaie se
contracte et l’on revient à la situation initiale).
Instruments de mise en œuvre de la politique monétaire de
la BCEAO
151

Conformément à l’article 8 des statuts de la Banque


Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO),
l’objectif prioritaire de la politique monétaire de la BCEAO
est d’assurer la stabilité des prix.
Sans préjudice de cet objectif, la Banque Centrale apporte
son soutien aux politiques économiques de l’UEMOA, en
vue d’une croissance saine et durable.
Le dispositif actuel de gestion de la monnaie et du crédit
s’appuie sur des mécanismes de marché et des instruments
indirects de régulation de la liquidité, notamment les taux
d’intérêt et le système des réserves obligatoires.
La politique des taux d’intérêt, mise en
152 œuvre dans le cadre des guichets de

refinancement de l’Institut d’émission, vise


le pilotage des taux de court terme sur le
marché monétaire.
Ce pilotage des taux qui est assuré à
travers la réalisation d’opérations d’open
market et le refinancement sur le guichet
de prêt marginal permet à l’Institut
d’émission de viser l’atteinte de l’objectif
de stabilité des prix.
Le taux d’intérêt minimum de
153
soumission aux opérations d’open
market (appels d’offres) et le taux
d’intérêt applicable sur le guichet de
prêt marginal (taux de pension), dont
les niveaux sont actuellement fixés, par
le Comité de Politique Monétaire,
respectivement à 2,50% et 3,50%,
constituent les deux principaux taux
directeurs de la BCEAO.
Le dispositif des réserves obligatoires permet à
154 la BCEAO de réduire ou de développer la

capacité de distribution de crédit du système


bancaire.

Ainsi, toutes les banques et les établissements


financiers distributeurs de crédit, autorisés à
recevoir des dépôts du public et les
établissements de financement de ventes à
crédit, sont assujettis à la constitution de
réserves obligatoires auprès de la Banque
Centrale.
155
Le dispositif de réserves
obligatoires est utilisé par la
BCEAO comme un instrument
visant à renforcer l’efficacité de la
politique des taux d’intérêt.

Source : http://www.bceao.int
6.Critiques de la politique monétaire
La
156 critique de la politique monétaire renvoie
quant à elle à deux affirmations. D’une part,
la monnaie est toute puissante. D’autre part,
la politique monétaire est impuissante.
D’après les monétaristes, la monnaie joue un
rôle important dans l’économie, elle est
notamment une source de fluctuations de
l’activité économique. Un dérèglement de
l’émission monétaire entraînerait donc des
crises.
Ensuite la politique monétaire ne peut pas agir sur le
157 taux de chômage sauf pour des périodes très brèves.
Milton Friedman reviendra ici sur ce que l’on appelle
la courbe de Phillips.

Cette dernière traduit l’existence d’une relation


inverse entre une variable réelle (le taux de
chômage) et une variable monétaire (le niveau
général des prix). Pour diminuer le taux chômage, il
faudrait ainsi accepter une hausse de l’inflation (et
vice versa). Cette relation va à l’encontre des
préceptes monétaristes selon lesquels il existerait une
dichotomie entre les sphères réelles et monétaires.
Dans un premier temps, il explique le
158 phénomène décrit par la courbe de
Phillips par des erreurs d’anticipation de
la part des agents économiques, qui
n’arrivent pas à distinguer entre une
hausse des prix relatifs et une hausse du
niveau général des prix (erreurs dues aux
variations inopinées de l’offre de
monnaie).
Friedman suppose l’existence
d’anticipations adaptatives.
Les erreurs des agents économiques se font ainsi sentir
159 sur plusieurs périodes tout en s’amortissant
progressivement (à moins que les autorités monétaires
ne maintiennent les agents dans l’erreur en
provoquant une accélération de la hausse des prix,
via la création monétaire).
Dans un second temps, il existerait un taux de
chômage qui correspond au plein emploi, le taux de
chômage naturel, influencé exclusivement par des
facteurs réels. Dans ces conditions, la politique
monétaire ne peut diminuer le niveau de chômage.
La manipulation de l’offre de monnaie serait sans
effets sur une variable réelle telle que le chômage.
Règle de Taylor
160

Pour la réussite de la PM, la crédibilité de la BC est


extrêmement importante. L’inflation est un phénomène
où les anticipations des agents économiques joue un
rôle très important. Par conséquent, on considère que si
la BC se tient à une politique fixe, alors les anticipations
des agents économiques se calqueront sur cette
politique. La poursuite d’une règle permet donc à la BC
d’acquérir une crédibilité auprès des agents
économiques.
La BC choisit toujours d’agir en fonction de la situation
économique et monétaire
Le choix annoncé d’une politique
161 d’intervention de la BC peut toutefois être

légèrement différent en pratique.

Normalement, si la BC fixe une règle, cela veut


dire qu’elle va déterminer le taux d’intérêt en
fonction des conditions économiques et de
l’objectif poursuivi (stabilité des prix).

Dès lors comment utiliser le taux d’intérêt pour


atteindre l’objectif du taux d’inflation souhaité ?
John Taylor a répondu à cette question en testant
162 une fonction de réaction de la BC appelée « règle
de Taylor » :
i = i* + a(π – π*) –b(u –u*)
i est le niveau du taux d’intérêt nominal à CT qu’il
faut fixer;
i* est le taux d’intérêt nominal visé et compatible
avec le taux d’inflation souhaité π*;
π est le taux d’inflation courant;
u est le taux de chômage courant;
u* est le taux de chômage structurel.
Triangle de Mundell
163

Robert Mundell a montré, dans une économie


ouverte, avec libre circulation des capitaux, qu’il
était impossible de maintenir en même temps la
libre circulation des capitaux, l’autonomie de la
politique monétaire et la stabilité des changes :
Le triangle d’incompatibilité.
Pour Mundell, les responsables de la politique
monétaire sont toujours contraints
d’abandonner un des sommets du triangle.
Triangle de Mundell
164
Synthèse
165
Politique Nature Objectifs Instrument Canaux de de Avis : théories
s s transmission économiques
(variables cibles
possibles : effets
possibles)

PM PME

PMR
Questions
166 1) Lorsque le Mali lance des bons de trésor, cela correspond à quel
type d’instrument de la politique monétaire ?
2)Quelle relation peut-on établir entre la politique monétaire et la
politique budgétaire ?
3) Dans quelle mesure la politique monétaire peut conduire à la
compétitivité extérieure d’un pays ?
4) Par quel canal, la politique monétaire peut permettre de faire face
à une choc de demande négatif et de faire face au problème du
chômage ?
5) Quel est le type de politique monétaire que la BCEAO utilise-t-elle ?
6) La BCEAO fait-elle des opérations d’Open Market ? Comment cela
fonctionne-t-il ?
7) Dans un contexte de libéralisation financière, la politique monétaire
a-t-elle un sens ?
167 DEBATS

AVENIR DU FCFA : quels alternatives au franc


CFA ?
Quelle politique monétaire est menée par la
BCEAO ?
MODULE III
POLITIQUES STRUCTURELLES :
POLITIQUE DE CROISSANCE

168
1. Définition
169
La réalisation de la croissance est ainsi un objectif
essentiel de la politique économique qui se définit
comme l’ensemble des mesures prises par l’Etat
dans le but d’infléchir l’économie dans un sens
jugé préférable du point de vue de la collectivité.
(voir carré magique)
La croissance économique est justifiée par la
nécessité pour une nation d’améliorer de manière
soutenue, le niveau de vie de sa population ou se
libérer de l’ornière de la pauvreté. La conception
d’une politique de développement passe par une
identification des déterminants de la croissance et
une bonne compréhension de leurs interactions
2. Différentes théories de la croissance
Quatre familles de modèles de croissance :
170

Modèle de Solow : versions de base et augmentée ;


Modèle de croissance optimale ;
Modèle à générations imbriquées ;
Modèles de croissance endogène.

Parlant de ce dernier type de modèle de croissance,


l’accent est mis sur le modèle de croissance avec
dépenses publiques. Cela permettra de discuter du rôle
des dépenses publiques dans la conduite de la
croissance économique.
3. Objectifs
171

Mesurée par le taux d’augmentation du PIB, la


croissance économique constitue le principal
instrument de référence pour la gestion à court
terme et long terme de l’ensemble des
économies de la planète, de même que pour la
politique de développement socioéconomique.
En effet, le taux de croissance offre une mesure
synthétique du degré de réalisation de la plupart
des objectifs de la politique économique :
augmentation des revenus du travail et du capital
172 et accroissement de la richesse matérielle et du
bien-être de la population ;
augmentation de la capacité de création
d’emplois rémunérateurs ;
élargissement de l’assiette fiscale pour la
mobilisation des moyens nécessaires au
développement des services publics ;
affirmation de la puissance économique des pays
vis-à-vis du reste du monde ;
et accumulation de richesses et de pouvoir assurant
la sécurité de la collectivité à long terme.
4. Instruments
173
La politique de la croissance utilise différents instruments. Mais
le principal instrument est le taux de croissance du PIB. Les
autres instruments se présentent sous la forme de déterminants
de la croissance économique.
Les facteurs théoriques de référence sont le capital physique, le
capital humain, et la productivité totale des facteurs. Au-delà
de ces facteurs, la théorie de la croissance endogène a
renouvelé le rôle de l’Etat dans l’Economie, via les dépenses
publiques.
Par ailleurs chaque politique spécifique est considérée comme
un instrument de la politique de croissance économique :
politique budgétaire, politique monétaire, politique agricole,
politique industrielle, ….
Les Sources de la croissance économique en général
174 Dans l’approche traditionnelle les sources retenues sont :
le Capital, le Travail, l’éducation, les facteurs de
productivité (le Progrès technique).
La croissance économique dépend de la contribution de
ces différents facteurs.

Dans le cadre des approches récentes, on retient comme


sources de la croissance (sources non factorielles) :
La recherche développement.
Les externalités (positives et négatives).
Les politiques publiques.
5. Rôles des modèles de croissance
175 économiques
Les modèles de croissance économique sont par définition,
des schémas à l’aide desquels on essaie de mettre en
équation la manière dont l’activité économique
d’aujourd’hui peut rejaillir sur l’activité économique de
demain afin de pouvoir explorer l’ensemble des voies de
développement que les ressources naturelles, économiques,
financières et humaines du pays permettent d’atteindre.
Autrement dit, à l’aide des modèles, on essaie de mesurer
l’impact de telle action ou de telle autre sur l’état même de
l’économie. On peut considérer les modèles de croissance
comme étant des guides à l’activité normative de la
collectivité.
Sur le plan théorique, les enseignements des
176 modèles fondateurs de la croissance économique
sont clairs.
La structure des sentiers de croissance de
l’économie est fonction, d’une part, des
caractéristiques de sa technologie et, d’autre part,
de celles des préférences des agents qui la
peuplent.
En outre, l’intervention publique est souvent
nécessaire car les ressources naturelles ont
tendance à être utilisées de manière inefficace,
leur prix de marché ne reflétant pas l’intégralité du
coût social associé à cette utilisation.
6. Effets potentiels des principaux déterminants
177 de la croissance
Les facteurs fondamentaux qui régissent le processus
de croissance concernent l’accumulation des divers
types de capital : le capital physique, le capital
humain et le savoir.

Le secteur public joue un rôle important pour la


croissance, surtout en tant que fournisseur ou financeur
d’infrastructures, de services éducatifs et d’activités de
recherche et les conséquences (effets positifs ou
externalités positives) qui en résultent pour la
croissance.
L’accumulation de capital physique et humain est
178 importante pour la croissance et les différences

observées à cet égard entre les pays contribuent


largement à expliquer les disparités constatées entre
les profils de croissance.

L’investissement dans l’éducation peut se


caractériser par des externalités positives qui font
que le rendement social de l’enseignement est plus
élevé que son rendement privé, même s’il faut
souvent du temps pour qu’une amélioration du
système éducatif ait une incidence sensible sur la
qualification moyenne de la main-d’œuvre.
Toute politique macroéconomique axée sur une inflation
faible et stable ainsi que des finances publiques saines,
179
toutes choses égales par ailleurs contribue à une meilleure
croissance, spécifiquement à travers l’encouragement de
l’accumulation privée de capital physique et un
redéploiement de l’investissement en faveur des projets qui
ont le rendement le plus élevé à court, moyen et long terme.
Les dépenses pour la santé, l’éducation et la recherche
améliorent manifestement le niveau de vie à long terme et
les transferts sociaux concourent à la réalisation des objectifs
sociaux, mais il faut financer ces dépenses et transferts. La
fiscalité correspondante peut fort bien influer négativement
sur l’incitation à épargner et à investir, l’effet économique
étant toutefois fonction de l’efficience de la fiscalité et des
dépenses, …………..
la recherche et développement (R-D) est importante
180 pour le processus de croissance. L’intensité de R-D a
augmenté dans un certain nombre de pays. Les
dépenses de R-D des entreprises pouvant en outre
avoir des effets plus directs sur la productivité et sur
la croissance de la production.
 Le débat actuel sur la croissance est dominé par
l’argumentaire qui a trait à la « nouvelle économie »
basée sur les TIC. A plus long terme, la réorganisation
des méthodes de travail et les externalités de réseau
qui découlent d’une plus large utilisation des TIC
pourraient se traduire par une accélération de la
productivité multifactorielle, ………….
Les pouvoirs publics doivent assurer un environnement
économique d’ensemble propice à une croissance
181
durable, leur action pourrait contribuer à la diffusion des
technologies de l’information et des communications dans
certains domaines.
L’un d’entre eux a retenu tout particulièrement l’attention :
le rôle que les petites entreprises innovantes ont joué, aux
côtés des entreprises plus matures, dans les avancées
technologiques et dans la mise au point, en aval, de
produits et services.
Par exemple, un environnement financier satisfaisant et
une réglementation adéquate des marchés de produits
favorisent l’innovation et les gains de productivité, et donc
la croissance économique.
7. Croissance pro-pauvres
182

Trois questions et trois Reponses


Quel est le contenu de la croissance pro
pauvre
Comment expliquer la croissance pro-
pauvre ?
Quelles implications de politique
économique de la croissance pro-
pauvres ?
La croissance et réduction de la pauvreté
183 paraissent indubitablement liées. À croissance
égale, certains pays parviennent mieux que d'autres
à réduire la pauvreté. Deux approches prévalent
actuellement :

la première est dite "relative" : la croissance est pro-


pauvres lorsque les plus pauvres bénéficient plus
que les autres des fruits de la croissance. Elle doit
donc se traduire par une réduction de l'inégalité
des revenus en faveur des pauvres.
la seconde est dite "absolue" : une croissance pro-
184
pauvres est une croissance qui se traduit par une
réduction de l'incidence de la pauvreté. Elle est
cohérente avec le 1er Objectif du Millénaire pour
le Développement (OMD).

Les DSRP constituent le cadre de mise en œuvre


des politiques de croissance pro-pauvres. Les
documents du Mali : CSLP 2002 – 2006, CSCRP
2007 – 2011, CSCRP 2012 - 2017, sont basés sur la
croissance pro-pauvres.
La croissance pro pauvre implique la réduction
des inégalités :
185

Le revenu des pauvres doit connaître une


augmentation plus que proportionnelle que
celui des non pauvres.
La part des revenus des pauvres dans le
revenu total doit augmenter.
Il doit s’opérer un changement dans la
répartition du revenu national en faveur des
pauvres
Le taux de pauvreté doit diminuer.
Différentiation dans la productivité des facteurs
entre les pauvres et les non pauvres.
186
Les plus pauvres réduiraient les inégalités en termes
d’éducation vis-à-vis des non pauvres.
Il en serait de même pour l’accès aux soins de
santé.
Amélioration plus rapide de la productivité des
pauvres en tant que capital humain

Notamment le secteur agricole qui emploie


généralement plus de pauvres devrait voir sa
productivité augmenter plus rapidement que celle
des secteurs utilisant moins de pauvres. Mais cela
suppose que les progrès dans l’agriculture ne vont
pas générer un surplus de main-d’œuvre.
Implications en termes de politique économique
187 Appui nécessaire aux pauvres pour que leur capital
humain s’améliore :
Accès aux soins de santé et aux programmes de
prévention ;
Amélioration de l’éducation, primaire, secondaire et
professionnelle ;
Accès à l’emploi ;
Appui technique aux secteurs employant les pauvres ;
Accès au capital ;
Accès à la terre;
Accès aux infrastructures de base ;
La croissance pro-pauvres privilégie les politiques de
redistribution.
8. Contraintes de la politiques de croissance
188
Les déséquilibres macroéconomiques, tels que
déficits budgétaires et courants excessifs.
En présence de déséquilibres budgétaires par
exemple, l’Etat met en œuvre une politique
budgétaire restrictive avant d’envisager une
politique de croissance économique
En présence de choc de balance de
paiement, l’Etat privilégiera une politique
monétaire restrictive
Questions
189 1) Quels sont les déterminants de la croissance
économique du Mali ?
2) Quelles sont les solutions à la stabilité de croissance
économique au Mali ?
3) L’agriculture est – elle le principal secteur de
croissance au Mali ?
4) Les matières peuvent-elles apporter de la
prospérité au Mali ?
5) dans quelles conditions l’investissement privé peut
favoriser la croissance économique au Mali ?
Débat
190

Débat 1 : Comment favoriser la mise en


place d’une politique de croissance
endogène dans les pays de l’UEMOA ?

Débat 2 : Comment favoriser la mise en


place des conditions d’une croissance
locale au Mali ?
MODULE IV :
POLITIQUES COMMUNES : COORDINATION
DES POLITIQUES ÉCONOMIQUES
191
192
Plan
Introduction
A. Notion de Coordination des politiques économiques
B. Importance de la Coordination
C. Coordination des Politiques Economiques dans l’UEMOA
D. Exemples de modèle de coordination des PE
E. Contraintes des politiques communes
Introduction
193 Le regroupement des Etats pour des
besoins d’intégration, monétaire,
économique et sociale a nécessité la mise
en place d’organes chargés de la gestion
du destin commun.
Les institutions d’intégration ont mis en
place des politiques communes en vue
d’assurer la mise en œuvre d’objectifs
précis, sous la forme d’un pacte ou
d’accord engageant chacun des Etats
concernés.
Les politiques communes ont été mises en
194 place pour favoriser et coordonner la mise

en œuvre des objectifs communs en vue


d’une meilleure intégration des économies
et des pays.
C’est surtout le cas des grands ensembles
régionaux de pays : UE, CEDEAO, UEMOA,
CEMAC, …, voire, internationaux, G8, G20,
OMC, etc. Ces ensembles assurent la
coordination des PE à l’intérieur et à
l’extérieur.
A. Notion de Coordination des politiques économiques
195
La coordination des PE est un ensemble de pratiques et de
règles de politiques monétaires, budgétaires et sociales
permettant d'éviter des actions contradictoires entre elles et/ou
entre pays.

A titre d’exemple, il serait contradictoire de mener au sein d'un


pays, une politique de rigueur du point de vue monétaire pour
lutter contre l'inflation, d'accepter par ailleurs un accroissement
du déficit budgétaire et une hausse des revenus sociaux : les
résultats de ces politiques sont incertains en partie
contradictoire du point de vue de l'inflation bien évidemment
mais aussi du point de vue de la croissance et des inégalités
sociales.
B. Importance de la Coordination
196
Dans une union monétaire, les comportements des
gouvernements peuvent réduire la capacité de la banque
centrale à atteindre son objectif de stabilité des prix.

A l’aide d’un jeu non coopératif entre le gouvernement et


les Banques centrales dans lequel l’autorité monétaire n’a
que seul objectif, la stabilité des prix, Huang et Padilla
(2002) démontrent que l’autorité budgétaire à une
incitation à augmenter les impôts et taxes pour réduire ses
engagements de payements auprès de la banque
centrale et financer discrètement ces dépenses publiques.
De même, un niveau d'inflation
197
structurellement faible, résultant de la mise en
œuvre d’une politique monétaire très
restrictive, est non seulement source de
distorsions dans l'activité économique, mais
peut également accentuer le risque de
déflation (Combey et Nubukpo, 2010).
Seuls, les mécanismes de coordination de
politiques économiques permettent
d’atténuer ce problème de conflit d’intérêt dû
à la différence des objectifs assignés à
chaque autorité.
Une meilleure coordination des politiques
198 économiques, plus particulièrement les politiques
budgétaires conduit à une amélioration de
l’efficacité de la stabilisation des chocs (Muscatelli et
Tirelli, 2005).

La meilleure qualité de la stabilisation


macroéconomique s’obtient à condition que la
Banque centrale stabilise les chocs d’offres
symétriques et que les gouvernements s’occupent
des chocs de demandes nationaux (Uhlig, 2002) par
des actions contra-cyclique et à travers les
stabilisateurs automatiques.
La crise économique et financière de la zone
199 euro (2010/2011) semble remettre en cause les

solutions théoriques de coordination des


politiques économiques au sein des unions
monétaires.
Au sein de l’Union Economique et Monétaire
Ouest Africaine (UEMOA), les faits stylisés de
ces dernières années, démontrent que la
stabilité des prix n’est pas suffisante pour une
stabilité macroéconomique globale qui
impliquerait une croissance économique forte
et durable.
C. Coordination des Politiques Economiques dans l’UEMOA
200

Le 8 décembre 1999, un acte additionnel au traité de


l’UEMOA, portant Pacte de Convergence, de Stabilité, de
Croissance et de solidarité (PCSC) entre les Etats membres
de l’UEMOA et un règlement communautaire en date du
21 décembre 1999 portant mise en œuvre du Pacte de
convergence, ont été adoptés.

La nouvelle approche de l’intégration des économies au


sein de l’UEMOA comporte un mécanisme de Surveillance
Multilatérale dont le but est, essentiellement, d’assurer la
convergence des économies.
Dans la zone UEMOA, les politiques
201 économiques sont gérées par un cadre
institutionnel composé des organes et des
institutions spécialisées.

L’objectif du cadre est d’assurer une


condition monétaire et financière
favorable à la stabilité
macroéconomique et à la croissance
économique saine, soutenue et durable.
Les politiques budgétaires sont du ressort des
202 gouvernements de chaque pays membres
mais coordonnées par la Commission de
l’UEMOA via les critères définis par le Pacte de
Convergence, de Stabilité, de Croissance et
de la Solidarité.

L’objectif est d’assurer une discipline


budgétaire permettant d’obtenir une stabilité
de la production et une croissance
économique dans une optique de plein
emploi.
La coordination des politiques budgétaires est
203 assurée par la Commission de l’UEMOA via la

surveillance multilatérale pour le respect du


Pacte de Convergence, de Stabilité, de
Croissance et de la Solidarité de la zone
UEMOA.

Le pacte considéré comme la règle


fondamentale pour rétablir la cohérence entre
les actions des autorités publiques définit
comme référence quatre Critères de premier
rang et quatre de deuxième rang.
Règles de surveillance multilatérale ou
204 préalables au jeu de coordination
La surveillance multilatérale s’appuie sur la
définition d’indicateurs macro-économiques
qui jouent le rôle de signaux permettant de
prévenir tout dérapage, et de préserver la
discipline communautaire.

Pour atteindre le niveau de coordination


souhaité, les Etats doivent coopérer à travers
un système de surveillance multilatérale bâti
Les mécanismes de cette surveillance visent
205 principalement trois objectifs :

la stabilité de la monnaie commune ;


la bonne exécution des programmes
d’ajustement structurel appuyés par la
communauté économique et financière
internationale, particulièrement, par le FMI et
la BM;
la nécessité de promouvoir une croissance
économique saine et durable, en vue
d’améliorer le bien-être des populations.
206 La surveillance multilatérale repose, sur trois
principes : la subsidiarité, la collégialité, et la
pression mutuelle pour inciter au respect des
directives communautaires.

Le non-respect des critères de convergence


entraîne des sanctions.
 Tableau critères de convergence de 1999

207
208
Par exemple, le solde budgétaire de
base rapporté au PIB nominal permet
de mesurer la capacité de l’Etat à
couvrir ses dépenses courantes, y
compris les charges d’intérêt et ses
dépenses en capital sur ressources
internes avec ses recettes
budgétaires.
Critères de convergence 2015
209 [Acte additionnel No01/2015/CCEG/UEMOA]

Les nouveaux critères de convergence sont au


nombre de cinq (05). Trois (03) critères de 1er rang
et deux (02) critères de 2nd rang.

Les normes proposées sont fondées, soit sur des


estimations économétriques, soit sur celles de la
relation de la dynamique de dette, ou sur des
choix raisonnés d’institutions ou de chercheurs.
Critères de premier rang
210 Ratio du solde budgétaire global, dons compris, rapporté
au PIB nominal (critère clé) : il doit être supérieur ou égal à -
3% en 2019 (≥ - 3%).
Taux d’inflation annuel moyen : il doit être de 3% au
maximum, par an (≤ 3%)
Ratio de l’encours de la dette intérieure et extérieure
rapporté au PIB nominal : il ne doit pas excéder 70% en
2019 (<70%).

Critères de second rang


Ratio de la masse salariale sur les recettes fiscales : il ne
doit pas excéder 35% en 2019 (< 35%).
Taux de pression fiscale : il doit être supérieur ou égal à 20%
D. Exemples de modèle de coordination des PE
211

En général, les modèles de coordination


décrivent les équilibres macroéconomiques et les
fonctions de réaction des autorités publiques
(banque centrale et gouvernements).

Ces modèles permettent d’analyser l’efficacité,


en termes de stabilisation des chocs, des
différents niveaux de coordination entre les
politiques économiques
Dilemme du prisonnier : application dans le cas d’une
coordination de la PE
212
 Tableau : Nombre d’années de prison des deux joueurs

A Dénoncer Se taire

B
Dénoncer (10, 10) (15, 0)

Se taire (0, 15) (5, 5)


Calcul économique public
213 Lapolitique macro-économique peut être vue
comme optimisation du « bien-être social »
Sur un plan technique, on cherche à manier les
variables instruments x =(x1,… xk), en vue de
maximiser une utilité U(y) où y = (y1,…. yn) est un
vecteur de variables objectifs, sous une contrainte y
= H(x).
Ce qui peut se ramener à :
L’optimisation sans coordination
214 En interdépendance, on a en fait y = H(x, x*)
avec x* variables instruments du pays
partenaire.
Maximiser V(x, x*) sans coordination donne :

Ce qui permit de définir une fonction de


réaction x = F(x*)
L’équilibre non coordonné (de Nash) est défini par
215 x = F(x*) et x* = F(x)
L’équilibre non-coordonné est sous-optimal
Un optimum de Pareto se définit par :
Max (x, x*) V(x, x*) sous V*(x*, x) ≥ V0, dont le
lagrangien s’écrit : L = V(x, x*) + λ [V*(x*, x) - V0], et
dont la maximisation implique :

ce qui revient à maximiser W = V + λV*


Trois cas se présentent généralement
216Équilibrede Nash : c’est un cadre de jeu à décisions
simultanées entre les gouvernements et la banque centrale
Équilibre de Stackelberg
un jeu à décisions séquentielles entre les autorités publiques,
qui permet soit aux gouvernements soit à la banque centrale
de mener le jeu en tant que leader
Équilibre de coopération
une coopération «totale» entre les gouvernements nationaux
et la banque centrale.

 Voir, Cornel OROS, Coordination des politiques économiques et


stabilisation conjoncturelle dans une union monétaire hétérogène,
novembre 2006
E. Contraintes des politiques communes
217
Nécessité d’un partage de rôle entre des
acteurs indépendants : banque centrale,
gouvernements, institutions internationales
Différences de performances économiques :
des objectifs différents, voire des spécificités
pour chaque pays
Mises en place de règles contraignantes pas
toujours respecter pour les Etats (cas des
critères de convergence)
Risques de non coopération
Pour le financement de la politique budgétaire
218 par exemple, des risques sont liés au financement
du déficit ou du financement par l’impôt.

Risques du financement par l’impôt


Pour réduire leurs déficits budgétaires, les États peuvent
augmenter les impôts et diminuer les dépenses publiques.

Cette politique peut, du fait de la baisse du pouvoir


d’achat des ménages, ne pas avoir les résultats
escomptés : une baisse de la demande entraîne un
ralentissement économique. Les recettes fiscales sont
alors moins importantes que prévues et les dépenses
Risques du financement par l’emprunt
219Le déficit peut être financé par l’emprunt mais cela
n’est pas sans danger. L’État étant un emprunteur sûr,
il risque d’absorber une grande partie de l’épargne
disponible au détriment des entreprises privées, plus
risquées ; celles-ci ont alors du mal à investir. C’est
l’effet d’éviction.

Si les intérêts que doit payer un État sont supérieurs à


sa croissance économique, il devient impossible de
payer la dette, qui s’alourdit chaque année. C’est
l’effet « boule de neige » ou « insoutenabilité de la
dette ».
Questions
220
1) Donnez les critères de convergence de la CEDEAO et dites
quelles sont les différences avec ceux de l’UEMOA ? Donnez les
critères de convergence des Etats de l’UEMOA, et analyser la
situation du Mali. comparez le Mali au Burkina Faso et au Niger.
2) En analysant le critère relatif à l’inflation dans chaque pays,
expliquez pourquoi certain pays n’arrive pas à l’atteindre. Est-ce
que un problème de politique budgétaire ou monétaire ?
3) Comment la BCEAO coordonne la politique monétaire au sein
de l’UEMOA ?
4) quels sont les responsables des politiques budgétaires dans
l’UEMOA et comment elles sont élaborées et mise en œuvre ?
5) dans le cas de chocs asymétriques, quels sont les moyens

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