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LE PROJET DE LOI DE FINANCES POUR 2020

DECRYPTAGE
« LES RELATIONS FINANCIÈRES
ENTRE L’ ETAT ET LES COLLECTIVITÉS
LOCALES : L’ EFFET DOMINO … »
Patrice RAYMOND

Université de Bourgogne
Directeur du Master 2 « Finances des collectivités territoriales et des groupements »
Directeur de l’Institut supérieur des Territoires
Directeur du D.U. Expertise, Audit et Stratégie financière Territoriale
Formateur CNFPT – INSET – INET
Consultant fiscalité et finances locales
Adjoint au Maire (21)
1er Constat : Des relations financières qui ne
peuvent être dissociées du nouveau cadre
institutionnel et administratif de l’Etat et des
collectivités sous l’impulsion de l’Union

C’est l’environnement financier et fiscal des


collectivités qui permet ka refonte de la
cartographie territoriale …
Les composantes de l’Acte III de la décentralisation :
l’entrée des collectivités dans une nouvelle ère
 Directive Nationale d’Orientation (DNO) 2010/2015
l’Etat régional et Territorial

 Loi du 16 décembre 2010 : réforme des collectivités territoriales dite loi « RCT » 1er véritable schéma de coopération

 de finances pour 2012 : Péréquation horizontale


F. National de péréquation des ressources intercommunales et communale –FPIC)

 La loi Organique du 17 mai 2013 sur la réforme des modes de scrutin


réforme des cantons

 La loi du 27 janvier 2014 dite loi « MAPTAM »


Modernisation de l ’Action publique Territoriale et l’Affirmation des Métropoles

 Loi du 24 mars 2014 dite loi « ALUR » Accès au Logement et un Urbanisme rénové
 Lois de finances de 2014 à 2017 :

- 1,5 Mds sur la dotation forfaitaire - – 11 Mds en 2017


 Loi du 16 janvier 2015
Délimitation des régions et la réforme des scrutins
 Loi du 7 août 2015 dite loi N.O.T.Re

 Loi d’avril 2016 dite loi déontologie du fonctionnaire


 Loi du 28 février 2017 sur les Métropoles et le Grand Paris
 Loi de finances pour 2018 et pour 2019 3
 Loi de P. f. 2018 – 2022 et 13 milliards d’euros d’économiser
2ème Constat : « 1 » impôt supprimé mais une réforme …
- Historiquement complexe (Centimes additionnels aux principaux réels puis fictifs de 1890 à 1918 )
- Neutralisant des outils de gestion financière clés des élus,
( liberté de vote des taux, gel de l’évolution des bases, effet de seuil en matière de compensation, …)
- Superposant un nombre d’effets induits multiples et dont les conséquences seront progressives jusqu’en 2024, (
effet « DOMINO »)
- Touchant de plein fouet de multiples composantes dans les relations financières de l’Etat avec les collectivités, (
15 conséquences principales sur 5 années)
- Source d’inégalités entre le « rural » et l’ « urbain », ( Compensation d’évolution de TH évolutive favorisant le
milieu urbain)
- Source d’inquiétudes compte tenu des impacts financiers et l’insoutenabilité financière pour l’Etat à court terme
de tels dispositifs : compensation TH, DGF EPCI (déficit),
- Source d’interrogations sur le rôle de la TFPB et sur la THRS comme variable d’ajustement (identité de contribuable
« à charge »
- Source d’interrogations très fortes de la part de la Délégation des Collectivités Territoriales et de la
Décentralisation qui se saisi pour la première émet un avis sur une loi de finances (Article 5 aux 520 alinéas) …
- Source d’interrogations sur le rôle futur des collectivités dans l’équilibre budgétaire national (Cf Note de
conjoncture de la Banque postale ou Observatoire des finances locales)
- Source d’interrogations sur la dynamique de péréquation à venir (une réforme qui révèle des inégalités
existantes apaisées et qui modifie … enfin … les ratios de richesse sans les remplacer … )
Dans un cadre administratif changeant …
3ème Constat : Des relations qui ne peuvent être
comprises dans leurs conséquences à court et moyen
terme que dans un cadre macro-financier et macro
économique de l’Etat et ses effets sur la dette et le déficit
au 1er janvier 2020.

Un besoin d’objectivité sur la situation financière de l’Etat


pour mieux mesurer l’insoutenabilité financière de la
réforme à moyen terme et la pérennité du dispositif de
compensation …
Le secteur public local ne pèse pas sur la dette publique
Le FIGARO – 6 septembre 2019

« La France fait la plus grosse levée de dette de son


histoire »
© STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Ce jeudi, Paris a profité de taux historiquement bas pour lever des sommes records sur le long terme sur les marchés financiers.
Tous les compteurs s’affolent! L’Agence France Trésor de Bercy, qui est chargée d’emprunter sur les marchés les capitaux nécessaires au
financement de l’État, a vécu ce jeudi une journée historique.

Dans un environnement de taux bas exceptionnel, plusieurs records ont été battus.
D’abord, celui du montant des fonds levés. Jamais la France n’avait emprunté sur le long terme, en une seule journée,
autant d’argent : 10,139 milliards d’euros. 200 milliards en une seuil année 2019
Ensuite, les conditions de financement n’en finissent pas de s’alléger: le taux à dix ans des bons du Trésor a franchi un nouveau record à -
0,36 %. Et pour la première fois le taux à quinze ans est également entré en territoire négatif à -0,03 %.

Autrement dit, de grands investisseurs sont prêts à perdre de l’argent pour prêter à un horizon aussi lointain que 15 ans. Dans ces
conditions extrêmes, ceux qui achètent de la dette se reportent sur le très long terme pour obtenir un peu de rentabilité. Résultat : la
France a emprunté à 30 ans plus de 3 milliards d’euros, un nouveau record.

Septembre 2019 : 2 370 milliards d’euros de Dette


L’insoutenabilité des engagements financiers de
l’Etat à court terme par l’addition de multiples
mesures :
Quelle variable d’ajustement ?

Budget de l’Ett ? Budget des collectivités ?


DEFICIT DIMINUTION de DOTATIONS
Des coûts INDUITS incompatibles avec l’objectif européen de
redressement des finances publiques
Besoin de financement ratios mécaniques

+ DGF des EPCI (5 euros) : 30 millions


+ Péréquation DSU : 90 millions
+ Péréquation DSR : 90 millions
+ besoin de financement « évolution démographique » et autres mesures :
40 millions
= 250 millions d’euros

Besoin supplémentaire de financement lié aux mesures de compensation

+ Compensation TH : 22 milliards d’euros (C: 15,4 milliards / EPCI: 6,6 milliards)


+ compensation de l’Etat : TH bloc communal - TFPB département = 9,9 milliards
+ Effet annuel « Co-Cor » évolutif et actualisé : Montant versé aux communes sous-compensées – Montant prélevé
aux communes surcompensées + Maintien de la surcompensation inférieure ou égale à 10 000 euros : 709 millions
+ DCRTP : 2,9 milliards
- TVA reversée EPCI et Département : 6,6 milliards
PROFIL des les communes COMPENSEES : les communes de taille importante
sont très majoritairement concernées.

- 72% des communes de plus de 30 000 habitants sont compensées avec un coefficient
correcteur moyen de 1,24
- Produit fiscal de foncier bâti qu’elles percevront sera majoré de 24% en moyenne
- Seules 1/4 des communes de moins de 500 habitants bénéficieraient d’une compensation,
pour un coefficient moyen de 1,08 et un montant moyen de près de 10 000€.

PROFIL des communes ECRETEES :

- Les communes de moins de 500 habitants sont aux 3/4 écrétées


- Prélèvement avec un coefficient correcteur moyen compris entre 0,65 et 0,7
- Les communes entre 500 et 5000 habitants sont à 60% écrétées avec un coefficient correcteur
compris entre 0,75-0,8
4ème Constat : Des relations qui trouvent dans la
seule suppression de la TH et dans le débat inutile
lié au taux de référence pour les dégrèvements et
les compensations (2017 ? 2019 ?) notamment un cadre de
stratégie obligée dangereusement réducteur pour
l’Etat, les collectivités et les administrés

Un besoin de débat exhaustif et transversal …


Les relations financières entre l’Etat et les collectivités conditionnées pendant tout
un mandat municipal … 2020/2024 et marquées par :
- Poursuite de la réforme jusqu’en 2024 sous condition du montant de dette et de déficit à court terme,
- Maîtrise de la valeur des bases foncières de TH et délais d’actualisation des bases foncières repoussée à
nouveau,
- Caractère aléatoire du montant des variables d‘ajustement compte tenu des charges de DGF et de
compensation de TH ( effet « Co-cor » en plus des autres écrètements) : prélèvement de 150 millions
d’euros sur la dotation forfaitaire des communes et 100 millions d’euros sur la dotation de compensation
des EPCI + DCRTP + FDPTP …
- Modification des ratios de richesse et de pauvreté : potentiel financier et fiscal, PFIA,
- Accroissement des charges probables sur le propriétaire (habitation principale et Résidence
secondaire),
- Intégration d’abattements sur la TFPB des communes sans compensation de l’Etat,
- Montée en puissance de la DGF des communes versée aux EPCI en tant que ressource complémentaire
des EPCI à FP,
- Cantonnement des communes dans une sphère de recettes fiscales déconnectées sans espoir de
valorisation avant 2026 : une fiscalité à bout de souffle …
- Interrogation forte sur les principes de libre administration, d’autonomie financière et de liberté de
vote des taux,
- Accentuation des inégalités être collectivités (urbain/rural, effet de seuil) : effet révélateur de la LdF
2020
Le budget de l’Etat constitue la variable
d’ajustement, est équilibré, si toutes les
augmentations de compensation
(coefficients supérieurs à 1)

sont compensées par des prélèvements


en hausse
(coefficients inférieurs à 1)

ce qui n’est pas le cas …


Un besoin de neutralité fiscale pour les assujettis à la
TFPB des départements : le cas des abattements
départementaux et la création d’un Fonds de correction
des taux d’abbatement (FCTa)

Solutionner les augmentations de taux (taux Communaux


+ taux départementaux) sur des bases pouvant ne pas
faire l’objet d’abbatement dans l’une ou l’autre de ces
collectivités
Abattement communal Base nette de TFPB Taux de TFPB Produit de Produit
0% 700 12% TFPB TOTAL
84 acquitté
Abattement Base brute TFPB Taux de TFPB Produit de
Départemental 700 TFPB 197,4
10% Base nette TFPB 18% 113,4
630
Abattement communal Base nette de TFPB Taux de TFPB Produit TFPB
0% 700 (C+D) acquitté
30%
210

FCTa = (Tx Ab commune x Tx FB commune + Tx Ab Dpt x Tx FB Dpt) / ΣTx FB commune/dpt =


0,1 x 0,8 / 0,3 x 100 = 6%
Nouvel Abattement Base nette de TFPB Taux de TFPB Produit TFPB
communal 658 (C+D) acquitté
6% 30%
197,4
Dans la droite ligne de la loi du 16 décembre 2010 :

Possibilité, sur proposition du conseil communautaire par délibération prise à la


majorité simple, de mettre en commun la dotation globale de fonctionnement des
communes, pour ensuite la répartir entre toutes les communes selon de nouveaux critères
de charges et de ressources.

Cette proposition doit être acceptée par l’ensemble des conseils municipaux.

La proposition doit contenir les critères de répartition, dans un objectif de solidarité et de


cohésion des territoires, les critères sont librement choisis.

Le résultat de cette nouvelle répartition ne peut pas s’écarter de plus de 1% des recettes
réelles de fonctionnement du budget principal N-2 de chaque commune. Enfin, cette nouvelle
répartition n’est pas prise en compte pour le calcul des potentiels financiers communaux.
Cependant, de nombreux changements institutionnels ont bouleversé le régime du FPIC depuis 2012 et des
mesures d’accompagnement ont été instituées entre 2016 et 2019.

La nouvelle cartographie intercommunale mise en place en 2017 a modifié en profondeur les modalités de
répartition du FPIC.

Les agrandissements de périmètre ont eu pour conséquence une baisse mécanique du potentiel financier agrégé
par habitant et donc une éligibilité plus difficile au reversement du FPIC.

Des garanties de sortie ont été instituées elle disparaissent en 2020 … .

Afin d’amortir la sortie d’éligibilité des EPCI, sous condition d’Effort fiscal agrégé de nombreuses garanties
successives ont été instituées pour 2016, 2017, 2018 et 2019, incluant
- les collectivités qui perdaient leur éligibilité
- les collectivités bénéficiant déjà de garanties.

2020 marque la fin des garanties. 82 ensembles intercommunaux (regroupant plus de 2 000 communes) perdront
le bénéficie de garanties progressives qui, en l’état actuel des textes, ne s’appliqueront plus.
2020 : 20% des anciens assujettis paieront la TH et les taux d’imposition de 2020
seront figés à ceux de 2019. Les bases ne seront pas revalorisées.

2021 :
- Passage d’un dégrèvement en exonération pour les 80%
- nouveau dégrèvement pour 30% des 20% encore assujettis en 2020

2022 : 65% des 20% seront dégrévés

2021 et 2022 : prélèvement de la TH au bénéficie de l’Etat

2023 : 100% des 20% seront dégrévés : suppression définitive de la TH


La loi de finances pour 2020 : « LA » loi de
transition ?
Se persuader qu’il faille se convaincre :

quels outils stratégiques d’adaptation sous le


prochain mandat ?