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LES SOINS AUX NAUFRAGES

Un naufragé est un marin pêcheur dont la destruction


partielle ou totale de son navire, en mer,est tel qu'il ne
constitue plus un abri contre les agressions extérieures

Les agressions du naufragé sont variables et complexes en


fonction des circonstances de l'accident :

● de la durée dans l'eau exposant à la noyade et à


l'hypothermie.
● de l'exposition aux intempéries, au manque d'eau et de

nourriture.
● des lésions associées : plaies, fractures, brûlures, lésions

par explosion...
● de l'importance du traumatisme psychique.
Un naufragé mourra :

● de noyade en quelques minutes

● du froid en quelques heures

● de soif en quelques jours

● de faim en quelques semaines


I. LA NOYADE

3 à 6% des décès constatés parmi les marins seraient dus à


une immersion.

Trois circonstances

➢La noyade primitive du fait d'un épuisement musculaire


chez un nageur allant au delà de ses possibilités physiques
ou de la chute à la mer d'une personne ne sachant pas
nager.

➢La noyade secondaire à une syncope cardiorespiratoire ou


hydrocution

➢ La noyade au décours d'une plongée avec scaphandre


1 / symptomatologie :

Il existe deux formes de noyade :

Avec aspiration d'eau : après une phase d'apnée volontaire,


une déglutition et une aspiration d'eau se produisent.

Sans aspiration de liquide : dans 15% des cas, un spasme


du larynx empêche l'inhalation d'eau, mais provoque une
asphyxie.
Ceci entraîne :

Une hypothermie

Des troubles neurologiques : d'installation rapide et


réversible sous oxygénation : coma, rigidité, convulsion.

Des troubles respiratoires : asphyxie, oedème aigu du


poumon.

Des signes cardiaques : tachycardie, troubles du rythme


cardiaque, arrêt cardiaque soit syncopal soit secondaire à
l'asphyxie.
●Une modification de la coloration des téguments : aspect
bleu de la peau, pétéchies, hémorragie des conjonctives,
hémorragie de l'oreille moyenne.

● Des signes digestifs : distension gastrique toujours


présente ( par ingurgitation d'eau ou d'insufflation d'air ) ,
vomissements avec risque de régurgitation dans les voies
aériennes
2 / Prise en charge :

Les premiers gestes sont du ressort des personnes


présentes sur le lieu de la noyade.

Il faut réaliser un bilan des fonctions vitales qui a


pour objectif si la respiration est efficace et si le
coeur bat.

Trois situations peuvent se voir :

Victime consciente sans troubles respiratoires.

Victime dans le coma avec troubles respiratoires et


cardio-vasculaires.

Victime en état de mort apparente


a) Si la victime est consciente sans troubles respiratoires :

Il faut la mettre au repos

la réchauffer,

l'oxygéner au masque ( débit : 3 litres par min )

envisager une évacuation vers un hôpital. Une surveillance


cardio-respiratoire stricte doit être réalisée;
b) Si la victime est dans le comas avec des troubles
respiratoires et cardio-vasculaires :

Il faut libérer et protéger les voies aériennes supérieures


soit avec un aspirateur de mucosités soit au doigt.

Mettre le patient en position latérale de sécurité

Oxygénation au masque, ou bouche à bouche

Le drainage postural est contre indiqué.


c) si la victime est en état de mort apparente :

Il faut assurer simultanément : insufflation + massage


cardiaque externe. ( voir film )

LUTTE CONTRE L'HYPOTHERMIE +++


●LES MECANISMES DE L'HYPOTHERMIE
L'hypothermie est l'abaissement de la température du corps humain en dessous
de sa valeur normale. Un patient est en hypothermie quand sa température est
inférieure à 25° centigrade.

1) les échanges thermiques entre un individu et son environnement se font :

● Par convection : échange de chaleur entre solide ( corps humain ) et un fluide (


l'eau de mer ). La perte de chaleur est 2,5 fois plus importante dans l'eau que
dans l'air.

●Par conduction : échange de chaleur entre deux solides en contact, par exemple
entre un blessé et le pont du navire sur lequel il est allongé. Les couvertures et le
brancard ont un rôle d'isolation.

●Par radiation : échange de chaleur à distance entre 2 corps solides.


Négligeables dans l'eau. Ces échanges peuvent être importants entre un
naufragé et la paroi de l'embarcation.

●Par évaporation ou sudation : négligeable dans ce cas ( arrêt de la sudation :


première réaction à l'exposition au froid.
2) les réactions de l'organisme :

Les moyens de défense contre le froid sont limités en nombre et en efficacité car
sans commune mesure avec l'intensité de l'agression

a) Réactions de comportement :

● Augmentation de l'isolement vestimentaire.

●Production de chaleur par augmentation de l'activité physique (


piétinement ).

●Baisse des performances physiques et intellectuelles, lorsque les


possibilités de compensation des pertes sont dépassés
b) Réactions physiologiques :

➔Diminution de la perte calorique par la contraction des vaisseaux


sanguins. ( diminution débit sanguin ).

➔ Augmentation de la production de chaleur par un frissonnement


réflexe.
La production de chaleur peut être multiplié par 5 pendant une
courte durée. Le frisson s'épuise rapidement. Il es remplacé par
une rigidité musculaire quand la température rectale devient
inférieure à 35° : c'est l'hypertonie musculaire. Il peut être inhibé
par l'alcool. Mais ceci est dangereux car l'alcool entraîne une
vasodilatation et des pertes thermiques.
3) Le temps de survie en immersion :

La baisse de la température d'un sujet en immersion est fonction de :

La température de l'eau : la neutralité thermique entre un sujet et l'eau qui


l'entoure est obtenue quand la température de l'eau de mer est à 33°C. Or 67% de
la surface des océans ont une température inférieure à 25°C. Seules les zones
maritimes intertropicales ont une température comprise entre 25° et 29°.

La vitesse relative de l'eau par rapport au corps : un sujet en immersion perdra


plus rapidement de la chaleur si 'il y a du courant ou s'il nage.

L'importance de la surface corporelle.

La protection par les vêtements;

L'épaisseur du pannicule adipeux : la graisse sous cutanée a un rôle d'écran


thermique d'autant plus important que la couche lipidique est épaisse.
● LES ATTEINTES DUES AU FROID :

L'hypothermie modifie toutes les grandes fonctions vitales car elle ralentit la
vitesse des réactions chimiques cellulaires. Elle provoque une '' une mort
fonctionnelle '' qui en l'absence du traitement, aboutit au décès de la victime.

1) les accidents généraux :

la température se prend dans le rectum, grâce à un


thermomètre .

a) l'hypothermie modérée :

La température corporelle avoisine 34°.


Le patient est conscient et obnubilé.
Il frissonne continuellement.
Sa peau est pale, froide et horripilée
Le pouls est accéléré et difficile à palper.
La tension artérielle est normale ou augmentée.
b) l'hypothermie sévère :

● La température rectale est comprise entre 25° et 34°.

●Le patient est comateux. Ce coma est d'abord hypertonique, puis


hypotonique.

●Les pupilles sont d'abord serrés, puis élargies Le réflexe photomoteur est
présent.

● La peau est pale, froide et oedematiée.

●La fréquence respiratoire diminue. Elle s'arrête lorsque la température


corporelle set inférieure à 20°.

●La vasoconstriction rend imperceptible le pouls radial dès 32°, voire 33°. Il
faudra toujours rechercher le pouls carotidien ou fémoral pendant
plusieurs minutes.

● La tension artérielle est très perturbée et difficile à prendre.


c) en l'absence du traitement :

L'évolution se fait vers l'apparition des troubles du rythme


cardiaque, puis vers l'arrêt cardiaque et la mort.

Les critères de décès :

Un naufragé en hypothermie est mort lorsqu'il est CHAUD??????


d) Autres atteintes du naufragé :

●L'emmazoutage entoure le naufragé d'une gangue qui le rend difficile à


manipuler. L'ingestion d'hydrocarbures lourds entraîne des douleurs
abdominales et des vomissements; l'inhalation aggrave les troubles
respiratoires.

●Une explosion lors du naufrage peut entraîner des lésions hémorragiques


des poumons, de la rate et du foie.

● Déshydratation et dénutrition

●Atteinte psychologiques avec apparition des réactions inadaptées pouvant


compromettre le sauvetage de ces personnes ( maladresse, agressivité,
sentiment de culpabilité ).
2) Les accidents localisés :

Ils n'atteignent qu'une partie du corps.

Les crampes :

Elles apparaissent très rapidement quand la température de l'eau est


inférieure à 15°.

Les froidures ou les pieds et mains d'immersion :

Cet état survient lorsque la température des membres demeures


inférieure à la normale pendant une assez longue période. Les tissus
ne sont pas congelés.
Ceci est favorisé par l'immobilité, l'humidité, le port de chaussures
serrés, la position assise et le séjour prolongé dans un canot de
sauvetage dépourvu de fond isolant.

Ce processus évolue en trois phases :

Ischémique : les extrémités sont blanches, insensibles, froides,


parfois enflées, engourdies sans force.
Hyperhémique : elle apparaît lors du réchauffement et du retour de la
vascularisation sanguine des membres. Ces derniers sont chauds, rouges,
enflés et douloureux. Ce stade peur durer plusieurs semaines.

Séquellaire.
Les gelures :

Elles dues à la congélation de l'eau contenue dans les tissus vivants.


Elles sont le plus souvent localisées au niveau des extrémités exposées au
froid : orteils, doigts, nez, oreilles, lèvres.

Ce processus évolue en 3 stades :

- l'onglée : réversible; la peau est pale, cireuse puis apparaissent des


picotements et engourdissement des parties atteintes.

- La gelure superficielle :la partie atteinte devient insensible. Au


moment du réchauffement, des rougeurs apparaissent, puis des oedèmes et
des ampoules au bout de 24 à 48 heures.

- La gelure profonde : la zone concernée est dure, froide, d'aspect


gris marbré. L'évolution se fait vers la gangrène et la perte de substance. Les
séquelles sont souvent invalidantes avec des troubles atteignant la peau, les
vaisseaux ou les nerfs.
● LA PRISE EN CHARGE DU NAUFRAGE :

1) Accueil et préparation du naufragé :

Le naufragé hypothermique ne doit pas utiliser ses dernières réserves d'énergie


pour monter à bord. Il doit être repêché et transporté.
Ces patients supportent mal la position verticale et il y alors risque de
désamorçage de la pompe cardiaque.
Le naufragé sera traité dans un local chauffé. De l'eau chaude en grande
quantité est nécessaire
Il faut réaliser d'emblée un bilan des fonctions vitales et mettre en oeuvre si
nécessaire, une réanimation cardio-respiratoire ( oxygénation, mise en place
d'une canule de Guedel, ventilation au masque, massage cardiaque ).
Secondairement, un examen examen clinique rigoureux doit être pratiqué afin
de rechercher des lésions associées.

S'il y a afflux des naufragés, ceux qui ont des difficultés à respirer, puis ceux qui
ne frissonnent pas ou plus, seront pris en priorité.
2) Naufragé simple :

La victime est consciente sans lésion apparente. Elle présente un


refroidissement, un épuisement musculaire et un stress psychique.

Conduite à tenir :

✔Déshabillage, séchage, éventuellement lavage et décontamination préalable (


hydrocarbures ).

✔Mise au repos de la victime qui est entouré d'un drap, d'une couverture et d'une
couverture isothermique en aluminium ( qui peut être remplacé par un sac
plastique).

✔Apport énergétique par boissons chaudes et sucrées, en l'absence d'intolérance


digestive; dans le cas contraire, il est possible de réaliser un apport glucidique
par la pose d'une perfusion de glucose à 10%.
2) Naufragé noyé :

La prise en charge doit privilégier le maintien des fonctions circulatoires et


respiratoires. Pour la conduite à tenir se reporter au paragraphe I.2.

3) Naufragé en hypothermie :

Le réchauffement est le seul moyen thérapeutique. Son but est de stopper


le refroidissement et de quitter le plus rapidement possible la zone
dangereuse de 28°C de température corporelle.

●Si la température corporelle est supérieure ou égale à 36° : sécher le


blessé et lui donner des vêtements secs suffit.

●Si la température corporelle est comprise entre 31° et 36 ° : on la


méthode du réchauffement lent spontanée.

●Si la température corporelle est inférieure à 31° : à bord, on utilisera la


méthode du réchauffement externe rapide et actif.
a) le réchauffement lent spontané:

Il est assuré par la production de chaleur du sujet recouvert de simples


couvertures et allongé dans une pièce dont la température ambiante est
comprise entre 25° et 30°. Frictionner ou masser le patient est inutile.

La vitesse de réchauffement varie entre 0,1° et 0,7° par heure.

La durée de réchauffement n'est jamais inférieure à 245 heures.

b) le réchauffement externe rapide et actif :

Sont utilisés: les bouillottes, matelas et couvertures chauffantes, des bains chauds à
une température comprise entre 36° et 46° ( les bras du blessé restent hors de la
baignoire ) ou une douche à 38°.
Le malade sera perfusé avec su sérum glucosé à 10%, préalablement chauffé à 30°.
La voie veineuse sera difficile à poser du fait de la vasoconstriction.
Des boissons chaudes peuvent être administrées si le sujet est conscient. Il ne faut
jamais faire boire de l'alcool.
La durée du réchauffement varie entre 8 à 24 heures.
Lorsque sa température corporelle atteint 34°, le rescapé est sortit du bain et est
allongé dans une pièce et un lit chauffés.
c) les complications du réchauffement ou l' AFTER DROP:

Il est provoqué par un réchauffement trop rapide. Le retour du sang froid


des vaisseaux les plus périphériques vers le noyau central, entraîne une
baisse de la température corporelle. Cette chute peut atteindre 4 degré. Elle
est associée à une baisse de la tension artérielle et provoque une fibrillation
ventriculaire fatale. L'obésité favorise sa survenue.

Comment prévenir cette complication?

En augmentant progressivement la température du bain.

En laissant les membre hors de la baignoire.

Le sujet peut être déshabillé dans le bain par découpage de ses


vêtements Ceci évite des manipulations intempestives et l'apparition de
troubles cardiaques.
●LA PREVENTION DE L'HYPOTHERMIE
ET LA SURVIE EN MER

1/ La prévention collective : elle doit être privilégiée afin


de ne pas faire naufrage.

2/ La prévention individuelle :

L'embarquement de combinaisons de survie * sea step*


sur les navires de charge et de pêche ( obligatoire en
France depuis 1983 ).
3/ Les positions qui limitent la perte de chaleur en immersion :

En adoptant l'une de ces positions, une survie de 4 heures dans une


eau à 10° est possible sans combinaison :

● La position HELP :

la victime porte une brassière de sauvetage. Elle se tient en position


foetale, cuisses serrées, bras collés au corps, genoux fléchis et
relevés.

● La position HUDDLE :

En grappe, par groupe de 3 à 4 personnes qui se placent en cercle,


face à face, le plus serré possible les uns contre les autres.
4/ Dans l'embarcation de sauvetage :

● Il faut fermer les entrées pour se protéger des embruns et du vent.

● Il faut se serrer les uns contre les autres.

●Le plancher de l'embarcation doit être gonflé : l'air est un bon isolant
thermique.

● Il faut s'efforcer de maintenir radeaux et embarcations à l'état sec.

● Il faut effectuer périodiquement quelques exercices pour éviter


l'apparition des accidents dus au froid.

● Il est nécessaire d'adopter une attitude positive de volonté de vivre en


instaurant dans l'embarcation des règles de vie : désignation d'un chef
de bord, distribution des taches....