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Le système constitutionnel du

Royaume-Uni
Le Royaume-Uni (United Kingdom of Great Britain
and Northern Ireland) est constitué
(officiellement depuis 1707) de Nations autrefois
indépendantes : l'Angleterre, le pays de Galles,
l'Ecosse, et d'une partie de l'Irlande.
Mais le Royaume-Uni de Grande-Bretagne est
dominé par l'Angleterre (85% des électeurs), sous
l'autorité législative du Parlement de
Westminster. Le Royaume-Uni est donc
juridiquement un Etat unitaire avec une
nationalité de droit, la nationalité britannique,
même si une certaine autonomie culturelle et
politique est accordée aux anciennes Nations
souveraines.
PARTIE I: Les Sources Constitutionnelles
de l’État de Droit Britanique (on fera abstraction
des sources supranationales)

-La Grande Charte (Magna Carta): 1215


-La Pétition des droits (Petition of Rights): 1628
-L’Habeas Corpus: 1679
-La Déclaration des droits (Bill of Rights): 1689
- L’Acte d’Etablissement
-Les Lois à Valeur Constitutionnelle
-La Coutume et les Conventions
-La Jurisprudence
La Pétition des droits (Petition of
rights)
En 1628 le Roi Charles I Stuart (1600-1625-1649),
sur la pression de la Chambre des Communes
(House of Commons), dut signer ce texte.
La Petition of Rights, Pétition des Droits, exige
qu'aucun impôt ne soit établi sans le
consentement du Parlement et que cessent les
arrestations et détentions illégales. Elle interdit le
recours à la loi martiale en temps de paix et la
conscription forcée.
CONTEXTE HISTORIQUE

 Au XVIIe siècle l’Angleterre connaît 2 révolutions contre


le pouvoir absolu du roi. Elles vont réduire les pouvoirs
du roi et mieux les répartir.
 Elles amènent un nouveau fonctionnement de la
monarchie où le pouvoir n’appartient plus à un seul
homme : la monarchie parlementaire (c’est un régime où
le parlement possède presque tous les pouvoirs).
 C’est un modèle qui sera souvent cité par les penseurs
français pour critiquer le pouvoir absolu du roi. C’est
pour eux l’exemple à suivre pour gagner des libertés et
pour attaquer la monarchie absolue française.
1- La première révolution
Synthèse
 Depuis 1642 une guerre civile oppose Charles 1er, roi
catholique qui veut renforcer la monarchie absolue, à
Cromwell qui représente les protestants et le Parlement.
 Charles 1er est décapité en 1649. Cromwell
proclame la république mais celle-ci est vite
impopulaire et disparaît en même temps que
Cromwell en 1658. L’Angleterre revient à une
monarchie parlementaire : l’expérience sans roi
est courte mais elle renforce l’idée que le roi ne
doit pas posséder tous les pouvoirs.
Olivier Cromwell (1599-1658), gentilhomme
campagnard, puritain convaincu, est élu
en 1640 à la Chambre des communes et
apparaît rapidement comme le chef des
opposants à l'arbitraire royal, incarné par
Charles 1er.
Lorsque certaines fractions de la noblesse
se soulèvent contre le roi (comme lors de
la Fronde en France), une guerre civile
éclate, et Cromwell forme à ses frais un
régiment de cavalerie composé de
puritains protestants, exaltés comme lui,
et surnommés les Côtes de fer.
Il apparaît très vite comme un grand capitaine et bat les royalistes à Marston
Moor en 1644 et à Naseby en 1645.
Cromwell, à cet instant, aurait accepté un règlement pacifique du conflit, pourvu
que les pouvoirs du roi soient limités et que l'église établie soit supprimée. Mais
la duplicité de Charles 1er, qui croit pouvoir rétablir son pouvoir absolu, rend
cette solution impossible : le roi prépare la reprise de la guerre civile. Mais
Cromwell, à la tête de l'armée, se rend rapidement maître de la situation ; il
procède alors à une épuration du Parlement, traduit le roi devant une
commission extraordinaire qui condamne celui-ci à mort et le fait exécuter en
janvier 1649.
La république proclamée, Cromwell s'en prend à l'Irlande catholique : de
nombreux Irlandais sont massacrés et les biens des catholiques confisqués. Il
réprime alors les révoltes presbytériennes en Écosse, unit ce pays à l'Angleterre
en 1651, entre en conflit avec les Provinces-Unies (Pays-Bas actuels, 1652-1654),
dissout le Parlement par la force (1653) et reçoit le titre de lord-protecteur de la
République d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande (1653). Dès lors, le régime qu'il a
instauré devient despotique, et, s'il refuse la couronne que l'Humble pétition et
Avis de 1657 lui propose, c'est parce qu'il craint les réactions de l'armée.
Son fils Richard lui succède à sa mort, en septembre 1658, mais se voit contraint
de démissionner en mai 1659. En 1660, la monarchie est restaurée au profit de
Charles II, fils du roi décapité en 1649.
L’HABEAS CORPUS

En 1679 le Parlement rédige la loi de


l’Habeas corpus : le roi perd le pouvoir
judiciaire. L’individu doit être jugé
équitablement, devant un tribunal.
En 1679, après la guerre civile révolutionnaire qui se termine par la
défaite des "catholiques" Stuarts (1645) et la dictature du calviniste
puritain radical Oliver Cromwell (1599-1649-1660), la lutte politique
entre le Parlement, dominé par les protestants whigs (libéraux), et le Roi
Charles II Stuart (1630-1660-1685) se poursuit.
Afin de lutter contre les arrestations arbitraires le Parlement vote
l'Habeas Corpus Act, qui deviendra la garantie fondamentale du respect
des libertés individuelles avec le développement coutumier d'une
procédure (due process of law) qui est aujourd'hui l'un des piliers du
droit anglo-saxon.
Selon l'Habeas Corpus Act tout citoyen doit être jugé rapidement ou
être libéré sous caution, et s'il estime être détenu arbitrairement il peut,
en adressant une requête au Lord-Chancellor (ministre de la Justice),
obtenir un writ d'habeas corpus, qui est l'ordre écrit de libérer le
prévenu ou de le conduire devant un juge qui devra faire la preuve de sa
culpabilité, faute de quoi le prévenu doit être libéré.
Tout individu doit être jugé
par des tribunaux
« corporellement ». Il n’y a
plus d’arbitraire royal.
L’homme a des droits et
peut être défendu.
Tout individu doit être jugé
par des tribunaux. Il n’y a
plus d’arbitraire royal.
L’homme a des droits et
peut être défendu

La justice n’est plus dans les


mains d’un seul homme. La
loi fixe les règles de la
justice
Récapitulation

L’habeas corpus (1679)


Ce texte marque un progrès important pour
l’Homme en matière de justice :
-La justice n’est plus dans les mains d’un seul
homme.
-Chaque individu gagne le droit d’être défendu
par un tribunal.
-Ces tribunaux ne sont pas directement
soumis au roi. Ils sont « neutres ».
-GARANTIT LA LIBERTE INDIVIDUELLE ET
PROTEGE CONTRE LES ARRESTATIONS
ARBITRAIRES
2- La Glorieuse révolution (1688)

• En 1688 le Parlement renverse Jacques II et le


remplace par Guillaume d’Orange, un protestant.
• Ce Parlement vote un texte très important: La
Déclaration des Droits, le Bill of Rights: La
Déclaration des droits : le Bill of rights (1689). Ce
texte constitue une avancée importante pour les
libertés de l’Homme
La Déclaration des droits (Bill of
Rights)
En 1689, après l'échec de la "restauration" des Stuarts
Charles II (1630-1660-1685) et Jacques II (James II,
1633-1685-1688-1701), la "révolution" de 1688 porte au
pouvoir le protestant de Hollande Guillaume III
d'Orange-Nassau et son épouse Mary II Stuart, la fille
protestante de Jacques II.
Le Parlement oblige les monarques à accepter
solennellement le Bill of Rights, qui deviendra le
fondement de la monarchie constitutionnelle britannique.
Le Bill of Rights affirme:
La Souveraineté de la Loi (donc du Parlement), qui s'impose au Roi
comme à tous ses Sujets;
Le principe du consentement du Parlement à l'impôt;
de son consentement pour lever et/ou entretenir en temps de paix
une armée;
L'illégalité de la suspension par le Roi, sans l'autorisation du
Parlement, des lois et/ou de leur application;
Le droit de pétition des Sujets;
L'interdiction des cautions, amendes, punitions anormales,
excessives et/ou cruelles;
La primauté de la Religion protestante;
Que les élections au Parlement doivent être libres;
Que la liberté de parole, de débat et de procédure, au Parlement, ne
peut être mise en cause devant aucune juridiction ou aucune
institution extra-parlementaire;
Que le Parlement doit se réunir fréquemment.
Qui sont les Lords et les
Communes?

Quels sont les pouvoirs du roi


qui sont limités par ce texte?
Les Lords et les Communes
constituent le Parlement.
Les Lords sont évêques ou
nobles (donc par hérédité ou
nommés par le roi).
Les députés des Communes
sont élus par les hommes riches
Le pouvoir exécutif du roi est
limité
Le roi perd une partie de son
pouvoir économique
Le roi perd une partie de son
pouvoir judiciaire.
Cet article autorise les pétitions,
c’est-à-dire la liberté pour tout
individu d’exprimer son opinion ou
sa plainte aux autorités par ce
moyen
Le roi perd une partie de son
pouvoir militaire
Le roi perd son influence
politique : il ne peut intervenir
dans les débats. Il perd son
pouvoir législatif
L’article 8 empêche toute
poursuite (condamnation) pour
des idées au sein du Parlement
Cet article autorise la liberté de
parole et de débattre librement
(d’exposer toutes les idées) au
sein du Parlement
L’article 9 permet des élections
libres: chacun vote selon sa
volonté

Le Parlement occupe une place


dominante dans le système
politique anglais
Ce texte limite de façon importante les pouvoirs du roi :
-Le pouvoir législatif (les lois sont débattues par le Parlement et votées par
lui)
-Le pouvoir judiciaire s’autonomise
-Le pouvoir économique (le prélèvement et le contrôle des impôts)
-Le pouvoir militaire (la levée des hommes et leur financement)
-Une partie de son pouvoir exécutif (il ne peut empêcher certaines lois sans
le consentement du Parlement)

Une nouvelle forme de gouvernement s’esquisse: la monarchie


parlementaire. Les pouvoirs du roi et du Parlement s’équilibrent. Mais
il est plus précis de parler encore de Monarchie Constitutionnelle
C’est un modèle en Europe pour tous ceux qui contestent
l’absolutisme, notamment pour les philosophes des Lumières.
Cependant ce n’est pas encore une démocratie: les non-électeurs sont
une majorité (suffrage censitaire).
Les 2 Chambres qui
constituent le Parlement (des
Lords et des Communes)
équilibrent les pouvoirs du roi
L’Acte d’Etablissement (The Act of
Settlement)
En 1701, par l'Acte d'Etablissement (The Act of Settlement),
les règles de la succession au trône sont définies :
exclusion des catholiques ou des protestants mariés à un
catholique ; règle de primogéniture pour les descendants
mâles et sinon pour les filles ; obligation de prêter
serment afin de reconnaître le Bill of Rights.
Tous ces textes étant des lois peuvent être modifiés ou
complétés par des lois nouvelles. Ainsi le Statut de
Westminster de 1931 prévoit que toute modification des
règles de succession ne peut se faire sans l'accord du
Commonwealth.
Les Lois à Valeur Constitutionnelle
Ces lois sont examinées, afin de marquer leur importance, par la
Commission de la Chambre des Communes toute entière
(Committee of the Whole House).
1/ Pour la détermination et la délimitation des pouvoirs
institutionnels
De nombreuses lois britanniques sont intervenues dans le domaine
constitutionnel pour déterminer et délimiter les pouvoirs
institutionnels (la loi de 1986 concernant la portée des décisions
prises par les autorités communautaires européennes à l'égard de
l'ordre juridique britannique), les lois sur le Parlement de 1911 et
1949 concernant les pouvoirs relatifs des deux chambres et les lois
électorales.
2/ Les lois d'organisation administrative
Egalement de très nombreuses lois intervenant dans le domaine
administratif ont des incidences constitutionnelles: par exemple la
loi sur l'Education de 1944, sur l'Organisation de la police, sur la
Télévision en 1964.
La Coutume
Bien que de nombreux textes constitutionnels
existent en droit positif britannique c'est la
coutume qui réglemente ce qui concerne les
prérogatives royales et les droits
fondamentaux des citoyens.
I. Les prérogatives royales
Le Monarque est totalement irresponsable et, en
conséquence, échappe à toute action
juridictionnelle, civile et pénale.
Le Monarque, quel que soit son âge, jouit de la
pleine capacité juridique, cette capacité est
permanente puisque le Roi ne peut mourir, ce qui
s'exprime selon la formule bien connue "Le Roi
est mort, Vive le Roi".
Ses prérogatives politiques sont exercées par les
ministres de la Couronne : création de Pairs du
Royaume, convocation et ajournement du
Parlement...
II. Les droits fondamentaux
Exceptées les garanties judiciaires, qui sont
accordées par la loi d'Habeas Corpus de 1679, les
droits fondamentaux, en l'absence de textes les
concernant, existent implicitement. Ils sont
considérés par une partie de la doctrine comme
étant naturels et donc inaliénables.
La Loi n'intervient que pour réglementer leur mise en
œuvre, c'est à dire pour permettre l'exercice des
libertés publiques.
Ainsi la liberté de parole (le droit d'exprimer son
opinion) est-elle en principe pleine et entière, mais la
Loi est intervenue pour interdire le blasphème,
l'obscénité, la diffamation, la sédition, la divulgation
des secrets d'Etat....et plus récemment les propos
discriminatoires, racistes, et l'incitation à la haine.
Les Conventions
On distinguera entre les Conventions de la Constitution et les
Conventions Parlementaires:
I. Les Conventions de la Constitution: Par convention de la
Constitution (convention of the Constitution) les britanniques
entendent toute pratique constitutionnelle largement acceptée qui
devient répétitive de telle sorte qu'un consensus apparaît.
Ainsi, jusqu'en 1800 environ, les ministres sont nommés par le Roi,
puis la pratique s'instaure de ne nommer que des ministres qui
puissent disposer du soutien d'une majorité parlementaire, puis le
Premier ministre est choisi au sein de la Chambre des Communes,
puis le Premier ministre est le leader du parti qui détient dans cette
Chambre la majorité.
Ou, encore, le fait que le Monarque ne puisse agir que suivant l'avis
du Gouvernement date d'une convention de 1910 (Asquith).
II. Les conventions parlementaires
Le fonctionnement du Parlement relève assez
largement de conventions parlementaires, par
exemple :
- Le face à face des bancs des députés de la majorité
et des bancs de l'opposition, et donc le face à face
du Cabinet et du Cabinet fantôme (shadow Cabinet)
de l'opposition (qui sont sur le premier banc de
chaque côté) ;
- Le fait que l'absence d'un député de la majorité est
compenser par l'absence volontaire d'un député de
l'opposition ;
- La mise à l'ordre du jour d'un débat et d'un vote de
censure.
La Jurisprudence
Ce sont les tribunaux judiciaires qui contrôlent la bonne
application du droit britannique et qui, en particulier,
assurent la définition juridique et la protection des libertés
publiques.
Les juges tiennent compte de l'évolution des mentalités et
des mœurs pour adapter l'application des droits
fondamentaux aux nouvelles nécessités sociales qu'ils
apprécient en leur âme et conscience : pour ce faire ils
peuvent être amenés à restreindre ou, au contraire, à
étendre le champ d'application des lois en les interprétant.
Mais les tribunaux britanniques, comme les autres autorités
publiques, doivent évidemment respecter, en matière de
libertés publiques notamment, le droit européen
communautaire et/ou du Conseil de l'Europe et plus
généralement le droit international.
Evolution du modèle constitutionnel
britanique:

De la Monarchie constitutionnelle à la
Monarchie Parlementaire
• Siècle XV: Confrontation entre le Roi et les Ordres
(résultats différents en Angleterre et en Europe
continentale)
• En 1688: Monarchie constitutionnelle (Balanced
Constitution). Monarchie comme forme d’État et de
Gouvernement.
• Alternative du libéralisme français (1789) et
Espagnol (1812): Monarchie nationale. La fonction
de gouvernement se déplace vers la représentation
nationale (Monarchie n’est que forme de
gouvernement). Échec retentissant.
• Défaite de Napoléon: début de l’adoption du
modèle constitutionnel anglais = Monarchie
constitutionnelle.
• 1688: Monarchie constitutionnelle, 1834:
Monarchie parlementaire.
• Circonstances favorables: La longue durée de la
monarchie de George III, Bipartisme que
consolidât le Cabinet, développement des
mécanismes de contrôle du gouvernement de la
part des communes.
• Déplacement de la direction politique
responsable vers le Cabinet. Concrétion pratique
de la maxime: King can no do wrong.
• Irresponsabilité: King can no do alone: naissance
du Contreseing.
Définition:
On appelle contreseing une seconde signature qui
sert à authentifier la signature principale et à
marquer son engagement en s'en déclarant
solidaire.

En Droit Constitutionnel, l'autorité qui contresigne


un acte en endosse la responsabilité,
individuellement ou solidairement avec l'autorité
qui a pris l'acte.
• De la Théorie de l’Équilibre constitutionnel à celle
du Cabinet System.
• Distinction au sein de l’exécutif entre le Roi et les
ministres, entre le chef de l’État et le chef de
Gouvernement.
• Le Gouvernement exerce les fonctions que la
Constitution attribue au Monarque.
• Le Roi formalise des décisions contresignées par
le Gouvernement..
• Consolidation de la responsabilité du
Gouvernement devant le Parlement (Il n’y a pas
de double confiance).
CARACTERISTIQUES DU
PARLEMENTARISME BRITANNIQUE

• UN EXECUTIF BICEPHALE (Roi + Premier Ministre)

• UN PARLEMENT BICAMERAL (Chambre des


Communes + Chambre des Lords)

• UN SYSTEME POLITIQUE BIPARTISAN (Parti


Travailliste + Parti Conservateur)
LE MONARQUE
Le Chef d'Etat en titre du Royaume-Uni est le
Monarque, Roi ou Reine (depuis 1952 Elizabeth II).
L'Etat c'est la Couronne (The Crown).
De fait le Monarque ne conserve plus aujourd'hui
que des fonctions symboliques et rituelles. C'est lui
qui est le défenseur de la religion officielle, la
religion anglicane, et qui représente l'unité
nationale et la permanence de l'Etat.
LE MONARQUE
• IL EST DEPOURVU DE POUVOIRS REELS
• IL EST IRRESPONSABLE POLITIQUEMENT “The King can do no
wrong”
• IL DETIENT DES PREROGATIVES PUREMENT NOMINALES
• Il EST INFORME CHAQUE SEMAINE PAR LE PREMIER MINISTRE DE LA
VIE POLITIQUE
• IL LIT A LA CHAMBRE DES LORDS LE DISCOURS DU TRONE OUVRANT
LA SESION PARLEMENTAIRE
• IL DESIGNE LE PREMIER MINISTRE (Leader du parti majoritaire)
• IL CONSTITUE ESSENTIELLEMENT UN SYMBOLE
• IL SERT DE TRAIT D’UNION AVEC LES PAYS DU COMMONWEALTH
Le Gouvernement et le Cabinet
• A/ Composition
Il faut distinguer le Gouvernement (Ministry) du Cabinet (Cabinet).
Le Gouvernement est composé d'une centaine de membres: de
ministres avec ou sans portefeuille (departmental or non
departmental ministers), de secrétaires d'Etat (ministers of
State), de sous-secrétaires d'Etat (junior ministers), et de leurs
secrétaires parlementaires privés (parliamentary private
secretary, directeur de leur cabinet politique, et parlementaire
de l'autre Chambre que leur "ministre").
Le Cabinet qui ne comprend qu'une vingtaine de membres, les
principaux ministres, ressemble davantage à un gouvernement
Français que le Ministry.
Les membres du Gouvernement sont des
parlementaires, soit des Lords (une dizaine) soit
des députés, qui s'expriment au nom du
Gouvernement devant leur Chambre respective
et se font représenter devant l'autre Chambre
par leur secrétaire parlementaire. Un non-
parlementaire nommé ministre doit se
présenter à une élection partielle, et être élu,
pour demeurer ministre (convention).
• B/ Attributions
Le Gouvernement britannique conduit les politiques
extérieure et intérieure de l'Etat, de la Couronne (The
Crown). Toutefois c'est le Cabinet qui est l'élément
dirigeant du Gouvernement.
C'est le Cabinet qui est le noyau dur du
Gouvernement. C'est le gouvernement du
Gouvernement. C'est lui qui, par principe, détermine
et conduit la politique de la majorité parlementaire,
contrôle la procédure législative, coordonne l'action
des ministres, contrôle les administrations.
LE PREMIER MINISTRE
Trois hommes ont fondé, au XVIIIe et au début du
XIXe siècle, la fonction de Premier ministre de Sa
Majesté britannique: Walpole, en provoquant un
glissement de pouvoir de la Chambre haute à la
Chambre basse, démocratiquement élue; Pitt, en
obligeant le Roi à choisir le premier de ses
ministres dans la majorité, au sein des Communes;
Peel, enfin, en faisant de ce chef de la majorité un
chef de parti. Dès lors, l’évolution de la fonction
élective n’était qu’une fonction de temps.
La désignation du Premier ministre
• A/Le leader du parti majoritaire
Après les élections générales, le Premier ministre est nommé par le monarque
mais ce pouvoir de nomination est entièrement conditionné. En effet, dès le
début du XIXe siècle, alors même que l’affermissement du principe
parlementaire lui impose de tenir compte de l’existence d’une majorité aux
Communes, le roi tend à se plier à la nécessité de confier la formation du
gouvernement à celui qui est le chef de la majorité et non simplement à une
personne de sa confiance prise dans les rangs de cette majorité. La structure
avancée, pour l’époque, des partis britanniques retient le monarque de
s’immiscer dans les affaires des partis en confiant la charge du gouvernement à
quelqu’un qui n’apparaîtrait pas comme détenant la confiance et le leadership
au sein du parti. Une convention constitutionnelle s’est ainsi formée qui impose
au roi de désigner comme Premier ministre le leader du parti majoritaire.
Exemple 1:
En novembre 1990, Mrs Thatcher démissionne de
ses fonctions de Premier ministre parce qu’elle
n’a pas été réélue leader de son parti. Son
remplacement par John Major a eu lieu selon la
procédure prévue par les statuts du Parti.
Exemple 2:
En 1995, contesté à l’intérieur de son parti, J.
Major démissionne, se représente et, confirmé
en tant que leader de son parti, demeure
Premier ministre.
Exception 1:
le roi a pu, dans un passé récent, retrouver une
certaine autonomie dans l’exercice de sa
prérogative de nomination du Premier ministre,
lorsqu’ aucun parti ne détient la majorité ou
lorsque le parti majoritaire n’a pas de leader. Tel
fut le cas dans l’entre-deux-guerres, à l’époque
du tripartisme, puis, dans les années 1950, lors
de la succession de Churchill, d’Eden et de
Macmillan.
Exception 2:
Lorsque le Premier ministre n’est pas le leader du
parti le plus important à la Chambre des
communes, il est sous la menace constante
d’une motion de censure. Ce fut par exemple le
cas pour David Lloyd George, en 1916-1922 ou
pour Ramsay MacDonald en 1931-1935. Le
pouvoir du Premier ministre dépend de
l’ampleur de sa majorité.
• B/ Une investiture quasiment populaire
Depuis toujours, les élections britanniques se font au
scrutin majoritaire à un tour. Le pays est divisé en
circonscriptions électorales (659) qui envoient
chacune un élu (scrutin uninominal). L’élection a lieu
à un seul tour. Lors des élections, les Britanniques
désignent non seulement leurs députés aux
Communes mais choisissent (indirectement) le
gouvernement, le Premier ministre et une politique.
Ainsi, la majorité électorale coïncide avec la majorité
parlementaire, laquelle coïncide avec la majorité
gouvernementale. Le Premier ministre tire donc sa
légitimité du suffrage universel.
Le premier ministre et le Cabinet
A/ Le chef de l’exécutif
Le gouvernement britannique s’organise selon une structure originale
que l’on peut schématiquement résumer en distinguant
fondamentalement le Cabinet du reste du gouvernement. Le
Cabinet détient l’effectivité du pouvoir : c’est lui qui exerce tous les
pouvoirs de la Couronne ; il détient le leadership de la majorité et
tire sa légitimité politique de l’élection démocratique.
Le Cabinet, sorte de cercle intérieur au sein du gouvernement,
comprend les principaux ministres sous la présidence du Premier
ministre. Bien qu’il soit « au cœur du système constitutionnel
britannique » le Cabinet n’a pas d’existence constitutionnelle. Il est
sorti peu à peu de l’évolution politique séculaire qui a fait glisser le
pouvoir de la Couronne aux Communes, du souverain au Premier
ministre.
• Fonctions du Cabinet:
Elles comprennent la mise au point finale du
programme politique à soumettre au Parlement,
le contrôle suprême de l’exécutif dans la ligne
voulue par le parlement, la coordination
permanente du travail des ministères et la
délimitation de leurs responsabilités.
PRINCIPAUX PORTEFEUILLES MINISTERIELS

• The Lord Chancelier [ministre de la justice]


• Le Chancelier de l’échiquier [ministre des
finances]
• Le Secrétaire au Foreign Office [Affaires
Etrangères]
• Premier ministre et son Cabinet:
Le Premier ministre dispose vis-à-vis des membres de son Cabinet de
deux armes essentielles : le pouvoir de nomination et de renvoi.
Comme le déclarait à la presse Alex Douglas-Home avant de devenir
lui-même Premier ministre, « chaque membre du Cabinet est, en un
sens, l’agent du Premier ministre, son assistant (…) Aucun ministre ne
pourrait prendre une initiative importante sans consulter le Premier
ministre ; à l’inverse, si le Premier ministre veut entreprendre une
action, le ministre intéressé doit choisir entre s’incliner ou
démissionner (The Observer, 16 septembre 1962)
Ses pouvoirs de fait sont donc considérables : il compose lui-même son
Cabinet, désigne les ministres et crée au besoin de nouveaux
ministères. Il préside les réunions du Cabinet, en fixe l’ordre du jour,
oriente ses débats, contrôle la mise en œuvre de la politique définie.
Enfin, on vote rarement au Cabinet: il
appartient au Premier ministre de tirer lui-
même les conclusions des réunions et le
compte-rendu officiel des décisions prises sera
formulé dans les termes employés par le
Premier ministre.
• B/ La Responsabilité collective:
Le principe coutumier, mais impératif, de la
responsabilité collective du Cabinet s’explique
par la nécessité de l’unité d’action
gouvernementale. Tout ministre « endosse
totalement et sans arrière-pensée les mesures
décidées par le Cabinet et les politiques qui en
découlent » (Harold Wilson).
La mode est aujourd’hui à l’affirmation du déclin
du gouvernement de Cabinet face à la toute-
puissance du Premier ministre, véritable
« monarque élu ». Le système parlementaire
s’était construit comme le gouvernement de
Cabinet en réaction contre le pouvoir royal. Or
on peut penser avec Monica Charlot (Le pouvoir
politique en Grande-Bretagne) qu’il aboutit à la
renaissance d’un nouveau type de pouvoir
monarchique, au profit du Premier ministre.
On est donc bien loin aujourd’hui de l’image
d’un Premier ministre qui ne serait que comme
son étymologie l’indique, primus inter pares, le
premier de ses pairs. Ainsi le Premier ministre
est-il devenu le chef effectif de l’exécutif et, plus
largement, du gouvernement de Grande-
Bretagne, ou selon l’expression désormais
consacrée, an elected monarch.
PREMIERS MINISTRES BRITANNIQUES
DEPUIS 1940
• W. CHURCHILL {1940 – 1945}
• C. ATTLEE {1945 – 1951}, Travailliste.
• W. CHURCHILL {1951 – 1955}, Conservateur.
• A. EDEN {1955 – 1957}, Conservateur.
• H. MACMILLAN {1957 – 1963}, Conservateur.
• A. DOUGLAS-HOME {1963 – 1964}, Conservateur.
• H. WILSON {1964 – 1970}, Travailliste.
• E. HEATH {1970 – 1974}, Conservateur.
• H. WILSON {1974 – 1976}, Travailliste.
• J. CALLAGHAN {1976 – 1979}, Travailliste.
• M. THATCHER {1979 – 1990}, Conservateur.
• J. MAJOR {1990 – 1997}, Conservateur.
• T. BLAIR {1997 – 2004}, Travailliste.
• Actuellement c’est David Cameron, Conservateur
LE PARLEMENT
Le Parlement britannique est bicaméral. Il est
composé de la Chambre des Lords (House of
Lords, Chambre haute) et de la Chambre des
Communes (House of Commons, Chambre
basse).
A/ La Chambre des Lords
I. Composition
Avant la réforme de Tony Blair en 1999 sur environ 1 190 pairs l'on
comptait environ 900 pairs héréditaires (barons, vicomtes, comtes,
marquis, ducs). Désormais et provisoirement ne subsistent que 92
pairs héréditaires, élus pour la première fois par leurs semblables.
Les (535 depuis la réforme Blair) pairs et pairesses à vie sont élevés
depuis le Life pearage Act de 1958 à la dignité de Lords par le
Souverain en raison de leur éminente réussite dans les domaines les
plus divers : sciences et techniques, action sociale, arts et lettres.
Les 26 plus Hauts prélats de l'Eglise anglicane
(religion officielle) sont également Lords ainsi
que 12 Hauts magistrats, nommés à vie pour
exercer les fonctions judiciaires de la Chambre
des Lords (Law Lords).
La Chambre des Lords est dirigé par le Lord
Chancelier (Lord Chancellor) qui aussi est
membre de droit du Cabinet en tant que
Ministre de la Justice.
Les Lords sont dans leur grande majorité
conservateurs.
II. Fonctions de la Chambre des Lords:
1° En matière législative
Elles ont été limitées par les Parliament Acts de 1911 et de 1949 pour
ce qui est des lois d'intérêt général (public bills).
Pour les lois ordinaires la Chambre des Lords dispose d'un veto
suspensif d'un an.
Pour les lois financières (money bills) la Chambre des Lords peut
voter un délai d'attente d'un mois avant leur promulgation par le
Souverain.
La Chambre des Lords demeure pleinement compétente pour les lois
d'intérêt particulier (private bills), qui sont dérogatoires aux public
bills et qui consistent à accorder des droits et prérogatives aux
personnes privées et aux collectivités locales, les lois de ratification
des décrets-lois d'intérêt particulier (provisional order bills) et la
législation déléguée (order bills).
2° En matière judiciaire:

La Chambre des Lords constitue la Cour


suprême d'Appel en matière civile et pénale.
Elle siège alors en formation restreinte limitée
aux law lords.
Ne se prononçant que sur les cas les plus
importants ses décisions sont peu nombreuses,
mais les arrêts qu'elle rend ont une grande
portée jurisprudentielle.
B/ La Chambre des Communes

Elle est composée de 659 députés élus au


suffrage universel direct, au scrutin uninominal
majoritaire à un tour.
La Chambre des Communes est dirigée par le
Speaker. Lors des débats son rôle est essentiel
car c'est lui qui donne et retire la parole aux
orateurs et fait respecter la procédure.
La Chambre des Communes siège 160 jours par
an, en quatre sessions. L'année parlementaire
s'ouvre en automne par le Discours du Trône
(King's or Queen's speech from the Throne) qui
est prononcé par le Monarque (devant les deux
Chambres) mais rédigé par le Cabinet. Chaque
session forme un tout, ce qui signifie que les
textes de loi doivent être promulgués avant la
fin de chaque session pour être juridiquement
valables.
Le vote électronique n'existe pas. Le vote se fait
par "division". Les députés qui votent pour le
texte sortent par la porte qui se situe à droite du
Speaker (du côté du Cabinet) et ceux qui votent
contre le texte sortent par la porte qui est à la
gauche du Speaker (du côté du Shadow
Cabinet).
II. Les attributions législative et politique
La Chambre des Communes a pleine compétence en
matière législative et le monopole du contrôle politique
du Gouvernement.
1° La pleine compétence législative:
Après avoir été adopté par la Chambre des Communes le
texte est envoyé à la Chambre des Lords qui se
prononce selon une procédure moins complexe ; le
texte doit être adopté en termes identiques ; en cas de
désaccord le texte de la Chambre des Communes est
promulgué après un délai d'attente de 30 jours pour les
lois financières, et les autres lois supportent un veto
suspensif d'un an.
2° Le monopole du contrôle politique
La Chambre des Communes est seule à pouvoir contrôler
politiquement l'action gouvernementale.
Elle le fait en utilisant divers moyens, sans que ce contrôle
soit codifié comme en France.
Les techniques utilisées sont la technique des questions écrites
et orales, des motions en instance d'examen (early day
motion), des débats sur une motion d'ajournement, des
commissions de contrôle traditionnelles (scrutiny
committees), les commissions sectorielles (14) de contrôle
politique du Cabinet (policy committees).
Si le Gouvernement est renversé par la Chambre des
Communes, à la suite d'un vote à la majorité simple, la
coutume veut que la dissolution soit prononcée par le
Monarque à la demande du Premier Ministre.
LE PARLEMENT (Résumé)
LA CHAMBRE DES COMMUNES LA CHAMBRE DES LORDS
 659 MEMBRES • 1295 Lords (héréditaires,
 ELUS POUR 5 ANS spirituels et a vie)
 PRESIDEE PAR UN SPEAKER
• + Law Lords (magistrats)
 SEANCES PLENIERES ET QUESTIONS
ORALES • Tous nommés par le roi
 COMMISSIONS PARLEMENTAIRES • Aucun pouvoir de controle sur
 STANDING COMMITTES le Cabinet
 POUVOIRS: • Pouvoirs très réduits
 VOTER LA LOI
 POUVOIRS FINANCIERS • Réforme encore plus restrictive
 POUVOIRS DE CONTROLE DU engagée en 1999.
GOUVERNEMENT
Observations finales
1/ En théorie le Parlement britannique détient la Souveraineté juridique
(sous réserve du respect des normes supralégales que sont les
normes internationales et européennes), c'est à dire que ses pouvoirs
sont illimités lorsqu'il s'agit pour lui de légiférer.
Le Parlement peut rendre légal ce qui ne l'était pas et rendre illégal
ce qui était légal. Aucune autorité ne peut être supérieure à la sienne
et si les juges ont évidemment une certaine faculté d'interprétation
de la Loi, et peuvent invoquer l'existence de droits naturels
imprescriptibles, ils ne peuvent, bien entendu, rendre des décisions
qui seraient formellement contraires à la Loi.
Il n'existe pas, au Royaume-Uni, de Cour Suprême ou de Cour
Constitutionnelle qui pourrait limiter la Souveraineté juridique du
Parlement.
2/ En réalité c'est le Cabinet qui détient réellement le pouvoir
législatif comme le pouvoir exécutif, c'est pourquoi l'on peut
dire que le principe démocratique de la séparation des pouvoirs
est un mythe.
C'est le Cabinet qui a l'initiative des lois, qu'il fait voter par sa
majorité parlementaire.
Le Cabinet a donc la possibilité pratique d'exercer une véritable
dictature par sa Loi. S'il ne le fait pas c'est que le système
constitutionnel britannique est un système consensuel
d'équilibre entre les diverses forces sociales au sein d'une
Société qui est, pour l'instant en tout cas, viscéralement
attachée à la démocratie libérale.
3/ Si les trois fonctions sont formellement séparées en
Grande-Bretagne, comme dans tous les Etats qui se
réclament de la philosophie libérale, c'est bien la fonction
législative qui théoriquement joue le rôle principal et un
rôle qui, on l'a vu, est dominateur, le juge n'ayant qu'une
certain faculté d'interprétation par rapport à la Loi et l'Etat
de Droit obligeant l'administration à respecter celle-ci.
La Séparation des pouvoirs s’est fortement nuancée, voir
effacée, théoriquement au profit du Parlement et en
pratique au profit du premier ministre.