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Droits et Devoirs

du Patient

Module: Droits de l’Homme Droit Humanitaire


Pr : Nadia Frih
 
1. Introduction
• Patient = toute personne, malade ou non, ayant
recours aux services de santé.
• Personne avec:
- Des droits en tant que citoyen
- Des droits particuliers qu’elle pourra exercer
dans sa relation avec son médecin ou la
structure hospitalière.
• Personne vulnérable , souvent dépendante du
système de soins pour assurer sa propre
santé.
• Personne en droit d’attendre des
professionnels de santé qu’ils mettent
tout en œuvre pour lui offrir la meilleure
prise en charge possible.

• Personne qui doit connaître les


possibilités qui lui sont offertes pour
demander la mise en œuvre de ses droits
dans sa (future) relation médicale.
Exceptions aux droits du patient :
- Prévues par la loi pour des raisons d’ordre public
et en rapport avec les droits des autres
personnes (injonction thérapeutique:
malades mentaux, contagieux,…).

Médecin, personnel paramédical et


établissements sanitaires ⇨ respecter les droits
du patient et les soutenir.
Patient: a des devoirs à respecter.
2- Fondements des droits du patient :

2-1-Textes universels ou internationaux

• ONU: art.25 de la Déclaration universelle


des droits de l'homme (10 décembre 1948)

• UNESCO: Déclaration universelle sur la


bioéthique et les droits de l'homme (2005)
• OMS:
- Préambule de la Constitution de
l'Organisation mondiale de la santé (1945) ;
- Déclaration d'Alma Ata sur les soins de
santé primaires (1978) ;
- Déclaration sur la promotion des droits des
patients en Europe (1994);
- Autres.
• Association Médicale Mondiale:
- Déclaration de Lisbonne de l'AMM sur les
Droits du Patient (1981: révisée en 1995 et
2005)
• Conseil de l'Europe:
- Convention sur les droits de l'homme et la
biomédecine (1997).
- Charte européenne des droits du patient
(2002 )
- Autres
2-2- Textes nationaux: Constitution de La
République Tunisienne, Tunis le 26 Janvier 2014

• Article 38 La santé est un droit pour chaque


être humain. L’État garantit la prévention et
les soins sanitaires à tout citoyen et fournit
les moyens nécessaires pour garantir la
sécurité et la qualité des services de santé.
L’État garantit la gratuité des soins pour les
personnes sans soutien et à faible revenu. Il
garantit le droit à une couverture sociale, tel
que prévu par la loi.
• Textes réglementaires des structures
sanitaires
• Textes réglementaires des professions
de la santé en Tunisie (C.d.dentaire ,
médicale …)
• Charte du patient : circulaire du MSP
n°36 du 19 mai 2009;
• Droits dégagés par la jurisprudence
(sécurité dans les soins, etc.)
3 - Principaux droits du
patient
3-1- Droit à la protection de la santé
• Préambule de la Constitution tunisienne  ;
• Loi n° 91-63 du 29 juillet 1991 relative à l’organisation
sanitaire :
Article premier: «  Toute personne a droit à la
protection de sa santé dans les meilleures
conditions possibles ».
Article 3: « Elle a droit d’accéder aux prestations
préventives, curatives, palliatives, de diagnostic
et de réadaptation fonctionnelle, avec ou sans
hospitalisation, à titre onéreux ou gratuits ».
• Droit aux soins # droit à la santé.
Santé = effet recherché par les soins mais ces
derniers ne peuvent garantir le retour
systématique à la santé ou à son maintien.
 droit à la protection de la santé dont
le médecin est l'exécutant principal.

• Liberté du patient pour choisir son médecin et


l’établissement de santé dans lequel il souhaite
être pris en charge:
Droit d’accès aux soins  difficultés.
Ressources financières et protection
sociale du malade : Peuvent limiter
l’accès aux soins.

L‘Etat doit assurer sa mission de solidarité pour


permettre aux plus démunis un accès aux soins.
 Service public hospitalier est ouvert à toutes
les personnes dont l'état requiert ses services et
doit être en mesure d’accueillir les malades de
jour et de nuit… « article 3 du décret n° 81-1634 du 30
novembre 1981, portant règlement général des
structures sanitaires publiques».
L’usager du service public de santé :
N’est pas la libre de choisir son médecin

La législation relative à l’assurance


maladie, limite ce droit, par la création d’un
circuit de soins centré sur le médecin de famille  ;
Non liberté du choix de
l’établissement d’hospitalisation :
Personnes hospitalisées sans leurs consentements en
raison de troubles mentaux ou de maladies
transmissibles (établissements de santé
déterminés par la règlementation).
3-2- Droit de recevoir des soins appropriés

• Droit d'accéder au meilleur traitement dont


l'efficacité est reconnue par rapport aux risques
encourus et en tenant compte des circonstances,
notamment l'urgence et les moyens disponibles.
• Traitement: ne doit pas faire courir au malade
des risques disproportionnés par rapport aux
bénéfices escomptés.
• L’aspect technique des soins doit associer des
relations humaines satisfaisantes avec le
malade.
Exigences du Droit à des soins
appropriés:
- Infrastructures et équipements satisfaisants ;
- Coopération entre tous les soignants et/ou
établissements pour assurer la continuité des
soins ;
- Compétence médicale:
 Obligation de donner des soins attentifs et
fondés sur le dernier état des connaissances
médicales.
Obligation d’entretenir et de perfectionner ses
connaissances 

Obligation de ne pas dépasser sa compétence


sauf s’il s’agit d’une circonstance
exceptionnelle

 Obligation de refuser d’exercer sa profession


dans des conditions pouvant compromettre la
qualité des soins et des actes médicaux, en
dehors de l’urgence
3-3- Droit à la non discrimination dans les
soins
• Inscrit dans différents textes:
Article 6 du CDDentaire: Un chirurgien-dentiste doit
soigner ses malades avec la même conscience,
quels que soient leur situation sociale les
sentiments personnels qu’il ressent pour eux et leur
moralité.
Article 4 du décret n° 81-1634 du 30 novembre
1981, portant règlement général intérieur des
Hôpitaux…: « Les établissements publics ne
doivent établir aucune discrimination entre les
malades en ce qui concerne les soins ».
• Médecin: obligation de soigner tous les
PATIENTS avec la même conscience
professionnelle quels que soit leur : état de
santé ; handicap ; conditions sociales (âge, sexe,
situation familiale, conditions économiques,…) ;
nationalité, religion, opinion politique….

Tenir compte, dans les priorités, de la spécificité


de certains patients: situations urgentes,
malades âgés, handicapés, enfants, femme
enceinte, …
• Si nécessité de choisir entre les
patients justiciables d’un traitement
particulier, ne pouvant être offert à tous:

 Méthode équitable de sélection doit


être appliquée et doit se fonder sur des critères
médicaux. (Exemple : greffe d’organes).
Peut refuser ses soins pour des
raisons personnelles ou
professionnelles à conditions (art.
26 du CDD):
- S’assurer qu’il ne s’agit pas d’une urgence
(l’assistance à personne en danger est une
obligation légale, déontologique et éthique) ;
- Ne pas nuire à son malade ;
- Fournir au malade les renseignements utiles à la
continuité des soins.
Les données médicales relatives à la santé
d’un malade ne doivent pas être
exploitées dans une procédure
discriminative: eugénisme ; clonage ;
travail ou assurance maladie.
3-4- Droit au respect de la dignité
Patient: doit être traité avec égards durant les
différentes composantes des soins (consultation,
examens complémentaires, traitements,
hospitalisation, etc.).
• Il inclut:
- Disponibilité raisonnable du soignant, une écoute, un
traitement avec humanité, etc.
- Respect de l’intimité du malade;
- Respect des croyances et convictions du malade dans
la limite du respect de la liberté d'autrui et sans
porter atteinte ni à la qualité des soins, ni au
fonctionnement du service, ni aux règles d’hygiène.
• Concerne tous les patients, y compris :
- Personne privée de liberté: le médecin ne peut,
directement ou indirectement, ne serait ce que
par sa seule présence, favoriser ou cautionner
une atteinte à l’intégrité physique ou mentale
de cette personne ou à sa dignité.

- Malades soumis à des recherches médicales : les


intérêts et le bien-être du malade devraient
l’emporter sur le seul intérêt de la science ou de
la société.
- Malades en situations de fin de vie:
• Création d’un environnement approprié qui
permet de mourir dans la dignité ;
• Accompagnement en veillant à ce que le malade
soit soutenu autant que possible (et autant qu’il
le souhaite) par ses proches ;
• Accès aux soins palliatifs et de la douleur ;
• Prise en considérations des besoins
psychologiques, sociaux et spirituels du malade.
- Respect de la dignité après la mort (respect du
corps, du Secret médical, de sa mémoire).
3-5- Droit au respect de la vie privée et
à la confidentialité
Respect de la vie privée inclut:
• Respect des opinions personnelles du malade ;
• Non immixtion dans les affaires personnelles et
familiales du patient
• Respect de la chambre d'hôpital (assimilable au
domicile privé du malade pendant le temps où il
y réside: ne pas fouiller, ne pas prélever des
objets,…).
• Respect de la correspondance émise ou reçue par
le malade ; Etc.
Respect du secret médical en dehors
des dérogations prévues par la loi :
Obligation légale (art.254 du CP) et
déontologique (articles 4 du CDD),
Établissements sanitaires sont aussi
concernés  garantir la confidentialité des
informations qu'ils détiennent sur leurs
patients.
• Secret médical
 Non opposable au patient sauf en cas de
pronostic grave ou fatal (article 28 CDM), à
condition que la maladie en question ne
représente pas un risque de contamination
pour un tiers.
 Opposable aux proches du malade, mais un
pronostic grave ou fatal, peut être révélé à la
proche famille dans les conditions prévues par
l’article 36 du (CD Médicale).
 Ne cesse pas à la mort du malade.
 
3-6- Droit à l’information et au consentement

Droit fondamental.
• Nécessaire : pour le consentement aux soins +
transparence de la relation médecin- malade.
3-6-1- Information du patient :
- Délivrée personnellement par le médecin;
- Loyale, claire, appropriée et adaptée aux capacités
de compréhensions du patient et à sa
personnalité « tenir compte des difficultés de
compréhension de certains patients (enfants,
malades psychiatriques, personnes âgées, …)».
Contenu de l’information :
- État de santé ;
- Actes médicaux diagnostiques et /ou
thérapeutiques envisagés ainsi que les mesures
préventives : le degré d’urgence de leur
indication, leurs avantages + risques les plus
fréquents et graves ;
- Possibilités thérapeutiques alternatives;
- Les risques prévisibles en cas de refus du
traitement ;
- Pronostic.
• Les raisons de transfert d’un établissement
de santé vers un autre.

• Malade hospitalisé:
- Droit d’avoir une brochure mentionnant les
informations utiles durant son séjour;
- Être informé des identités des médecins
traitants et du personnel paramédical qui
le prend en charge.
Malade mineur
Droit d’information du représentant légal, sauf
urgence ou impossibilité de le contacter
+ Droit d’information du mineur lui-même suivant
son degré de maturité  participer à la prise de
décision le concernant.

Malade est hors d'état d'exprimer sa


volonté (coma) ou incapable de discernement
(petit enfant, trouble mental,..):
 solliciter le consentement du tuteur légal sauf
nécessité de soins urgents.
Dans quels cas un médecin est-il
dispensé d'informer ? 
• L’urgence + impossibilité d’avoir le
consentement du patient ou de la famille (ou le
représentant légal) « article 35 du CDM »: le
médecin doit donner les soins qui s’imposent.
• Refus du patient d’être informé à condition que
des tiers ne soient exposés à un risque de
transmission.
• Dans l’intérêt du patient en cas de pronostic
grave ou fatal
• Il faut mentionner sur le dossier
médical que le patient a été informé
et que toutes les recommandations
sus-décrites ont été respectées.
3-6-2- Consentement du patient
* Oral, tacite (implicite, sous-entendu) sauf
pour certains actes où la loi exige qu’il
soit écrit « AMP, Prélèvement d’organe sur un
donneur vivant, expérimentation médicale ».
* Doit être renouvelé pour tout acte
médical ultérieur.
* Doit être recherché lors de
l’enseignement donné au personnel
médical et paramédical.
Exceptions au consentement :

• L’urgence vitale chez le patient incapable


(enfant, incapable majeur)

• L’urgence chez le patient majeur ne


permettant pas d’avoir son consentement et
nécessitant une intervention rapide pour
assurer sa sécurité.
3-6-3- Droit de refuser les soins:
CAT du médecin:
« Tout faire pour le convaincre de se soigner »
- Evaluer sa capacité de discernement ;
- L’informer des conséquences de son refus (risques
encourus), de préférence devant témoins et par
écrit ;
- Renouveler l’information et ne pas céder trop
rapidement (devoir de persuasion) ;
- Consigner l’état clinique du patient et les diverses
précautions prises dans le dossier médical;
- Faire remplir par le patient un document de
décharge (sortie contre avis médical) ;
• Si le patient refuse de signer ce formulaire,
dresser un procès verbal de refus.
 Respecter la volonté du patient.
• Si refus de soins émanant du représentant
légal d’un enfant + risque sur sa santé ou
son intégrité physique ou morale :
 signaler la situation au DPE pour prendre
des mesures de protection.
3-7- Droit à l’éducation sanitaire
• L’éducation sanitaire doit concerner les
différents modes de vie saine et les moyens de
prévention et de dépistage précoce des
maladies.
• Une information générale portant sur la santé et
les services de soins doit être mise à la
disposition du public pour que tous les intéressés
en bénéficient.
• L’éducation incombe à plusieurs intervenants
dont le médecin reste le principal acteur.
 3-8- Droit à la sécurité dans les soins
• Sûreté de l’hôpital ou du cabinet médical pour
que le malade ne subisse de dommage,
accident ou d’agression.
• Obligation de prudence : médecin doit prendre
le maximum de précautions pour éviter au
patient un dommage durant les soins;
• Encadrement par la loi de certaines activités
médicales à risque : transfusion, prélèvement
et transplantation d’organe, expérimentation
médicale,…
4- Devoirs du patient

• Tout malade a l’obligation morale et


sociale de se soigner.

• Eviter la propagation de sa maladie si ce


risque est possible ;
• Respecter la liberté du médecin dans
l’appréciation des soins qu’il indique;

• Suivre les prescriptions médicales


diagnostiques et thérapeutiques et
respecter les conseils de l’équipe
soignante ;

• Fournir les pièces administratives requises


(pièce d’identité, carnet de soins valide, autres
documents nécessaires) ;
• Respecter le règlement intérieur
l’établissement et le personnel soignant ;

• Ses convictions ne doivent pas porter


atteinte ni à la qualité des soins, ni au
fonctionnement du service, ni aux règles
d’hygiène de l’établissement;

• Ne pas fumer dans les locaux de


l’établissement.
• Ne pas détériorer les locaux et les
équipements de l’établissement;

• Payer les honoraires des soins ou


présenter préalablement une attestation
de prise en charge délivrée par la CNAM
ou une compagnie d’assurance maladie ).
5- Conclusion

Droits fondamentaux Autres droits


• Libre choix du médecin • Refus des soins:incombe au
• Droit à l’information médecin de le persuader,
• Consentement libre et sinon d’exiger une
éclairé déclaration écrite
• Secret médical • Obtention d’avantages
sociaux: impose au médecin
• Qualité des soins
de lui fournir tout document
• Mort digne nécessaire