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CORROSION ET

PROTECTION DES
MATERIAUX

Pr. O. TANANE
o.tanane@gmail.com
La corrosion désigne l'altération d'un
matériau par réaction chimique avec
un oxydant (le dioxygène et le cation H+ en
majorité). Il faut en exclure les effets
purement mécaniques(cela ne concerne
pas, par exemple, la rupture sous l'effet
de chocs),
La rouille ; exemple le plus familier de corrosion
Mais la corrosion peut se combiner
avec les effets mécaniques et donner
de la corrosion sous contrainte et de
la fatigue-corrosion ; de même, elle
intervient dans certaines formes
d'usure des surfaces dont les causes
sont à la fois physicochimiques et
mécaniques.
Corrosion différentiée sur deux métaux
plus et moins oxydables
Définition Norme DIN 50900/1

D’après la norme DIN 50900/1, la


corrosion est la réaction que subit une
pièce métallique au contact de son
environnement à savoir une modification
mesurable de cette pièce pouvant
entraîner une détérioration due à la
corrosion.

Cette réaction peut être électrochimique,


chimique ou physico-chimique.

03/04/20 6
coût de la corrosion
On évalue à 4% environ du produit national brut. Ces chiffres
prennent en compte :
   Les pertes directes; remplacements des matériaux
corrodés et des équipements dégradés par la
corrosion
 Les pertes indirectes ; réparations, pertes de production ;
 Les mesures de protection ; utilisation de matériaux plus
chers résistant à la corrosion, de revêtements et de
protection cathodique ;
 Les mesures de prévention ; surdimensionnement des
structures porteuses, inspections, entretien.

03/04/20 7
Dégradation des métaux
(corrosion)

* Quelques chiffres...
- aux USA, ½ tonne d’acier est détruit à
chaque heure par la corrosion
- dans les pays industrialisés, le
coût de la corrosion s’élève à environ 4% du
P.N.B.

* La dégradation dépend...
- du type de matériau
- de l’environnement dans lequel
se trouve ce matériau
Exemples de corrosion des barres d’armature
métalliques dans le cas de ponts.
La corrosion est grandement accélérée par
l’utilisation de sels de déglaçage
RAPPEL
Réaction d’oxydo-réduction

oxydation: M Mn+ + né anode


réduction: Mn+ + né  M cathode
Question :

D’où vient le Potentiel électrochimique ?


Potentiel électrochimique
* Exemple
plonger deux métaux (Cu et Fe) dans une
solution acide
 mesure d’une différence de
potentiel

ddp
E

électrolyte
électrodes
d’où vient-elle ?
Potentiel électrochimique
* Dissolution
- dans le métal  excès de charges -
- dans l’électrolyte  excès de charges +
Potentiel électrochimique
* Dissolution

double couche
une accumulation de charges
créent une tension
+++++
- - - - - {
Potentiel entre le métal et l’électrolyte
RT
 loi de Nerst E  E  O ln a M n
nF

E  f  T , M n  
Potentiel électrochimique
* Potentiel d’équilibre
- donne la tendance de dissolution d’un métal
- mesuré p/r à une électrode de référence (H)
métaux actifs métaux nobles
tendance à passer en solution

+
Potentiel standards
* Exemple d’un système composé de deux
électrodes
Potentiel standards
* En résumé
Chaque métal a une tendance à la dissolution qui lui
est propre;
Pour deux métaux différents, celui qui aura la plus
forte tendance à la dissolution sera l’anode.

Anode Cathode
dissolution déposition
oxydation réduction

* Exemple 2 : Fe-Cu
??? 0,78 V

anode cathode
Réactions électrochimiques

* à l’anode (perte d’é-)


- réaction simple : dissolution du métal
nombre d’électrons de valence
n
M  M  ne
* exemple : Fe  Fe2+ + 2e
* à la cathode (gain d’é-)
- plusieurs cas sont possibles, selon le type d’électrolyte

Milieu acide sans O2 dissout

avec O2 dissout

Milieu neutre avec O2 dissout


ou basique
Réactions électrochimiques à la cathode
* Milieu acide (sans O2 dissout)
- dégagement d’hydrogène gazeux
- exemple : Fer dans HCl

Le fer donne des électrons


aux ions H+
(transfert des é- du métal aux ions)
2 H   2e  H2 ( gazeux )
Réactions électrochimiques à la cathode

* Milieu acide (avec O2 dissout)


- exemple : Fer dans HCl (avec O2 dissout)

Le fer donne des électrons


aux ions H+ et à l’O2
(transfert des é- du métal aux ions)
O2  4 H   4e  2 H2 O
Réactions électrochimiques à la cathode
* Milieu neutre ou basique (avec O2 dissout)

O2  2 H2 O  4e  4OH 

- exemple : la rouille (milieu


neutre)
2 Fe   4OH   2 Fe OH  2
hydroxyde ferreux
(instable)

hydroxyde ferrique 2 Fe OH  2  H O  1 2 O  2 Fe OH  3


2 2
(rouille)
Fe2+
OH-
Fer cathode
anode
é-
Réactions électrochimiques (résumé)
* à l’anode (perte d’é-) M  M n   ne

* à la cathode (gain d’é-)


sans O2 dissout
2 H   2e  H2 ( gazeux )
Milieu acide

avec O2 dissout

O2  4 H  4e  2 H2 O

Milieu neutre avec O2 dissout


ou basique O2  2 H2 O  4e  4OH 

Solution avec ions métalliques Vidéo 8.2c


Dépôt métallique M 
e M
Cinétique de la corrosion

* Vitesse de corrosion
- ne dépend pas du potentiel entre les électrodes, mais
plutôt du courant de corrosion
Vcorrosion  f  E  A  icorr  t
m
Vcorrosion  f  icorr  nF

* Courbe de polarisation
- variations de potentiel aux électrodes
* Passivation
- couche passive qui protège le matériau.
Cette couche peut disparaître (ex. changement de pH, attaque
des Cl-, érosion, etc..
Types de corrosion
* Corrosion uniforme
- diminution d’épaisseur constante dans le temps
(température donnée)
- réactions électrochimiques
- ex.: réservoirs, conduites, plaques, etc.
EXPÉRIENCE : CORROSION DU FER

chlorure 0,5 mol.l-1.


Pour éviter la diffusion trop rapide des couleurs, on gélifie la solution par
addition d'agar-agar.
bleu
rose

rose bleu

Phtaléine, pour observer la formation d'ions hydroxyde OH– et qui


donne une couleur rose.
Ferricyanure de potassium (ou hexacyanoferrate III de potassium) qui donne
naissance avec les ions Fe2+ à une couleur bleue.
* Corrosion galvanique
- deux métaux différents en contact entre eux
- le métal le moins noble devient anodique
- série galvanique :

potentiel de
dissolution
dans l’eau de mer
La série galvanique montre la possibilité de corrosion
entre deux métaux et non la cinétique (vitesse) de
corrosion

De plus, cette série n’est valable que pour l ’eau de


mer à 25°C...
Ex: à des températures > 70°C, la réaction s’inverse
et, dans le couple fer-zinc, le fer devient l’anode !

On peut toutefois utiliser la série galvanique dans la


plupart des cas dans l’eau douce aux températures
normales
EFFET DE SURFACE
Une très grande cathode par rapport à une petite anode
engendrera la corrosion très rapide de cette dernière...

Ex. boulons en alliage d’aluminium dans une tôle d’acier


inoxydable....
Types de corrosion
* Corrosion galvanique (suite)
- exemple : raccordement de tuyauterie

joints
d’étanchéité

- exemple 2 :
phases différentes
d’un même matériau
Types de corrosion
* Pile de concentration
- variation du milieu environnant
eau stagnante - ex.: pile à oxygène  les surfaces à basse
concentration en O2
sont anodiques

marée et variation d’O2

goutte d’eau

Vidéo 8.26
Types de corrosion
* Corrosion par piqûre
- attaque localisée : percement du métal
- endroits : * défauts de surface
* dépassivation (ex.: attaque des ions Cl -)

- attaque en profondeur, même si faible


perte de masse
--difficile à déceler

métal
La Corrosion localisée est un phénomène de corrosion qui
survient lorsqu'une pièce est protégée contre la corrosion
généralisée par un film passif souvent un oxyde protecteur
(par exemple, acier inoxydable ou aluminium).
L o g I [m A /c m ²]
C lO N a p H : 1 0 .8 0
C lO N a + 0 .5 g N a O H p H : 1 2 .5 0
-2 .0 C lO N a + 1 .0 g N a O H p H : 1 3 .2 5

-4 .0

-6 .0

-0 .8 -0 .4 0 .0 0 .4 0 .8
E (V /S S C )

Figure Courbes de polarisation de l’acier 316L dans un bain d’hypochlorite de sodium,


tracées à 1000tr/min, pour différents pH.

Le saut du courant dans le domaine anodique pour les trois courbes


correspond au potentiel de piqûration.
Autres types de corrosion

ZONES AYANT SUBI DES DÉFORMATIONS PLASTIQUES


IMPORTANTES
Dans un même matériau, ces zones de déformation
se comporteront comme des anodes...
Ex. Barre pliée, matériaux écrouis localement, etc...
Autres types de corrosion
ZONES DE GRADIENTS THERMIQUES
Dans un même matériau, un gradient thermique peut
favoriser la corrosion, la zone froide devenant l’anode
Autres types de corrosion
CORROSION PAR ÉROSION
Dans un même matériau, la turbulence créée par
l’écoulement rapide d’un liquide peut engendrer une
corrosion localisée (action à la fois mécanique et
électrochimique)
LES METHODES D’EVALUATION DE LA RESISTANCE A LA CORROSION

L’évaluation de la résistance a la
corrosion des matériaux est réalisée au
moyen de plusieurs méthodes qui
apportent des informations
complémentaires.
Les principales sont les méthodes
électrochimiques
MATERIEL ELECTROCHIMIQUE
La cellule électrochimique a double paroi est maintenue, par l’intérmidiaire d’un bain
thermostaté
Potentiel de corrosion

La potentiomètre est une méthode qui consiste


a suivre l’évolution du potentiel a
l’abandon (ou potentiel de corrosion : Ecorr) en
fonction du temps. C’est la tension d’un métal
ou d’un alliage métallique mesurée par rapport
a une électrode de référence lorsque aucun
courant ne s’écoule de ou vers cet échantillon.
L’unité de mesure est le V/ref.
Les courbes potentiel/temps permettent
d’apprécier les modifications de la
surface de l’échantillon en fonction du
temps d’immersion dans le milieu. Les
variations de potentiels de corrosion
enregistrées renseignent sur la
dégradation, la passivation ou l’immunité
d’une surface métallique.
Cependant, le déplacement du potentiel de
corrosion d’un métal vers des valeurs plus
nobles n’est pas toujours corrélé avec une
augmentation de la résistance a la
corrosion.

Il est donc indispensable de mesurer


parallèlement la valeur de
l’intensité de courant de corrosion.
Courbes intensite-potentiel appelées aussi courbes de polarisation globale, ou
courbes potentiodynamiques

Elles sont obtenues en faisant varier de façon


continue le potentiel appliqué à l’électrode de
travail depuis le domaine cathodique (valeurs
négatives du potentiel) jusqu’au domaine
cathodique et en enregistrant pour chaque
valeur de potentiel, la valeur de la densité de
courant correspondante

Ci-après une Courbe de polarisation :


comportement électrochimique d’un matériau passivable
- Courant de corrosion
Il est déterminé graphiquement a partir de la courbe
log i = f(E), il est exprime en intensité, l’unité de
mesure est l’A/cm2.

Quand la corrosion est contrôlée par le transfert de


charge et que les concentrations a
l’interface sont voisines de celles au cœur de la solution.
La valeur de l’intensité du courant
de corrosion icorr peut alors être obtenu en extrapolant
la droite de Tafel, cathodique et/ou
anodique, jusqu’au potentiel de corrosion Ecorr (figure
suivante).
Résistance de polarisation

Aucune condition cinétique particulière


n’est requise pour déterminer la
résistance de polarisation qui est
déterminée a partir de la courbe E=f(i)
au voisinage immédiat du potentiel de
corrosion de l’échantillon a + ou –50mV
(voir figure ci-dessous)
Détermination de la résistance de polarisation
Lutte contre la corrosion
* Choix des matériaux
- si possible, choisir des matériaux stables, pour éviter les
micropiles
- exemple béton armé : barres d’armature en matériaux
composites ($$$)
* Conception
- éviter les couples galvaniques isoler électriquement les métaux
- éviter les interstices (corrosion caverneuse)
- éviter les eaux stagnantes
- éviter les changements brusques de section (corrosion par érosion)
- rapport des surfaces des électrodes plus la cathode est grande p/r
à l’anode, plus l’annode se corrode rapidement (ex.: boulons et rivets)
Lutte contre la corrosion
* Conception (suite)
- exemples

joint trop petit


et changement brusque de direction

eaux stagnantes
Lutte contre la corrosion
* Action sur le milieu
(a) diminution de la teneur en O2 pour minimiser la réaction
à la cathode

(b) addition d’inhibiteurs de corrosion


- inhibiteurs anodiques (passivateurs)
- film mince sur la pièce à protéger
- élévation du potentiel de corrosion
jusque dans le domaine de passivité

- inhibiteurs cathodiques
ralentir la réaction à la cathode
Lutte contre la corrosion
* Revêtements
- isoler le matériau de l’électrolyte
- revêtement continu et adhérent à la surface à protége
- types de revêtement
Lutte contre la corrosion
* Revêtements (suite)
(a) revêtements métalliques
- application d’une couche de métal sur le matériau à protéger
- la couche protectrice sera anodique ou cathodique

1- protection par
revêtement anodique
ex.: Zn sur acier 1
(tôles galvanisées)
 le Zn sert d’anode et se
dégrade à la place de l’acier

2- protection par
revêtement cathodique 2
ex.: Cr sur acier
(pare-chocs, robinets)
 le Cr sert de cathode et l’acier se dégrade
s’il y a discontinuité de la couche protectrice
Lutte contre la corrosion
* Revêtements (suite)
(b) revêtements non-métalliques
- inorganique
* émail
* ciment et béton
- organique
* peintures
* huiles, goudrons
* graisses

(c) revêtements chimiques


- modifier chimiquement la surface
des métaux
* phosphatation
* oxydation
Protection contre la corrosion galvanique :

(a) isolation électrique, (b) : pièce


sacrificielle
Lutte contre la corrosion
* Protection électrochimique
(a) protection anodique
- augmentation du potentiel de corrosion de façon à ce qu’il
se situe dans la zone passive
- uniquement les métaux passivables
- énergie électrique nécessaire

protection anodique

protection cathodique
Lutte contre la corrosion
* Protection électrochimique (suite)
(b) protection cathodique (le métal à protéger devient une
cathode)

anode sacrificielle (Mg)


1- protection par anode sacrificielle
- couplage du métal à protéger avec un moins noble
- corrosion galvanique de l’anode
- dans le cas de l’acier, on utilise
des anodes de Zn ou de Mg
- ex.: bateaux, canalisations, réservoirs d’eau
 on doit changer les anodes périodiquement
2- protection par courant
extérieur imposé
- on impose un courant
extérieur de façon à ce
que le métal à protéger
devienne une cathode
- anode inerte (ex.: graphite)
- ex.: réservoir sous terre
 on doit appliquer un courant
permanent
Résistance à la corrosion
Pour information...

tiré de : Dieter Landolt


Traité des matériaux
12. Corrosion et chimie de surfaces des métaux
Presses Polytechniques et Universitaires Romandes
1993

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