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SAID HADDADI Pr GENOUNI HOUDA

> L’infraction > L’exercice de


flagrante l’action publique

> L’opportunité > La presomption


des poursuites d’innocence
L’infraction flagrante
Plan :

I-Définition de la flagrance
1) Infraction concrètement flagrante
2) Infraction présumée flagrante
3) Infraction assimilée à l’infraction flagrante

II-Contenu de l’enquête de flagrance


1-Direction de l’enquête de flagrante
2-Contenu de l’enquête de flagrance
Le crime est un phénomène universel, auquel se trouve confronté toutes
les sociétés. Sa connaissance s’impose, vue son caractère énigmatique
et problématique.

Le crime flagrant est celui qui frappe les sens .il a été perçu par ceux qui
sont assisté à sa commission ou bien directement par l’intermédiaire de
son auteur.

Le code de procédure pénale a défini l’infraction flagrante et la conduite à


tenir devant une telle situation par les autorités à savoir déclencher une
enquête.

Il s’agit donc de définir d’abord l’infraction flagrante (I), et d’en relever le


contenu de l’enquête de flagrance (II).
I-Définition de la flagrance

L’article 58 du code de procédure pénale prévoit que


Il y a crime ou délit flagrant :

1°Lorsqu'un fait délictueux se commet ou vient de se commettre ;


2°Lorsque l'auteur est encore poursuivi par la clameur publique ;
3°Lorsque l'auteur, dans un temps très voisin de l'action, est trouvé
porteur d'armes ou d'objets faisant présumer sa participation au fait
délictueux, ou que l'on relève sur lui des traces ou indices établissant
cette participation.

Est qualifié crime ou délit flagrant, tout crime ou délit qui, même dans
des circonstances non prévues aux alinéas précédents, a été commis
dans une maison dont le chef requiert le procureur du Roi ou un officier
de police judiciaire de la constater.
1) Infraction concrètement flagrante

Est qualifié crime ou délit flagrant le crime ou le délit qui se commet


actuellement, ou qui vient de se commettre.

2) Infraction présumée flagrante

La poursuite de la personne par la clameur publique


La découverte d’une personne trouvée en possession d’objets ou
présentant des traces ou indices, laissant penser qu’elle a participé à
l’infraction

 Il y a aussi crime ou délit flagrant lorsque, dans un temps très voisin
de l'action, la personne soupçonnée est poursuivie par la clameur
publique, ou est trouvée en possession d'objets, ou présente des
traces ou indices, laissant penser qu'elle a participé au crime ou au
délit.
3) Infraction assimilée à l’infraction flagrante

Est qualifié crime ou délit flagrant, tout crime ou délit qui, même dans
des circonstances non prévues aux alinéas précédents, a été commis
dans une maison dont le chef requiert le procureur du Roi ou un
officier de police judiciaire de la constater.
II-Contenu de l’enquête de flagrance

1-Direction de l’enquête de flagrante

a) Direction par l’OPJ


En cas de crime flagrant, l'officier de police judiciaire qui en est avisé
informe immédiatement le procureur du Roi, se transporte sans délai
sur le lieu du crime et procède à toutes constatations utiles.

Il veille à la conservation des indices susceptibles de disparaître et de


tout ce qui peut servir à la manifestation de la vérité. Il saisit les armes
et instruments qui ont servi à commettre le crime ou qui ont été
destinés à le commettre, ainsi que tout ce qui pourrait avoir été le
produit de ce crime.

Il représente les objets saisis, pour reconnaissance, aux personnes


qui pourraient avoir participé au crime.
b) Direction par le Procureur du Roi

En cas de crime flagrant et si le juge d'instruction n'est pas encore


saisi, le procureur du roi peut décerner mandat d'amener contre toute
personne soupçonnée d'avoir participé à l'infraction.
Le procureur du Roi interroge sur-le-champ la personne ainsi conduite
devant lui. Lorsqu'elle se présente spontanément accompagnée d'un
avocat inscrit au tableau ou d'un défenseur agréé, elle doit être
interrogée en présence de ce dernier.
c) Direction par le juge d’instruction

Lorsque le juge d'instruction est présent sur les lieux, le procureur du


Roi, ainsi que les officiers de police judiciaire sont de plein droit
dessaisis à son profit.

Le juge d'instruction accomplit alors tous actes de police judiciaire


prévue au présent chapitre.
Il peut aussi prescrire à tous officiers de police judiciaire de poursuivre
les opérations.
Ces opérations terminées, le juge d'instruction transmet les pièces de
l'enquête au procureur du Roi à toutes fins utiles.

Lorsque le procureur du Roi et le juge d'instruction sont simultanément


sur les lieux, le procureur du Roi peut requérir l'ouverture d'une
information régulière dont le juge d'instruction présent est saisi par
dérogation, s'il échet, aux dispositions de l'article 91 ci-après.
2-Contenu de l’enquête de flagrance
Mesures appliquées aux personnes

Les officiers de police judiciaire, soit sur les instructions du procureur


du Roi, soit d'office procèdent à des enquêtes préliminaires.
Ces opérations relèvent de la surveillance du chef du parquet
général.
Les perquisitions, visites domiciliaires et saisies de pièces à
conviction ne peuvent être effectuées sans l'assentiment exprès de la
personne chez laquelle l'opération a eu lieu.
Cet assentiment doit faire l'objet d'une déclaration écrite de la main
de l’intéressé ; si celui-ci ne sait écrire, il en est fait mention au
procès-verbal ainsi que de son assentiment.
Les formes prévues par les articles 61 et 64 sont applicables.
Les gardes à vue sont mentionnées dans les formes prévues aux
articles 69 et 709.
L’opportunité des pousuites:

Plan :

Section 1 : détermination du principe de l’opportunité des


poursuites
I- définition
II-classement sans suite
III-avantages et inconvénients de l’opportunité des
poursuites

Section 2 : l’appréciation De l ‘opportunité des poursuites


I-L ‘appréciation d'opportunité lors du déclenchement des
poursuites 
II-L ‘appréciation d'opportunité lors de l'exercice des
poursuites 
Conclusion
Section 1 : détermination du principe de l’opportunité des poursuites

I- définition

>Pour comprendre ce principe, une définition des termes s'impose.


On entend par poursuite l'acte procédural par lequel une partie à la
procédure, exerçant son action, saisit une juridiction d'instruction ou de
jugement ouvrant ainsi le procès pénal.

>De plus, le mot « opportun » est là pour exprimer la fidélité à l'idée


de liberté du parquetier entre la poursuite et la non-poursuite.

>Le code de la procédure pénale précise que le parquet est libre de


donner la suite qu'il considère opportune aux plaintes, dénonciations,
procès-verbaux et rapports qui lui sont adressés à l'occasion de la
commission d'une infraction.
Cette liberté se justifie par le fait que le magistrat du parquet est le
magistrat qui est le plus en contact direct avec la réalité, il reçoit
les plaintes, les dénonciations, il a les rapports de la police
judiciaire, il a le maximum d'informations lui permettant de prendre
décisions régulières.

Cependant cette liberté de poursuivre ou de ne pas poursuivre


peut entraîner des abus que ce soit au niveau de l'appréciation
soit au niveau des droits individuels et sociaux. C'est pourquoi
plusieurs dispositions législatives viennent la limiter

L'opportunité des poursuites appartient au ministère public. Il peut,


décider de ne pas déclencher de poursuites pour un fait présentant
les caractéristiques d'une infraction, et ainsi de classer l'affaire.
II-Classement sans suite

La décision de ne pas poursuivre peut se justifier par la fausse


qualification donnée aux faits par les auteurs de la plainte ou la
dénonciation  ou l'inexistence d'un trouble social, un trouble
insignifiant ou parce que la poursuite risque de provoquer un
trouble social beaucoup plus grave que celui qui résulte une
infraction (Émeutes)

Il ne suffit pas qu'il y ait violation de la volonté populaire qui est la


loi(pénale), c'est-à-dire la naissance de l'action publique, mais il
faut aussi que le fait décrier constitue une infraction c'est-à-dire
que tout les éléments constitutifs de l'infraction soient réunis, car si
le dossier est entaché de l'un des éléments causant l'extinction de
l'action publique ou si le fait a un caractère bénin le parquet peut
classer l'affaire sans suite.
N.B : le classement sans suite est une mesure administrative, peut
revenir sur sa décision de classement ; le parquet indique les
raisons juridiques ou l'opportunité qui motivent le classement sans
suite lorsqu'il informe le plaignant ou la victime.
Le classement sans suite peut être susceptible de recours,

En cas de classement sans suite, la victime peut déposer une 


plainte avec constitution de partie civile
III-avantages et inconvénients de l’opportunité des poursuites

1) avantage
Ce principe de l'opportunité des poursuites est avantageux de
lorsqu’il écarte des plaintes fantaisistes, des infractions bénignes, il
désencombre les cours et tribunaux. Dans la mesure où ce principe
étudie la quintessence, la pertinence même de l'affaire, ce principe
se joint à un principe général de droit qui veut que « l'on ne peut
pas troubler la quiétude du juge pour de fait bénin » et son
corollaire qui veut que le magistrat ne soit pas lié à de vétilles.

Ces principes ont pour idée que le juge devrait se concentrer aux
affaires sérieuses qui affectent la société plutôt que de perdre le
temps à des futilités contrairement à l'esprit du principe qui voudrait
que toute personne quel que soit le fait délictuel qu'il a commis si
bénin soit-il soit déféré devant le juge.
2) Inconvénient

Le principe de l'opportunité des poursuites entraîne l'arbitraire dans la


répression en favorisant injustement certains coupables. Il a aussi pour
danger « l'inertie du parquet » parce qu'on ne peut pas obliger le
ministère public à agir et parce qu'on ne peut pas empêcher le
ministère d'agir « poursuite inopportune ».

La subjectivité du parquet est due à la mauvaise interprétation de ce


principe, en effet dans notre société tous les faits sont bénins de nos
jours, le législateur qui accordait une grande importance à la vie
humaine dès sa conception, voit aujourd'hui toute son œuvre bafouée
par le parquet dit « organe de la loi » à telle enseigne que l'avortement
est devenu un fait bénin.
Apres avoir eu connaissance du fait délictuel, ce principe donne
au parquet 3 attitudes : déclasser l'affaire sans suite lorsque le fait
décrier ne constitue pas une infraction, de proposer l'amende
transactionnelle si la peine correspondant à cette incrimination
comporte et ou une amende, ainsi la poursuite proprement dit si
tous les éléments constitutifs de l'infraction sont réunis et que la
poursuite ne pose pas préjudice à la société.
Section 2 l’appréciation d’opportunité
L'opportunité des poursuites c'est la liberté d'appréciation laissée
au ministère public Au contraire, le principe de la légalité des
poursuites signifie qu'en présence d'une infraction, la poursuite est
automatique.
L'opportunité des poursuites permet le classement sans poursuite
devant un tribunal, notamment lorsque l'auteur d'une infraction est
inconnu ou lorsque le ministère public estime opportun un tel
classement.    
I-L ‘appréciation d'opportunité lors du déclenchement des
poursuites 
Le principe de l'opportunité apparaît plus intelligent car il n'y a pas
d'obligation de déclencher des poursuites. À la vérité, ce système
d'opportunité peut apparaître curieux. Si une infraction a été
commise, il devrait être naturel de conclure qu'il faut la poursuivre.
Le droit pénal est soumis au principe de légalité tandis que la
procédure pénale est soumise au principe d'opportunité. 
La légalité criminelle, assouplie par l'opportunité, permet d'instaurer
une justice répressive plus humaine et permet de dire qu’une
infraction existe mais que l'on n'en poursuivra pas
l’auteur. Effectivement, ce n'est pas parce qu'une infraction a été
commise qu'il faut ipso facto déclencher les poursuites. 
 
 Si un enfant de 13 ans a volé quelques cerises : on a un vol. Mais
est-ce que le parquet va être inspiré en le citant devant une
juridiction répressive ? En revanche, si un vol est commis par un
récidiviste, il est utile que lui soit rappelé que certaines choses ne
se font pas. 
 
 Le principe opportun est plus humain et permet à la justice de ne
pas opérer à l'aveugle.
 II-L ‘appréciation d'opportunité lors de l'exercice des poursuites 
 
  Dans un système de légalité, le parquet ou l'équivalent doit «
soutenir l'accusation jusqu'au bout », de la même manière qu'il doit
déclencher les poursuites. Il doit tout faire pour obtenir la
condamnation, et mener les poursuites à leur terme. 

  Selon le principe d'opportunité, on peut dire que, de la même


manière que le parquet est libre de déclencher les poursuites, il est
libre de soutenir ou non l'accusation jusqu'au bout. Dans un
système d'opportunité, il faudrait admettre que le parquet, après
avoir déclenché les poursuites, puisse se raviser et dire à la
juridiction qu'il compte arrêter les poursuites. 
On consacre néanmoins le principe de la légalité à ce stade des
poursuites. Une fois que les poursuites ont été exercées, on trouve
le système de la légalité.
En France, le parquet ne peut dessaisir la juridiction une fois que la
décision d'engager les poursuites, a été prise, mais il est libre pour
les décisions de relaxe. 
Conclusion  

Ce principe permet donc un désencombrement des juridictions, mais


provoque une entorse à légalité et à la prévisibilité criminelle.

Par ailleurs, il faut craindre sous couvert de l'opportunité que ne


s'introduise un intolérable arbitraire puisque le ministère public classera
peut-être certaines affaires pour obéir à des injonctions du
gouvernement ou pour favoriser certaines coupables hauts placés.

De plus, ce pouvoir de libre appréciation peut créer un risque


d'inégalité entre les personnes, car une personne peut être poursuivie
alors que pour les mêmes faits le dossier d'une autre peut être classé
sans suite.

 
L’exercice de l’action publique:

Plan :
Section 1 : Les sujets de l'action publique 
I-  Les sujets passifs
II-  Les sujets actifs de l'action publique 
 
Section2 : L’exercice de l'action publique
I. l'opportunité des poursuites
1 -- limite à la liberté de poursuivre
2 -- les limites à la liberté de ne pas poursuivre
Section 1 : Les sujets de l'action publique 

Les sujets de l'action publique Elle est activement exercée par le


représentant de la société, le ministère public passivement subie par
le responsable de l'infraction auteur ou complice.
 
I-  Les sujets passifs

Ce sont les auteurs, les coauteurs et les complices en application du


principe de la personnalité de la responsabilité pénale et l’individualité
de la sanction. Cependant le droit positif retient des solutions plus
nuancées c'est le cas de la responsabilité pénale du fait d'autrui et
celle des personnes morales.
 
1 -- les personnes physiques : dans certains cas la loi permet
l'exercice de l'action publique contre des auteurs indirects,( chefs
d'entreprise en matière de hausse illicite des prix, de fraude
alimentaire...) l'objectif est une défense sociale efficace.
2 -- les personnes morales de droit privé : peuvent être
responsables et subir les sanctions appropriées.
Les personnes morales de droit public (Etat, administration,...) ne
peuvent pas faire l'objet d'une action publique, ce serait paradoxal,
l'état représente la société, celle-ci ne peut se troubler elle-même,
se poursuivre et se condamner.
Autre est la situation du fonctionnaire pénalement responsable
d’infractions commises à l'occasion de l’exercice de ses fonctions,
les fonctionnaires les plus élevés peuvent subir l'action publique
devant la haute cour de justice.
II- les sujets actifs de l'action publique 

Il s'agit de deux situations juridiques différentes : le déclenchement


de l'action et l'exercice de la poursuite jusqu'au jugement définitif.
La seconde est un privilège exclusif de la société car c'est elle qui
permet de prononcer la sentence ainsi que la réaction sociale.
 
Classiquement la mise en mouvement et l'exercice de l'action
publique sont du ressort du ministère public représentant naturel de
la société dans  le procès pénal.

Cependant ce pouvoir ce ne lui appartient pas en propre, c'est un


droit propre à la société et le ministère public ne l'exercice que en
tant qu'intermédiaire commode et fonctionnel, ce qui entraîne des
conséquences importantes sur le plan juridique, le parquet ne peut
pas disposer de l'action publique : il ne peut pas l'abandonner aux
termes d'une transaction avec le responsable pénal, il ne peut
renoncer aux poursuites après avoir déclenché l'action publique.
Il ne peut pas poursuivre abusivement ni altérer le cours de la
poursuite par des actes ou des propos quelconques.
 
Le juge de jugement se saisit  d'office et tranche sans tarder en
cas de commission de délits ou de contraventions à l’audience, ce
sont des impératifs pratiques de rapidité, de simplicité, l'absence
de toute atteinte directe ou indirecte au droit de la défense et à
l'administration de la justice  pénale qui dictent l'exercice de l'action
publique par le juge du jugement.
 
L'administration et le ministère public peuvent déclencher et
exercer ensemble l'action publique dans les infractions
sanctionnées par l'emprisonnement et l'amende. Le ministère
public demande l'application des peines, l'administration, la
réparation du préjudice.
L'action publique tombe plus ou moins entièrement en fonction de
la transaction, le parquet peut se trouver empêché de continuer les
poursuites et de réclamer les peines.
L’effet exorbitant de la transaction s'explique par le caractère
superficiel de l’infraction et l'intérêt de l'administration à obtenir la
réparation.
 
La victime a droit à la réparation,  elle doit avoir un intérêt à
intervenir au pénal désirant bénéficier de la rapidité de la
procédure pénale, la liberté des preuves et le rôle efficace joué par
le ministère public.  Ces considérations justifient l'intervention de la
victime dans un procès déjà entamé.
Section2 : L’exercice de l'action publique
 
En l’absence d’une administration habilitée pour déclencher l'action
publique ou d'une victime qui se constitue partie civile, le ministère
public retrouve le monopole du déclenchement et des poursuites
publiques. Le risque d'abus n'est pas absent.

Les membres du parquet sont les magistrats et par conséquent ils


remplissent les conditions indispensables pour la garantie de droit
de la défense et de la société, néanmoins ceci ne supprime pas le
risque de poursuites "déplacées", c'est pourquoi le juge agit
conformément à son intime conviction tout en respectant
rigoureusement les procédures destinées à la garantie d'une bonne
administration de la justice.
Donc les magistrats du parquet sont libres de poursuivre ou de ne
pas poursuivre suivant le sens qu'ils donnent au principe de
l'opportunité des poursuites, par ailleurs dans l'exercice de cette
poursuite ils sont astreints à un formalisme très rigoureux.
 
 I. l'opportunité des poursuites
 
Le code de la procédure pénale précise que le parquet est libre
de donner la suite qu'il considère opportune aux plaintes,
dénonciations, procès-verbaux et rapports qui lui sont adressés à
l'occasion de la commission d'une infraction.
Cette liberté se justifie par le fait que le magistrat du parquet est
le magistrat qui est le plus en contact direct avec la réalité, il
reçoit les plaintes, les dénonciations, il a les rapports de la police
judiciaire, il a le maximum d'informations lui permettant de
prendre décisions régulières.
La décision de ne pas poursuivre peut se justifier par la fausse
qualification donnée aux faits par les auteurs de la plainte ou la
dénonciation ou l'inexistence d'un trouble social, un trouble
insignifiant ou parce que la poursuite risque de provoquer un
trouble social beaucoup plus grave que celui qui résulte une
infraction (Émeutes).
Cependant cette liberté de poursuivre ou de ne pas poursuivre
peut entraîner des abus que ce soit au niveau de l'appréciation
soit au niveau des droits individuels et sociaux. C'est pourquoi
plusieurs dispositions législatives viennent la limiter
1 -- limite à la liberté de poursuivre
 
Il arrive que la liberté de poursuivre soit anéantie par la présence
d'une finalité sociale supérieure préférable à la répression, ce sont
des empêchements définitifs, dans d'autres situations le
déclenchement de l'action publique est conditionnée par la
réalisation de conditions supplémentaires en plus des éléments de
l'infraction et la responsabilité de l'auteur, il s'agit d’empêchements
temporaires.
 
a -- les empêchements définitifs
 
Il s'agit de l'amnistie, du décès du délinquant, dans ces cas l'action
publique perd sa finalité, sa raison d’être. Par ailleurs le législateur
prévoit des cas d'immunité pour certains étrangers délinquants et
certains nationaux (parlementaires, vols entre époux), ces
immunités sont propres à leurs auteurs et ne s'étendent pas aux
autres coauteurs ou complices
b -- les empêchements temporaires
 
Contrairement aux empêchements définitifs qui excluent
définitivement l'exercice de la poursuite de l'action publique les
empêchements temporaires les conditionnent par la réalisation
de certaines conditions préalables.
 
Parmi ces empêchements dans certaines hypothèses le
déclenchement et l'exercice des poursuites est tributaire d’une
plainte  préalable de la victime. Il ne s'agit pas d'un véritable
trouble social mais plutôt d'un préjudice d'ordre privé. Il en est
ainsi de plusieurs infractions commises en famille : l'adultère,
l'abandon du domicile conjugal, le vol entre parents.
La loi exige dans d'autres cas l'intervention d'un tiers par un avis ou
une autorisation, celle-ci est exigée pour le parlementaire. En dehors
des infractions couvertes par l'immunité, les parlementaires auteurs,
coauteurs ou complices peuvent être poursuivis pénalement selon
des règles précises.
En cas de crimes ou de flagrant délit, il n'y a aucune exigence, dans
les autres cas ils ne peuvent être poursuivis qu'après avoir obtenu
l'autorisation de la chambre de représentants quand elle est réunie,
entre les cessions seule l'arrestation exige une autorisation délivrée
par le bureau de la chambre de représentants.
 
Parfois l'avis de l'administration est sollicité quand elle a le droit de
poursuivre, cette solution se justifie par sa compétence technique, en
plus elle dispose de droit de transaction, elle peut opter pour celle-ci
est faire l'économie du procès pénal, il est normal donc de demander
son avis.
2 -- les limites à la liberté de ne pas poursuivre
  
s'a -- modalités de déclenchement et d'exercice de poursuites
 
En dehors de la procédure simplifiée et expéditive de la fragrance,
la loi marocaine limite les modalités d'exercice et du
déclenchement de l'action publique à la citation directe et le
réquisitoire introductif d'instance.
 
1 + La citation directe est un procédé rapide, qui permet de gagner
du temps et éviter des formalités dans les affaires qui n'exigent pas
une instruction préparatoire. C'est un acte solennel établi par le
ministère public et notifié au délinquant en personne pour lui
demander d’assister à l'audience du jugement de son cas.
Elle doit préciser expressément le jour, l’heure, le lieu de l'audience 
l'infraction la date, le lieu de sa commission ainsi que les textes
applicables, l’inobservation de cette formalité entraîne la nullité de
l'acte.
La citation directe doit être notifiée en personne.
Elle est envoyée au domicile de l'intéressé ou celui de son
mandataire.
 
La détermination de la date de l'audience doit respecter les délais
minimums nécessaires aux déplacements et la préparation de la
défense.
La citation directe suppose la présence du prévenu en audience
prévue sinon il risque d'être jugé par défaut. En cas d'absence
injustifiée de jugement est légalement réputé contradictoire, il ne
peut pas faire l'objet d'opposition
2 + le réquisitoire introductif d'instance : c'est un acte par lequel un
membre du ministère public déclenche les poursuites en saisissant
le juge d'instruction et en lui demandant de procéder à une
instruction préparatoire dans les cas où celle-ci est ordonnée ou
permise par la loi.
 
+ Constitution de partie civile. La plainte avec constitution de partie
civile est une modalité qui permet à la victime de déclencher
l'action publique.
C'est un acte par lequel une victime saisit le juge d'instruction, lui
expose les faits préjudiciables, les preuves, l'adresse des témoins
et réclame une réparation. Une fois saisi, le juge d'instruction
communique le dossier au parquet qui ordonne l'ouverture d'une
information.
Il peut refuser l'instruction en cas de prescription, d’absence
d'infraction ou si l’infraction retenue ne donne pas lieu à une
instruction préparatoire.
Il peut poursuivre par citation directe ou classer le dossier. La
partie civile doit satisfaire deux conditions : déposer une caution
et élire domicile dans le ressort de la compétence du juge
d'instruction.
 La caution déterminée par les juges sert au paiement des frais
du procès lorsque la partie civile n'obtient pas gain de cause.
En cas d'indigence la partie civile est dispensée de toute avance,
elle bénéficie de l'assistance judiciaire, le choix du domicile
s'impose pour faciliter la communication et la correspondance du
tribunal avec l'intéressé. ...
la partie civile choisit le cabinet de son avocat, si le domicile n'est
pas indiqué les décisions ne sont pas notifiées, l'intéressé ignore
les dates des formalités, il risque de perdre le procès. Son
adversaire peut le poursuivre pour constitution de partie civile
abusive.
La présomption d’innocence:

Plan :

I) Aspect technique de la présomption d'innocence : l'assurance


d'un procès équitable 

1- Une règle de preuve favorable à la partie poursuivie 


2- L'attribution de la charge de la preuve à la partie poursuivante 
3- Le bénéfice du doute à la partie poursuivie 

II) L'aspect politique de la présomption d'innocence : protection de


la réputation 
La protection de la personne impliquée :protection de la
présomption d'innocence  : la protection de l'innocence 
La présomption d'innocence est souvent revendiquée par les
requérants mais peu souvent admise par les tribunaux. En théorie,
cette présomption est là pour assurer une équité lors du jugement.
Néanmoins, en pratique, elle est rarement acceptée sans
contestation. 

Le Principe de la présomption d’innocence

Au Maroc, pays de droit, le législateur a consacré l’article


préliminaire du code de procédure pénale, à la présomption
d’innocence en tant que principe directeur du procès pénal

L’article premier du code de la procédure pénale dispose


que : « Tout accusé ou prévenu est présumé innocent jusqu'à ce
que sa culpabilité ait été légalement établie par une décision ayant
acquis la force de la chose jugée, au cours d’un procès équitable
ou toutes les garanties juridiques lui auront été assurées.
Le doute s’interprète au profit de l’inculpé ».
En effet, le législateur Marocain a délibérément placé ce principe
fondamental de la justice en tête du C.P.P.
Pour garantir son application et son respect, le législateur
marocain à consolider et à renforcé le grand principe de
présomption par plusieurs mesures pratiques, notamment :
·        La détention préventive et le contrôle judiciaire (mesures
exceptionnelles) ;
·        L’amélioration des circonstances de la garde à vue et de la
détention préventive assorties du contrôle des autorités
judiciaires ;
·        Le droit pour l’inculpé d’être informé des chefs
d’inculpations ;
·        Le droit de communication avec un avocat au cours de la
durée de prolongation de la garde à vue ;
·        Le droit d’informer sa famille de son placement en garde à
vue ;
·        L’interdiction de prendre des photographies du détenu menotté
ou de publier sa photographie, son nom ou tout signe l’identifiant sans
l’accord préalable et express de l’intéressé.
 
La présomption d’innocence est aussi un principe qui a des effets sur
la liberté d’expression mais aussi le droit à l’image. Il est cependant
intéressant de noter que le fait de présenter l’accusé au Médias
représente une atteinte claire et nette au principe de la présomption.
Cependant, l’information doit être donnée avec discrétion et réserve,
le cas échéant.

Ce principe juridique et droit fondamental, est inscrit, et affirmé par de


multiples textes (internationaux) et lois (marocaine), notamment :

-L’article 11 de la Déclaration universelles des droits de l’homme de


1948 de l’ONU qui stipule : « tout homme étant présumé innocent
jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable … » ;
- L’article 6 alinéa 2 de la convention européenne des droits de
l’homme (CEDH) de 1950 selon lequel : « Toute personne accusée
d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa
culpabilité ait été légalement établie »;
- Code de procédure pénale Marocain.
 
I) Aspect technique de la présomption d'innocence : l'assurance
d'un procès équitable 

1- Une règle de preuve favorable à la partie poursuivie 


Aujourd’hui, plus que jamais, il est important de savoir que si une
personne est mise en accusation par le Ministère publique, elle doit
être traitée et considérée comme innocente jusqu'à jugement
définitif statuant sur la culpabilité ou sur l’innocence de celle-ci.
De toute évidence, le juge est le principal garant des droits de
l’accusé, ceci dit : Avant le jugement final ayant acquis l’autorité de
la chose jugée, et tant que la décision n’a pas été prise, l’accusé ne
doit pas être traité comme une personne condamnée, et ce,
évidement pour ne pas porter atteinte à son droit à l’honneur, à la
dignité et à la justice crédible, équitable, et indépendante.

Bien davantage, et pour qu’il y ait procès équitable au-delà de tout


soupçon, l’accusé doit se faire assisté convenablement par un
avocat, et donc, quand il comparaitra devant le tribunal compétent,
il doit bénéficier de l’assistance de la défense qui doit faire de son
mieux pour le défendre, soit de son propre choix ou celle mise à sa
disposition, afin de s’assurer que ces droits sont bien respectés et
que sa liberté n’a pas été réduite.

Il est à noter que tant que le jugement n’est pas définitivement


prononcé, la présomption d’innocence de l’accusé doit demeurer.
Il est entendu que c’est toujours aux juges qu’il revient de garantir
l’équité de la procédure.

2- L'attribution de la charge de la preuve à la partie poursuivante 


La présomption d’innocence est donc, un élément du procès pénal
équitable.
Considérant que ce principe fondamental fait reposer sur le
ministère public la charge de rapporter la preuve de la culpabilité de
l’accusé.
En effet, l’accusé demeure donc innocent tant que sa condamnation
n’est pas établie, et donc cette condamnation ne peut être effective
qu’à travers les moyens de preuves solides, pertinentes et
convaincantes.  

3- Le bénéfice du doute à la partie poursuivie 


 En outre, l’article premier du C.P.P a également confirmé le
principe de base du droit pénal, à savoir : le doute doit profiter à
l’accusé.
En effet, le doute n’est point compatible avec la décision de justice,
et le juge de fond ne peut se fonder que sur des motifs certains qui
reflète la réalité pour motiver sa décision finale au-delà de tout
soupçon.
En définitive, le bénéfice du doute est la conséquence de
l’impossibilité, pour qui en a la charge, d’apporter la preuve de
l’élément matériel ou de l’élément moral de l’infraction et
d’emporter par la suite la conviction du juge pénal.
 
 II) L'aspect politique de la présomption d'innocence : protection de
la réputation 
La protection de la personne impliquée :protection de la
présomption d'innocence  : la protection de l'innocence 

L’accusé demeure donc innocent tant que sa condamnation n’est


pas établie par l’appareil judiciaire auquel incombe, exclusivement,
de prouver la culpabilité de l’accusé. 
Malheureusement, nous assistons régulièrement sur certains médias
marocains à un vrai massacre de ce principe ainsi qu’au droit des
accusés à des procès équitables. L’identité de l’accusé est dévoilée
dans ses moindres détails, ses photos ainsi que celles même de ses
proches sont publiées, et les pré-condamnations vont bon train au vu
et au su de l’appareil judiciaire. 
« Tout accusé demeure innocent jusqu’à preuve du contraire par
l’appareil judicaire. Les médias n’ont en aucun cas le droit de se livrer
à des analyses, des commentaires ou des interprétations pouvant
aboutir à des conclusions anticipées qui pré-condamnent l’accusé »
nous a affirmé Noureddine Cherckaoui membre du barreau de Safi. 
La valse des bavures médiatiques commises à l’encontre des
accusés dans des affaires pénales remet en question l’effet réprimant
de l’amende allant de 5000 à 50.000 dirhams prévue par l’article 303
du code de procédure pénale. Certains médias ne se contentent plus
de l’anticipation des procès, pire encore : ils portent délibérément
atteinte à la vie privée des détenus au-delà des portes clouées des
centres pénitentiaires. 
Les exemples illustrant ces violations de la déontologie du métier
de la presse ne manquent pas, mais nous nous contenterons à
cet effet de citer deux cas flagrants d’actualité. 

1-Affaire de la mineure d’Essaouira : Une fois l’affaire d’abus


sexuel d’une mineure à Essaouira déclenchée en 2016, certains
médias se sont adonnés à une course effrénée pour dévoiler au
maximum les identités des accusés tout en adaptant les faits et
les profils à même de favoriser la culpabilité des mis en cause. 
2- Affaire « Merdasse » : L’affaire de l’assassinat du parlementaire
Merdasse a confirmé cette tendance qui prime le sensationnel
sur le professionnel. Certains médias sont allés trop loin en
publiant dans moindres détails le quotidien d’une accusée dans
sa cellule, entre autres. 

Certes, la poursuite judiciaire dans pareilles violations ne peut être


engagée que par l’intéressé, mais il incombe comme même à
l’appareil judiciaire de veiller à la confidentialité des enquêtes.
Par ailleurs, le conseil national de la presse créé conformément
à la loi 90.13, et dont la mise en place est prévue avant fin
2017, est chargé de statuer sur les mesures disciplinaires
relatives aux entreprises de presse et aux journalistes
professionnels ayant failli à leurs devoirs professionnels ainsi
qu’à la déontologie du journalisme.