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Littérature du XVIIe siècle

Le classicisme (I)

1.Définition et caractéristiques du courant;


2.Théoriciens et genèse du classicisme;
3.Genres cultivés: la poésie classique, le roman
classique, le théâtre (les grandes règles, le héros;
la tragédie, la comédie)
1. Définition et caractéristiques du
courant
 Le classicisme = une catégorie esthétique et une période
historique – « le siècle de Louis XIV » (selon Voltaire);
 le terme dérive du latin classicus = l’appartenance à la
classe supérieure des citoyens/ à celle des meilleurs auteurs
(qui méritent d’être imités, dignes d’être enseignés);
 au XVIIe siècle classique(s) = le groupe d’auteurs
promouvant une esthétique destinée à plaire à un public
d’honnêtes gens. Cette esthétique proclame l’ordre et
l’harmonie, la grandeur et la pudeur, la raison et
l’analyse.
 + les règles d’unité (propres au théâtre) + les
notions de bienséance(s) et de vraisemblance;
 dans l’acception de la philosophie esthétique, le
classicisme renvoie à l’Antiquité grecque, à une
forme d’art fondé sur la mesure et la raison (selon
Hegel);
 l’époque de maturité du génie français (l’historien
littéraire G. Lanson – le Moyen Âge étant l’enfance,
la Renaissance l’adolescence et le romantisme le
temps de déclin);
 dans le domaine artistique – le style classique se
distingue par la simplicité et l’élégance des formes,
par l’équilibre et la mesure, par le caractère
rationnel;
 Principes:
- l’Etat fort, au-dessus de la noblesse et de la bourgeoisie
(principe de l’époque déjà imposé sous Henri IV);
- la politique calme, sans désordres ou tensions (sous Louis
XIV);
- « la paix religieuse » - l’autorité royale catholique
commence à tolérer le protestantisme.
On assiste à la fondation des Académies (l’esprit
rigoureux d’hiérarchiser les arts):
- française (1635)
- de peinture et de sculpture (1648)
- des inscriptions et belles-lettres (1663)
- des sciences (1666)
- d’architecture et de musique (1671)
 le besoin d’une doctrine solide, valable pour tous
les genres et tous les tempéraments. L’influence de
la Poétique d’Aristote est considérable : le but de
l’art est d’imiter la nature (la mimésis l’emporte
sur la poiésis) – principe conjugué à celui de la
raison;
 l’imitation des Anciens (qui n’est pas considérée
comme une preuve de faiblesse ou de pauvreté de
l’inspiration: La Fontaine imite Esope, Racine –
Euripide ou Sénèque; l’imitation fonctionne comme
une garantie de perfection, un passage vers l’éternel
et l’universel. Les classiques trouvent l’inspiration
dans la pensée d’Aristote, d’Horace et de Cicéron .
 la nature humaine prime sur l’individuel (Les
Caractères de La Bruyère et l’art des portraits
précis);
 l’exemplaire – plus important que l’original. L’idéal
humain est représenté par l’honnête homme,
homme du monde (homo socius) extrêmement
raffiné, homme de cour, qui sait faire preuve de
mesure et de retenue, tolérant dans ses idées, ouvert,
curieux d’esprit, savant, maître dans l’art de la
conversation.
2. Théoriciens et genèse du
classicisme
 la question du rapport entre génie (comme don naturel de
l’artiste) et art (comme ensemble des règles);
 les théoriciens exigent à part le génie et la technique, des
connaissances de l’histoire, de la politique, des sciences
naturelles. Le génie ne suffit pas, il faut encore la maîtrise
des techniques et des règles>de l’érudition;
 les classiques réclament la nécessité des règles précises qui
donnent la forme à l’œuvre d’art. À l’imitation bien
ordonnée, fardée de la nature, de ce qui est beau en elle (ce
qui est en effet une sorte d’idéalisation) s’ajoutent
l’axiologie de la régularité et de la mesure, la raison, le bon
sens, le jugement qui s’opposent en ce sens à l’imagination,
au jeu de l’inspiration.
Les théoriciens du classicisme
littéraire français
 Guez de Balzac – maître du genre épistolier (Lettres, 1624 ;
Lettre à M. de Scudéry sur Le Cid, 1637) ;
 Georges de Scudéry (Observations sur Le Cid, 1637) ;
 Claude de Vaugelas (Remarques sur la langue française
utiles à ceux qui veulent bien parler et bien écrire, 1647) ;
 Pierre Corneille (Discours et Examens, 1660) ;
 Jean Chapelain (Lettre sur la règle des vingt-quatre
heures, 1630)
 Abbé D’Aubignac (Pratique du théâtre, 1657)
 Jean-François Sarasin (Discours sur la tragédie, 1639)
 Le classicisme marque le triomphe des normes. La
devise du siècle > INSTRUIRE et PLAIRE;
 Instruire par la peinture des vices, des passions, des
sentences morales (dans le théâtre cela se traduit par
la récompense finale des bons et le châtiment des
méchants);
 Plaire, c’est « la grande règle de toutes les règles »
(Molière, Critique de l’École des femmes), c’est
amuser, divertir le roi et son peuple. Selon
Corneille, le seul but de la tragédie est de plaire
(d’où la Querelle du Cid) auquel Racine ajoute une
autre : celui de toucher (Bérénice).
La doctrine classique…
 est une doctrine esthétique cohérente et solide
(élaborer des règles, formuler des « arts poétiques »
qui aident à créer des œuvres et des chefs-d’œuvre;
 Les fondements de la doctrine:
- rapports de l’art et de la morale (l’utilité de l’art:
« instruire et plaire »);
- rapports de l’art et du génie (harmoniser la
technique avec le génie=le don divin, en respectant
les règles);
- l’art d’imiter la nature (plaire en faisant vrai);
- l’art d’imiter les Anciens.
3. Genres cultivés: la poésie classique, le roman
classique, le théâtre (les grandes règles, le héros, la
tragédie, la comédie)
A. La poésie classique (en décadence) - vue comme une discipline intellectuelle et
technique.
- François de Malherbe
- La Fontaine (l’art de la fable)
- N. Boileau (les Satires)
- Charles Perrault (le renouveau du conte de fées)

François de Malherbe - formule les principes linguistiques du classicisme :


 élimination des archaïsmes, des termes techniques, néologismes ou
provincialismes, des mots « inutiles » au nom du mot « juste » (à chaque objet il
fallait correspondre un seul mot) ;
 syntaxe claire ;
 versification soignée et harmonieuse, sans licence poétique ; avec une rime exacte
pour l’oreille et pour l’œil ; sans rimes faciles ni intérieures ; interdiction de
l’hiatus et de l’enjambement, des séries de monosyllabes.
Genres cultivés
 l’épopée (selon la tradition antique) – combine les qualités
épiques et lyriques avec de vastes connaissances
mythologiques et historiques ; le sujet est tiré de l’histoire,
les personnages sont illustres, le lieu et le temps sont
éloignés ; l’épopée est structurée en 4 parties : proposition,
invocation (aux dieux et à Dieu), narration, dénouement;
 l’ode - ouverte à la diversité thématique;
 l’épître - caractérisée par ouverture et élégance; 
 l’idylle, l’élégie, la satire - genres mineurs où le sujet est
déterminant;
 on cultive encore les genres précieux : le rondeau, le
madrigal, la ballade et l’épigramme.
B. Le genre romanesque classique
- on continue l’intrigue amoureuse du roman précieux-
héroïque;
- l’action romanesque tend à la réduction et à la simplification
autour d’une intrigue unique (d’amoureuse, elle devient
psychologique);
- l’histoire n’est plus placée dans un ailleurs romanesque,
mais dans un décor historique réel.
Représentants:
- Mme de La Fayette (La Princesse de Montpensier, 1662 ;
La Princesse de Clèves, 1678) – montre la continuité entre
le roman précieux et le nouveau roman classique;
- Guilleragues (magistrat et diplomate français; Lettres
portugaises, 1669 – 5 lettres d’amour);
- Jean de la Bruyère (le moraliste du Grand Siècle) – Les Caractères
de Théophraste, traduits du grec, avec les Caractères ou les Mœurs
de ce siècle, 1668 – œuvre hétérogène > mélange de maximes,
réflexions, essais, portraits, scènes, dialogues, regroupés en 16
chapitres qui suivent la logique d’une progression thématique (« Du
mérite personnel », « Des femmes », « Du Cœur », « De la Ville »,
« De la société et de la Conversation »). Au centre de l’œuvre se
trouvent les chapitres consacrés aux élites sociales, à la cour et au roi
sur lesquels l’écrivain jette un regard critique.
- Mme de Sévigné (« la marquise journaliste »; Lettres, 1670, parues
posthumément en 1724);
- La Rochefoucauld (l’art de la maxime; Maximes et sentences
morales, 1664)
- Fénelon (écrit des ouvrages littéraires à but pédagogique: Télémaque,
1699 – grand roman révolutionnaire )
« les mineurs » du genre:
- Pierre Bayle (Pensées diverses sur la Comète, 1682)
- Fontenelle (L’Histoire des oracles, 1686 ; Entretien sur la pluralité
des Mondes, 1686)
C. Le théâtre classique
- le genre le plus prolifique;

- 1630 - 1660 se précisent les grandes règles du


théâtre classique, théâtre de la mesure,
brillamment illustré par les comédies de
Molière, les tragédies de Racine et de Pierre
Corneille.
Les règles du théâtre classique
 Le théâtre cherche à donner au spectateur l’impression
qu’il assiste à une action véritable et non pas à une simple
représentation; pour parvenir à créer cette illusion, le
théâtre classique a progressivement élaboré un certain
nombre de règles.
1. La règle des trois unités (d’action, de temps, de lieu)
a/ L’unité d’action – règle énoncée par Aristote et raffinée
par Corneille;
- imposée vers 1650;
- l’exigence de mettre en scène un sujet principal (un
héros);
- à un héros doit correspondre une seule action;
- les sujets secondaires doivent être étroitement liés au sujet
principal (Corneille ajoute l’unité d’obstacle dans la
comédie et l’unité de péril dans la tragédie);
b/ L’unité de temps – à peu d’événements correspond logiquement peu
de temps du déroulement de l’action;
- le problème de la coïncidence entre le temps de l’action fictive et le
temps réel vécu par le spectateur. La durée sera réduite au minimum
possible, même à quelques heures;
- l’action ne doit pas excéder 12, 24 ou 36 heures;

c/ L’unité de lieu – règle qui demande une seule scène, un seul lieu, un
seul décor;
- entre en vigueur vers 1650 seulement;
- la tragédie recommande comme lieu une salle de palais indéterminée,
la comédie, une pièce de maison bourgeoise ou un carrefour de rue
pour suggérer le statique et l’abstrait; *des lieux intermédiaires (le
cabinet d’un roi, l’antichambre d’un palais).
- aucun changement de décor n’est toléré. (Contre-exemple : Le Cid de
Corneille ne respecte pas cette unité, l’action se passe dans quatre
lieux différents : dans le palais du roi, dans la maison de Chimène,
dans la maison de Rodrigue et dans une place publique. Selon la
conception de Corneille, il pouvait s’agir des lieux où les personnages
étaient capables de se rendre en 24 heures);
*À ces trois unités s’ajoute une quatrième, la plus
importante peut-être parce que les trois autres en
découlent : l’unité de ton qui exclut le mélange des
genres (Horace)
**Dans son Troisième Discours, Pierre Corneille parle
de l’unité de jour: « …je voudrais laisser cette
durée à l’imagination des auditeurs, et ne déterminer
jamais le temps qu’elle emporte, si le sujet n’en
avait besoin, principalement quand la vraisemblance
y est peu forcée comme au Cid, parce qu’alors cela
ne sert qu’à les avertir de cette précipitation. »
Les règles du théâtre classique
2. Les bienséances (décence, honnêteté)
- désignent la qualité de ce qui sied bien (quod decet);
- la bienséance est une valeur sociale qui définit les limites à l’intérieur
desquelles doit se tenir l’honnête homme;
- désignent le fait que la pièce respecte certains principes de cohérence;
Le personnage dramatique doit :
• ne pas changer de caractère au cours de la pièce; Rodrigue est héroïque
dès le début du Cid de Corneille et doit le rester jusqu’au dénouement;
• agir conformément à son rang; un roi ne peut ainsi recourir à la ruse ou
au mensonge comme le ferait un valet de comédie;
• respecter ce que le spectateur sait déjà de lui sur scène comme dans
l’histoire ou la mythologie; ces principes sont parfois appelés
bienséance interne.
 ce qui choquerait dans la vie réelle risque aussi, une fois porté à la
scène, de choquer le public du théâtre; pour cette raison, un certain
nombre de réalités ne sont pas représentées directement (la violence et
notamment la mort, les réalités corporelles et, notamment, sexuelles);
ces principes sont parfois appelés bienséance externe.
Les règles du théâtre classique
3. La vraisemblance
- raconter ce qui pourrait arriver, c’est-à-dire les événements imaginaires,
mais crédibles. Ce n’est pas le réel ou ce qui a pu se passer, mais ce qui
pourrait se passer; l’abbé d’Aubignac la définit dans La Pratique du
théâtre (1657), comme « l’essence du poème dramatique, et sans
laquelle on ne peut rien faire ni rien dire de raisonnable sur la scène »;
- concept qui peut être envisagé de deux points de vue : interne et
externe. Du point de vue interne, une œuvre est vraisemblable lorsque
son intrigue ne laisse pas une place abusive au hasard (dans ce sens la
vraisemblance est liée à la prévisibilité du récit). Du point de vue
externe, une œuvre est perçue comme vraisemblable quand les lieux,
faits ou personnages « ressemblent » ou sont conformes à la réalité
sociale et culturelle de l’époque. La vraisemblance est donc liée à l’idée
de crédibilité. Elle fonde le « pacte de lecture », selon lequel un texte
est jugé recevable, réaliste ou fantaisiste; selon Boileau (L’Art poétique,
1674) « le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable »: il arrive
parfois, dans la vie réelle, que le hasard produise des faits proprement
incroyables; le théâtre, quant à lui, ne doit montrer que des événements
crédibles.
Le héros classique
- est une personne « ni franchement vertueuse, ni totalement
monstrueuse » (Aristote);
- ne doit pas être criminel (Aristote - Poétique : « ni trop vertueux, ni
trop juste »);
- Le héros tragique est glorieux par la naissance (héros mythologique,
roi ou prince, sa haute condition est inséparable du genre). Il implique
jusque dans ses passions les affaires de la Cité. La dignité l’affecte
indubitablement. Soumis à la fatalité des dieux, le héros tragique fait
preuve d’une liberté ou volonté qui met en cause le cours de son
destin et fait apparaître à sa conscience la faute à châtier (le héros
cornélien suscite l’admiration, tandis que chez Racine, Phèdre,
incapable de dominer sa nature, s’inflige la mort pour avoir cédé aux
tentations de Vénus et Hippolyte paie de sa vie le crime d’aimer celle
qui modifie l’ordre dynastique d’Athènes (la princesse Aricie). Le
héros racinien suscite l’émotion : il assiste impuissant à la défaite de
sa volonté.
* Molière se moque des règles, mais il les respecte en général. Après
1660, c’est la notion de goût qui l’emporte sur les fameuses règles.
Genres cultivés: la tragédie, la comédie
a/ La tragédie – doit avoir un caractère cérémonial : une action simple
et noble, une langue poétique et majestueuse (un langage soutenu)
- écrite en vers (1500-2000);
- comportera cinq actes (séparés par des entractes) et divisés en scènes
- la structure – une exposition, une progression de l’action dramatique
et un dénouement obligatoirement malheureux (la mort des héros);
- les sujets modernes sont exclus;
- le but de la tragédie est la catharsis (la purgation des passions). Ce but
est donc purificateur et initiateur. L’admiration et l’amour sont des
passions nobles;
- les grands thèmes de la tragédie ancienne sont encore présents au
XVIIe siècle : le thème de la révolte (Horace), de l’opposition à des
forces adverses (Andromaque), de la fatalité (Phèdre). L’action
dynamique évolue vers l’intériorisation psychologique et vers
l’analyse lucide des sentiments;
- les obstacles sont intérieurs et extérieurs ; il y a de vrais obstacles (les
dilemmes) ou de faux obstacles (les quiproquos).
« Lorsqu’on met sur la scène un simple intrique(1) d’amour
entre des rois, et qu’ils ne courent aucun péril, ni de leur vie,
ni de leur État, je ne crois pas que, bien que les personnes
soient illustres, l’action le soit assez pour l’élever jusques à
la grande tragédie. Sa dignité demande quelque grand
intérêt d’ État, ou quelque passion plus noble et plus mâle
que l’amour, telles que sont l’ambition ou la vengeance, et
veut donner à craindre des malheurs plus grands que la perte
d’une maîtresse. Il est à propos d’y mêler l’amour, parce
qu’il a toujours beaucoup d’agrément, et peut servir de
fondement à ces intérêts, et à ces autres passions dont je
parle; mais il faut qu’il se contente du second rang dans le
poème, et leur laisse le premier. »
Pierre Corneille, Premier Discours (1660), « De la tragédie »
(1) Le masculin était d’un usage plus ancien que le féminin.
Genres cultivés: la tragédie, la comédie

b/ La comédie – n’est pas soumise à des règles strictes;


- est influencée par la commedia dell’arte italienne (personnages typés par leur
costume et leurs masques – Arlequin, Scaramouche, Polichinelle, Pierrot), pleine de
bouffonneries improvisées et de jeux de mots, de jeux d’esprit, par la comédie des
mœurs et d’intrigue de type espagnol;
- l’intrigue profite de la farce;
- la structure – l’exposition (acte I), les péripéties (actes II, III, IV), le dénouement
heureux, optimiste ou ambigu parfois (acte V : les bons sont récompensés, les
ridicules échouent, les amoureux se marient);
- les personnages sont des acteurs qui jouent des rôles (un individu qui a un procès
principal à résoudre);
- les sujets – tirés de la vie privée (l’intrigue nouée autour de l’argent, la santé, le
mariage, la peinture des réalités quotidiennes);
- fait rire du ridicule des hommes, de leurs défauts moraux à l’aide d’un comique de
mots, de gestes, de situations, de mœurs, de caractères;
- les procédés comiques sont : l’exagération, la répétition, les déformations, les
inventions, les décalages (qui sont une source inépuisable d’ironie), le mélange de
tons, les sous-entendus (les allusions);
Pierre Corneille (1606-1684)
 né à Rouen le 6 juin 1606, dans une famille de magistrats;
 fit ses études chez les jésuites, au collège de la ville;
 se destina d’abord à une carrière d’avocat;
 se consacra au théâtre;
 les premières pièces – des comédies: Mélite, 1629, première
création; La Veuve, 1632; La Galerie du palais, 1633; La
Suivante, 1634; La Place royale, 1634; L’Illusion comique,
1636; la tragi-comédie Clitandre, 1631), Médée, 1635,
première tragédie;
 Le Cid (tragi-comédie, 1637) ; tragédies: Horace (1640) ;
Cinna (1641) ; Polyeucte (1642) ; Rodogune (1645) ;
Nicomède (1651) ; Œdipe (1659) ; Sertorius (1662) ;
Suréna (1674).
Caractéristiques de l’œuvre de Corneille
 Le théâtre de Corneille présente des héros d’une rare grandeur,
confrontés à des situations nécessitant des choix difficiles;
 L’honneur, le devoir, l’élévation de pensée sont les qualités de ses
personnages;
 Pierre Corneille utilise la démesure dans sa peinture des caractères. Le
comique y naît des personnages et non des situations stéréotypées (les
comédies);
 Son œuvre est à la fois politique et universelle dans ses rapports à
l’histoire : relations entre morale et pouvoir, justice et injustice, rôle du
monarque ou du prince;
 Le héros cornélien est un homme excessif, toujours en quête d’un
absolu transcendant l’égoïsme et la lâcheté. Contrairement au héros
romantique, marginal et révolté, il s’inscrit dans un groupe social dont il
est le parfait représentant. Il est partagé entre l’amour et l’honneur :
c’est le fameux « dilemme cornélien »;
*Malgré la gloire, Corneille vécut pauvrement. Boileau, qui fut un illustre
critique opposant de Corneille, voyant la pauvreté dans laquelle
Corneille vivait, fut profondément touché et demanda au Roi, Louis
XIV, de réparer cette injustice en lui versant sa propre pension.
Cinna ou la clémence d’Auguste (1642)

 Tragicomédie en cinq actes, en vers;


 Composée en alexandrins à rimes plates, Cinna est la première pièce
importante de Corneille à respecter les règles du théâtre classique,
alors en formation.
 Se déroule en une seule journée – respect de l’unité de temps d’abord,
de l’unité de lieu ensuite, puisqu’elle se passe intégralement dans le
palais romain où se situent les deux appartements d’Auguste et
d’Emilie, de l’unité d’action enfin, puisque la préparation de la
conjuration implique l’ensemble des personnages, même si ces
derniers évoluent individuellement dans des « sous-intrigues »,
jusqu’à la réconciliation finale.
 Dans l’ensemble de ses tragédies à thème antique, Corneille se montra
extrêmement fidèle au modèle de l’Antiquité, notamment en conférant
aux intrigues une véritable dimension politique, où l’histoire occupe
toujours une place essentielle.
 Sujet de la pièce:
Le cadre de la Rome antique, l’établissement du pouvoir royal.
L’empereur Auguste a jadis fait exécuter Toranius, le père de la jeune
Emilie qu’il considère comme sa fille. Emilie, amoureuse de Cinna,
lui demande de sauver son honneur en tuant Auguste sans quoi elle ne
l’épousera pas. Cinna, aidé par son ami, Maxime, organise alors un
grand complot contre l’empereur afin de l’assassiner. Mais Auguste,
lassé d’être maître du monde romain, demande conseil à Maxime et
Cinna, qu’il adore : doit-il renoncer à l’Empire ? Cinna, redoutant de
ne pouvoir assouvir la vengeance d’Emilie et donc de renoncer à
l’épouser, le persuade de rester sur le trône. L’empereur remercie les
deux hommes de leurs conseils en leur offrant des postes importants,
des terres et donne Emilie en mariage à Cinna.
Or Maxime aime Emilie. Quand Cinna lui avoue la raison qu’il
avait de persuader Auguste de demeurer empereur, il devient fou de
douleur. Tuer un empereur qui leur accorde sa confiance et cela afin
de satisfaire un rival ? Maxime hésite entre son devoir envers
l’empereur, son amour pour Emilie et son amitié pour Cinna. Maxime
dévoile le complot à Auguste. Dès lors, la décision que va prendre
Auguste est jusqu’à la fin le fil rouge de la tragédie : punir ou
pardonner ?
MAXIME AUGUSTE

De tous vos ennemis connaissez mieux le pire : En est-ce assez, ô ciel ! et le sort, pour me nuire,
Si vous régnez encore, seigneur, si vous vivez, A-t-il quelqu’un des miens qu’il veuille encore
C’est ma jalouse rage à qui vous le devez. séduire?
Un vertueux remords n’a point touché mon âme ; Qu’il joigne à ses efforts le secours des enfers ;
Pour perdre mon rival, j’ai découvert sa trame ; Je suis maître de moi comme de l’univers ;
Euphorbe vous a feint que je m’étais noyé Je le suis, je veux l’être. O siècles, ô mémoire !
De crainte qu’après moi vous n’eussiez envoyé : Conservez à jamais ma dernière victoire !
Je voulais avoir lieu d’abuser Émilie, Je triomphe aujourd’hui du plus juste courroux
Effrayer son esprit, la tirer d’Italie, De qui le souvenir puisse aller jusqu’à vous.
Et pensais la résoudre à cet enlèvement Soyons amis, Cinna, c’est moi qui t’en convie :
Sous l’espoir du retour pour venger son amant ; Comme à mon ennemi je t’ai donné la vie,
Mais au lieu de goûter ces grossières amorces, Et, malgré la fureur de ton lâche destin,
Sa vertu combattue a redoublé ses forces, Je te la donne encore comme à mon assassin.
Elle a lu dans mon cœur ; vous savez le surplus, Commençons un combat qui montre par l’issue
Et je vous en ferais des récits superflus. Qui l’aura mieux de nous ou donnée ou reçue.
Vous voyez le succès de mon lâche artifice. Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler ;
Si pourtant quelque grâce est due à mon indice(1), Je t’en avais comblé, je t’en veux accabler :
Faites périr Euphorbe au milieu des tourments, Avec cette beauté que je t’avais donnée,
Et souffrez que je meure aux yeux de ces amants. Reçois le consulat pour la prochaine année.
J’ai trahi mon ami, ma maîtresse, mon maître, Aime Cinna, ma fille, en cet illustre rang,
Ma gloire, mon pays, par l’avis de ce traître ; Préfères-en la pourpre à celle de mon sang ;
Et croirai toutefois mon bonheur infini, Apprends sur mon exemple à vaincre ta colère :
Si je puis m’en punir après l’avoir puni. Te rendant un époux, je te rends plus qu’un père.

(1)Indice : le terme a ici le sens de « dénonciation »


ÉMILIE AUGUSTE

Et je me rends, seigneur, à ces hautes bontés ; Cesse d’en retarder un oubli magnanime ;
Je recouvre la vue auprès de leurs clartés : Et tous deux avec moi faites grâce à Maxime :
Je connais mon forfait qui me semblait justice ; Il nous a trahis tous ; mais ce qu’il a commis
Et (ce que n’avait pu la terreur du supplice) Vous conserve innocents, et me rend mes amis.
Je sens naître en mon âme un repentir puissant,
Et mon cœur en secret me dit qu’il y consent. (A Maxime.)
Le ciel a résolu votre grandeur suprême ; Reprends auprès de moi ta place accoutumée ;
Et pour preuve, seigneur, je n’en veux que moi- Rentre dans ton crédit et dans ta renommée ;
même : Qu’Euphorbe de tous trois ait sa grâce à son
J’ose avec vanité me donner cet éclat, tour;
Puisqu’il change mon cœur, qu’il veut changer Et que demain l’hymen couronne leur amour.
l’État. Si tu l’aimes encore, ce sera ton supplice.
Ma haine va mourir, que j’ai crue immortelle ;
Elle est morte, et ce cœur devient sujet fidèle ; AUGUSTE
Et prenant désormais cette haine en horreur,
L’ardeur de vous servir succède à sa fureur. J’en accepte l’augure, et j’ose l’espérer :
Ainsi toujours les dieux vous daignent inspirer !
CINNA Qu’on redouble demain les heureux sacrifices
Seigneur, que vous dirai-je après que nos Que nous leur offrirons sous de meilleurs
offenses auspices,
Au lieu de châtiments trouvent des Et que vos conjurés entendent publier
récompenses? Qu’Auguste a tout appris, et veut tout oublier.
O vertu sans exemple ! ô clémence, qui rend
Votre pouvoir plus juste, et mon crime plus
grand! P. Corneille, Cinna, Acte V, scène 3
Polyeucte Martyr (1643)
 tragédie historique en 5 actes;
 l’action se situe en Arménie, au IIIe siècle après Jésus-Christ, lors de la persécution
des chrétiens par l’empereur romain Decius. Corneille évoque les conséquences de
la conversion au christianisme de Polyeucte: conséquences psychologiques et
sociales pour le convertir lui-même, qui doit rompre avec ses attaches humaines et
conséquences politiques puisqu’il est le gendre du gouverneur romain, Félix.

 C’est aussi l’occasion pour Corneille d’offrir de magnifiques scènes d’amour


conjugal entre le héros et sa femme, Pauline. Elle-même est aimée par un noble
chevalier romain, Sévère, et Polyeucte, condamné au martyre, est prêt à confier sa
tendre épouse à cet homme de bonne volonté : on retrouve ici le thème du dilemme
cornélien.

 Le tragédien fait véritablement œuvre de théologien en nous montrant les diverses


formes de conversion : progressive chez Pauline, qui finit par adhérer au Christ en
assistant au supplice de son mari ; instantanée et quasi miraculeuse, chez Félix.
 Polyeucte va être exécuté s’il ne renonce pas à sa foi
chrétienne. Sa femme Pauline l’adjure de renoncer à
sa foi par amour pour elle :

 « Pauline : Quittez cette chimère, et m’aimez.


Polyeucte : Je vous aime,
Beaucoup moins que mon Dieu, mais bien plus que
moi-même. »

Pierre Corneille, Polyeucte, Acte IV, scène III


La comédie: Molière

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