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La légalité

fiscale et ses
limites :
- Encadré par : M. SBIHI Mohamed

- Réalisé par : HADRACHE Zineb


FADLAOUI Manal
JIRARI Nour-El Houda
HAFID Siham
BOUKARTACHA Mazine
ESSAHIRI Hatim
PLAN

Introduction
 
Axe I : Evolution et cadre normatif du principe de la légalité :
1. Evolution du principe de la légalité fiscale
2. Cadre normatif du principe au Maroc

Axe II : Les limites au principe de la légalité :


3. Des limites d’ordre juridique
4. Des limites d’ordre politique
5. Des limites d’ordre pratique

Conclusion
INTRODUCTION :
Principe constitutionnel pilier dans toute démocratie, la légalité fiscale est l’un des principes
fondamentaux du droit fiscal, il a pour fonction de concilier Impôt et démocratie politique, et de
garantir que l’essentiel du régime fiscal soit la compétence du domaine législatif.
Mais il est nécessaire de faire la distinction entre le principe de légalité et celui de la légitimité :
La légitimité est la qualité de ce qui est fondé en droit, en justice, ou en équité (définition du
Petit Larousse).
La légitimité repose sur une autorité qui est fondée sur des bases juridiques ou sur des bases
éthiques ou morales, et permet de recevoir le consentement des membres d'un groupe.
Au sens sociologique, la légitimité est un accord tacite subjectif et consensuel axé selon des
critères éthiques et de mérite quant au bien-fondé existentiel d'une action humaine.
La légitimité est donc différente de la légalité :
• Certains problèmes d'équité ne peuvent être traités efficacement dans le cadre strict du droit.
• Réciproquement, le droit peut dans certains cas comporter des effets secondaires injustes
(problème de la sécurité juridique).

Le principe de légalité est concrétisé par l’article 71 de la constitution marocaine et pour la


première fois au Maroc en 2011, précisant que les règles concernant le régime fiscal, l’assiette, le
taux et les modalités de recouvrement des impôts sont fixées par la loi, et sont donc nécessairement
et obligatoirement votées par le Parlement.
Aussi, ce principe trouve son fondement dans la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen
notamment dans son article 14 en précisant que « les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes
ou par leurs représentants la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre
l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée. »

On voit bien par-là que l’acceptation et le consentement à l’impôt est l’élément essentiel de toute
cohésion sociale.

Or, ce consentement à l’impôt a des origines trop profondes dans l’histoire, et a connu une grande
évolution, allant de l’acceptation par les membres de la nation de la levée de l’impôt en tant que contre
partie de leur sécurité, jusqu’à la notion du civisme fiscal, faisant du contribuable un client qui exige un
service public de qualité.

Biens que cette légalité est garantie par un arsenal juridique solide, ce principe est contrarier par des
entraves d’ordre politiques, juridiques, et pratiques.

Problématique :
Dans quel mesure le principe de la légalité est respecté dans notre pays ?
Axe I : Origine et fondement juridique du principe de légalité :

1. Origine du principe de la légalité de l’impôt :


 
Le consentement à l’impôt est le fruit d’une histoire complexe qui a accompagné l’émergence des
valeurs de liberté, de propriété et d’égalité.
 
Le consentement de l’impôt et la constitution progressive des Etats parlementaires démocratiques
sont étroitement liés.
 
 Rousseau justifie l’impôt en se référant à la notion de «consentement » fondé sur l’idée de «
contrat social » en soutenant l’idée que « les impôts ne peuvent être établis légitimement que du
consentement du peuple ou de ses représentants » (discours sur l’économie politique 1755)

La légitimité de l’impôt selon Rousseau repose donc sur deux éléments :


• La forme du consentement, obtenu à la majorité des voix aux termes d’une délibération et d’un
vote ;
• Le contenu du consentement, c à d que le prélèvement sur la propriété doit prendre la forme d’un
tarif proportionnel considéré comme non arbitraire par nature.
 Locke et Bodin, abordent la question du consentement à l’impôt en remontant au Moyen Age,
ou le Roi est un juge armé qui doit vivre du sien et auquel les subsides versés ne peuvent servir
à titre exceptionnel qu’en cas de guerre étrangère : « l’impôt payé par les loboratores est le
prix de leur protection », le recours à la levée de l’impôt n’est possible qu’en cas de nécessité
urgente.

 Montesquieu dans son ouvrage de l’esprit des lois, définit l’impôt comme un échange, fondé
sur un calcul d’intérêt rationnel : « les revenus de l’Etat sont une portion que chaque citoyen
donne de son bien, pour avoir la sureté de l’autre portion, ou pour en jouir plus agréablement »
dans les républiques ,l’amour de la patrie et de liberté incite les hommes a mieux accepter
l’impôt, et à contribuer volontiers à l’Etat dont ils sont, par détention du pouvoir législatif ,
directement acteurs.
On peut dire que le degré de démocratie est un facteur déterminent pour instaurer la légitimité de l’impôt. Nous
allons essayer de démontrer cette thèse à la base d’une étude effectuée par l’académie des sciences et lettres de
Montpelier en avril 2018.
Cette recherche consiste à chercher deux indicateurs ; le pourcentage des prélèvements obligatoires dans le
PIB, et le classement du pays dans les indices de liberté et de démocratie (cas du Maroc) Plus la part de la fiscalité
dans le PIB est importante, plus le pays est qualifié de « démocratique ».
On peut déduire que notre pays a un indice de démocratie et de liberté de 4,99% en 2018
associé à une pression fiscale de 26,4%, qui font que le Maroc est considéré comme semi-
démocratique, donc le degré de consentement à l’impôt est moyen malgré que 86%des
ressources publiques sont de nature fiscale.
2. Cadre normatif du principe de légalité fiscale au Maroc :
 
Le principe de la légalité de l’impôt trouve son fondement dans la constitution de 2011 et la
déclaration universelle des droits de l’Homme.
En outre de la constitution, le droit fiscal marocain est encadré par d’autres sources juridiques à
savoir ; la loi de finance, le code général des impôts, la jurisprudence, et les sources internationales.

 La constitution qu’est la loi suprême qui contient des dispositions intéressant les fondements de
l’obligation fiscale et l’autorité compétente pour l’établir. et pour la première fois au Maroc en
2011 l’article 71 réserve la création des normes fiscales au seul législateur, « Sont du domaine
de la loi…..le régime fiscal et l’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impôts
… . Aussi l’article 75 réservant au parlement le vote des lois de finance traduisant ainsi le
consentement de la nation aux normes fiscales « Le parlement vote la loi de finances, déposée
par priorité devant la chambre des représentants….. » .

Or, nous constatant par-là que dans le domaine fiscal, l’initiative de légiférer, de création de la loi
fiscale émane du pouvoir exécutif et non législatif, le parlement se contente du vote, et n’a pas non
plus le droit de réduire des ressources publiques, en vertu de l’article 77 de la constitution.
 La loi de finance : La chambre des représentants vote la loi de finances dans les conditions
prévues par le dahir portant loi organique des finances. Ainsi, cette loi de finances prévoit et
autorise, pour chaque année civile, l’ensemble des ressources et des charges de l’Etat que
seules les lois de finances dites « rectificatives » peuvent en cours d’année modifier.

 Le code général des impôts et la loi 47.06: le Code Général des Impôts qui régit l’IS, la TVA,
l’IR, les droits d’enregistrement, les droits de timbre et la taxe spéciale annuelle sur les
véhicules automobiles ; et la loi n°47-06 relative à la fiscalité des collectivités locales.
 
 La jurisprudence : Les contribuables qui ne sont pas satisfaits d’une décision prise à leur
encontre par l’administration ont le droit de contester la légalité de cette décision devant la
commission nationale de recours fiscal et devant tribunaux administratifs.
 
 Les sources internationales : Inspiré de la législation française, le système fiscal marocain
prend place dans un cadre national et c’est ainsi que la Maroc a pu passer, avec bien d’autres
pays étrangers, des conventions fiscales de réciprocité tendant à éliminer les doubles
impositions.
Ce cadre normatif solide garantie les points suivants :

•  L’exclusivité du pouvoir législatif à créer les normes fiscales sans aucune autre autorité ne puisse
valablement s’y substituer ;

• Cette exclusivité demeure garantie, même s’il existe des démembrements du pouvoir fiscal, vu que ce
pouvoir fiscal local reste subordonné aux limites fixé par la loi;

• Cette exclusivité doit être exercée par le pouvoir législatif à plein, faute de quoi il encourt le risque de
censure par le conseil constitutionnel pour motif de l’incompétence négative La création des normes
fiscales ne peut être déléguée au pouvoir réglementaire, or il peut lui confier une compétence
subordonnée d’exécution pour l’application des lois fiscales ce sont les décrets d’application.

On peut déduire que dans le code général des impôts on trouve deux types de dispositions, celles
législatives et celles réglementaires qui sont des précisions apportées par décret aux lois fiscales.
Axe II : Les limites de la légalité fiscale :

Dans la pratique, la fiscalité marocaine est restée un domaine en perpétuelle réforme. Il s’avère que dans
son application, le principe de légalité de l’impôt connait des limites, ainsi nous observons qu’à chaque
introduction de nouveautés, l’installation d’une possibilité de déclassement des dispositions fiscales du
domaine de la loi au domaine réglementaire. Cependant l’histoire de l’impôt au Maroc a relevé quelques
entorses à ce principe.
Sur-ci nous allons décortiquer ces éléments selon 3 classifications :
1. Limites d’ordre juridique :
 
- Le caractère fréquemment général de la loi fiscale conduit l’administration à indiquer très
régulièrement dans des instructions ou circulaires dites interprétatives, l’interprétation qu’elle fait
des textes qu’elle chargé d’appliquer (le CGI)
-La doctrine administrative susceptible d’entrainer des limites au regard de la légalité fiscale à
savoir :

• Le contentieux fiscal : il est possible que pour le même texte législatif l’administration
change l’interprétation qu’elle en donne, si l’une des interprétations est favorable à un
contribuable celui ci n’a pas pour autant un droit acquis à son maintien .Il arrive parfois qu’à
la suite d’un brusque changement de doctrine administrative le fisc use de son droit de reprise
et procède ainsi à des redressements de charges fiscales portant sur des années antérieures et
ce dans le cadre du délai de reprise, ces changements d’interprétation peuvent concerner aussi
bien l’avenir que le passé.

Pour ce qui concerne l’avenir un contribuable peut organiser sa situation selon l’interprétation
que l’administration fiscale entend donner à un texte légal ou réglementaire, bien entendu si
l’administration change de position dans le sens de la rigueur, les calculs du contribuable s’en
trouveront faussées, mais cela demeure supportable, car le contribuable aura toujours la possibilité
de s’adapter à la nouvelle doctrine administrative.
En revanche en ce qui concerne le passé, la situation est dangereuse pour le contribuable et ce à cause
du droit de reprise de la loi fiscale confère à l’administration, après un changement de point de vue ou
d’interprétation sur une question, l’administration peut procéder à des redressements des charges fiscales
sur la période non couverte par la prescription antérieure au revirement de sa position.

Donc les contribuables qui s’étaient conformés à la doctrine administrative initiale, allégeant leurs
charges fiscales, pouvaient se trouver débiteurs pour le passé et se voir frapper d’un rehaussement d’impôt.
Dans ce cas-là la loi donne au contribuable le droit de contester la légalité des décisions prises à leur
encontre par l’administration devant les tribunaux afin de protéger ce dernier contre les changements de
doctrine administrative.

La concordance d’interprétation du juge avec celle du législateur : sur le plan théorique , il faudrait
pour qu’une telle concordance soit parfaite ,que le juge pratique une exégèse des textes (explications et
commentaires détaillés d’un texte d’une manière objective) ,méthode qui présente d’énormes difficultés ,le
juge dans ce que là peut avoir les plus grandes difficultés à donner une interprétation absolument conforme
à la volonté du législateur . Aussi et quel que soit le degré d’indépendance du juge l’application du principe
de légalité fiscale demeure incertaine ; de la même façon au-delà du contrôle des juridictions de dernière
instance, il n’existe plus aucun contrôle possible permettant de s’assurer avec certitude que le texte
interprété correspond bien à la volonté du législateur.

Donc on constate que la doctrine administrative supplante la loi.


2. Limites d’ordre politique :

• l’extension du pouvoir réglementaire :


Est le pouvoir dont disposent les autorités exécutives et administratives de prendre unilatéralement sans
l’accord du pouvoir législatif, des actes exécutoire comportant des dispositions générales et impersonnelles.
Du point de vue organique, la règlementation est l’acte unilatéral pris par le gouvernement selon l’article 90
de la constitution de 2011, « Le Chef du Gouvernement exerce le pouvoir réglementaire et peut déléguer
certains de ses pouvoirs aux ministres. Les actes réglementaires du Chef du Gouvernement sont
contresignés par les ministres chargés de leur exécution ».
D’après l’article 77, « Le Parlement et le gouvernement veillent à la préservation de l'équilibre des
finances de l'État. Le gouvernement peut opposer, de manière motivée, l'irrecevabilité à toute proposition
ou amendement formulés par les membres du Parlement lorsque leur adoption aurait pour conséquence, par
rapport à la loi de finances, soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l'aggravation
des charges publiques ».

  En effet, en dehors des dispositions constitutionnelles expresses qui font du Gouvernement le seul
titulaire du pouvoir réglementaire, celui-ci est exercé par d’autres autorités tant au niveau national que local
sur des bases différentes tels que le roi, les ministres est plus particulièrement le ministre de l’économie et
des finances et de la réforme de l’administration, les autorités déconcentrées.
• les prélèvements obligatoires non consentis par le parlement :

Le principe de la légalité fiscale ne concerne que l’impôt alors que les autres prélèvements ne sont pas
prisent en compte à savoir les taxes des collectivités locales, et les autres taxes parafiscales…
3. Limites d’ordre pratique :

La fiscalité locale manque de cohérence et d’efficacité, cela se traduit par le nombre important de taxes
et de prélèvements dont elle est composée. Cette multiplicité de taxes nuit à l’efficacité économique et
même au rendement de l’impôt qui devient difficile à calculer, à contrôler et à recouvrer.
Cependant, Le système fiscal marocain repose essentiellement sur le régime déclaratif. A ce titre, ce sont les
contribuables qui établissent leurs déclarations fiscales et procèdent à la liquidation et au paiement de
l’impôt sous leur propre responsabilité. Le régime déclaratif comportant par la force des choses des risques
d’erreurs et d’omissions, ne peut limiter les tentatives de fraude, en plus des divergences d’interprétation
devant la diversité des situations nées de l’application des dispositions fiscales. C’est la raison pour laquelle,
le législateur a doté l’administration fiscale d’un droit de contrôle de ces déclarations.
• Evasion fiscale :
Dans tout groupe humain doté d’un système fiscal, on trouve des personnes qui cherchent à y
échapper, en partie ou en totalité alors qu’elles continuent pourtant de vouloir bénéficier des prestations,
des protections et des services offerts par les budgets publics. L’évasion fiscale comprend à la fois la
fraude et l’optimisation fiscale, il s’agit en effet de tout comportement du contribuable qui vise à réduire
le montant des prélèvements dont il doit normalement s’acquitter.
- Fraude fiscale : constitue le détournement illégal d’un système fiscal afin de ne pas contribuer aux
cotisations publiques ;
- Evitement fiscal : appelé également optimisation fiscale consiste en l’utilisation de moyens
légaux afin de réduire le montant de l’imposition.
 
• Secteur informel :
Le phénomène informel constitue un vrai casse-tête pour l’économie marocaine, il pose plusieurs
problèmes aussi bien de qualité, de sécurité, de budget d’Etat et de compétitivité des entreprises. Faire
face à l’informel constitue l’une des préoccupations de l’Etat qui diversifie ses outils pour l’intégrer dans
l’économie organisée.
Fonder une définition moderne de l’égalité des citoyens devant l’impôt, à travers la lutte contre la
concurrence déloyale des opérateurs qui exercent dans l’informel, avec de gros chiffres d’affaires, et la
mise en place d’un environnement économique qui suscite les réflexes pour que s’opère naturellement le
transfert des activités informelles vers la sphère officielle de l’économie organisée, par la définition
d’avantages suffisamment attractifs et lisibles, procurés par la légalité.
 
CONCLUSION
Le principe de la légalité fiscale tire son origine du principe du consentement à l’impôt, au
Maroc il existe des corrélations significatives entre le consentement à l’impôt et la corruption d’une
part-plus les citoyens perçoivent la corruption élevée, plus la probabilité du consentement décroit-et
la confiance vis-à-vis des institutions d’autre part, c’est-à-dire lorsqu’il existe une relation solide
entre l’administration fiscale et le citoyen, ce dernier acceptera de payer l’impôt. Un système
démocratique et une confiance envers les institutions sont des marqueurs significatifs qui consentent
à l’impôt.
Ainsi, lorsque les citoyens sont en mesure de faire le lien entre les impôts prélevés et la dépense
publique, ils seraient plus enclins au consentement. Au contraire, si les dépenses publiques semblent
déconnectées de leurs attentes, le consentement fiscal semble diminue.
Pour renforcer le consentement du citoyen marocain à l’impôt il faut :
• Respect es droits économiques et sociaux fondamentales des contribuables
• Consécration du principe de l’égalité devant et par l’impôt
• Renforcement de la sécurité juridique du contribuable (restructurer, simplifier et clarifier les
dispositions du CGI)
• Garantie de l’équilibre entre les droits des contribuables et de l’administration (élaborer une
charte du contribuable qui explicite clairement ses droits et ses devoirs)
• Plus d’équité fiscale