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Cours 3-4

Aspects théoriques de la
traduction (suite)
Rappel :

 Les conceptions qui voient dans la T une simple juxtaposition de


correspondances sémantiques pré-existantes sont largement dépassées.
 Toute T est une interprétation. Tout texte, poèmes ou romans, discours
scientifiques, techniques ou pragmatiques sont irréductibles à la somme
des phrases qui les composent.
 La fascination qu’exerce la présence de l’original, l’intervention du
bagage et du contexte cognitifs, le déverbalisation, tout doit permettre une
réexpression à la fois libre et fidèle.
 Un bon traducteur au meilleur sens du terme fait mentir l’adage
« traduttore-traditore ».
Linguistique et traduction
 La Linguistique structurale est synchronique, descriptive, comparative.
Elle a un rapport direct avec la T
1. Saussure :
 Dans une langue, un signe ne prend sa signification que par rapport aux
autres signes de la langue ; les signes linguistiques ont une valeur  et les
signes des différents systèmes linguistiques ont des valeurs différentes ;
Ex. : mouton, pour un Français, c’est un mouton dans le pré et un mouton
dans l’assiette, ce que, pour un Anglais, c’est mutton dans son assiette et
sheep dans un pré
 La parole est la mise en œuvre d’une langue, elle est dépourvue de
paramètres discursifs, elle n’a pas de sens toute seule ; dans la T, on peut
transcoder la parole, mais on obtient des phrases hors contexte.
Linguistique et traduction
 2. Georges Mounin (Problèmes théoriques de la traduction)
 Pour GM, traduire est un contact entre les langues et la T une
opération linguistique, aussi les différences structurelles entre les
langues l’amènent-elles à conclure à leur intraduisibilité.
 3. Roman Jakobson : optique linguistique dans la T
 Sa théorie : les langues diffèrent en ce qu’elles doivent transmettre et
non en ce qu’elles peuvent transmettre.
 Ex. : worker, désigne un et une ouvrier (ère), intraduisible en russe où
il faut marquer le genre, masculin rabotnik ou féminin rabotnika.
Aspects de la traduction
 Question importante : La traduction consiste-t-elle à traduire les significations
lexicales et grammaticales d’une langue ?

 La traduction n’est pas une simple correspondance de mots.

Arguments et exemples:

Geist (allem.) = fr. esprit, génie, mentalité, fantôme, incarnation ;

Esprit (fr.) = roum. spirit, minte, inteligenţã, fantomã

Acasã = ??? dans toutes les langues (visions culturelles, affectives du monde)
La Linguistique générative
 Bâtie sur les structures profondes et les universaux du
langage qui correspondent à une compétence innée,
modulée par l’acquisition d’une langue historique
Noam Chomsky
 Sa théorie postule des structures profondes, donc le mental
dans le langage. Traduire automatiquement les significations
linguistiques est une tentative abandonnée au profit de
l’analyse grammaticale où aux structures profondes
correspondent des représentations mentales. La machine à
traduire est incapable de mobiliser des compléments cognitifs
pertinents.
Exemples de phrases fabriquées par l’odinateur :

1re :  Le chien jaune fume la 2 : Un jeune homme blond Les 2 phrases montrent que

regarde la manœuvre. tout énoncé mobilise une


pipe. double connaissance, celle
de la langue, mais aussi celle
du monde, qui fait que la 1re
phrase soit invraisemblable.
Les 2 sont parfaitement
construites (ont une
cohésion), mais il manque la
cohérence par rapport à une
réalité possible.
Donc, en toutes
circonstances, l’association
des connaissances
linguistiques et extra-
linguistiques est obligatoire.
L’approche interactionniste
 La T ne relève pas de la théorie dite de la communication. La T est un
échange de paroles porteuses de sens, tandis que la C est la transmission
électronique des messages formels.
 L’étude des interactions verbales (des énoncés actualisés dans des
situations de communicatives particulières) est révélatrice pour les
traductologues : on tient conte dans une T, du contexte (de la situation),
du non-verbal et du para-verbal.
 En traductologie, le texte original peut être défini comme le produit
d’une interaction entre le traducteur et la matérialité d’une chaîne
graphique ou sonore. Il est objet dynamique de compréhension.
Cf. E. Coseriu, les 3 niveaux de langage :
 1. le niveau philogénétique (niveau, universel, de la faculté du
langage qui caractérise l’espèce humaine) : c’est la compétence du
langage ;
 2. le niveau historique, de la langue maternelle, conséquences du
hasard des naissances ; c’est le niveau des différentes langues : la
compétence en une langue donnée ;
 3. le niveau des textes ou des discours : la compétence textuelle,
d’un individu, faisant usage de sa langue en une circonstance
donnée, accomplissant une activité créatrice, en ayant recours à des
savoirs linguistiques et non-linguistiques pré-existants pour produire
un sens inédit.
Aspects pratiques de la traduction
 Idéalement, la T est un processus de transfert de contenus notionnels et
émotionnels d’une langue dans une autre, effectué par un traducteur
parfaitement bilingue, totalement identifié à l’auteur du texte original et
conscient des réactions préalables des lecteurs de son texte.
 Théoriquement, obstacle d’ordre linguistique, culturel, stylistique, thématique ou
terminologique ne s’oppose à elle.
Mais, en réalité, le traducteur a ses faiblesses :
 qui lui sont propres : il n’est pas un parfait bilingue ; les problèmes de lexique
sont innombrables ; il n’a pas tjrs de l’intuition poétique (texte littéraire) ; même
omniscient et bien documenté, il n’arrive pas à connaître certains problèmes
comme un spécialiste.
 qui sont dues aux circonstances : délais trop courts, difficultés d’accès à la
documentation, textes originaux mal écris ou écrits délibérément obscurs.
Aspects pratiques de la traduction : problèmes concrets

1. L’absence de déverbalisation
 Ex 1.: angl.: Behind every liberated woman, there is another woman who
has to do the dirty work for her.
 Trad. fr. Derrière chaque femme libérée, il s’en cache une autre qui fait le
sale boulot à sa place / il s’en cache une autre, en tablier.
 Dans les années ‘60, le concept de « Woman lib » était aux E-U une notion
claire, mouvement qui a très vite passé en France aussi. Toute de suite,
dans la presse, les traducteurs ont opté pour femme libérée, mais libérée
par qui, par quoi ? variantes : femme libre ?, femme active ?
 Meilleure solution : l’expression qui correspond à une manière plus claire
d’exprimer l’idée est femme émancipée.
Aspects pratiques de la traduction : problèmes
concrets
 Obs 1 : faire attention aux faux amis : le calque fait tomber dans le piège
du faux sens grossier.
 Il ne faut pas oublier d’appliquer une règle très simple : toujours douter de
la stricte identité conceptuelle de formes semblables dans deux langues.
 Ex.2 : angl.: He starts screaming he didn’t marry a woman who would
ignore her house and children.
 Trad. fr.: Ils (les maris) se mettent à hurler que / poussent les hauts cris et
disent que / font toute une histoire en disant que/
 Variante choisie : ils se mettent à crier que parce que hurler cadre mal
avec le comportement du mari tel qu’il est décrit par ailleurs.
Aspects pratiques de la traduction : problèmes
Pour traduire la suite :
concrets
 (1) Ils ne se sont mariés pour vivre avec une femme qui néglige ses enfants et sa
maison - légèrement contradictoire
 (2) Ils n’ont pas épousé une femme qui se fiche de sa maison et de ses enfants
légèrement contradictoire
 (3) En se mariant, il ne croyait pas qu’un jour sa femme négligerait foyer et
enfants – trop pleurnichard !
 (4) Il n’a que faire d’une femme qui laisse tomber sa maison et ses enfants – trop
libre
 (5) Il ne s’est pas marié pour avoir une femme qui néglige sa maison et ses
enfants – maladroit
 (6) Il pousse de hauts cris en disant que sa femme abandonne ses enfants et son
foyer et qu’il ne s’est pas marié pour ça – fidèle au sens
 Obs 2 : Traduire un texte, c’est partir d’une idée déverbalisée : l’explicite
[ponctuel d’un mot contribue à faire apparaître l’idée, il y renvoie plus qu’il ne
l’exprime.
Aspects pratiques de la traduction : problèmes
concrets
2. Le transcodage des phrases
 Les différences de structures syntaxiques des langues imposent leurs
contraintes aux traducteurs de sorte que même le plus médiocre
apprenti traducteur ne procède pas mot à mot, mais respecte la syntaxe
de la langue d’arrivée.
 Exemple : She always knows where his shirts are.
 Trad. fr. Elle sait toujours où sont ses chemises = faux ! mais Elle sait
toujours lui trouver ses chemises.
 L’anglais sous-entend qu’elle les lui trouve, le français qu’elle sait où
elles se trouvent.
Aspects pratiques de la traduction : problèmes
concrets
3. La fidélité
 C’est une notion clé en traductologie. La fidélité au sens permet de
s’adapter à toute la complexité de l’emploi du langage. Elle est
réalisée grâce à :
 la visualisation d’une situation :
 Exemple : angl. For every liberated woman you see in a office,
there is…
 Trad. fr.: dans un bureau? derrière un bureau ? chaque fois qu’une
femme libérée travaille dans un bureau… ? pour chaque femme que
vous voyez dans un bureau = transcodage ; conclusion : la
représentation visuelle est importante
Aspects pratiques de la traduction : problèmes
concrets
3. La fidélité
 à la connaissance d’une réalité :
 Exemple : angl. He wants to know why there are no clean sheets on
the bad.
 Trad. fr. : Il fait toute une histoire si les draps n’ont pas été
changés
 Il me demande comment cela se fait que les draps n’aient pas été
changés.
 Pour clean sheets = draps propres en transcodage, mais renverrait
le lecteur français à l’idée de draps sales, donc on emploie changer
les draps pour rendre la fidélité et exprimer parfaitement la réalité
concrète
Aspects pratiques de la traduction : problèmes concrets
 3. La fidélité
 à la prise de conscience de la fonction symbolique d’une expression :
Exemple : angl. : Juanita mopping floors…
Mais, en anglais, mopping floors symbolise les tâches ménagères, dirty work.
 Trad. fr. ???
 elle passe le torchon / la serpière / T spontanée
 frotte par terre / T spontanée
 lave le carrelage / rien ne suppose qu’il y a du carrelage chez elle – T écartée
 frotte les parquets / rien ne suppose qu’il y a du parque chez elle – T écartée
 passe l’aspirateur – travail moins avilissant
 à la prise de conscience de la nature des figements :
Exemple de parfaite correspondance : A bird in the hand is worth two in the bush = Un tiens vaut mieux que
deux tu l’auras.
Aspects pratiques de la traduction : problèmes
concrets
Exemple de claque de l’expression figée :
 J’avais l’impression que vous cumuliez les avantages.
 Bonne T : J’avais l’impression que vous l’emportiez sur tous les
tableaux.

 du registre d’expression :
 Exemple :You’ve got a picture !
 Trad. fr.: Vous y êtes ! ou : On ne peut rien vous cacher !
Aspects pratiques de la traduction : problèmes concrets

4. Le transfert du culturel
 Les problèmes dits culturels sont une difficulté courante dans la T.
 Il s’agit d’objets ou de notions qui appartiennent exclusivement à une
culture donnée et qui ne possèdent pas de correspondances lexicales dans
la civilisation d’accueil. Exemple : les habitudes vestimentaires ou
alimentaires, les coutumes religieuses et traditionnelles. Il ne s’agit pas
seulement de quel mot placer dans la langue d’arrivé, mais aussi de savoir
comment faire passer au maximum le monde implicite que recouvre le
langage de l’autre.
 Remarque sur le mot culturel : pour les Français, la culture sous-entend
l’art, la littérature, la musique.
Aspects pratiques de la traduction : problèmes
concrets
 Obs. notoire : chaque langue découpe le monde à sa manière, mais :
chaque langue impose une vision du monde particulière à ceux qui la
parlent = c’est faux ! (c’est la fameuse hypothèse Sapir-Whorf)

 Autre observation/rappel : On a admis à l’unanimité que les


compléments cognitifs jouent un rôle important.

 Théoriquement, un traducteur connaît la culture du peuple qui parle la


langue en question (les lacunes sont à remplir !). S’il est bilingue, il est
forcément bi-culturel.
Aspects pratiques de la traduction : problèmes concrets
 S’agissant de la littérature étrangère qui fait appel à l’universel, tout
lecteur est potentiellement en mesure de la comprendre. S’agissant des
mœurs, des traditions auxquelles elle fait allusion, le lecteur doit faire un
effort pour accéder à l’intégralité des faits culturels. C’est au traducteur de
donner au lecteur étranger des connaissances supplémentaires, minimum
mais suffisantes pour entr’ouvrir la porte qui mène à la connaissance des
autres. Le lecteur est ignorant, mais pas imbécile. Il complète très vite.
Le traducteur l’aide en explicitant certains des implicites du texte original
en employant des moyens linguistiques suffisants pour désigner des
référents pour lesquels il n’existe pas de correspondance directe dans sa
langue. Le lecteur de la T n’en saura jamais autant que le lecteur
autochtone, mais il ne restera pas non plus ignorant.
Aspects pratiques de la traduction : problèmes concrets

Quelques procédés de transfert des réalités étrangères (I)


 l’adaptation
Exemple : She works for a low firm from 9 to 5. = non « cabinets juridiques », mais
cabinet d’avocats, bien que lowyer ne soit pas obligatoirement avocat.
 la conversion
Exemple: un mets ou un plat courant ou servi à l’occasion de festivités : fried beans =
plat courant en Amérique du Sud = frijoles refritos = purée d’haricots rouges ou noirs
sautés au beurre ou à l’huile qui sert d’accompagnement à pratiquement tous les plats
Jamais : haricots frits parce que le Français n’ont que de haricots blancs ou flageolets. T
= espèce d’haricots ? ou encore chili con carne, plus connu en France
Aspects pratiques de la traduction : problèmes
concrets
Quelques procédés de transfert des réalités étrangères (II)
 l’explicitation
Exemples: Safeway / Carrefour / Cora /Auchan/ Mammouth
 Traduire : le supermarché ? = vague le supermarché Cora ou Auchan ? = assez
d’infos
 Le principe de l’explicitation est fondamental en T.
 Un bon traducteur modifie avec doigté le rapport implicite – explicite de
l’original pour atteindre un nouvel équilibre implicite-explicite dans sa langue. ;
 Exemple: fr. doigt court = petitesse?***courceur? Le fait que …
Aspects pratiques de la traduction : problèmes
concrets
Quelques procédés de transfert des réalités étrangères (III)
 l’ethnocentrisme
 Il arrive que le traducteur substitue des faits de sa propre culture à ceux qu’évoque le texte  : il
le naturalise.
 Exemple : Safeway = Monoprix., mais c’est une enseigne française qui ne trouve pas aux E-U. 
 C’est fausser la réalité américaine qu’il s’agit de transmettre que de substituer une enseigne
française à une enseigne américaine.
 Conserver le caractère étranger de l’original, au risque de ne pas passer en T ou, au contraire,
naturaliser le texte ? = question épineuse
 Le gommage des aspects culturels sous-estime le dynamisme de toute connaissance. Le bon
traducteur s’interdit de naturaliser la culture de l’original, comme il s’interdit de laisser dans
l’ombre ce qu’i convient de faire comprendre.
Aspects pratiques de la traduction : problèmes
concrets
L’ignorance du culturel
 Exemple : But every magazine you read in the supermarket
features = que sont ces supermarchés où on lit des magazines ?
il s’agit de magazines vendus dans la même enceinte que les
produits alimentaires et ménagers = fait culturel américain !
 Trad. fr. : Pourtant, dans toutes les revues que l’on voit dans
les supermarchés…
 Les magazines qu’on trouve dans les supermarchés…
Aspects pratiques de la traduction : problèmes concrets

D’autres traduction comme (syn?) :


 Tous les magazines populaires… (T qui élude le problème)
 Les kiosques sont pleins de revues où… (T qui dépasse les limites
de l’interprétation : place les revues dans des kiosques ; trahison du
sens en modifiant l’information)
 Dans tous les magazines, on voit… (T qui élude le problème)
 Chez mon coiffeur, il y a tjrs des revues qui … (T qui dépasse les
limites de l’interprétation : place les revues chez le coiffeur ;
trahison du sens en modifiant l’information)
Conclusions 
Le transfert culturel consiste à apporter au lecteur étranger des
connaissances sur un monde qui n’est pas le sien.
Cet apport ne comble pas intégralement la distance entre les 2 mondes,
mais entr’ouvre une fenêtre sur la culture originale. Pour ce faire,
le traducteur conserve le référent étranger en le transmettant
sous des formes compréhensibles.
 Les exemples analysés ont permis d’illustrer :
 les difficultés de la déverbalisation;
 les tentations du transcodage;
 les possibilités de transfert culturel.

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