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TROUBLES ANXIEUX

Dr.Leila Chami
Médecin psychiatre
EHS Frantz-Fanon, Blida
Définition
 Ensemble de troubles psychologiques dont les symptômes sont
notamment une anxiété excessive, un sentiment de peur, des inquiétudes
et des comportements d'évitement.

 L’anxiété est une émotion courante qui peut être vécue par tous dans
certains contextes qui suscitent du stress. Il est normal de ressentir de
l’anxiété à un moment ou à un autre; en général, ce sentiment se dissipe
assez rapidement.

 Les personnes ayant un trouble anxieux manifestent des symptômes


cognitifs, physiques et comportementaux de l’angoisse qui sont intenses,
fréquents persistants et graves et pour qui l’angoisse provoque une
détresse qui nuit à leurs capacités sur différents plans (vie sociale,
affective, professionnelle, etc.).
Quelques notions

 Anxiété : État mental de trouble et d’agitation, sentiment


d’insécurité indéfinissable, peur sans objet.

 Angoisse Englobe l’anxiété et ses signes somatiques


d’oppression et de constriction. Phénomène d’intensité
croissante : inquiétude > anxiété > angoisse.

 Peur : État anxieux accompagnant la prise de conscience d’un


danger ou d’une menace objectifs, réels, perçus par chacun.
 Phobie Peur irrationnelle spécifique, déclenchée par
un objet ou une situation n’ayant pas en eux-mêmes
de caractère dangereux. La peur disparaît en dehors de
l’objet ou de la situation phobogène. Le danger, la
menace sont imaginaires, liées à la personnalité et
l’histoire de la personne.

 Stress Réaction d’adaptation non spécifique de


l’organisme à une agression physique, psychologique
ou sociale et qui s’accompagne d’un état anxieux.
Impacts de l’anxiété sur :
 La capacité d’attention et de concentration : en termes de
temps, de surcharge cognitive, d’état de fatigue.
 La mémoire à court, moyen et long terme : capacité à
mémoriser, à emmagasiner l’information et à encoder.
 L’organisation : capacité à préparer une action, à la
coordonner et à se mobiliser pour y parvenir.
 La planification : capacité de prévoir l’atteinte d’un objectif.
 Estime de soi / confiance en soi / Le découragement, la
honte
 Le raisonnement.
 La communication (expression et compréhension).
Les principaux troubles sont :

 Les troubles de l’anxiété généralisée (TAG);

 Le trouble panique avec ou sans agoraphobie (TP)

 Les troubles obsessionnels-compulsifs; (TOC)

 Les troubles de stress post-traumatique; ESPT

 Les troubles phobiques;


I. TAG : Troubles de l’anxiété
généralisée
 La personne présente des Inquiétudes excessives
difficiles à contrôler pendant une période d’au
moins six mois et qui portent sur divers événements
ou activités.

 Ces inquiétudes nuisent à son fonctionnement et lui


occasionnent une détresse importante.

 Les angoisses sont accompagnées de symptômes


physiques importants.
 Les inquiétudes se distinguent en deux catégories :

- les inquiétudes centrées sur des problèmes réels et


actuels et pour lesquelles il est possible d’utiliser une
technique de résolution de problème;

- les inquiétudes de type éventuel où, par définition, il


n’y a pas encore de problème (ils sont anticipés,
imaginés).
 L’évolution est souvent marquée par des fluctuations
symptomatiques et s’aggrave souvent durant les périodes de stress.

 La survenue de complications :la prise de toxiques comme de l’alcool,


tranquillisants….

 Le développement d’un trouble anxieux plus spécifique comme une


attaque de panique ou un trouble phobique

 L’apparition de troubles dépressifs bien que tardive est fréquente : le


diagnostic d’anxiété généralisée est associé à celui de trouble
dépressif majeur dans le 3 / 4 des cas sur la vie entière.
II. Attaque de panique-TP
 L’attaque de panique est une période bien délimitée marquée par
l’occurrence soudaine d’une appréhension intense, d’une peur ou d’une
terreur souvent associée à des sensations de catastrophe imminente.
Durant ces attaques sont présents des symptômes tels que
- Des sensations de « souffle coupé ».
- Des palpitations, des douleurs ou gênes thoraciques.
- Des sensations d’étranglement ou des impressions d’étouffement.
 La peur de devenir « fou » ou de perdre le contrôle de soi.

 Le trouble de panique et l’agoraphobie sont souvent regroupés dans la


même entité clinique.
Clinique
 L’attaque de panique s’exprime le plus souvent par
une symptomatologie somatique intense, c’est la
raison pour laquelle les patients souffrants
consultent tardivement un psychiatre après avoir
consulté plusieurs médecins généralistes,
cardiologues ou autres spécialistes
Début
 Souvent brutal et rapidement progressif et les patients décrivent cette « aura
» anxieuse comme un malaise généralisé, précédant directement le
déclenchement de la crise.

 Les attaques de panique peuvent survenir de manière spontanée ou dans des


situations anxiogènes que le patient ne reconnaît pas toujours, du moins
lors des premières crises.

 La durée de la crise est relativement courte, l’acmé de la crise est


rapidement atteinte, puis après une période plus ou moins longue, mais
peuvent durer quelques heures chez certaines personnes.

 L’intensité des symptômes va décroître progressivement laissant place à


une sensation de soulagement et assez fréquemment à une asthénie intense.
Etat
Dans laquelle au minimum quatre des symptômes suivants sont survenus de façon brutale
et ont atteint leur acmé en moins de dix minutes :

1) Palpitations, battement de cœur ou accélération du rythme cardiaque.


2) Transpiration.
3) Tremblements ou secousses musculaires.
4) Sensations de « souffle coupé » ou impression d’étouffement.
5) Sensation d’étranglement.
6) Douleur ou gêne thoracique.
7) Nausée ou gêne abdominale.
8) Sensation de vertige, d’instabilité, de tête vide ou impression d’évanouissement.
9) Déréalisation « sentiment d’irréalité » ou dépersonnalisation « être détaché de soi ».
10) Peur de perdre le contrôle ou de devenir fou.
11) Peur de mourir.
12) paresthésies « sensations d’engourdissement ou de picotements ».
13) Frissons ou bouffées de chaleur.
Les troubles paniques
 Le trouble panique se traduit par la répétition des attaques de panique,
récurrentes et inattendues suivies d’une période au cours de laquelle la
personne :

- craint constamment d’avoir une autre crise de panique; (anticipation


anxieuse+++)
- se préoccupe des implications, des conséquences (ex. : devenir fou, crise
cardiaque);
- vit des changements de comportements importants suite aux attaques.
Les crises de panique peuvent s’accompagner ou pas d’agoraphobie,
c’est-à-dire, une anxiété liée au fait de se retrouver dans des endroits ou des
situations où il pourrait être difficile de s’échapper ou dans lesquels on
pourrait ne pas trouver de secours en cas d’attaque de panique.
Evolution
L’évolution habituelle est chronique et se fait avec des hauts et des bas.

Certains peuvent avoir une symptomatologie sévère de manière continue, avec


aggravation et handicap devenant invalidant.

L’anxiété anticipatoire va jouer un rôle prépondérant dans la pérennisation du trouble


panique, le patient organise sa vie autour de la peur de vivre de nouveau une attaque
de panique.

La survenue de syndrome dépressif chez 50 % des patients.


D’autres complications peuvent survenir :


- Des conduites d’alcoolisation
- Toxicomanie médicamenteuse : surtout aux benzodiazépines.
- Maladies psychosomatiques : HTA, UGD, asthénie, insuffisance coronaire… ».
- Récemment certains auteurs ont retrouvé une grande prévalence de tentatives de
suicide chez ces patients.
III. Troubles Obsessionnels
Compulsifs(TOC)
Définitions :
 L’obsession est « une idée ou un groupe d’idées qui
s’impose à l’esprit d’une manière lancinante et pénible que
le sujet ne peut chasser bien qu’il les tienne comme absurde
». elle s’accompagne très souvent d’actes compulsifs et de
rituels que le sujet se sent forcé d’accompagner sous peine
d’anxiété. l’obsession s’accompagne d’un état affectif
variant du simple malaise à l’angoisse.

 Les caractères propres à l’obsession sont la contrainte, la


lutte anxieuse, le doute, la conscience du caractère
morbide du trouble.
Les personnes atteintes d’un TOC ont des pensées indésirables et
persistantes (obsessions) et elles éprouvent le besoin d’effectuer des

activités répétitives (compulsions) qui prennent beaucoup de place dans


leur vie.

Les comportements compulsifs peuvent, par exemple, consister à se laver les mains à
répétition, à remettre de l’ordre constamment, à vérifier et à compter de façon
interminable.

Souvent, la personne qui a des obsessions sait que ses pensées sont irrationnelles et
excessives, mais elle ne peut pas les ignorer. Dans le but de soulager leurs pensées
importunes, les personnes atteintes d’un TOC ont des habitudes compulsives dictées
par des « règles » très précises. Ces habitudes excessives apportent un soulagement
temporaire, mais les pensées obsessionnelles reviennent peu de temps après.
Les thèmes les plus fréquents :

 contamination ou saleté : 45 % / doute : 42 % / peur de la


maladie : 36 % / besoin de la symétrie ou de la perfection :
31 % / impulsions agressive « peur d’être agressif » : 28 %
/ impulsions sexuelles : 26 %.

 D’autres thèmes sont plus rares : obsessions de collection,


peur de la perte de quelque chose, besoins de savoir ou de
se souvenir, peur de dire certaines choses, images parasites
« neutres », sons, mots ou musique parasite et dénués de
sens, nombres qui portent bonheur, peurs superstitieuses…
Evolution
A. Evolution sans traitement :
Très polymorphes, cela peut aller du sujet apparemment
normale pour ses proches au sujet pratiquement invalide tant il
est paralysé par ses obsessions et ses rituels.
Au point de vue de l’évolution au long cours, le TOC se
présente certes comme une maladie chronique qui subit
souvent au long des années des variations et des changements
assez importants ne serait ce que dans les thèmes obsédants,
l’intensité de l’angoisse, l’occurrence des phases dépressives,
le degrés d’entrave de la vie quotidienne, les possibilités
d’adaptation ou de stabilisation.
B. Evolution sous traitement :
 60 à 80 % des malades s’améliorent ou obtiennent

d’excellents rémissions, l’amélioration est d’autant


plus facile à obtenir que :
- L’alliance thérapeutique est bonne.
- Le recours au traitement est précoce.
- Lors des décompensations, le facteur déclenchant est
retrouvé.
- Bonnes relations socio-professionnelles.
IV. Troubles de stress post-
traumatique
Définition
 Se caractérise par le développement d’un ensemble
de symptômes spécifiques faisant suite à
l’exposition à un événement traumatique qu’il soit
physique et/ ou psychologique.

 Ce traumatisme constitue un événement hors du


commun dépassant les expériences habituelles,
vécu avec terreur et prenant le sens d’une rencontre
manquée avec la mort.
 le traumatisme psychique doit être différencié du
stress.
A- L’évènement stressant: est un évènement banal,
habituel, commun (exemple examens, divorce, echec..)
B- La réaction de stress : c’est une réaction
biologique, physiologique et psychologique d’alarme,
de mobilisation et de défense. Elle est quasi réflexe et
automatique, elle est utile, due aux décharges
d’adrénaline et de cortisol.
La réaction de stress adaptée :
- Physiologique : Libération d’adrénaline== augmentation du sucre
sanguin. /Fuite de la masse sanguine de la périphérie aux organes
nobles. /-Augmentation Fc cardiaque. / Augmentation TA.
- Psychologique : - Augmentation du niveau de vigilance./ - Focalise
l’attention. / Augmentation des capacités d’évaluation, de mémorisation et
de raisonnement. / Incite à l’action.
- Symptômes neuro-physiologiques : Pâleur, sueur, tachycardie, spasmes.

Le stress normal se mue en stress dépassé lorsqu’il


devient intense, trop prolongé ou se répète à de courts
intervalles. (sidération stuporeuse. /Une agitation motrice avec fuite
panique)
Traumatisme psychique ou psychotrauma :
 Terme emprunté à la pathologie chirurgicale. Désigne
un phénomène psychique d’effraction et
l’envahissement et débordement du psychisme.
 Le psychisme a ses défenses rompues par les
stimulations violentes et urgentes apportées par la
situation d’agression et il se trouve incapable de faire
face à cette agression, de la maîtriser, soit qu’il ne
dispose plus d’énergie nécessaire à cette maîtrise, soit
qu’il soit incapable d’organiser son système de défense,
 Parmi les incidents qui peuvent provoquer un TSPT, il y a par
exemple, le viol, les mauvais traitements infligés à un enfant, la
guerre ou une catastrophe naturelle.

 Les principaux signes et symptômes sont :


- Reviviscence : des souvenirs de l’évènement traumatisant,
flashbacks (agir comme si l’évènement se reproduisait ou avoir
l’impression de le revivre), cauchemars.
- Évitement : gérer les sentiments négatifs provoqués par le
traumatisme en restant à l’écart des situations susceptibles de
raviver ses sentiments.
- Hypervigilance : se sentir tendu la plupart du temps, réagir comme
si on était en danger même lorsque ce n’est pas le cas.
 La perturbation entraîne une souffrance cliniquement
significative ou une altération du fonctionnement social,
professionnel ou dans d’autres domaines importants.

*Spécifier si :
Aigu : si la durée des symptômes est de moins de 3 mois.
Chronique : si la durée des symptômes est de 3 mois ou plus.
*Spécifier si :
Survenue différée : si le début des symptômes survient au
moins 6 mois après le facteur de stress.
Troubles phobiques
 La phobie est une crainte irrationnelle et angoissante, jugée
comme excessive et absurde par le patient, déclenchée par la
présence d’un objet ou d’une situation ne présentant pas de
caractère objectivement dangereux. L’angoisse disparaît en
l’absence de l’objet ou de la situation phobogène.

 On distingue les états phobiques et les symptômes


phobiques. Dans les premiers, la phobie domine la
symptomatologie, les seconds entrent dans le cadre d’autres
syndromes où la phobie n’est plus au premier plan. L’anxiété
possède une place centrale dans les troubles phobiques.
Les caractéristiques générales des états phobiques :

 Angoisse déclenchée uniquement « en présence » de l’objet ou


de la situation photogène ; elle est caractérisée par une peur
subjective et des manifestations somatiques de l’angoisse.

 Conscience du caractère excessif ou absurde de la crainte.

 Présence d’un comportement visant à conjurer l’angoisse :


- Conduites d’évitement.
- Conduites de réassurance.
- Conduite de fuite en avant.
On distingue trois types des phobies :

 Agoraphobie : phobie liée à l’espace d’où le patient ne peut ou craint


de ne pouvoir sortir ou de ne pas trouver de secours. Il évite de se
retrouver seul dans les endroits où il est difficile de s’échapper, où il n’y a
pas d’issue.

 Phobies sociales : peur d’être observé et jugé par les autres, dans des
situations de groupe ou d’évaluation où l’on se trouve exposé à
l’observation attentive d’autrui, accompagnée de manifestations
somatiques de l’anxiété. le sujet craint d’agir de manière honteuse ou
embarrassante devant les autres.
 Cette peur occasionne une grande détresse. L'évitement, l'anticipation
anxieuse ou la souffrance dans les situations redoutées, perturbent de
façon importante les habitudes de l'individu, ses activités professionnelles
ou scolaires, ses activités sociales ou ses relations avec autrui.
 Phobies simples ou spécifiques : il s’agit des phobies mono-
symptomatiques peu envahissantes et limitées portant sur des objets
ou des situations très spécifiques.

 Les personnes atteintes d’une phobie spécifique éprouvent une peur


irrépressible et irrationnelle d’une chose en particulier. Il peut s’agir
d’un objet, d’une situation, d’un animal, d’une activité ou de toute
autre chose significative pour cette personne.

 Quelle que soit cette chose, la personne éprouve des niveaux


inexplicables de peur et prend souvent des mesures extrêmes pour
l’éviter.
PEC
 Elle comprend 3 volets : médico- psychologique, social, selon l’évolution,
conjuguant chimio et psychothérapie et nécessitent la collaboration entre psychiatres
et psychologues.

TP-TAG :
A. Chimiothérapie : Vise à prévenir l’apparition des crises d’angoisse et à éviter
ainsi l’installation de l’anxiété anticipatoire.
Prescrire un Antidépresseur à dose variable
La durée du traitement est entre 06 à 12 mois.
Parfois on peut ajouter une Benzodiazépine , la posologie diffère selon les individus.
Cette association est justifiée lorsqu’une action rapide sur l’angoisse est nécessaire.
Des neurolptiques peuvent être nécessaires dans certaines formes de TOC
Les Bêtabloquants « Avlocardyl 40 mg / j » sont plus efficaces en phobie sociale, en
agissant sur l’anxiété de performance.
B. Psychothérapie :

De soutien :
 Elle est indispensable et doit accompagner le traitement biologique.

 Elle permet un renforcement des capacités d’adaptation du sujet, une

mise en œuvre plus efficace et plus simple de ses moyens de défense.

Thérapies cognitivo-comportementale (TP, TOC,TSPT+++)


Relaxation
Thérapie de groupe (Phobie sociale)
Hypnose
La neuro-stimulation trans-crânienne (TOC++)
C. Prise en charge sociale :
 L’approche communautaire, par le biais de

personnes ressources (famille, assistante sociale…)


œuvre dans le sens d’une réinsertion socio-
professionnelle et familiale.
 Créer des cellules d’écoute, des associations, dans

numéros d’urgence.
Merci