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Délire et hallucination

Introduction-Définition
Le délire est un trouble du contenu de la pensée
caractérisé par la permanence d’idées
délirantes.
Celles-ci sont en rapport avec une réalité propre
au patient, réalité différente de la réalité
commune, idées auxquelles le sujet attache
une conviction absolue, non soumise à la
preuve et à la démonstration, non rectifiable
par le raisonnement.
Les idées délirantes : Sont pathognomoniques de la
pathologie psychotique, Sont de thème unique ou
multiple, Elaborées par un ou plusieurs mécanismes,
Organisées selon une logique ou sans liens, Diffèrent
de l’erreur corrigible et sans conviction inébranlable.
Pour certaines populations, une évidence culturelle,
religieuse ou historique peut apparaitre comme un
délire pour une autre population NB : selon la
nosographie américaine (DSM V), le terme du
trouble délirant désigne la paranoïa.
Intérêts de la question:

Faciliter la compréhension du syndrome délirant


vu sa fréquence en pathologie psychiatrique.
Permettre une bonne analyse sémiologique du
délire afin d’avoir une orientation étiologique
correcte.
Faire la distinction du délire dans le cadre d’une
pathologie organique ou psychiatrique.
Assurer une prise en charge adéquate et
efficace.
Sémiologie
Sept étapes précisant les caractéristiques du syndrome
délirant :
Début du délire,
Thèmes délirants,
Mécanismes,
Degré de systématisation,
Mode d’extension,
Degré de conviction,
Participation émotionnelle
Début du délire:
Modes d’entrée Aigu : « coup de tonnerre dans un ciel
serein », délire d’emblée exprimé, parfois précédé
par des prodromes (bizarreries comportementales,
anxiété, troubles du sommeil, tristesse, euphorie…).
Progressif : installation en quelques jours voire
semaines, avec propos et comportements bizarres,
changement des habitudes, anxiété, perplexité,
méfiance, irritabilité, repli sur soi, accentuation de
traits de la personnalité.
Ancienneté:
Date des premiers symptômes délirants, Épisode
inaugural ou récidive, Processus chronique (> 6
mois) avec phases d’exacerbation des symptômes.
Facteurs déclenchant Evénements importants dans
la vie du sujet ou la vie familiale : échec ou succès,
rupture sentimentale, décès d’un proche, stress
émotionnel, traumatisme psychique
Contexte de puerpéralité : grossesse,
accouchement, fausse couche, avortement…
Changement de vie : déménagement, départ
d’un proche, nouvelle profession, voyage…
Prise médicamenteuse : corticoïdes,
amphétaminiques, hormones thyroïdiennes…
Date religieuse, date historique… Facteur
organique : début d’une maladie somatique,
fièvre, hyperthyroïdie… Toxicité
Prise récente de drogues, Syndrome de manque,
Syndrome de sevrage d’un médicament.
Variations dans le temps
Le délire peut varier au cours de la journée,
c’est le cas de la bouffée délirante aigue et de
la confusion où on note un délire fluctuant à
recrudescence vespérale et dans le noir.
Thèmes du délire:
• Persécution:
Conviction d’être en proie à un monde hostile,
objet d’agressions, victime de préjudices, sujet
d’allusions malveillants, cible d’une
surveillance ou d’une conspiration.
• Mégalomanie :
Tendance à la surélévation de soi ; des idées de
richesse, de puissance, de notoriété, d’avoir de
multiples projets.
Ce thème est retrouvé essentiellement dans les états
maniaques et dans l’atteinte organique telle la
neurosyphilis.
Souvent, les thèmes de grandeur sont intriqués à ceux
de persécution "on m'en veut car je suis génial",
filiation et mystique.
• Influence :
Sentiment qu’a le patient d'être agi, commandé
par une force extérieure à sa volonté; non
seulement le sujet n'est pas maître de ses
actions ou de ses sentiments, mais ils lui sont
imposés. La thématique d'influence n'a pas de
spécificité particulière mais elle rentre souvent
dans le cadre d'un automatisme mental.
Mystique :
Thèmes en rapport avec les paroles des
Ecritures, une mission divine à accomplir,
l’existence de forces occultes extérieures.
Damnation :
Exprimée sous formes diverses : manquer à ses
devoirs, commettre des fautes, peur de la
punition divine, la crainte de l’enfer, vécue
comme châtiment des fautes commises,
s’observant surtout dans la mélancolie.
Possession diabolique :
Conviction d’être possédé par le diable, qui le
persécute, le pousse à dire ou à faire des
choses contraintes à la religion
Filiation :
Conviction délirante d’être issu d’une
ascendance illustre, souvent royale,
aristocratique, divine, célébrité.
• Jalousie :
Sentiment de frustration, de duperie ou
d’abandon à l’égard de l’amour et de la
possession d’un être investi affectivement.
• Erotomanie : Illusion délirante d’être aimée,
généralement par un personnage jouissant
d’un prestige avec lequel le patient n’a que des
relations lointaines voire aucune.
Thème rencontré dans les délires paranoïaques.
Évolution en 3 phases : espoir, dépit puis
rancune. En cas d’absence de réponse de la
part de l’objet; haine; passage à l’acte
meurtrier.
Négation d’organes :
Conviction délirante d’absence ou de mort d’un
ou plusieurs organes de son propre corps
(syndrome mélancolique, syndrome de
Cotard).
• Auto-accusation : Jugement défavorable sur
sa propre personne : idées d’incapacité,
d’indignité, de culpabilité, de corruption, de
remords, de désespoir, de tromperie.
Mécanismes Modalités d'élaboration de la
thématique délirante
hallucinatoire,
interprétatif,
intuitif,
imaginatif.
Hallucinations :
Perception sans objet à percevoir.
Elles peuvent être:
Psychosensorielles : auditive, visuelle, olfactive,
gustative, tactile et cénesthésique.
psychiques : le sujet ne perçoit pas les stimuli au
niveau des organes de sens mais dans sa propre
pensée: voix intérieures, transmission de
pensées, paroles et langage intérieurs
Interprétation:
Attribution d’une explication erronée à une perception
exacte traduisant ainsi une distorsion du jugement,
rigide, ne s’adaptant pas au contexte de la situation .
Intuition
C’est une idée fausse admise sans vérification ni
raisonnement logique en dehors de toute donnée
objective ou sensorielle. Ex : Comment savez-vous que
vous êtes le prophète? - Je le sais, c'est comme ça, je le
sens.
Imagination
C’est une fabulation ou invention où
l'imagination est au premier plan et le sujet y
joue un rôle central.
Degré de systématisation ou organisation du délire:
Correspond à la cohérence et à l enchainement des idées
délirantes.
On distingue deux types :
Délire systématisé : ordonné, plausible et compréhensible. Ce
sont des idées agencées avec une certaine cohérence et qui
peuvent entraîner l'adhésion d'autrui. La thématique est
souvent unique et le mécanisme est souvent interprétatif.
Délire non systématisé : mal organisé, incohérent, flou avec un
polymorphisme des thèmes et des mécanismes et en
l'absence d'enchaînement logique entre eux.
Degré d’extension:
On distingue :
Délire en secteur : limité à un aspect de la vie
du sujet (ex : vie professionnelle)
Délire en réseau : touchant progressivement
tous les aspects de la vie du sujet.
Degré de conviction ou adhésion Inébranlable :
le délire est non accessible au raisonnement ni
aux critiques, l’adhésion est totale entrainant
parfois celle de l’entourage. Partielle : le
patient critique son propre délire, reconnait la
réalité hallucinatoire des voix qu’il entend…
• Participation émotionnelle
Elle dépend du degré de conviction et de
l’intensité du délire. Plus la participation
émotionnelle est grande, plus il faut craindre
un passage à l’acte
• Autres caractéristiques
Congruence avec l’humeur : Délire congruent à
l’humeur : délire dont le thème va dans le même
sens que la thymie (ex : idée de ruine, syndrome
de Cotard, délire de persécution, de négation dans
la mélancolie ; délire de grandeur dans la manie).
Délire non congruent à l’humeur : le thème n’a pas
de lien direct avec l’humeur triste ou expansive.
Evolution :
Chronique (>6 mois), parfois un enkystement du
délire (délire réduit sans disparition totale).
Etiologies
Tout état délirant implique : La détermination de la durée
d'évolution : états délirants aigus ou chroniques.
La recherche de certains éléments cliniques qui
pourraient guider la démarche étiologique : syndrome
confusionnel, signes neurologiques en foyer, troubles
thymiques ou un syndrome dissociatif.
Délires chroniques non schizophréniques : La Paranoïa:
débute plus tard chez des sujets présentant une
personnalité paranoïaque (rigidité, méfiance,
surestime de soi, fausseté du jugement).
• Le délire est essentiellement passionnel organisé en secteur
(érotomaniaque, de jalousie ou de revendication) bien systématisé
et vécu avec une conviction inébranlable. La Psychose Hallucinatoire
Chronique: débute après 35 ans, touche essentiellement la femme.
Le délire est construit à partir d'hallucinations surtout auditives; les
thèmes délirants oscillent entre la grandeur et la persécution,
agencés de façon plus ou moins systématisée
• La Paraphrénie: ou encore appelée délire d'imagination, peu
systématisé. Le sujet conserve malgré tout une bonne adaptation
socio-professionnelle. C'est une pathologie assez rare et peu
réactive aux neuroleptiques.
Conduite à tenir
• Examen psychiatrique
• reconnaître un délire et déterminer ses caractéristiques.
• Penser toujours à l'organicité en cas de présence d'éléments
confusionnels. Indiquer l’hospitalisation en cas d’existence d'autres
éléments déterminant l'urgence: La confusion mentale; rechercher
une étiologie organique, une hospitalisation en service de médecine
pour observation et investigation paracliniques est obligatoire.
l'orientation vers un service psychiatrique n'est pas aussi urgente et
peut se faire ultérieurement.
• Forte adhésion au délire, participation émotionnelle importante;
risque suicidaire; hospitalisation obligatoire en milieu psychiatrique
sous étroite surveillance, avec mise en route urgente d'un traitement.
Réduire le syndrome délirant et les signes
d'accompagnement en utilisant des
neuroleptiques : Classiques ou Atypiques.
En urgence et en milieu hospitalier: per os si
refus on passe à la forme injectable, tout en
associant un correcteur.
En ambulatoire : poursuivre la chimiothérapie
• Psychothérapies :
Aucun intérêt durant la phase aiguë, dans les
états chroniques elle vise essentiellement
l'adhérence du patient au traitement.
Conclusion
 Syndrome fréquent en pathologie
psychiatrique.
 Diagnostic étiologique d'un délire passe par
une bonne analyse sémiologique.
 Penser toujours à l'organicité en cas de
coexistence d'éléments confusionnels.
 Traitement repose essentiellement sur les
neuroleptiques.