Vous êtes sur la page 1sur 38

La genèse des Finances Publiques

L’argent public, sa nature, ses fonctions

Daniel Dufourt Professeur des Universités

Eléments d’économie générale


Chapitre5
ddufourt@gmx.fr
PLAN
 Introduction : L’argent public, expression paradoxale renvoyant à des réalités
changeantes
 1ère Partie: De l’argent de la maison du roi aux principes constitutionnels
régissant les finances publiques
A – Le passage de l’Etat dynastique à l’Etat bureaucratique
B – Les principes politiques régissant les finances publiques
 2ème Partie: L’argent public manifestation de l’Etat souverain
A - Les bases de la puissance publique : le droit administratif
B - Les obligations des fonctionnaires et la séparation doctrinale entre argent public et fortune privée
C- les achats publics
 3ème Partie: les missions de service public encadrent les usages de l’argent des
collectivités publiques, personnes morales de droit public
A- Quand l’argent public vient à manquer il y a un risque de dévoiement du service public
B- L’encadrement de marchés publics de services financiers par des critères éthiques: l’exemple belge
CONCLUSION :
Hommage du Président de la République à la Cour des Comptes (extraits)
ANNEXES
A – « Où va l’argent de l’ISF-PME? » Article de Lucie Robequain Journal Les Echos, 15 septembre 2009
B- « La belle santé financière des communes bretonnes » Article de Jean Laurent Bras, Ouest France, 8 mars 2012
C - Réformes, dette publique et croissance économique : quelle dynamique ? BS Initiative , 01/11/2012
2
Introduction
L’argent public, expression paradoxale
 L’argent public désigne un avoir assimilé à de la monnaie (ce sera
historiquement l’ensemble des sommes acquittées en règlement des impôts
dûs) et qui, par définition n’est susceptible d’aucune appropriation privée.
Par public, il faut donc entendre ici « qui appartient à tous les membres
d’une collectivité, à laquelle ceux-ci sont rattachés du fait de l’exercice
de droits politiques (le vote, par exemple) ».
 Puisque l’argent public appartient de manière indivise à tous ceux qui
exercent des droits politiques, et à ce titre participent (même
indirectement) au pouvoir, l’argent public est donc est un des attributs de
l’exercice du pouvoir souverain.
 Mais argent public et argent de l’Etat sont-ils synonymes?
 Réponse: A travers l’argent de l’Etat, qui utilise une créance sur la société
civile mise en circulation au nom du peuple souverain, les citoyens sont
redevables des dépenses faites en leur nom par l’Etat, personne morale.
Ainsi l’argent public renvoie au consentement à l’impôt par lequel les
citoyens transforment leurs contributions volontaires en argent public,
alors que la dépense publique est la manifestation de la mise en circulation
d’actifs monétaires sous l’autorité du Trésor public: l’argent de l’Etat.

3
 Répartition des recettes fiscales nettes de l'État
en 2013 (LFI 2013)

4
Introduction
§1 - Monnaie, droit et crédit

L’organisation financière de l’Etat est indissolublement liée au régime politique que celui-ci
incarne. Dans un régime despotique, il n’y a pas de consentement à l’impôt et il y a, en
général confusion entre le patrimoine privé du despote et le patrimoine public de l’Etat.
(Pour des exemples suggestifs lire les informations sur l’origine de la fortune des
dirigeants tunisiens et égyptiens récemment déchus).
C’est la pénétration de la monnaie et du droit, qui introduisent des changements cruciaux:
 Knapp fait de la monnaie un attribut de l'Etat de Droit. « La monnaie est une créature de
la loi. » (…) Le prix Nobel d’économie sir J. Hicks est catégorique : « Presqu'
universellement à travers l'histoire, la monnaie a été une institution d'Etat. La
monnaie est le moyen de régler les dettes qui ont été reconnues par des systèmes
juridiques dérivant leur autorité d'Etats particuliers. »
 En Allemagne cette conception est prépondérante. Les autorités monétaires allemandes
ne manquent jamais une occasion de rappeler, s'agissant du problème de la monnaie
européenne, qu'il ne peut y avoir de monnaie sans cours légal et sans qu'une instance de
statut étatique ne garantisse l'homogénéité des signes monétaires, c'est-à-dire l'unicité de
la monnaie dans la communauté de paiements. Cette conception est devenue dominante
au XXe siècle.
 Le fait que les dépenses publiques donnent lieu à des règlements en monnaie exprime
mieux que toute autre réalité les caractères singuliers de l’argent public à la fois
prélèvement sur la richesse nationale et créance de l’ensemble des citoyens sur
l’Etat, dont celui-ci devra s’acquitter en réalisant les diverses missions qui lui sont
confiées 5
Introduction
§2 – De finance à finances publiques
 « Étymologiquement le terme « finance » vient du verbe « finer » qui
signifiait en ancien français mettre fin à une transaction par le paiement d’un
prix. Le lien avec l’argent semble évident mais il montre aussi l’importance de
l’échange et d’une certaine réciprocité entre les parties.
En effet, l'acheteur a une dette envers le vendeur et le vendeur détient une créance
sur l’acheteur. Une fois le paiement effectué il y a une extinction de la dette, la
relation économique est alors finie. Le mot finance correspond à trois
caractéristiques principales :
extinction d'une dette, règlement d'une créance, intervention d'acteurs privés .
En revanche, « les finances » ont très rapidement désigné l’intervention de la
puissance publique par l’intermédiaire de la préparation de son budget
regroupant les dépenses (charges) et les recettes (ressources). Elles ont
également désigné (finances publiques) toutes les procédures décisionnelles
ayant une incidence sur l’équilibre budgétaire ».
- Source: Péchillon Éric Les finances publiques en 100 fiches - 2e édition
actualisée et augmentée. Editions Ellipses, 2011.

6
Ière partie : De l’argent de la maison du roi aux principes
constitutionnels régissant les finances publiques

Le sociologue Pierre Bourdieu a excellemment analysé les liens étroits entre le


processus de détachement des « affaires publiques » liées au gouvernement
de la Nation, du domaine privé du roi et la mise en place d’une
administration des finances contrôlant la collecte des fonds et l’adéquation
des dépenses engagées aux objectifs poursuivis, qui concrétisent les choix de
la puissance publique.
Bourdieu décrit ces transformations comme accompagnant le passage d’un
« Etat dynastique » à un « Etat bureaucratique » de la façon suivante:
« l'État dynastique perpétue un mode de reproduction fondé sur l'hérédité et
l'idéologie du sang et de la naissance qui est antinomique avec celui qu'il
institue dans la bureaucratie d'État, en liaison avec le développement de
l'instruction, lié lui-même à l'apparition d'un corps de fonctionnaires ; il fait
coexister deux modes de reproduction mutuellement exclusifs, le mode de
reproduction bureaucratique, lié notamment au système scolaire, donc à la
compétence et au mérite, tendant à saper le mode de reproduction
dynastique, généalogique, dans ses fondements mêmes, dans le principe
même de sa légitimité, le sang, la naissance ».
7
Ière Partie:
A – Le passage de l’Etat dynastique à l’Etat
bureaucratique
 « L'État dynastique, malgré ce qu'il peut comporter de bureaucratique et
d'impersonnel, reste orienté vers la personne du roi : il concentre différentes
espèces de capital, différentes formes de pouvoir et de ressources matérielles
et symboliques (argent, honneurs, titres, indulgences et passe-droits) entre les
mains du roi et celui-ci peut, par une redistribution sélective, instituer ou
entretenir des relations de dépendance (clientèle) ou, mieux, de
reconnaissance personnelle et perpétuer ainsi son pouvoir.
 Ainsi par exemple, l'argent accumulé par la fiscalité d'État étant continûment
redistribué à des catégories bien déterminées de sujets (sous forme,
notamment, de soldes pour les militaires ou de traitements pour les
fonctionnaires, détenteurs d'offices civils, administrateurs et gens de justice),
la genèse de l'État est indissociable de la genèse d'un groupe de gens qui ont
partie liée avec lui, qui sont intéressés à son fonctionnement. »*
 *Bourdieu Pierre. De la maison du roi à la raison d'État. In:
Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 118, juin 1997.
pp. 55-68.
 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1997_num_118_1_3222

8
Bourdieu : Le processus de rupture avec l’Etat
dynastique
 « Ainsi, la première affirmation de la distinction du public et du privé s'accomplit dans
la sphère du pouvoir. Elle conduit à la constitution d'un ordre proprement politique des
pouvoirs publics, doté de sa logique propre (la raison d'État), de ses valeurs autonomes,
de son langage spécifique et distinct du domestique (royal) et du privé. Cette distinction
devra s'étendre ultérieurement à toute la vie sociale; mais elle doit en quelque sorte
commencer avec le roi, dans l'esprit du roi et de son entourage, que tout porte à
confondre, par une sorte de narcissisme d'institution, les ressources ou les intérêts de
l'institution et les ressources ou les intérêts de la personne »
 Le processus de rupture avec l'État dynastique prend la forme de la dissociation entre
l’Imperium (la puissance publique) et le dominium (le pouvoir privé), entre la place
publique, le forum, l'agora, lieu d'agrégation du peuple rassemblé, et le palais (pour les
Grecs le trait majeur des cités barbares était l'absence d'agora).
 La concentration des moyens politiques s'accompagne de l'expropriation politique des
puissances privées « Partout le développement de l'État moderne a pour point de départ
la volonté du prince d'exproprier les puissances privées qui, à côté de lui, détiennent un
pouvoir administratif, c'est-à-dire de tous ceux qui sont propriétaires des moyens de
gestion, de moyens militaires, de moyens financiers et de toutes les sortes de biens
susceptibles d'être utilisés politiquement »

9
Ière Partie :
B - Les principes politiques gouvernant les finances
publiques

 Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789 article 14 :


 « Tous les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes la nécessité de la
contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en
déterminer la quotité (i.e. : taux d’imposition), l’assiette, le recouvrement et
la durée ».
 Un second principe fiscal est inscrit dans la Déclaration des droits de
l'Homme et du citoyen du 26 août 1789. Il s'agit du principe d’égalité devant
l’impôt (article 13). Ce principe condamne tout privilège en matière fiscale.
Article 13 : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses
d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être
également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ».
 Un troisième principe inscrit dans la Déclaration des droits de l'Homme et du
citoyen du 26 août 1789 est celui de la nécessité de l’impôt. Cela signifie que
l’impôt est indispensable pour financer les dépenses publiques. Il figure aux
articles 13 (« Une contribution commune est indispensable ») et 14 (« La
nécessité de la contribution publique »).

10
Principes politiques: commentaires
 Ces trois principes confèrent une légitimité juridique à l’impôt. Le principe de légalité
(article 14) du consentement de l’impôt, confère une légitimité politique à l’impôt. Le
principe d’égalité devant l’impôt (article 13) lui confère une légitimité sociale, et
concerne la justice fiscale. Enfin, le principe de la nécessité de l’impôt (articles 13 et
14) lui confère une légitimité financière. »
 « C’est grâce au travail d’interprétation du Conseil constitutionnel que le bloc de
constitutionnalité est devenu une source de droit positif (44 DC du 16 juillet 1971). Sa
jurisprudence combine les dispositions de la Déclaration des Droits de l’Homme et du
Citoyen de 1789 avec des garanties d’équilibre du débat démocratique (art. 13 et 14) et
le préambule de la Constitution de 1946 qui accorde des droits économiques et sociaux.
 Dès lors qu’il a été régulièrement saisi, le juge constitutionnel a donné à sa fonction une
dimension nouvelle en parvenant à faire admettre que son contrôle pouvait porter sur le
fond des dispositions financières. Ce progrès remonte au début de la Ve République
avec l’intégration de l’ordonnance portant loi organique du 2 janvier 1959 au bloc de
constitutionnalité. Le droit constitutionnel est aujourd’hui une source pragmatique du
droit des finances publiques car les juges ne sont pas limités par une approche
contingente des questions ».
Source: Péchillon Éric Les finances publiques en 100 fiches - 2e édition actualisée et
augmentée. Editions Ellipses, 2011, p.16

11
II ème Partie : L’argent public, manifestation de l’Etat
souverain
 Les finances publiques se définissent par opposition aux finances privées. Si la
problématique des deux matières est relativement proche, à savoir le
financement des activités prévues par les autorités décisionnaires, les
particularités qui caractérisent les acteurs publics ont justifié le développement
parallèle de deux disciplines.
 Les finances publiques concernent à la fois l’activité financière des personnes
morales de droit public (État, collectivités territoriales, établissements publics)
et l’étude du cheminement de l’argent public (fiscalité, dotation, subventions).
 Cette approche large correspond d’ailleurs à celle que retient la Cour des
comptes et permet de conceptualiser toutes les formes de dépenses ou de
recettes publiques (dépenses fiscales, prélèvements obligatoires…). Elle
présente en plus l’avantage de ne pas dépendre des autres branches du droit.

12
IIème Partie:
A – Les bases de la puissance publique: le droit administratif

 « A l'origine, le droit administratif tourne exclusivement autour de l'idée de


puissance : la spécificité de l'administration et des règles qui lui sont
applicables tient à la nature de ses moyens d'action, aux prérogatives dont elle
dispose; et la puissance d'Etat imprègne l'ensemble des tâches, au demeurant
limitées, assignées à l'administration . Le droit administratif est
essentiellement un instrument de contrainte, un dispositif d'assujettissement :
il exprime l'absolue supériorité de l'administration sur les administrés. A
partir de la fin du xixème siècle, une sensible évolution se produit.
 Avec les progrès du libéralisme politique, l'accent est mis désormais sur la
nécessaire limitation de la toute puissance de l'appareil d'Etat; le droit
administratif apparaît aussi comme un instrument de protection, un dispositif
de garantie des droits des administrés. Parallèlement à ces mutations, les
fondements du droit administratif changent: le service public semble à la fois
rendre compte des données nouvelles de l'action administrative et poser les
bases d'une limitation objective du pouvoir administratif. »
Source: Chevallier (J.) "Les fondements idéologiques du droit administratif français", in
Variations autour de l'idéologie de l'intérêt général, PUF 1979. pp. 6-7

13
IIème Partie :
B – les obligations des fonctionnaires et la séparation
doctrinale entre argent public et fortune privée
La conception démocratique du fonctionnaire est non seulement philosophique et
politique, elle est aussi historique. L’idéal de 1789 est de recruter les agents
publics en fonction de « leur capacité et sans autre distinction que celle de
leurs vertus et de leurs talents » pour faire d’eux des êtres exemplaires par
leur comportement et conscients du « magistère » public qu’ils exercent.
Les qualités morales du fonctionnaire sont vérifiées lors de son entrée dans la
fonction publique. C’est l’objet du régime de l’admission à concourir et de
la période probatoire avant la titularisation. Les premières qualités que la
société attend de lui sont la probité et le désintéressement. Toutefois, la
plupart des fonctionnaires estiment être mal payés et certains d’entre eux
cèdent malgré tout à la tentation de l’argent, de l’argent public ou privé.
Le droit des finances publiques et celui des marchés publics ont été conçus pour
éloigner le plus possible le fonctionnaire des deniers publics. Le droit de la
fonction publique a donc organisé les conditions d’exercice de l’obligation de
ne pas s’approprier l’argent public

14
Dispositions du code pénal applicable aux fonctionnaires en
matière d’argent public

 Le détournement de fonds et de biens publics est puni de la réclusion criminelle de 1


à 20 ans selon l’article 432-15 du Code pénal. Cette infraction ne peut être retenue qu’à
l’encontre d’un agent ayant un titre à détenir les fonds, ce qui n’est pas le cas d’un
ordonnateur. S’il n’a pas ce titre, il s’agit d’un vol, d’un péculat.
 L’article 432-16 du Code pénal prévoit qu’un dépositaire de l’autorité publique commet
un délit si sa négligence a permis une soustraction de fonds publics par un tiers. Ce
délit non intentionnel d’un décideur public est une infraction de négligence qui
confirme l’extension continue de la notion de négligence pénalement répréhensible »
 Cette attitude face à l’argent public peut aussi tomber sous le coup d’incriminations
propres aux fonctionnaires comme la concussion qui est sanctionnée par l’article 432-
10 du Code pénal. Il y a concussion lorsqu’une personne dépositaire de l’autorité
publique ou qui est chargée d’une mission de service public a « reçu, exigé, ou ordonné
de percevoir à titre de droits ou contributions, l’impôts et taxes publics, une somme
qu’elle sait ne pas être due ou excéder ce qui est dû ... ». L’infraction est constituée
même s’il n’a rien exigé, même s’il n’en a pas tiré un profit personnel, et même s’il a
entendu, à tort, agir dans l’intérêt de l'administration.

15
Délit de corruption passive

 Au sens strictement pénal, la corruption passive consiste à recevoir ou à


proposer des « offres, promesses, dons, présents ou avantages » pour prendre
ou faire prendre une décision qui ainsi serait biaisée. L’article 432-11 ajoute
qu’il y a aussi corruption passive lorsque l’agent reçoit ou propose des «
offres, promesses, dons, présents ou avantages » pour abuser de son influence
réelle ou supposée en vue d’obtenir d’une autorité ou d’une administration des
distinctions, emplois, marchés ou toute autre décision favorable. On parle dans
ce cas de trafic d’influence. La corruption active consiste pour un agent à
corrompre un autre fonctionnaire pour son seul profit et non pas en tant
qu’intermédiaire d’un tiers.

16
IIème Partie :
C - Les achats publics
 « pourquoi faut-il des règles de droit pour encadrer l’activité des
acheteurs ? L’honnêteté, le rang, les qualités morales de la personne
qui achète ne constituent-elles pas des garanties bien supérieures à un
texte juridique pour s’assurer que l’argent est bien dépensé? De même,
pourquoi un texte unique encadre-t-il l’ensemble des achats des
administrations publiques françaises: quoi de commun entre les
besoins des hôpitaux, d’une armée ou d’une commune ? Enfin,
pourquoi l’achat public est-il du domaine réglementaire ? Le
Parlement ne peut-il imposer par la loi des règles afin que l’argent des
impôts, taxes et/ou emprunts auxquels il consent soit convenablement
dépensé ? Toutes ces questions ont fait l’objet d’importants débats
entre la fin du XVIIIe siècle et les années 1830. Ceux-ci ont abouti à la
publication, le 4 décembre 1836, d’une ordonnance réglementant tous
les achats de l’État, suivie quelques mois plus tard par un texte
similaire pour les communes et établissements publics. »
 Hélène Lemesle Réglementer l’achat public en France (XVIIIe-XIXe
siècle). Genèses,n°80, 2010/3

17
Origine des dispositions relatives aux marchés
publics
 Cette ordonnance constitue l’une des premières réglementations qui
s’applique à l’ensemble des services de l’État, bien avant que le
Conseil d’État ait défini le domaine du droit administratif (fin du
XIXe siècle) ou que soit adopté un statut général de la fonction
publique (1941-1946). De ce fait, elle constitue une étape essentielle
dans la construction d’une sphère publique clairement identifiée.
 Le projet d’une réglementation systématique de l’achat public
apparaît dans l’hémicycle lors de la discussion de la loi des comptes
de 1829, en octobre 1831. Cette loi est particulièrement débattue :
elle passe trois fois devant chacune des chambres et le texte final est
adopté plus d’un an et demi après sa première lecture.
 Par ce vote, le Parlement affirme trois choses: que la réglementation
de l’achat public reste du domaine réglementaire ; qu’une
réglementation générale pour tous les achats de l’État est nécessaire;
que l’exécutif a le devoir d’informer les chambres a posteriori des
plus gros marchés. Enfin, s’il n’est pas inscrit dans la loi, un principe
a été constamment discuté au cours de ces deux années de discussions
parlementaires: celui de concurrence et de publicité.
 Hélène Lemesle Réglementer l’achat public en France (XVIIIe-XIXe siècle). 18
Genèses, n°80, 2010/3.
Le délit de favoritisme

 Ce délit est codifié à l’article L.432-14 du code pénal qui dispose que :
 « est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30000 euros d’amende le fait par une
personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public
ou investie d’un mandat électif public ou exerçant les fonctions de représentant,
administrateur ou agent de l’État, des collectivités territoriales, des établissements
publics, des sociétés d’économie mixte d’intérêt national chargées d’une mission de
service public et des sociétés d’économie mixte locales ou par toute personne agissant
pour le compte de l’une de celles susmentionnées de procurer ou de tenter de procurer
à autrui un avantage injustifié par un acte contraire aux dispositions législatives ou
réglementaires ayant pour objet de garantir la liberté d’accès et l’égalité des candidats
dans les marchés publics et les délégations de service public ».
 Ce délit est constitué dès lors que le non respect à une règle de la commande publique,
notamment en matière de publicité ou de mise en concurrence, procure à autrui un
avantage injustifié dans la conclusion d’un marché public ou d’une délégation de
service public.
 Un arrêt du 14 janvier 2004 a, par la suite, reconnu que la simple violation à une
obligation légale ou réglementaire était de nature à justifier une condamnation au sens
de l’article L.432-14 du code pénal. Autrement dit, un simple vice de procédure, même
non intentionnel, peut relever de ce délit.

19
III ème Partie :
Les missions de service public encadrent les usages
de l’argent public
 « L'idée de service est d'abord considérée comme le principe d'une limitation
objective de l'exercice du pouvoir administratif : l'administration ne peut
faire usage de la puissance d'Etat que dans l'exacte mesure exigée par le
service du public.
 De même que c'est l' « intérêt général » , et lui seul, qui justifie l'intervention
de l'administration dans la sphère des activités sociales, c'est le " service du
public ", et lui seul, qui justifie le recours à des prérogatives de
commandement et de coercition. Que ce soit pour la délimitation de son
champ d'intervention sociale, ou pour la définition de ses moyens d'action,
l'administration est donc soumise à une contrainte de but, qui exclut
apparemment toute possibilité d'arbitraire. La puissance trouve à la fois son
fondement et ses limites dans la volonté de satisfaire les besoins du public, les
demandes des administrés ».
Chevallier (J.), "Les fondements idéologiques du droit administratif
français", in Variations autour de l'idéologie de l'intérêt général, PUF
1979. p.46

20
Critères de qualification du service public

 « Pour qu'une activité soit un service public, il est


nécessaire
1) qu'il existe un lien particulier entre cette
activité et une personne publique;
2) que cette activité ait un but d'intérêt général.
Ces deux éléments sont des conditions cumulatives.
 L'absence de l'un d'entre eux interdit la qualification de
service public. Ainsi exposée, l'identification du service
public traduit bien la nature fonctionnelle de la notion de
service public. Elle n'en constitue pas une définition. »
 Professeur Gilles J. Guglielmi « Une introduction au droit
du service public (1994)
21
IIIème partie :
A- Quand l’argent public vient à manquer il y a un risque de
dévoiement du service public
 http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001242/124272F.pdf
Chercheurs et argent sous pression, Le courrier de l’Unesco
 « Les pressions visant à réduire les dépense publiques et l’accroissement du
nombre des étudiants ont jeté les universités dans les bras du commerce. La
quête incessante de financements leur prend un temps considérable et s’avère
inefficace. De plus, grâce à leur «image de marque», certaines attirent plus
que d’autres les capitaux privés.
 « Au t r e f o i s, les chaires universitaires offraient aux scientifiques la
sécurité nécessaire pour leur permettre d’explorer les voies nouvelles qui se
découvraient à eux, à l’occasion de leurs travaux. Mais la recherche financée
par le privé poursuit des objectifs précis et n’autorise aucune digression. Son
but premier est la production de biens commercialisables au détriment de la
recherche fondamentale. Le sponsor peut aussi s’accaparer la propriété
intellectuelle et contrôler le droit de publier les résultats des travaux. Il peut
interdire au chercheur de partager ses résultats lors de conférences
internationales et peut même interrompre ses travaux, s’il n’approuve pas leur
évolution. »

22
Pouvoir et argent: chercheurs sous pression. Le courrier
de l’Unesco. Novembre 2001. Extraits

 « Consultant médical d’une entreprise qui produisait du flocon de


nylon, David Kern, par ailleurs directeur de la médecine du travail au
Memorial Hospital de l’Université Brown (Etats-Unis) , a découvert
l’existence d’une maladie pulmonaire grave chez les salariés.
 Contre la volonté de son université et de la firme qui le menaçait de
poursuites, le médecin a publié ses résultats. Son poste à l’université a
été supprimé. La même année, le Centre de contrôle des maladies des
Etats-Unis a reconnu officiellement la nouvelle maladie pulmonaire,
associée au flocon de nylon.
 Les conseils d’université, dans lesquels la présence des entreprises est
significative, choisissent, de plus en plus, des administrateurs qui se
conforment aux méthodes de direction du privé. Et les universités
travaillent toujours plus dans des «cultures de marché», où l’intérêt
social d’une recherche se mesure à sa pertinence à court terme, sur le
marché. L’argent va donc vers les départements d’informatique ou de
gestion et ignore la philosophie, l’Histoire, la physique théorique et
les arts. »

23
Eyal Press and Jennifer Washburn « The Kept University » The
Atlantic Monthly; March 2000; Volume 285, No. 3; page 39-54.
http://www.theatlantic.com/past/docs/issues/2000/03/press.htm

 Commercially sponsored research is putting at risk the paramount value of higher


education – disinterested inquiry. Even more alarming, the authors argue,
universities themselves are behaving more and more like for-profit companies

24
B- L’encadrement de marchés publics de services
financiers par des critères éthiques: l’exemple belge

 Les contrats par lesquels les autorités publiques concluent une convention
avec une société gestionnaire de fonds (banque, société de placement…) en
vue de placer ou d’investir l’argent public ou à caractère public constituent un
marché de services financiers soumis au respect des règles relatives aux
marchés publics définies par deux directives européennes directement
applicables et par le droit national.
 Lorsqu'ils lancent une procédure de passation de marché public, les pouvoirs
adjudicateurs doivent traiter les entrepreneurs fournisseurs ou prestataires de
services dans le respect du principe d'égalité, de manière non discriminatoire
et doivent en outre agir avec transparence – ce qui implique notamment qu'ils
définissent de manière précise les critères d'attribution du marché.
 Il est dès lors loisible à un pouvoir public qui procède à un appel d'offre pour
un marché public de service financier d'imposer qu'une partie ou la totalité
des investissements à réaliser le soient non pas sur la base de critères
exclusivement financiers, mais bien en tenant compte également des
préoccupations sociales, éthiques et environnementales.
 Certains pouvoirs publics belges ont dès à présent franchi ce pas en ayant
recours, voire en imposant par voie législative, le respect de critères éthiques
dans la gestion de fonds à caractère public.
 Source: Cahier Financité n°8, décembre 2007, L’investissement socialement
responsable en Beligique, rapport 2007 25
Conclusion
« hommage à la Cour des comptes »
 ALLOCUTION DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
 Bicentenaire de la Cour des Comptes lundi 5 novembre 2007
 «  (…) le contrôle des comptes publics ce n’est pas qu’une exigence technique, c’est d’abord une
exigence morale. L’argent public, c’est l’argent de tous, c’est l’argent durement gagné par le travail,
l’effort, la peine de chacun. Cet argent est doublement sacré. Il l’est parce qu’il est pris au travailleur
et à l’épargnant, parce qu’il est le sacrifice qui est demandé à chacun pour que la République puisse
vivre, parce que le paiement de l’impôt c’est l’acte civique par lequel la solidarité cesse d’être un
voeu pieux pour devenir une réalité. Sacré, l’argent public l’est aussi parce que les besoins sont
toujours plus grands que les ressources, parce qu’il y a trop de détresse, de misère, de souffrances à
soulager, parce qu’il y a trop d’injustices à réparer, parce qu’il y a trop d’inégalités à corriger et trop
peu de moyens pour qu’un seul centime soit gaspillé, pour qu’un seul centime soit détourné. Qu’on
gaspille de l’argent public, qu’on le détourne, et c’est autant qui manquera pour venir en aide à ceux
qui en ont le plus besoin, à ceux qui sont les plus vulnérables, à ceux que les accidents de la vie ont
brisés. Trop longtemps on a considéré le gaspillage et le détournement de l’argent public avec une
certaine légèreté. Trop longtemps les enquêtes, les rapports et les observations de la Cour des
Comptes sont restés sans conséquence. Trop longtemps on a considéré que le manque de rigueur
dans la gestion des deniers publics au fond n’était pas si grave – parce que l’argent public ce n’était
pas l’argent de tous, mais l’argent de personne. »*

 *http://discours.vie-publique.fr/notices/077003344.html

26
AnnexeS
Annexe A: Où va l’argent de l’ISF-PME? Article de Lucie Robequain
Journal Les Echos, 15 septembre 2009
 Payer l'impôt ou financer un entrepreneur. C'est, jusqu'à ce soir minuit,
l'alternative proposée au demi-million de Français assujettis à l'impôt
de solidarité sur la fortune (ISF). L'an dernier, 73.000 d'entre eux ont
choisi de réduire leur chèque au fisc en injectant au total 1,1 milliard
d'euros dans des PME. Une possibilité ouverte depuis août 2007 et
l'adoption de la loi travail, emploi et pouvoir d'achat (Tepa).
 Selon qu'ils investissent directement ou par le biais d'un fonds de
placement, leur avantage s'établit à 75 % ou 50 % des montants
immobilisés, mais il ne peut excéder 50.000 euros.
 Si ces " sponsors " de l'économie sont bien identifiés, les entreprises
bénéficiaires le sont beaucoup moins. Nul ne peut dire combien ont
profité de la mesure, une grosse moitié des capitaux transitant par des
holdings ou des fonds de placement (FIP, FCPI et FCPR).

27
Annexe A :
Où va l’argent de l’ISF-PME? Article de Lucie Robequain Journal Les
Echos, 15 septembre 2009 (suite)
 Plus ennuyeux, personne ne sait quel montant leur est réellement
parvenu. Les véhicules de placement collectif ont en effet jusqu'à
trente mois pour investir. Entre-temps, ils placent l'argent collecté sur
des supports sans risque (sicav monétaires...). A ce stade, seuls 16 %
des capitaux qui leur sont confiés seraient déjà parvenus aux PME,
estime l'Association française des investisseurs en capital, qui
chapeaute ces structures. " Nous accompagnons les entreprises dans la
durée ", justifie son président, Pierre de Fouquet.
 Ce n'est pas le seul paradoxe de ce dispositif, qui draine une partie des
fonds vers des entreprises implantées... ailleurs en Europe. Le cas est
rare, mais c'est ainsi, par exemple, que de nombreuses éoliennes ont
été installées en Espagne. " Nous ne pouvions pas réserver le dispositif
aux PME nationales, car Bruxelles nous l'aurait interdit au nom de la
libre circulation des capitaux ", se défend l'entourage de Christine
Lagarde, ministre de l'Economie. " Il n'est pas normal que l'argent
public facilite le développement d'activités à l'étranger ", rétorque le
sénateur Philippe Adnot, spécialiste du dossier.

28
Annexe A :
Où va l’argent de l’ISF-PME? Article de Lucie Robequain Journal Les
Echos, 15 septembre 2009 (fin)

 (…) D'autres investissent... dans leur propre entreprise. Le cas a beau


être autorisé par la loi, aucun n'a souhaité répondre aux " Echos ", les
contribuables concernés pensant probablement que le fait de réduire
son ISF en plaçant de l'argent sur son propre compte ne serait pas
forcément compris de tous.
 Certains, enfin, trouvent le moyen d'éviter la moindre prise de risque
grâce à des activités de façade. Présente sur Internet, l'entreprise Buvez
votre ISF permet ainsi de réduire son impôt en achetant de grands crus
(Romanée-Conti, Mouton Rothschild, etc.) pouvant être revendus au
bout de cinq ans, moyennant de fortes plus-values. Des cas
évidemment minoritaires, mais qui ternissent la réputation d'un
dispositif vanté par des milliers d'entrepreneurs.
 LUCIE ROBEQUAIN
 Article consultable en ligne à:
http://www.lesechos.fr/patrimoine/impots/300355874-ou-va-l-argent-d
e-l-isf-pme-.htm

29
Où va l’argent de l’ISF-PME? Article de Lucie Robequain Journal Les
Echos, 15 septembre 2009

30
Annexe B

31
Annexe C : Réformes, dette publique et croissance
économique : quelle dynamique ? BS Initiative 01/11/2012

 La détermination d’un niveau optimal de dette publique est un sujet complexe, autant lié aux exigences
temporelles (soutenabilité de l’endettement) qu’à la démographie (le critère de "neutralité temporelle").
Au débat académique qui anime la recherche économique s’ajoute une nouvelle problématique, celle de
la capacité maximale d’un pays à rembourser ses dettes. L’une des grandes questions est de savoir quel
est le niveau de dépenses maximal acceptable pour un pays et le niveau de recettes minimal exigible .
 La dynamique de la dette publique
 Les conjonctures économiques actuelles rendent compte de ces enjeux : faut-il stimuler la production
pour rassurer les investisseurs et ainsi faire baisser le coût de financement sur les marchés financiers ?
Ou, au contraire, devons-nous attendre une baisse du coût de refinancement pour amorcer une reprise de
l’activité économique ? Dans un premier temps, la réponse est claire : le taux d’intérêt payé sur la dette
et le taux de croissance sont des déterminants de la part de la dette publique dans le PIB, il faut donc
comprendre leur dynamique.
 Un pays aura un ratio dette publique/PIB égal à la somme de deux composantes. La première est le ratio
stock de dettes accumulées/PIB sur l’année précédente qui est actualisé par le taux d’intérêt réel (la
différence entre le taux d’intérêt nominal et l’inflation). Ce taux d’intérêt réel est par ailleurs corrigé du
taux de croissance de la production. La seconde composante est le ratio déficit budgétaire/PIB de l’année
concernée. Ainsi, plus le PIB augmente sur une année, plus la croissance du stock de dettes accumulées
est ralentie. À l’inverse, plus le taux d’intérêt réel est important, plus le ratio stock de dettes
accumulées/PIB s’accélère. Il faut donc obtenir une croissance du PIB supérieure au taux d’intérêt réel
pour un ratio stock de dette/PIB donné. Si cet écart critique n’est pas respecté, un ratio excédent
budgétaire/PIB (la seconde composante) peut compenser la croissance du ratio stock de dettes 32
accumulées/PIB pour stabiliser la part de la dette publique dans le PIB.
Annexe B : Réformes, dette publique et croissance
économique : quelle dynamique ? BS Initiative
 La question est donc de savoir s’il faut stimuler la croissance économique pour réduire
l’endettement ou réduire l’endettement pour stimuler la croissance économique. Un
sujet complexe compte tenu du fait que :
 - Le déficit budgétaire dépend des dépenses publiques (consommation et
investissement) qui sont source de croissance dans une certaine mesure , et dépend des
recettes publiques qui augmentent avec la croissance du PIB pour une assiette fiscale
donnée.
 - Le taux d’intérêt réel dépend du niveau d’inflation, lui-même tributaire des conditions
économiques (chômage, taux d’utilisation des capacités productives, gains de
productivité), et du taux d’intérêt nominal qui résulte notamment d’une prime de risque
sur les marchés obligataires.
 - La structure des échéances obligataires évolue : la part annuelle du stock de dettes à
rembourser varie considérablement d’une année sur l’autre, selon les maturités
associées aux emprunts contractés par chaque pays. Cette structure peut accélérer
"l’effet boule de neige" : une hausse du taux d’intérêt augmente le coût d’emprunt et
donc la dette publique ; si cette augmentation est plus forte que la croissance
économique alors les besoins deviennent supérieurs aux ressources ce qui rend
insoutenable le financement de la dette publique.
 Agir sur les deux déterminants du ratio dette publique/PIB, le stock de dettes et le
déficit primaire, nécessite soit d’entreprendre une politique budgétaire restrictive en
augmentant les recettes ou en diminuant les dépenses, soit d’entreprendre une politique
de croissance capable d’alimenter le budget public en enrichissant les agents assujettis à
la politique fiscale.
33
Annexe B : Réformes, dette publique et croissance
économique : quelle dynamique ? BS Initiative
 Le dilemme du décideur public : réduire le budget au risque d’affecter l’activité économique
 La mise en place de politiques économiques impose au décideur public d’agir par ses leviers d’action
disponibles. Des mesures de politique budgétaire pour réduire le déficit public permettraient de limiter
l’effet d’une augmentation du stock de dettes ou de compenser le différentiel entre le taux d’intérêt payé
sur la dette et le taux de croissance de l’activité économique. Seulement, pour réduire ce déficit deux
moyens sont dispnibles : augmenter les recettes publiques par une hausse de la fiscalité directe et
indirecte, ce qui risque de pénaliser la consommation privée et l’investissement privé, ou diminuer les
dépenses publiques, seconde option susceptible de pénaliser l’investissement public qui est aussi source
de croissance de l’activité.
 Une première solution d’arbitrage est de pénaliser le facteur ayant la contribution au PIB la plus faible, la
consommation et l’investissement public, mais cela dépend de la part budgétaire que représente ce poste
dans les dépenses publiques. En France entre janvier et août 2012, l’investissement public représente
seulement 7,8 milliards d’euros soit 3,94 % des dépenses publiques et contribue pour 0,05 % du PIB
contre 0,3 % pour la consommation publique. Ainsi, cette possibilité est efficace sous condition que la
réduction des dépenses opubliques permet une réduction du déficit au moins aussi importante que ne le
permettrait une hausse des recettes fiscales.
 On peut par ailleurs s’interroger sur l’impact des dépenses publiques sur le solde budgétaire dans le cas
français. Les dépenses publiques peuvent réduire le solde public en période de forte croissance de
l’activité. Cependant, nous observons depuis 2008 que ce coefficient redevient positif, mais sans
croissance du PIB. La contribution des dépenses publiques au PIB devient ainsi plus importante depuis le
début de la crise. Il faudrait donc réduire d’autres postes de dépenses budgétaires d’après cette analyse.
 Une seconde solution serait de réduire la charge de la dette en faisant diminuer le taux d’intérêt. En
France, la charge de la dette pèse pour 29 milliards d’euros sur les 8 premiers mois de l’année soit 15 %
du total des dépenses budgétaires. La contribution du service de la dette au solde budgétaire est
historiquement importante ce qui signifie que si le solde primaire (avant paiement des services de la dette
par l’État) est positif (+1 point de PIB), mais que la contribution du service de la dette est de -5 points de
PIB alors il y aura un déficit budgétaire de 4 points de PIB. Le service de la dette a considérablement 34
participé à alourdir le déficit en France, ou à titre de comparaison en Espagne et en Grèce. 
Annexe B : Réformes, dette publique et croissance économique :
quelle dynamique ? BS Initiative

 Un troisième poste est celui des charges de fonctionnement de l’administration publique. Ces dernières
représentent 56 % du budget français en 2011 (113 milliards d’euros). Les plans d’aide sensibilisent sur
l’importance de réduire ces charges par exemple en réduisant la masse salariale dans la fonction publique.
C’est ce qui a été entrepris en Espagne et en Grèce. Cependant, certains pays garantissent la
soutenabilité de leur dette publique et leur solvabilité par l’efficacité de l’administration fiscale, capable de
lever rapidement l’impôt si nécessaire, ce qui est le cas de la France. 
 En outre, une réduction des dépenses publiques, susceptible d’affecter négativement l’organisation
administrative, peut avoir un impact sur la perception du risque des investisseurs et donc peut augmenter
la probabilité d’une hausse du taux d’intérêt. Ainsi, une diminution du taux d’intérêt serait certes justifiée,
mais l’effet sur le budget public resterait moins important qu’une augmentation de la base fiscale
imposable ou qu’une augmentation des recettes fiscales par une hausse des impôts. Cela souligne
l’importance de tenir compte des spécificités de chaque pays avant d’entreprendre des politiques
budgétaires restrictives.
 Ainsi, en agissant sur les dépenses publiques, deux leviers sont possibles :
- Un taux d’intérêt en baisse qui diminue la charge d’intérêt. Une baisse serait susceptible de déformer le
solde primaire et donc l’échéancier de dette à long terme. Un faible taux d’intérêt est nécessaire dans des
pays faisant face à d’importantes échéances obligataires susceptibles d’asphyxier une relance de l’activité
en mobilisant toujours plus de budget national.
 Une baisse des dépenses de fonctionnement et des dépenses de personnels : la Grèce et l’Espagne ont
entamé ces réformes.
 Au-delà des facteurs augmentant la dette publique, certaines études ont montré que la part de
l’endettement public dans le PIB devrait sensibiliser les décideurs publics à partir d’un niveau de ratio, un
seuil qui imposerait la mise en place de réformes structurelles.

35
Annexe B : Réformes, dette publique et croissance
économique : quelle dynamique ? BS Initiative

 Une nécessaire solution au dilemme face au seuil des 90 %


 Reinhart et Rogoff (2010) ont analysé l’évolution du lien entre la croissance réelle du
PIB et le ratio dette/PIB compte tenu d’un ratio dette/PIB donné :
 - En dessous d’un ratio de 90 %, la relation est faible entre les deux variables tandis
qu’elle devient forte au-delà : il y a non-linéarité. À partir de 90 %, la croissance réelle
médiane du PIB chute d’au moins 1 %.
 - Au-dessus d’un ratio de 90 %, une forte vulnérabilité des économies est observée.
 Cet effet de seuil permet donc d’estimer l’urgence des réformes structurelles qui
s’imposent, le cas échéant, aux décideurs publics. Pour autant, l’ensemble des travaux ne
suffit pas à contester la double causalité entre la dette publique et la croissance du PIB.
Une contraction de l’activité réduit les recettes fiscales. Aussi, une hausse de
l’endettement public peut créer un effet d’éviction sur la progression du stock de capital
en utilisant plus de ressources de l’économie (Kumar et Woo, 2010). 
 Il y a donc une double causalité et différentes mesures qui doivent être entreprises si le
ratio dette/PIB approche les 90 %. Une condition qui prend son sens si la dette publique
est financée significativement par l’extérieur. Par exemple, le Japon a un ratio dette/PIB
de 225 % qui est soutenable en raison d’un financement interne où les agents acceptent
d’être rémunérés à un faible taux. Ainsi, au-delà de l’effet seuil, il faut bien distinguer
d’autres variables explicatives, par exemple la provenance des créanciers détenant de la
dette publique, pour mieux considérer le risque d’insoutenabilité des finances publiques
d’un pays.

36
Annexe B : Réformes, dette publique et croissance
économique : quelle dynamique ? BS Initiative
 Trois grandes initiatives en Europe
 Face à ces problématiques, les réformes ne sont pas seulement économiques, mais aussi
juridiques et politiques. L’exemple européen montre la nécessité de mener des réformes
structurelles et de mener des initiatives sur différents horizons temporels, actions qui sont
entreprises depuis plusieurs mois et que l’on peut regrouper sous trois types
d’engagements.
 Une première initiative de court terme consiste à rassurer les investisseurs en assurant
une stabilité financière et bancaire. Le programme de rachat d’obligations sur dettes
souveraines annoncé par la BCE en septembre 2012 (programme OMT) devrait affecter
les primes de risque tandis que l’Union bancaire limitera le risque de contagion financière.
Ces politiques favoriseraient l’environnement financier à court terme et permettraient aux
pays attachés à des politiques de rigueur de stabiliser leur endettement pour amorcer une
relance de leurs activités.
 Une seconde initiative est d’améliorer la transparence fiscale et budgétaire, une condition
pour mieux superviser l’évolution des finances publiques entre les pays, en zone euro.
Cela peut notamment impliquer une refonte organisationnelle de l’administration publique
capable de concourir à une plus grande crédibilité des politiques économiques entreprises
à l’échelle nationale.
 Enfin, une troisième initiative pour lutter contre l’endettement en zone euro est de pallier
les déséquilibres macroéconomiques actuels en Europe. Le Sud ne doit plus être
emprunteur du Nord. Le Sud doit proposer un cadre politique et un potentiel économique
et financier capables d’attirer les investisseurs de l’Europe du Nord. La consommation
privée est affectée par la rigueur tandis que l’investissement dans l’immobilier souffre de la
dépréciation de ses actifs. L’investissement privé productif doit ainsi prendre le relais pour
stimuler l’activité et développer de nouveaux avantages comparatifs qui permettront aux
pays en difficulté de développer une véritable stratégie de croissance.
37
Annexe B : Réformes, dette publique et croissance
économique : quelle dynamique ? BS Initiative 01/11/2012

 Conclusion
 Notre analyse nous amène à distinguer deux étapes. La première est
de rassurer l’investissement pour stabiliser l’endettement : la contrainte
de soutenabilité deviendra moins forte. La seconde est de modifier
structurellement la compétitivité des économies et l’environnement
économique pour préparer les investissements de demain, ceux qui
contribueront à une reprise de l’activité.
 La stabilisation du ratio dette/PIB est une variable cible, et non un
objectif, et doit à ce titre agir comme stimulateur de l’investissement, ce
qui nécessite une refonte structurelle des stratégies de croissance des
économies, laquelle se traduira par une hausse de l’activité
économique suffisamment forte pour faire diminuer le poids de
l’endettement public dans le produit intérieur brut.
 SOURCE: BS-Initiative
 http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/p
olitique-economique/221157844/reformes-dette-publique-et

38

Vous aimerez peut-être aussi