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LE STATUT DE

L’ENTREPRENANT OHADA
Par Jean GATSI
- Agrégé International des Facultés de Droit
- Avocat
- Professeur Titulaire des Universités
- Chef de Département de Droit des Affaires : Université de Douala
E-mail : gatsijean@yahoo.fr
INTRODUCTION
• Parler de l’entreprenant n’est pas de trop, malgré le fait
que des auteurs y aient consacré des études remarquables.
• Je veux parler du Pr. P. G. POUGOUE et du Dr. S. S. KUATE
TAMEGHE, Presses Universitaires d’Afrique, sous le titre
« L’entreprenant OHADA » ;
• je voudrais également parler du Pr. FOKO Athanase de
l’université de N’Gaoundéré qui a commis un article intitulé
« La consécration d’un nouveau statut professionnel dans
l’espace OHADA : le cas de l’entreprenant », Cahiers
juridiques et politiques de l’Université de N’gaoundéré en
2011 ;
• Dr. Denis Roger SOH FOGNO, avec son titre « L’entreprenant
dans l’espace OHADA : une mauvaise solution en face d’un
réel problème », publié dans le 2e Numéro de la Revue de
Droit des Affaires OHADA, paru en dans le 2 e semestre de
l’année 2012 ;
• mentionnons également :
• Dr. Thierry Noël KANCHOP, « Libres propos sur
l’entreprenant : essai de normalisation du secteur informel
par le législateur OHADA », publié dans le 1er Numéro de La
Revue Communautaire de Droit et des Affaires que j’ai la
charge de diriger, paru dans le 1er trimestre de l’année 2013.
• Cette liste n’est assurément pas exhaustive, pouvant et devant
être complétée par tous ceux qui s’intéressent à la question.
Vous avez certainement pu observer la diversité des champs
abordés par chacun des auteurs ci-dessus (je m’abstiendrais de
les commenter au fond).
• Cela témoigne fort à propos du dynamisme du sujet qui
demeure donc d’actualité. L’entreprenant est une réalité en
Afrique où le secteur informel s’est imposé en réalité
économique depuis la crise des années 80. Il joue aujourd’hui
un rôle dynamique dans les économies africaines. Et un exposé
demeure le moyen le plus direct de transmettre une idée, se
caractérisant par sa spontanéité.
• Le statut de l’entreprenant interpelle comme
une solution, même mauvaise, au phénomène
croissant de l’informel.
• Nul n’ignore les conséquences économiques
des activités se développant dans l’informel :
une grande quantité des recettes fiscales
échappent à ce secteur, les opérateurs même
sont dépourvus de la protection qui est
normalement due aux artisans de l’économie.
• Pour ma part, le statut de l’entreprenant devrait être
vulgarisé afin d’y familiariser les acteurs de l’économie
qui sont parfois obligés d’agir dans la clandestinité,
faute de structure correspondant à leurs affaires et
s’accommodant de leurs moyens de production.

• Pour comprendre le statut de l’entreprenant, je me suis


proposé un certain nombre de questionnements qui
vont nous guider tout au long de cet exposé :
• Qui peut être entreprenant (admission
exclusion) ?
• Quelles sont les activités rentrant dans le
champ de compétence de l’entreprenant ?
• Quels sont ses prérogatives ?
• Quelles sont les obligations de l’entreprenant
au plan juridique et financier ?
• I - L’acquisition de la qualité d’entreprenant,
• II - Les activités de l’entreprenant ,
• III - Les prérogatives de l’entreprenant,
• IV - Les obligations de l’entreprenant.

Voilà les quatre ordres de questions qui nous


permettront de cerner le statut de
l’entreprenant OHADA.
I - L’ACQUISITION DE LA
QUALITÉ D’ENTREPRENANT
• (admission, exclusions)
• L’entreprenant est nécessairement une personne physique.
Cela ressort clairement de l’article 30 de l’acte uniforme
révisé sur le droit commercial général.
• C’est une personne physique agissant individuellement. Cela
veut dire que le statut d’entreprenant est incompatible avec
les groupements quelles qu’en soient la nature juridique
(Sociétés commerciales : SARL, SA, SNC, SCS ; Sociétés civiles).
•  
• S’agissant de la capacité juridique, elle doit être envisagée au
cas par cas. Il y en a deux.
• Capacité : 1er cas : Celui de l’entreprenant effectuant
les actes de commerce :
• L’entreprenant qui veut accomplir les actes de
commerce doit nécessairement avoir la capacité
commerciale, ainsi qu’elle est prévue aux articles 6 à
12 de l’Acte uniforme précité.
•  
• J’entends par capacité commerciale l’ensemble
comprenant la capacité juridique et le régime des
incompatibilités et interdictions.
• - Pour ce qui est de la capacité juridique :
• L’on sait que l’article 6 de l’Acte uniforme du 15
décembre 2010 portant droit commercial général
interdit l’accomplissement même des actes de
commerce à titre de profession aux personnes
juridiquement incapables.
• L’entreprenant doit donc, s’il veut accomplir les
actes de commerce, être au moins mineur émancipé
et jouir de ses pleines capacités mentales.
• - Pour ce qui est des incompatibilités :
• L’article 8 de l’Acte uniforme portant droit commercial
général prévoit que « Nul ne peut exercer une activité
commerciale lorsqu'il est soumis à un statut particulier
établissant une incompatibilité ».
• L’incompatibilité doit résulter d’un texte, dont la preuve
incombe à celui qui l’invoque.
• L’on sait quand même en général, ainsi qu’en dispose
l’article 9 de l’AU, que l'exercice d'une activité commerciale
est incompatible avec l'exercice des fonctions ou
professions suivantes :
• - fonctionnaires et personnels des collectivités publiques et
des entreprises à participation publique ;
• - officiers ministériels et auxiliaires de justice : avocat,
huissier, commissaire priseur, agent de change, notaire,
greffier, administrateur et liquidateur judiciaire ;
• - expert comptable agréé et comptable agréé, commissaire
aux comptes et aux apports, conseil juridique, courtier
maritime ;
• - plus généralement, toute profession dont l'exercice fait
l'objet d'une réglementation interdisant le cumul de cette
activité avec l'exercice d'une profession commerciale.
• Aucun membre des professions ci-dessus, ne
peut donc avoir le statut de l’entreprenant, en
tout cas, s’agissant de l’accomplissement des
actes de commerce.
• Nous verrons par la suite s’ils le peuvent pour
les autres activités, ce qui ne se justifierait
pas.
• - Pour ce qui est des interdictions :
• L’article 10 de l’Acte uniforme portant droit
commercial général exclut de l’activité commerciale,
toute personne agissant directement ou par
personne interposée, mais ayant fait l’objet :
• - d'une interdiction générale, définitive ou
temporaire, prononcée par une juridiction de l'un
des États parties, que cette interdiction ait été
prononcée comme peine principale ou comme peine
complémentaire ;
• - d'une interdiction prononcée par une juridiction
professionnelle ; dans ce cas, l'interdiction ne
s'applique qu'à l'activité commerciale considérée ;
• - d'une interdiction par l’effet d’une condamnation
définitive à une peine privative de liberté pour un
crime de droit commun, ou à une peine d'au
moins trois mois d'emprisonnement non assortie
de sursis pour un délit contre les biens, ou une
infraction en matière économique ou financière.
• On peut constater que les interdictions ont un
rapport avec la morale des affaires.
• Cela dit, l’entreprenant doit être de bonne
moralité.
• Capacité : Second cas : Celui de l’entreprenant désirant
exercer les autres types d’activités professionnelles
• En l’absence de texte particulier concernant le régime de
l’exploitation d’activités civiles et artisanales, les conditions
requises de l’entreprenant seront régies par les textes
généraux.
• L’on se tournera par exemple du côté du régime de la
capacité civile pour poser que l’entreprenant doit être au
moins un majeur émancipé au regard des conditions de
validité des transactions qu’il devra passer au cours de
l’exploitation de son activité.
• Dans tous les cas, les textes nationaux peuvent
prescrire des formalités supplémentaires sur le
plan administratif, auxquelles l’entreprenant
devra se soumettre pour se lancer dans le
domaine artisanal ou agricole.
• Une fois la qualité acquise, il se pose la
question relative aux activités que peut exercer
l’entreprenant .
II - LES ACTIVITÉS QUE PEUT
EXERCER L’ENTREPRENANT
• Parlons un peu des activités que peut exercer
l’entreprenant.
• De ce qui précède et sous le visa de l’article 30
de l’Acte uniforme portant droit commercial
général, l’entreprenant peut exercer une
activité commerciale, civile, artisanale ou
agricole.
• Les critères de commercialité d’une activité sont
réglés à l’article 3 qui définit l’acte de commerce
par nature comme étant celui par lequel une
personne s’entremet dans la circulation des
biens qu’elle produit ou achète, ou par lequel
elle fournit des prestations de service avec
l’intention d’en tirer un profit pécuniaire.
• Selon ce texte, ont, notamment, le caractère
d’actes de commerce par nature :
• - l’achat de biens, meubles ou immeubles, en vue de leur revente ;
• - les opérations de banque, de bourse, de change, de courtage, d’assurance
et de transit ;
• - les contrats entre commerçants pour les besoins de leur commerce ;
• - l’exploitation industrielle des mines, carrières et de tout gisement de
ressources naturelles ;
• - les opérations de location de meubles ;
• - les opérations de manufacture, de transport et de télécommunication ;
• - les opérations des intermédiaires de commerce, telles que la commission,
le courtage, l'agence, ainsi que les opérations d’intermédiaire pour l’achat,
la souscription, la vente ou la location d’immeubles, de fonds de
commerce, d’actions ou de parts de société commerciale ou immobilière ;
• - les actes effectués par les sociétés commerciales.
• L’article 4 détermine les actes de commerce par la forme à
savoir, la lettre de change, le billet à ordre et le warrant.
•  
• L’accomplissement de tels actes imposent en général un
certain nombre d’obligations notamment l’immatriculation
au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM).
• L’entreprenant lui, peut les effectuer sans obligations de s’y
soumettre. Dans tous les cas, le statut de d’entreprenant
déroge à celui quelque peu contraignant de commerçant.
• Toutes les activités professionnelles non
comprises dans la liste ci-dessus, sont des
activités civiles. D’après l’article 30,
l’entreprenant peut les accomplir librement.
• Cependant, il ne doit pas s’agir d’activités
soumises à un statut particulier comme celle
d’Avocat, d’huissier, de notaire, de conseil
fiscal, d’expert comptable, d’expert immobilier,
de banque, d’assurance, etc.
• L’existence d’un statut particulier de ces professions s’oppose à
ce qu’elles soient ouvertes à un entreprenant. Ce dernier
statut (entreprenant) concerne bien, même si l’Acte uniforme
ne le dit pas expressément, celles des activités où la liberté
d’exercice s’accompagne de l’exigence de conditions générales.
C’est le cas des activités commerciales non réglementées.
•  Les activités comme celles de banque, d’assurance, qui
s’exercent dans le cadre d’une entreprise sociétaire, sont
nécessairement exclues du statut d’entreprenant. Celui-ci n’est
ouvert qu’aux personnes physiques agissant d’ailleurs
individuellement.
• Quant à l’activité artisanale, elle s’oppose à une activité
industrielle. Celles-ci consistent en une production en masse,
nécessitant des moyens mécaniques énormes et obéissant à
une logique de standardisation.
• Le statut d’entreprenant ne s’accommode pas des activités
industrielles. A lire l’article 30 al. 2 de l’Acte uniforme portant
droit commercial général, l’entreprenant doit utiliser des
moyens modestes de sorte que son chiffre d’affaires annuel
ne dépasse pas pour deux exercices consécutifs, 30 millions
dans le négoce ; 20 millions pour les activités artisanales et
assimilés ; 10 millions dans le domaine des services.
• L’entreprenant artisan peut tenir un atelier de couture, un
atelier de fabrication de meubles, d’objets d’art, une
fabrique bijoux à petite échelle, un garage, etc.
• L’entreprenant peut également mener une activité
agricole. Celle-ci consiste en la maîtrise d’un cycle
biologique de type végétal ou animal. Lorsqu’il a satisfait
aux formalités administratives relatives à ce genre
d’activité, l’entreprenant peut exploiter des plantations, un
élevage, etc.
• Mais qu’en est-il précisément des prérogatives de
l’entreprenant ?
III - LES PRÉROGATIVES DE
L’ENTREPRENANT
• Ces prérogatives sont nombreuses. J’en ai identifié
cinq principales.
•  
• 1. L’entreprenant a pour prérogative spécifique,
l’allègement de son régime. Il peut exercer l’activité
commerciale sans avoir à se soumettre aux
obligations du commerçant. Il est surtout dispensé
de l’immatriculation au RCCM (article 30, al. 5). Il
n’est pas davantage soumis aux obligations
comptables du commerçant.
• Sur le plan financier, l’entreprenant n’est soumis
qu’au système minimal de trésorerie prévu à
l’article 28 de l’Acte uniforme portant
harmonisation de la comptabilité des entreprises.
• Ce système repose sur l’établissement d’un état
des recettes et des dépenses dégageant le résultat
de l’exercice (recette nette ou perte nette), dressé
à partir de la comptabilité de trésorerie que
doivent tenir les entreprises de très petite taille.
• 2. L’entreprenant bénéficie du régime de la
preuve prévu à l’article 5 de l’AU, pour les
commerçants.
• Ce texte prévoit justement que les actes de
commerce se prouvent par tous moyens même
par voie électronique à l'égard des
commerçants. Tout commencement de preuve
par écrit autorise le commerçant à prouver par
tous moyens contre un non-commerçant.
• Les livres de commerce tenus en application des
dispositions l’Acte uniforme portant droit commercial
général, sont admis par le juge pour constituer une
preuve dans les conditions prévues ci-dessus.
• Les livres de commerce et les états financiers de
synthèse constituent des moyens de preuve.
• Dans le cours d’une contestation, la présentation des
livres de commerce et des états financiers de synthèse
peut être ordonnée par le juge, même d’office, à l’effet
d’en extraire ce qui concerne le litige.
• 3. L’entreprenant bénéficie du régime de la
prescription tel qu’il est prévu aux articles 16 à 29 et
33 de l’Acte uniforme.
• En substance, ces textes prévoient une prescription
de 5 ans pour les obligations nées des activités entre
commerçants, sauf si elles sont soumises à des
prescriptions plus courtes. En tout état de cause, les
parties peuvent abréger ou allonger ce délai, sans
qu’il puisse être réduit à moins d’un an, ni étendu à
plus de 10 ans.
• Le délai de prescription court à compter du jour où le
titulaire du droit d’agir a connu ou aurait dû connaître les
faits lui permettant d’exercer son action. L’entreprenant
peut invoquer la prescription en tout état de cause même
en appel.
• La prescription, notamment extinctive, est il faut le
rappeler, l’un des éléments qui renforce la sécurité
juridique, laquelle fait partie intégrante des finalités du
droit OHADA. La sécurité et la rapidité des transactions ne
peuvent s’accommoder avec des risques de remise en
cause à la suite de procédures judiciaires.
• 4. L’entreprenant bénéficie également du régime des baux
à usage professionnel des articles 101 à 134 de l’Acte
uniforme portant droit commercial général.
• Il peut ainsi conclure un bail à usage professionnel qui offre
quand même au professionnel suffisamment de stabilité
pour le développement de son activité.
• Il bénéficie comme un commerçant ordinaire, du droit au
renouvellement de son bail. Il a droit à la protection
minimale due aux occupants d’un local. Eventuellement, il
pourra bénéficier d’une indemnité d’éviction en cas de non
renouvellement de son bail à usage professionnel.
• 5. L’entreprenant bénéficie également d’un
certain nombre d’avantages relevant, au
Cameroun, du régime des incitations à
l’investissement privé que j’exposerai au titre
des obligations financières.
• Au-delà de ces nombreuses prérogatives,
l’entreprenant est astreint à certaines
obligations.
IV - LES OBLIGATIONS DE
L’ENTREPRENANT
• Ces obligations sont perceptibles au plan
juridique (a) ainsi qu’au plan financier,
comptable et fiscal (b).
a) Les obligations de l’entreprenant au plan
juridique
• L’entreprenant est tenu à une obligation de déclaration de son
activité sans frais. Au Cameroun, afin de faciliter les formalités de
déclaration des activités aux professionnels, le Premier Ministre a
institué le centre des formalités de création d’entreprises (CFCE).
•  La déclaration est faite sur formulaire fourni par le centre et elle
comprend :
•  1°) noms et prénoms ;
• 2°) adresse d’exercice de l’activité ;
• 3°) description de l’activité ;
• 4°) justificatif d’identité ;
• 5°) éventuellement, justificatif du régime matrimonial.
• Dès réception du formulaire de déclaration d'activité dûment
rempli et des pièces prévues par l’Acte uniforme, le greffier ou le
responsable de l’organe compétent dans l’Etat Partie délivre au
déclarant un accusé d'enregistrement qui mentionne la date de
la formalité accomplie et le numéro de déclaration d'activité.
• L’entreprenant ne peut commencer son activité qu’après
réception de ce numéro de déclaration d'activité qu’il doit
mentionner sur ses factures, bons de commande, tarifs et
documents ou correspondances professionnels, suivi de
l’indication du Registre du Commerce et du Crédit Mobilier qui a
reçu sa déclaration et de la mention « Entreprenant dispensé
d’immatriculation ».
• Les déclarations de modification de l’activité ou du lieu d’exercice
ainsi que la déclaration de radiation sont adressées de la même
manière et sans frais au greffe de la juridiction compétente ou à
l’organe compétent dans l’Etat Partie.
• A l'appui de sa déclaration, le demandeur est tenu de fournir les 5
pièces justificatives suivantes quels que soient leur forme et leur
support :
• 1°) un extrait de son acte de naissance ou de tout document
administratif justifiant de son identité ;
• 2°) le cas échéant, un extrait de son acte de mariage ;
• 3°) une déclaration sur l'honneur signée du demandeur et
attestant :
• - s’il est commerçant, qu’il n’est frappé d’aucune des interdictions
prévues par l’article 10 de l’Acte uniforme portant droit commercial
général ;
• - s’il n’est pas commerçant, qu’il n’a fait l’objet d’aucune interdiction
d’exercer en relation avec sa profession et qu’il n’a fait l’objet d’aucune
condamnation pour les infractions prévues par l’article de l’Acte
uniforme.
• Cette déclaration sur l’honneur est complétée, dans un délai de soixante-
quinze (75 jours) à compter de la date de l’immatriculation, par un
extrait de casier judiciaire ou à défaut par le document qui en tient lieu ;
• 4°) un certificat de résidence ;
• 5°) le cas échéant, une autorisation préalable d'exercer l'activité du
déclarant.
• Ce numéro de déclaration d’activité est personnel.
• De plus, nul ne peut être déclaré comme
entreprenant à plusieurs registres ou sous
plusieurs numéros à un même registre.
L’entreprenant ne peut être en même temps
immatriculé au Registre du Commerce et du Crédit
Mobilier. Il n'a pas le même statut que les
personnes immatriculées au Registre du
Commerce et du Crédit Mobilier.
• En cas de changement d’activité, l’entreprenant doit en
faire la déclaration au greffe compétent ou à l’organe
compétent dans l’Etat Partie.
• De même, en cas de changement de lieu d’exercice de
son activité, il doit faire une déclaration modificative au
greffe ou à l’organe compétent dans l’Etat Partie du
Registre du Commerce et du Crédit Mobilier compétent.
• En cas de cessation d’activité, l’entreprenant doit faire
une déclaration à cet effet auprès du greffe compétent
ou de l’organe compétent dans l’Etat Partie.
b) Les obligations de l’entreprenant au plan
financier, comptable et fiscal
• Examinons tour à tour ces obligations, d’un
côté au plan juridique et comptable (1), de
l’autre au plan fiscal (2).
1) Les obligations de l’entreprenant au plan
financier et comptable
• Rappelons que l’entreprenant est un entrepreneur individuel
qui exerce une activité professionnelle civile, commerciale,
artisanale ou agricole à l’exception de la production
industrielle. Il conserve ce statut tant que son chiffre
d’affaires annuel généré par son activité n’excède pas les
seuils fixés dans l’Acte Uniforme portant organisation et
harmonisation des comptabilités des entreprises au titre du
système minimal de trésorerie.
• Ce chiffre d’affaires annuel concerne les activités de vente de
marchandises, d’objets, de fournitures et denrées ou de
fourniture de logement, ainsi que les prestations de services.
• Si le chiffre d’affaires de l’entreprenant durant les deux premières
années consécutives excède les limites fixées pour ses activités
par l’Etat partie sur le territoire duquel il exerce ses activités, il
est tenu, dès le premier jour de l’année suivante, avant la fin du
premier trimestre de cette année, de respecter toutes les charges
et obligations applicables à l’entrepreneur individuel.
• Dès lors, il perd la qualité d’entreprenant et ne bénéficie plus de
la législation spéciale ou souple applicable à l’entreprenant,
notamment la dispense de l’immatriculation prévue à l’article 30
al. 5 de l’AUDCG, de laquelle il résulte que l’entreprenant n’est
astreint qu’à la simple déclaration sans frais de ses activités.
• Au plan strictement comptable, l’entreprenant est assujetti
aux obligations qui découlent de l’article 31 de l’AUDCG
révisé. Trois identifiées.
• 1° La tenue d’un livre comptable :
• « l’entreprenant est tenu d’établir dans le cadre de son
activité, au jour le jour, un livre mentionnant
chronologiquement l’origine et le montant de ses
ressources en distinguant les règlements en espèces des
autres modes de règlement, la destination et le montant
de ses emplois ; le livre doit être conservé pendant 5 ans
au moins ».
• Il s’agit en pratique d’un processus de formalisation d’un
secteur auparavant incontrôlé qui participe de la lutte contre
l’informel.
• Ce livre chronologique sert d’instrument de preuve à
l’entreprenant, et se trouve ainsi particulièrement allégé par
rapport au commerçant ordinaire obligé d’utiliser tous les livres
de commerce prévus par l’AU portant organisation et
harmonisation des comptabilités des entreprises (livre journal ;
grand livre ; balance générale des comptes ; livre d’inventaire.
Voir art. Art. 13 de l’Acte uniforme relatif à l’organisation et à
l’harmonisation des comptabilités des entreprises).
• Le législateur ne dit pas si ce livre unique de l’entreprenant
doit être coté et paraphé par une autorité quelconque. Il
importe de comprendre que l’entreprenant est amené à
évoluer progressivement vers le secteur formel.
• Dans l’optique de crédibiliser le livre comptable de
l’entreprenant, (qui peut être utilisé en matière probatoire,
pareillement que le commerçant, à l’occasion de la
revendication d’un droit ou de la contestation d’un
engagement), de les faire coter et parapher spontanément
et au préalable par les autorités compétentes : Président de
la juridiction compétente ou magistrat délégué à cet effet.
• 2° La tenue d’un registre :
• Ce registre récapitulé par année présente le détail des
achats et précise leur mode de règlement et les
références des pièces, lesquelles doivent être conservées. 
•  3° L’application du système minimal de trésorerie :
• L’entreprenant doit appliquer le système minimal de
trésorerie qui repose sur l’établissement d’un état de
recettes et des dépenses dégageant le résultat de
l’exercice (recette nette ou perte nette). Cf. Art. 32 de
l’AUDCG révisé.
• La conception du système minimal de trésorerie
permet de tenir compte dans le calcul du résultat et
dans l’établissement de la situation patrimoniale, les
éléments suivants :
- La variation des stocks ;
- La variation des créances et des dettes commerciales ;
- La variation des équipements et des emprunts ;
- La variation du capital apporté, pour autant que ces
éléments soient significatifs;
2) Les obligations de l’entreprenant au plan
fiscal
• Dans le principe général, l’AUDCG institue au profit de
l’entreprenant un régime optionnel de faveur, notamment
en matière fiscale et d’assujettissement aux charges
sociales ; mais cet AU laisse à chaque Etat partie la
possibilité de déterminer les mesures incitatives en la
matière au bénéfice de l’entreprenant
•  
• Là-dessus, le Cameroun a pris une loi fixant les incitations à
l’investissement privé (Loi n° 2013/004 du 18 Avril 2013),
dont les articles 6 et suivants, permettent à l’entreprenant
de bénéficier d’un certain nombre d’avantages :
• - D’une part, dans la phase d’installation qui ne peut excéder cinq (5) ans à
compter de la date de délivrance de l’agrément, les avantages suivants sont
accordés :
•  Exonération des droits d’enregistrement des actes de création ou
d’augmentation du capital ;
•  Exonération des droits d’enregistrement des baux d’immeubles à usage
exclusivement professionnel faisant partie intégrante du programme
d’investissement ;
•  Exonération des droits de mutation sur l’acquisition des immeubles, terrains
et bâtiments indispensables à la réalisation du programme d’investissement ;
•  Exonération des droits d’enregistrement des contrats de fourniture des
équipements et de la construction des immeubles et installations nécessaires
à la réalisation de leur programme d’investissement ;
•  Déduction intégrale des frais d’assistance technique au prorata du
montant de l’investissement réalisé, déterminé en fonction du montant
global de l’investissement ;
•  Exonération de la TVA sur les prestations de services liées à la mise en
place du projet et provenant de l’étranger ;
•  Exonération des droits d’enregistrement des contrats de concession ;
•  Exonération de la patente ;
•  Exonération des taxes et droits de douane sur tous les équipements et
matériels liés au programme d’investissement ;
•  Exonération de la TVA due à l’importation de ces équipements et
matériels ;
•  Enlèvement direct des équipements et matériels liés au programme
d’investissement lors des opérations de dédouanement.
• - D’autre part, pendant la phase d’exploitation qui ne peut excéder dix (10) ans en
considération de la taille des investissements et des retombées économiques
attendues de ceux-ci, l’investisseur peut bénéficier, selon le cas, des exemptions ou
des réductions au paiement des taxes, impôts, droits et autres charges suivantes :
•  Minimum de perception ;
•  Impôt sur les sociétés ;
•  Impôt sur les bénéfices ;
•  Droits d’enregistrement relatifs aux prêts, emprunts, avances en compte courant,
cautionnement, augmentation, réduction, remboursement et liquidation du capital
social, ou à un quelconque transfert d’activités, de droits de propriété ou de
jouissance immobilière, de baux ou d’actions;
•  Impôt sur le revenu des capitaux mobiliers (IRCM) à l’occasion de la distribution
de revenus sous forme de dividendes ou sous d’autres à préciser dans la convention
;
•  Taxe spéciale sur les revenus (TSR) en phase de développement de projet et de construction, sur les
paiements effectués à des sociétés étrangères en rémunération des prestations fournies ou utilisées
au Cameroun, à condition que celles-ci soient facturées à prix coûtant ;
•  Impôts, taxes, droits d’enregistrement et de timbre en relation avec le transport de produits issus de
la transformation ;
•  Droits de douane, ainsi que tous autres frais et taxes de services applicables à l’importation
d’équipements de tous types, de matériaux de construction, d’outils, de pièces détachées, de produits
intermédiaires, de fournitures et de consommables n’ayant pas de similaires fabriqués localement, à
l’exception des droits, taxes et autres charges de nature non-fiscale ayant le caractère d’une
rémunération de service ;
•  Droits de Douane applicables à l’exportation d’équipements de construction et d’équipements des
usines de transformation ;
•  Tout impôt, redevance, taxe ou frais, de quelque nature que ce soit calculés sur le chiffre d’affaires
réalisé par la société de transformation ;
•  Tout impôt, redevance, taxe ou frais, de quelque nature que ce soit calculés sur d’affaires réalisé par
la société de transformation ;
•  Toute taxe sur le transfert, l’achat ou la vente de devises, et toute taxe indirecte à la consommation
dont la taxe spéciale sur les produits pétroliers.
• L’investisseur peut, en outre, bénéficier des avantages
suivants :
•  Le report des déficits jusqu’au cinquième exercice suivant
celui de leur survenance ;
•  L’exemption au paiement de droits, taxes, et redevances de
douane, sur les importations de biens d’équipement destinés
à être affectés et utilisés pour son programme
d’investissement.
•  
• Au terme des périodes ci-dessus, l’investisseur est reversé
d’office au droit commun.
• L’article 8 de cette loi accorde le bénéfice du crédit
d’impôt à l’entreprenant s’il remplit l’un des critères ci-
après :
•  Embaucher au moins cinq (5) jeunes diplômés de
l’Enseignement supérieur par an ;
•  Lutter contre la pollution ;
•  Développer des activités sportives, culturelles ou
sociales ;
•  Développer des activités d’intérêt public dans les
zones rurales.
• L’entreprenant a ainsi un panel d’avantages à sa portée. Sous
le visa de l’article 14 de la loi susmentionnée, ces avantages
vont en s’intensifiant si par exemple il inscrit son activité
dans l’un des secteurs prioritaires suivant :
•  Développement de l’agriculture, de la pêche de l’élevage
des activités d’emballage et de stockage des produits
d’origine végétale animale ou halieutique ;
•  Développement de l’offre touristique et des loisirs de
l’économie sociale et de l’artisanat ;
•  Développement de l’habitat et du logement social ;
•  Le développement de l’offre de l’énergie et de l’eau ;
•  Encouragement du développement des régions
et de la décentralisation ;
•  Lutte contre la pollution et la protection de
l’environnement ;
•  Promotion et transfert des technologies
innovantes et de la recherche développement ;
•  Promotion des exportations ;
•  Promotion de l’emploi et formation
professionnelle.
• D’une manière générale, l’AUDCG, n’impose pas d’obligation
d’enregistrement au RCCM à l’entreprenant, contrairement au
cas des commerçants ordinaires. Il est tenu à la simple
obligation de déclarer mentionnée ci-dessus et, le cas échéant,
l’obtention de l’agrément de l’article 18 de la loi fixant les
incitations à l’investissement privé, au cas où il voudrait en
bénéficier du régime. Cela implique que l’entreprenant est
dispensé du paiement des droits d’enregistrement.
• Au Cameroun, l’entreprenant bénéficie en plus de
l’exonération de la patente pendant les deux premières années
d’exercice de son activité.
• Nous appelons de tous nos vœux les Etats parties au Traité de l’OHADA
à implémenter ce statut de l’entreprenant.
• Une crainte légitime subsiste, du moment que l’Acte uniforme renvoie
aux législations nationales pour la prise des mesures incitatives. Les
pays membres de l’OHADA ne sont pas toujours prompts à prendre des
mesures lorsque la possibilité leur est accordée. (Cf. la latitude laissée à
chaque législateur national d’instituer des sanctions pour les
incriminations organisées par les textes de l’OHADA : Bilan négatif :
immobilisme, conservatisme, résistance).
• De plus l’entreprenant, çà et là, est assujetti à diverses obligations de
nature fiscale et sociale qui ressortissent de l’ordre juridique national. Il
est donc soumis à une politique imprévisible et parfois circonstancielle.
• En matière fiscale, il peut être vaincu par la Direction par Objectifs,
chère à certains Etats ; en matière sociale, il peut être victime des
mouvements sociaux et du contexte économique. Cela laisse
également craindre un éventuel cumul d’obligations à son encontre,
toute chose qui peut diluer la vigueur du statut de l’entreprenant
consacré par l’Acte uniforme portant droit commercial général.
• Il y a donc un risque de perdre l’unité du statut fiscal de
l’entreprenant individuel et d’aboutir à des définitions variables de
l’entreprenant d’un Etat à un autre ; il ya également le risque
d’aboutir à un manque d’unité en ce qui concerne la définition du
chiffre d’affaires national ou intérieur, ainsi que les mesures
incitatives attachées au régime de l’entrepreneur individuel.
• Je vous remercie de votre attention

Par Jean GATSI


- Agrégé International des Facultés de Droit
- Avocat
- Professeur Titulaire des Universités
- Chef de Département de Droit des Affaires : Université de Douala
E-mail : gatsijean@yahoo.fr

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