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LE

DEVELOPPEMENT
DU LANGAGE ET
SES TROUBLES

Dr AIDOUNI ILHEM

.
 Plan du cours :
1. INTRODUCTION

2. DEFINITIONS ET TERMINOLOGIES : langage, langue, parole


3. EPIDEMIOLOGIE
4. NEUROBIOLOGIE
5. DEVELOPPEMENT NORMAL DU LANGAGE:
A /conditions nécessaires a l’acquisition du langage :
 1-caracteristiques anatomo-physiologiques
 2-langage et interaction

B/les principales étapes de l’évolution du langage oral :


 1- les bases du langage verbal : lexique, syntaxe
 2-les étapes de développement du langage :
 Pré-langage
 Petit langage
 Langage
6. PSYCHOPATHOLOGIE DU LANGAGE
7. DEPISTAGE ET DIAGNOSTIC DES TROUBLES DU LANGAGE : dépistage, ex
clinique, dg
8. CLASSIFICATION SELON DSM 5 ET CIM10 DES
TROUBLES DU LANGAGE
9. LES TYPES DES TROUBLES DU LANGAGE:
1-troubles de langage écrit
2-troubles de langage oral
10. LES ETIOLOGIES DES TROUBLES DU LANGAGE :
1-secondaires
2-troubles spécifiques
11. EVOLUTION
12. APPROCHE THERAPEUTIQUE
13. CONCLUSION
14. REFERENCES
I.INTRODUCTION:

Le langage:
• C’est une fonction structurante de l’organisation du moi
de l’enfant.
• Est un système formalisé très complexe , développé
uniquement par l’homme, grâce à certaines conditions
anatomo-physiologiques.
• Le développement du langage est très étroitement
intriqué dans les relations de l’enfant avec son
environnement psychoaffectif , socioculturel , sa
future insertion professionnelle ,ainsi que le
développement de sa personnalité.

 Un dépistage précoce des troubles du développement du langage oral
est donc une condition essentielle à un développement harmonieux de
l’enfant et à une lutte efficace contre l’échec scolaire et ses
conséquences sociales et psychoaffectives.

 les troubles du langage peuvent être secondaires ou bien être isolés,


primitifs et spécifiques.
 les troubles du langage sont des motifs fréquents de consultation en
pédopsychiatrie, surtout durant la période comprise entre 3et 8ans.
II . DEFINITIONS ET
TERMINOLOGIES :
• Langage: fonction complexe qui permet
d’exprimer et de percevoir des états
affectifs, des concepts, des idées au moyen
de signes acoustiques ou graphiques.
• Langue: système de codification propre à
une communauté.
• Parole: production de signification sous
forme de sons articulés.
• L’organisation du langage se fait en 5 domaines:
• La phonétique: qui s’intéresse aux aspects sonores
ou phonèmes du langage.
• Le lexique: qui se rapporte au vocabulaire de
référence.
• La morphosyntaxe: règles d'associations des
éléments du langage à l’intérieur du mot
(morphologie) et entre les mots dans la phrase
(syntaxe ou grammaire).
• La sémantique : concerne les mots et leur
signification (Sens général du discours)
• La pragmatique : qui s’intéresse à l’usage du
langage lui-même comme outil de communication
adaptée .
III.. EPIDEMIOLOGIE :
Des études relèvent que les troubles du langage sont liés
à des facteurs génétiques et environnementaux. Ainsi :
les garçons semblent plus concernés que les filles (15 %
contre 10 %) ;

lorsqu'on retrouve un retard de langage chez un autre


membre de la famille, le risque est multiplié par 1,7 et il
est multiplié par 3 si plus de 2 membres sont
concernés ;

l'absence de lecture quotidienne par l'entourage familial


au cours des 24 premiers mois accroît le risque de
troubles du langage.
 Selon l’enquête de SILVA1 :7% des enfants de 3 ans et demi ont
un déficit du développement du LO , Et ces troubles vont
persister chez 50% à l'âge de 7ans avec signification de
pathologie durable tel qu’un DI ou un trouble du langage écrit.

 Les troubles du langage sont un motif fréquent de consultation


avec une moyenne d’âge à la première consultation de 4 à 8
ans, un peu plus précocement s’il s’agit d’un trouble du LO, et
plus tardif si le langage écrit qui est altéré.

 D'une façon générale, on peut également dire que deux facteurs


prédominent pour prémunir les enfants contre les troubles du
langage : la fréquence d'exposition au langage oral et la qualité
du langage avec laquelle on s'adresse à eux.
IV. NEUROBIOLOGIE DU LANGAGE:
 les bébés possèdent dès la naissance la capacité de discriminer les
phonèmes et les caractéristiques prosodiques de toutes les langues.

 Les aires dédiées au langage dans l’hémisphère gauche peuvent


s’activer en présence de stimuli langagiers dès l’âge de 3 mois.

 Mais si le nouveau-né peut traiter tous les sons (phonèmes) des


différentes langues, il développe autour de l’âge de 6 mois une
préférence pour les phonèmes de sa langue maternelle.

 le bébé va utiliser les propriétés statistiques de l’environnement


sonore, ce qui va spécialiser les aires cérébrales dédiées au langage.
 Certains sons, très fréquents, vont être reconnus plus tôt, tout comme
certaines combinaisons de phonèmes qui seront les prémices des
premiers mots , C’est ce que l’on appelle « l’apprentissage
probabiliste ».
 l’expérience du langage va engager au niveau cérébral le système
perceptif avec une plus grande efficacité pour la reconnaissance de la
langue maternelle parmi toutes les langues non familières, selon un «
effet aimant ou d’attraction».

 Il y a comme un effet d’attraction; L’engagement affectif de


l’entourage et la disponibilité des proches et leur interaction avec le
bébé influent sur le développement du langage et favorise
l’apprentissage.
V. DEVELOPPEMENT NORMAL DU
LANGAGE :
 Il suit un déroulement assez fixe d'un enfant à l'autre, mais
avec des variations dans les dates des différentes étapes.
 Il dépend à la fois de capacités neurocognitives innées,
probablement génétiquement déterminées et d'une rencontre
de l'enfant avec un environnement humain parlant avec
stimulation continue (conditions affectives).
A/Conditions nécessaires à l’acquisition du langage:
1) Caractéristiques anatomo-physiologiques:
 le langage est conditionné par l’intégrité organique :
L'appareil auditif: il faut pouvoir entendre pour pouvoir parler.
Des organes Phonatoires: intégrité des organes phonatoires et de
leurs commandes neuromusculaires .
Système nerveux central: intégrité cérébrale (hémisphérique),
fonctionnelle , des structures corticales et sous-corticales
spécialisées dans diverses fonctions du langage, notamment les
circonvolutions temporales superficielles et frontales prérolandiques
gauches.
2) Le langage et interaction :
 L’apprentissage du langage dépend de:
₋ La stimulation verbale et non verbale de l’environnement
₋ La qualité des interactions avec l’entourage
₋ La présence de l’Attention
B/ Les principales étapes de l’évolution du langage oral :
1) Bases du langage verbal:
 La performance auditive du nourrisson lui donne dès la
naissance une capacité de discriminer toutes les
caractéristiques phonologiques de toutes les langues.
 Mais, il va perdre toute cette puissance pour se spécialiser
dans sa langue maternelle entendue au cours de ses 6
premiers mois de vie.
 On conçoit toute l’importance de la prosodie (façon de
prononcer, parler) pour permettre à l’enfant d’apprendre à
segmenter le bruit en mots ou éléments vocaux constitutifs
d’une information.
- Le lexique: Il se développe peu à peu par la stratégie
de répétition-utilisation-erreur-confirmation.

- La syntaxe: Apprendre la syntaxe n’est pas un


phénomène mnésique pur ni un savoir explicite. Pour
arriver à l’utilisation de la syntaxe, il est nécessaire de
passer les étapes d’extraction des règles au milieu des
milliers d’énoncés (0-6 ans). puis de commencer à
manipuler les règles avec réflexion (6-8 ans) et enfin de
les appliquer plus ou moins automatiquement.
2) Les étapes de développement du langage :

Chez l’enfant normal, le langage se développe sur un


mode frappant de régularité pour l’observateur. L’ontogenèse
du langage s’articule autour de trois étapes essentielles dont
les limites intermédiaires sont relativement arbitraires, mais
dont la succession est régulière.

On distingue:

 Le Pré-langage: « Prélinguistique ou le préverbal » (jusqu’à 12–13 voir 18


mois)
 Le Petit langage : (de 10 mois à 2 ans et demi–3 ans)
 Le Langage « Période linguistique »: (à partir de 3 ans)
Le Pré-langage: « Prélinguistique ou le préverbal »
(jusqu’à 12–13 mois, parfois 18 mois) :
 Les cris expriment d’abord un malaise physiologique. Puis
ils constituent les préformes d’une communication entre
l’enfant et son entourage.
 À partir d’un mois, à mesure que le bébé développe une
meilleure maîtrise de la respiration et du tractus vocal,
apparaît des garouillis (3-6mois) puis le babillage, ou
lallations(le 3 ou 4 ème mois).
 À partir de 6–8 mois, apparaît la période du « babillage
canonique »: une sorte de « dialogue » s’instaure entre le
petit enfant et sa mère ou son père
 il répond à la parole de l’adulte par une mélopée
relativement homogène, continue.
 Peu à peu, la richesse des émissions sonores initiales se
réduit pour laisser place à quelques émissions vocaliques
correspondant à la langue parlée autour de l’enfant.
 En même temps l’adulte semble ajuster son discours à la
capacité de réception de l’enfant . Dés la fin de la première
année ,l’enfant différencie les phonèmes.
 Parfois ce babil régresse peu à peu au profit d’une période de
silence, parfois au contraire au babil succède directement le
petit langage.
Le Petit langage : (de 10 mois à 2 ans et demi–3 ans)
 Les premiers mots apparaissent souvent en situation
d’imitation.
 les premières suites dotées de sens , mais d’un rendement
pauvre du fait de leur nombre limité, sont faciles à exploiter:
papa, maman, encore, tiens, donne. . .
 À 12 mois un enfant peut avoir acquis 5 à 10 mots
 À 2 ans, le vocabulaire peut atteindre 200 mots.
 Vers 18 mois apparaissent les premières « phrases », c-à-d les
premières combinaisons de deux mots .
 À la même période apparait la négation.
 le rôle de la famille est à cette époque considérable grâce au
« bain de langage » dans lequel l’enfant se trouve plongé , En
l’absence de stimulation langagière, un appauvrissement ou
un retard d’acquisition du stock lexical est constant. ( intérêt
Le Langage « Période linguistique »: (à partir de 3 ans)
 C’est la période la plus longue et la plus complexe de
.

l’acquisition du langage qui se marque par un enrichissement à


la fois quantitatif et qualitatif:

 entre 3 ans et demi et 5 ans un enfant peut maîtriser jusqu’à


1500 mots, sans toujours en saisir très exactement le sens

 le langage devient peu à peu un moyen de connaissance, un


substitut de l’expérience directe
 La redondance avec l’action et/ou le geste disparaît
progressivement.

 Vers 3 ans, l’introduction du « je » après une période où


l’enfant se désigne par « moi »
 L’enrichissement quantitatif et qualitatif repose sur deux
.
types d’activité langagière:
-Une activité verbale « libre »: où l’enfant continue d’utiliser
une « grammaire » autonome, établie à partir du petit langage.
-Une activité verbale « mimétique »: où l’enfant répète à sa
façon le modèle de l’adulte, acquérant progressivement des
mots nouveaux et des constructions nouvelles qui sont ensuite
réinvestis dans son activité verbale « libre ».
 L’enfant de 5 à 6 ans a acquis un bagage verbal , toutes les
structures des phrases fondamentales ainsi que les
transformations habituelles(phrases interrogatives, passives)
 L’apprentissage du langage écrit s’effectue aux alentours de 5
à 6ans.
LES ÉTAPES DU DÉVELOPPEMENT NORMAL
DU LANGAGE
VI . PSYCHOPATHOLOGIE DU LANGAGE:
 La communication langagière reste le moyen essentiel
d’appréhender le fonctionnement mental, à côté du jeu, du
dessin, du modelage, etc. qui servent à étayer la
communication, notamment avec le jeune enfant.
 il faut tenir compte de deux ordres de facteurs:
 Les premiers concernent ce qui s’est passé au moment où le
langage aurait dû émerger et les motifs de cette non-
émergence
Les seconds concernent ce qui s’est réorganisé parce que
cette émergence et la mutation qu’elle provoque ne se sont
pas produites.
VII .DEPISTAGE ET DIAGNOSTIC DES
TROUBLES :
 Tout trouble du langage oral dès 3 ans, 3 ans et demi doit être pris en
considération et amener à une consultation médicale
 Le souci d’agir le plus tôt possible sur les troubles du langage a amené à
la création de plusieurs batteries de dépistage :
Le QLC_3,5 : Questionnaire Langage et Comportement à 3 ans et demi
Avec petite section maternelle
 Le DPL3 : Dépistage et Prévention Langage ,l’ Age concerné : 3 ans - 3
ans 6 mois. Questionnaire de 10 items
L’ERTL4 : Evaluation rapide des troubles du langage à 4 ans, Conçu par
les auteurs pour les médecins…
L’ERTLA6 : Age concerné : niveau scolaire
Conçu par les auteurs pour les médecins
Le champ d’observation est beaucoup plus large
La voix et le comportement de l’enfant sont notés.
1/L’examen clinique:
 Il doit être complet et global, notamment du point de vue neurologique,
développemental et sur la qualité du sommeil.
 Le médecin doit s’assurer de la qualité des voies tant de perception (audition-
vision-les aspects sensoriels ) , la capacité neuromusculaire kinesthésique à
l’émission de sons, à réaliser un graphique, à regarder un objet.
 Par des questions simples et adaptées à l’âge de l’enfant
 le médecin peut évaluer si l’enfant entend une différence entre bruits,
musique et sons langagiers, s’il comprend un vocabulaire simple et les ordres
proposés dans la consultation et s’il est sensible à la morphosyntaxe (capacité
à discerner des différences de sens d’un mot selon la façon dont il est
structuré.
 En pratique, le praticien évalue les capacités verbales de l’enfant dans son
expression spontanée et dans son expression dirigée .
 Répercussions fonctionnelles : vie scolaire, maison et loisirs

2/ Le diagnostic: se fait par "testing" multidisciplinaire


(Bilan neuropsychologue , Bilan orthophonique , audiologiste)
VIII.CLASSIFICATION SELON DSM V ET LA CIM 10 :
1 /Selon la CIM 10 :
*Trouble de la communication
*Trouble de l’acquisition du langage de type réceptif
*Trouble de l’acquisition du langage de type expressif
* trouble spécifique de l’acquisition de l’articulation
*Aphasie acquise avec épilepsie (Landau-Kleffner).

2/ Selon le DSM V : Troubles de la communication


*Troubles du langage :( critères A, B ,C , D )
* Troubles de la phonation :
* Troubles de la fluidité verbale apparaissant durant l’enfance:
Bégaiement.
*Trouble de la communication sociale (pragmatique)
IX . TYPES DU TROUBLES :
Il existe plusieurs sortes de trouble, que l'on divise en deux types : les
troubles du langage écrit, et les troubles du langage oral.
1/Les troubles du langage écrit:
 La dyslexie: C'est un trouble spécifique à l'apprentissage de la lecture.
L'enfant qui en est atteint connaîtra des difficultés à identifier et
différencier les lettres, les syllabes, les mots. Le diagnostic est
généralement posé après que toutes les autres options possibles aient
été éliminées (problèmes de vision ou d'audition, retard mental).

 La dyscalculie:
Elle cause chez celui qui en est atteint des difficultés sévères en tout ce
qui a trait aux chiffres, aux calculs mathématiques, aux distances (sur
papier et dans l'espace). Par exemple, l'enfant ne parvient pas à
apprendre ses tables de multiplication, il confond les signes
mathématiques (+, -, *, /), n'arrive pas à lire l'heure, ne sait pas vérifier
sa monnaie, distingue mal la gauche de la droite, etc.
 La dysgraphie:
Ce trouble va souvent (mais pas toujours) de pair avec la dyslexie.
L'enfant atteint connaît de grandes difficultés à écrire et accomplir tous
les gestes graphiques , Les mots et les lettres sont mal formés, jusqu'à
en devenir souvent illisibles , les espacements entre mots, lettres et
syllabes sont irréguliers.

 La dysorthographie:
Elle se caractérise par une impossibilité à assimiler les règles de
production écrite, L'enfant est incapable de se rappeler les règles de
grammaire et d'orthographe, de syntaxe, etc, Il ajoute ou supprime des
lettres à l'intérieur des mots, écrit le même mot de manière différente
dans un même texte (ex :enfan, enfen, anfent), inverse des lettres ou
des syllabes complètes à l'intérieur des mots, etc.
2/Les troubles du langage oral:
 La dysphasie:
Ce trouble est caractérisé par une très grande difficulté dans la
compréhension et la communication orale.

 Le bégaiement :
il est très courant, mais ne devrait pas susciter d'inquiétude puisque
l'enfant est encore en période d'apprentissage du langage. Il touche le
débit de la parole , caractérisé par des hésitations et de nombreuses
pauses inappropriées dans le discours.

 Les troubles d'articulation:


Ces troubles sont d'origine physique, Ils consistent en une incapacité à
prononcer certains sons, une confusion entre des sons (par exemple :s
etch, r et l), C'est généralement la position de la langue ou des dents qui
est mise en cause , Il est aussi possible qu'une malformation congénitale
(bec-de-lièvre) soit à l'origine du trouble d'articulation.
X . LES ETIOLOGIES DU TROUBLES DU LANGAGE :
 Une fois la plainte sur le langage est confirmée, il convient de préciser si le
trouble s’inscrit dans une autre pathologie ou bien s’il est isolé, primitif,
spécifique. Deux caractéristiques permettent une classification des troubles du
langage :
 • leur caractère développemental ou acquis .
 • leur caractère secondaire ou spécifique.
 La première démarche devant un trouble du développement du langage est de
différencier les déficits secondaires et les déficits spécifiques.
 1/SECONDAIRES :
 * des troubles développementaux : La surdité, La déficience mentale : Les
troubles envahissants du développement ( TSA):
 *Troubles acquis : Aphasie IIaire essentiellement au syndrome de la landau-
kliffner +++ , secondaires aux AVC, aux traumatismes ou les tumeurs
crâniennes.
 2/Tr spécifiques du langage oral (PRIMITIFS) : TSDLO :
 * Le retard simple du langage.
 *Les Dysphasies.
 1.Dans les déficits secondaires :
 Dans les déficits secondaires, le trouble du développement du
langage oral peut être entièrement expliqué par la pathologie
primitive.
 C’est cette pathologie qui guide les évaluations
complémentaires et le pronostic.
 Le traitement orthophonique doit s’inscrire dans un contexte
pluridisciplinaire, coordonné par le spécialiste de la
pathologie primitive.
 A/Les troubles du langage développementaux : où le
langage s’établit de façon déficitaire, mais sans jamais
régresser, sont les plus fréquents.
 1. La surdité :
 est la première cause à évoquer de trouble du langage secondaire.
 Elle doit être recherchée devant tout déficit du développement du langage, par
au minimum les jouets sonores, un examen des tympans, la voix chuchotée
hors de la vue de l’enfant.
 Une audiométrie objective tonale ou des potentiels évoqués s’imposent au
moindre doute ou devant tout trouble de la compréhension ou tout trouble
durable de la perception des sons ou de la production phonologique.

 2. Le retard mental :
 est la cause la plus fréquente des déficits secondaires. La déficience mentale
légère a pour signe essentiel un déficit du langage à l’âge préscolaire alors
que la déficience mentale profonde se révèle par une hypotonie dans la
première année de la vie.
 Le déficit du langage dans la déficience mentale touche à la fois la
compréhension et le lexique.
 dans certaines pathologies génétiques, le trouble du langage est bien plus
massif que le déficit des autres fonctions cognitives.
 3. Une paralysie des organes de la voix :
 retentit également sur le développement de la parole et du langage
oral.
 4 .Les enfants IMC (infirmité motrice cérébrale):
 lorsque leur atteinte neurologique touche les muscles de la sphère
bucco faciale présentent un trouble de l’articulation gênant
l’intelligibilité.
 Ces enfants IMC peuvent également présenter un déficit associé du
langage oral ou du langage écrit.
 *Deux diagnostics sont particulièrement à évoquer dans le cadre
de déficit articulatoire neurologique:
 5. Les syndromes bioperculaires ou les syndromes
pseudobulbaires :
 où l’atteinte neurologique motrice est limitée aux muscles bucco-
linguo-laryngés.
 . Ils doivent être évoqués devant un bavage persistant témoignant
d’une apraxie buccofaciale.
 6. Une délétion du chromosome 22 (22q11):
 devant des signes évoquant une insuffisance du voile du palais,
rejet par le nez en dehors de tout vomissement en période périnatale
ou nasonnement persistant, associé à une discrète dysmorphie, une
délétion du chromosome 22 (22q11) doit être recherchée en
biologie moléculaire.
 7. Les troubles de la communication:
 en particulier les TED, se présentent aussi comme un trouble du
développement du langage oral associé à un trouble des autres
communications visuelles et tactiles.
 Les troubles du langage sont en règle le symptôme d’alarme de
l’autisme infantile.
 8. Les carences psychoaffectives et les troubles de la relation
précoce:
 peuvent s’accompagner d’un retard de développement du langage oral
 mais un déficit du langage entraîne aussi souvent une perturbation des
relations de l’enfant à autrui.
 9. La responsabilité d’un éventuel bilinguisme :
 La responsabilité d’un éventuel bilinguisme dans un trouble du
développement du langage oral est également un problème difficile.
 En même temps le bilinguisme ne rend pas compte à lui seul d’un trouble de
production phonologique ou de production syntaxique. Il ne fait qu’aggraver
le déficit du langage.
 B/Les troubles acquis:
 appelés aphasie, sont plus rares.
 où le langage s’établit de façon déficitaire, mais sans jamais régresser
 Ils sont le plus souvent liés à un accident neurologique aigu, traumatisme
crânien, accident vasculaire cérébral, ou tumeur, et surviennent chez un enfant
au langage antérieurement normal.
 syndrome de Landau-Kleffner: comporte une aphasie touchant le plus
souvent à la fois la compréhension et la production du langage, évoquant de
premier abord une surdité acquise.
 Cette aphasie est liée à une épilepsie particulière du fait de la rareté des crises
et de la fréquence des anomalies paroxystiques électroencéphalographiques
dans le sommeil.
 2. Troubles spécifiques (ou primitifs) du langage oral
(TSDLO):
 Ce sont Les troubles qui ne peuvent pas s’expliquer par un
des grands cadres pathologiques précédemment évoqués.
 1/les troubles de l’articulation :
 Ils se caractérisent par l’existence isolée de déformations
phonétiques portant plus souvent sur les consonnes que sur
les voyelles. On distingue :
 - le zozotement (ou zézaiement ou sigmatisme interdental)
: l’extrémité de la langue reste trop près des incisives ou
entre les dents.
 - le shuintement (ou sigmatisme latéral) :caractérisé par un
écoulement d’air uni- ou bilatéral ,peut parfois s’associer à
une malformation de la voûte palatine de type ogival.
 Les troubles articulatoires sont fréquents et banals jusqu’à 5
ans
 s’ils persistent, une rééducation s’impose.
 Leur signification psychoaffective est parfois facile à saisir
lorsqu’ils s’intègrent dans un contexte oppositionnel ou
régressif (naissance d’un puîné) nécessitant alors un abord
psychothérapique
 Souvent ils sont isolés, sans retentissement notable sur les
autres lignes du développement.

 Conduite à tenir :
 Rééducation orthophonique généralement indiquée vers l'âge
de 5 ans.
 Entretiens psychothérapiques si le trouble paraît lié à des
facteurs relationnels.
 2/Le retard de parole :
 Il s’agit d’une mauvaise intégration des divers phonèmes
constitutifs d’un mot : leur nombre, leur qualité, leur
succession peuvent être modifiées.
 Sans signification jusqu’à 5 ans, leur persistance au-delà de
cet âge signe une perturbation de l’intégration et de
l’apprentissage de la parole, et nécessite un abord thérapeutique.
 Théoriquement, le retard de la parole ne s’accompagne pas
d’anomalie syntaxique, mais en réalité il s’associe souvent au
retard de langage.
 Conduite à tenir :
 - Rééducation orthophonique indiquée si les troubles persistent
au-delà de 4-5 ans.
 - En général associée à une guidance parentale.
 - Favoriser la socialisation.
 3/Le retard simple de langage:
 Il se caractérise par l’existence de perturbations du langage chez un
enfant qui ne présente ni arriération intellectuelle, ni surdité profonde,
ni pathologie psychiatrique.
 La construction de la phrase et son organisation syntaxique ne sont pas
profondément perturbées.
 Sur le plan clinique: l’élément essentiel est le retard d’apparition de la
première phrase (après 3 ans), suivi d’un « parler bébé » prolongé.
 Les anomalies constatées sont très variables :
 trouble dans l’ordination des mots de la phrase
 simplification grammaticale
 usage du verbe à l’infinitif
 mauvaise utilisation du pronom personnel
 On note aussi des omissions de mots, des fausses liaisons, des
barbarismes, etc. (ature papa pati ! la voiture de papa est partie).
 La compréhension est en principe bonne bien que son évaluation chez
l’enfant jeune soit parfois difficile, Lorsque les troubles de
compréhension sont manifestes, on ne peut plus parler de retard
simple.

 Conduite à tenir :
 - Rééducation orthophonique généralement indiquée à partir de 4 ans
si les troubles persistent ; éventuellement plus précocement si les
troubles sont sévères, faisant évoquer une dysphasie.
 - Une psychothérapie peut être proposée si des facteurs
psychoaffectifs ou relationnels apparaissent prédominants.
- L’absence de progrès significatif malgré une rééducation bien
conduite, doit faire poser le diagnostic de dysphasie.
 4/Le Bégaiement :
 Trouble de la fluidité de la parole caractérisé par des
répétitions ou des prolongations involontaires de syllabes, se
manifestant de façon très fréquente.
 Deux formes, qui coexistent le plus souvent avec une
prédominance ± marquée de l'une ou de l'autre selon les
individus :
 - tonique : blocage qui vient interrompre pour une durée
variable le débit normal de la phrase ou qui empêche sa
production dès le début.
 - clonique : répétition saccadée d'une syllabe au début d'un
mot ou d'une phrase. Touche en majorité les garçons.
Souvent accompagné de manifestations neurovégétatives et
surtout motrices
 Débute généralement avant 8 ans et surtout entre 3 et 5.
 Un bégaiement transitoire peut s'observer chez les enfants très jeunes
 Se manifeste de façon variable selon le contexte émotionnel et les
interlocuteurs :
- accru par l'anxiété, l'attention portée au discours
- ne se manifeste pas lors de lecture, récitation ou chant.
 La sévérité de l'évolution est variable.
 L'attitude de l'enfant vis-à-vis de son bégaiement est très variable:
Certains semblent peu gênés et parlent abondamment.
Pour d'autres, il s'accompagne, au contraire, d'une inhibition
importante (mutisme plus ou moins important) et d'une tendance à
l'isolement social.
Conduite à tenir : différentes approches thérapeutiques ont été
proposées : rééducation orthophonique, psychothérapie analytique,
thérapie comportementale, relaxation. Les résultats restent inconstants.
 5/Le Mutisme :
 Le mutisme est l’absence de langage chez un enfant ayant
antérieurement parlé et dont les désordres n’entrent pas dans
le cadre de l’aphasie
 On peut distinguer :
 le mutisme totale acquis
 le mutisme électif durable

 1/le mutisme total acquis: qui survient le plus souvent après


un choc affectif et s’observe en particulier à l’adolescence.
 De durée variable mais souvent passager, il peut être suivi
par une période de paroles chuchotées ou parfois un
bégaiement transitoire .
 2/le mutisme électif durable :
 le lieu du mutisme est variable, intrafamilial ou au contraire scolaire,
extrafamilial.
 Il apparaît souvent vers 6–7 ans et peut durer plusieurs années.
 D’autres symptômes peuvent être observés : inhibition motrice,
oppositions, énurésie, etc.
 Fait remarquable : lorsque l’enfant est mutique à l’école, il peut
conserver longtemps une activité écrite et progresser normalement
dans sa scolarité (dictée, calcul, leçon transmise par écrit).

 Conduite à tenir :
 - Une psychothérapie individuelle doit être proposée
 - un travail avec l'entourage familial et social est nécessaire (thérapie
mère-enfant, thérapie familiale, soutien au milieu scolaire, parfois
aménagement de la scolarité)
 - une prise en hôpital de jour de pédopsychiatrie peut être indiquée
dans certains cas.
 6/ Les dysphasies :
- Trouble de la structure du langage sans substrat organique détecté , en
l'absence de déficit auditif, de retard mental majeur et de trouble
psychotique, Il n'y a aucun autre trouble psychiatrique associé
- Ce sont des formes sévères des troubles du développement du langage.
- Ce sont des enfants qui n'ont, à l'âge de 4 ans, qu'un langage très
sommaire, souvent encore au stade du mot-phrase.
- Le langage spontané est réduit avec un vocabulaire imprécis, souvent
difficilement compréhensible. Il est agrammatique ou comporte
nombreuses erreurs syntaxiques.
- On parle d'audimutité lorsque n'existe pratiquement aucun langage.
- Enfin, certains enfants dysphasiques présentent d'importantes
dyspraxies bucco-linguo-faciales, contribuant aux troubles
articulatoires.
 On distingue en fait plusieurs formes de dysphasies en fonction de la
prédominance de l'atteinte des différentes composantes du langage.
 *Classification des syndromes dysphasiques : Troubles où la
compréhension du langage est préservée :
 1 - Dyspraxie verbale : langage très peu fluent ; nombreuses substitutions
non systématisées de phonèmes et troubles syntaxiques et légers.
 2 - Déficit de programmation phonémique : fluence plus grande et
même souvent élevée ; multiples substitutions de phonèmes rendant les
productions peu intelligibles mais tendance fréquente aux autocorrections.
Troubles affectant à la fois la compréhension et l'expression
 3 - Syndrome phonologico-syntaxique : langage peu fluent avec tendance
au style télégraphique, substitutions phonologiques multiples ne
s'améliorant pas en situation de répétition, conscience syntaxique
relativement préservée, compréhension auditivo-syntaxique meilleure que
l'expression.
 4 - Agnosie verbale ou surdité pour les mots : langage non fluent avec
troubles syntaxiques comportant la production de paraphasies verbales ou
sémantiques et parfois de néologismes .
 5 - Syndrome sémantico-pragmatique : fluence élevée, absence de troubles
syntaxiques, mais la compréhension, l'utilisation contextuelle du langage et ses
aspects pragmatiques sont affectés.
Ce syndrome s'accompagne souvent d'écholalie immédiate ou différée. Il
s'observe aussi dans certaines hydrocéphalies et chez les autistes de haut niveau
(syndrome d'Asperger).
 6 - Syndrome lexico-syntaxique : langage fluent mais parfois une certaine
diffluence due à des reprises incessantes (pseudo-bégaiements) ; difficulté
d'évocation verbale en langage spontané et en confrontation, paraphasies
verbales et phonémiques, contrairement au syndrome sémantico-pragmatique,
vocabulaire passif conservé .
 *Conduite à tenir : Malgré ses difficultés et la lenteur des progrès, la
rééducation orthophonique doit être entreprise le plus tôt possible (dès 3 ans)
après un bilan approfondi et poursuivie longtemps à un rythme suffisant (au
moins 2 séances par semaine) ,Une scolarisation spécialisée est souvent
nécessaire étant donné les difficultés majeures que rencontrent ces enfants dans
la scolarité.
 Une approche psychothérapique et éventuellement une prise en charge
institutionnelle de type hôpital de jour, en fonction des troubles de la
personnalité et troubles affectifs éventuellement associés aux troubles du
langage.
XI . EVOLUTION:

 L’évolution est particulièrement difficile à prévoir.


 Chez l’enfant jeune, il n’est pas aisé de distinguer le retard simple
de langage (qui disparaîtra) d’une dysphasie (qui persistera et
s’aggravera sans traitement).
 Chez l’enfant jeune, il n’est pas aisé de distinguer le retard simple
de langage (qui disparaîtra) d’une dysphasie (qui persistera et
s’aggravera sans traitement).
 -Le cursus scolaire, lorsque la dysphasie s’est améliorée avant 8
ans, peut être normal.
 Cependant, le retard scolaire est fréquent, avec un double risque
d’exclusion et de confusion avec la déficience intellectuelle et les
troubles envahissants du développement.
 Une pédagogie adaptée est alors nécessaire parallèlement à l’aide
thérapeutique
 XII. APPROUCHE THERAPEUTIQUE:
 Tous les auteurs s’accordent à reconnaître la nécessité d’une thérapie
orthophonique régulière, intensive (trois séances et plus par semaine)
longuement poursuivie.
 Il s’agit d’une thérapie orthophonique se proposant d’utiliser la parole
comme mode de communication mais ne s’inscrivant pas
nécessairement dans le schéma d’une « rééducation » classique, du
moins au début.
 La capacité de jouer, d’inventer et de partager entre thérapeute
orthophoniste et enfant rapproche ce traitement d’une psychothérapie
mais la reprise phonologique d’abord, morphosyntaxique ensuite, l’en
distingue.
 Ce traitement orthophonique peut être précédé, accompagné ou suivi
d’actions thérapeutiques diversifiées (psychomotricité, groupe
rythmique) et/ou d’une psychothérapie proprement dite.
 En cas de difficultés scolaires majeures ou de troubles secondaires
(anxiété de séparation, inhibition majeure, déséquilibre familial), un
traitement institutionnel (type hôpital de jour) peut s’avérer nécessaire ainsi
qu’une scolarité adaptée.
XIII . CONLUSION :
 -Il s’agit là d’un problème de santé publique rendant
nécessaires le développement d’actions médicales de
dépistage, de diagnostic et l’élaboration de projets
thérapeutiques mis en place le plus précocement possible.
 -a fin d’éviter les conséquences encore trop néfastes des
troubles du développement du langage oral sur les
apprentissages scolaires, la vie sociale et professionnelle des
enfants.
 - Ces troubles instrumentaux ne constituent qu’une faible
partie des facteurs responsables de l’illettrisme, à côté
d’autres facteurs psychoaffectifs et socioculturels.
XIV .REFERENCES :
 -EMC pédopsychiatrie 2014
 -ENFANCE ET PSYCHOPATHOLOGIE . MARCELLI
 -GUIDE PRATIQUE DES TROUBLES DU LANGAGE DE
L’AFP(SOMMELET, PICHEROT, BERTOT)
 Manuel du résident en pédopsychiatrie.
 Silva PA,McGeeR,Williams SM. Developmental language delay from 3
to 7 years and its significance for low intelligence and reading
difficulties at age 7.
 Menyuk P, Chesnik M, Liebergott JW. Predicting reading problems in
at-risk children. J Speech Hear Res 1991;34:893-903.
 Billard C, Gillet P, Barthez MA. Du langage oral au langage écrit. Arch
Pediatr 1999;6(suppl2):387-8.
 Ajuriaguerra psychiatrie de l’enfant
 -Traité enropéen
 -Actualités de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de pierre ferrari
 - Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de J-P Dumont et de Ph Dunezat.
MERCI

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