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Thème 3

LES EFFETS DES CHOCS ET DES


POLITIQUES CONJONCTURELLES
(SUR LES ENTREPRISES, SUR LES
MÉNAGES, LEURS CLIENTS)
Lecture
Lecture/apprentissage très conseillée : chapitre 1 de
« Macroéconomie en pratique », M Sidiropoulos & A Varoudakis
Chocs / politiques économiques
Choc économique = événement imprévu (et non recherché) ayant un impact sur l’économie; un choc peut être
positif ou négatif

Choc de demande = l’événement imprévu modifie la demande globale de l’économie (Ex : baisse de la
demande suite à une baisse brutale du pouvoir d’achat liée au renchérissement du coût d’un bien indispensable)

Choc d’offre = l’événement touche surtout l’offre (Ex : crises pétrolières qui affectent le coût d’une matière
première essentielle)

Politiques (conjoncturelles) économiques = action délibérée, opérée par les pouvoirs publics, visant à modifier
l’offre et/ou la demande de l’économie

Les effets des chocs sont en réalité de même nature que ceux des politiques économiques : on en analyse les
effets de la même manière.
Exemples de chocs récents
La crise sanitaire mondiale liée au Coronavirus (Covid19) - Mars 2020:

- choc d’offre : le confinement de toute la population a empêché les salariés de se rendre à leur travail,
provoquant l’arrêt de la production dans une majorité des secteurs d’activité

- choc de demande : la consommation adressée à une grande partie des secteurs s’est effondrée durant le
confinement (événementiel, restauration, cafés, hôtellerie, habillement, etc.)

= 2 chocs négatifs – les prévisions consécutives sont une récession de 11% (le PIB n’augmente pas mais
baisse de plus de 10%), ce qui est très conséquent (inédit depuis la 2 nde GM)
Crise du Covid19/ crise des
subprimes : 2 chocs différents
- en 2008, la crise des Subprimes est d’abord une crise financière (hausse des taux d’intérêt aux EU provoquant des
défaillances de remboursement de prêts consentis à des ménages fragiles financièrement puis répercussion sur les bilans
des banques)

- elle se mue en crise économique ensuite :


◦ Les banques ne peuvent plus assurer leur rôle de prêteurs dans l’économie et n’alimentent plus les entreprises en prêts; les entreprises
font à leur tour faillite et licencient –
◦ C’est la crise du crédit qui provoque la crise économique

- en 2020, c’est l’inverse : la crise est d’abord économique car le problème sanitaire a obligé au confinement. La demande
et l’offre s’effondrent
◦ Et c’est à cause de cette crise économique débutante mais évidente que les marchés financiers ont pris peur entre Mars et Avril 2020 :
chute de 10 à 15% des bourses mondiales
◦ Cependant, les banques centrales annoncent alors mettre tout l’argent nécessaire sur la table et accorder des prêts aux Etats, ce qui
ramène immédiatement la confiance des marchés et évite une crise financière réelle
Le rôle et la nature des politiques
économiques
Nature des politiques économiques :
◦ Conjoncturelles (contrecarrer le cycle), mais aussi structurelles (modifier en profondeur le mode de fonctionnement de
l’économie), industrielles (orienter la stratégie de long terme du pays et de sa spécialisation), de l’emploi (organiser le
marché du travail et gérer le chômage), etc.
◦ Nous ne nous intéressons ici qu’aux politiques conjoncturelles (destinées à jouer sur la croissance) : politique
budgétaire et politique monétaire, et politiques d’offres

Rôle (des politiques conjoncturelles) :


◦ En l’absence de choc économique : veiller à maintenir une croissance existante ou, plus souvent, à la relancer, parce
qu’un PIB plus important permet plus de redistribution, plus d’investissement dans les services publics, moins de
chômage
◦ En présence de chocs économiques : contrecarrer leurs effets (on parle de politiques contracycliques), car un choc
négatif risque de déprimer l’économie et qu’un choc positif trop important peut la sur-stimuler et créer une inflation
dangereuse (cas moins fréquent dans nos économies)
Exemples d’interventions
contracycliques
- En présence d’un choc négatif de demande : une politique budgétaire expansive peut chercher à
relancer la demande en réduisant les impôts des ménages par exemple ou en augmentant les dépenses
publiques.

- En présence d’un choc négatif d’offre : une politique fiscale (= budgétaire) d’offre peut réduire la
fiscalité sur les entreprises, reporter ou annuler en parties certaines charges, prévoir une garantie d’Etat
sur les emprunts des entreprises (afin qu’elles aient plus facilement accès au crédit), etc.

- Une politique économique va volontairement modifier une variable (ou plusieurs) de l’économie
pour provoquer une hausse (ou une baisse le cas échéant) de la demande et/ou de l’offre. D’une
certaine façon, on peut voir une politique économique comme un « choc » économique mais délibéré,
qu’on a choisi de provoquer.
Etude des politiques économiques de
demande (= politiques conjoncturelles)
- Dans ce qui suit, on étudiera 2 politiques :
◦ La politique budgétaire
◦ La politique monétaire

- Dans les situations où les indicateurs économiques ne sont pas bons (PIB trop bas, croissance en berne, chômage élevé,
demande insuffisante, offre insuffisante), ce sont les deux outils qui permettent d’agir pour tenter de modifier ces valeurs

- Ces politiques représentent donc :


◦ ce qu’on peut faire quand l’économie est dans une mauvaise phase, soit « naturellement », soit après un choc qu’elle a subi (donc pas
exemple en ce moment, après la crise du Covid-19)
◦ Ce à quoi il faut s’attendre après un choc et/ou lorsque les indicateurs sont mauvais

- il sera donc utile aux acteurs économiques (notamment entreprises) d’anticiper ces interventions et leurs propres
conséquences car elles font partie de l’environnement économique qu’il faut prendre en compte pour optimiser les choix
d’investissement, etc.
La politique budgétaire – notions
générales
- But :
- Intervenir pour augmenter le revenu (Y) lorsqu’il est trop faible ou pour le réduire s’il croît trop vite
(contrarier l’inflation – politique déflationniste)
◦ = contrarier le cycle économique
◦ Placer l’économie sur une trajectoire de croissance positive et régulière

- Moyens :
- Les dépenses publiques : G
- Les impôts (en les baissant ici) : T

◦ Att : T peut aussi être utilisé non pas comme une politique budgétaire mais pour financer celle-ci
(financer G)
La politique budgétaire – son
fonctionnement (1/3)
- Pour l’instant : à court terme, en économie fermée (cad modèle IS-LM)
- La hausse de G (ou la baisse de T) permet une hausse des injections dans l’économie (donc IS à droite) et
d’augmenter le revenu (Y) : on relance la croissance..

L NB : une politique budgétaire déplace


i IS systématiquement la courbe IS :
M
IS’ - Politique budg expansive (cad hausse
de G ou baisse de T) : IS à droite
- Politique budg restrictive (cad baisse
de G ou hausse de T) : IS à gauche
Y

..avec en principe un effet multiplicateur (Kg) qui amplifie l’effet initial


La politique budgétaire – son
fonctionnement (2/3)
- Les effets de la politique budgétaire :
◦ La hausse de G engendre mécaniquement une hausse de Y
◦ Puisque Y = C + I + G
◦ La hausse de Y entraîne une hausse de C
◦ Car C = C0 + cYd
◦ Donc Y est de nouveau relancé puisque Y= C+I+G… (effet multiplicateur)

◦ +éventuellement : si I dépend de Y, alors l’investissement est relancé également (carnets de commande) :


effet d’accélérateur
◦ Cf : I = I0 – βi + µY : cad que I peut dépendre de Y
◦ Et alors ensuite, si I a augmenté, Y ré-augmente (puisque Y = C+I+G)
Zoom sur l’effet multiplicateur
- Définition : c’est l’effet de relance de l’économie liée à l’injection de dépenses publiques
◦ Quand on augmente G, alors Y augmente, donc C aussi, donc à nouveau Y, etc.
◦ C’est un effet de cercle vertueux

- Finalement, l’effet sur le niveau de Y sera plus important que l’injection initiale
◦ Par exemple, le gouvernement injecte des dépenses à hauteur de 1 million d’euros, et le PIB augmente, non pas de 1 million,
mais de 5 millions, si le multiplicateur est de 5
◦ Graphiquement, la courbe IS se décale encore plus à droite (ainsi, Y augmente en effet davantage)
◦ Calcul du multiplicateur : voir thème 2

- Limites du multiplicateur :
◦ Il dépend fortement de la valeur de « c », cad de la propension marg. à consommer de la population, donc de sa confiance
◦ Lorsque la population craint pour l’avenir, elle épargne au lieu de consommer, ce qui réduit Kg et limite l’effet recherché de la
politique budgétaire.
La politique budgétaire – son
fonctionnement (3/3)
- La politique budgétaire engendre aussi un effet délétère sur le taux d’intérêt (elle l’augmente) :
◦ On le voit sur la figure (axe vertical)
◦ Cela vient du fait qu’elle est financée par emprunt
◦ Et/ou parce que la hausse de C (et/ou de I) qu’elle déclenche augmente Mt donc Md donc i
◦ Ainsi, la politique budgétaire génère une demande de monnaie accrue, qui fait monter le prix de l’argent (= le taux d’intérêt) puisque l’on se
retrouve dans une situation où, sur le marché de la monnaie : D>O

- Cette hausse du taux d’intérêt:


◦ Renchérit le coût de l’investissement privé des firmes (niveau microéconomique)
◦ Risque donc de réduire cet investissement I (niveau macroéconomique)
◦ C’est ce qu’on nomme l’effet d’éviction
◦ Def : effet d’éviction = la réduction de l’investissement privé lié à une hausse du taux d’intérêt qui fait suite à une politique budgétaire expansive

- in fine, si I se réduit, la hausse de Y est plus faible que prévue (Y augmente par rapport au niveau initial mais moins que prévu ) =
la politique économique fonctionne mais moins bien et l’économie continue de souffrir
Zoom sur l’effet d’éviction
- Risque à terme : si la politique budgétaire est trop souvent utilisée, alors cet investissement public
(par l’Etat) se substitue fortement à l’investissement privé (entreprises); l’économie fonctionne alors
avec plus d’Etat et moins d’entreprises

- En conséquence, l’Etat devra ensuite assumer une plus grande part des investissements, de l’emploi
pour toute la population, de la production de tous les B&S, de la recherche, de l’innovation, Etc.

- Cela peut donc conduire à :


◦ Une explosion des impôts
◦ Beaucoup (plus) de chômage
◦ Une baisse de la compétitivité nationale
Les limites de la politique budgétaire
(en économie fermée, à CT)
- Son coût financier (coût direct)

- Réduction de la confiance des ménages (hausse de l’épargne), et aussi éventuellement des firmes

- Efficacité de la politique fortement tributaire de « c »

- Effet d’éviction de l’investissement privé puisque le tx d’intérêt augmente

- Décalage temporel lié au délai de réaction entre la décision de la politique et ses premiers effets

- Ce délai peut amplifier les fluctuations au lieu de les réduire (effet pro-cyclique au lieu de contra-cyclique)
◦ Voir diapo suivante

- Existence de stabilisateurs automatiques qui assurent à peu près le même effet même s’ils ne sont pas suffisants
pour stabiliser complètement le cycle (voir diapo après les graphiques qui suivent)
Politique budgétaire : stabilisatrice ou déstabilisatrice ?

Tracé (a) : pas d’intervention

PIB réel 3

4
3
2
4

2 1

O
Temps
Politique budgétaire : stabilisatrice ou déstabilisatrice ?

Tracé (a) : pas d’intervention


Tracé (b) : politique stabilisatrice

3
PIB réel

4
3
2
4

2 1

O
Temps
Politique budgétaire : stabilisatrice ou déstabilisatrice ?

Tracé (a) : pas d’intervention


Tracé (b) : politique stabilisatrice
Tracé (c) : pol. déstabilisatrice
3
PIB réel

4
3
2
4

2 1

O
Temps
Les stabilisateurs automatiques
Voir aussi à titre illustratif : « L’économie, retenir l’essentiel », Chartoire, R; Loiseau, S, Nathan (2010), pp 88-89

- Ils réduisent l’intérêt d’une intervention publique sur l’économie puisqu’ils agissent seuls pour la réguler au
moins partiellement

- Définition : mécanismes automatiques qui régulent l’économie de manière endogène et agissent de façon
contra-cyclique

- Correspondent en France au système d’imposition et au système de protection sociale

- Attention : les stabilisateurs automatiques ne compensent pas complètement le cycle

- En revanche, ils se manifestent quasi-instantanément, contrairement à la politique budgétaire et à ses effets


Pourquoi faire une politique
budgétaire ? (1/2)
- Qu’elle passe par G ou T, elle présente beaucoup d’inconvénients (et nous ne sommes qu’à CT et en
économie fermée….)…

… et des risques d’amplifier les fluctuations au lieu de les réduire

- De plus, les stabilisateurs automatiques semblent agir au moins aussi efficacement..

- Il faudrait donc, selon la vision des économistes Classiques, juste assurer l’accès au crédit pendant les
phases de récession pour que les agents puissent accéder au crédit pour passer cette étape en attendant
la reprise…
Pourquoi faire une politique
budgétaire ? (2/2)
- Peut-on ne rien faire?

- Un Gouvernement est désigné après élections législatives pour agir..

- Il tient compte d’analyses économiques mais aussi de considérations politiques (théories électoralistes),
sociologiques (ne rien faire pourrait conduire à la révolte), etc.

- Il agit donc en fonction de la conjoncture et des événements ponctuels (ex : relances budg mondiales après la
crise de 2008…même si elles n’ont pas été vraiment efficaces… mais la situation aurait peut-être été pire sans
elles…)

- Il tient compte de son électorat (choix de réduire T ou d’augmenter G…) ….

- …. et des oppositions (ex de la crise des gilets jaunes en 2018, qui a obligé à donner 17 milliards (11 en plus des
6 qui étaient déjà prévus en réalité) cad à creuser la dette d’autant…
Mais des risques importants à la suite
des politiques budgétaires régulières
- agir amène un endettement… qui :
◦ est susceptible de remettre en cause la stabilité d’une union monétaire (ex : zone Euro)
◦ rend plus difficile l’action des stabilisateurs automatiques (endettement fort = risque de récession durable : les
équilibres des syst de protection sociale sont alors remis en cause (trop de dépenses sur trop de temps))
◦ diffère les investissements structurels par manque de fonds disponibles…
◦ risque de remettre en cause la confiance des marchés (des prêteurs) et d’entraîner la faillite de l’Etat s’il ne peut plus
trouver à emprunter..
◦ risque de conduire à des politiques de rigueur (donc inverses à ce qu’on voulait au départ) pour ramener la confiance et
l’équilibre
◦ Dans le cas d’Etats peu crédités de confiance par les marchés, risque de banqueroute par manque de prêteurs (Grèce
après 2008)
◦ Nb : d’où l’intérêt, pour gérer la crise de 2020, de passer par des emprunts directement auprès de la BCE et non pas
auprès des marchés ; c’est l’UE qui emprunte de manière solidaire, ce qui permet à tous les pays (même ceux du Sud)
d’avoir des conditions de prêts favorables, identiques à celles des pays plus vertueux (Allemagne, Suède, Pays-Bas..)
La politique monétaire –
notions générales
- But : injecter de la monnaie dans l’économie pour réduire les taux d’intérêt (ou réduire les taux d’intérêt directement) et relancer les
investissements des firmes notamment, pour augmenter le PIB
◦ Nb : le fait de rendre le crédit plus facile peut aussi faciliter les emprunts par les ménages et relancer la consommation, avec le même effet positif
sur le PIB (Cf : Y = C+I+G)

- politique très utilisée en Europe dans les années 1960-70 (politiques de stop and go) mais avec des effets inflationnistes importants

- politique affectée désormais à la BCE pour les pays de la zone euro

- la BCE utilise la politique monétaire d’abord pour maîtriser l’inflation dans la zone (elle y est obligée par le traité de Maastricht de
1992, article 105)

- si l’inflation est stable, la BCE peut mener une politique monétaire expansive à des fins de soutien à l’activité économique ou même
de relance
◦ Nb : c’est ce qu’elle fait en réalité – depuis l’entrée en vigueur de l’Euro, les taux d’intérêt en Europe sont très bas… même si cela ne suffit
apparemment pas à avoir un haut niveau d’investissement ni, partout, un haut niveau de PIB (même hors crise)
◦ Cela signifie a priori qu’au-delà de la théorie économique elle-même, il faut tenir compte d’éléments plus structurels : certains pays sont plus
rigides, ont une fiscalité plus forte, ont moins confiance… et les investissements ne s’y font pas facilement, même avec un tx d’intérêt faible
La politique monétaire – les
instruments
- augmenter l’offre de monnaie (ce qui réduira le taux d’intérêt)
◦ La banque centrale imprime de la monnaie
◦ Ou elle achète des titres de dettes = elle prête aux Etats, cad qu’elle crée de la monnaie scripturale (c’est ce que fait la BCE au
printemps 2020 pour contrer la crise économique suite au Covid19 et au confinement)

- réduire les taux d’intérêt (en résumant : réduire les taux directeurs)
◦ Cela encouragera les emprunts, pour investir notamment (mais aussi pour consommer)

- réaliser des opérations d’Open Market (= achats/ventes de titres publics)


◦ Pour injecter de la monnaie, la banque centrale achète des titres et diffuse, en contrepartie, de la monnaie dans le circuit économique
◦ Pour retirer de la monnaie, elle fait l’inverse (elle vend des titres)

- éventuellement : jouer sur le « ratio de liquidités » obligatoire pour les banques commerciales
◦ Si ce ratio augmente (10% environ actuellement), cela signifie que la banque doit avoir en fonds propres 15 euros chaque fois qu’elle
accorde un crédit de 100 euros. Cela réduit donc les prêts accordés et donc la création de monnaie
La politique monétaire –
son fonctionnement
- la hausse de l’offre de monnaie joue sur la courbe LM

- cela réduit le taux d’intérêt et augmente le revenu (Y) NB : une politique monétaire
déplace systématiquement la
i LM courbe LM :
LM’ - Politique monétaire expansive
(cad hausse de Mo ou baisse
de i) : LM à droite
- Politique monétaire restrictive
(cad baisse de Mo ou hausse
de i) : LM à gauche

IS
Y
La politique monétaire – les limites
(en économie fermée, à CT) – 1/3
1/ un cas d’échec de la politique monétaire : le cas dit keynésien -

L’investissement est peu élastique au tx d’intérêt = la courbe IS ne dépend pas de i; elle est verticale.
Alors, déplacer LM à droite réduit i sans augmenter Y

Nb : c’est un peu le cas que la France rencontre depuis le début des années 2000, puisque les taux sont
bas et que notre investissement a du mal à repartir fortement, tout comme nos taux de croissance

En réalité, en cas de récession ou de faible croissance, c’est la confiance qui joue sur les
comportements d’investissement et de consommation, et non le niveau des taux d’intérêt; la politique
monétaire perd alors de son efficacité « naturellement »

Graphique slide suivant


Illustration du « cas keynésien »
Dans cette situation, IS
déplacer LM se sert à rien. i
LM
La seule solution efficace
sur Y est de déplacer IS
(donc de mener une LM’
politique budgétaire)

Y
La politique monétaire – les limites
(en économie fermée, à CT) – 2/3
2/ Le problème de la trappe à liquidités :

En réalité, la courbe LM peut présenter une partie horizontale en bas à gauche; On est alors dans une situation où les taux d’intérêt sont très
bas

Les agents économiques pensent qu’ils ne peuvent pas baisser davantage mais qu’il va forcément remonter, cad en réalité que le cours des
titres (qui sont des substituts aux placements monétaires bancaires simples), va se réduire

Ils vont donc vouloir stocker toute la liquidité disponible dans l’attente de pouvoir acheter ces titres (motif de spéculation de la demande de
monnaie)

Donc toute la monnaie injectée par la banque centrale est récupérée et stockée, au lieu d’être injectée dans le circuit économique (en
consommation, en investissement)

C’est un problème lié à la financiarisation de l’économie : les acteurs économiques préfèrent évoluer dans le monde financier plutôt que dans
l’économie réelle (B&S)

Graphiquement, toute hausse de l’offre de monnaie ne fait qu’augmenter la taille de la partie horizontale de LM et ne parvient ni à réduire le
taux d’intérêt, ni à accroître Y (l’activité économique n’est pas relancée par les placements purement financiers)
La politique monétaire – les limites
(en économie fermée, à CT) – 3/3
3/ l’efficacité limitée de l’outil des ratios de liquidités

Fixer des ratios de liquidités peut être inutile pour réduire le crédit : si les banques ont au départ des réserves en excès,
la mesure ne change alors rien pour elles, et la mesure risque de pénaliser uniquement certaines banques, spécialisées
dans les « gros prêts », par exemple aux entreprises multinationales

4/ L’existence de substituts aux banques pour se financer

Cela peut conduire les entreprises qui ont de gros besoins de financement à se financer par d’autres moyens que par les
banques (désintermédiation), ce qui rend la finance plus importante, plus volatile et plus risquée (moins contrôlable)

5/ Le problème de l’économie ouverte

Si l’économie est ouverte, réduire les taux d’intérêt conduira à faire fuir les capitaux vers les pays plus généreux, ce
qui prive le pays de capitaux pour se financer et risque de faire chuter sa monnaie (voir thème suivant)
Le Policy Mix
- Il s’agit de l’utilisation combinée d’une politique budgétaire expansive ET d’une politique monétaire expansive
également. D’où vient cette idée :

- une seule école prône l’intervention de l’Etat sur l’activité économique : l’école keynésienne

- Mais cette intervention connaît des limites; La politique monétaire est peu applicable en politique de relance; et la
politique budgétaire, plus efficace aux yeux des keynésiens, entraîne un effet d’éviction de l’investissement privé
(à cause de la hausse du taux d’intérêt)

- Cette difficulté peut être évitée par un Policy mix :

- Une politique budgétaire est menée en association avec une politique monétaire (expansive) qui visera à stopper
la hausse du taux d’intérêt lié aux dépenses publiques (graphique slide suivant)
Le fonctionnement du policy mix:

une polit. monétaire expansive compense la hausse du tx d’intérêt de la polit.


budgétaire:

i
B LM
LM’
A C

IS’
IS
Y
Le policy mix : les limites
MAIS cette optique est dangereuse également … puisqu’elle attribue à la politique monétaire un objectif qui s’ajoute à d’autres
objectifs, contradictoires, qu’elle a souvent

Or, lorsqu’un même instrument de politique économique est destiné à 2 objectifs possibles (et inverses), cela peut troubler les
anticipations des acteurs économiques et déstabiliser l’économie

C’est le théorème de Tinbergen

Il se pose en particulier pour l’instrument monétaire qui peut techniquement être utilisé pour:

Maintenir un objectif d’inflation stable (Cf BCE) : la politique monétaire ne doit pas être trop expansive

Maintenir des taux d’intérêt stables (comme dans le policy mix) : ici, la politique monétaire va être expansive

Donc il y a contradiction et les agents risquent de « décider à la place des autorités », en anticipant et en réagissant à ces anticipations

Il importe d’attribuer un seul objectif par instrument si l’on veut éviter de mauvaises anticipations

Exemple de l’Allemagne de l’après réunification (slide suivant)


Illustration du théorème de
Tinbergen
La réunification des deux blocs allemands (RFA à l’Ouest et RDA à l’Est du Mur de Berlin) oblige à une politique budgétaire très
forte puisque la RDA est beaucoup moins développée que la RFA et qu’il faut tout y construire rapidement (infrastructures
routières, etc.)

Cette politique budgétaire fait donc monter le taux d’intérêt allemand, et les capitaux affluent vers l’Allemagne, augmentant la
valeur du Deutsch Mark, qui s’écarte du Franc et de la Livre Sterling

Quelle va être la réaction de la France et de l’Angleterre ?

1° solution : suivre le DM (car on est dans le « Serpent Européen ») cad augmenter leurs taux d’intérêt également et abandonner
leur économie locale (risque de récession)

2° solution : laisser tomber la parité des monnaies et tenir sur leur objectif de soutien de leur économie en maintenant des taux
d’intérêt bas

= deux politiques contradictoires. Les marchés ont décidé à la place des gouvernants en spéculant contre le franc et la livre, qui se
sont effondrées, faisant éclater le « Serpent ».

Dans le manuel conseillé : chapitre 6 section 2.2 (pages 192-193)

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