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Marguerite LONG La Petite Méthode de piano Salabert @ Mademoiselle Lucile THIN Texte de Madame Marguerite LONG AVANT PROPOS L’enseignement préparatoire du piano se heurte & un double écucil. Il dégoit beaucoup d’éléves par sa complexité et par sa lenteur: complexité de la théorie et lenteur de la pratique. En composant fet ouvrage, je me suis proposée de rendre cet apprentissage ingrat a la fois plus simple et, surtout, plus rapide. Je n’ai voulu ajouter a la liste déja longue des travaux du méme genre ni un solfége, ni une théorie de la musique, ni un recueil d’exercices, ni un album d'études. J'ai tenu & mettre mon expé- rience professionnelle ‘au service des débutants, de leur famille et des professeurs spécialisés dans Penseignement élémentaire du piano, pour leur éviter tout piétinement, toute perte de temps, ce temps que les enfants d’aujourd’hui n'ont plus le droit de gaspiller dans l'étude si décevante et si rebutante des premiers principes de la grammaire musicale et du maniement du clavier Ces deux techniques doivent aller de pair et s’épauler sans cesse. Or, on commet trop souvent la faute de les séparer au début des études pianistiques. On place l'enfant en présence de notions théo- riques abstraites, on lui apprend le solfége dans 'absolu, dans le vide, sans contact avec |’instrument qu'il se propose de cultiver. On donne ainsi 4 ce rudiment un caractére fastidieux et décourageant Et lorsqu’on permet, enfin, & un néophyte de confronter les acquisitions de son cerveau et celles de ses doigts, il est souvent trop tard pour opérer une synthése harmonieuse entre ces deux éléments essen- tiels de sa formation. Le solfége, le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe du langage musical posent & un débutant tune infinité de problémes difficiles. Il serait absurde et dangereux de prétendre lui en fournir immédiate- ment toutes les solutions. La, réside la perte de temps irréparable qui handicapera l'apprenti. La théorie de la musique se présente sous la forme d’un trousseau de mille clefs destinées & mille serrures diffé- fentes. Confier & un commencant tout ce lourd matériel, c’est le déconcerter et le décourager. Mais on Vintéressera aisément & l’exploration du domaine mystérieux qu’il veut conquérir si on lui en fait ouvrir, tune A une, les portes closes en glissant chaque fois, dans sa main, la clef appropriée Installons done l'enfant devant un clavier et laissons V'instrument lui proposer, progressivement, tun certain nombres d’énigmes qu’il éprouvera le désir d’élucider. Donnons-lui alors, par quelques révé- lations théoriques trés simples, le moyen de franchir ces obstacles. N’insistons pas. N’allons pas trop loin. N’alourdissons pas le bagage du jeune voyageur. Intéressé et amusé par ses découvertes, il pour- suivra volontiers sa route qui élargira son horizon. Ainsi, peu & peu, et pour ainsi dire & sa demande, il verra s’écarter devant lui, l'une aprés l'autre, les barriéres qui semblaient lui défendre l’accs de la Terre Promise. Voila dans quel esprit cet ouvrage méle précautionneusement ct, si j’ose dire, goutte & goutte, a étude du clavier et au développement du mécanisme musculaire les notions théoriques dont la con- naissance est indispensable 2 tout exécutant soucieux d'acquéiir « un métier » rationnel, Crest volontairement que cette grammaire musicale élémentaire et uniquement pianistique ne cher- che pas & étre compléte. Elle n'a d’autre ambition que celle d’inviter I’éléve & approfondir les mysttres de la théorie dans les nombreux ouvrages pédagogiques traitant de cette délicate science. ‘Associer étroitement la théorie et la pratique, ne pas laisser l'une prendre le pas sur l'autre, les obliger, toutes deux, a s'étayer et & s'entr’aider, prendre le solfége pour un moyen et non une fin, telle est la méthode que j’applique dans les pages qui vont suivre.