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7

OUVRAGES DU MEME AUTEUR

CONCERNANT LA FRANCE.

Nouveau recueil de farces françaises des XV° et XVP siècles. Publié

d'après un volume unique appartenant à la bibliothèque royale de Co-

penhague. En collaboration avec M. É. Picot. Paris, 1880.

Den oldfranske heltedigtning. Histoire de l'épopée française au moyen

âge, accompagnée d'une bibliographie détaillée. Copenhague, 1883.

Storia dell'epopea francese nel medio evo. Prima traduzione dall' origi-

nale danese di E. Gorra. Con aggiunte e correzioni fornite dall'autore, con note del traduttore e una copiosa bibliografia. Opéra premiata con

medaglia d'oro dall' università di Copenaghen. Firenze, 1886.

Romanske mosaiker. Kulturbilleder fra Rumsenien og Provence. Med af-

bildninger. Copenhague, 1885.

En teaterforestilling i middelalderen. Étude sur la représentation des

mystères. Copenhague, 1892.

Rolandskvadet. Introduction à la tradviction danoise de la chanson de Roland

par O.-P. Ritto. Copenhague, 1897.

Recueil de textes français publiés pour les cours universitaires. I, Philo- logie française. Copenhague, 1895.

Syntaktiske bemserkninger om le participe passé i seldre fransk. Copen-

hague, 1879.

Adjektivernes kensbejning i de romanske sprog, med en indledning om

lydlov og analogi. Copenhague, 1886.

Kortfattet fransk lydlœre til brug for Iserere og studerende. Med afbild-

ninger. Copenhague, 1893.

GRAMMAIRE HISTORIQUE

DE LA

LANGUE FRANÇAISE

1t *J w i Ç,

GRAMMAIRE HISTORIQUE

DE LA

LANGUE FRANÇAISE

KR NYROP

PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ DE COPENHAGUE

TOME PREMIER

COPENHAGUE

DET NORDISKE FORLAG

LEIPZIG

OTTO HARRASSOWITZ

ERNST BOJESEN

PARIS

ALPHONSE PICARD & FILS

1899

Tous droits réservés

PARTEM SUMPTUUM UNIVERSITAS HAUNIENSIS ET

INSTITUTUM CARLSBERGIANUM PRAEBUERUNT

?c

t./

IMPKIMERIE NIEL8EN & LYDICHE

A

MONSIEUR GASTON PARIS

MEMBBE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE

TEMOIGNAGE

DE

PEOFOND DÉVOUEMENT

Vidi il maestro di color che sanno.

Tutti l'ammiran. tutti onor gli fanno.

(DANTE.)

AYANT-PROPOS.

Jje but de ce livre est surtout pédagogique. En l'écrivant, je

me suis proposé de donner aux romanistes débutants un guide

clair et pratique, aux professeurs d'Université un manuel qui pût

servir de base à leurs cours et exercices.

J'ai donc

essayé de résumer, sous une forme aussi précise

que possible, les résultats de la science moderne. Pour ne pas

trop grossir le volume,

je

me suis restreint aux problèmes

les plus importants, en laissant de côté beaucoup de questions

qui m'ont paru d'un intérêt secondaire, et j'ai d'ordinaire exclu

toutes les opinions douteuses. Ceux qui désireront faire des re-

cherches plus détaillées, ou connaître l'historique des différentes

explications, trouveront dans la Bibliographie les renseignements

nécessaires.

Quant à la phonétique, j'ai jugé utile de commencer par tracer

les grands contours de l'évolution des sons avant de passer aux

recherches détaillées, et je me suis constamment efforcé de

ramener chaque changement que j'avais à étudier à des règles

générales. J'ai aussi cru indispensable de donner les notions

nécessaires pour la connaissance rationelle de la physiologie des

phonèmes examinés ; sans cette connaissance, aucune intelligence

réelle de leur évolution n'est possible. Enfin, pour rendre mon

exposé plus clair, je me suis servi d'une transcription phonétique

X

simplifiée, mais suffisant à mon but,

et qui épargnera aux dé-

butants, je l'espère, les erreurs où sont parfois induits, par l'or-

thographe officielle, même les plus habiles philologues.

Afin de mettre bien en évidence les règles étabhes, j'ai tou-

jours cité, après les mots de formation populaire, de nombreux

exemples de mots d'emprunt et formes analogiques. La com-

paraison constante de

ces trois

classes de mots

constitue un

exercice très utile aux débutants, et ceux de mes collègues qui

se serviront de

mon livre

comme base de leurs exercices uni-

versitaires, auront là un moyen précieux de faire répéter pra-

tiquement à leurs élèves les règles apprises.

'

Pour faciliter

l'emploi de

mon livre

et pour lui

donner ce

caractère de livre de référence que je lui souhaite, j'ai multiplié

les renvois d'un paragraphe à l'autre,

et j'ai ajouté

à

la

fin

deux index très détaillés des matières et des mots. Il est superflu

d'ajouter que j'ai aussi apporté beaucoup de soin au côté typo-

graphique, à la division des chapitres en paragraphes, comme au choix des différents caractères; ce sont là des détails pratiques

souvent négligés, et qui sont pourtant d'une grande importance, surtout dans un hvre d'enseignement. J'ajoute que je serai très

reconnaissant à tous ceux qui se serviront de mon livre, s'ils

veulent bien avoir l'obligeance de me signaler et les défauts et

les fautes dont ils s'apercevront, pour que je puisse en profiter

au cas où une nouvelle édition serait un jour nécessaire.

Plusieurs amis ont bien voulu me prêter leur concours dans la

tâche

difficile de la correction des épreuves; je dois des re-

merciements tout particuliers à MM. Sv. Sveinbjôrnsson, profes-

seur au lycée d'Aarhus (Jutland), Paul Verrier, professeur au

lycée Carnot, de Paris, et Joh. Vising, professeur à l'Université de Gothenbourg. Leur collaboration m'a été aussi utile qu'agré-

able,

et je me fais un plaisir d'accentuer combien surtout les

XI

observations de M. Verrier ont contribué à améliorer mon livre,

et pour le fond et pour la forme.

Je prie enfin le Ministère de l'Instruction Publique, la Direction

de la Fondation Carlsberg et le Conseil de l'Université de Co-

penhague, d'agréer l'expression de ma vive reconnaissance pour

leur libérale subvention, qui a rendu possible la préparation et

la publication de cette grammaire. Si elle parvient à répondre à

un besoin que je crois très réel, je m'estimerai heureux à la

pensée d'avoir pu contribuer tant soit peu à faire mieux com-

prendre, ce qui veut dire à faire aimer et vénérer davantage,

la belle dame au service de laquelle j'ai voué mes forces,

cette

parlëure française qui restera à jamais,

entre toutes,

la plus

délitahle, la plus gracieuse, la plus noble.

Au moment de rédiger ces mots d'introduction, je reçois de

mon vénéré maître et très cher ami M. Gaston Paris, la per-

mission de lui dédier cette grammaire. Je suis on ne peut plus

sensible à ce témoignage de bienveillance, qui est non seulement

pour moi une preuve d'amitié dont j'apprécie pleinement la va- leur, mais qui me fait aussi espérer que mon livre, malgré ses dé-

fauts, pourra peut-être rendre quelques services. Je tiens à ajouter

que tout ce qu'on

voudra bien trouver d'utile et de pratique

dans mon travail, je le dois en première hgne à l'enseignement

et à l'exemple de l'éminent académicien, dont les vues sûres et

originales se retrouvent jusque dans ses éditions classiques, qui

sont des modèles de livres d'enseignement.

Copenhague, le 18 février 1899.

Kr. N.

TABLE DES MATIÈRES.

Page

Avant-propos

IX

Table des matières

XII

Transcription phonétique

XIV

Signes et abréviations

XV

Éditions citées

XV

Errata

XVI

PREMIERE PARTIE. HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA LANG UE FRANÇAISE.

Chapitre I. Les origines

 

3

Chapitre II. La période ancienne

19

Chapitre III. La

période

moyenne

,

.

.

.

.

32

Chapitre IV. La période classique

 

56

Chapitre V. La période moderne

80

Chapitre VI. L'orthographe

'J

DEUXIÈME PARTIE. PHONÉTIQUE.

LIVRE PREMIER

93

REMARQUES PRÉLIMINAIRES.

Chapitre I.

Évolution des sons

109

Chapitre IL

Évolution des mots

116

LIVRE DEUXIÈME.

HISTOIRE DES VOYELLES.

Chapitre

I. Quantité et qualité

125

Chapitre

IL Accentuation

130

Chapitre

III. Sort général des voyelles

134

Chapitre

IV. I accentué

138

Chapitre

V. E fermé accentué

140

Chapitre

VI. E ouvert accentué

148

Chapitre VIL A accentué

151

XIII

 

Page

Chapitre

IX.

fermé accentué

161

Chapitre

X. U accentué

 

165

Chapitre

XI. Au accentué

167

Chapitre

XII. Influence

des

palatales

169

Chapitre XIII. Influence

des

nasales

182 -v

Chapitre XIV. Influence des labiales

199

Chapitre

XV. Influence de L

 

201

Chapitre XVI. Influence de R

205

Chapitre XVII. Voyelles atones

207

Chapitre XVIII.

Voyelles en hiatus

216

Chapitre XIX. Syncope et diérèse

238

Chapitre

XX. Apophonie

 

244

 

LIVEE TROISIÈME.

HISTOIRE DES CONSONNES.

Chapitre I.

-

Remarques générales

249

Chapitre II.

- Les nasales

261

Chapitre III.

-

Les latérales

274

Chapitre IV.

- Les vibrantes

287

Chapitre V.

- Les plosives

296

A.

Plosives labiales

 

297

B. Plosives dentales

305

C Plosives palatales

314

Chapitre VI.

- Les fricatives

339

A.

Fricatives labiales

339

B. Fricatives dentales

347

C. Fricatives palatales

354

D. Fricative laryngale

362

LIVRE QUATRIÈME.

PHÉNOMÈNES DIVERS.

Chapitre

I. Sons accessoires

 

367

Chapitre II. Assimilation harmonique

377

Chapitre

III. Haplologie

 

382

Chapitre

IV. Métathèse

386

Chapitre V. Abrègements

389

Chapitre VI. Contaminations

 

392

Chapitre VII. Étymologie populaire

395

Additions et corrections

 

401

Bibliographie

407

Table analytique

455

Index des mots

465

XIV

TRANSCRIPTION PHONÉTIQUE.

I. VOYELLES ORALES.

[a]

[a]

fr. pâte

fr. patte

[e] fr. tape

[a]

[i]

[o]

fr. frelon

fr. pzs

fr. pot

[o]

[u]

[y]

fr. port

fr. pour

fr. pur

[se] fr.

père

[0] fr. peu

[ô] fr. peur

II. VOYELLES NASALES.

[Â] fr. ha7ic

[5] fr. bon

[éè] fr. hain

[Ô] fr. brun

: après une voyelle, indique qu'elle est longue

111. CONSONNES.

[b] fr.

6out

XV

SIGNES CONVENTIONNELS.

ail.

EKRATA.

P. 4, 1.

2 d'en bas: romain; lisez: roumain.

P. 33,

1.

2

d'en bas: § 278; lisez: § 271.

P. 34, 1. 25: aletrt; lisez: a^^ere.

P.

50, 1. 15: marcMs; lisez: marcis.

P. 84, 1.

P.

93, 1.

P. 105, 1.

6 d'en bas: strugforlifeur; lisez: struggleforlifeur.

5: rayez la virgule après i^ratique.

5: ^' 272; lisez: ^ 281.

P. 111, 1. 24: § 195; lisez: ^ i96.

P. 153, 1. 14

d'en bas: il faut une virgule après chanter

P. 156, 1. 19: /"cm, féu: lisez: féu, feu.

P. 159, 1.

^^ § 157; lisez: § 159.

P. 165, 1.

P.

13: joute; lisez: jowfe.

215, 1. 11: esglise, esvesque; lisez: église, evesque.

PREMIERE PARTIE

HISTOIRE GÉNÉRALE

DE LA

LANGUE FRANÇAISE

CHAPITRE I.

LES ORIGINES.

I. Le français est une langue romane. La famille des langues

romanes comprend le sarde, l'italien, le roumain, le ladin, l'espagnol, le portugais, le catalan, le provençal et le français. Toutes ces langues s'appellent romanes ou néo -latines parce qu'elles conti- nuent la langue que parlaient les Romani (voir ci-dessous), le

latin.

Elles ne

langues filles

sont pas,

du latin:

comme

il n'y

on l'a souvent soutenu, des

de

a pas

de langues filles

et

langues mères; le langage humain va sans cesse en se modifiant,

et les transformations se succèdent ordinairement avec une très grande lenteur, sans qu'on puisse séparer nettement les états .

successifs du développement (§ 110). Aussi est-il impossible de

fixer une

français:

époque précise où cesse le latin et commence le

comme il n'y a eu ni changement subit ni brusque

> dégénération «, une telle époque n'existe pas.

Remarque. Romanus ne s'applique à l'origine qu'aux habitants de Rome.

Après le célèbre édit de Caracalla (212), il s'emploie de tous les habitants

de l'empire romain parlant latin, et lors de la constitution des nationalités

romanes, chacune d'elles s'attribue cette dénomination, remplacée plus tard

par des noms spéciaux; elle s'applique encore aujourd'hui, sous la forme

romcm, aux peuples romans des Balkans. De Romanus on tira Remania,

par analogie avec Gallia, Grsecia, Britannia, etc., pour désigner, par opposition à Barbaries, »imperium Romanum»; ce mot se retrouve encore, avec un

sens notablement restreint, dans Roniâniâ, le plus oriental des pays romans,

et dans le nom de la province italienne Romagna.

Les langues romanes continuent le latin parlé et vivant de

la plèbe, le sermo plèbe lus,

non pas le

latin

écrit et litté-

raire, le sermo urbanus (eruditus ou perpolitus). Ce der-

nier, soumis aux règles d'une

grammaire qui en avait enrayé

l'évolution naturelle, était devenu peu à peu un langage plutôt

des rhéteurs et des poètes. Quand les barbares

monde romain, le sermo urbanus sombra

artmciel à l'usage

eurn

Tec

morte.

pétua

détruit le la civilisation qu'il représentait et passa à l'état de langue

Pourtant, entretenu et cultivé dans les écoles

se per-

,

comme langue savante et resta, jusquau IX» siècle, la

le peuple romam

La langue que parlait

vulgaris, usualis, cottidianus, incon-

etc.) était assez

différente de celle du

sel langue écrftê,

7 ërmo plebeius

diturproletarius,

monde' officiel;

te grammairi

on génie

phologie,

Lns qu

latin populaire,

colons se répandit

pro^nces de

LLènes

comme elle n'était ni régentée m arrêtée par

ns, elle put se développer librement en suivant

propre et elle subit, dans la prononcation, la mor-

et le vocabulaire, de nombreuses mod.fica-

Le

l'éloignaient de plus en plus du sermo urbanu

.

la syntaxe

la langue des soldats,

des

»<>; «

avec une vitesse prodigieuse

™^>'f

dans toutes

f/

les

l'immense'. orbis Romanus., en chassant les dialectes

et bientôt l'avènement du christianisme contribua puis-

^atZnt'. sa victoire. La religion chrétienne se -cr»tait surtou

aussi le latin populaire fut-il tout

'e «tas-

dans les classes inférieures;

ntiiuement l'organe du

nouveau culte Même ^-n

«anisme devint ^f^o.J^

rlassiaue comme

langue

oincielie,

oWgé pour

langage De

se faire

TclLgfLf c-t mmln"

le

cieigc

otait

comprendre de la foule, de se servir de son

cette manière, le latin populaire finit par l emporter

définitivement (cf. § 9).

Romama S'appelait romanc.um, forme de ro m

k

'' '"::/TrLrre/T; "o^rrtfor'/urae

s'intitule ro-

u

ace.

ae >a

-rritiorpH^r: coJp.\ancien -f;^-:f -ri°;cL'

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française de

"-"f

;

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™'f„„J ,,

comme

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.

.0.,

^.

«e de Apolmio est la composition

^^^ eomposition liltérane deter-

Renard

espagnole i '^,P°7f''\.„'

minée, sans

égard

a la

langue

/employée. De la vieille forme française ro-

empioj

''^°'^'\XJ^ ^^^

" S M^^^

dérivés romantique

(U SuL

'« »--

i, t .avant (§ 84)

« on tira l'accusatif «.»(, qu. ^

'"

(emprunté de ''-ê';/---'/'

««-.) est P"l>ablemen

--«';«„

3. Avec la conquête de la provincia Narbonensis (123—

118 av. J.-G.) et les campagnes victorieuses de César (58— -51)

av. J.-C), le latin fut introduit en Gaule, il s'acclimata facile-

ment. Les Romains étaient d'excellents colonisateurs, et grâce à

leur génie administratif et à leur civilisation supérieure, la nou-

velle province fut assez vite romanisée. La langue que parlaient les Celtes de Gaule ou les Galli, comme les appelaient les Ro-

mains, était le gaulois (lingua gallica), idiome indo-européen,

voisin notamment de l'italique et du germanique, et sur lequel

nous n'avons que des renseignements très incomplets; il semble

avoir disparu dès le IV® siècle. A cette épqque-là, la population en-

tière avait appris le latin, et il n'y avait probablement plus per- sonne en Gaule qui parlât gaulois. Plusieurs savants, en dernier

lieu Granier de Cassagnac, ne voulant point admettre la dispari-

tion complète de la civilisation et de la langue gauloises, ont

soutenu que le français était sorti d'un mélange du gaulois avec

le latin; c'est une opinion absolument fausse et dont l'absurdité a été démontrée d'une manière irréfutable; le gaulois n'a même

influencé que très faiblement la langue qui l'a supplanté.

Kemarque. Les langues celtiques se divisent en trois branches: le gau-

lois, le cambrique et le gaélique. Le gaulois, nous venons de le dire, a dis-

paru dès le

et dans l'île de Man; le cambrique s'est conservé dans le pays de Galles

oîi il a été introduit par les Bretons

insulaires qui, chassés par l'invasion saxonne, vinrent s'établir en Armorique

dans la seconde moitié du V siècle (comp. § 86).

et dans la Basse-Bretagne fran^-aise,

IV° siècle; le gaélique

se parle encore en Irlande, en Ecosse

4. Influence "DU gaulois. On cite comme venant du gaulois

un certain nombre de termes, dont la plupart, du reste, avaient

Exemples: alouette, dim. de aloue

déjà été

adoptés en latin.

(al au d a); arpent (a repenne m); bachoue, hotte d'osier (terme

dialectal remontant à bascauda); banne (benna); ôec (bec- cum); bétoine (bettonica); bougette (forme primUive de budget;

cf. § 77), dim. de bouge, valise (bulga); bouleau,

dim, de boul

(*betullum pour betulla); 6rc»e (braca); brais (brace) et brasser; breuil (brogilum); bruyère (dér. de bruga); cervoise

(cerevisia); chemin (caminum); chêne {?); claie (cleta);

combe (cumba); écoufle; grève; jarret; lieue (leuca); marne,

vfr. marie (*margula, dér. de marga); matras(?);

quai;

ruche; saie (saga); truand; vassal; vautre (veltrum, altéra-

tion de vertragum); verne ou vergne; vouge (viduvium).

etc. Ces mots, il faut bien le rappeler, ne sont pas propres au

français; beaucoup d'entre eux se retrouvent dans les autres

langues romanes (sauf le roumain). Il faut encore remarquer

[ qu'on n'a emprunté que des substantifs, pas de verbes, pas

d'adjectifs, ce qui

est très significatif , et que ces substantifs

sont surtout des termes pratiques concernant la vie rurale ou

désignant des objets fabriqués en Gaule, des produits du pays,

des plantes et des animaux. Sur les emprunts modernes au bas-

breton, voir § 79.

Remaeque. Une assez grande partie des noms de lieux français sont d'origine gauloise. Citons d'abord quelques noms de ville qui remontent à

des noms de tribu: Amiens (Ambianos), Angers (Andecavos), Bayewx (Bodiocasses), Beauvais (Bellovacos), Cahors (Cadurcos), Chartres

(Carnutes), Metz (Mediomatricos), Nantes (Namnetes), Paris (Pa-

risios), Poitiers, Poitou (Pictavos), Reims (R e m o s), Rennes (Redon es).

Sens (Senones), Soissons (Suessiones), Tours (Turones), Trêves (Tre-

viros), Troî/es(Tricasses). A côté de ces noms ethnologiques, qui n'offrent

aucune difficulté, il en existe beaucoup d'autres, dont on n'est pas toujours

arrivé à déterminer l'étymologie d'une manière complète : Agen, les Ardennes, Argent, Avallon, Beaune, Bièvres, Brie, Briançon, Brienne, Brignon,

Bordeaux, Bourdeaux, Bourdeilles, Chambon, Chambord, la Charente,

Charenton, Charency, Condé, Issy, Loire (Liger), Nemours, Nîmes, Seine

(Sequana), Toulouse, Tournay, Vire, etc. Le subst. dunos (mont) se re-

trouve dans Dun, Châteaudun, le Dunet, Lyon, Laon (Lugdunum), Meung

(Magdunum), Melun, Verdun, Autun (Augustodunum); le subst. duros

(forteresse) dans Duras, Durance, Auxerre (Autessiodurum), Nanterre

(Nemetodurum), etc.; le subst. magos (champ) dans Caen (Catomagusj,

Meung (Magdunum), Me'dan, Rouen (Rotomagus), Argenton (Argento-

magus), Charenton, Noyon (Noviomagus). On peut encore rappeler les

suffixes -acum (-iacum) dans Antony (Antoniacum), Cambrai (Came-

racum), Chantilly (Cantiliacum), Cre'cy, Épernay, Gournay, Fleury, Marly,

Neuilly, Passy, et -ogilum dans Argenteuil (Argentogilum) Bonneuil, Nanteuil, Verneuil, etc.

5. Hors du vocabulaire, il y a très peu de traces d'une influ-

ence celtique sur le français; on pourra peut-être citer le sys-

^tème vigésimal, dont la langue moderne conserve encore un

reste dans quatre-vingts (cf. les Quinze-vingts)^ et quelques mots

isolés qui paraissent présenter un compromis entre un mot latin

et un mot celtique: orteil = lat. arti culum -|- celt. ordag. On , a aussi voulu trouver une influence celtique dans plusieurs par-

ticularités phonétiques, telles que le changement de [u] en [y] (§ 187), de et en it (§ 407). etc., dans la morphologie, la syntaxe

! et la prosodie ; mais presque tous les cas cités sont ou inadmissibles

ou extrêmement douteux. Bref, la langue gauloise paraît avoir!

très peu influencé la langue des Romains conquérants ; ou, tout

\

au moins,

une tefle influence, si elle existe,

observation, faute de moyens de la contrôler.

se dérobe à notre l

'

6. Dès le commencement du siècle, les Germains pénètrent

en Gaule : les Wisigoths s'établissent en Aquitaine, les Burgondes

en Bourgogne, les Francs Saliens, qui viennent des Flandres,

dans les provinces du Nord, et les Francs Bipuaires, qui vien-

nent

des régions rhénanes, dans ceUes de l'Est. Nous ne nous

occuperons ici que des Francs. T^eur conquête de la Gaule, dont

ils firent la France, fut d'une importance capitale; elle amena un nouveau système de gouvernement, un nouveau régime social,

une nouvelle architecture' («novum aedificandi genus«, disent les

textes) et une profonde transformation des lois civiles et pénalesj Mais les envahisseurs barbares, dont le nombre était relativement

peu considérable, subirent à leur tour une forte influence du pays

conquis; grâce à sa supériorité, la civilisation romaine les vainquit,

et ils finirent par abandonner leur langue propre pour adopter celle des Gallo-Romains, tout en l'influençant profondément. Les Francs

Saliens parlaient un dialecte bas-allemand; malheureusement, notre

connaissance de ce dialecte, au temps des invasions, est très res-

treinte; efle se réduit à peu près à quelques vocables conservés sous forme latine dans la Lex Sahca, rédigée environ l'an 500.

Exemples: abantonia, bannum (ban), chranne, dructe,

grafio, leudis, machalum, mallum, sunnia (soin), etc.

Le salien se continue dans le néerlandais, et il est intéressant

de constater que presque tous les vocables français auxquels on

peut attribuer une origine franque, se retrouvent dans cette langue.

Exemples: bac (bak), canif (knijf), cruche (kruik), échevin

(schepen), étron (stront), hêtre (heester), houx (hul si), etc.

Kemarque. Du nom des envahisseurs , Frank