Débat AITEC sur l’EUROPE

par Ghazi Hidouci, co-président de l’AITEC

Sommaire
Les questions européennes p2 Vers un pacte pour une Europe durable p2 Sécurité humaine, soutenabilité environnementale et économie globalisée p3-5 Ancrer la solidarité internationale dans les territoires franciliens p5 Un Grand Paris pour un espace écologique p6-7 Formations, écoles universités p7-8 Appel de Louvain contre le processus de Bologne p8 Les issues stratégiques à la crise globale p9-10 Forum des sans voix à Bamako p10

En relation avec l’espace de débat ouvert par l’AITEC au sujet des questions européennes, je ne pense pas utile de revenir sur le contenu des dossiers que le mouvement social français et européen, y compris l’AITEC, suit avec attention et beaucoup de cohérence en dépit de la faiblesse de moyens. Je souhaiterais plutôt faire, du point de vue de « Sirius », un certain nombre de remarques qui pourraient sembler tautologiques, mais que je considère bon de rappeler en ces temps propices aux interrogations essentielles. Un débat que nous espérons soutenu est opportun principalement parce que les conditions de vie de la grande majorité des Européens entrent en contradiction de plus en plus dangereuse avec les exigences de rendement financier des détenteurs de capitaux dans l’économie européenne. De même, alors même qu’autorités américaines et celles des pays émergents donnent le sentiment de commencer à mesurer ce danger et modifier leurs comportements, l’Europe officielle semble aujourd’hui quelque peu piégée par son orthodoxie : refus des restrictions aux mouvements des capitaux, découragement de l’activité financière publique, maintien des mécanismes de l’échange inégal avec les pays pauvres, mais surtout, conviction que la géopolitique mondiale ne change pas parce que les nouveaux acteurs ne font pas le poids. C’est une attitude qui peut mener rapidement à l’isolement. Le débat devrait se préoccuper d’abord d’alternative avant de se consacrer aux alliances et aux compromis. La remarque n’est ni théorique ni partisane ; elle a le souci de la réalité. Tout d’abord, l’Europe n’est pas fondamentalement une région politique ; elle est délibérément alignée à l’OTAN, n’exerce une capacité diplomatique commune que sur les questions économiques et n’a une monnaie que partiellement autonome par rapport au dollar. Le débat sur l’Europe politique relève en partie de l’illusion, en partie d’un scénario d’avenir possible mais non encore ancré dans les pratiques. On pourrait ne pas trop y insister. Il reste et ce n’est pas peu que l’Europe est un vrai grand marché bien huilé et qui a produit, je serais tenté de dire dans le passé, de la valeur économique et du bien être social pour les ressortissants européens. Il a bien réussi dans de nombreux domaines à accompagner avec beaucoup de solidarité et de succès, des régions nettement en retard vers des progrès matériels importants. Il me semble important de souligner que le sentiment que ce marché est aujourd’hui en panne est de plus en plus partagé. Le capitalisme de marché pur auquel tient l’Europe officielle s’est avéré conduire à l’effondrement économique; il a rapporté ces dernières années beaucoup d’argent aux pratiques les moins honorables sur les marchés a scandaleusement enrichi une faible partie des capitalistes et entraîné le monde dans une récession. Peu de gens pensent le contraire ; les progrès de ces convictions disqualifient les politiques récentes de l’UE, sans que nous soyons certains, sauf aggravation nouvelle de la situation, qu’elle entende raison. Il me paraît ainsi opportun d’insister dans le débat d’abord sur l’élaboration de l’alternative que nous voulons en donnant libre cours et sans tabous à notre inventivité politique et sociale pour ne se pencher qu’ensuite sur les démarches politiques de la mobilisation pour qu’elle soit entendue. Nos propositions sur l’Europe sociale et des services publics, le changement des positions dans les négociations commerciales, l’ancrage dans la solution durables des questions climatiques, l’autonomie stratégique de l’Europe, la question des honteux obstacles à la circulation des humains ne prennent de sens que si nous affirmons d’abord nos principes politiques quand au devenir de l’Europe.

Calendrier
Le 18 mai (18h) Atelier Grand Paris au CICP Le 28 mai à (19h) Réunion AITEC / RESOL au CICP

3 Juin (17h30)
Assemblée générale et 25 ans de l’association
18 juin (19h) Atelier urbain au CICP

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Les questions européennes
A la veille des élections européennes de juin 2009, l’Aitec ouvre un espace de débat sur les questions européennes. Ces dernières années l’actualité européenne en lien avec nos chantiers a été riche : bataille contre la directive Bolkestein puis refus de la Commission d’élaborer une directive-cadre sur les services publics, lancement de la stratégie « Global Europe» et multiplication des négociations d’accords de libre-échange bilatéraux, votes « non » au TCE dont l’entrée en vigueur est encore incertaine (les irlandais devraient revoter en octobre)…L’Union européenne s’est également élargie, passant à 27 membres. Au niveau mondial, les négociations à l’OMC ont marqué le pas, les objectifs fixés en terme d’APD et d’efforts pour réaliser les objectifs du Millénaire ne sont pas atteints, les récentes mises en évidence des chiffres de l’évasion fiscale ont réouvert le débat sur la dérégulation et la mise à mal des finances publiques. L'Aitec s'est progressivement constitué en acteur engagé et présent sur ces différentes problématiques, en s'intégrant dans des réseaux européens, en multipliant les alliances et les expériences de collaboration avec des groupes, en bilatéral ou multilatéral. En particulier l'Aitec s'est investie dans de nombreux réseaux à l’échelle continentale : le réseau "Athens-SP" sur les services publics, le réseau Seattle to Brussels, plus récemment encore l'initiative interréseaux sur les crises ou le réseau AlterEU qui travaille sur les lobbies économiques privés et la démocratisation des processus de décision communautaires. De nouvelles questions émergent, que l’Aitec souhaite prendre davantage en charge : la question environnementale (programme européen piloté par le CRID sur la gestion des ressources naturelles pour le développement), les modes de productions et de consommation, le rôle des multinationales et leur impact sur les politiques publiques… La représentation du monde a évolué, les grandes régions ont désormais un rôle clé à jouer dans la mondialisation, mais face à la crise les tendances souverainistes et centrifuges ressurgissent. L’Europe fait aujourd’hui face à de nombreux défis. Largement discréditée dans les mouvements sociaux et citoyens européens en raison de l'empreinte libérale qu'elle a imprimé sur tous ses projets et politiques, elle est pourtant le lieu où devraient s'esquisser les réponses structurelles à la crise globale que nous vivons : la redéfinition d'un modèle social européen partagé et intégrateur dans une Union Européenne à 27, l'affirmation de propositions face à la crise, en matière de régulations internationales notamment, dans une position qui ne sera pas seulement suiviste critique des USA, l'édification d'une politique de solidarité internationale qui réduise durablement les inégalités interrégionales et dépasse l'actuel néocolonialisme même bien intentionné, de façon plus globale la promotion d'un modèle de développement nouveau, qui garantira la satisfaction des droits de tous, sobre écologiquement, solidaire et pacifique. Les lignes ont bougé, le mouvement global s’est affirmé mais peine encore à faire entendre sa voix à l’échelle européenne. Même les réseaux européens peinent à formuler leurs questionnements et construire leurs batailles à l'échelle régionale plus qu'aux confins de la somme des batailles nationales. La logique et la stratégie de la Confédération européenne des syndicats, où la plupart des grandes centrales syndicales européennes discutent l'élaboration de stratégies communes face à l'Europe libérale, suscitent des interrogations et des critiques croissantes : relativement fermée aux syndicats plus proches des mouvements sociaux et citoyens, elle se pose davantage en structure de lobby des institutions bruxelloises, voire de cogestion. Elle fait l'objet de critiques croissantes et ne fournit pas de cadre de réponse au besoin d'européanisation des luttes sociales, tout en préemptant plus ou moins les mobilisations syndicales à l'échelle régionale. Le Forum social européen et le processus de préparation qui lui est dévolu sont en crises : enferrés dans des discussions méthodologiques et/ou existentielles, faute d'ouverture et de renouvellement, le processus FSE dans son ensemble ne parvient pas à être le catalyseur d'initiatives

Amélie Canone et Hélène Cabioc’h

et de mobilisations réellement européennes. La crise a révélé la nécessité de créer un nouveau modèle. Les propositions alternatives existent, basées sur les analyses élaborées par le mouvement social depuis des décennies ; mise au pas de la finance, refonte de la fiscalité nationale, européenne et globale, responsabilisation économique et sociale des acteurs économiques, reconstruction de services publics, réforme de la gouvernance mondiale... La dimension écologique tend à être de plus en plus reconnue et intégrée aux préoccupations des mouvements sociaux "classiques", elle suscite également l'émergence de réseaux et mouvements dynamiques au plan européen. C'est pourquoi le croisement des thématiques et l’échange entre les acteurs sont plus que jamais d'actualité, un rôle que l'Aitec s'est attaché à jouer depuis plusieurs années, et pour lequel il a acquis une légitimité certaine. Si l'accès de tous aux droits fondamentaux est l'objectif ultime reconnu, des horizons distincts se dégagent. A court terme l'enjeu porte clairement sur la limitation des impacts sociaux des crises et la bataille pour la justice sociale (incluant des contre-attaques sur la question fiscale, sur l'utilisation de l'argent public à court terme...) et la défense de la démocratie et des droits contre la tentation autoritaire. A moyen terme les alternatives portées par le mouvement social européen doivent être poussées et cela suppose des alliances stratégiques et tactiques complexes : pour la disparition progressive des paradis fiscaux, pour une réforme des institutions financières internationales, batailles offensives sur la fiscalité - globale et européenne, pour des organismes bancaires sous contrôle public... L'alliance à la fois avec les syndicats "cogestionnaires", avec une frange sociale-démocrate de la gauche européenne, avec une partie des élites émergentes est-elle contournable dans cette perspective ? Entre ces deux horizons se jouera vraisemblablement le sort de l'idée de "capitalisme vert", qui résume assez bien, pour l'heure, la représentation que se font les élites du g8 de ce dont les réunions internationales des mois à venir doivent accoucher. Avec la confirmation que les mécanismes de marché peuvent être les outils de régulation adéquates des désordres environnementaux : c'est une question fondamentale à très court terme, avec la conférence de Copenhague en déc. 2009. Enfin à plus long terme la reconstruction d'une Europe sociale, la définition progressive de modèles de développement durables et solidaires et la refonte d'un multilatéralisme économique et écologique fondé sur la coopération et les complémentarités plutôt que sur la concurrence et la guerre,.appellent des réformes profondes de l'architecture internationale, de ses normes et de ses logiques. Vers un pacte pour une Europe durable : En juin prochain, les citoyens des 27 états membres de l’Union européenne seront appelés à élire leurs représentants au Parlement européen pour la législature 2009-2014. Ces élections s’inscrivent dans un contexte de crise multiforme, dont la dimension financière et partant sociale et économique ne doit pas occulter la dimension écologique et l’Union européenne doit reconnaître la part que son mode de développement non durable joue dans cette crise écologique mondiale. Un développement plus durable doit devenir le pivot de la définition des objectifs politiques répondant concrètement à la crise et constituer le point de convergence de l’essentiel des mouvements qui mûrissent dans la société civile. C’est le moment pour les citoyens d’oeuvrer non pas à une Europe-marché mais à une Europe-projet pour changer le monde. Nous demandons aux candidats aux élections européennes de s’engager à lutter pour ce nouveau modèle de développement, équitable socialement, respectueux des ressources planétaires, et économiquement viable, articulé autour de 4 axes de transition : des règles et instruments économiques compatibles avec le développement durable ; coopération « Nord Sud » fondée sur la réciprocité et le partage ; des politiques sectorielles tournées vers le développement durable et cohérentes entre elles ; de nouvelles règles de gouvernance et de fonctionnement. Lire le détail des axes sur le site de 4D et réagissez à ce projet avant le 15 mai:cbourdel@association4d.org

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Sécurité humaine, soutenabilité environnementale et économie globalisée
Par Vinod Raina Tel un tsunami qui saccagerait tout, le capital global exploite la bulle d’énergie des marchés monétaires, la force militaro-industrielle des nations puissantes et les aspirations fabriquées de milliards de gens à une ‘meilleure vie’ à travers le monde afin de mettre à genoux les gouvernements faibles pour marchandiser, monopoliser et commercialiser jusqu’à ces aspects de la vie considérés comme sacrés et appartenant au domaine public, comme l’eau, l’air, les forêts et la connaissance. Les bouleversements dans la vie économique, sociale, culturelle et spirituelle des gens, remuée comme par un tremblement de terre massif (l’origine même d’un tsunami), ruinent les systèmes locaux de production, les institutions sociales, les systèmes culturels et de croyance dans une dévastation qu’on peine à décrire. Avec l’éblouissante mais douteuse promesse de fournir une sécurité économique à une plus large part de la population via des taux de croissance plus élevés, l’économie globale a besoin de ressources naturelles pour soutenir la production à des taux qui n’ont pas de précédent dans l’Histoire humaine ; c’est là la raison première de l’insécurité environnementale et de l’insoutenabilité à l’échelle planétaire. Seulement, lorsque la bulle éclate, comme ça a été le cas avec la crise des subprimes devenue une crise financière mondiale, les renflouements publics ne mènent qu’à garantir la récurrence des cycles conduisant à des bulles au lieu de servir un changement de pensée, comme l’a récemment très bien démontré la farce du G20. Si nous cherchions un exemple et une métaphore pour décrire la transformation du concept de sécurité et de soutenabilité à travers l’Histoire, la Chine se détacherait. En tant qu’Etat ‘socialiste’ qui a pris le chemin capitaliste de l’économie néo-libérale de manière fascinante et pour certains rageante, la Chine est un pays qui se fait remarquer par ses contrastes exaspérants. Le prix environnemental de sa frénésie économique, sur lequel l’information filtre malgré les contrôles, semble très élevé. C’est évident non seulement si l’on se penche sur les conséquences connues du déplacement forcé de millions de personnes et des dommages environnementaux d’un seul projet, le barrage des Trois Gorges, mais aussi si l’on observe l’effet cumulatif de milliers d’unités industrielles dans les villes qui usent du travail bon marché des migrants en provenance des zones rurales. Ces migrants internes vivent un asservissement virtuel, sans vraiment avoir de droits, afin de founir des biens bon marché compétitifs sur un marché mondial dévasté par la présente débâcle économique globale. Comme si l’actuel ravage ne suffisait pas, le sommet de l’Etat chinois parle désormais avec réjouissance de quatre projets gigantesques qui transformeront les zones de l’Ouest en grande partie désertiques pour qu’elles atteignent la capacité de production des zones de l’Est et du Sud. Cela inclue le transfert de gaz d’Ouest en Est, une énorme route vers le Tibet etc, chaque projet étant à l’échelle de la construction de la Grande Muraille mais avec des impacts massifs sur la terre, l’eau et les systèmes de biomasse. C’est pourquoi la Grande Muraille fournit un bon exemple historique pour examiner la façon dont la notion de sécurité humaine devrait être reconsidérée dans les temps présents. Entre le Vème et le IIIème siècle avant JC, une série de murs a été construite dans le Nord de la Chine par plusieurs royaumes belligérants. Le but était d’établir et de protéger leurs différentes souverainetés et d’assurer leur sécurité contre les envahisseurs nomades. Malgré ces murs, en 221 avant JC les armées de Qin Shi Huang ont été capables de conquérir les six autres royaumes, faisant de Qin le premier empereur d’une Chine unifiée. Pour consolider son pouvoir et asseoir la souveraineté impériale, Qin ordonna que ces portions de murs qui divisaient les royaumes soient démolies et que celles qui courraient le long de la frontière Nord soient connectées et étendues donnant naissance à la ‘Grande Muraille’, de plus de 6000 kilomètres de long. On pense que plus de 300 000 hommes ont travaillé sur ce projet qui a duré une décennie, (comme la plupart des femmes travaillent maintenant pour la production à l’export à des taux bon marché), et ont été forcés à travailler dans de grandes privations : beaucoup sont morts dans le processus.

L’objectif ultime de Qin était d’atteindre l’immortalité par un règne dynastique qui se prolongerait à perpétuité. Mais sa nouvelle dynastie fut de courte durée ; quinze années plus tard seulement elle fût remplacée par la dynastie Han. A travers les siècles, la muraille tomba dans le délabrement, victime des forces de la Nature. Nombre de dirigeants ordonnèrent sa reconstruction ou son extension, mais inévitablement la Nature la réclamait. Aujourd’hui, bien que les portions qui demeurent soient maintenues en tant qu’héritage de la réussite humaine (c’est l’une des seules structures élaborées par l’être humain qui soit visible de l’espace), la Grande Muraille n’a pas d’autre réelle signification que la symbolique de la sécurité et de la souveraineté de la Chine. En fait il s’agit d’un témoignage de l’échec à long terme et de la folie de la quête humaine de la sécurité territoriale. La Muraille est écrasée par l’étendue des montagnes auxquelles elle est adossée telle une ligne fine et nerveuse. La vie et le pouvoir reposent sur les montagnes, grouillants d’une myriade de plantes et d’espèces animales. Les microorganismes transforment la pierre en poussière ; les insectes, les rongeurs et les chèvres parcourent les ruines du mur, mordillant les plantes qui poussent dans les fissures, inconscients du grand dessein des humains. Les arbres sur la pente fournissent du bois et du combustible pour les foyers ; leurs racines protègent le sol et l’eau de l’érosion et de la sécheresse. La pluie et la neige fondante coulent en petits ruisseaux le long des pentes, convergent ensuite dans les rivières jaillissantes dans leur cheminement vers les terres basses des rizières qui nourrissent plus d’un milliard de personnes. La sécurité de la Chine, ainsi que celle de son milliard d’habitants, de sa voisine l’Inde et d’autres pays, maintenant et dans le futur, dépend au bout du compte du fonctionnement intégral de cette dynamique et des processus interactifs de la Terre, des systèmes écologiques. Certes, cela dépend aussi de la santé économique. Ainsi chaque année la Muraille est envahie par des milliers de touristes étrangers, amenant des devises étrangères. Leur présence est tolérée, sollicitée même, car les dirigeants chinois ont placé le pays sur la voie de l’économie néo-libérale, conjecturant dans une ère de compétition économique mondiale que ce serait des fondements plus forts pour la sécurité que des murs souverains. Le bénéfice stratégique de la Grande Muraille pour la Chine d’aujourd’hui n’est pas de maintenir les gens à l’extérieur mais bien de les faire entrer. Soutenabilité et Sécurité On pourrait dire qu’aujourd’hui aucun mur ne peut faire rempart au reste du monde. Dans une époque d’interdépendances économiques et écologiques, les petits murs comme les grands sont des métaphores erronées pour conceptualiser, des stratégies bancales pour la sécurité – comme le prouve dans un autre coin de la Terre le cruel emmurement des Palestiniens qui résistent par les Israéliens. Nous devons par conséquent réexaminer la notion même de sécurité puisqu’elle est intrinsèquement liée à la soutenabilité. La sécurité est communément définie comme ‘libération du danger, sécurité’. Dans le cadre de la prévalence d’un système stato-centré, la sécurité nationale est pensée en termes militaires, comme la capacité d’un Etat de contrecarrer une invasion armée par une autre. L’arrivée de l’OMC nous a également conduit à une nouvelle notion de la sécurité, qui fait désormais référence à la capacité de rivaliser sur le marché mondial pour l’accès à de nouveaux marchés et aux ressources rares ainsi que pour une balance des paiements et une balance commerciale favorables. La sécurité écologie a rarement été incluse, encore moins été une priorité dans une matrice de sécurité nationale basée sur les marchés mondiaux et les pactes militaires. Ce qui est assez irrationnel vu que ce qui est naturellement global c’est l’écologie, tandis que la mondialisation économique et les méthodes militaires sont des exemples clairs de la conception et de la construction humaines. Puisque l’air, l’eau et la forêt forment un continuum, la biosphère globale, la coopération globale pour la préserver semblerait être une nécessité logique pour contrer la mise en danger de la vie future et devrait être le fondement de la soutenabilité.

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Le réel ‘danger actuel’ a peu à voir avec les polarités des superpuissances selon un axe Est/Ouest, éventuellement avec les polarités riches/pauvres selon un axe Nord-Sud. Cependant cela semble avoir davantage à voir avec les polarités entre les activités humaines et les capacités de la Terre à rendre la vie possible – polarités qui menacent la sécurité écologique de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud de la même façon, et qui de bien des manières incorporent la polarité riche/pauvre. Nous sommes à un point de l’histoire humaine et du développement de la planète auquel il devient critique de reconsidérer les priorités en matière de sécurité à la lumière des nouvelles menaces sur la vie qui émanent des assauts humains à la Terre, en particulier de l’asymétrie entre les systèmes économiques globalisés et les approches globales dont nous avons désespérément besoin pour restaurer et soutenir l’écologie et l’environnement. L’attaque acharnée du système économique global pour créer et nourrir l’avidité humaine, en opposition aux besoins, et pour étendre et maintenir un marché global promouvant la consommation insatiable détermine les approches écologiques qui doivent s’asservir aux préoccupations économiques plutôt que de les défier. Ainsi, l’agenda du Sommet de la Terre de Rio ne doit pas questionner le commerce, les mécanismes GATT/OMC ne reconnaissent pas les AME (accords multilatéraux sur l’environnement) etc. En accord avec leur position défavorable à une sécurité environnementale mondiale, les Etats-Unis ont traduit dans les faits la ‘rude’ et arrogante déclaration faite avant le sommet de Rio par leur Président d’alors George Bush selon laquelle les ‘Etats-Unis ne vont pas marchander le mode de vie de leurs citoyens’, en refusant d’accepter le protocole de Kyoto sur les gaz à effet de serre durant le régime du fils – et cela bien qu’ils soient les plus gros consommateurs du monde d’énergie per capita. Qu’advientrait-il si chaque citoyen indien et chinois atteignait un niveau de vie qui requiert autant d’énergie per capita? Le résultat serait un nombre croissant de menaces majeures à la survie même sur la Terre. Pour les premières sociétés humaines, ces menaces étaient constituées des forces puissantes de la Nature ; les volcans, les tremblements de terre, les ouragans, les sécheresses, les inondations. Au fil du temps, les humains – ceux qui en avaient les moyens- ont appris à se protéger de la plupart d’entre elles, par des précautions ou des modifications des habitudes et des habitats et par de nouvelles inventions. Aujourd’hui une nouvelle forme de risque émerge. Bien qu’ils aient à voir avec la Nature, aujourd’hui les dangers résultent non de ce que la Nature peut faire aux humains mais de ce que les activités humaines peuvent faire à la Nature –et des effets qui en découlent sur les humains. Le problème provient aussi de l’inégalité dans les ‘solutions’ à de vieux problèmes. Pour protéger de plus en plus les populations favorisées de ces vieilles menaces, les populations défavorisées –la majeure partie de la population- continuent d’être mises en danger à la fois face à ces vieux problèmes et face aux nouveaux. Elles sont donc doublement défavorisées. Les assauts humains sur la planète sont aujourd’hui d’une nouvelle sorte et d’une nouvelle échelle. Les symptômes mondiaux sont désormais familiers – réduction de la couche d’ozone, réchauffement climatique dû au développement des émissions d’énergie qui pourrait être la cause de changements climatiques majeurs, pluies acides, augmentation des niveaux de produits chimiques, radioactifs et autres polluants toxiques dans l’eau, l’air et les sols, contribuant à l’augmentation des cancers et autres maladies provoquées par l’environnement, problèmes de santé et dommages génétiques ; perte de terres arables et désertification, contribuant à la faim et à la famine de millions de personnes ; armes chimiques, biologiques et nucléaires ; épuisement massif des forêts tropicales, avec la perte de bassins versants vitaux et la dégradation de la provision d’oxygène sur Terre, combiné à la menace du dioxyde de carbone. La vie sur Terre est également menacée par la perte de millions de plantes et d’espèces animales provoquée par la surindustrialisation, la déforestation, la pollution, la reproduction sélective, la monoculture et le génie génétique conduisant à une variété d’OGM (organismes génétiquement modifiés). Contrairement aux menaces dans la sphère sociale, ces menaces ne peuvent être définies dans les termes idéologiques conventionnels, mais sont liées à une nouvelle idéologie qui prend de l’ampleur, celle du ‘marché mondial’, qui n’est rien d’autre qu’une forme encore plus virulente de l’avidité

humaine de profit et de pouvoir. Une fois que les menaces pesant sur les écosystèmes planétaires s’accélèrent au-delà d’un certain point, elles prendront peut-être vie d’elles-mêmes, s’accélérant hors de portée du contrôle humain vers une conclusion
incertaine, conduisant probablement à des changements majeurs dans la capacité de la Terre à rendre la vie possible. Alors que la Terre sera peutêtre en mesure de s’adapter et de prendre soin d’elle d’une certaine manière, les humains ne seront peut-être pas capables de résister ou de s’adapter assez vite à ces changements. Dans ce cas, la cause de la mort de l’humain sera non pas les forces de la nature mais l’échec de la vision humaine. En fin de compte, le monde est un système holistique et vivant, et la sécurité humaine est fonction de –et inséparable de- la vie sur Terre. Connaissance et Production La capacité des tribus nomades préhistoriques à se transformer progressivement, passant de la chasse-cueillette à la vie sédentaire, annonçait la première révolution majeure sur Terre, celle de l’agriculture ; la capacité des êtres humains à faire pousser de la nourriture à un endroit. La connaissance de l’usage des métaux, du fer et du cuivre, a sorti l’Humanité de l’Âge de pierre. A travers toute une série de découvertes similaires et d’inventions, principalement dans l’objectif de transformer les ressources de la Terre à des fins productives, les civilisations humaines ont évolué vers des formes plus complexes et créatives. Empiriquement générée, la connaissance de la Nature, des ressources naturelles et des processus de production a formé le noyau du système entier de connaissance de l’Humanité des milliers d’années durant, jusqu’à l’avènement de la science moderne au XVIIème siècle. En tandem avec le développement de la connaissance empirique, les civilisations humaines ont également ressenti la nécessité de concevoir des systèmes d’explication qui incorporent la question des valeurs, de la destinée, des devoirs, de la morale et de l’éthique dans une variété de systèmes de croyance, du système primitif animiste des populations indigènes, toujours répandu, à une série de religions sophistiquées fondées à travers le monde. Très souvent ces systèmes de croyance, au lien d’être disjoints et séparés de la connaissance empirique de la Nature et de la production y sont intrinsèquement liés, fournissant un complexe de systèmes holistiques de connaissance ; qui diffère grandement de la forme moderne dans laquelle la connaissance basée sur la raison et la logique est systématiquement séparée de celle des croyances. La connaissance moderne, menant à une variété de technologies pour transformer les ressources de la Terre à des échelles époustouflantes et pour une plus grance efficacité à des fins productives, s’est accélérée à une vitesse incroyable à la suite de la Seconde Guerre mondiale et, au tournant du XXIème siècle, nous nous trouvons à une époque où les échelles de production doivent littéralement passer le bulldozer pour ouvrir de nouveaux marchés afin que la frénésie de la production et de la consommation puissent être soutenue. Les impacts environnementaux, sociaux et culturels d’une telle frénésie sont bien évidemment énormes. Soudainement, l’agriculture paysanne et autres communautés similaires, dont l’engagement avec le marché a été minimal et qui ont subsisté en auto-suffisance ou par des formes locales d’échanges pour les biens essentiels, sont devenues la cible d’une attaque à deux têtes. Puisqu’elles occupent des terres abondantes en ressources naturelles –eau, forêts, minéraux- elles doivent quitter ces endroits pour que ces ressources naturelles deviennent facilement disponibles pour les besoins voraces de la production globale –barrages, abattage d’arbres, mines, électricités, routes etc. Parallèlement, leurs propres méthodes doivent être modifiées pour s’aligner sur celles des marchés extensifs, à tel point que le droit privilégié d’un paysan à conserver des graines pour la prochaine semence, sans intervention du marché, est furieusement défié par les technologies et les législations en la matière qui rendent impossible l’usage d’une semence pour la faire pousser l’année suivante et obligent à en racheter. L’impact ne concerne pas seulement les modes de production en autosuffisance des communautés. Puisque ces systèmes de production sont intrinsèquement liés à la connaissance empirique et aux croyances,

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leur démantèlement a aussi un impact prédateur sur ces systèmes de connaissance et de croyance.Bien sûr un résidu de ces croyances empiriques persiste car il est également vital pour les systèmes de production basés sur le marché. Les récents systèmes législatifs liés au commerce assurent désormais que ces systèmes de connaissance, qui appartiennent moralement aux communautés qui les génèrent et ont historiquement mis à disposition dans le domaine public, soient aussi marchandisés à travers le système de brevets de monopole ; assurant ainsi que les systèmes de connaissance et de production soient soit démantelés ensemble soit volés légalement tout simplement afin de générer des profits. Resistance La réponse à de tels changements à travers le monde a naturellement été variée. Il y a un sentiment croissant que les lieux traditionnels de résistance de la classe moyenne, comme les universités, ont été affaiblis ; pas seulement à travers des changements politiques qui les rendent de plus en plus dépendantes des firmes privées plutôt que des fonds publics, mais aussi parce que les bénéfices de l’économie néo-libérale sont arrivés peu à peu jusqu’au monde universitaire, à travers l’hébergement de projets et de travaux de consultants, qui écrasent la volonté de critiquer ou de résister. Les formes de résistance que l’on a pu voir dans ces lieux dans les années soixante et soixante-dix ont au mieux tourné à des formes de cynisme passif. Une nouvelle forme de résistance transfrontalière de la classe moyenne a été visible, par exemple, contre l’OMC à Seattle. Elle est centrée autour d’ONG qui s’engagent dans une variété de politiques et d’institutions établies, à la fois par une collaboration critique et par une confrontation, avec une forte visibilité. Le temps nous dira cependant quel est l’impact de telles actions. Les réels lieux de résistance sont en fait moins visibles. Ce sont la paysannerie de subsistance, le travail agricole, les artisans locaux, les tisserands et autres industries à petite échelle, les communautés indigènes, et les femmes qui doivent transporter de l’eau, du bois et du fourrage. La perte de contrôle sur les ressources naturelles à travers un ‘développement’ acharné qui ne leur bénéficie pas mais est crucial à leur subsistance, leur déplacement forcé de leurs lieux de vie, qui les déracinent de leurs techniques traditionnelles, de leur culture et de leurs relations sociales, a poussé une majorité de la population des pays en développement à la limite. Le rêve de création d’emplois dans des économies à forts taux de croissance a également été brisé ; en Chine par exemple, le chiffre incroyable de treize millions de personnes licenciées des grandes usines en un an, l’année dernière, a été signalé. Les populations directement affectées commencent à s’organiser de plus en plus comme mouvements du peuple à travers le monde et mène une vaillante bataille pour leurs droits et leur survie. Leurs lieux de résistance sont locaux, bien qu’ils aient une variété de soutiens de personnes appartenant à la classe moyenne. Le phénomène mondial des mouvements anti-barrages, des populations indigènes, des femmes rurales, des travailleurs agricoles, des pêcheurs et des artisans sont une preuve que contrairement à une majorité de la classe moyenne, les gens n’acceptent pas sans mot dire leur statut de victime dans l’actuelle distribution, mais y résistent vigoureusement. Une telle résistance n’est pas uniquement réactive, les gens sont en effet engagés proactivement dans la recherche d’alternatives impliquant la mobilisation des communautés à des échelles larges à travers une multiplicité d’efforts tels que la production locale, la gouvernance locale, les monnaies communautaires, la collecte d’eau, l’éducation alternative. C’est peut-être eux davantage que les universitaires et les érudits qui montrent la voie vers la sortie du syndrome TINA (‘There Is No Alternative to the neo-liberal economy syndrome’, Il n’y a pas d’alternative au syndrome économique néo-libéral).
Vinod Raina est membre de l’association BGVS (‘Literacy, Education & Science for Peace, Unity and Self-Reliance - http://www.bgvs.org/), avec laquelle Ipam travaille en partenariat au sein du réseau Alternatives International. Cette contribution fait suite à la réflexion menée dans le cadre de ce séminaire mené par le CRID sur la gestion des ressources naturelles. Version originale en anglais : http://aitec.reseau-ipam.org/spip.php?article976

Ancrer la solidarité internationale dans les territoires franciliens
L’Aitec et Cités Unies France (CUF)1 sont engagées depuis 2008 dans un programme intitulé « Ancrer la solidarité internationale dans les territoires franciliens » auquel participent le Conseil régional Ilede-France, les villes de Nanterre et de Rosny-sous-Bois, le Conseil général du 93, ainsi que le CRID. L’idée de ce programme est de croiser les différentes approches et stratégies d’engagement des collectivités territoriales dans la solidarité internationale. Il permettra d’approfondir la réflexion sur la solidarité internationale comme objet des politiques locales des collectivités et de contribuer à y associer l’ensemble des acteurs des territoires, en particulier les associations de solidarité internationale. Des ateliers thématiques se sont tenus en 2008 sur l’action internationale des collectivités et le développement économique, le développement durable ou encore les initiatives de paix. Les comptes rendus de ces trois ateliers sont disponibles en ligne sur le site de l’AITEC : http://aitec.reseau-ipam.org/spip.php?rubrique184 (ou entrée par la rubrique « Echanges d’expériences à partir de l’accueil) En s’appuyant sur le travail conjoint des collectivités réalisé en 2008, la seconde phase du programme amorce pour 2009 un « retour vers les territoires ». En effet, chacune des collectivités partenaires présente des attentes et des besoins qui lui sont propres. Et l’objectif est bien de répondre à ces spécificités, tout en privilégiant l’échange entre les collectivités participant au programme. Intégrer la dimension « solidarité internationale » dans l’Agenda 21 local, organiser un débat citoyen sur la façon de penser et de mener des actions de solidarité internationale par les associations (viabilité, pérennité, implications du projet sur le long terme, etc.), contribuer à la formation des porteurs de projets associatifs ou des élus, etc. sont autant de déclinaisons possibles sur lesquelles AITEC et CUF seront actives. Un outil de communication sur « le pourquoi et le comment » de l’implication des collectivités territoriales en solidarité internationale sera publié. Il prendra la forme d’un 4-pages dans lequel s’insèreront des fiches recto-verso thématiques et de focus sur des expériences à valoriser (une dizaine de fiches maximum). Un édito commun CUFAITEC par Gustave Massiah et Bertrand Gallet fera la « une » du 4pages. Par ailleurs, un hors série de la revue Altermondes1 sur les collectivités territoriales et la solidarité internationale sera publié, en partenariat avec le programme AITEC-CUF. Il s’intéressera en particulier aux réflexions, politiques et pratiques que les collectivités locales françaises mènent avec les acteurs de la solidarité internationale de leur territoire. Les collectivités membres du programme AITEC-CUF y occuperont une place particulière, sans que le hors-série ne se restreigne à la seule région Ile-de-France. *** Si vous voulez plus d’informations sur ce programme ou si vous êtes intéressés et voulez vous y impliquer, vous êtes les bienvenus ! N’hésitez pas à contacter Sarah Valin (si-territoires@reseauipam.org, 06 62 28 37 84).
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  Pour une présentation complète de Cités Unies France, voir le site http://www.cites-unies-france.org/html/home/index.html.
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Altermondes est la revue trimestrielle de la solidarité internationale. Elle est coéditée par le CRID, Oxfam France–Agir ici, Peuples Solidaires et Ritimo. Destinée à toutes celles et tous ceux qui s'intéressent aux questions de solidarité internationale, de développement durable, de droits humains…, elle cherche à favoriser la compréhension des questions et enjeux internationaux et à promouvoir les pratiques et les comportements responsables.

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Un GRAND PARIS pour un espace métropolitain écologique
Les deux textes ci-dessous sont écrits dans une version provisoire au 30/04/2009. Ils sont destinés au débat et à l’échange. Par ailleurs, le premier texte s’applique essentiellement à l’espace aggloméré dense de la région capitale (au plus Paris et première couronne), bien des aspects devant être revus voire corrigés en adoptant une échelle spatiale plus large. Il est volontairement court.

Clément Cohen

La crise écologique affecte tous les grands espaces métropolitains dans le monde, même si l’on sait aujourd’hui que dans les centres urbains les plus peuplés la compacité et la densité, l’importance des parcs de logements collectifs, l’offre de transports en commun sont autant de facteurs limitant les émissions et pollutions dues aux gaz à effet de serre. Mais par définition les grandes agglomérations concentrent une part très importante de la population mondiale, dont un nombre de plus en plus élevé d’habitants ont des niveaux de ressources faibles –voire très faibles- et moyennes. Ce sont ces catégories qui sont bien nettement davantage victimes des changements climatiques, des pollutions et dégradations environnementales de leur milieu de vie et qui voient ainsi leur santé menacée. Certes, les impacts sur les populations sont différents selon les métropoles, leur situation géographique, leur configuration urbaine et leur pouvoir économique. Mais il y a bien une fragilisation généralisée des populations les plus vulnérables dans les centres urbains partout dans le monde du fait des menaces sur les écosystèmes. Dans ce contexte, il est clair que les populations en difficulté, à l’instar de leur comportement en matière de consommation, « renoncent à la qualité »1 d’une meilleure vie en ville. Il serait donc déraisonnable que les réflexions et propositions d’aménagement concernant le Grand Paris ou Paris Métropole ne prennent pas en compte la crise écologique et l’urgence de généraliser la mise en œuvre du développement durable à l’échelle de l’agglomération. Il s’agit bien de changer de modèle urbain.
Le Grand Paris : une situation écologique a priori plutôt favorable jusqu’à présent

verts de proximité. Cette biodiversité est d’autant plus remarquable que les alentours de l’agglomération dense, où règne l’agriculture intensive constituent presque des « déserts faunistiques » (avec notamment l’absence dramatique des pollinisateurs) voire des espaces où le système agro-industriel a détruit les écosystèmes. Contribue également à la situation écologique plutôt favorable de l’agglomération parisienne une gestion des risques dits (encore) naturels plutôt satisfaisante, et notamment des inondations –sachant que nous attendons la très probable prochaine crue centennale de la Seine en région parisienne. On peut citer également une bonne capitalisation et diffusion, notamment à travers l’Université, des connaissances et expertises dans le domaine écologique. Mais la recherche et l’expertise écologiques implantées localement sont moins ciblées sur Paris et sa région que sur la France voire le monde entier. C’est un paradoxe. Enfin, le bilan global de la gestion des déchets ménagers est plutôt favorable, malgré un déficit évident de coordination dans la collecte (et même dans le traitement à l’échelle de la grande agglomération). La ville est globalement « propre » bien que ce thème soit l’un des plus fréquents dans les plaintes des citadins (rappelons que Paris est quasiment la seule grande ville au monde à réaliser une collecte quotidienne des ordures ménagères, dites « tout-venant », jusqu’à ce jour). Il est certain cependant que ces atouts « verts » du Grand Paris ne seraient pas aussi développés sans l’existence d’associations d’usagers et d’écologistes, nombreuses et actives sur la plupart des thèmes concernant l’environnement dans l’agglomération4. Mais aussi, en contrepartie, cela est le signe d’une gouvernance locale qui a su intégrer ce mouvement associatif et des procédures de planification intégrant la demande sociale, en règle générale au niveau soit communal soit régional –avec également quelques exemples réussis d’intercommunalités porteuses de réelles dynamiques participatives. Ainsi, la veille reste permanente et consolidée sur les équipements qui restent dangereusement (au moins potentiellement) émissifs ou polluants, comme les usines d’incinération des déchets mais aussi les décharges, sans parler des installations nucléaires.
Des handicaps écologiques encore lourds dans l’espace métropolitain

Paris et sa métropole font partie des très grands espaces urbains de la planète2. De façon générale, bien qu’il y ait des écarts très sensibles dans la répartition des revenus, dans l’habitat, dans la consommation et les accès aux ressources naturelles, etc., on peut dire que l’espace urbain parisien bénéficie de richesses naturelles plutôt importantes, assez bien réparties, relativement préservées, malgré une forte dégradation séculaire, due à trois facteurs principaux : les déplacements motorisés, de voyageurs et de marchandises, des modes de construction et d’exploitation des bâtiments très consommateurs d’énergie fossile, le tourisme international. Mais aussi, à partir des franges de ce vaste ensemble urbain, l’agriculture intensive est manifestement un facteur supplémentaire de pollution des sols, de l’eau et de l’air, et d’émission de gaz à effet de serre. Alors que l’industrie a profondément dégradé l’environnement au cours des dixneuvième et vingtième siècles, son recul depuis une bonne vingtaine d’années, voire sa disparition, a paradoxalement freiné la dégradation écologique mais marqué le milieu urbain métropolitain par l’existence de « quartiers » qui se sont gravement paupérisés, en rupture sociale, économique, urbaine mais aussi écologique avec la ville « renouvelée », à la fois active et assainie. Aujourd’hui, le constat général est que la métropole, considérée uniquement dans sa partie dense, avec Paris et les seuls départements de première couronne, est un espace plutôt encore préservé mais très menacé sur le plan écologique. Il faut en effet d’abord reconnaître que Paris et la plupart des communes voisines sont maintenant des zones à la fois : non ou peu soumises à la pollution des milieux naturels, notamment grâce à la forte diminution de l’usage des pesticides et autres produits chimiques grâce à une gestion de plus en plus écologique des espaces verts mais aussi dans bon nombre d’autres activités de services ; bénéficiant d’un relatif recul des nuisances générées par les déplacements motorisés ; et suffisamment éloignées des activités qui restent polluantes et émissives de gaz à effet de serre (agriculture et agro-alimentaire, industrie, logistique,…). Du coup, une flore et une faune qualifiables de « quasi-sauvages » reviennent dans Paris et ses environs immédiats 3. Mieux encore, la biodiversité est plutôt bien répartie dans ce territoire, y compris dans ses quartiers les moins favorisés. Son usage social est même de plus en plus développé à travers la diffusion des jardins partagés ou familiaux et la multiplication des surfaces

La métropole parisienne est victime de lourds handicaps qui risquent de surpasser ses atouts s’ils ne sont pas rapidement comblés. L’une des difficultés les plus importantes de ce territoire sur le plan écologique porte sur les fractures physiques de l’espace : grandes infrastructures routières et ferroviaires, friches et zones d’habitat populaire très minéralisées et bitumées, centres commerciaux et logistiques, étalement urbain dès que l’on quitte les derniers immeubles des communes de la ceinture parisienne… Ces coupures empêchent la constitution de véritables continuités vertes, perturbent les ruissellements d’eau pluviale et jouent même un rôle de « boule de verre » qui tend à enfermer la ville et la déconnecter de ses relations naturelles avec les alentours. Cela est bien entendu encore plus net dans les quartiers défavorisés socialement et écologiquement. L’eau est l’autre difficulté. Alors qu’en termes de quantité elle devient limite à l’extérieur de la première couronne au moment des étiages, le prix de l’eau en termes de coût est beaucoup trop diversifié et partout de plus en plus élevé, notamment pour maintenir une qualité de la ressource, dont le niveau reste malgré tout encore satisfaisant. Cette augmentation du prix de l’eau engendre des risques sociaux, économiques et même sanitaires. Sur le plan social, elle grève de plus en plus lourdement des ménages en difficulté. Sur le plan économique, elle va logiquement freiner la consommation, ce qui va alourdir encore les lourdes charges fixes des équipements de production et de distribution qui ont été construits depuis une cinquantaine d’années … et donc freiner également l’ardeur des opérateurs à généraliser l’indispensable moindre utilisation de la ressource. Mais aussi sur le plan sanitaire, l’augmentation du prix de l’eau pour les ménages risque d’entraîner une utilisation sauvage d’une eau insuffisamment épurée pour les usages familiaux (eau pluviale, eau

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potable stockée et récupérée de façon inappropriée,…).Il ne semble pas y avoir d’autres solutions que la création d’un grand service public de production et distribution de l’eau à l’échelle des réseaux actuels (d’eau potable et d’assainissement). C’est même une urgence. Un point important concerne également la nouvelle donne en termes de récupération des eaux pluviales. Ce domaine n’est pas exempt de contradictions, mais, ce qui est essentiel, il rompt avec la plupart des pratiques antérieures et institue de fait une nouvelle culture technique dans le domaine des réseaux urbains. Accentuer l’économie de la ressource en eau et la récupération des eaux pluviales en milieu urbain dense sont d’excellents moyens pour renforcer l’information, la sensibilisation, la communication sur le fait que l’eau (peut-être davantage que l’énergie) est un bon moyen pour apprendre et pratiquer la sobriété, la modération, le recyclage dans la consommation quotidienne. L’énergie et la pollution de l’air, tant de l’air extérieur que de l’air ambiant dans les espaces bâtis, en mettant ici à part le secteur des transports, ne pourront être réellement maîtrisées sans un effort solidaire considérable, qui ne peut être efficace qu’à une échelle de gouvernance large, incluant d’ailleurs l’Etat et l’Union européenne, comme pour toutes les autres régions françaises. C’est à un véritable Plan Climat Energie de l’espace métropolitain qu’il faut s’atteler, échelle à la fois pertinente techniquement et juste socialement. Bien entendu en s’appuyant sur les démarches déjà entreprises, comme à Paris par exemple. Enfin, il ne faut pas sous-estimer le fait que « Paris » est un mot qui a un très fort impact international. Toute action de responsabilité environnementale et sociale dans le territoire ne peut donc que susciter des échos favorables. En matière d’environnement et de développement durable, le Grand Paris doit jouer la carte de l’exemplarité. Plus globalement, la crise actuelle, qui est en même temps économique, sociale et environnementale, donc structurelle, provoque une remise en question de l’urbanisme métropolitain, même dans sa version plus récente très verdie. Ainsi l’écologie ne peut-elle être détachée du champ urbanistique, et donc social. Il est difficile de conclure ce trop bref panorama de l’espace métropolitain parisien vu à travers la dimension écologique. Disons que davantage encore qu’un espace écologique, il doit être un « espace écologisé » au sens qu’Edgar Morin a donné à la « pensée écologisée 5 » et, de ce fait, il ne pourra atteindre un niveau satisfaisant d’impulsion, de coordination et de cohérence réellement efficaces sans s’appuyer sur de larges échanges et débats entre citoyens, experts et autres acteurs du territoire métropolitain (les parties prenantes). Il faut tenir compte mais dépasser les intérêts, parfois aujourd’hui divergents –admettons-le- entre les acteurs lorsqu’ils pensent au niveau micro-local (quartier, petite ville…) et lorsqu’ils pensent (moins fréquemment) au niveau métropolitain voire francilien. Pour ce faire, on doit privilégier deux orientations. D’une part, les actions et gestes que beaucoup font, et de plus en plus, dans la perspective de solidarité planétaire. D’autre part, faire un « plan de gestion » public et collaboratif du Grand Paris incluant la coordination, la dynamisation cohérente et l’évaluation des politiques écologiques ou de développement durable plus locales, comme l’exige d’ailleurs le droit européen. Coordination, cohérence et évaluation qui doivent notamment permettre l’équilibre social et spatial de l’agglomération, respectant donc une « justice environnementale » égale et accessible pour toutes et tous, et le mieuxêtre de tout ce qui y est vivant. ***
Louis Audibert, Pascale Santi : Les plus pauvres renoncent à la qualité. Le Monde. Jeudi 25 mars 2009. 2 Près de 300 agglomérations dans le monde ont aujourd’hui plus d’un million d’habitants, dont 20 plus de 10. 3 Non, pas les loups, mais les renards, entre autres sont rentrés dans Paris.
1 4 C’est pourquoi, il ne faudrait généraliser qu’avec prudence cette observation de Grégoire Allix parue récemment dans Le Monde : « En matière de changement climatique, les villes ne sont pas le problème, mais la solution » (Le Monde, 5 avril 2009). 5

Formation, écoles, universités
(version provisoire) par Raoul Pastrana

La formation figure aujourd’hui parmi les problèmes qui affligent de plus en plus de Français. A l’occasion de la réflexion sur le Grand Paris, il semble opportun d’aborder le sujet de la formation de ses habitants depuis l’école maternelle jusqu’à l’université et la formation permanente, en essayant de dégager ce qu’il nous semble pouvoir être une alternative aux sombres avenirs que le pouvoir souhaite imposer au travers de ses Ministères de l’Éducation Nationale, des Universités, de la famille... L’objectif de notre réflexion me semble devoir être : quels moyens et quels dispositifs doit mettre en place le Grand Paris pour assurer à tous ses habitants l’accès à la connaissance, à tous les niveaux du savoir, à tous les savoirs, quels que soient leur âge, leur statut social, leur niveau de scolarité ou de revenus, quelle que soit leur origine. L’une des préoccupations des habitants de l’agglomération parisienne est l’éloignement résidence-lieu de formation. C’est un sujet important d’aménagement du territoire mais qui n’est pas le seul concernant la formation. En effet, c’est l’ensemble des barrières qui, d’une façon ou d’une autre, rendent difficile l’accès aux différents niveaux de la formation qu’il faut abolir. Abolir l’ensemble des barrières pour l’ensemble de la population nécessite d’améliorer et protéger l’ensemble du service public « formation ». C’est particulièrement évident pour le Grand Paris, pour ne pas faire de ce territoire un espace éducatif réservé à une élite. Depuis les années '50 la France s’est distinguée dans le monde par ses structures d’accueil de la petite enfance. Formation, qualité et nombre du personnel d’encadrement, âge de l’accueil, qualité physique des lieux, localisations, tout concoure à faire de l’école " maternelle " une institution bien adaptée à ses objectifs. Malheureusement elle n’a pas toujours su ou pu répondre avec la célérité nécessaire à l’évolution démographique et, Chalandon et Delouvrier aidant, au déploiement de la population sur le territoire. Par conséquent, le manque de classes était à l’origine de l’insécurité de l’emploi et du chômage des enseignants et nourrissait la gronde des parents. Cette situation, particulièrement tendue dans les Grands ensembles et les Villes Nouvelles de la Région Parisienne ne trouvera solution que bien des années plus tard. Le problème se repose aujourd'hui par la volonté de l'État de détourner l'école maternelle de sa fonction éducative à celle de garderie ("jardin d'éveil") à la charge des Communes. Ce dispositif constituerait une rupture dans la nécessaire continuité de prise en charge éducative du jeune enfant. L’école laïque, obligatoire et gratuite, l’école " primaire " de Jules Ferry et son souci d’enseigner ce que " l’on n’a pas le droit d’ignorer" impose, plus que propose, aux jeunes enfants un ensemble normalisé de connaissances, qui malgré son caractère contraignant, eut le mérite de conférer une dimension nationale à la question de l’éducation républicaine. En instituant une école obligatoire pour tous intégrée au siège de l’institution municipale, l’état rapprocha l’école de la citoyenneté. En la rendant gratuite popularisa et diversifia l’offre en formation détenue depuis longtemps par des institutions confessionnelles. Mais l’importante évolution des systèmes éducatifs constatée un peu partout dans le monde, dans le sens d’une plus grande adéquation du contenu des programmes à la diversité croissante de son public, ne toucha que peu d’enseignants isolés en France et presque pas l’institution, qui fière de son passé, restera fidèle au système magistral qui s’avèrera archaïque dès le milieu du XX s. Peu ou mal touchée par les recherches et les innovations des années '68 elle donne des signes importants de régression à nos jours par l'accumulation de reformes de ces dernières années. C’est dans les études dites "secondaires" qu’apparaissent avec évidence les plus gros disfonctionnements existants dans le système éducatif français. Collèges, lycées, filières de formation professionnelle, etc., les formes multiples de scolarité offertes aux adolescents, libres à l’origine, partiellement obligatoires ensuite, toutes basées sur la réussite individuelle, l’excellence et la compétition, par leur variété et au même temps leur spécialisation excessive, sont révélatrices plus d’une absence de projet pédagogique que d’une volonté d’élargir l’offre de choix. L’enseignement et la recherche universitaire, binôme indissociable, sont un niveau de la formation qui, comme les grandes écoles, semble encore réservé à une élite. Les revendications en cours (2009) des étudiants et des enseignants sont nom-

Edgar Morin : La pensée écologisée, Le Monde diplomatique, 1989. Republié dans E. Morin : L’An I de l’Ere écologique. Taillandier-Histoires d’Aujourd’hui, 2007. L’auteur souligne dans ce texte le rôle primordial d’une « science de type nouveau » pour laquelle « le diagnostic d’un mal écologique appelle […] une action régulatrice sur une interaction » donc « faisant appel à la fois aux interactions particulières et à l’ensemble global.

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-breuses. Tous regrettent le désengagement de l’état, le déni des expériences acquises et Appel de Louvain contre le processus de Bologne de la recherche, ses objectifs fixés par les politiques et les intérêts des entreprises, le cauchemar au quotidien que constituent la gestion du terrain et la recherche des « C’est la crise ! » est la phrase la plus prononcée durant ces financements, la réduction des effectifs, la hiérarchisation du monde universitaire sur un derniers mois. Oui, c’est la crise. Une crise économique mode concurrentiel et managérial. Des recherches et des expériences pédagogiques à traverse la société. Mais la crise est aussi sociale, culturelle, tous les niveaux ont toujours eu lieu en France. environnementale, en un mot elle est générale. Si l’implosion du système économique et financier est aujourd’hui utilisée Dans les années 70, avec les Centres de la Petite Enfance, un pas considérable est franchi dans le sens d’une prise en charge globale et continue du jeune enfant de la crèche à comme un argument pour accélérer la marchandisation de nos l’école maternelle et jusqu’à l’école primaire. Mais malheureusement, mises à part vies, des biens et des services publics, précarisant encore quelques réalisations isolées, les C.P.E. ne trouveront pas l’accueil espéré et resterons au plus le travail, nous ne sommes pas dupes. stade expérimental. D’autres verront simplement leur réalisation détournée des objectifs fondateurs. Des recherches sur le " nouveau lycée " voient le jour en France à l’I.P.N. vers En Grèce, la jeunesse et les travailleurs se sont insurgés, les années ‘60. Des "Lycées autogérés" où les élèves sont invités à l’auto discipline et à dans tous les espaces publics, contre leur gouvernement choisir librement leurs horaires et leurs matières (en fonction d’un programme officiel de corrompu et ses réformes néo-libérales. En Espagne, on ne référence), sont créés en France autour des années ’80. Malgré le constat des résultats compte plus le nombre de facultés occupées ces dernières assez satisfaisants, ils resteront expérimentaux. Une institution universitaire existe à Paris, années, mobilisées contre le processus de Bologne. En Italie, l’École des Hautes Études, qui se distingue par l’exceptionnelle qualité de son corps depuis plus de trois mois, le monde de l’éducation est en enseignant, qui offre aux étudiants la gratuité, l’absence de filtre à l’entrée concernant la révolte, et les facultés construisent, jour après jour, une autre formation initiale, reste un exemple d’ouverture et serait un exemple à reproduire. Avec un réforme du système universitaire. En France, les lycéens, les semblable esprit d’ouverture, l’Université de Tous les Savoirs vise la sensibilisation du enseignants et les chercheurs manifestent contre les réformes grand public aux thèmes majeurs de notre société et de notre culture. Malgré un certain gouvernementales du système éducatif, tout comme les nombre d’initiatives, il reste encore pas mal de chemin à faire dans le but de la étudiants l’an dernier contre la loi d’autonomie des universités démocratisation et de l’ouverture de l’université. (LRU). De l’Allemagne a été lancée l’idée d’une « Global week Ce qu’il faut faire aujourd’hui : améliorer l’ensemble du système éducatif français dans le of action » avec au centre le thème de l’éducation. Toutes ces sens d’une plus grande souplesse d’accueil des personnes à former. A l’échelle du Grand mobilisations s’opposent à des réformes qui ne sont ni Paris, l’enjeu est considérable. Cela veut dire : il faut améliorer le rapport enseignant - sectorielles, ni nationales mais la poursuite de logiques étudiants par la réduction du nombre d’élèves par enseignant. Il faut rapprocher les néolibérales imposées à l’échelle mondiale. On assiste à une établissements de leur " public ", autant par leur localisation sur le territoire que par une privatisation sauvage de l’instruction et à l’asservissement de réflexion sur le contenu des programmes d’études du primaire au secondaire, pour une l’enseignement supérieur au pouvoir économique. Les meilleure adéquation de ces programmes au développement intellectuel et/ou culturel des mouvements débordent largement le cadre universitaire et le élèves, pour répondre avec pertinence à la mixité qui devrait caractériser la population du monde de l’éducation. Les barrières mentales, physiques et que les gouvernants construisent Grand Paris. Cette nécessaire révision des programmes doit être faite en associant les techniques enseignants, elle doit offrir, à tous les niveaux, un espace plus important aux initiatives des consciencieusement à coups de matraque et d’enfumages individus ou des groupes qui souhaitent expérimenter des voies alternatives d’accès à la médiatiques ne sont que le moyen de restreindre nos libertés, connaissance. Il faut agir pour obtenir plus de proximité des lieux de formation des lieux notre émancipation, nos aspirations. Nous nous rassemblons d’habitation : selon des principes similaires à ceux qui ont guidé jadis l’implantation des peu à peu dans la même direction : une opposition radicale à écoles maternelles et primaires, en les assurant ainsi d’une meilleure distribution sur le la rentabilisation des biens communs. territoire. Dans le même sens et afin d’obtenir une articulation plus étroite entre le logement et l’enseignement supérieur ainsi qu’entre l’emploi et la formation, il faudrait multiplier la création de lieux de formation universitaire décentralisés. Un des objectifs doit être la réduction de la taille des établissements en particulier du secondaire et des universités, privilégiant des équipements de taille modeste, intelligemment distribués sur le territoire. Le coût de cette politique est considérable, certes, mais il faut se décider à investir dans " l’économie de la connaissance ". L’institution universitaire apparaît aujourd’hui au grand public comme un lieu de formation " inaccessible ". À l’occasion de la réflexion sur le Grand Paris il faudrait étudier les moyens de démocratiser et de multiplier les lieux de formation de niveau universitaire dits " hors les murs " pour assurer à l’institution une meilleure répartition territoriale. Un des moyens pourrait être la multiplication de ces structures légères, lieux universitaires de formation, dépendants administrativement d’une université, mais placés hors ses murs, en contact étroit avec la réalité qu’elles essaient de comprendre. Situées au sein même de la cité, organisées comme l’École des Hautes Études pour faciliter l’accès à l’institution et par là même l’accès au savoir, elles pourraient constituer un complément, voire une alternative à l’université traditionnelle actuelle. Outre la nécessaire délocalisation et le changement d’échelle des implantations auxquelles peut répondre l’université " hors les murs ", une autre réponse possible est l’"université itinérante", qui se déplace en fonction des thèmes traités. Comme ce fut le cas dans d’autres domaines, en France l’éducation a été un lieu privilégié pour toute sorte des pratiques expérimentales. Mais par manque des moyens, par manque du courage et du soutien des administrations de tutelle, elles resteront longtemps expérimentales et finiront par disparaître. Il faut viser la démocratisation, la désacralisation, la décentralisation de l’ensemble de l’appareil éducatif pour que la formation " continue " soit une réalité. La régression et l’échec sont partie intégrante de la formation comme la progression et le succès. Le développement des individus n’est pas linéaire, pourquoi la formation devraitelle l’être ? Il faut faire en sorte que chacun ait la possibilité d’accéder à un nouveau savoir, selon ses besoins et ses attentes, selon ses projets, gratuitement et aisément à la formation tout au long de sa vie, pour se perfectionner, quel que soit son statut social, le niveau de ses revenus, son lieu de travail ou de résidence dans le Grand Paris. Nous voulons faire des universités des lieux de rassemblement, de rencontre, de savoir libre et émancipateur. L’éducation est indissociable de la socialisation. Les mesure politiques qui construisent et nous enrôlent dans ce projet de société, par la transformation et les réformes des systèmes d’éducation, s’inscrivent dans le processus de Bologne adopté en 1999 par les gouvernants de 46 États européens. Le 28 et 29 avril à Louvain et Louvain La Neuve en Belgique se réunit, comme tous les deux ans, la conférence ministérielle pour « évaluer les progrès accomplis et les nouvelles mesures à mettre en place » et pour faire le point sur les réformes universitaires engagées et celles à mettre en œuvre. A-t-on demandé leur avis aux étudiants, aux enseignants et chercheurs, aux personnels, aux travailleurs de l’Europe ? Outre les ministres de l’éducation seront aussi présents des membres consultatifs tels que Business Europe (organisation patronale européenne) et l’ESU (European Student Union) pour faire le bilan de ce Processus. L’instruction est comme la liberté : elle ne se donne pas, elle se prend ! Rencontrons–nous à Louvain. Les puissants de toute l’Europe se réunissent donc pour parler de notre éducation, de notre futur et nous qui concrètement vivons et construisons cette société, nous ne pouvons pas manquer au rendez-vous. Nous sommes devant une occasion unique pour contester ce Processus, pour unir l’élan des mobilisations locales dans une optique qui dépasse les frontières nationales, pour commencer à construire et partager un savoir loin de toute logique économique, libre et accessible à tous. Partageons nos expériences et stratégies, établissons un réseau, donnons à nos révoltes partout en Europe un souffle encore plus puissant.

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Les issues stratégiques à la crise globale - Le débat international et la démarche du mouvement altermondialiste
Julien Lusson et Gustave Massiah

Le G20 de Londres a été à la hauteur des désillusions prévues. Certes plusieurs des déclarations ne manquent pas d’intérêt dans la mesure où elles semblent à l’opposé des principes des politiques des années passées. Prenons en acte et n’hésitons pas à rappeler les promesses de régulation. Une première question vient ternir l’optimisme : peut-on vraiment faire confiance aux dirigeants du G20 pour mettre en place une nouvelle régulation et en accepter les conséquences ? Pour l’instant, il ne semble pas. L’impression qui domine est que, en dehors d’un accord sur les plans de relance, les dirigeants espèrent, ou laissent croire, que la crise se calmera en 2010, et qu’il sera bien temps de voir s’il faudra aller plus loin dans l’idée d’une régulation consistante de l’économie mondiale. La deuxième question concerne les politiques économiques des prochains mois et ce qu’elles laissent percevoir des orientations dominantes du G20. Les paradis fiscaux ont été montrés du doigt et désignés. Mais les listes confiées à l’OCDE ne sont pas très probantes. Surtout, seule l’évasion fiscale est mise en cause et rien n’est avancé sur les trous noirs de l’économie mondiale. Les multinationales, les banques et les mafias pourront continuer à mener la danse en fonction des seuls intérêts de leurs actionnaires cachés. Aucune réelle préoccupation n’est apparue concernant la redistribution des richesses. La relance se traduit par des crédits massifs, mais pour les banques et les entreprises, qui continuent pourtant de licencier tout en rémunérant grassement leurs cadresdirigeants. Les super riches ont été priés d’être discrets, ce qui leur paraît déjà insupportable. Les pauvres sont priés d’attendre sans faire trop de bruit. Le commerce mondial et la croissance ont été réaffirmés. Le FMI et la Banque mondiale ont été félicités, dotés et promus. Pas de remise en cause de leurs statuts ou des droits de vote, pompeusement appelés « gouvernance ». Pas question de critiquer les politiques économiques imposées, fièrement revendiquées et toujours marquées du sceau du néolibéralisme.Et pourtant le changement est indispensable. Il viendra nécessairement de l’approfondissement de la crise qui, au prix des souffrances des plus fragiles, viendra démontrer qu’il ne s’agit pas d’un mauvais rêve dont pourraient sortir les puissants sans risque pour leurs pouvoirs et leurs privilèges. Il viendra surtout des résistances locales et nationales qui répondent à des situations insupportables et qui prennent conscience de la duplicité des dirigeants politiques qui ont réussi à garder leurs places malgré leurs responsabilités dans la crise. Le débat international sur les orientations stratégiques Dans la situation actuelle, la tendance est à l’ouverture. Par rapport à la période Bush, la victoire d’Obama offre des perspectives qui ne se réduisent pas à la défense du néolibéralisme et aux dérives néoconservatrices. Pour autant, rien n’est gagné et la nouvelle politique des Etats-Unis ne se dégagera pas, sans ruptures difficiles, de la stricte défense de leurs intérêts et de leur hégémonie. Le débat sur les orientations stratégiques s’organise autour de trois pôles, dès lors qu’on laisse de côté le G20 surtout préoccupé par des considérations tactiques et attentistes.

réforme du commerce mondial et des politiques de développement (« The global economic crisis : Systemic Failures and Multilateral Remedies » (19 mars 2009) [2])).Ces trois documents sont porteurs d’un programme réformateur de l’économie mondiale qui pourrait servir de référence aux débats des Nations Unies. Leur approche, souvent qualifiée de Green New Deal, préconise une régulation publique qui s’inspire de l’esprit de Bretton Woods et qui reprend à son compte quelques-uns des paradigmes keynésiens adaptés à une économie ouverte plutôt qu’à une régulation nationale et à la prise de conscience des limites écologiques. Le rapport de la CNUCED propose d’en finir mondialement avec les marchés financiers déréglementés et avance l’idée d’une reréglementation multilatérale et concertée via l’ONU et une conception du commerce mondial qui refuse les dumpings sociaux, écologiques, fiscaux et monétaires. Le rapport de l’OIT met l’accent sur la lutte contre le chômage, dont il prévoit une explosion. Il préconise l’extension des systèmes d’assurance et d’indemnisation des chômeurs, la promotion du travail décent pour lutter contre la précarité, des investissements publics dans les infrastructures et le logement ainsi que dans les emplois verts (voir son rapport « Emplois verts : Pour un travail décent dans un monde durable, à faibles émissions de carbone » -septembre 2008 [3]) , le soutien aux PME et le développement du dialogue social à tous les niveaux. Le rapport Stiglitz reflète également une conscience aiguë de la nécessité des régulations et réorientations d’un système mondial de plus en plus incontrôlé. Il sacrifie bien à des envolées rituelles sur le commerce mondial et la lutte contre le protectionnisme. Mais il y a aussi des ouvertures sur les fonds additionnels mondiaux (les droits de tirage spéciaux) articulés aux grandes devises, les monnaies régionales, les nouveaux paradigmes du développement, la réforme des institutions internationales, la réduction réelle des paradis fiscaux et judiciaires. ♦ Le deuxième pôle est celui du mouvement syndical international qui occupe une place centrale dans les mobilisations sociales et citoyennes contre les effets néfastes de la crise. Ses recommandations sont énoncées dans la «Déclaration syndicales internationale pour le Sommet de Londres » (26 mars 2009) , laquelle complète une réflexion engagée depuis plusieurs mois par le TUAC sur la réglementation financière (voir notamment « Retour à la réglementation suite à la crise financière mondiale. Document d’orientation » (novembre 2008) ).Le mouvement syndical inscrit ses revendications de court et moyen terme dans une perspective de développement durable à laquelle il porte une grande attention. Il s’agit de travailler non seulement à enrayer la crise au plus vite, mais aussi à organiser une économie mondiale plus juste et plus soutenable pour les générations futures. Il préconise un plan international de relance et de croissance durable coordonné, qui recoupe, en les précisant, une partie des propositions du plan de l’OIT et articule très court et moyen termes : investissements massifs pour l’emploi dans le développement d’infrastructures stimulant la croissance de la demande et la productivité de moyen terme ainsi que dans le soutien aux bas revenus, politiques actives du marché du travail, développement des filets de sécurité sociale, investissement dans une « économie verte » visant une croissance à faible émission de carbone, développement de l’accès aux ressources et renforcement des marges de manœuvre politiques permettant aux économies émergentes et en développement de poursuivre des stratégies anti-cycliques (il est ici question d’un changement de paradigme politique). S’il insiste sur l’implication du mouvement syndical dans la décision publique, il ne prend pas suffisamment en compte les questions qui sont mises en avant par le mouvement social et citoyen, notamment l’agriculture paysanne, les différentes dimensions de la pauvreté, l’approfondissement des inégalités et les discriminations, l’emploi informel, l’économie sociale et solidaire et surtout celle des migrations.

♦ Le premier pôle est organisé autour des instances les plus ouvertes des Nations unies. Il s’agit d’abord de l’Assemblée générale des Nations unies, le « G192 » comme le désigne son président Miguel d’Escotto. Elle a confié à la commission d’experts présidée par Joseph Stiglitz, un travail de propositions qui doivent être discutées à la session annuelle de l’Assemblée en septembre 2009. Cette session sera préparée par une ♦ Le troisième pôle du débat international est porté par les mouvements Conférence des Nations unies, du 1er au 3 juin 2009 (UN Conference on sociaux et citoyens, associations, syndicats et réseaux dont plus de 300 ont the World Financial and Economic Crisis and its Impact on Development). signé au Forum Social Mondial des propositions que l’on trouvera dans la Les recommandations de la Commission Stiglitz (« Recommandations de la Commission d’experts au président de l’Asemblée générale des Nations unies sur Déclaration de Belem du 1er février 2009 «Pour un nouveau système économique et la réforme du système monétaire et financier international » (19 mars 2009)) social. Mettons la finance à sa place ! » , déclaration que plusieurs ATTAC du monde pourront être confortées par deux rapports du système des Nations unies : ont approfondie dans le « Document de référence. Pour un nouveau modèle économique et celui de l’OIT qui propose un plan mondial pour l’emploi (« Tendances social. Mettons la finance à sa place. » (26 mars 2009) . Ces propositions esquissent des alternatives qui doivent être avancées dès maintenant. Elles concernent le rôle mondiales de l’emploi » (janvier 2009)) et celui de la CNUCED qui propose une

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prédominant à attribuer aux Nations unies dans la réglementation du système international, la socialisation du système bancaire, le contrôle strict des mouvements de capitaux, l’évolution des formes de propriété, la nécessité de lier les revenus au travail. Elles rejoignent la commission Stiglitz et le pôle syndical international sur la création de monnaie de réserve régionale. Mais elles dessinent une perspective de démocratisation radicale de l’économie. Elles restent pour autant évasives sur les formes de l’implication citoyenne et civile dans la régulation et sur les implications radicales d’une prise en compte des contraintes écologiques. Mais elles se prolongent dans les discussions actuelles qui explorent, à partir notamment des travaux de la commission britannique pour le développement durable, une démarche radicalement alternative, celle de « la prospérité sans la croissance » (Sustainable Development Commission UK, «Prosperity without growth ? The transition to a sustainable economy » (30 mars 2009). La stratégie du mouvement altermondialiste Deux des pôles du débat, le mouvement syndical international et la déclaration de Bélèm sur la crise, sont des références pour le mouvement altermondialiste. Le mouvement syndical mondial est conscient des nécessaires transformations, il est aussi soucieux de négocier des propositions de court terme par rapport à la situation immédiate des salariés, et conscient de la nécessité d’articuler les deux dimensions. Plusieurs mouvements partagent cette démarche, notamment les organisations paysannes et les associations de solidarité, et particulièrement celles engagées dans l’Action mondiale contre la pauvreté (Global Call Against Poverty).Le mouvement altermondialiste est conscient de l’importance des mesures immédiates à prendre par rapport au désastre économique et écologique. Il est très attentif à prendre en compte les autres dimensions d’une crise définie comme une crise globale de la mondialisation capitaliste et comme une crise civilisationnelle. Pour une large part de ce mouvement, il s’agit de s’inscrire dans la recherche et la mise en œuvre d’orientations alternatives correspondant au dépassement du système dominant. Le mouvement altermondialiste est aussi très attentif au débat dans les Nations unies. La commission Stiglitz regroupe des réformateurs pour qui une nouvelle régulation mondiale est une condition nécessaire, et pour beaucoup d’entre eux, suffisante pour sortir de la crise. Ils sont confrontés à la morgue des néolibéraux qui tiennent toujours la barre et ne sont pas prêts à céder leur place. De ce fait, ils peuvent être amenés à radicaliser leurs propositions et auront besoin de rechercher des alliances. Les altermondialistes sont, pour leur part, conscients qu’une régulation publique mondiale est nécessaire et que la dimension écologique est un défi majeur. Même si ces réformes ne leur paraissent pas suffisantes par rapport à la hauteur des enjeux, ils ne peuvent rester indifférents aux opportunités ouvertes à court terme. L’Assemblée générale des Nations unies doit discuter en septembre des propositions avancées par rapport à la crise financière, économique et écologique. Cette session peut être l’occasion d’enrichir le débat international sur les orientations stratégiques pour répondre à la crise globale de la mondialisation capitaliste et de populariser les approches et les propositions des différentes composantes du mouvement altermondialiste. Certains sont sceptiques par rapport aux Nations unies et pensent qu’on ne peut rien en attendre tant que leur réforme radicale n’aura pas été menée à bien. Pourtant le G20, qui camoufle bien mal le G7 qui le contrôle, n’a jamais tranché dans un sens d’égalité ou de justice sociale. Alors que les conférences mondiales des Nations unies ont fait progresser bien des débats comme à Rio, en 92, sur l’environnement et le développement, et à Vienne, en 94, qui a permis l’adoption du protocole additionnel sur les droits économiques, sociaux et culturels. Le levier du changement capable de peser sur les Nations unies est constitué par les résistances sociales et citoyennes, la mobilisation des mouvements syndicaux et associatifs à l’échelle mondiale, les prises de position des autorités locales. Le soutien de quelques gouvernements progressistes relayant ces positions et l’écho auprès de nombreux gouvernements de pays pauvres marginalisés par les directoires et humiliés par le G8 sont de nature à faire pencher la balance aux Nations unies et à donner un plus grand écho à des positions progressistes. Ces positions pourraient influencer ceux qui assument un rôle contesté de directoire mais qui disposent de pouvoirs réels

et de grandes responsabilités. Elles pourraient déboucher sur des avancées du droit international, sur des réformes radicales des institutions internationales et sur un nouveau système de régulation mondial. Le mouvement altermondialiste, à travers ses différentes composantes, peut prendre en compte les différents horizons de la crise globale de la mondialisation capitaliste et préciser l’articulation de ses réponses. Le fondement de ces réponses est formé par les résistances sociales, populaires et citoyennes aux politiques dominantes de réponse à la crise : l’explosion du chômage et de la précarisation, l’extension de la pauvreté, l’approfondissement des inégalités et des discriminations, la criminalisation des mouvements et des résistances, la restriction des libertés par les réponses sécuritaires et répressives, la déstabilisation et le recours aux conflits et aux guerres. L’intervention, à court terme, dans le débat international, sur les propositions de régulation publique de l’économie mondiale, devrait privilégier le système des Nations unies à partir des propositions soumises à l’Assemblée générale par un pôle réformateur qui s’exprime à partir du rapport de la Commission Stiglitz et des rapports de l’OIT et de la CNUCED. Le soutien et la discussion, à court et moyen terme, des recommandations du mouvement syndical international, permettrait de peser sur les propositions du pôle réformateur pour prévenir les offensives des forces néo-libérales et néo-conservatrices qui sont toujours actives et souvent dominantes. La mise en avant, dès maintenant, de la construction des alternatives au système actuel, préparerait le plus long terme, à partir des pratiques sociales d’innovation et de résistance et de la popularisation des propositions mises en avant par le Forum social mondial.

FORUM des SANS VOIX à BAMAKO

« A l’initiative du Mouvement des Sans Voix et avec l’appui du réseau No Vox, le premier forum des « Sans » s’est organisé à Bamako au Mali du 3 avril au 5 avril 2009. Ce projet commun d’un forum des « Sans » fait consensus parmi les membres du réseau, au moment où le constat est là : les forums sociaux ne sont pas inclusifs des mouvements de base de femmes et d’hommes qui s’organisent dans la défense de leurs droits et leurs luttes locales dans leur vie de tous les jours ! Dès lors, le réseau No Vox décide d’organiser ses propres forums ! Sur le terrain, pendant une semaine, la délégation internationale composée de militants de France, du Burkina Faso et du Bénin, avec les militants maliens, rencontre les habitants des quartiers en démolitions de Bamako,du quartier en lutte contre la spéculation foncière des habitantES malades de la lèpre , stigmatisés et tous (Tes) répriméES , les grévistes de la mine d’or de Morila, les salariés licenciés de Huicoma de Koulikoro, les paysans spoliés de leurs terres par l’office du Niger, les maraichers, jardiniers de Bamako, les ramasseuses et vendeuses de sable, de graviers, les militantEs pour les libertés publiques et les droits des femmes ,les collecteurs de déchets liquides humains … « Le forum a déjà eu lieu entre nous », dit-on même avant le jour J de l’ouverture. Les liens de confiance et de solidarité entre les militantEs se sont créés. Il ne reste plus qu’à rendre visible ces luttes locales, faire entendre la voix de ces femmes et de ces hommes, leur mettre à toutes et tous(tes) un visage .Les ateliers-rencontres construisent les convergences, les revendications communes et les solidarités .Le forum des «Sans », relayé par la presse et la télévision nationale, est un franc succès avec 200 participantEs . Une première au Mali ! Au passage, doiton (re)signaler que la Voix des « Sans », la Voix qui ne résonne pas dans les forums sociaux, est celle que les autorités craignent, celle que la police corrompue enferme ? Expérience vécue à Bamako. Ne pas se taire, ne pas plier, construire la solidarité aux luttes par la lutte, est notre force collective, on va continuer nos forums.

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Nos partenaires un réseau de six associations de solidarité internationale
Le réseau « Initiatives Pour un Autre Monde » est né de la volonté de six associations de solidarité internationale de se regrouper afin de poursuivre et renouveler l’action de solidarité internationale initiée pendant les années 70 au cœur des mouvements de résistance à la domination coloniale et impérialiste. IPAM aspire à produire une pensée renouvelée sur la situation mondiale et construire une stratégie et des pratiques de solidarité internationale résonnant avec les grandes questions sociales qui font les défis d’aujourd’hui. Les 6 associations ont des champs d’intervention différents et complémentaires :A travers Ipam, se construisent des collaborations (commission, ateliers, groupes de travail) entre les associations sur des thèmes transversaux ou des activités ponctuelles (animation de débats, campagnes...). Nous faisons circuler une information "alternative" sur la liste collective (ipam@reseauipam.org). C’est par Ipam que nous participons aux forums, au CRID, aux réseaux internationaux. Agence pour la solidarité internationale, la culture et le développement (Amorces) Appui à la formulation, au montage des dossiers de financement, au suivi et à l’évaluation de projets dans les domaines de la solidarité internationale, de la culture et du développement. Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (Cedetim) Lieu de réflexion, d’initiatives et de propositions pour la promotion des libertés, des droits – individuels et collectifs, des personnes et des peuples -, du développement au Nord comme au Sud. Assemblée Européenne des Citoyens (AEC) Branche française du réseau Helsinki Citizens’ Assembly (HCA) – Travaille pour la paix et la démocratie par le développement des initiatives citoyennes, interculturelles, transfrontalières, en particulier avec les Balkans, le Caucase, la Turquie. Centre de Documentation sur le Développement, les Libertés et la Paix (CEDIDELP) Lieu de consultation et de mutualisation ouvert au public sur la mémoire et l’actualité des luttes de solidarité internationale. Echanges et partenariats (EP) Association qui promeut les partenariats et les échanges entre les sociétés civiles, en s’appuyant principalement sur les associations de solidarité internationale. Un de ses objectifs est de proposer de nouvelles formes d’engagement à des individus impliqués ou désirant s’impliquer dans des projets de solidarité, notamment au travers de programmes d’échanges et l’organisation de rencontres.

IPAM

AITEC
Créée par des urbanistes, économistes, cadres d’entreprises, juristes…, dans une volonté de (re)lier la pratique professionnelle à l’engagement politique, l’Aitec participe à la construction d’une expertise ancrée dans les luttes sociales et à la formulation de propositions alternatives. Depuis, 1983, nous partons du principe qu’une expertise élaborée collectivement à partir de débats contradictoires, peut contribuer à la transformation sociale

Contact
AITEC 21 ter rue Voltaire 75011 Paris – (0033) 01 43 71 22 22 contact.aitec@reseau-ipam.org http://aitec.reseau-ipam.org

Tirés à 150 exemplaires en format papier et 205 exemplaires par mail. Prochain numéro des carnets de l’AITEC : 15 octobre. Envoyez vos articles et contributions avant le 7 octobre 2009. Avec les contributions de, Ghazi Hidouci, Vinod Raina (trad. H. Cabioc’h), Sarah Valin, Raoul Pastrana, Clément Cohen, Gustave Massiah, Julien Lusson, Hélène Cabioc’h, Amélie Canone, David Gabriel, Novox Photos et illustrations en copyleft : p1 : davidgabriel, p10 : forum de bamako (novox.ras.eu.org)

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