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PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS! Nouvelle Série —Ne 20-21 @ PURSE ereas shi JUILLET-AOUT 1945 QUATRIEME INTERNATIONALE SOMMAIRE @ Editorial. @ \Impérialisme francais en quéte de grandeur par N. MARC. @ Lettre ouverte de Léon Trotsky aux travailleurs de I’Inde. Le Mouvement Trotskyste aux Indes. Théses des Bolcheviks-Léninistes hindous. @ Aux archives du Marxisme. x ... Les problémes centraux des pays coloniaux et semi- coloniaux sont: la REVOLUTION AGRAIRE, c’est-a-dire Ia liquidation de I'héritage féodal, et L'INDEPENDANCE. NATIONALE, c’est-A-dire le renversement du joug de Vimpérialisme. Ces deux taches sont étroitement liées l'une & Tautre.... Le poids spécifique des diverses revendications démo- cratiques et transitoires dans la lutte du prolétariat, leur liaison réciproque, leur ordre de succession sont détermi- nés par les particularités et les conditions propres de cha- que pays arriéré, pour une part, considérable par le degré de son retard. Cependant, la direction générale du déve- loppement révolutionnaire peut étre déterminée par la formule de la REVOLUTION PERMANENTE, dans le sens qui a été définitivement donné & cette formule par trois révolutions en Russie (1905, Février 1917, Octo- bre 1917). : L'Internationale « Communiste » a donné aux pays arriérés I'exemple classique de la maniére dont on peut causer la ruine d'une révolution pleine de forces et de promesses.., .. Aprés avoir trahi la révolution prolétarienne interna- tionale au nom de I'amitié avec les esclavagistes démocra- tiques, le Komintern ne pouvait manquer de trahir égale- ment la lutte émancipatrice des peuples coloniaux, avec d'ailleurs un cynisme encore plus grand que ne I’avait fait avant lui la Il* Internationale. La pélitique des Fronts Populaires et de « défense nationale » a comme une de ses taches de faire avec les centaines de millions d’ hommes de la population coloniale de la chair 4 canon pour l'impé- rialisme « démocratique ». Le drapeau de la lutte émanci- patrice des peuples coloniaux et semi-coloniaux, c’est-a- dire de plus de la moitié de ’humanité, passe définiti- vement aux mains de la IV* Internationale... Lragonie du Capitalisme et les Taches de la IV" Internationale. (Le Programme Transitoire, 1988.) NOUVELLE SERIE — Ne 20-21 JUILLET-AOUT 1945 IVE INTERNATIONALE Organe du Comité Exécutif Européen de {a IV* Internationale EDITORIAL La lutte pour Il’indépendance des peuples coloniaux, levier décisif pour le renversement de l'impérialisme mondial. UR tous les points du globe, de gigantesques bouleversements ébranlent jusque dans leurs fondements les vieilles constructions impériales. En Extréme-Orient, la lutte pour ’affranchissement du plus beau joyau de I'Empire Britannique — le plus grand empire colonial du monde — s'avive chaque jour: I’Inde, malaré toutes les concessions de derniére heure (futur statut de Dominion) n’a qu'un mot d’ordre de ralliement: « T'indépendance immédiate ». La mémé lutte se poursuit en Indochine, of Vimpérialisme francais décrépit — le dewsitme empire colonial du monde — donna d'abord Ja mesure de son impuissance en capitulant devant Vimpérialisme nippon. L'effondrement inévitable de ce dernier ouvre A présent de nouvelles perspectives au peuple indochinois. Dans le Proche-Orient, le réveil combattif du peuple arabe qui a secoué en Syrie et au Liban le joug de l’impérialisme francais, contamine non seulement l'Afrique du Nord francaise, mais aussi Egypte et P’Iraq, dominées par la Grande-Bretagne. Les vieilles puissances coloniales, appauvries et ruinées, se heurtent chaque jour entre elles en méme temps qu’elles sont obligées de reculer devant I'impérialisme américain. L'impérialisme britannique, le plus impitoyable en raison méme de son affaiblisse- ment, essaye de reconstituer sa puissance en s'emparant des empires de ses rivaux comme de ses « alliés »: limpérialisme francais en est Iui-méme la proie. Ainsi, la deuxiéme guerre mondiale, dans laquelle 50 millions d’hommes pourrirent sur Jes champs de bataille au nom de la démocratie, montre son véritable visage: une monstrueuse entreprise de rapine. Lees petites métropoles coloniales (Belgique, Hellande, Danemark) tendant & deve- nir les simples mandataires d'impérialismes plus puissants qui pénétrent Jeurs empires par les portes des franchises commerciales et qui y établissent leurs bases stratégiques et leur véritable mainmise économique. IV INTERNATIONALE La marche des événements est contradictoire et fait parfois sortir, méme du pire recul, les meilleures perspectives pour l'avenir, La décadence et la balkanisation du vieux continent ont permis & I’impérialisme américain, non seulement de prendre soli- dement pied en Europe méme, mais encore de briser partout les anciennes unités éco- nomiques impériales, afin d'y imposer sa pénétration commerciale: Le processus de des- truction des anciens empires aiguise les contradictions inter-impérialistes, ouvre des bréches nouvelles & travers lesquelles les peuples coloniaux sauront trouver malgré et contre tous, le chemin vers l’indépendance. Une gigantesque crise révolutionnaire mArit dans le monde colonial, et ses consé- quences en seront déterminantes, aussi bien pour l'Europe, — patrie des vieilles métro- poles, — que pour le monde entier, La lutte pour I’indépendance des peuples coloniaux devient aujourd'hui le levier peut-étre de plus décisif pour le renversement de I'impérialisme mondial. Il incombe aux prolétariats des pays exploiteurs d’apporter plus que jamais, par leur combat implacable contre leur propre bourgeoisie, comme par leur solidarité agissante ayec les peuples coloniaux, la preuve de la volonté d’en finir avec toutes les oppressions de classe, de-race, de nationalité. C’est sur ce chemin que les appela Ia IV° Tnterna- tionale qui — maintenant que les sociaux-démocrates et les staliniens ont abandonné Ja lutte pour I’émancipation coloniale pour se solidariser avec les bourgeoisies rapaces des métropoles impérialistes — maintient seule le programme communiste de libération de toutes colonies et semi-colonies, afin d’arracher le globe au chaos sanglant du régime capitaliste et d’édifier sur ces ruines les Etats Unis Socialistes Soviétiques de I'Europe et du Monde. IV INTERNATIONALE 5 I, — LE SABRE ET LE GOUPILLON Les Journées @’Aott, Ily a pres d’un an, aux derniers jours du mois d’aoat, les armées anglo-améri- caines approchaient prudemment des portes de Paris: le < mur de [’Atlanti- que » s%était effondré ct ce qui subsistait des armées nazies reflouait par le cou- loir de Paris, vers l’Alsace et vers le Rhin...; mais yne inconnue subsistaft: Aprés quatre années de dictature nazie et vichyssoise, Ia France se trou- vait privée d’un gouvernement central: Paneienne autorité et Vancienne « Iéga- lité » s’étaient effondrées; les destruc- tions opérées dans le syst8me des trans- ports avaient fait retourner ensemble du pays A V'autonomic de facto des vil- les ct des provinces complétement isolées les unes des autres. Depuis le 17 aotit, les cheminots s’étaient mis en gréve, La plupart des usines étaient fermécs. Qu’allait-il se passer dans la capitale, sur les débris de l'ancienne légalité? La ¢ Résistance » qni groupait tous les courants d’Union Saerée, opposés au nazisme, sortit de Villégalité avec les mots d’ordre communs d’ < Insurrection nationale » et « Mort aux boches et aux traitres >. Das le début, le P.C. se mani- feste comme I’élément moteur de la « Ré- sistance ». En tant que tel, il oriente la classe ouvrigre, non vers les usines — afin de les transformer en bastions ou- vriers — mais vers les quartiers, ol, toujours sous son impulsion, se constitue la Milice Patriotique dont lobjectif su- préme est la lutte contre le « boche », Par N. L'IMPERIALISME FRANGAIS en quéte de grandeur MARC. Les Allemands ne contrdlent plus que leurs voies de retraite, — et encore — et quelques blocks fortifiés. Le pouvoir se trouve d’emblée entre les mains des divers comités de la Résis- tance — nommés par en haut, parfois avec accord de tous les partis < résis- tants », — parfois en tant qu’émanation direete'd’un seul parti. Une lutte, tantdt sournoise, tantot ou- verte se livre entre les divers partis de la résistance autour des mairies ot. cha- cun essaie d'installer sa propre équipe. Des barricades se dressent en divers points de la capitale et chaque batiment officiel déserté par les Allemands devient un nouveau < bastion de la résistance >. Le bastion central, c'est la Préfecture de Police, Bn effet, deux jours avant que les « Alliés » ne soient aux portes de Paris, les flies qui avaient torturé pen- dant quatre ans les militants ouyriers et les combattants anti-nazis, se méta- morphosent brusquement en < résis- tants », se mettent en gréve et recon- naissent opportunément Vautorité d'un émissaire du général de Gaulle. Les Allemands, absorbés par le souci de leur retraite, sont aftagués en divers points par les équipes de la Milice Pa- triotique, mais ils no’nt pratiquemént plus la force de faire des sorties mas- sives en dehors de leur ligne de repli. Pendant ce temps, l'avant-garde révo- lutionnaire, extrémement réduite, inex- périmentée et pou audacieuse, concentre ses efforts sur les usines et y impulse la création des Comités ouvriers, Un ré- seau de Comités élus s’étend d'usine a usine, des grandes entreprises, comme 6 Iv’ INTERNATIONALE Renault, aux entreprises de moindre importance, Mais ces Comités sont. élus par une fraction trés restreinte de Ia classe ouyritre, une faible partie de celle-ci étant retournée vers les usines fermées depuis plus de deux mois; l’au- tre partie se trouve dans les quartiers, sous Vobédience directe du P.C.I. dont tous les mots d’ordre visent & orienter Yopinion ouvriére vers la < lutte contre Y'Allemand > (la premiére Humanité im- primée porte sur six colonnes « Mort aux boches et aux traitres > et le lendemain, «< A chaque Parisien, son boche »). Ainsi, par cette tactique d’loignement yolontaire des usines, la bureaucratic du P.C.F, empéche toute possibilité de re- groupement des forces ouvritres, a un moment oii leur action autonome risque- rait de mettre en danger les bases du régime capitaliste. Lorsque, six jours aprés cette soi-di- sant < insurrection », dans lesquelles tant de jeunes travailleurs se sacrifid- rent, les chars de Leclere entrérent fina- lement dans Paris, les Allemands siétaient retirés depuis deux jours, et les soubresauis populaires n’avaient aucune- ment dépassé les cadres prévus de com- mun accord par les partis résistants d'Union Sacrée. L’unanimité nationale orehestrée par le P.C. avait étouffé com- plétement toute réaction autonome pro- fonde de la classe ouvritre. L’armée alliée avait marqué un temps d’arrét avant d’entrer & Paris, pour vé- rifier & Pépreuve des faits si le magma de Ja résistance était capable de rame- ner sans secousse le pouvoir, de la rue aux mains de de Gaulle. Son calcul ne s'était pas avéré faux. Tout était en < ordre >, dans Vattente patiente des notiveaux maitres, Mais dés le début, un petit épisode allait se jouer entre de Gaulle et Te Comité National de la Résistance qui, au grand complet attendait le général & PHotel de Ville pour lui remetire solen- nellement le pouvoir, Tandis que le G.N.R. faisait les cent pas a l'Hétel de Ville, de Gaulle descendait les Champs- Elysées vers Notre-Dame pour y ree: voir la bénédiction des cardinaux qui avaient encensé Pétain quelques semai- nes auparavant, Suivi des chars de Le- clere, plébiscité par les hourraahs de Ta la foule, encensé par les cardinaux ct protégé par les flics résistants de la der- nigre heure, de Gaulle daigna ensuite’ faire Je tour du propriétaire & l'THatel de Ville. Malgré Yeseroquerie politique de « Vin- surrection nationale >, la consécration officielle de Ia libration de Paris s'était effectuée sous le signe du sabre et du goupillon, La dualité des pouvoirs, Les événements de Paris ne se sont pas reprodwits identiquement partout. Dans les centres maquisards, ct dans les villes ot Varmée n’arriva que bien plus tard, un battement plus grand s'est pro- duit entre Veffondrement allemand et Ventrée des < Alliés ». Le pouvoir échut pour un temps, soit aux Comités de la Résistance, comportant tous les partis sans distinction de classe, soit & des for- mations plus restreintes comme F.T.P., Comités de Milice Patriotique, ete... Tous ces Comités perdirent pied au fur et & mesure du ressaisissement de l'appareil étatique, ressaisissement dautant plus rapide, que tous les partis facilitaient la tache au gouvernement central. Le juge, le flic, le percepteur se soudérent immé- diatement autour du nouveau « sau- veur >, comme en 1940 ils s'étaient, sou- dés autour de Vautre « sauveur >, Pé- tain... De Gaulle constitua en hate un nou- yeau ministére, dans lequel il eut le soin @inclure le chef. nominal du C.N.R. — Bidault —, ce qui donnait lillusion d’un amalgame entre V’ancien appareil et les Comités de la Résistance, En réalité, en fait d’amalgame, il s’agissait d’une sim- ple incorporation dans Vappareil des élé- ments nouveaux, mais nullement d'une liaison entre deux éléments distincts: appareil et Comités. Dvailleurs les Comités remirent eux- mfmes le pouvoir & Pappareil auquel ses membres s’intégraient ou se soumettaient. avec empressement. Finalement la petite bourgeoisie se dé- tacha & son tour des Comilés de Ia Ré- sistance qui s’étaient dessaisis « patrioti- quement » de tout pouvoir, Pendant ce temps, les staliniens pri- rent en charge de balayer dans les usi- nes les Comités ouvriers. Leur liquida- tion fut @autant plus rapide que leur écho avait &é tr’s amorti dans la classe ouyridre, et que Pavant-garde révolution- naire n’avait ni pu, ni osé paraitre & la lumiére et prendre leur défense avec efficacité, De son cété, de Gaulle, installé & la téte du nouvel Btat et de la vicille ma- chine administrative, 4 vrai dire un peu éprouvée, s’attaqua aux formations is- sues de < Villégalité » au cours des jour- Iv) INTERN nées d’aotit, ct qui échappant au contréle de Vappareil, coneurrencaient ses pou- voirs: Comités d’épuration, F.T.P., Mili- ces Patriotiques, créations éminemment staliniennes et en grande partiede com- position ouvrier Les étapes de cette liquidation se sui- virent rapidement: les Milices, transfor- mées dabord en « Gardes eiviques > sur lesquelles Ta Préfecture de Police obtint un droit de regard, furent sommées de se dissoudre en novembre, et furent dé- finitivement sacrifiées vers le mois de janvier, lorsque le P.C, se décida lui- méme & les faire rentrer dans la « léga- lité >. Les F-.T.P., envoyés sans armes et sans aide au massacre dans’ les poches de Bretagne ct en Alsace, afin de prouver leur patriotisme, furent, pour ce qu'il en resta, absorbés (et non amalgamés) dans Varmée des Leclere, de Lattre, ete... Quant aux Comités d’Epuration, ils furent progressivement supplantés par des commissions et. tribunaux pourvus de juristes de carriére et moururent de leur belle mort en méme temps que l’épu- vation elle-méme. Seuls les Comités de la Résistance — formés, rappelons-le, des rep?ésentants de tous les courants résistants — subsis- trent impuissants et décoratifs, mais toujours utiles comme _ instruments d'Union Sacrée et comme alibi du < nou- | vel » Etat. La € dualité » des ponvoirs s’était en somme résorbée d’clle-méme: les Partis de la Résistance avaient délibérément sacrifié les Comités et s’étaient empres- sés de transmettre leurs pouvoirs au gouvernement, Appuyé par les stal niens, reconnu par les « Alliés » qui vi- rent en lui Pélément de stabilité sociale, de Gaulle émergea de V’preuve avec un appareil bureaueratique renforeé, une police au prestige remis A neuf et une armée reconstituée avec les formations venues de Empire, préte a recevoir comme des fils prodigues les officiers de la défaite, pétiniste et naphtalinés. La désagrégation de la « Résistance >. La « Résistance » avait rassemblé dans Tillégalité non seulement les élé ments petits-bourgeois qui croyaient. ni vement — en leur plus grande partie — & la possibilité d’un « renouveau démo- eratique > ct A une espace de République de type nouveau, mais aussi les partis stalinien et réformiste, qui ayant aban- donné en réalité une politique de classe et toute aspiration A la révolution prolé- tarienne, se placaient délibérément. sur ATIONALE 7 Des les premiers mois de Vapparition & la lumiere des organisations de la Résistance, la fiction d’un grand bloc de toutes les classes se brisa en morceaux. Le Parti Socialiste et surtout le Parti Communiste devinrent normalement le péle d’attraction des masses vers la gau- che. La droite se groupa, non pas tant autour de petits groupements plus ou moins résistants qui n’osaient méme pas s’aventurer sur l’aréne politique, non pas tant autour du Centre, qu’autour de Vappareil de de Gaulle. Entre ces deux forces précises, les cou- rants petits-bourgeois de la Résistance tendent a perdre tout caractére politique autonome. Les deux grandes organisations résis- tantes, le Mouvement de Libération Na- tionale (M.L.N.) et le Front National (P.N.) tendirent vers leur réduction 3 des simples prolongements du P.S. et du P.C. Les crises interminables et épui- santes dang ie M.L.N., la création des diverses « Unions », les marchandages avec le P.S. ou les < fronts uniques > avec le P.C. suivent, méme sur le plan organisationnel, cette ligne d’effritement, tandis que de cette convulsion les an- ciens postes émergent avec leur place déterminée sur l’échiquier politique. La « Résistance >, en tant que formule politique, tend A devenir une... abstrac- tion métaphysique. Si chaque force poli- tique (y compris V’appareil) couvre ses actes du nom de la « Résistance > et du programme commun de illégalité (« Programme de 1944 du Comité Natio- nal de la Résistance ») — tout comme jadis, au temps des guerres de religion chacun se référait obligatoirement & la Bible — en réalité, la lutte de classe creuse un fossé aussi bien entre le péle gauche (P.C.F.) que l'appareil, comme elle crée des séparations et nuance les tiraillements entre les diverses organisa- tions politiques, méme dans le camp de la gauche (P.C.F-S.F.L.0.). Si, pour redonner une vigueur nou- velle & sa politique de collaboration de classe, le parti stalinien camoufle volon- tairement son drapeau, exige toutes sor- tes de « blocs de la résistance » et met sur pied des < Unions Patriotiques > (comme aux élections municipales par exemple), cect, n'embéche ni le fossé de sélargir ni d ce qvune partie des autres organisations « résistantes >, reptennent leur place plus ou moins’ déterminge (M.R.P. — Mouvement Républicain Po- le terrain de Union Saerée. pulaire) catholique, au centre; groupe 8 "Iv INTHRNATIONALE Marin et « France Libre >, ete., & l'ex- tréme droite; tandis que dans la gau- che méme, des groupements petits bour- geois (Combat, Franc-Tireur, divers cou- rants du M.L.N.) poursuivent leur oseil- lation perpétuelle entre les « blocs stali- nicns », le P. S, et le néant, La tactique et la stratégie du P.C.P. west ni fortuite ni conjoncturelle. Partout en Europe les “partis stali- niens se placent aujourd’hui sur le ter- rain du parti unique, du < bloc des qua- tre classes », selon I’expression employée en Chine en 1927, c'est-d-dire, politique- ment, sur le terrain du radicalisme qua- rante-huitard dont le but est Vinstaura- tion d'une bonne république bourgeoise amendée, Liexpérience des derniers dix ans, de 1935 & aujourd’hui, prouve qu'il s’agit 1A dune stratégie organique, quels que soient les déboires qu'elle entraine et les défaites qu'elle conditionne. La bureau- cratic stalinienne s'avere organiquement incapable de suivre un autre chemin & Pextérieur de VU.R.S.S.: copendant, mal- gré les désastres du passé, aprés la vi toize de Armée Rouge, cette politique trouve A nouveau un suce’s grandissant dan3 les masses qui persistent A voir dans le P.C. la porte ouverte & un chan- gement social. La stratégie stalinienne pour le parti unique, sans trontitre de classe («le grand parti de In renais- sance francaise >) n’apparait pas des Vabord comme une trahison: accompa- gné — et précédé souvent — par Pappel & Vunité de la classe ouvriére (P.C.F. S.F.1.0.), il eacke le jeu de la bureau- cratic stalinienne et renforce méme son prestige. Gette stratégie qui repose sur le pres- tige de la bureaucratie stalinienne victo- rieuse, a permis une tactique souple... jusqw’A la contradiction: dans la pé tiode qui a suivi la « libération >, nous avons assisté & deux phases distinc- tes dans les rapports entre le Parti stalinien et Yappareil. Dans la pre- mire phase — qui va du début septem- bre & fin décembre — le P.C. s’oppose démagogiquement aux tentatives d’arbi- traire de Pappareil et A sa politique de liguidation des organismes issus de V’illé- galité et des journées ‘soft, Dans la deuxigme phase, un tournant radical a lieu A la suite de la signature du pacte franco-russe du 10 Gecembre, Le P.C. proclame Iui-méme la nécessité de la quidation des gardes civiques, approuve Varrét de Vépuration et se déclare « parti de gouvernement >. Cependant, méme ce tournant décisif n’ébranle pas sérieusement sa popularité, affermie au cours de la premire phase. La moindre yelléité d’opposition Ini permet de rete- nir encore les éléments, persuadés d’un prochain retour & gauche, Les plus im- patients sont purement et simplement expulsés. Ainsi est maintenue ’homogé- néité du parti, aux dépens de sa compo- sition sociale, les éléments petit-bour- geois prenant de plus en plus d’impor- tance, et renforcant les tendances conci- liatrices de la bureaucratic, ‘Tournons-nous vers l'autre camp. Afin de comprendre la place & Ia fois Warbitre et de < Parti » de Vappareil, il ne faut pas oublier que de Gaulle: a) amenait avec Ini une armée, 5) qu’au- tour de l'appareil s’étaient naturellement agrégés tous les éléments de conserva- tion ‘sociale et ¢) que cependant de Gaulle était assuré d’une large popula- rité A cause de Yappui que Ii avaient accordé tous les partis, y compris le P.C. De Gaulle utilisa & fond ces facteurs pour consolider son pouvoir et le rendre indépendant de tout contréle, Au fur et & mesure qu’il s’avéra comme le chef de file du maintien du statu quo ante, il entama largement son capital moral dans la masse: cependant le trés long répit dont il jouit lui permit de raffer- mir Vappareil, et de s’assurer entire ment le contrdle de Varmée, Manifestant un mépris absolu pour les changements qui s’opéraient dans Vopinion publique, de Gaulle forma son minist8re dans sa plus grande partie par des membres du mouvement catholique du centre (M.R. P.) sans poids politique notable dans le pays. Il institua un simulace de Parle- ment appelé Consultative & laquelle il daigna lire de temps en temps ses « mes- sages »; finalement il mit la presse & la portion congrue et facilita la réappari- tion et le maintien des journaux de droite (Figaro, Monde, ete). En résumé, deux forces essentielles se détachent. sur V’aréne politique: le P.C. comme voie de radicalisation des masses vers la gauche ct Iéappareil gouverne- mental comme paravent de la droite, Quelles sont dans ces conditions les perspectives lointaines en regard d’une part, de l'appareil, et d’autre part, en regard de Vinfluence stalinienne dans les masses? Les exemples tragiques et typiques dp passé montrent que Vappareil peut passer au moment choisi par lui 4 Vatta- que ef que le conflié devient inévitable, IW" INTERNATIONALE 9 méme avee les « néo-jacobins > et les modérés (Espagne). En ce qui concerne Yemprise sur la classe ouvritre, la stratégie du bloc des quatre classes qui ne peut étre qu’une stratégie de la défaite, ne saurait repré- senter un obstacle insurmontable au re- groupement de Vavant-garde. A travers de longs combats, avant-garde peut et doit tronver le chemin de la classe, méme si ce chemin risque de nouveau de passer par des défaites partielles. I. — LINCAPACITE DE REMETTRE EN MARCHE LA PRODUCTION Les « réformes de structure >. La France est sortie de la deuxiéme guerre avec un appareil économique et financier complétement démoli. La désorganisation des transports st les destructions de toutes sortes pésent @un poids terrible sur Vensemble de Véconomie: 2.000 kms de voies ferrées ont été anéantis; plus de 3.000 ponts ont sauté; seulement 35 % de locomotives sont encore en circulation (8.000 sur 16.000), 50 % des wagons, 25 % des camions routiers et 1/3 des bateaux mar- chands (soit 1 million de tonnes affectées au pool allié). Outre la destruction pres- que fotale des ports de la Manche et de PAtlantique, des villes entiéres offrent un spectacle de désolation et de ruine (4.500.000 maisons ont été détruites — contre 950.000 on 1918). Les conditions différent tellement de région & région qu’on ne peut méme plus parler d’un marché national. En prinéi- pe, toute la production et la consomma- tion sont sous le contréle du gouverne- ment. En pratique, la désorganisation des transports, la désorganisation de Vappareil de production et existence de deux marchés divergents (marché of- ficiel et marché noir) rendent tout con- trdle théorique et illusoire. Un an aprés la ¢ libération », la « re- construction » marque toujours le_pas, Te chomage subsiste, Pindustrio ne tour: ne pas. Quoi quelle ait gardé prés de 75 % de sa capacité de production, l’in- dustrie narrive pas & démarrer, faute de matiéres premiéres, d’énergie ct de moyens de transport. La crise du charbon rend catastrophi- gue Ia situation de Vindustrie: Ia produc- tion du charbon s’éléve aujourd’hui & 56 % de la production francaise d’avant- guerre qui ne couyrait dés alors que les 60 9%, des hesoins du pays. En d'autres termes, la production charbonnire ne couvre que les 32,6 % des besoins, ce qui se réduit (aprés deduction du mini- mum nécessaire pour les transports) & seulement 20 % des besoins de Vappareil industriel. Le montant de la production indws- triclle en 1944 a été estimé 2 80 9% au plus du montant total de 1988, contre une moyenne de 55 % en 1948. A titre d’exemple, — Vindustrie de ba- se, la sidérurgie, qui est sortie intacte de la guerre — travaillait aprés huit mois de < libévation > A 10 % de sa capacité! Si Yon prend une autre indus- trie, celle des textiles, on constate un arrét presque complet et une généralisa- tion du chOmage dans ses centres (Rou- paix). « En vérité — écrit un spécialis- te de la question, Ventenat, dans < Le Monde » du 17-18 juin 1945'— les pers- pectives pour les mois @ venir sont pour Vindustrie francaise fort sombres. Si le relavement de notre production. charbon- nidre urrive @ saccentuer, Vamélioration qui en résultera pour la plupart de nos usines sera fort réduite car il faudra @abord penser & couvrir certains besoins essentiels »... (ceux de la campagne bet- teraviére par exemple), ete... La paralysie de Vindustrie a provoqué un changement dans la nature des im- portations — (importations qui restent réduites aussi bien A cause du manque de tonnage allié qu’ cause de certains facteurs de politique internationale(: ou- tre les produits alimentaires, la France a df importer de Vacier, du carbonate de soude, du carbure de calcium, ete., alors qwelle disposait des matires premiéres nécessaires 2 leur fabrication, Le rythme des arrivages de charbon au titre du prét-bail, ne représente pas plus de 4 % des besoins annuels de la France! La paralysie de Vindustrie et Vinca~ pacité de la remettre en marche n'est qwun aspect de la catastrophe économi- que. L’agriculture dépourvue de moyens techniques, d’engrais, continue 4 végé- ter sur des marchés localisés par la désorganisation des transports. Le recul des emblavures et des ensemencements, commencé depuis une longue période, ne fait que s'aceentuer. A titre Vexemple, la superficie de céréales ensemencée s'est rétrécie de 5,5 millions de ha. en 1925, & 5 millions en 1938 et finalement & 4,1 millions en 1944, Aprés une tar- dive campagne betteravitre, handicapée par le manque de transports et Vemploi 10 Iv! INTERNATIONALE des betteraves comme nourriture du bé- tail, la production de sucre est tombée en 45 4 800.000 tonnes contre 550.000 en 44 ct 800.000 A 900.000 avant la guerre! Ge croupissement de Vappareil de pro- duction mest pas seulement conjonctu- ral, « Nos outillages sont vétustes — écrit < Le Monde » du 8-9 juillet, — leur rendement notoirement tnsuffisant et les prix de revient quils permettent Wobtenir trop souvent supéricurs & ceux des autres nations. Notre production Wénergie ne cowvre qu'une partie trop inouffisante de nos besoins. Notre équi- pement et notre outillage agricoles sont @ peine dignes d’un pays balkanique, Nos moyens de transport sont tres loin de nous permettre de tirer partie des avan- tages que nous a donné la nature... Hn réalité, c'est presque vingt ans de retard que nous avons d rattraper... » Lespoir de < sauver le pays > en pil- lant la Rhénanie et en accaparant une partie notable de la production charbon- niére de la Sarre et du coke de la Ruhr a été décu par le partage des zones d’oc-, cupation en Allemagne, par Vaffaibli ment de la production de la Sarre, et Vemploi différent (au profit des autres « alliés >, de la Ruhr). Et puis, méme en admettant que la France réussisse & extorquer @ici quelques mois une nota- ble partie du charbon sarrois (10 & 12 millions de tonnes par an) le probleme n'est pas pour autant régié : il s’agit de la remise sur une base nouvelle de tout Yappareil de la production et dans cet ensemble, la question du charbon (pro- duction ‘et importation), mest qu'un aspect du probleme, Alors que le pays cétoie la famine, que Vindustrie reste paralysée, que Vagricul- ture croupit et que le recul s'accentue de jour en jour, la grande < audace > du gouvernement, c'est de nationaliser les houilléres du Nord (en payant gras- sement leurs propriétaires) et de bavar- der & perte de vue sur les « réformes de tructure » qui doivent étre accomplices « prudemment >. Le gouvernement bona- partiste se montre ineapable de sortir te pays du marasme : de Gaulle promet toujours de < grandes réformes »... A la fin de Vannée, et cela aprés douze mois d’atientisme et de recommandations de sagesse (« n’exploitez pas les mécon- tentements! ») & ses supporters de la Consultative! Liéconomie francaise ne peut redé- marrer sans un plan de production basé sur le recensement des matidres premid- Tes, des installations industrielles et des forces de travail, Et en outre, ni la re- mise en marche de Vappareil de produe- tion, ni la destruction du marché noir, ni la soudure avec les campagnes ne peuvent étre réalisées, sans un certain autre nombre de mesures immédiates et dont initiative ne pout venir que de la classe ouvridre. L’ewpropriation des in- dustries clés, unification et la nationa- lisation des’ banques, le contréle et la gestion oworiéve sur les entreprises sont gu nombre de ces mesures. La désorganisation du systéme financier. ‘Dés avant la guerre, la situation chao- tique du systme financier avait trouv son expression dans linstabilité aigué des prix et des salaires, les deux repo- sant sur le fameux < franc flottant » (1937) soumis 4 toutes les variations de la conjoncture. Gette situation n’a fait qu'empire: comme on peut le voir si Yon examin @ Yaceroissement du déficit budgétair: 6) Vagrandissement de la dette de Etat, ¢) le gonflement de la circulation fidu- ciaire: @) Diaprés les chiffres officiels, le « Trésor » fait face, du 31 aoft 1939 au 81 décembre 1944, & des dépenses s’éle- vant 4 1.960 milliards! Comment cette somme énorme a-t-elle éé obtenuc? Tou- jours d’aprés les chiffres officiels, ces dé- penses ont été couvertes A 30 % par des impots, 47 % par les emprunts a court terme,-23. % par des avances de la Ban- que de France. La grande masse fournie par l’impét est due & Vaccroissement excessif dex impéts de consommation et pour une bonne partie des impéts sur les salaires. (Le taux de Vimpot sur les salaires est passé de 9,76 % en 1018 2 16 % & De sent: 16 franes sur 100 franes de salaire sont absorbés par le budget). Gependant, le déficit budgétaire est en croissance: le budget de 1944-1945, lui- mime cing fois supérieur au budget de 1989 (400 contre 81 milliards) porte un déficit en croissance de sept fois le défi- cit de 1939. b) La dette de I’Btat s'est élevée au 81 décembre 1944 A 1.800 milliards, soit plus de quatre fois Ie volume de la dette de 1989. (Les avances de la Banque de France, c’est-A-dire Vappel & la planclie 2 billets représentaient 8 % de la dette ils représentent maintenant 2) La circulation fidueiaire est passée de 150 milliards en 1939 A plus de 630 milliards en 1944 pour étre ramenée A IV INTERNATIONALE uw environ 450 milliards aprés les « expé- riences > Pleven. Reprenons maintenant Vensemble de ces chiffres: en somme, sur le ‘corps d'une économie stagnante, d’une indus- trie paralysée, Etat a quintuplé son déficit, ses dettes et le volume de la cir- culation fiduciaire, Un an aprés la « libé- ration », les seules mesures financi8res qui ont été prises sont I’ < emprunt de la libération » (qui a porté 150 milliards du chapitre cizeulation au chapitre dettes de l'Htat) et Péchange des billets qui a « rapporté > 50 milliards non présentés & Véchange. C'est ainsi que Ia circula- tion fiduciaire 2 ét€ ramenée & environ 450 milliards, tandis que les prix con- tinuent toujours & monter (les écono- mistes s'attendent sur le théorique mar- ché officiel & une croissance de I'indice des prix 47 et 8, alors que Vindice offi- ciel n/oscille aujourd’hui qu’entre 3 et 4) — et que par conséquent V'appel & la planche & billets se fera & nouveau sen- tir, La ¢ photographie » des avoirs francais dont a parlé Pleven ne lui sert méme pas 3 instaurer un véritable impdt sur la fortune. Tel est le plan Pleven, Le plan Mendés-Franee, quia été sa- crifié sous la pression de la Banque de. France partait de la constatation sui- vante sur les 1.960 milliards de dépen- ses effectuées de 1989 & 1944 — 800 mil- liards ont été versés au titre de frais doecupation. Ces 800 milliards ont été dépensés par Jes Allemands en France, et c'est cette fortune qu’il s’agit de dé- pister et de séquestrer. Le plan Mendés- France, sur lequel la résistance a versé des Jarmes de regrct est indiscutable- ment plus sérfeux que les « expérien- ces » Pleven; et il est facilement appli- cable, car les commande set les dépenses allemandes ont été effectuées par la Reichskreditkasse de la Banque de Fran- ce. Jusqu’a présent Véquipe des < résis- tants > du gouvernement n’a jamais pu- blié ces chiffres et oubliera, certes, de le faire. Cependant, Je plan « radical > de Mendés-France n’est guére plus efficace que celui de Pleven: pour ¢ assainir > les finances, il est bien de confisquer les 800 milliards dépensés par la machine dé guerre nazie; mais il faudrait en outre confisquer au moins les dépdts de « bons du Trésor > et les obligations tenues par lés Banques, organisatrices de la vie chére; ef encore, annuler les dettes de VEtat supérieures & 100.000 francs. Pour redonner une valeur au franc, il faudrait remettre cn marche la prodtic- tion. Devant un marché vide, la nouvelle monnaie ne pourra suivre que le cours de Yancienne monnaie, e'est-A-dire la chute de dépréciation en dépréciation. Sur le terrain financier, comme sur le terrain de la production, le gouverne- ment honapartiste de de Gaulle continue la politique de protection des trafiquants du marché noir, des enrichis de guerre, des rastaquouares et des escrocs, tandis que le poids des prix s'appesontit sur des salaires rognés et dépréciés. L’ « ex- périonce » Pleven continue dans les vieux sentiers de l'augmentation conti- nuelle des prix (consommation, tran; ports, loyers), tandis que le pouvoir d'achat des salaires diminue sans cesse. Ii s'en fant de peu que les traitements restent désespérément rivés aux pla- fonds, fixés sous Pétain, Mais aucune barrie ne s'oppose & Vascension verti- gineuse des prix. La France « libérée >» va droit & une catastrophe économique et financiére du méme type que celle qu’a cannue V’Alle- magne en 1923. Il. — LA DECOMPOSITION DE L'EMPIRE Les quatre postulats de la < grandeur >. L’Europe entitre émerge des affres de la deuxigme guerre impérialiste, dévas- tée, ruinge, exsangue. Cing années de guerre ont suffi pour anéantir des sid- cles de travail et defforts, La décadence du vieux continent abontit & son partage en zones dinfluence entre puissancés extra-européennes, Le ccnixe du conti- nent est oceupé militairement pour une période indéterminée, tandis que Ie re- cul sur tous les plans et la « balkanisa- tion > de l'Oceidont dépassent les pies pronostics d’avant-guerre. Les bourgeoi- sies européennes se cramponnent déses- pérément aux miettes de pouvoir qu’on leur encéde, ot esparent recouvrer comme par miracle leur puissance passée, La conscience politique retarde tou- jors, par la force de Vinertie, sur la réa- lité. Un exemple typique de ce retard nous est offert par Pimpérialisme fran- gais, Déja, au lendemain de Vautre guerre, la France s’était trouvée largement af- faibilie, avec une économie complete- ment détraquée et un systéme financier incurablement malade, Aprés avoir végété dans Ia crise, & partir de 1930, sans pouvoir en sortir jusqu’A Véclatement de la guerre, une fois les hostilités ouvertes, l'impérialisme francais se trouva bousculé et défait dds lo premier round, 12 IW INTERNATIONALE « La France a perdu une bataille, elle n’a pas perdu la guerre » — déclarait de Gaulle le 18 juin 1940. Le retrour triomphal de de Gaulle & Paris, la par- ticipation au partage de l’Allemagne, la proclamation de la France en tant que puissance victoriense, semblérent confir- mer le slogan de Londres. Des imbéciles déclarérent solennellement que de Gaulle était un véritable « prophete >. Le géné- ral se mit A reconstruire — sur le corps @une économie délabrée — une grande armée « nouvelle >, & exiger un systéme dalliances avec les grandes puissances, & participer & la curée de Allemagne, A rentrer en Italie... L‘impérialisme fran- gais ressuscité comme Lazare, était re~ parti A la recherche du « prestige » et de la « grandeur >. Voyons de plus prés la réalité. Toute la politique de de Gaulle se base sur les « postulats > suivants: a) L'économie francaise ext délabrée, mais Allemagne et les autres puissan- ces européennes sont dans une situation ineomparablement plus critique. 4) En occupant la Sarre et Pindustrie rhénane, en reconstituant la plus forte armée de l’Occident, la France retrouve- ra son prestige passé, ¢) La France peut trouver un appoint. décisif dans son empire, ce qui la replace de toutes facons, parmi les grandes puis- sances. @) Aucune construction (USA, URSS, Gde- Bretagne). Un an aprés la < libéraa~ tion », malgré ses raids en Allemagne, malgré P « empire >, la France est en train de quémander un soutien économi- que & Washington, pour l/aider A « a panner son économie avant de démar- rer et de reconstruire > (selon le distingo subtil d’un journaliste du < Monde >). Les facteurs économiques de base dune « grande puissance » — le fer et Vacier, le charbon et le pétrole, Ini échappent désormais. A titre d’exemple, si la France dispose de minerai de fer, la capacité de production de son indus- trie sidérurgique 7’était au maximum que de 12 millions de tonnes d’acier brut en 1929 (en fait, elle n’a jamais atteint ce chiffre): méme ainsi elle représentait les 6 % de la production mondiale. Or entre 1929 et 1939, la proportion de la capacité de production francaise par rapport & la capacité totale de produc- tion mondiale avait diminué de prés de moitié. Tandis que Vindustrie sidérurgi- que francaise, avec son matériel vétuste en est encore au probléme du rééquine- ment, la ecapacité de production des Etats-Unis a plus que doublé depuis 1939 (atteignant actuellement plus de 100 millions de tonnes d’acier par an) ; VU.RSS. s'est construite une industrie sidérurgique (dont la production atteint & coup sir 60 millions de tonnes d’acier par an); des pays nouveaux ont, déve- loppé sérieusement cette production (Brésil, Canada, Indes Britanniques). Pour le charbon, on connait le fait que la France reste tributaire de 40 % aux importations: la « maladie du charbon > n'est qu’un aspect de la maladie générale du sysiéme de production (en Grande- Bretagne et en Belgique également) — qui ne peut @tre résolu par Vannekion de la Sarre. Pour le pétrole, la moitié de V'approvi- sionnement francais provenait de Mos- soul par la Syrie et l’on sait ce qu’il en advint. La construction d’une industrie de pétrole synthétique dépasse compléte- ment les moyens et les disponibilités ac- tuelles. Enfin, la paralysie de Véconomie fait fondre inévitablement les créances exté- rieures en vue de V’élargissement de la marge des importations, élargissement devenu indispensable. b) Il est exact que la France participe A la curée de Allemagne — cependant elle a été éliminée d cla Rhénanie et de la Rhur et on lui a retiré les villes les plus importantes de « sa » zone. La France figure sur V’échiquier allemand comme une puissance d’appoint, comme un élément de réserve qui se joue (méme pas A Penchére) entre les « Trois Grands >, Tout en participant & la suc- sion de Allemagne, elle n’a dans cette succession Ie controle daucun levier. La Grande-Bretagne et les Btats-Unis peu- vent disposer du potentiel industriel alle- mand. — (@ la différence de ?URSS qui essaye de Vutiliser pour remonter son | économie) — afin de s’assurer une base Iv INTERNATIONALE 18. de pénétration économique en Europe, et de briser & n’importe quel moment le « démarrage » de Vindustrie francaise. L'Impérialisme francais jouit par ra port aux « Trois Grands » d’un équili- bre instable qui peut étre rompu chaque fois que ecla est nécessaire, en sa défa- veur. Clest ce que nous pouvons voir en examinant de plus prés les questions ¢) et d) — c'est-A-dire le probleme colo- nial et celui du systéme des alliances. Un Empire colonial menacé. La guerre a profondément ébranlé les assises < impériales > de la France. Lors de ’éeroulement de la III* Répu- blique, les « proconsuls » de Empire se rangérent — et y restérent tant quills eurent le choix — derriére Pétain. L’ap- pareil et les gros colons pratiquaient de- puis longtemps la politique ct les métho- ques Vichy introduisait dans la métro- pole. En s’installant & Alger — aprés un dédale d’intrigues, de marchandages et de complots de toutes sortes entre gou- verneurs ct chefs militaires — de Gaulle crut retrouver empire comme le « Prin- ce Charmant » retrouve « la Belle au Bois Dormant >. Le premier souci du Comité Francais de Libération Nationale (C.V.L.N.) “fut de consolider le < prestige » de Vimpé- rialisme < partont dans le monde ot fiottent nos trois couleurs ». Voici d’a- prés es documents officiels quelles fu- rent Jes méthodes employées & cet effet en A.O.F, par exemple, aprés le < ren- versement » du vychissois Boisson: «< Lrun des premiers soins du CFLN on AOF fut @y rétablir les lois répu- blicaines. Afin d'éviter des perturbations qui auraiont mu étre provoquées par la disparition soudaine et totale des lots die gouvernement de Vichy, une « Commis- sion de Validation Spéciale » fut oréée pour en maintenir un certain nombre. Elle commenca @ fonctionner le 18 mai 1943 ot mt au point une série Pordon- nances qui annuldrent les lois relatives aux mesures d'exception contre certains fonctionnaires; a ka suspension des or- ganismes consultatifs, au régime de la presse et de la censure, & la Charte du Travail, awe Teradlites, etc. (Ministére de Information. Notes documentaires ct études, série coloniale VII). Le « rétablissement des lois républi- caines > et le maintien de certaines lois de Vichy < afin d’éviter les perturba- tions > n’attaquaient en quoi que ce soit Je statut colonial et les fondements con- sidérés comme < immuables > de la do- mination impérialiste: a continuité de la III République A de Gaulle, en pas- sant par Pétain, était assurée. Aprés s'étre accord’ le droit, a la Consultative d’Alger, de parler tant et plus de « libération » et d’« auto déter- mination des peuples » — étant bien en- tendu que ces principes nécessitaient des « correctifs > quant A Afrique du Nord —le gouvernement dit de la Résistance maintint intégralement en Algérie com- me dans le protectorat marocain, tous les maillons de la chaine avec tsquels on attache les peuples coloniaua: d 2 « Em- pire » (vestiges féodaux, code de Vindi- génat, appui aux gros colons, renforce- ment de Pappareil, etc...) En enfermant et fusillant quelques vichyssois — non & cause de leur vichyssisme, mais parce quills s'étaient d’abord ralliés & Dar- nand ou & Giraud — on crut effacer le passé et l'on remit < Empire > & cor tribution. Nouveaux prétextes, mais vieilles méthodes: l'Afrique du Nord comme PAOF « versdrent une contribu tion VOLONTAIRE tris importante pour la libération de la Métropole >, Gerivent cyniquement les documents offi- ciels — qui ajoutent qu’actuellement, la source la plus importante de « finance- ment > est une < Contribution Bircep- tionnelle de Guerre >. Cette politique fai- sait bien suite A celle de Vichy comme te prouve Ja déclaration que voici, faite au printemps de 1948 par Bruncl, président du Conseil économique, institué par Gi- raud en Algérie: « Pendant plus de deus ans, VAlgérie a été littéralement, mise & sac par Vichy qui, au profit de UAwe (pas au profit de tous les deux? N.M.) Va dépouillée de ses produits essentiels depuis les légumes et tes jruits jusqwau détail >. (Notes doc., Série francaise XIX). La faillite de le. politique petite bour- geoise de la Résistance & modifier en quoi que ce soit le systéme policier bu- reaucratique et militaire francais, véri- tables sangsues sur le corps de l'Afrique, eommenca comme on Ie voit, non au len- demain des journées d’aoat 4 Paris, mais au lendemain du débarquement en Afri- que du Nord, Ic 7 novembre 1942. Avec Pétain ou avec de Gaulle, l'impérialisme frangais tentait de jouer gagnant sur les deux tableaux. Or, c'est précisément dans le domaine colonial que Vimpérialisme francais pourra comprendre qu’il_a perdu bien plus qu’ « une bataille >. En effet, affir- mation de la volonté d'indépendance des euples coloniaux, comme par ailleurs les _visées des impérialistes anglais ct yankee mettent en jeu les fondements de 14 Iv INTERNATIONALE VEmpire : des Antilles & VAfrique, du Proche-Orient 4 YIndochine, armature impérialiste francaise est battue en bré- che et risque de s’effondrer, Ce proces- sus, commencé pendant la guerre, ne fait que s’accentuer dans la période actuelle de liquidation et d’établissement du bilan général des pertes et profits. Le premier désastre enregistré off- ciellement, fut celui du LEVANT. De Gaulle n’avait pu reprendre pied en Sy- rie et au Liban qu’aprés avoir promis clairement et sans équivoque Vindépen- dance de ees pays (accord Lytelton-De Gaulle de 194i). Or, dés la rentrée des < Troupes Frangaises Libres > au Pro- che-Orient, De Gaulle, aprés avoir r pris & son service les Beynet et les O va-Roget qui avaient servi sous Dentz, semploya de s'y rétablir A demeure comme auparavant, Les peuples syrien ct libanais ripostérent & ces prétentions par une série de véritables souléve- ments. Par ailleurs, V’impérialisme anglais, plus rapace et plus agres- sif que jamais en raison méme* de la menace que fait peser sur tout son systéme colonial le réveil du monde ara- be — et sir de Pappui de limpérialisme américain qui établit dans cette partie du monde des bases pour sa puissance impériale — y vit une occasion unique, non seulement de détourner la fondre de spopulations arabes, mais encore de se débarrassor d'un vienx concurrent im- puissant & se défendre, Privé désormais de tout ace’s aux sources de pétrole, sans aucune base au Proche-Orient — charniére des trois continents — com- promis devant ensemble du monde ara- be, Pimpérialisme francais a di subir le désastre en serrant les dents de rage et dimpuissance, Pendant toute la cri- se, la presse de Ia « Résistance > s'est distinguée par sa_servilité envers le gouvernement impérialiste et aucune voix ne s'est élevée A la fois contre les impérialistes franco-anglais et POUR Pindépendance de la Syrie et du Liban. ‘Lombre d’un nouveau désastre se proft- Je maintenant en AFRIQUE DU NORD. Depuis des années, les peuples de I’Afri- que du Nord ménent un combat indomp- table pour leur indépendance. Dis le dé- Darquement « allié » en Afrique, les lieux arabes exprimérent encore une fois leur volonté d’indépendance : un mani- feste fut publié 4 Alger demandant V’hp- plication de la Charte de T’Atlantique qui affirme le droit des peuples & dispo- ser d’eux-mémes; un mouvement, appelé « Les Amis du Manifeste », dirizé par Ferrat-Abbas, se développa rapidement: dans le pays ot prit place a cdté de detix autres mouvements nationalistes algé- riens: le mouvement traditionnaliste (et réactionnaire) des Oulemas et le mou- vement nationaliste-progressiste du Par- ti du Peuple algérien (P. P. A.) dirigé par Messali Hadj (tenu en prison par Daladier, par Pétain comme par De Gaulle). Au peuple algérien qui demande « Végalité des droits > et V’ < indépen- dance >, la police et appareil ont ré- pondu par des massacres: on a vu en- core une fois 4 Voccasion des prétendues « fétes de la victoire > le 8 mai 1945 lorsque le peuple descendit dans la rue & Sétif, Guelma, Perigotville, Kerata, demandant ses droits, Les autorités fran- gaises répondirent en ouvrant la charge et en assassinant froidement plusieurs manifestants. Ce fut le signe d’une émen- te désespérée qui embrassa rapidement une trés grande partie de la population arabe : quelques 200 ou 300. francais, suppdis de Vimpérialisme, furent tués. La répression qui s’en suivit fut d'une sauvagerie indeseriptible: les légion- naires (1) furent autorisés & massacrer toute la population arabe de Sétif, et méme ailleurs, comme A Jijelti of aucun trouble ne s’était produit. Des bombar- diers furent employés contre la popula- tion arabe, D’aprés la presse anglaise, 6 A 8.000 arabes furent exterminés; dos milliers d'autres torturés, emprisoniés ct « jugés » aprés une proeédure expé- ditive. Aucune voix ne s'est élevée en France pour appuyer les revendications arabes et prendre la défense du peuple algérien agsassiné sauvagement par ceux qui lui imposent Voppression, la misére et la famine, De misérables canailles attaqué- rent le P. P, A. en jouant sur la ressem- blance de ses initiales avec feu le P. P. F. de Doriot, les noms de Messali ct de Ferrat Abbas furent trainés dans la boue. La grande polémique entre les staliniens et les organes officioux de Fappareil se situa, maturellement, en dehors du véritable débat. Le Monde (18 mai 1945) exprime le point de vue officiel : « (Il ne faut pas)... déconsidérer les cadres francais @’Afrique du Nord aus prises avec les masses indigdnes’ exal- tées... et noussées a bout par lu mésore et par la faim. Quel que sait leur prati, les Francais devraient comprendre qué les problémes nord-africains doivent (1) «< Limpérialisme francais a eu beaucoup de peine A employer des trou- pes coloniales. A Alger, les Sénégalais ailleurs xefusé de tirer sur la foule indigtne. > IV INTERNATIONALE 15 bre traités en fonction de notre politi- que impériale plus que de notre politique intérieure >. A cela, 'Humanité oppose (15 mai: < Donner & manger aus affamés, ar- véter immédiatement LA POIGNDE des grands propriétaires ‘affameurs qui sont @ a source des troubles, relever de leurs fonctions QUELQUES HAUTS FONC- TIONNAIRES VICHYSSISTES, an- noncer sans nouveau délai la daic des élections municipales et cantonales. Vot- 1a les premitres mesures d prendre d'ex- tréme urgence... > (souligné par nous NM). L’Humanité pense < calmer > le peu- ple arabe en arrétant une POIGNER de grands _propriétaires, en _ limogeant QUELQUES HAUTS FONCTIONNAT RES VICHYSTES et en faisant des élections sur la base de Vordonnance du 7 mars 1944 qui accorde « Végalité des droits > & une POIGNEE (précisément) @Algériens... VoilS avec quoi on pense tromper le peuple arabe tandis que Le Monde, lui, est pour Vunité 2 la maniére forte. Le peuple arabe est fatigué de ces distinguos: il demande Végalité immé- diate des droits (de tous les droits), le partage des terres et le retrait des troupes frangaisee. D’ailieurs, dans la pratique, les staliniens ont fait le front- unique, non avec le peuple, mais avec Pappareil contre le peuple : « Les Francais... chaque fois qwils le purent se réunirent et firent bloc — constate Le Monde du 8 juillet 1941 &@ Guelma par exemple, le sous-préfet réussit & grouper et ad armer TOUS les Francais, des COMMUNISTES A LA DROITE et TOUS, dans le méme élan, mleurent quun but, s’entr’aider et se dé- fendre en. attendant Varmée. » (en itali- que par nous), On comprend dans ces conditions pour- quoi des < communistes algériens ont été blesaés ou gravement mutilés en essayant de montrer a la foule surexcitée (sic) que ses vrais ennemis n’étaient pas les Frangais en général, mais les vichystes et quelques caids volewrs, ete... » (Huma- nité du 15 mai) (1). (1) Voici comment les dirigeants stali- niens entendent on réalité combattre les pilleurs ct les affamours de l’Algéric : « La France devrait 26 préoceuper tres | « sérieusement de son commerce avec « ses territoires Doutre-mer, a déclaré « Thorez au X° Congrés du P. C. F, Its Tl est clair que c'est: seulement en don- nant de multiples preuves de sa volon~ té inébranlable d’aider 4 Vindépendafice de VAlgérie, c'est. SEULEMENT EN PAYANT DE SON SANG lorsqu’il le faut, dans la luife contre Vimpérialisme francais, dans la métropole comme dans VEmpire, que le prolétariat et son avant- garde pourront retrouver le chemin du front unique avec les peuples coloniaux, front unique indispensable pour le ren- yersement de la bourgeoisie francaise. Le prolétariat n’a pas A chercher des remé- des % la crise profonde que traverse Vimpérialisme francais en quéte de grandeur... La politique de pillage de ce dernier doit étre démasquée impitoya- blement. L’Algérie appauvrie et < mise 4 sac par Vichy » continue & étre mise & sac par la IV* République. L’Algérig toute entiére cétoie la famine, mais on accorde 300 grammes de pain par jour aux Francais et seulement 150 gr. de grains par jour aus. indigdnes (ct eneo- Te) et parmi ces derniers la mort fait des ravages, Un rapport officiel note que « les indigines sont en loques; parfois, une tribune posstde quiun vétement mettable quon se repasse selon les né- cessités >. La misdre totale de Afrique du Nord, le manque da bateaux de trans- ports, lex prélévements sans contre-par- tie effectués par la métropole, la famine qui_y sévit, ébranlent profondément les assises de 1” ¢ Empire ».La métropole qui se réservait Algérie comme ¢ chasse gardée > a dfi lever les interdictions & Pimportation de P’étranger sur plus de 800 articles, ouvrant ainsi volens-nolens les vannes 4 la pénétration économique peuvent nous fournir des matiéres premieres, des produits alimentaires et nous dovons les aider au développe- ment de leurs industries... ARAA « Nous manquons de viande, — ajou- te Thorez. — L’Algérie pourrait nous fournir un million. de moutons chaque ‘année, & condition de multiplier les points dean. «< Nous manquons de matidres gras- ses: en Tunisie et en Kabylie, ane grande partie de la récolte d’olives est perdue chaque année, faute de moyens appropriés. «< Quant aux populations @Afrique du Nord, elles savent que lour intérét est dans leur union avec le peuple de France. Ainsi, le Parti communist de Tunisie déclarait, les 9 et 10 juin der- nier, sa volonté ‘de < tout mettre en euvre pour consolider Cunion du pew ple tunisien et du peuple francais... » (< Huma », 27 juin.) AARA AARRARA 16 yankee: le mythe de la « solidarité > et de la « collaboration économique métro- pole-empire > s’effondre comme un cha- teau de cartes. L’industrie croupissante de Ia métropole r’est d’aucun secours aux colonies... Tandis que le désastre menace en Algé- rie (1), les impérialismes yankeel ot an- glais entendent s’assurer quelques bases importantes de cet Empire qui s’en va en lambeaux, LES ANTILLES, qui se trouvent dans la < sphére américaine > (une < sphére » de plus en plus extensi- ble) sont visées depuis longtemps. DA- KAR, en A. O, F., et le MAROC, font partie d’un plan & plus longue échéance de « réajustement des influences >. Au moment méme ou le sultan du Maroc était & Paris pour qu'on lui montre < ta nouvelle armée francaise », agence de presse américaine Associated Press pu- bliait (le 14 juin 1945) < V'information > suivante daiée de Tanger: < Dans les milieux politiques de Tangor, il est sé- rieusement question de cortaines négo- cations interalliées ax sujet du futur statut de cette zone qui, si elles devaient aboutir, pourraient mener & ta création dun protectorat international compre- nant tout le Maroc ct servant de base & Varmée internationale chargée @assurer la paie du monde ». Tl s'agit 18 d’une ouverture, A un moment oi le Maroc aussi traverse une crise économique trés profonde (disette, difficultés aggravées de transports, poids énormes des impo- sitions de solidarité avec la métropole, ete...) propre & Vensemble des posses: sions francaises. Cependant la partie la plus serrée se joue autour de PINDOCHINE, l'un des plus beaux joyaux de < l’Empire ». Les Etats-Unis qui tournent leurs regards vers ’Extréme-Orient dont ils entendent faire un de leurs principaux marchés, entendent réviser complétement le sta- tut de la colonic. La caractéristique ‘de VIndochine, c'est, d’tre la premidre colo- (1) _Méme en Afrique noire les reven- dications se multiplient; des incidents ont eu lieu en Céte d'Ivoire, au Soudan, et en particulier au Sénégal. Des émeu? tes ont eu liow & Thies (Sénégal) A Toc. casion de la distribution du riz (Ia ré pression a cu licu 2 la grenade), A Tiarroye, camp de prisonniers noirs ra- patriés, 4 quelques quinze kilometres de Dakar. Fin 44, on refusa de payer les indemnités & ces rapatriés < honorés > Ia veille, on cerna le camp ct on massa- cra le plus possible & coups de mitrait lette. Les survivants furent ensuite’ tfa- duits en justice et condamnés pour re- bellion. IV INTERNATIONALE nie francaise od le personnel dirigeant francais a &6 pratiquement liquidé (par Poceupant japonais), Tandis que les impérialismes anglais et yankee dispo- sent sur place des forces immenses (ar- mées terrestres ct navales anglaises sur le front birman, arméc australienne lan- eée & Voecupation des Indes Néerlandai- ses, enfin armée chinoise virtuellement sous contréle américain, forces navales et aériennes américaines) l'impérialisme franeais n'y dispose que d’une force na- vale absolument négligeable (le « Riche- lieu ») et d’un personnel colonial décimé ou en fuite (la « Résistance > du Mékong et la « Solidarité » du peuple indochi- nois avec Vapparcil ne sont que des escroqueries politiques). De Gaulle pré- pare un « grand corps expéditionnaire », pour lequel il ne dispose ni @’hommes, ni dazmement, ni de bateaux de transport; les appétits impérialistes sont déchatiés autour de lIndochine alors qu’en réalité le peuple surexploité ne désire que son indépendance, La lutte et le martyrolo- gue des révolutionnaires indochinois sous Ja botte francaise ou _japonaise en est la preuve indiscutable. Il est fort peu pro- bable que Vimpérialisme francais réus- sisse encore & sauvegarder ses privile- ges sous le feu de tant dopposifions; pendant 50 ans, les colons francais et Vappareil impérialiste ont exploité ’In- dochine en avouant cyniquement la mi- sére croissante de ses populations et en ne trouvant finalement que des solutions iniques pour pouvoir s'y maintenir: « La population s'est accrue & In mesure ou presque des possibilités nouvelles qui lui étaient offertes... La restriction des nais- sances pourrait étre envisagée comme un reméde (!), mais elle est trés éloignée de la mentalité indigéne et ne donnerait effet que dans un long délai ». (Notes docum. Série coloniale VIII. < La mise en valeur de Indochine francaise »). Voili en somme tout ce que Vimpéria~ lisme franeais peut encore apporter. Le troisiéme postulait de Je grandeur s'avére lui aussi complétement incoonsis- tant: Les masses coloniales _radicalisées accentuent leur lutte pour Tindépen- dance. Une crise économique sans pr&cé- dent secoue !Empire colonial, L’arma- ture militaire francaise clle-méme affai- blie est incapable de maintenir encore Vunité de la Métropole avec ses colonies. Les rivaux < alliés » éliminent sans peine un comparse qui aboie encoore mais n’a plus de dents pour mordre, L’Empire s’en va en lambeaux. Iv’ INTERNATIONALE Ww Les « grandes alliances >. Nous en arrivons maintenant & notre quatriéme « postulat ». Compte tenu de ce qui précéde, on peut, en vérité, le rem- placer immédiatement par ce qui suit: Ja politique extérieure de Vimpérialisme francais est Vimage méme de sa voolonté de puissance et de son incapacité & la réaliser. Tl recherche Valliance de !URSS, pour s'assurer, avec le concours stalinien, une stabilité intéricure, Mais il craint VPURSS et sa position en Hurope. Il le trahira done A la premidre occasion, of- frant & la Grande-Bretagne une alliance < sur un pied dégalité > pour la « dé fense des Empires 0. Mais l’Angleterre s’empare partout o& elle le peut de ses positions coloniales. Alors, il implore de Washington aide et assistance. Mais il ne voudrait pas tomber dans la dépen- _ dance absolue des U.S.A., alors, ete. Selon l’expression du Manchester- Guardian (du 11 mai 1945), Pimpérialis- de Vitalie de la Maison de Savoie dans me francais est devenu < le successeur le réle de prostituée diplomatique de UEurope >. Le partage des zones d'influence en Europe et les lignes de démarcation, ac- tuellement fixées, ne sont évidemment que le résultat d'un équilibre de forces instable. Les trois grandes puissances essayent, soit de neutraliser l'impéria- lisme francais (URSS), soit de utiliser pour la formatioon d’un bloc occidental yirtuellement dirigé contre !’URSS (Grande-Bretagne), soit enfin de le gar- der comme une réserve possible en vue de la reprise de son réle traditionnel de gendarme et de policier de !Rurope (Btats-Unis) (1). (4) Voici & ce propos, ce qu’écrivait le Washington Post du 23 mai 1945: « Le gouvernement francais est plus sensible quauparavant a Vamitié des Etats-Unis, Et peut-étre y a-t-il derriare ce sentiment Vimpression que le pacte franco-sovidtique est une base dangereu- sement étroite pour la politique étran- gere francaise, Il est également évident qwil n'y a qtune nation dont la France puisse re- cevoir Laide économique dont elle a be- soin. Quant @ nous, nous avons besoin de la France pour partager le fardeau du contréle de PAllemagne. Diautre part, certains aspects politiques de l'union so- viétique nous montrent plus fortement Telle est Yexplication de la participa- tion de Ia France & la curée de VAlle- magne, telle est aussi la raison de la place réservée A la France parmi les « Cing Grands » par la Charte de San- Francisco. La France en Europe, comme la Chine dans le Pacifique représente de par sa position (sinon par sa force) Ie role de second inévitable.., tantot de Pun, tantét de autre des ‘Trois Grands. Le maintien de Péquilibre entre les Trois se fait, naturellement, chaque fois que c'est nécessaire, sur le dos de ce second plus ou moins < brillant » comme on Pa vu lors de toutes les conférences internatio nales — et dans les conflits locaux. Comme I'Italie < vietorieuse 3 en 1918 voyait lui échapper chaque fois les fruits espérés de sa victoire, Vimpérialisme frangais joue aujourdhui le réle amer du < vaingueur > qui subit, lorsqu’ll s’'y attend le moins, les coups de pied desti- nés habituellement aux vaincus. ‘Tels sont en somme les aspects actuels du fameux « postulat de la grandeur >: le mythe de la puissance prestigieuse se heurte chaque fois A la réalité, qui est celle d’un impérialisme inévitablement affaibli, distaneé de loin et définitivement par ses rivaux, La politique de « grandeur » poursui- vie par de Gaulle, c’est-&-dire une poli- tique de pillage de I’Allemagne, de ren- forcement des assises iimpériales, de re- constitution d’une grande armée, trouve un écho naturel dans les cadres de l’an- cienne armée et une partie de la petite bourgeoisie, Mais comment se fait-il que le Parti stalinien Ini accorde non seule- ment son appui, mais encore qu’il soit son plus ardent défenseur et son cham- pion auprés de la classe ouvriére? Ceci nous vaméne & reconsidérer sous un nouvel angle (— celui de la défense de 'URSS —) la stratégie stalinienne, le < bloc des quatre classes ». Partout en Europe, sauf en’ Allemagne (ok en réalité cette méme politique prend d’au- tres formes), la bureaucratie soutient le chauvinisme, les politiques nationales agressives et, de « prestige », et prone & chaque oceasioon, expulsion méme mas- sive de certaines nationalités et des élé- ments allogénes en vue de la formation de prétendus « Etats nationaux » (expul- sion des Allemands des Sudétes, revendi- encore combien il est important pour les Etats-Unis que la France soit forte, quelle soit imprégnée Pidéca démocra- tiques semblables aux ndtres >. 18 IV INTERNATIONALE cations tchéques sur une partie de l'Al- lemagne, formation d’un Etat polonais Uninatioonal, grace A Vexpulsion des allogénes et la fixation arbi nouvelles frontiéres, ete.). Si, vis-a-vis de Allemagne, ceci tend & la réduction par la foree de son espace national, vis-A-vis des autres pays, ceci place en réalité le stalinisme au service de toutes les bourgeoisies européennes actuelle- ment ¢ amies > de ’URSS: le fait que le parti stalinien accorde tout son appui 4 la politique de brigandage de la bour- geoisie francaise représentée aujour- @hui par de Gaulle s’accompagne des considérants a) que le P.C. arriverait, ainsi ¥ « unifier la nation » derrigre son drapeau et élargir son influence sur la base d’une politique petite-bour- geoise, }) qu'il assurerait ainsi A YURSS une alliée puissante qui ne pourrait. se retourner contre cette derniére, précisé- ment & cause de la grande masse influen- cée par le P.C. (1). Or, s'il est certain que la bourgeoisie s'accorde maintenant au micux avec cette nouvelle orientation et essaye de Vexploiter le plus possible (paix sociale, création d’une grande armée, renforee- ment de esprit chauvin qui péndtre dans la classe ouvriére, etc.) Péquilibre qui en résulte reste quand méme extré- mement instable: la tension croft tout naturellement centre Vappareil et le P.C.F, qui essaye de Vobliger a suivre un chemin donné (alliance avec l"URSS), — en méme temps qu’A la base du régime se développent implacablement les con tradictions fondamentales propres A tout régime capitaliste et qui mettent, elles aussi, on jeu la « paix’ sociale et les blocs nationaux », En somme la politique stalinienne ne fait que livrer, désarmée, la classe ou- vriére A Vappareil : & pattir d'un cer tain moment, comme nous Vayons souli- gné par ailleurs, c'est ce dernier qui peut et qui choisit 'heure de changer les Tapports de force en sa faveur... Ne pas dénoncer cette politique, c’est se faire le fourrier de son propre impé- rialisme, c’est rester les bras croisés (1) Cette politique a été « théorisée » par les bureauerates qui opérent dans la presse, comme Izakov, qui explique doctement dans la Pravda que sur Ja base de Vexpérience qui a eu lieu en Europe sous l'oppression nazie, on peut conclure: tandis que la bourgeoisie capi- tale, c’est le prolétariat qui devient en régime capitaliste, lame du patriotisme et du nationalisme! devant le danger des nouveaux Franco ct des nouveaux Hitler. ~ Quel que soit son isolement, quelles que soient les difficultés gigantesques qui se dressent et se dresseront contre elle, Vavant-garde révolutionnaire doit mener le combat contre les soi-disant « blocs nationaux » qui ne font qu’enchainer le prolétariat, contre la politique impéria- liste de pillage et d’annexion, contre le partage du continent en zones d’influen- ce et occupation, pour le retrait immé diat des armées impérialistes anglaises ct américaines, contre Voccupation fran- gaise en Allemagne, pour la reconstruc tion du front commun de la classe ou- IV. — ROMPEZ LA COALITION! (Conelusions) Liincapacité manifeste du cabinet De Gaulle de remettre en marche la \pro- duction, les déboires de sa politique de « prestige », Varbitraire de Papparei comme l’ajournement aux calendes gre ques de toutes réformes tant de fois affirmées par le programme du C. N. R., ont largement entamé le crédit et le capital moral de ce gouvernement dans Jes masses populaires. Cependant, les pusillanimes partis ouvriers, aujourd’hui les plus importants du pays, n'ont. mé- me pas mis en question la continua- tion de Vactuel gouvernement. Aprés avoir échafaudé de leurs propres mains le piédestal de de Gaulle, aprés Iui avoir apporté leur appui au gouvernement, pas plus le P.C.F. que la S.F.I.0. ne souhai- tent rompre la coalition et faire réelle- ment appel aux masses. Le 26 juin, de- vant le X* Congrés du P.C.F., Thorez Va souligné encore une fois: < Pour notre part, a-til déclaré, nous entendons ne pas nous dérober aux exigences et aux obligations de Vunité nationale. Nous envisageons comme la perspective la plus heurcuse pour notre pays le main tien prolongé aux affaires d'un gouver- nement de large unité nationale et démo- cratique, réalisant ainsi les meilleures conditions d’autorité et de stabilité, et s'appuyant franchement sur le peuple. > (Huma, 27 juin 1945). Dans ces conditions, le P.C.F. et la S.F.LO. vident délibérément de tout contenu les manifestations de la volonté populaire, tandis que de Gaulle continue par-dessus elles & renforeer a sa guise ses tendances & larbitraire. Nous en avons un exemple typique dans les élec- tions municipales: Ce fut un véritable concours de zéle entre Vappareil, les sta- liniens ct les autres courants < résis- tants > — & qui mieux mieux masque. I INTERNATIONALE 19 rait la signification véritable des Gloc- tions. ‘A ces premiéres élections, le P.C.F. se présenta, fidéle A sa politique du « bloc national’ », en camouflant son drapeau et en mettant en avant des listes dites @Union Patriotique Républieaine et An- tifasciste (U.P.R.A.). Cependant, malgré le déguisement, les listes dirigées par le P.C.F, totajistrent plus de 40 % des voix a Paris, plus de 25 % en province sans parler des succts de la S.F.LO. et des courants qui gravitent dans son orbite comme le M.L.N, Les masses indiquérent ainsi claire- ment leur yolonté d’aller & gauche, de changer la situation présente. Les mas- ses indiquérent explicitement qu’elles, voulaient non pas Ja continuation de la collaboration dans un gouvernement aux ordres des Banques et des trusts, mais la rupture de ia coalition gouvernementale et la formation d’un GOUVERNEMENT oU- VRIER, capable de mettye en application les mesures tant de fois promises, Le P.G.F., partisan de < la paix sociale » et de Ja collaboration avec de Gaulle, tira de ce verdict populaire la conclusion quwil fallait élargir sa place... dans Te cabinet de Gaulle. Ce dernier, sir de toute facon de Vappui stalinien, cy met- tant encore une fois & profit la pusilla- nimité de la < gauche », qui avait sa- bordé les aspirations des’ masses et faussé la signification de leur vote, passa outre les décisions du corps électoral. (II sacrifia seulement pour la forme un de ses ministres.) Dans ces conditions, l’appel ultérieur aux soi-disant < Ftats Généraux de la Renaissance Francaise » — toujours dé- signés et non élus — n’amena aueun ré- sultat, ni contre le gouvernement, ni pour tranquilliser les masses. ‘Les « Etats Généraux > se transformérent en un véritable simulacre de consultation populaire, en une Assemblée Consulta- tive n° 2, encore plus impuissante que la Consultative n° 1, avec des cahiers de doléances stéréotypes, et en dernier avee un simulacre de < scrment révolution- naire » (dont le contenu seul: « Nous jurons de rester unis pour... servir > (sic) indique toute V’étendue de la mas- carade). A présent, Vinévitable mise & Vordre du jour de la Constituante, pose @ nou- veau brutalement les questions déja ebai- res lors des élections municipales: Avec le pouvoir personnel, ou contre? Pour la continuation de Varbitraire ou pour la confiance aw peuple? De Gaulle entend utiliser la question de la Constituante pour se faire pure- ment et simplement pléhisciter (1). ~ Or, nest-il pas évident que-si Von ne rompt pas immédiatement avec ce gou- vernement awe ordres des trusts et des banques, toutes les phrases < gauches > sur la «< Constituante souveraine > ne peuvent étre que des phrases creuses? Semblables en tout aux républicains et ‘aux modérés de la période 1848-1851, les staliniens, les réformistes et les « résis- tants > reculérent pas A pas devant le pouvoir exécutif, devant le parti de « Vordre > représenté par de Gaulle et auquel ils s'étaient attachés par mille liens, Les travailleurs furent désarmés et, frustrés des organismes quiils s’é- taient donnés. Mais & différence de la pé- riode citée, si maintenant la classe ou- vriére est désorientée, elle est loin d’étre écrasée: les travaillours savent que tout na pas encore été dit et que les combats décisifs sont seulement @ venir, La faillite du gouvernement bourgeois dans la remise en marche de la produc- tion, la faillite de sa politique de < pres tige’», la pusillanimité des partis « ou- vriers » qui donnent leur blane-seing & cette politique, contribuent aussi & aigui- ser la volonté de lutte des travailleurs, () ly a deux projets gouvernemen- taux: Le premier projet prévoit qu'une Cons- tituante sera élue ax suffrage universe]; elle élira & son tour un chef de gouver- nement qui ne sera responsable devant personne et qui nommera son conseil des ‘ministres, La Constituante adoptera une Consti- tution soumise ensuite au_référendum. Mais en premicr lieu, cest Pensemble de ce projet qui sera soumis au pays par voie de référendum, En somme, le < chef du gouvernement responsable devant Ini seul > se fait plé- Disciter par un référendum qui Tui oc- troie le pouvoir personnel et qui’ réduit la Constituante & ume nouvelle assem- blée impuissante, _, Le deuitme projet prévoit que les électeurs peuvent se prononcer : @) Pour le retour & la Constitution de 1875 qui a été & la base de la Troisiéme République et qui comprend une Cham- bre et un Sénat. 6) Pour uné Constituante qui fonetion- ne comme dans le projet N° 1, ¢) Pour une Constituante souveraine. 20 Iv INTERN ATIONALE leur volonté de rompre enfin avec la bourgeoisie et les de Gaulle, Des tiraillements se sont déja produits entre les ouvriers et les cadres staliniens et réformistes: les gréves déclanchées, malgré les bonzes de Ia C.G.T., le mouve- ment de mécontentement qui fit reculer le P.C.F. dans la question du Premier Mai (journée chémée malgré le projet d’en faire une journée de travail < de choc »), le mécontentement causé par la remise de Jouhaux a la téte de l'appareil bureaucratique de la C.G.T., < Vinci- dent » des délégués du Morbihan qui de- mandent au dernier Congrés du parti stalinien la rupture de l’union nationale, — tout ceci ne sont que des signes avant-courcurs. Le capitalisme francais vermoulu est incapable de sortir de la crise dans laquelle il’ se débat: celle-ci ne peut aller qu’en s’approfondissant, Bet AR Pour sortir du marasme, pour briser les apprentis-Bonaparte et leurs tentati- yes de pouvoir personnel, une seule voie s‘offre aux travailleurs: celle de la rup- ture de l'Union sacréo avec la bourgeo! sie, C’est seulement sur ce chemin qu’ils trouveront Vappui décisif des peuples coloniaux en lutte contre l'impérialisme, pour leur indépendanee, et celui des mas” ses laboriense de l'Europe entidre. Il est esssentiel pour les travailleurs @affirmer ceci avec force dans Vétape qui vient, il leur est essentiel @exiger dés maintenant de lewrs organisations la rupture de la coalition, la rupture avec les mandataires des trusts et des Ban- ques. La IV? Internationale les appelle & suivre ce chemin. Geneve, 14 juillet 1945, IV INTERNATIONALE 21 Lettre ouverte de Léon Trotsky aux travailleurs de r'Inde Chers Amis, Bs événements gigantesques et ter- ribles s'approchent avec une for- ce implacable. L’humanité vit dans l’attente de la guerre, qui naturelle- ment entrainera dans son tourbillon, les pays coloniaux et aura une signification Vitale pour leur destinée. Les agents du gouvernement britannique présentent les choses comme si la guerre allait étre menée pour les principes de la < démo- cratie >» qu'il faut sauver du fascisme. Tous les peuples doivent se rallier aux gouvernements « pacifiques » et <« dé- mocratiques > pour’ repousser les agres- seurs fascistes. Alors la démocratie sera sauvée ef la paix établie pour toujours. Cet évangile repose sur un mensonge délibéré. Si le gouvernement britannique était réellement intéressé & I’épanouisse- ment de la démoeratie, alors il « une occasion trés simple de le démontrer: qu’il donne la liberté compléte & V'Inde. Le droit & Vindépendance nationale est un des droits démocratiques éémentai- res, Mais en réalité, le gouvernement de Londres est prét & céder toutes les dé- mocraties de la terre en échange d’un dixieme de ses colonies, Si le peuple hindou ne veut-pas rester esclave pour toujours, alors il doit com- battre et rejetter ces faux prédicateurs qui disent que le fascisme est le seul en- nemi du peuple, Hitler et Mussolini sont, sans aucun doute, les pires ennemis des travailleurs et des opprimés. Ce sont des bourreaux sanglants animés de la plus grande haine contre les travailleurs et Jes opprimés du monde. Mais ils sont avant tout les ennemis du peuple alle- mand et italien sur le dos desquels ils sont assis, Lea claeses et les peuples opprimés doivent chercher — comme nous Yont enseigné Marx, Engels, Lénine et Liebknecht — leur ennemi_ principal dans leur propre pays, représenté par leurs propres exploiteurs et oppresseurs. Dans Inde, cet ennemi est avant tout Ja bourgeoisie anglaise. Le renversement de l'impérialisme anglais serait un coup terrible contre tous les oppresseurs, y compris les dictateurs fascistes. A la lon- gue, les impérialiames se distinguent Yun de l'autre, non point par Vessence, mais par la forme. L’impérialisme allemand, dépourvu de colonies, se pare du terri ble masque du fascisme avec les crocs poussés en avant. L’impérialisme anglais gorgé, puisqu’il posséde d’immenses. co- lonies, cache ses crocs derriére le mas- que de la démocratie. Mais cette démo- cratic n’existe que pour le centre métro- politain, pour 45.000.000 d’&mes ou plus exactement pour la bourgeoisie domi- nante dans le centre métropolitain. L’In- de est dépourvue non seulement de démo- cratie, mais encore du droit le plus élé- mentaire, celui d’indépendance nationale, La démocratie impérialiste, c’est cette démocratie des propriétaires d’esclaves, nourrie avee le sang vivant des colonies. Mais "Inde cherche sa propre démocra- tie et non a servir d’engrais aux pro- priétaires d’esclaves. Ceux qui désirent en finir avec Ie fas- cisme, la réaction et toutes les formes doppression, doivent renverser limpé- rialisme. Il n'y a pas d’autre voie. Cette t&che ne peut pourtant pas étre réalisce par des méthodes pacifiques, par des négociations ou par des pétitions. Les propriétaires d’esclaves n/ont jamais, au cours de Vhistoire, libéré volontaizement leurs escaves. Soule, une lutte audacieu- se et décidée du peuple de Inde pour son émancipation économique et natio- nale peut libérer l’Inde. La bourgeoisie de Inde est incapable 22 de conduire une lutte révolutionnaire. Elle est trop lige et dépend trop du capitalisme anglais. Elle tremble pour ses propres propriétés. Elle a peur des masses, Elle cherche des compro- mis avee Vimpérialisme anglais & n'im- porte quel prix et trompe les masses de VInde avec des espoirs de réforme den haut. Le leader et le prophéte de cette bourgeoisie’ est Gandhi. Un pietre Jeader et un faux prophéte. Gandhi et | ses princes ont développé la théorie que | la position de V'Inde s’améliorera cons- | tamment, que ses libertés s’élangizont | continuellement et que VInde deviendra un dominion sur la voie des réformes pacifiques. Toute cette perspective est fausse jusqu’en ses fondements. Le ca- pitalisme ne fut capable de faire des concessions que dans sa période montan- te, tant que les exploiteurs pouvaient compter fermement avec la croissance continuelle de leur profit. Aujourd’hui, il ne peut méme plus tre question d'une telle chose. L'impéralisme mondial est sur son déclin, La condition de toutes les nations impérialistes devient chaque jour plus difficile, tandis que les contra- dictions entre elles s'aggravent de plus en plus. Des armements monstrueux dé- yorent une partie chaque fois grandis- sante des revenus nationaux. Les impé- rialistes ne peuvent plus faire de con- cessions sérieuses ni & leurs masses labo- garder colonies, marchés et concessions traire, ils sont’ contrainis d’établir une exploitation de plus en plus bestiale. Cest en cela précisément que s’exprime Vagonie mortelle du capitalisme, Pour garder colonie, marchés et concessions contre l’Allemagne, VTtalie et le Japon, Te gouvernement de Londres est prét 2 décimer des millions d’hommes. Est-il possible, sans qu’on perde complétement la raison, davoir le moindre espoir que cette oligarchie financiére, rapace et sau- vage libérera volontairement V'Inde? TLest vrai qu’un gouvernement du soi- disant Labour Party peut remplacer le gouvernement conservateur. Mais cela ne changera rien. Le parti labouriste — comme le témoigne tout son program- me passé et _présent — ne se distingue en rien des Torys dans la question colo- niale. Le Labour Party exprime en réa- lité non point les intéréts de la classe ouvriére, mais les intérdts de la bureau- cratie labouriste, et de Varistocratie labouriste. C’est A cette couche que la bourgeoisie peut jeter des morceaux suc- culants parce qwiils exploitent eux-mé- mes sans pitié les colonies: et par dessus toute Inde, La bureaucratie labouriste britannique — du Labour Party comme des Trade Unions — est directement intéressé & exploitation des colonies. Iv INTERNATIONALE Elle n’a pas Je moindre désir de penser & Vémancipation de Inde, Tout ces mes- sieurs — le Major Attlee, Sir Walter Citrine et compagnie — sont préts & fétrir comme traitres, comme wne aide 2 Hitler et & Mussolini, le mouvement révolutionnaire du peuple de Inde, et & recourir & des mesuxes militaires pour le supprimer. La politique actuelle de Vinternationale Communiste ne lui est en aucune fagon supérieure. Ceres, il y & vingt ans, la [1I* Internationale: @’In- ternationale Communiste) fut fondée comme une véritable organisation TéV0~ lutionnaire, Une de ses tiches les pls importantes fut la libération des peu- ples coloniaux. Cependant, il ne_reste plus aujoyrd’hui que des souvenirs de ce programme, Les leaders de l’Interna- tionale sont devenus depuis longtemps les simples instruments de la bureaucra- tie de Moscou qui étouffe les masses ou- vridres sovidtiques et qui s'est transfor- mée en une nouvelle aristocratie, Sans doute, dans les rangs du Parti Commu- niste des différents pays, y compris Pin~ de, se trouvent de nombreux travailleurs honnétes, des étudiants, etc..., mais ce me sont pas ceux-ci qui fixent la politique du Komintern, La parole décisive appar- tient au Kremlin qui est guidé non par les intéréts des opprimés, mais par ceux de 1a nouvelle aristocratic de 'U-R.S.S. Pour Vamour d'une alliance avec les \ gouvernements impérialistes, Staline et sa clique ont renoneé qu programme ré- yolutionnaire de ?émancipation des co- | lonies. Un des leaders du Komintern : Manioulsky, Yavoua ouvertement au dernier congrés du parti de Staline tenu au mois de mars de cette année & Mos-" cou: « Les eommunistes mettent au p: mier plan la Tutte pour l’auto-détermi- nation des nationalités rendues esclaves par les gouvernements fascistes, Tls de~ mandent Vauto-détermination de I’Au~ triche, des régions Sudetes, de la Corée, de Formose, de l’Abyssinie... » Et pour Vinde, PIndochine, PAlgérie et les autres colonies de l’Angleterre et de la France? Voil& ce que répond le représentant du Komintern : « Les communistes deman- dent. aux gouvernements impérialistes des Etats dits bourgeois démocratiques une amélioration immédiate (sic!) et xi- goureuse (!) des standards de vie des masses laborieuses des colonies et la ces- sion de larges droits démocratiques aux colonies, » (Pravda, n* 70 du 12 mars 1939). En d’autres termes, en ce qui conceine les colonies de la France et de PAngleterre, le Komintern est complé- tement passé sur les positions de Gan- dhi ct Ia position conciliatrice de la bourgeoisie coloniale en général, Le Ko- mintern a renoncé complétement & la lutte réyolutionnaire pour V’indépendance Iv) INTERNATIONALE 28 de I'Inde, Il demande « & genoux » & Vimpérialisme anglais qu'il céde des « li- bertés démocratiques > a I'Inde. Les mots d’une amélioration immédiate et rigoureuse des standards de vie des masses laborieuses des colonies sont un son particuliérement faux et cynique. Le capitalisme moderne, déclinant, gangré- né, et en décomposition est de plus en plus contraint d’empirer la position des ouvriers dans le centre métropolitain lui- méme. Comment peut-il alors améliorer la position des travailleurs dans les colo- nies dont il est obligé d’extraire toute la séve vitale pour pouvoir maintenir son propre état d’équilibre? L’améliora- tion des conditions des masses laborieu- nes des colonies n'est possible que sur la voie du renversement total de Vimpéria- Tisme. Mais le parti communiste est allé en- core plus loin sur le chemin de la trahi- son. D’aprés Manioulsky, les communis- tes « subordonnent la réalisation de ce droit de sécession... dans l'intérét de Ia défaite du fascisme >. Autrement dit, dans le cas d’une guerre entre l’Angle- terre et la France au sujet des colonies, le peuple de Inde doit supporter ses actuels propristaires d’esclaves, les im- périalistes britanniques. C’est-&-dire qu'il doit verser son sang non pour sa propre émaneipation, mais pour préser- ver la domination de la ¢ city > sur VInde. Et ces canailles osent citer Marx et Lénine! En vérité, leur maitre et lea- der n’est point autre que Staline. Le chef d’une nouvelle aristocratie bureau- cratique, le boucher du parti bochévi- que, V’étrangleur des ouvriers et des paysans, Les staliniens couvrent leur politique de servitude envers les impérialismes anglais, francais et américains avec la formule du « front populaire >. Quelle moquerie! Le « front populaire » n’est que le nouveau nom dune vieille politi due qui repose sur la collaboration des classes, sur la coalition entre le proléta~ viat et la bourgecisie. Dans toutes ses coalitions, Ia direction revient. invaria- blement aux mains de Vaile droite, c’est- a-dire aux mains de Ia classe possédante. La bourgeoisie indienne, comme il a été établi, ne désire que la négociation pacifique et non la lutte, La coalition avec la bourgeoisie méne le proléta- Tiat & la négation de sa lutte contre Pim- périalisme, La politique de coalition im- plique le piétinement sur place, la tem- porisation, les faux espoirs, le fourvoie- ment dans des intrigues et des manceu vres creuses. A la suite d’une telle poli- tique, la désillusion s'empare inévitable- ment des masses ouvriares, les paysans tournent le dos au prolétarist et tombent dans Vapathie, La révolution allemande, la_réyolution autrichienne, la révolution chinoise et la réyolution espagnole ont toutes succombées, comme conséquences de la politique de coalition. Exactement Je méme danger menace Ia révolution de YInde, ot les Staliniens mettent en tra- vers, sous le déguisement du « front po- pulaire >, une politique de subordina- tion du prolétariat a la bourgeoisie. Elle signifie dans l’action le rejet de la lutte pour le pouvoir, le rejet de la réyolu- tion, le rejet du programme agrairé ré- volutionnaire, le rejet de l'armement des travailleurs, Dans le cas oft la bourgeoisie de l'Inde se trouve elle-méme obligée & faire le moindre pas sur le chemin de la lutte contre la domination arbitraire de la Grande-Bretagne, le prolétariat soutien- dra naturellement un tel pas. Mais il le soutiendra avec ses propres méthodes: meetings de masse, mots d’ordre au- dacieux, gréves, démonstration et actions de combat plus décisives, dépendantes du rapport des forces et des circonstan- ces, Précisément, pour faire cela, le pro- létariat_ a besoin d’avoir les mains libres. L'indépendance compléte enyers la bourgeoisie est indispensable au pro- létariat par dessus tout pour qu’il puisse exercer une influence sur la paysanne- rie, la masse prédominante de la popu- lation de l'Inde. Scul, le prolétariat est’ca- pable de mettre en avant un audaacieux programme agraire révolutionnaire, de soulever et de rassembler des dizaines de millions de paysans et de les conduire dans Ja lutte contre les oppresseurs indi- génes et l’impérialisme britannique, L’al- liance des travailleurs et des paysans pauvres est la seule allianee honnéte et digne de confiance qui puisse assurer la vietoire finale de la révolution de l'Inde. Tous les problémes du temps de paix conserveront leurs forces en temps de guerre, mais ils auront un caractére beaucoup plus tranchant, Tout d’abord Vexploitation des colonies sera _grande- ment intensifiée. Les centres métropo- litains ne tireront pas seulement des ali- ments ct des matiéres premiéres des colonies, mais encore ils mobiliseront un grand nombre d’esclaves coloniaux qui devzont se faire tuer sur les champs de bataille de leurs maitres. Pendant que la bourgeoisie coloniale aura le/ museau profondément enfoneé dans les comman- des de guerre, elle renoncera & Vop- position au nom du patriotisme et des profits. Gandhi est déja en train de pré- parer le terrain pour une telle politique. Ces messieurs continueront a battre le tambour : < Nous devons attendre pa- tiemment Ia fin dela guerre et alors Londres nous récompensera pour Vassis- 24 I INTERNATIONALE tance que nous lui avons donnée ». Hn réalité, les impérialistes redoubleront et. tripleront exploitation des travailleurs, aussi bien dans la métropole que dans Jes colonies, et surtout dans ces dernié- res, pour restaurer le pays aprés le car- nage et la dévastation de la guerre. Dans ces circonstances, ni de nouvelles réfor- mes sociales dans les centres métropo- litains, ni de concessions de liberté aux colonies. De doubles chaines d’esclavage, telle sera la conséquence inévitable de Ja guerre, si les masses de l’Inde suivent la politique de Gandhi, des Staliniens et de leurs amis. Pourtant, la guerre peut apporter & VInde, aussi bien qu’ d’autres colonies, non pas un redoublement d’esclavage, mais au contraire une liberté complete, & condition toutefois de mener une juste politique .révolutionnaire. Le peuple de VInde doit das le début dissocier son des- tin de celui de Vimpérialisme britanni- que: les oppresseurs et les opprimés sont des deux cdtés opposés des tran- chées, Aucune aide, quelle qu'elle soit, aux propriétaires desclaves! Au con- traire, il faut utiliser les immenses diffi- cultés que la guerre apportera pour assé- ner un coup mortel A toutes les classes dirigeantes, C'est de cette maniére que es classes ct les peuples devraient agir dans tous les pays, sans tenir compte de ce que ces messieurs les impérialistes portent le masque démocratique ou le masque fasciste. Pour réaliser une telle politique, un parti révolutionnaire qui s'appuie sur Yavant-garde du prolétariat est néces- saire. Un tel parti n’existe pas dans Vnde. la IV* Internationale offre & ce parti son programme, son expérience, 5a. collaboration. Les conditions fondamen- tales pour un tel parti sont: indépen- dance complate envers la démocratie impérialiste, indépendance compléte en- vers la II et Ja III* Internationale, indé- pendance compléte envers la bourgeoisie nationale de I'Inde, Des sections de la IV* Internationale existent en nombre de pays coloniaux et semi-coloniaux et elles y font des pro- gres heureux. La premitre place est i discutablement tenue par notre section de V'Indochine francaise, qui méne un combat irréconciliable contre limpéria- lisme francais et contre les mystifica- tions du < front populaire». Les leaders staliniens, écrit le journal des travail- leurs de Saigon (La Lutte du 7 avril), ont fait un autre pas sur le chemin de Ja trahison. Jettant leur masque révo- lutionnaire, ils sont devenus les cham- pions de fimpérialisme et parlent ou- vertement contre l’émancipation des peu- ples opprimés. Grace @ leur audacicuse politique révolutionnaire, les prolétaires de Saigon, membres de la IV* Interna- tionale, ont obtenu une brillante victoire sur le bloc du parti dominant et des sta- liniens, aux élections du conseil colo- nial tenu au mois d’avril de cette année. Exactement la méme politique doit @tre suivie par les ouvriers avaneés de Vnde britannique. Nous devons rejeter les faux espoirs et repousser les faux amis, Nous ne devons avoir confianeg qu’en nous-mémes, qu’en nos propres for- ces révolutionnaires. La lutte pour V’in- dépendance nationale, pour une républi- que indépendante indienne est indigsolu- blement lige A la révolution agraire, & la nationalisation des banques et des trusts, 4 plusieurs autres mesures éco- nomiques tendant A lever le standard de vie du pays et A faire des masses la- borieuses Jes maitres de leurs propres destinées. Seul le prolétariat, allié & la paysannerie est capable d’exécuter ses tAches. 4 Dans sa phase initiale, le parti révolu- tionnaire formera sans doute une pe- tite minorité. Cependant, contrairement aux autres partis, il rendra un compte clair de la situation, et. marchera sans crainte yers son grand but. Tl est indis- pensable d’établir dans toutes les villes et centres industricls des groupes tra- vailleurs se placant sous les drapeaux de la IV* Internationale. Sculs, les intellec- tuels qui sont complétement passés du cété du prolétariat pourront étre admis dans ces groupes. Etrangers au sectaris-- me qui se replie sur lui-méme, les ou- vriers marxistes révolutionnaires doivent participer activement au travail des ‘Trade-Unions (syndicats), des sociétés éducatives, du Congrés du parti socia- liste et en général de toutes les organi- sations de masse, Partout, ils restent comme extréme aile gauche, partout, ils donnent Pexemple de courage dans Vac~ tion, partout, ils expliquent leur pro- gramme d'une facon patiente et amicale aux travailleurs, paysans et intellectucls révolutionnaires. De grands événements viendront en aide aux bolehéviks-léninis- tes de Inde, révélant aux masses la fustesse de leur voie. Le parti croitra Vite et se trempera au feu, Permettez- moi d’exprimer mon ferme espoir que la lutte révolutionnaire pour l’émancipation de l"Inde se déploiera sous le drapeau de la IV" Internationale, Coyoacan, Mexico, 25 juillet 1939. Léon TROTSKY. IV INTERNATIONALE 2 LE MOUVEMENT TROTSKYSTE AUK INDES Le Parti Bolchevik Léniniste des Indes, de Burma ct de Ceylan, s’est constitué officiellement en mei 1942 lors d’une conférence réunissant les dé- légués de la Ligue Socialiste Révolution- naire de Bengal, le Parti Bolchevik- Léniniste des Provinces Unies et Behar, le Parti Lanka Sama Samaja de Ceylan et d’autres groupes trotskystes. Nos camarades hindous militent dans des conditions d'illégalité et de repres- sion comparables & celles imposées par le régime nazi, Les tyrans colonaiux bri- tanniques piétinent les droits les plus @lémentaires de la liberté de presse, de parole et de réunion, et tout comme la Gestapo, proctdent & des arrestations arbitraires dans la rue, gardant leurs victimes en prison sans aucun proces. Si toutefois un procés a lieu, la victime n'est pas du tout certaine d’tre libérée le jour indiqué par le verdict, mais il est dusage d'arréter & nouveau les ré- volutionnaires sous prétexte d’une nou- yelle inculpation, ou méme sans donner aucune raison.'’Ceux qui ne peuvent s’évader doivent attendre Vaction des masses pour les libérer, Lexpérience des dirigeants du Parti de Ceylan peut étre donnée en exemple, Le parti était légal avec une presse 1é- gale et des délégués au Conseil Dépar- temental de Ceylan (Ceylan State Con- cil). Lors de la déclaration de guerre en 1939, les autorités de Ceylan confisqué- rent immédiatement limprimerie du par- ti et arrétérent les délégués, malgré la violation de leur immunité parlementai- re, ainsi que d’autres membres du parti, et les envoyérent dans des camps de con- centration, ceci sans aucun verdict. Ainsi Je parti était illégal « inofficielle- ment > mais le travail ne s’arréta pas pour cela, En avril 1942 les dirigeants du parti réussirent & s’évader et conti- nuérent & participer au travail du mou- vement trotskyste. Les trotskystes hindous réussirent a publier illégalement un organe théori- que, < Le Bolchevik Léniniste > et un journal de masses « La Révolution Per- Tmanente >, tous les deux en anglais, langue courante parmi les couches let- trées et les ouvriers avancés, Ils publit- rent également des brochures en anglais et en tamil. Le parti travaille dans le mouyement ouvrier et surtout dans les syndicats. Tout en nétant ‘pas encore. un mouvement de masses, le parti est profondément en- ss aac is raciné dans le prolétariat hindou. En participant aux luttes du mois daott 1942, les trotskystes prouverent leur vi- talité et furent reconnus comme étant Pextréme-gauche du mouvement ouvrier hindou. Voyant cela, les autorités redoublérent leur répression et en juillet 1943 les trotskystes subirent un coup redoutable de la part des policiers, Avec Vaide d'un stalinien qui avait réussi 4 s'infiltrer dans organisation, la police effectua plusieurs raids contre nos camarades. Le journal « Révolution Permanente > juillet-septembre 1943 nous en donne le compte rendu: « C’est en juillet 1943 que la police de Bombay et Madras pri- va la résistance de plusieurs Bolchevik Léninistes. Grace 4 la vigilance de nos camarades, les autorités ne réussirent pas dans leur projet de destruction de Vorganisation, et la catastrophe pOt tre évitée. ‘A Madras, les camarades R. S. V. Senanayake et L. Cooray recherchés de- puis avril 1942 par le gouvernement de Ceylan, furent arrétés. (En mars 1942, aprés des années de persécutions < inoffi- cielles », des trotskystes, le Gouverneur anglais de Ceylan, Sir Andrew Calde- cott, proclama finalement Villégalité du mouvement trotskyste). ‘A Bombay, la police traqua pratique- ment tous les-militants, ainsi que ceux de Ashokumari K. Tilok et C. R. Govin- dan, mais sans succts, sauf & Bombay of les camarades Kusuma, D.P.R. Gu- nawardene et N. M. Perera, membres dirigeants du parti Lanka Sama Sama- ja, Section de Ceylan du parti bolchevik leniniste, furent arrétés, Les camarades D. P. R. Gunawardene et N. M. Perera emprisonnés depuis 1940, s'évadérent en avril 1942 avec leurs gardiens et les camarades Colvin R. de Silva et E. Sa- marakkody. Vers Ja fin juillet, d'autres militants du B. LP. 1, furent également arré- Le discours prononcé par les camara- des Perera et Guawardene devant les magistrats de la cour de Kandy, Ceylan, le 8 février 1944, constitue une des mei leures traditions des luttes marxistes pour le socialisme. ‘A la suite de ces attaques policiéres, le B. L, P. I, df arréter la publication de son organe théorique < Le Bolcheyi- que Leniniste », ainsi que son journal « La Révolution Permanente >, mais 26 Iv! INTERNATIONALE continua malgré tout la publication des brochures et parmi elles le discours pro- noneé par L, Trotsky devant ses juges tearistes en 1906, ainsi qu'un livre ce 175 pages intitulé « De la I" Internatio- nale la IV" Internationale », par K. Ti- lak, I'un des dirigeants remarquables du parti. Le B. L, P. I. a prouvé sa vitalité et fait montre de son esprit combattif en organisant dernigrement sa conférence nationale. Une résolution politique y fut, adoptée et un programme d’action pour Ja construction de puissantes sections du parti dans les principaux centres indus- triels de l’Inde. Nos camarades hindous sont convain- cus que seul un parti prolétarien peut prendre la direction de la lutte pour la libération des Indes et ils sont sur la bone voie pour que le. B.L.P.I. soit le parti du prolétariat hindou. Nous leur exprimons ici notre solida- rité ef saluons en eux les combattants révolutionnaires qui, une fois de plus, sont tombés dans les griffes des impéria- listes britanniques. Voici maintenant quelques détails sur Ja derniére conférence du parti bolehe- vik leniniste des Indes et de Ceylan, see- tion officielle de la IV* Internationale, tenue le 20-25 septembre 1944, quelque part aux Indes. Donnant le compte rendu de la confé- rence, Vorgane du parti hindou « La Révolution Permanente >, écrit avec une fierté bien méritée: < Des délégués de toutes les sections du parti des Indes et de Ceylan y assis- trent, malgré les difficultés. Tl ne nous est pas possible de donner des détails sur ces sections, il suffit de dire que les délégués reflétarent le caractiére de Vor- ganisation hindoue, ct son état de déve- loppement actuel. > ‘Les trois questions principales & Vor- dre du jour étaient: 1° la situation poli- tique aux Indes; 2* la situation interna tionale; 3* organisation du parti. Sur Ja question hindoue, a conférence adopta une large résolution dont nous publions le texte, Cette résolution ana- lyse la répercussion de la guerre sur Véconomie hindoue ct sur les différentes classes sociales aux Indes, esquisse le changement d’attitude de la bourgeoisie hindoue vis-A-vis de V'impérialisme bri- tannique pendant la guerre, analyse les Tuttes d’aoft 1942 et leurs conséquences ainsi que les causes de la défaite, exa- mine les intentions et la teneur des con- ditions proposées par Gandhi & Vimpé- rialisme britannique aprés sa libération, caractérise Ia nature et le rdle joué par les grands partis politiques hindous, examine la probabilité et les conséquen- ces d'un congrés des gouvernements co- loniaux sur les grands partis politiques et attitude des masses ct leurs tendan- ces, et enfin sur cette base développe les tiches politiques du parti dans Ia pé- riode immédiate, (La Révolution Perma nente, octobre-décembre 1944.) La majorité de la conférence adopta une résolution & part sur « le Parkistan Slogan > et diseuta également sur « un rapport des tendances séparatistes hin- doues > que la conférence décida de ne pas adopter mais < de faire circuler pour étre étudié et discuté ». Sur la question de la situation inter- nationale, la conférence adopta deux ré- solutions, l'une sur YURSS et autre sur la Chine. La résolution russe considére le chan- gement opéré dans la situation militaire et préconise « intensification de la lutte de classes (dans les territoires non soviétiques oceupés par Varmée rouge) sans tenir compte de leurs répercussions militaires pour Varmée rouge ». Ensuite la résolution montre le danger d’une restauration du capitalisme .en URSS, étant donné Yutilisation que fait Je Kremlin de Varmée rouge, agence poli- citre pour la protection de la propriété capitaliste dans les territoires non sovié- tiques. La deuxiéme résolution sur la « Chine dans la guerre mondiale » représente un abandon de la position prise par la IV* Internationale. Cette résolution dé clare que: < En raison de Venchaine- ment de la guerre sino-japonaise A la deuxiéme guerre impérialiste mondiale, Ja subordination des luttes de Tchoun- King & la guerre réactionnaire des Im- périalismes anglo-américains et le chan- gement qu’opére le régime de Tchoun- King vers une pénétration économique et un contréle politique anglo-américain, Ja guerre menée par Tchoun-King contre Je Japon est vidée de son contenu pro- gressif et ne peut done plus étre soute- nue par le prolétariat révolutionnaire idem, 1a résolution ne nie pas que « La guerre de la Chine de Tchoun-King con- tre le Japon » est progressive, mais elle maintient que cette < guerre progres- sive > a été transformée « en un élé- ment subordonné sans grande impor- tance dans le conflit impérialiste qui en- globe tout le Pacifique >. Ceci, pourtant, doit étre prouvé et les faits et les arguments donnés dans la résylution ne sont gu8re une preuve. Par exemple, argument donné pour dé- montrer la subordination compléte de la guerre de la Chine sous le contrdle anglo-américain est la < création du commandement de Stilwell \>. Et pour- tant Vincident de la liquidation de Stil- Iv INTERNATIONALE 27 well pourrait étre utilisé pour prouver justement le contraire; et on ne prouve rien en démontrant le caractére ‘réac- tionnaire du régime de Chang Kai Chek et sa dépendance aux Alliés, Ce qui est décisif, ce n’est pas le caractére du ré- gime de Tchoun-King qui n’a guére changé & travers la lutte — mais le degré actuel dindépendance conservé par la Chine dans sa guerre progressive contre impérialisme japonais, Jusqu’s présent, la position de la IV* Internationale maintenait et maintient toujours — que la guerre de Ja Chine est restée suffisamment indé- pendante vis-d-vis des impérialistes, malgré tous les efforts de ces derniers @enchatner et de dominer complétement la lutte. Nous ne voyons jusqu’A présent aucune raison valable pour changer no- tre_position. Sur la question organisationnelle, comme le rapporte la ¢ Révolution Per- manente >, la conférence’ analyse le passé sur Ja base d’un rapport présenté par le Comité Central provisoire, et adopte ensuite une large résolution in- titulée: « Les tiches organisationnelles du parti dans la période présente, qui fait Vanalyse des conditions présentes du parti ct définit la politique organisa- jetionnelle pour l'avenir immédiat >. En conclusion, ils constatent & juste titre que: < Un jeune parti, travaillant illégale- ment dans Jes conditions de la pire re- pression impérialiste, en réussissant_ & tenir une conférence comme celle-ci, prouve non seulement sa vitalité mais aussi son attachement aux principes de centralisme démocratique et sa détermi- nation d’accomplir sa tAche historique de la construction du parti révolution- naire du prolétariat hindou, dont dépend Je succés de Ja révolutfon aux Indes. > La situation politique actuelle aux Indes ique du Parti Bolche: -Leniniste des Indes et de Ceylan, zdoptées le 4 Aodt 1944, La deuxiéme guerre mondiale impéria- liste a été aux Indes, au sens le plus direct, le facteur gouvernant de la situa tion, ‘en particulier depuis V’entrée en guerre du Japon, Dune part il y a cu une corrélation aisément discernable en- tre les principaux développements de la situation militaire internationale, et les principaux développements de la situa tion politique aux Indes. Par ailleurs le développement général de la situation militaire — défavorable A Vimpérialisme anglo-saxon pendant une longue période, puis lui étant favorable — a eu des con- séquences directes sur la situation é¢o- nomique aux Indes, conséquenees & effet moins rapide cependant que dans le cas de la situation politique. Lévénement le plus dramatique et le plus spectaculaire qui se soit déroulé aux Indes au cours de l'année derniére a été la famine au Bengale, famine qui a décimé plusieurs millions d’ouvriers agricoles et les couches les plus pauvres de la paysannerie, Elle a marqué le point culminant de ce processus accéléré | — dont V’inflation et le dépouillement du | pays de ses principaux stocks de ravi- taillement ont été les caractéres les plus marquants — par lequel l’impérialisme britannique a transféré sur le dos des masses" hindoues toujours misérables, une proportion intolérable du fardeau de son effort de guerre poursuivi en Afri- que du Nord, dans le Moyen-Orient et dans le Sud-Fst asiatique. Ce fut Pépi- sode dramatique de la pénurie générale de ravitaillement aux Indes qui, aggra- vé par une administration et une distri- bution défectueuses, provoqua également la famine dans le Malabar, VOrissa, le Kashmir, Andhra et dautres régions plus petites. Une pressuration générale de toutes les provinces sauva les régions de super-production comme le Punjab et le Sind, Telle a été la mesure, en termes de souffrances humaines, des intoléra- bles «< sacrifices > imposés par un im vialisme britannique qui va_s‘affaiblis- sant réguliérement dans cette zone de Yexploitation capitaliste, la principale aprés l'Afrique qui demeure encore tota- IW INTERNATIONALE lement en proie A cette exploitation. Ceci a mis en relief également le chaos éco- nomique extréme (reflété par le dévelop- pement intensif de la thésaurisation et’ du marché noir) et la désorganisation administrative (provoquant la crise ac tuelle au Bengale) qui ont accompagné le travail fébrile consistant 4 transfor- mer rapidement et impitoyablement Yéconomie hindoue en économie de guerre, pour servir les besoin militaires de Vimpérialisme britannique. La transformation de Véconomie des Indes en économie de guerre s'est encore poursuivie au cours de l'année derniére, mais en se ralentissant, La famine chez les paysans et une pourswite de Ia trans- formation sans consolidation des gains d6ja acquis auraient mis en péril cette transformation méme, La famine parmi les paysans ot, chez les ouvriers, une importante série de courtes graves en corrélation avec Vintolérable pénurie des denrées de consommation courante, ame- nérent le gouvernement & prendre une série de mesures, Celles-ci, parallélement & certaines facilités @importation pro- voquées par la nouvelle tournure de la situation militaire, permirent au gou- vernement, dés le début 1944, d’arréter le cours catastrophique de la crise qui menagait les Indes d'un effondrement économique, Le cours de Vinflation a ainsi été considérablement ralenti, bien qu'il n’ait pas encore été complétement stoppé. (L’émission de papier-monnaie s'accroit toujours d’un ou deux crores par semaine,) Le ravitaillement et les autres pro- duits élémentaires de consommation sont maintenant distribués d’une maniére plus rationnelle — quoiqu’ils n’atte!- gnent qu'un niveau de simple subsis- tance au moyen dun rationne- ment plus étendu dans les _prineipa- les_villes. Un_systime de contréle des prix plus généralisé, bien qu’encore considérablement inefficace a contribué & arréter quelque pou la montée des prix @un certain nombre de produits de con- sommation civile. Simultanément, un accroissement, des importations, notam- ment des eéréales et d’un certain nom- bre de produits de consommation civile, paralléle & la réduction massive (ré- sultat de la victoire anglo-américaine en Afrique du Nord) des besoins de ravi- taillement au Moyen Orient, a augmen- 4é la quantité actuelle des stocks de ra- vitaillement disponibles et contribué & diminuer quelque pen la raréfaction de ces nécessités, La désorganisation géné- rale de ’économie et de Padministration, conséquence de la transition rapide d’une Gconomie de paix A une économie de guerre a été ainsi notablement mise en &chee, bien qu'elle continue A prévaloir de maniére importante en de nombreu- ses régions (le Bengale en étant encore Ia principale) et’dans des branches diver- ses de l'économie (charbon par exemple). La perspective dune situation éeonomi- que destructive conduisant rapidement & la précipitation de luttes de masses, pers- pective qui semblait proche en 1943 a done reculé au cours de 1944. Il n’y a aucune raison d’anticiper un brusque changement de ‘ce cété dans la période de Yavenir immédiat. La paysanneric ot la ‘petite bourgeoi urbaine Le fardeau toujours plus lourd de Veffort de guerre intensifié pdse sur le dos des masses, La pénurie des produits de premiére nécessité, provenant du dé- tournement des marchandises de la con- sommation eivile la consommation mi- litaire est encore aigué, bien qu'il y ait eu quelque amélioration de la situation sur ce point. En outre, bien que Vinfla- tion ait &é retardée, et, avec elle, une hausse brusquée du ‘coit de la vie, le retard Iuiméme s'est. présenté au mo- ment d'une telle chute de la valeur mo- étaire (la roupie ne vaut aujourd’hui que 5 annas) et d'une telle hausse du ni: veau des prix (index des prix est trois fois plus élevé que celui d’avant-guerre) quil n’a_ signifié aucune amélioration des conditions de vie des masses, mais seulement un retard dans la crise qui a déja amené d’importantes couches de la population A un état de dénuement, total. Le rationnement ne peut apporter de la nourriture aux plus appauvris; pas plus que le contréle des prix ne peut apporter des quantités de ravitaillement indisponibles, En dépit de diverses me- sures prises & contre-ccour par le gou- Yernement, le marché noir demeure flo- rissant, de méme que la thésaurisation, la spéculation et les profits exessifs, et continuera A prospérer tant que la pénu- rie et Vincertitude provoquées par la guerre continueront d’exister. Comme Vimpérialisme britannique, affaibli par la guerre, intensifie son exploitation, les couches déja paupérisées des masses tombent dans 1a mendicité ou périssent littéralement, Les conditions résumées ci-dessus ont frappé la petite bourgevisie urbaine avec une force dévastatrice. Sans doute beau- coup de petits commereants sont-ils prospéres ef. il y a eu aussi un accrois- sement relatif du volume demploi de la main-d’ceuvre des classes moyennes en particulier dans les administrations gouvernementales civiles et militaires. En dépit de cela, si lon considére en général les standards de vie de la petite . . IV) INTERNATIONALE bourgeoisic, on constate quills ont été bouleversés et le processus d’appauvris- sement accéléré, Les conditions objecti- ves entrainent ainsi ces couches de la population sur la route révolutionnaire comme cela a &é démontré au cours de la « lutte daodt » (1942) au cours de laguelles, elles et les étudiants en. parti- culier, ont été partout 4 Vavant-garde. Leur attitude subjective a subi cepen- dant une transformation depuis cette poque. La défaite totale les a compléte- ment démoralisées, et, sauf une petite partie dont la conscience politique est largement développée, elles ont tempo- rairement tourné le dos & la politique. La grande majorité de la paysannerie n’a tiré aucun bénéfice de la hausse des prix des denrées agricoles. En réalité le poids le plus lourd du fardeau de la guerre pése sur les paysans pauvres et sans terres, c'est-A-dire sur la partie de la population la moins apte A le suppor- ter. Prises dans les tenailles des prix agricoles assez stables bien que quelque peu en hausse, et des prix toujours plus élevés des produits industriel, la cou- che la plus pauvre et la plus dépourvue de la paysannerie moyenne a été ame- née au dénuement, & la famine et & la misére, Méme dans les régions les plus dépourvues, ot les prix du ravitaille- ment ont dépassé¢ de 10 & 25 fois ceux @avant-guerre, ce sont les couches supé- rieures de la paysannerie, et particulid- rement les riches, qui ont bénéficié de Ja hausse des prix des produits agrico- les, Le résultat du jeu de ces différents facteurs a été une accusation plus aigué des diftérences dans la paysannerie, Les paysans pauvres et ceux des classes moyennes inférieures ont df vendre Jeurs terres aux paysang riches ou A ceux des classes moyennes supérieures non seulement au Bengale frappé par la famine, mais aussi par exemple dans le Sind 4 Vagriculture prospdre. Ceci s'est opéré sur une telle échelle qu’une légis- lation a dai tre introduite dans ces provinces — tentative qui eut éé vaine méme si elle n’eut été malhonnéte — pour arréter le développement de ces procédés, Les conditions objectives en- trainent ainsi la paysannerie pauvre et sans terre vers une] solution révolution- naire de leurs problémes. Cependant. ces conditions sont aujourd'hui inhumaines & un tel degré qu’elles les privent de tout pouvoir d'action, la volonté d’agir mise a part. Les affamés ne penvent se bat- tre — pas plus que ceux qui sont trop bien nourris. Arrivés A ce stade, c'est vers la paysannerie moyenne que nous devons nous tourner pour Vaction politi- que. La « lutte d’aofit » I’a bien démon- tré car, dans les régions od s’est soulevée - 29 la paysannerie, c'est surtout cette par- tie d’entre elle qui est passée A l’action. Cependant, dans ce cas également, la pression qui suivit entraina une démo- ralisation générale. D’autres facteurs doivent intervenir avant que la payran- nerie ne bouge de nouveau. Le Prolétariat La classe ouvritre a été directement touchée par Vaccroissement des prix et par la pénurie de produits de premigre nécessité, mais A un degré qui n’est pas comparable & celui qui a frappé Ia petite bourgeoisie urbaine, Nous y voyons deux raisons: tout dabord la chute des salzi res bruts, compensée seulement en p: tie par I'indemnité de vie chére, a été effectivement équilibrée par le groupe- ment de plusieurs gains dans whe scule famille. L’embauche industrielle s'est accrue nettement et rapidement pendant Ia guerre. Le volume de lembauche gé- nérale des travailleurs a probablement doublé, et dans chaque famille les adul- tes se trouvent done aujourd'hui munis un emploi. D'autre part, le gouvernement — in- téressé comme ‘il Pest A une production de guerre ininterrompue, ct anxieux @éviter un malaise général dans la classe ouvritre, malaise pouvant prélu- der & un autre soulévement des masses —le gouvernement a délibérément: pour- suivi une politique d’apaisement vis-a- vis du prolétariat industriel, en lui four- nissant, quoique souvent avee retard, les quantités minima de nécessités élémen- taires, & des prix contrélés. Des maga- sins de céréales d’abord, vendant par la suite d’autres produits de premigre né- cessité ont été ouverts dans les prinei- paux ateliers et usines et le gouverne- ment, en donnant priorité au ravitaille- ment de ceux-ci visait A prévenir des pénuries indiment prolongées ou séveres & Vexees, Cette politique suiyie par la rapide suppression de tout militantisme ouvrier (arrestation des meneurs de erdves, etc.) et aidé comme V’a été Pim- périalisme ‘britannique par la bureau- cratie des syndicats ct les staliniens qui partout agissent ouvertement en agents de Vimpérialisme britannique, le gou- vernement a rét & ussi A éviter toute action générale ou prolongée de la classe ou- vriare. Des Iuttes économiques sporadiques ont cependant eu lien dans toutes les, régions industrielles 4 propos du ravi- taillement, de Vindemnité de vie chére et des questions de primes, Le total des travailleurs ayant pris part 4 ces luttes au cours des neuf mois qui suivirent novembre 1942 atteint un chiffre trés élevé. Mais ces luttes ont été générale 2 . 30 Iv" INTERNATIONALE ment courtes et & caractére de protesta~ tion, De 14 leur impossibilité de se déve- lopper en une série systématique et om ganisée de mouvements axés sur des questions générales comme celles du ra- Vitaillement, de Pindemnité de vie chére ou des primes sur lesquels Vopinion de la classe ouvritre est certainement una- nime, sinon trés profondément aneré, Mais en méme temps elles ont mené A certaines concessions sur ces mémes questions et ont servi A démontrer que malgré Veffet démoralisateur de la dé- faite d’aoit et son influence sur la classe ouvriére, Yabattement qui a prévalu sur les masses petites-bourgeoises n’a pas submergé la classe ouvriére d’une ma- niére aussi décisive. Il faut en voir la raison dans le fait que la classe ouvritre, considérée dans son ensemble et bien que sympathisante, n’est pas entrée dans Vaction militante (sauf en certains cas isolés: Tata, Nazar) pendant la lutte daotit. Ceci a ét8 sans doute la cause principale de la défaite d’aoGt, mais ce méme fait a empéché en méme temps la défaite d’exercer une influence profonde sur les perspectives de la classe ouvrire et sur son attitude pour la lutte. Ainsi la classe ouvriére ne reste pas tranquille, elle est méme agitée. Mais. cette agita tion ne va pas jusqu’a l’action consciente indispensable ‘aujourd’hui méme dans Jes luttes économiques localisées, étant donné que celles-ci, dans les conditions actuelles de la guerre, tendent A se tranformer rapidement en action politi- que. Etant donné Vamélioration temporaire de la situation économique, on ne peut guére prévoir de profondes luttes prolé- tariennes dans V'immédiat, a moins d’évé- nements imprévus, qui changeraient a situation, La bourgeoisie et landlords hindous ont largement profité de la guerre eb continuent & s’enrichir, malgré les taxes excessives sur le profit, augmentation de Vimpét sur le revenu et les mesures gouvernementales contre le marché noir. Mais l’augmentation de leurs re: sources: principales de richesse ne correspond au- cunement avec une expansion indus- trielle. Quoique les exigeances de la guerre ont amené Vimpérialisme br tannique autoriser une certaine ex- Pansion de certaines branches de Vindus- Tie pour subvenir aux besoins de la guerre, cette expansion ne correspond miéme pas aux nécessités militaires. Les intéréts “4 long terme du capital finan- cier, britannique empéchent toute expan- sion importante de Vindustrie hindoue. En conséquence, le Gouvernement pré- viont délibérément, toute expansion de ce genre en utilisant les emprunts foreés, Vimpét sur Vexeédent des bénéfices, Vinstauration de monopoles & caractére semi-gouvernemental, 1a limitation du commerce, le blocage des marchandises soit directement ou en refusant toute facilité de transport, le contréle des changes, l'importation de denrées de consommation pouvant étre fournies par Vindustrie hindoue au liew de marchan- dises importantes dont cette méme in- dustrie a un besoin urgent, etc., etc. Liattitude de la bourgeoisie hindoue vis-A-vis de l’impérialisme britannique a ét8 fortement influencée par son estima- tion de la situation militaire. Rien ne le démontre mieux que les fluctuations de la politique du temps de guerre du parti de la bourgeoisie hindoue, ! « Indian National Congress >. A la déclaration de la guerre, le ¢ Congrés » était au pouvoir dans 7 des 12 provinces de l'Inde. Ces < Congress Governments > qui étaient entrés en fonctions: en 1937 avee V'intention poli- tique déclarée de rompre intérieurement la Constitution, se trouvérent pris au contraire dans le cadre d’acier de !'admi- nistration impérialiste, et on put cons- tater guwils appliquaient sans mauvaise volonté cette Constitution, en coopéra- tion active avec le Vice-Roi, les Gouver- neurs et l’Administration (Civil Service) La politique du parti du Congrés, lors- que ce dernier fut en fonction, si elle a &é un peu moins réactionnairc, & beau- coup d’égards, que celle de V’administra- tion impérialiste dans le passé (conce: sions & la paysannerie, remise en Tiberté des prisonniers politiques, ete.), s'e avérée, dans les questions essenticlles, sans différence avec celle de limpéria- lisme lui-méme, notamment vis-i-vis de la classe ouvriére. La Bourgeoisie hindoue A Bombay, A Madras et dans les Pro- vinces Unies (Cawnpore) les < Congress Governments > n’hésitérent pas & tirer sur les grévistes; et le gouvernement de Bombay, en dépit d’une opposition orga- nisée de la classe ouvrigre, présenta et fit voter rapidement une loi syndicale réactionnaire, qui frappait directement Je droit fondamental de la classe ouvri8- te, le droit de gréve, Il est certain que ces souvenirs: amers ont joué un role déterminant dans Vattitude de la classe ouvriére lors de la « Intte d’aoat », qui, bion que spontanée, fut dirigée unifor- mément au nom du Congrés National Hindou, La déclaration de la guerre trouva done les < Congress Governments > et avec eux le Congrés lui-méme, considéra- blement dépouillés de leur prestige et avec une influence décroissante sur les masses, Le Gouvernement s'y trouva également dans une impasse. Avec leurs pouvoirs limités et leurs moyens finan- ciers limités, ils se trouvérent. ineapa- bles de continner, méme au moyen des mesures timidement libérales qu’ils sa- vaient nécessaires pour endormir les masses. Ils se trouvérent au contraire fortement engagés dans l'administration routiniére d'un régime auquel ils étaient censés s’opposer. La guerre donnera & I’Mtat-Major du Congrés le moyen de se tirer de Vim- passe qui se formait, Prenant comme argument le fait que V’Inde avait éé entrainée dans la guerre sans étre con- sultée — ce qui, bien entendu, était vrai, mais point surprenant — VEtat-Major ordonna aux « Congress Governments > de rendre les guides du pouvoir, ce qu’ils firent, A des degrés variés de mauvaise volonté et de retard, prenant grand soin @eplanir le chemin pour Vadministra- tion directe par les impérialistes britan- nigues, ‘Ayant ainsi acquis Ia liberté de mou- yement nécessaire, ’Btat-Major du Con- gris se mit A la tAche afin d’arriver aux buts de guerre de la bourgeoisie hi doue, c'est-a-dire V'utilisation des diffi- cultés de temps de guerre de Vimpéria- lisme britannique et Cie, en demandant & Vimpérialisme britannique de définir ses buts de guerre, notamment en ce qui concerne l’Inde. Cette maneuvre était destinée & provoquer une déclaration sur les conditions de marché proposées par Vimpérialisme britannique. Celui-ci_ dé- joua aisément la mancuvre par des pla- titudes, Le Congrés fut done obligé d’exprimer ses propres propositions. Ceci fut fait en juillet 1940 dans une motion votée a Vassemblée du AICC A Poona. Dans cette motion, manifestement influencée par les victoires allemandes en Europe, le Congrés offrit la coopération en échange d'une déclaration sans équivo- que de Vindépendance de I’Inde et de la formation d’un gouvernement national. Comme introduction & cote demande, et pour démontrer la sincérité du Congrés dans son offre d'aide A Ia guerre, le Mahatma Gandhi, pacifiste déclaré, fut relevé de ses fonctions de chef du Gon- grés, La seule réponse donnée par lim- périalisme britannique de V'offre du Con- grés fut exprimée par le Vice-Roi Lin- lithgow en aofit 1940, C’était une pro- position d’élargir le Conseil Exécutif du Viee-Roi et une réitération hautaine de la détermination de la Grande Bretagne A ester au pouvoir aux Indes, arguant de son réle de « protection des intéréts des minorités >. Placé dans cette situation, le Congres * IV’ INTERNATIONALE 81 dut rechercher les moyens d’exercer une pression sur son partenaire récalcitrant. Ul se heurta alors & une difficulté. Tl est important de noter que le Congrés, & ce moment ot plus tard, ne définit jamais la guerre comme guerre’ impérialiste, et que les leaders du Congrés exprimérent ouvertement leur sympathie pour les puissances alliées. Le Congrés devait ainsi rechercher une maniére de montrer son opposition qui nembarrassét pas Veffort de guerre britannique. La solu- tion fut trouvée, comme il fallait s’y attendre, par le Mahatma Gandhi.” Ta solution fut... « le satyagraha in- dividuel ». Ceci dans le but formel de prévenin toute action de masse et toute atteinte 4 Veffort de guerre. A partir doctobre 1940, des hommes choisis dans le Congrés allérent crier des slogans aprés avoir informé les autorités do leurs intentions. Evidemment ils furent promptement arrétés. Cependant cbtte politique fut poursuivie jusqu’en décom- bre 1941, date & laquelle elle fut suppri- mée aprés la remise en liberté de tous Jes prisonniers satyagrabi. Le Congres recherchait un autre moyen — lorsqu’ar- riva Vavénement de Pear] Harbour. La tactique de Gandhi L’avance rapide des Japonais & tra- vers le Pacifique et jusqu’aux portes des Indes transforma 1a situation politique aux Indes, Le prestige de Vimpérialisme britannique fut rudement secoué, de mé- me le sens du pouvoir britannique iné- branlable. Les voix des masses s’éleve- rent, et avec elles le sens bourgeois de VYopportunité. Proportionnellement T'in- transigeance de Vimpérialisme britanni- que se relacha -visiblement, et il recher- cha un arrangement avec le Congrés dans le but de se consolider. Tel fut Varritre-plan de la mission Cripps. Quoique les propositions de Cripps fussent théoriquement une offre de statut de Dominion pour Vaprdé guerre, elles étaient en réalité hérissées de conditions qui annulaient pratique ment l'offre. Une condition, en particu- lier, stipulait qu’avant tout < transfert de pouvoirs », un traité devra étre signé qui « couvrira toutes les questions s%éle- vant nécessairement du transfert com- plet des responsabilités des mains des Rritanniques A celles des Hindous... (ct) qui prévoiera, en accord avec les assu- rances données par le Gouvernement de Sa Majesté Britannique, la protection des minorités raciales et religicuses. > Avec cette clause vague et de grande portée, Vimpérialisme britannique con- servait un pouvoir de manwuvre qui lui permettrait d'insister sur presque toutes Jes conditions qu’il choisirait d’imposer, 82 Iv! INTERNATIONALE, et méme de se dérober complétement hors des propositions. En outre, aucun changement au statut de 1'Inde n’étalt envisagé pendant la guerre. Au contrai- re, bien gue les « leaders des principaux groupes du peuple hindou » étaient in- vités & participer aux « conseils de leur pays », ceci n’apportait pas de différence & une offre précédente du Conseil Exéeu- tif du Vice-Roi, par le fait que le Con- sei] demeurait consultatif et que les pou- voirs du Vice-Roi demeuraient toujours aussi absolus. Les négociations de Cripps avec le Congrés se rompirent & propos de cette question des pouvoirs du Vice- Roi. Cependant, la yéritable raison de Yé- chee des négociations était le brusque changement dans la situation militaire. Tia menace de V’application de la « tac- tique de la terre brilée » dans le cas de Vinvasion japonaise’ attendue, . avait poussé brusquement vers la gauche cer- taines parties de la bourgeoisie hindoue. En outre, Vavance japorlaise avait non seulement durei attitude de la bour- geoisie hindoue vis-d-vis de l'impéria- lisme britannique, mais encore Vavait changée radicalement. Envisageant la possibilité au succés d’une invasion ja- ponaise aux Indes, la bourgeoisie hin- doue commenca de considérer non seule- ment la modification des conditions de son association avec limpérialisme bri- tamnique, mais encore l'éventualité d'un changement de partenaires: c’est-a-dire Ja possibilité du remplacement de l’impé- rialisme britannique par Pimpérialisme nippon. En d'autres termes, la bourgeoi- sie se prépara A franchir lobstacle afin de pouvoir décider de quelle maniere sauter le moment venu, A partir de ce moment, les événements se déroulrent rapidement. Le Comité / Exéeutif du Congres se réunit en juillet et annonga ses derniéres conditions pour un accord avec Vimpérialisme bri tannigue. Celles-ci étaient « le retrait du Gouvernement britannique aux In- des > immédiatement et la négociation dun traité entre « PInde libre > et la Grande-Bretagne, pour « l’établissement de relations futures et la collaboration des deux pays en tant qu’alliés dans la t&che commune de se dresser contre Vagresseur >. Toutefois était associée & ces conditions la menace déclarée dune lutte de masses par la « non-violence » si elles n’étaiont pas acceptées. Unie avsemblée du A.LC.C, fut convoquée en aot pour ratifier cette décision. Avec la situation militaire qui empirait pour la Grande-Bretagne, le Congrés était passé de Vaide conditionnelle & Yopposition dé- clarée, Il appartenait a Vimpérialisme britannique de jouer le coup suivant. La réponse de Pimpérialisme britanni- que fut catégorique et dramatique — pas de paroles, mais des actes. Le matin me me qui suivit 'assemblée de PA.I.C.C. du 8 att A Bombay, au cours de laquelle le Congres avait autorisé une action de masse cous Ia conduite du Mahatma Gandhi pour foreer Vimpérialisme bri- tannique A aecepter les conditions du Gongrés, le Gouvernement frappa ce dernier au moyen d’une série éendue @arrestations simultanées qui paralysé- rent complétement Vorganisation du Congres, Le mouvement du 9 aotit L’action du Gouvernement provoqua une réponse des masses inattendue, ra- pide, générale et violente, Ce fut le sou- Tévement de masses, qui commenga le 9 aout 1942, Ce soulévement ayait le caractére d’une rébellion spontanée con- tre le pouvoir britannique. Il est impo tant de noter, cependant, d'une part, qwil ne s’étendit pas dans d‘importan- tes provinces comme le Punjab; ct, que dautre part, sauf dans certaines régions comme le Bihar du Nord, les Provin- ces Unics de l'Est, les districts d’Orissa et de Midnapore la révolte ne dépasi jemais les propositions d’une démonstra- tion violente. Ceci provenait des perspec- tives que la bourgeoisie elle-méme avatt présentées aux masses généralement pat Ventremise du Congrés et en parti- culier par Vintermédiaire du Mahatma Gandhi. Ces perspectives étaient exacte- ment comprises dans le slogan de ce dernier < quitter Inde » qui était da- vantage une invitation aux Britanniques A quitter ’Inde qu’un appel aux masses & les en chasser. En d’autres termes, les projets du Congrés n’étaient pas de rejeter le Gouvernement impérialiste et de s'emparer du pouvoir, mais, au maxi- mum, de paralyser Vadministration du gouvernement afin de s'attribuer une portion déterminée du pouvoir. Cette analyse des projets du Congrés en aoait n’est en aucun cas refutée par le slogan du 8 aoat « Vaction ou la mort 2 (Do or Die) Iu dans le contexte de action < non violente > et de la rébellion « déclarée > dans lequel le Mahatma Gandhi Vavait inclus, Le slo- gan < Vaction ou la mort > n’était pas en Iui-méme un appel & une atlaque or- ganisée de masse contre la puissance i périaliste britannique, mais un appel & Vaction individuelle du type anarchiste — Que chacun se considére libre et agisse comme s'il était libre — tel était le conseil de Gandhi lui-méme. La raison principale pour laquelle le mouvement d’aoft ne dépassa pas d’une maniére significative les limites des . “ Iv INTERNATIONALE 33 perspectives de la bourgeoisie réside dans ’échec de la classe ouvriére de pas- ser & V'action militante d’une fagon déci- sive. Cet échec a été da surtout & Yab- sence d’un parti révolutionnaire de la classe ouvriére pour conduire les masses. Il my a pas de doute que le Parti Com- muniste a agi en freinant sur la classe ouvriére. Et sans doute y ayait-il mé- fiance de la classe ouvritre quant & Ta direction bourgeoise, & Bombay particu- ligrement. Mais si l'on considére le fait que Ia classe ouvriére a effectivement démontré sa solidarité par un arrét g&- néralisé du travail, elle serait sans doute passé A Vaction militante s'il eft existé un parti de Ja classe ouvriére pour lui fournir une direction militante, Tel qu'il se présentait, sans la participation d'un parti de la classe ouvriére mili- tante, le mouvement était voué a l’échee. Il échoua d’une fagon désastreuse. Le mouvement fut violent, mais le Gouver- nement s’y opposa avee une énorme dé- monstration de violence organisée, ja- mais égalée aux Indes depuis la Grande Mutinerie de 1857. En certains endroits, dans le Bihar par exemple, le mouve- ment atteignit des proportions’ révolu- tionnaires, de petits états furent pour de courtes périodes rejetés comme de Vécume sur la eréte d'une vague rapide. Les proportions atteintes par la lutte en intensité eurent pour conséquence des proportions similaires dans la chute de la défaite compléte. Et surtout étant donné que les petits bourgeois qui diri- geaient le mouvement et les petits bour- geois qui combattaient — ce fut princi- palement un soulévement petit bourgeois — manquaient de Vavant-garde de la classe ouvriére avec ses perspectives ré- volutionnaires solides et se trouvaient liés par la perspective bourgeoise de la « politique de pression > distincte de la politique révolutionnaire, c’est-A-dire liés par une action violente, sans but révo- lutionnaire précis, ils se détachdrent de la lutte au moment de leur défaite, dé- concertés et troublés, Passant d’un sen- timent de désappointement au sentiment de la futilité de son action, la petite bourgeoisie non seulement s’éloigna de Ja lutte, mais aussi de la politique, Au- trement dit elle fut complétement démo- ralisée, Pendant ce temps, Ja bourgeoisie avait une fois de plus changé son fusil @épaule. L’effondrement de la lutte de masses avait ét6 suivi d’un tournant aigu de la situation militaire. Les Japo- nais sont certes encore aux portes de VInde, mais ils n’y frappent plus. Les ‘Allemands ont 6té repoussé depuis El Alamein et Stalingrad & travers toute V’Afrique du Nord d’une part et toute la Russie d’autre part. Les Russes s’sppro- chent des frontiéres orientales de I’Alle- magne, Les armées anglo-américaines ont débarqué et avancé en Italie, débar- qué et consolidé une téte de pont en Nor- mandie. Dans le Pacifique, le Japon est repoussé de sa ligne de défenses insu- laires extéricure A sa premiére ligne de défenses intérieures. Partout T’Axe est sur la défensive ou bat en retraite; et Vimpérialisme “anglo-amérieain, _cons- cient de sa puissance écrasante, envisage triomphalement la victoire et Ja domi- nation incontestée du monde. Apres la lutte d’aoat La bourgeoisie hindoue a réagi rapi- dement devant ce changement de la s tuation favorable a l’impérialisme bri- tannique. Une fois de plus elle est des- cendue de lobstacle sur lequel elle s*était juchée, pour tomber aux cotés de V'impé- rialisme anglo-américain. Bien qu'elle jette encore des coups d'ceils furtifs dans la direction des impérialistes américains (depuis longtemps déja elle a fait appel & Roosevelt pour sortir de « Vimpasse » politique ot sont placées les Indes) elle 4 au moins pour le moment décidé ouver- tement de lier son sort & celui de lim- périalisme britannique. Cependant, tou- jours préts & se vendre au plus offrant, elle regarde toujours de tous cotés pour yoir si quelques petites concessions ne peuvent étre sauvées du naufrage des espoirs de 1942, Le premier signe de co changement dans V'attitude de la bourgeoisie se pro- duisit en fait déjA pendant la lutte d'aoit, Effrayée par la violence des masses, elle serra yivement les cordons de la bourse du Congrés au recu d'une assurance officieuse du gouvernement stipulant que la tactique de la < terre brilée » ne serait pas appliquée aux In- des dans le cas d’une avance japonaise. Des signes plus manifestes du change- ment de l'attitude de la bourgeoisie ap- parurent cependant plus tard, sous la forme d'une tapageuse campagne de presse pour la sortie hors de < Vim- passe > politique, Ceci en fait était une demande adressée A T'impérialisme de prendre initiative, de reprendre des négociations avec ce méme Congrés oft il venait d’étre éerasé, comme Churchill Vavait toujours préconisé. L'impérialis- me fut intraitable. Il exigea la < reddi- tion inconditionnelle », le ton des jour- naux, dés lors, marqua un changement significatif. Aprés une demande de libé- ration des membres. directeurs du Con- grés emprisonnés, vint une demande de facilités pour permettre & la direction emprisonnée au Congrés de se réunir afin de faire de nouvelles propositions. 84 IV INTERNATIONALE Liimpérialisme demeura toujours intrai- table; il ne désirait pas négocier do quelque maniére que ce fut. Il demandait qug la direction du Congrés se présen- tAt vétue de haillons et couverte de cen- dre pour accepter les conditions que lui (impérialisme britannique) était prét & imposer. L’impasse subsista donc. Le Plan de Bombay Pendant ce temps, avec ou sans ac- cord politique, la bourgeoisie entrait en collaboration étroite avee le gouverne- ment. L’économie détermine la politique. Non seulement la bourgeoisie tirait des bénéfices de la guerre, mais envisageait aussi le.monde d’aprés-guerre. Ayant échoué & réaliser son ambition du pou- voir, elle tenait au moins A oceuper cer- taines, positions stratégiques de la ma- chine administrative afin de sauvegar- der et si possible d’avancer quelque peu ses intéréts, En d’autres termes, elle dé- sirait que le Congrés fut en fonctions une fois de plus. Le probleme résidait dans la facon de frayer un chemin & un accord politique. La bourgeoisie, ou plutét sa partie do- minante, la grande bourgeoisie, les Ta~ tas et les Birlas, résolurent ce probleme par un coup de maitre — le Plan de Bombay. Ce plan, dont la forme présente un schéma de Vindustrialisation de l'In- de, est en fait un projet pour l’exploita- tion plus systématique de Inde par une combinaison du capital anglo-américain et du capital hindou. C’est également un plan de propagande pour replacer une fois de plus l'opinion des masses & sui- vre la bourgeoisie au moyen de promes- ses abondantes de prospérité sous une direction bourgeoise (le plan présente le relévement du standard de vie des mas- ses comme son but, quoi qu’il n’indique pas les moyens de réaliser ce but, sauf en tant que sous-produit hasardeux de Ia recherche bourgeoise du profit). Par- dessus tout, c’est la base de la réouver- ture des négociations par le Congrés pour un accord de reddition. Les auteurs du plan soulignent la nécessité d’un + Gouvernement National », c’est-d-dire d'un gouvernement d’exploiteurs indige- nes sous impérialisme britannique, com- me instrument indispensable pour la réa- lisation de leur projet. La mancuvre est audacieuse — et elle a réussi, En détournant l’attention de la « politique > & « l'économie », ses au- teurs ont réussi & créer l'atmosphére d'une reddition du Congrés qui peut res- sembler & quelque chose comme une « paix honorable >» — un retour & la fonction publique pour « servir le peu- ple >. Et dans cette atmosphere le Mahatma Gandhi, maitrestratége du Congres, est de retour une fois de plus Depuis son élargissement, le Mahat- ma Gandhi a fait trois avances succes- sives dans la direction préconisée par la bourgeoisie — et les impérialistes, Il a annoncé que la clause sanctionnelle de Ja résolution d’aott était périmée; ceci signifie que le Congrés a abandonné son réle d’opposant actif. Tl « condamné la violence de ceux qui Y’ont suivi et fait appel aux « résistants > pour se rendre au gouvernement. Il a ainsi de ce fait condamné la lutte d’aoGt elle-méme, car celle-ci a Gté universellement violenie; organisée autant qu’elle ait été organi- sée au tout, et soutenu par des éléments clandestins. Enfin, il a proposé de nou- yelles conditions comme base de négo- ciations avec le gouvernement, Les conditions offertes maintenant par le Mahatma Gandhi ont une signifi- cation & double portée, Blles abandon- nent la demande faite aux Britanniques de quitter "Inde; elles offrent une coopé- ration totale dans la guerre. Tout ce que Gandhi se borne A demander pour main- tenant est un « gouvernement’ natio- nal » central, qui devra diriger Padmi- nistration civile de maniére A servir Veffort de guerre impérialiste (Vadminis- tration militaire y compris les trans- ports, ete., ete., est hors de ses attribu- tions). Jimpérialisme a déj& fait savoir, par Vintermédiaire de M, Amery que ces conditions ne constituent pas une base suffisante pour des négociations immé- diates. Bien que Wawell ait abandonné « les haillons et la cendre », il demande toujours en substance la reddition incon- ditionnelle. Le Congrés sera-t-il d’aecord \sur ce point? | Telle est la question immédiate qui se pose dans la politique hindoue. Et une seule réponse peut y étre formulée: le Congrés se rendra; seule demeure trouver la formule appropriée qui lui sauvera la face. Le Congrés aura ainsi effectué un tour complet, avec la situa- tion militaire, il sera une fois de plus en fonctions, et cette fois sans Vinten- tion de rompre la Constitution a Vinté- rier, mais au contraire pour l'appliquer. Quelles sont les conséquences proba- bles du prochain accord Congrés-Gouver- nement, a) sur les partis politiques et 6) sur les masses? En ce qui concerne les partis politi- ques — le Congrés, en réalisant cet accord ct cette reprise de fonctions, se diseréditera une fois de plus a la fois aux yeux des masses et aux yeux des sections les plus radicales de ses pro- pres membres, étant donné notamment que ecux qui ont vraiment combattu pen- dant Ia lutte demeureront probablement IV INTERNATIONALE 35 dans les prisons impérialistes. Cette sec- tion radicale manifeste déj& un mécon- tentement non dissimulé devant les ma- neeuvres opérées par le Mahatma Gandhi vers la reddition. Ainsi, lorsque l'accord interviendra, une portion de ce groupe s'éloignera vraisemblablement du Con- grés & la recherche d'une autre organi- sation, qu’elle soit déjA existante ou quelle doive étre créée, De plus, une fois le Congrés & nouveau en fonctions, et d’une part prenant ainsi sur ses pro- pres épaules la responsabilité des me- sures répressives de temps de guerre du gouvernement impérialiste, d’autre part Stassociant directement dans Vesprit des masses avec Vexploitation intensifiée et Ja misére provoquée par la guerre im- périaliste; les masses désillusionnées se détourneront du Congrés & la recherche d'autres dirigeants. En bref, les intellec- iuels radicaux et les masses petites bour- geoises qui ont jusqu’alors suivi le Con- grés non sculement’ Vabandonneront, mais se dresseront contre lui, Et le Parti ‘Socialiste Congressiste (Congress Socialist Party-C.S.P.)? Il est important de noter que la conduite offi- cielle de la lutte daoft vint de cette o: ganisation hybride de radicaux petit bourgeois qui s’accrochent encore aux cordons du tablier de la bourgeoisie, La lutte a découvert le masque de leur idéologie limitée et de leurs méthodes inefficaces, spécialement aprés le recul du mouvement de masses. La direction du C.S.P. comprit la nécessité de la vio- lence, mais ne sut pas la mener d’une maniére organisée dans un but révolu- tionnaire. De 1A Vorgic de destruction négative non accompagnée d’une tent: tive constructrice de prise du pouvoi Les dirigeants du C.S.P. reconnurent trop tard la nécessité d’une action de la classe ouvriére; mais ils ne_savaient pas — ou s'ils le savaient n’oséren’ uti- liser — Vappel a V'argument de classe pour Vaction militante (car ceci aurait précipité sur leurs tétes le juste mécon- tentement de leurs maitres buurgecis). Au contraire, lorsque la lutte rétrogra- dait déja, ils firent appel & la classe ouvriére pour quitter les usines et re- tourner aux villages, cherchant ainsi & utiliser les ouvriers comme de simples gages dans leur plan visant 4 maintenir artificiellement la Inte. Il n’est pas étonnant, de ce fait, que la classe ou- yriére ne se soit pas émue des derniers appels du C.S.P. La direction du C.S.P. se trouva ainsi | & la téte d’un soulévement paysan d’une admirable combativité, qui cependant ne put se développer plus séricusement, car il s’accrochait au mot d’ordre du Con- grés: pas de menance & la propriété, En } conséquence la seule méthode donnant un caractére plus profond et plus large & la lutte des paysans ne fut jamais utilisée < La Terre aux Paysans > ne fut ja- mais stipulé par le C.S.P., mais seule- ment < Refuser de payer l'impot sur la terre >, < Contre le Gouvernement, mais non contre la propriété >, tel fut le con- tenu de sa politique pour la paysannerie. Le Parti Socialiste Congressiste (Congress Social Party C.S.P.) Lorsque le mouvement de masse com- menca se retirer de Vimpasse créée par les perspectives limitées et la ré- pression du gouvernement, la seule ma- niére selon laquelle le C.S.P, imagina de continuer ct de raviver le combat fut Vaventurisme. Les bandes de partisans combatant en guerilla, qui non seule- ment Tuttaient contre le gouvernement, mais obligeaient au moyen de menace les paysans désormais réticents & les aider, caractérisérent la méthode du C.S.P. dans les campagnes. Un groupe de sa- boteurs langant des bombes & occasion, caractérisérent la méthode employée dans les villes. Mais ces méthodes eon- sistant 4 « poursuivre > la lutte indi- viduellement et & « électrifier » les mas- ses défaites pour les engager une fois de plus dans la lutte échouérent miséra- blement comme elles devaient fatalement échouer. Le mouvement de masses se mourait et aucune des méthodes du C.S.P. ne pouvait Ini redonner Ja vie. Ainsi Jes dirigeants du C.S.P. qui, par la force des circonstances (les dirigeants bourgeois officiels ayant été jetés en pri- son par V’impérialisme) regurent dune maniére inattendue une chance de met- tre en pratique les paroles « révolution- naires » prouvérent complétement qu’ils étaient simplement incapables, en prati- que, de dépasser les limites de la « po- litique de pression » des bourgeois et que, quoi qu’ils fussent d’étiquette « so- cialiste », ils n’étaient en fait que < con- grés >. Cependant, en dépit de ces faits, le C.S.P. a gagné en prestige et en in- fluence parmi les adhérents radicaux du Congres les plus jeunes en raison de sa rupture avec la tradition de non-violence du Congrés et son effort déterminé & donner & la lutte A la fois une organi- sation et une direction. Mais avec la défaite de la Intte d’aotit et spécialement le retour du Mahatma Gandhi & la poli- tique active ayant pour conséquence le renforcement de ’aile droite du Congres, le C.S.P. se trouve en posture de plus en plus anormale dans le Congrés. Lors- que viendra Vaccord Congrés-Gouverne- ment, il se trouvera dans un dilemme. | 36 Iv) INTERNATIONALE Un tel accord entrainera la coopéra- tion du Congrés A la guerre de l'impé- tialisme britannique et la participation du Congrés A Vexploitation des masses. Il sera impossible au C.S.P., s'il demeure fidle & sa tradition d’aott, d'appuyer une telle politique, Et il est extréme- ment douteux que I’Etat-Major du Con- gres tolérera, dans une telle éventualité, qu'il se dresse en opposition organisée au sein du Congrés. Le C.S.P. sera ainsi obligé de choisir — et ce choix ne peut que mener A la disparition politique du C.S.P. en tant qu’organisation distincte, car il devra soit se rendre & Vaile droite réactionnaire du Congrés ou quitter ce dernier définitivement. La prévision la plus valable est celle d’une scission au sein du G.S.P. Laile droite du C.S.P. s'est déja rendue & l’Etat-Major réac~ tionnaire du Congres. C’est done Vaile gauche du C.S.P. qui se verra foreée de choisir. Si elle se vend, elle est politique- ment condamnée. Si elle se retire, cepen- dant, il importe de savoir si elle peut entrainer avee clle assez d'adhérents pour lancer une nouvelle organisation qui constituerait un développement en- | tirement nouveau de la politique hin- doue pour autant qu’il marquerait l'ap- parition de Iéquivalent hindou du Parti Socialiste Révolutionnaire de la Russie tsariste (Vinfluence qu’a pu posséder le C.S.P. s'est toujours exereée parmi les couches supérieures de la paysannerie et non sur les couches les plus inférieures de la classe ouvriére). 11 est actuellement impossible de déterminer Vissue probable de cette question, étant donné particuli rement que les dirigeants de Vaile gau- che et la plupart de ses adhérents actifs sont dans les gedles impérialistes et in- capables de faire quoi que ce soit en ce qui concerne les manceuvres actuelles vers la reddition. Quoi qu’il advienne, le C.S.P. en tant que tel n’a pas d’avenir politique, méme s'il a un passé. Le Parti Communiste des Indes, pour- suivant. sa politique d’aide ineondition- nelle & Veffort de guerre impérialiste britannique, s'est opposé ouvertement ct activement a la lutte des masses, se fai- sant ainsi instrument de la politique britannique aux Indes, Le réle confusion- niste et diversionniste joué par les Sta~ liniens au paroxysme de la lutte des masses a été d’un prix incalculable pour Vimpérialisme britannique, notamment du fait qu’ils empéchérent la classe ou- yriére de prendre la direction, ce qui seul aurait pu donner & la Tutte des masses Vimpulsion d’une attaque effec- tive contre le pouvoir impérialiste. Leur réle de traitres a eu pour résul- tat la perte pour cux de Vinfluence poli- tique quils avaient pu acquérir sur les masses pendant leur illégalité. Mais il leur est toujours possible d’agir en tant que frein sur la classe ouvriére au cours de ses luttes économiques en raison de leur contréle bureaucratique d'un nom- bre considérable de syndicats et des pos- sibilités d’activité et de propagande 1é- gale que limpérialisme britannique trou- ve & sa convenance de leur accorder. Is sont actifs aujourd'hui au service de Vimpérialisme britannique. Dans le domaine économique, ils poursuivent une campagne pour une production accrue et ininterrompue. Dans le domaine politi que, ils font des tentatives fébriles pour détourner le mécontentement causé par la pénurie ct la hausse du cof de la vie loin de ses causes véritables: Ja guerre impérjaliste et Vimpérialisme en suggérant que tout cela est da & des « agents de la 5" colonne > ou & Is thé- saurisation ou aux stupidités de Ia bu- reaucratie qwils séparent de son cadre impérialiste, Toutefois leur principale activité politique est Porganisation de la plus honteuse « campagne d’unité » de collaboration de classes dirigée dans le but de gagner l'appui des masses & un « gouvernement national > sous V'impé- rialisme, qui ne pourrait que représen- ter une alliance des féodaux, de la bour- gevisie hindoue et des impérialistes con- tre les masses elles-mémes. Avec la si- gnature de Vaccord Congrés-Gouverne- ment, les Staliniens entreprendront éga- lement pleinement la tache d’étre les coolies de 1a bourgeoisie hindoue.’ Tl est fort probable qu’ils chereheront & entrer dans le Congres National Hindou, Mais si oui ou non le P.C, est accepté au sein du Congres, il jouera dans la classe ou- ire le réle d’un agent du Congrés bien plus efficace que le C.S.P..l'a fait ou ne le fera jamais Un accord Congré: ra sans doute dimportantes modifica tions dans les organisations politiques féodales, cest-a-dire la Ligue Musul- mane et le < Hindu Maha Sabha >. Pen- dans la < lutte d’aoat », Vimpérialisme britannique, devant lequel se dressait une révolte de masses et Vopposition de la bourgeoisie hindoue, s’appuya plus lourdement que jamais sur ces organisa- tions féodales, 11 utilisa tous les moyens, notamment pour renforcer la Ligue Mu- sulmane et pour la patronner vers une position politique. En méme temps, le reflux de la lutte des masses, de méme que Vappauvrissement de la petite bour- geoisie entraina un certain dérivement déléments petits-bourgeois dans ces of ganisations et 'accroissement de leur i fluence parmi la petite bourgeoi: cours des derniers mois, cependant, un certain changement de position s'est IV INTERNATIONALE © 37 déja opéré, particuligrement en ce qui concemne celles de la Ligue Musulmane. Aprés Ja défaite catastrophique du mouvement de masse et le recul tour- nant & la reddition du Congres, la valeur de la Ligue Musulmane en tant qu’arme politique des impérialistes se trouve étrangement, réduite, et Pimportance de Vappui que lui accordait le gouverne- ment diminué en conséquence. C’est de toute évidence, & cause de 'appui donné par Vimpérialisme au’ Promier Ministre musulman du Punjab que M. Jinnah fut contraint de compter avec lui. De plus Vimpérialisme, tout en utilisant les reven- dications « Pakistan » comme un baton pour frapper la bourgeoisie du Congres, a néanmoins proclamé aussi qu’elle s'op- posait & la vivisection de I’Inde. Une alliance des bourgeoisies anglaise impé- rialiste et hindoue demande une Inde consolidée en vue de exploitation et non une Inde balkanisée, La Ligue Musul- mane est done en déclin, mais n'est pas un facteur négligeable dans la politique hindoue. Elle a, sans contesic, obtenu aujour- Whui, pour des raisons diverses, une vé- ritable popularité parmi les masses mu- sulmanes. Il n’est naturellement pas cer- tain qu’elle la conservera car, en méme temps qu’elle parvient aux fonctions les plus hautes dans Vimpérialisme anglais, on constate d’une part uno tendanee & 1a scission dans sa direction (par exemple xécemment dans le Punjab, le UP ct le Sind) dautre part unc certaine diminu- tion de sa popularité parmi les masses qu'elle décoit. C'est probablement la conscience de ces faits qui poussa M. Jin- nah & accepter une rencontre avec le Mahatma Gandhi pour discuter les ré- centes propositions de ce dernier en vue d'un accord. Cet accord se produira-t-il entre le Congrés et la Ligue Musulmane, il est impossible de le prédire, mais lq fait qu’A I’'Assemblée législative centrale leurs ailes respectives ont récemment coopéré dans Vopposition est une indica tion importante pour Vavenir, Cepen- dant, si un accord Congrés-Ligue a lieu, la position de Ta Ligue parmi les masses, aprés un renforcement momentané, con tinuera @ s’affaiblir, étant donné, sur- tout, qu’elle ne sera plus capable d’uti- Tiser aussi efficacement que naguére la solution Pakistan comme moyen de dé- tourner V’attention de sa politique réac- tionnaire et répressive. Solutions possibles Quelles seront les conséquences proba- bles parmi les masses du futur accord Congrés-Gouvernement. Libérera-t-il des forces qui transformeront attitude ac- tuelle des masses? La situation actuelle aux Indes est ca- | ractérisée par Vapathie généralisée de la masse, conséquence de la défaite d’aodt. Parmi la petite bourgeoisie cela devient de la démoralisation et abandon de la politique, Toute perspective d’une re- prise du mouvement de masse est re- poussé dans un avenir incertain. Deux faits cependant sont réconfortants, En premier lieu, la démoralisation gé- nérale, bien qu’elle ait également in- fluence le prolétariat, ne l’a pas atteint au méme point. Il est significatif que la vague de gréve pour la question du ra- vitaillement ait suivi la lutte daoit; quill y ait eu depuis d’importantes luttes par greve (par exemple la grove des Docks du Karachi) qui dans quelques cas ont été trés longues (par exemple la grave du textile A Nagpur); et que, ré- cemment méme, des gréves sporadiques sur des questions de ravitaillement, par exemple les « pots-de-vin », les salaires proportionnels (dearness allowance) ont eu lieu. Bien que la classe ouyritre, elle aussi, soit politiquement apathique, elle n’est certainement pas démoralisée et est méme préte 4 entrer en action pour des buts économiques qui la touchent direc- tement dans la lutte pour la vie. En second lieu, il n’y a jamais eu a Végard de Vimpérialisme "britannique plus de haine chez les masses actuellé- ment. Une haine si profonde qu'elle accueillerait avec joie (et c’est IA son aspect. réactionnaire) un changement dexploiteur impérialiste parce qu’un changement impliquerait la fin de Vim- périalisme britannique. Cette haine se refléte également dans Vattitude des masses vis-a-vis de la guerre, attitude qui, si elle n’est_pas d’opposition active, refléte une indifférence cumpléte et dé terminée, clest-A-dire que cette guerre n’est pas leur guerre. Et toute la pro- pagande du Front National de guerre, des Staliniens ct des Royistes réunis n'a pas été capable d’amener un changement notable dans opinion des masses & cet égard. La situation politique actuelle est pro- fondément contradictoire, C’est pour une grande part une question de facteurs subjectifs ct non de conditions objectives. Et ce facteur subjectif peut subir une transformation rapide dans le cas d’un changement violent dans la corrélation des forces, extériewrement ou intérieure- ment il est impossible de prédire si un changement violent aura lieu prochai- nement. Mais le cadre de la guerre mondiale impérialiste, dans lequel se développe Ja situation politique hindoue, rend de brusques changements toujours possibles, Tant qu’un changement n'au- ra pas eu lieu, Vattitude actuelle des 38 ' masses ne changera pas, Et tant qu’un changement d’attitude des masses n’aura pas eu lieu, soit par suite de lente évo- lution moléculaire & Vintérieur des mas- ses, soit rapidement par suite de quel- que brusque changement dans la corré- lation des forces, le travail des masses doit nécessairement se poursuivre sur la base du programme des revendications démocratiques élémentaires, Le retour du Congrés au pouvoir va probablement déterminer un change- ment dans les dispositions des masses. Loceasion qui se présentera de s’enga- ger dans la politique « constitutionnel- le > va mettre fin A la démoralisation de la petite bourgeoisie urbaine et la faire revenir & Vactivité politique. En parti- culier, la demande de libération de tous les'prisonniers politiques va sans doute lui fournir un solide palier pour V'agi- tation générale. Chez la paysanneric, surtout dans les couches od la répies- sion d’aott n’a pas frappé avec toute sa force, des luttes isolées pour des buts élémentaires vont probablement surgir. Avant tout, dans la classe ouvriére, en raison du niveau moral relativement plus élevé, des Inttes économiques spora- dique: ipant & ces luttes, la tache du parti sera d’étendre leur portée, lors- qu’elles auront pour bases des buts gé- néraux comme les salaires, le ravitaille- lement, la prime de vie chére, et le bo- ni, et utilisant V’arrestation des me- neurs de gréves, arrivér & des buts po- litiques plus généraux, comme par exem- vont probablement éclater. En | iy! INTERNATIONALE ple Vélargissement de tous les prison- niers politiques. Par la suite, une agitation soutenue sur des questions telles que le droit d’or- ganisation indépendante pour les syndi- cats, la liberté de parole ct de réunion, le droit de gréve, etc., doit Stre mené systématiquement en tant que moyen pour ressusciter le syndicalisme militant. Dans la mesure od cette résurrection a lieu, elle ameéne également une résurree- tion du mouvement de la classe ouvriére en général car, dans les conditions ac- tuelles, toute activité syndicale militante doit amener a poser des buts politiques. Par-dessus tout, dans tout son travail agitation et de propagande, le parti doit garder au premier plan'la fin de Vimpérialisme et de la guerre impéria- liste. L’établissement d’un « gouverne- ment national » au centre et de gouver- nements constitutionnels dans les pro- vinces fournirait A Vimpérialisme une fagade derriére laquelle il pourrait ma- neeuvrer et par 18 réduire Ia violence des luttes anti-impérialistes par suite de Ventrée en opposition ouverte de la pe- tite bourgeoisie, Dans cet état de cho- ses, le parti doit aider les masses non seulement & combattre le réle de traitre du congrés bourgeois, mais aussi & voir derrigre la facade le véritable pouvoir qu'il recouvre en fait: A savoir Timpé- rialisme, Le parti doit donc, dans toute son activité, d’une facon claire eb con- créte, lier tous les buts A cette question de la guerre impérialiste entrainant Vex- ploitation intensifiée, et liée & toutes les conditions économiques et politiques. Iv INTERNATIONALE 89 Aux Archives du Marxisme | RESOLUTION SUR LA LUTTE DES CLASSES ET LA GUERRE EN EXTREME-ORIENT Résolution adoptée par la Conférence de fondation de la IVe Internationale, Septembre 1938) aoe Le conflit d’Extréme-Orient entre la Chine et le Japon met. & nu quelques-uns des principaux symptémes de la crise du capitalisme. mondial arrivé & son stade final, cest-2-dire & son degré impéria- liste le plus développé. Tl nous ouvre des perspectives de grand développement ré- volutionnaire en un point décisif du globe. D'une part, le Japon, le maillon- le plus faible de la chaine de V'impéria~ lisme mondial, cherche surmonter son état de décadence au moyen d’une guerre coloniale, D’autre part, les impérialistes japonais, en envahissant la Chine, ont. Provoqué une campagne défensive, qui, en dépit de sa faiblesse et de Vinsuffi- sance que lui donne la difection du Kuo- intang, prend le caractére d'une quer ve de libération nationale. En méme temps, l'impérialisme japonais, en pour- suivant sa guerre de pillage, a accentué les antagonismes inter-impérialistes qui poussent Vhumanité vers une nouvelle guerre mondiale, L’EVOLUTION DU JAPON CAPITALISTE IL Le Japon, tardivement élevé au rang @une puissance impérialiste vers la fin du dix-neuviéme sigcle, se trouve en face d'un monde déja partagé pour 'es- sentiel entre ses rivaux impérialistes. Les impérialistes japonais furent obligés de s'appuyer sur une base économique extrémement faible pour la réalisation de leurs plans impérialistes, Manquiint des matiéres premiéres indispensables, telles que le charbon et le fer, le cuivre, Vhuile et le coton, ils furent obligés d’al- ler les chercher au dela des frontitres | du pays. L’acquisition de sources de ces matiéres premiéres était la condition, non seulement de Vexpansion japonaise, mais également, de sa survivance dans les compétitions impérialistes. La car- rigre de Vimpérialisme japonais débuta avec la guerre sino-japonaise de 1894- 95 ou Je Japon vainquit la Chine et s’em- para de la Corée et de, Formose. Dix ans plus tard, le Japon était victorieux de la Russie tzariste et s’emparait de la zone diinfiuence de cette dernitre dans le sud de la Mandchourie, Durant la guerre mondiale de 1914-18, le Japon saisit ia province chinoise du Shantung, et pré- senta & la Chine les fameuses < 21 cot- ditions » qui, pratiquement, devaient placer tout le pays sous le contréle japo- nais. IIT La demande toujours croissante de produits de toutes sortes au lendemain de la guerre, résultat de la destruction, donna une puissante impulsion & Vindus- trie japonaise. La croissance des forces productives durant cette période, quoi qu'il en soit, intensifia toutes les contra- dictions de‘ l'économie nationale. A la Conférence de la « paix » de Versailles, le Japon, en tant que plus jeune partner des Puissances Alliées, recut seulement une misérable part du butin de guerre. Aprés avoir eédé au Japon quelques fles du Pacifique, auparavant sous la domi nation allemande, les Alliés impériali tes, & la Conférence de Washington en 1922, le foredrent a évacuer le Shantung. Is contraignirent: également le Japon a retirer ses troupes de provinces mari- times de Sibérie ot elles avaient fait partie des armées interventionnistes diri- géc. contre le premier Etat ouvrier en gendré par la révolution d’octobre en Russie, 40 Iv" INTERNATIONALE Ces faits coincidérent avec des droits _ de douane et des: contingentements, 1e- sures d'extréme protectionnisme prop sées afin de surmonier la crise économi que d’aprés-guerre en Oceident, et qui portérent au Japon un double coup sur le front économique. Non seulement le protectionnisme diminua le commerce japonais, mais il étrangla ses importa- tions en matidres premiéres, ces der- niéres étant financées par le commerce exportation. Les coups recus par le commerce japo- nais eurent pour conséquence le drainage des réserves d’or du pays. Une crise monétaire aigué, reflétant Ventigre insé- curité de la structure économique japo- naise, s’aggrava encore plus tard, & la gnite du désastrcta Wemblemen: ae text de 1923. Le capitalisme japonais était condamné 4 suffoquer A Vintérieur de ses propres frontiéres naturelles, a moins quil ne pitt trouver une issue an moyen de conquétes coloniales. Iv La croissance des forces productives du Japon et le développement des rela- tions économiques capitalistes n’eurent pas pour résultat, comme dans les pays capitalistes d’Oceident, —’apparition d’une superstructure sociale et politique correspondante, La transition de la so- ciété féodale & la société. capitaliste fut accomplie sans révolution, et la bour- geoisie ne se trouva done pas aux prises avec la nécessité de raser les vicilles institutions sociales et de les remplacer par de nouvelles. Sortant des rangs de la noblesse .féodale et de la caste mili- taire des Samourai, la bourgeoisie adap- ta les vieilles institutions, avec quelques modifications, aux exigences du nouveau systéme d’exploitation capitaliste, Ainsi anciennes institutions féodales compre- nant une monarchie divine », une caste militaire semi-indépendante, des typés semi-féodaux d’exploitation, existent cdte A céte avec un parlement « démo- cratique », et des trusts financiers et industriels ‘tout puissants. De la présence de ces survivances f60- dales, toutes puissantes qu’elles parais- sent étre, il serait cependant faux de déduire que' la prochaine étape du déve- Joppement social du Japon doive étre | une révolution démocratique, C'est le rai- | sonnement superficiel et opportuniste des | staliniens. Les rapports bourgeois de propriété et le systéme d’exploitation ca- | pitaliste régnant & la fois sur le prolé- tariat et la paysannerie appellent le ren- yersement révolutionnaire de la classe régnante et Vinstauratioon de la dicta: ture du prolétariat comme Ja seule voie de salut & la fois pour les ouvriers ct tes paysans. Si, au’sommet de la vague de la révolution japonaise, le parti révolutionnaire des masses cherchait & découvrir une solution intermédiaire, « démocratique >, aux grands problémes sociaux, le résultat inévitable serait la désorientation et la destruction des for- ces révolutionnaires, et le retour au pou- voir de la classe régnante, banquerou- tide v La caste féodale, militaire, des géné- ranx et des officiers, superficiellement unie par la monarchie, ne forme pas un corps homogéne. Tandis que les cadres Wofficiers subalternes proviennent des populations rurales, des couches les plus Glevées de la paysannerie, les sommets se confondent avec la bourgeoisie indus- trielle et financitre. La caste militaire toute entire s'acharne d maintenir pour elle-méme les privileges traditionnels et la position semi-indépendante quelle occupait & Cépoque féodale, Dans ce but, elle est organisée en institutions typi- quement féodales, telle la société secréte du « Dragon Noir ». Les efforts dé- ployés par la caste militaire pour main- tenir intacts ses priviléges et son’ pou- voir tend A compliquer le principal pro- bléme de 1a classe japonaise régnante, prise dans son ensemble, qui est de main- tenir, A la fois au-dessus du prolétariat et de la paysannerie Pécrasant systéme exploitation actuel, avec toute Voppres- sion qui Paccompagne. Périodiquement, cette caste entre en conflit avec Vindustrie et le capital finan cier qui cherchent & combler le fossé creusé dans V’économie par les besoins parasitaires de la caste militaire, Les révolies de V'armée ct Vassassinat des di- rigeants politiques représentatifs de la bourgeoisie industrielle et financiére constituent les expressions les plus ai- gués de ce conflit. Ces révoltes expri- ment, aussi, dans la mesure ot elles sont dirigées par les cadres subalternes d’of- ficiers, la rebellion de la _paysannerie contre Je capital financier, Mais, comme toutes les parties de la classe régnante se rendent compte des périls d’une désu- nion de classe, les conflits sont finale- ment résolus sur les bases de mutuelles concessions, en alourdissant le dos des masses japonaises des charges supplé- mentaires, et en décidant, d’un commun accord, Venvoi d’expéditions de pillage militaire qui asservissent les peuples voisins, cimentant ainsi les fissures qui se produisent dans la structure de la domination de la classe gouvernante prise dang son ensemble. | IV INTERNATIONALE LA CRISE DU DEVELOPPEMENT CAPITALISTE DE LA CHINE VI La Chine, géographiquement située prés du Japon, avec une population de quelques 435 millions d’habitants répar- tis sur une large étendue de territoizes riches en minerais et autres maticres premiéres importantes, était la scéne na- turelle de lexpansion impérialiste da Japon. Les impérialistes japonais virent en Chine la perspective d’une « solution fondamentale » a leurs plus pressantes difficultés économiques. Lexamen de cette perspective, quoi qu'il en soit, lais- sait entrevoir des possibilités de puis- sance et de grandeur impériales. La Chi- ne fut bientét considérée non seulement comme solution aux problémes économi- ques, mais comme le point de départ dexpéditions qui planteraient la ban- nigre du Soleil Levant en Sibérie, au moins aussi loin que le Lac Baikal, dans les Indes et en Malaisie, en Indonésic, aux Tles Hawai et aux Philippines, aux Antipodes, pour ne rien dire de ’Amé- rique Latine, et dos parties les plus ocei- dentales des Etats-Unis. Le fait que les Impérialistes japonais ne cherchérent pas plus tot & réduire toute la Chine sous leur contrdle au moyen d'une guerre, était di largement & la crainte que leur inspiraient leurs rivaux tout puissants de VOccident dont ils auraient di attaquer inévitablement les intéréts. La révolution chinoise de 1925-27 dicta au Japon une politique observation et d’attente, d’autant plus que la vague anti-impérialiste en Chine durant. cette période était dirigée exelu- sivement contre V’Angleterre. La crise économique mondiale qui, succédant & la période de reconstruction d’aprés-guerre, atteignit le monde capitaliste, fournf tout & Ia fois au Japon une occasion fa- vorable et une incitation & action. Pro- fitant des embarras aigus que causaient aus puissances occidentales leurs pro- pres problémes intérieurs, les Impérta- listes japonlais saisirent la Mandchourie cn 1981 et, au cours de l'année suivante, y_ éteblirent < leur protectorat » du Mandchoukuo. En 1983, ils saisirent la province du Jehol, Pannexérent au Mandchoukuo, et commencérent alors & éiablir une base dans le nord de la Chi- ne, Les horrours militaires dont le Jj pon accable maintenant la Chine repr sentent une étape ultérieure des plans japonais de conquéte coloniale. 41 VIL La Chine, pays arriéré, a été la vie~ time de la rapacité impérialiste depuis plus d’un sidcle, Les fusils impérialistes, au début du xix’ sidcle, mirent fin & son antique réclusion eb & son isolement, et introduisirent l'industrie moderne et les formes capitalistes d’exploitation & Vin- térieur du pays. Les Impérialistes péné- trérent en Chine, d’abord en tant que, commercants. Mais, avee ie progrés ra} pide de Tindustrie occidentale et aved: Paccumulation croissante de la plus-va lue, résultats d’une exploitation toujours) plus intense du travail, ce n’était qu’une} question de temps pour que Ia Chine fot) considérée non seulement comme uh) marché commode, mais aussi comme un} ‘a Chine, inépuisable main-d'cuvre & bon marehé, devint un champ attraction magnétique pour le capital étranger. Dans une série de guerres au cours desquelles la Dynastie mandchoue déca- dente s'avéra complétement impuissante, jes pouvoirs impérialistes soumirent le territoire chinois & leurs exactions, éta- plirent des « concessions > dans les prin- cipales villes chinoises, eb arrachérent & la Chine une série de > priviléges > des- tinés 2 protéger leur commerce et leurs investissements, En limitant les droits @importation chinois 2 5 % « ad valo- rem », ils assurérent la position concu: rente de leurs produits sur le marché chinois. En contrélant la perception et les répartitions des revenus de douane chincis, ils assurérent le paiement des dettes étrangéxes rapidement croissantes de la Chine, En établissant le principe de « Vexterritorialité > (capitulations), et parvinrent & exempter leurs affaires de Pimpdt chinois et leurs nationaux de la furidiction chinoise, Les traités inégaux Gans lesquels ces privildges furent incor- porés étaient le signe de la réduction de la Chine & Yétat d’un pays semi-colonial. VU _La_pénétration économique impéria- liste secoua l'économie semi-féodale de la Chine, reposant sur Vagriculture et Var- tisanat, jusque dans ses fondations mé- mes. Les produits A bon marché, fabri- qués par les entreprises étrangéres en Chine et en Occident pénétrérent dans lo pays au moyen de chemins de fer cons- truits par les Impérialistes. La partie la plus importante de Vancienne classo di. rigeante, en particulier les fonctionnai- res mandchous, se transformérent en wake du capital étranger (comprado- res). 42, IV INTERNATIONALE Les « privileges » spéeiaux que lex Im- périalistes extorquérent 4 la Chine, agi- rent contre le développement général @une économie capitaliste chinoise in- dépendante et enfermérent les forces éco- nomiques du pays dans < une camisofe de force > politique. Quoi qu'il en soit, durant la guerre mondiale, Vindustrie chinoise, comme celle du Japon, fut con- sidérablement stimulée. La préoccupation de la plupart des Impérialismes oceidentaux, bien que don- nant les rénes aux ambitions coloniales du Japon en Chine, soulagérent néan- moins le pays d'une totale oppression impérialiste. Liindustrie indigene pro- grossa rapidement. IX Ce fut durant cette période que-la soi- disant bourgeoisie « nationale » cherchiv @ établir ses propres bases économiques en compétition avec les impérialistes et fit son apparition, Le prolétaviat chinois provenant de la population paupérisée des villages, accrut considérablement sa. force et, résultat de son rassemblement en de vastes usines et entreprises, #a conscience de classe et son esprit de Jutte. Quand T'impérialisme anglais, ayant surmonté la crise d’aprés-guerre, commenga & s’affirmer & nouveau eA Chine, il fut obligé de diriger ses fusils contre les travailleurs chinois en gréve. De sanglants massacres causés par les troupes et la police de l'Impérialisme bi tannique en 1925-26, dont les travail- leurs et les étudiants leurs alliés furent les principales victimes, déclenchérent dune vague anti-impérialiste qui menaga /d’engloutir toute la structure de la dom: j nation impérialiste en Chine. La bow | geoisie nationale chinoise, irritée par | Jes humiliations recues de la part des | Impérialistes et voyant une chance d’as- | séner des coups & Ses principaux rivaux } étrangers sur le plan commercial, soutint | le mouvement, anti-impérialiste en appor- \tant une judicicuse aide financitre au ‘travailleurs en gréve dans les entrepr ses impérialistes. Mais, quand le mow ment de gréve s’étendit ou menaca de s'étendre aux installations industrielles indigénes, et lorsque, en outre, il ‘s’«p- profondit jusqu’d atteindre le caractére dune révolution sociale, les exploiteurs nationaus démasquerent leurs instincts de classe et se solidarisérent iavee les Im- périalistes contre les euvriers, x Le retard historique et lasservisse- ment de la Chine par les Impérialistes privérent la bourgooisie chinoise du réle progressif qu’avaient joué sex pré- curseurs européens dans les réyoiutions | bourgeoises Poccident. Elle ne peut, ni établir dex racines de classes indépen- dantes dans la société chinoise, ni s'af- firmer comme une classe maitresse et souveraine, Les < Compradores », agents di des Impérialistes, recrutés parmi les nobles terriens, les marchands et V'an- cienne bureaucratic mandchous, furent les premiers représentants du capitalis- me chinois. Des rangs de ces comprado- res sortit Ia bourgeoisie < nationale >. Un millier de nouds d’interpénétration, interdépendance et dintéréta communs, enchainerent la bourgeoisie nationale aux compradores. Ils s/associtrent dans Vexploitation, non seulement du proléta- ria, mais aussi de la paysannerie, De- puis, leurs intéréte furent étroitement engrenés & ceux des exploiteurs de vil- lage auxquels ils étaient reliéa par le large systéme bancaire du pays. Crest dans ce complexe de relations que repose Vexplication de lextréme incapacité de la bourgeoisie chinoise & diriger un combat conséquent contre V'Impérialisme, & édifier un état moderne unifié, et & résoudre le probleme agraire. LES CLASSES DANS LA REVOLUTION CHINOISE XI La petile bourgeoisie occups une posi- tion intermédiaire entre Ja grande bour- geoisie et le prolétariat. Une énorme majorité de la classe consiste en petits propriétaires paysana el métayers. Dans les villes, au surplus, on trouve la nom- breuse atmée des petits boutiquiers, des artisans manuels, des représentants des professions libérales tels que profes- seurs, docteurs et avocats, des petits fonetionnaires du gouvernement, lesquéls sont tous soumis & Voppression de la grande bourgeoisie et des Impérialistes, La paysannerie, en raison de sa po- siMlon sociale intermédiaive et dépen- dante, de sa dispersion sur de vastes espaces, de In diversité de sa structure, de son individualisme et de son instinct de propriété, de son retard culturel, est incapable, malgxé sa prépondérance nu- mérique, de jouer aucun r6le politique dirigeant et indépendant dans la société chinoice, Hille ne peut méme pas résou- dre sex problémes les plus pressants en se libérant du fardeau que constitue le parasitisme dea usuriers et des sei- gneurs. Encore moins est-elle capable de réorganiser Péconomie agraire tout, en- tidre & un niveau neuf et plus élevé, en fisblissant 1a ferme collective & une